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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 20:39

LA GUERRE DES IMBÉCILES

 

Version française – LA GUERRE DES IMBÉCILES – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne (Emiliano Bolognese) – La guera di inbezell – Malnàtt – 2005

 

 

 

 

 

Déterminés, nous allions tous à la guerre, 
Nos tambours faisaient trembler la terre !
Nos chants secouaient la voûte céleste
Devant nous s’inclinaient les arbres !

 

Nous sommes forts, en avant !
Allons à la victoire ! Nous épandrons le sang ! 
Il y aura des larmes et des grincements des dents,
Et la victoire sera pour nos gens !

 

Arrivés sur le champ de la bataille,
Nous n’avons trouvé vivant qu’une canaille.
Il nous a dit que le combat était déjà terminé,
Mais au moins nos alliés avaient gagné…

 

Dis-moi l’ami, qui nous oblige, 
D’aller pour dieu encore nous battre ? 
Allons aux tonneaux et mettons les en perce,
Buvons tous la gueule ouverte,
Rotons et fêtons toute la nuit encore
Le beau cadeau que ne nous a pas fait la mort !

 

 
LA GUERRE DES IMBÉCILES
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Marco Valdo M.I.
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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 18:49

LE TROISIÈME REICH


Version française – LE TROISIÈME REICH – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne (Emiliano Bolognese) – Al Têrz Inpêr – Malnàtt (Porz) – 2007

 

 

 

 

 

 

 

L’Ordre Nouveau est arrivé

Porté par quatre crochets

Et nous soudain levons la main

Pour saluer ce moustachu crétin.

 

Les fils de Jéhovah seront des étrangers

Dans leur propre pays

Car une loi l’a dit ainsi…
Après, gratis dans les « camps », ils vont travailler 
Jusqu’à ce qu’ils commencent à avoir de la peine à respirer…

 

Nous ne savons pas ce qui s’est passé
Au-dehors et à l’intérieur de nos frontières.
Plus tard aussi, nous dirons pareil au procès.
Que personne n’est coupable de ce massacre.

 

 
LE TROISIÈME REICH
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Marco Valdo M.I.
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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 19:08

LA FÉE

 

Version française – LA FÉE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – La Fata – Edoardo Bennato – 1977

 

 

 

 

 

La mémoire de cet album d'Edoardo Bennato s’est peut-être perdue un peu, remontant à 1977 l’année « fatidique », où l’auteur-compositeur architecte napolitain revisitait à sa manière l’histoire de Pinocchio. Il eut un gros impact sur ceux qui alors, comme moi, se trouvaient dans leur prime adolescence : 14, 15, 16 ans. On voyait des groupes de gamines sur les autobus chanter presque à gorge déployée cette chanson sur la « Fée turquoise ».


Il se peut que le public de Bennato fut précisément celui-là, les très jeunes qui en raison de leur âge, ne faisaient pas partie intégrante du mouvement, même si beaucoup d’entre eux en étaient. Mais, ensuite, y a-t-il un sens à parler d’une « partie intégrante » ? D’une manière ou d’une autre tous y étaient dedans, tous autant qu’on était, nous y étions, vivant ces instants. Personne n’était et ne pouvait être indifférent. Mais je divague sûrement ; je cesserai donc immédiatement, n’ayant pas à m’aventurer en choses trop vastes pour une… chanson.

Ce fut du reste le même Bennato, peu temps après, qui déclara que « c’étaient toutes des chansonnettes ». Entretemps il fit cet album, ciblé ou non vers un certain « target » (une cible de toute façon atteinte, vu le nombre d’adolescents qui alors épuisèrent les stocks de gazous dans les magasins d’instruments de musique). Les personnages de Pinocchio comme métaphore du pouvoir, et cette « Fée turquoise » qui est toutes les femmes, qui joue le rôle de toutes les femmes, imposé par la société et le pouvoir.

Il lui faut être belle, disponible, sœur/mère/épouse, et à cause de cela, elle ne peut se déplacer : si elle veut voler, ils la tirent vers le bas. Peut-être quelque jeunette de quinze ans passait chaque jour de cette chanson aux collectifs féministes des lycées (ils existaient, ils existaient), ou bien la méprisait, car de toute façon écrite et chantée par un « maskietto », ou bien peut-être on ne sait quoi. Mais trente ans après, vu comme s’est « avancé le neuf », il ne serait de toute façon pas mal la reproposer. [RV, 9 août 2007]

 

 

 

Il y a une fleur seule dans cette chambre
Et tu te meus avec patience.
La potion est amère,

Tu sais déjà qu’il va la boire.

 

S’il ne se rend pas, tu le tentes ;
Tu dénoues le nœud de tes hanches
Que ce vêtement dévoile déjà.
Cueillir la fleur l’affolera.

 

Il fera pour toi n’importe quoi,
Sœur et mère et épouse,
Reine ou fée, toi

À plus, tu ne pourras prétendre

 

Peut-être est-ce vengeance,
Peut-être est-ce désarroi,
Ou seulement inconscience,
Mais depuis toujours, c’est toi
Celle qui paie.
Si tu veux voler, ils te tirent vers le bas.
Quand commence la chasse aux sorcières,
La sorcière, c’est toujours toi.

 

Tu poursuis des rêves de fille ;
Tu quêtes l’amour et tu es sincère ;
Tu ne fais pas de magie, tu ne truques pas.
Personne désormais n’y croit.

 

Il y a celui qui te hurle que tu es belle,
Que tu es une fée, que tu es une étoile,
Puis, il te fait esclave, ainsi tu vois
L’appeler amour ne se peut pas.

 

Il y a celui qui t’exalte, qui t’adule,
Il y a celui qui t’expose en vitrine.
Il se dit amour, cependant tu vois
L’appeler amour ne se peut pas

 

 
LA FÉE
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Marco Valdo M.I.
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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 14:44

FRÈRES ?

 

Version française – FRÈRES ? – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Fratelli? – Roberto Vecchioni – 1973

 

 

Être tant et partir ensemble,

Tout droit vers la lumière.
Pendant des semaines et des semaines,
On partage le vin, on casse la graine ;
Où nous allons ? Peu importe !
Plus nous sommes, plus la route est courte.
Pendant des semaines et des semaines,
S’aimer et boire aux fontaines.

 

Amour, le monde seul est amour :
Diverses couleurs, divers atours,
Mais qu’importe, le cœur est velours.

 

Le voyage est long et le jour vient
Où l’on se demande : « Ça me convient ? »
Yahvé, guide du passé
Fixe les prix du marché ;
Certains naissent perdants,
À eux, la faim, la soif, les tourments.
Le blanc exploite et hausse le ton
À la moindre récrimination.

 

L’amour meurt ;

où il meurt ne naît jamais une fleur
L’amour meurt, où il meurt naît la douleur.

 

Quand volent les couteaux,
On se dit : « Soyons frères !
En avant, à l’assaut !
Être tous égaux et puis s’aimer ».
Aimons-nous veut dire :
« Aim
ez-vous pour commencer »
Chacun pense à soi seulement ;
Quand ça va mal, il tombe en pleurant. 

 

Garçon, encore à boire !
Je veux noyer dans la boisson
Leurs faces, leurs dieux et leurs drapeaux.
Nous chantions une chanson,
Nous la chantions tous ensemble,
Passe le temps, le soleil brûle,
Qui se rappelle les paroles ?

FRÈRES ?
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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 21:15

UN JOUR PEUT-ÊTRE


Version française – UN JOUR PEUT-ÊTRE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – E forse un giorno – Carmen Consoli – 2015 

 

 

 

 

Pendant combien de temps,
Devrais-je chercher le moyen de surnager ?
Mon mari ne travaille pludepuis longtemps
Et avec son sourire, il a perdu sa santé et sa dignité.

 

Pendant combien de temps,
Devrais-je demander à mes fils de serrer les dents ?
Entre pain, livres, électricité, gaz et loyer, 
Sur la ville plombe déjà un autre été.

 

Mais le printemps reviendra, 
Dans nos pauvres cœurs abrutis et vieillis et il les chauffera
Et peut-être un jour, ils nous donneront l’air 
À un prix plus avantageux que l’essence.
Un sourceau authentique de sainte patience,
À la loterie, j’ai gagné une misère.

 

Pendant combien de temps, qui sait ?,
Devrais-je porter le poids de cette indignité ?
Nous dormons dans l’auto, cet été ;
Aux yeux du quartier, nous sommes devenus des étrangers.

 

Mais le printemps reviendra 
En nos pauvres cœurs humiliés et malades et il les guérira
Et peut-être un jour, ils nous donneront l’air 
À un prix plus avantageux que l’aspirine.
En attendant, à la loterie, j’espère,
Cette année encore, gagner une rente à vie.

 

Ce joli papillon posé sur le pare-brise 
Est la preuve qu’à nous encore, on pense.
Quelle belle surprise entre brouillard et givre !
Comme il est chaud le baiser de la providence.

 

Et un jour peut-être, ils nous donneront l’air 
À un prix plus avantageux que les ordures.
Et un jour peut-être, ils nous donneront l’air 
À un prix plus avantageux que les ordures.

 

Pendant combien de temps 
Devrais-je demander à mes fils de serrer les dents…

 

 
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Marco Valdo M.I.
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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 14:29

CHANT DES MORTS EN VAIN

Version française – CHANT DES MORTS EN VAIN – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Canto dei morti invano – Primo Levi – 1985

 

 

 


Il y a là des accents d’ode, des accents et des réminiscences de poésie lapidaire et peut-être même, une volontaire parenté avec l’Ode à Kesselring de Piero Calamandrei. Cette armée des morts en vain est de la même famille, du même peuple que celui de Lo avrai qui attend l’envahisseur aux bords des chemins.

« Si tu voulais un jour revenir sur ces routes
tu nous trouverais à nos postes
morts et vivants avec le même engagement
peuple serré autour du monument
qui s’appelle
aujourd’hui et pour toujours
RÉSISTANCE ! »

 

Dis-moi, Marco Valdo M.I., mon ami, dis-moi avant d’aller plus avant : ce peuple qui parle dans cette canzone de Primo Levi, ce peuple quel est-il ? Cette armée de morts en vain, quelle est-elle ?

Elle est longuement décrite et énumérée dans la chanson, Lucien l’âne mon ami. Je résumerai la chose en disant : ce sont les derniers morts de la Guerre de Cent Mille Ans, cette guerre longue, en apparence éternelle, que les riches font aux pauvres, depuis qu’il y a des riches, depuis qu’il y a des pauvres, depuis qu’il y a des faibles, depuis qu’il y a des puissants, depuis qu’il y a des escrocs, depuis qu’il y a des exploités. J’ai dit les derniers puisque la chanson ne commence son énumération qu’au début du siècle dernier, puisque la liste ne commence qu’avec ceux de la Grande Guerre, celle de 1914-18 et tous ces morts en vain s’additionnent jusqu’au moment où Primo Levi écrivit sa chanson – 1985. Depuis, comme tu le sais, il y en eut encore des tas d’autres et aussi loin et aussi longtemps que je puisse voir, il en sera encore pareil. C’est terrible, mais on ne saurait se faire d’illusions à cet égard. Du reste, nous le savons bien tous deux et tous les autres qui fréquentent ici les chansons contre la guerre. Tous ici – nous et les autres – mènent une action de longue, longue haleine sans même imaginer qu’elle puisse aboutir – disons, de leur vivant.

 

Donc, si je comprends bien ce que tu viens de me dire, Marco Valdo M.I. mon ami, la guerre en tant que phénomène humain – n’est pas près d’être éradiquée, n’est pas près de disparaître. Les amis, les intervenants, les commentateurs ou je ne sais comment les nommer, tous ceux qui d’une manière ou d’une autre développent ou soutiennent les CCG, le savent pertinemment : toute action contre la guerre est forcément une action au long cours. J’en déduis que chacun ici ne se fait aucune illusion sur la possibilité de mettre fin à la guerre. On peut évidemment imaginer d’intervenir utilement dans un conflit spécifique avec une certaine influence, mais à supposer que ce conflit particulier se termine, on peut en trouver d’autres qui persistent ou qui naissent. À première vue, à l’infini. Ma question est tout simplement : pourquoi ?

 

Mon ami Lucien l’âne, ton « tout simplement : pourquoi ? » est une question à laquelle je n’ai pas de réponse définitive et certainement, pas de réponse qui puisse être entièrement formulée ici. Mais néanmoins, je vais t’indiquer deux éléments en précisant que ton « pourquoi ? » auquel je réponds porte sur l’idée que « toute action contre la guerre est forcément une action au long cours ». Premier élément, c’est le nombre d’intervenants potentiels – il y a environ neuf milliards d’humains et je ne sais combien de formes de regroupement : États, nations, religions, partis, tribus, etc., tous susceptibles de vouloir ou de lancer des actions guerrières.

Deuxième élément : les vies des personnes humaines – aussi longues soient-elles, aussi longues pourrait-on les souhaiter sont d’une durée calculable en dizaines d’années – 6, 7, 10, 20 dizaines d’années  et celles des entités se mesurent en centaines d’années ? Et puis quoi ?

Tout ceci n’est pas sans conséquence si l’on considère que la guerre ne disparaîtra que du jour où – imposant aux entités leur décision – tous les humains s’y opposeront et auront mis fin aux causes de toutes les guerres, causes qui, me semble-t-il, sont d’ordre psycho-sociologique.

Ce sont des générations nouvelles de personnes et d'entités qu’il faudrait gagner à cette opposition consciente, raisonnée et obstinée à la guerre et gagner sans retour au refus de se laisser aller à la richesse, à l’avidité, à la domination, etc. Comme on peut l’imaginer, pour celles qui sont là, c’est déjà trop tard – et on parle en milliards d’êtres humains. Il suffit, en vérité, de regarder la réalité en face. La guerre et nous ne vivons pas dans le même temps. On peut chanter contre elle et c’est certainement indispensable, mais ce n’est pas suffisant. En somme, on peut chanter contre le malheur, mais il faut aussi étudier, rechercher, mettre en place les conditions du bonheur.

 

Et moi, moi, Marco Valdo M.I. mon ami, moi qui suis depuis si longuement en route autour et alentour et même au cœur du monde des hommes, moi qui ai vu les batailles de l’Iliade et bien d’autres avant encore, moi qui ai croisé Ulysse plusieurs fois et qui l’ai accueilli avec le vieil Argos, chose que le conteur semble ignorer (ce qui est une grave erreur de sa part), car il aurait pu donner plus de véracité encore à son récit en me donnant un instant la parole. J’aurais de mille détails attesté qu’Ulysse était bien Ulysse et j’aurais aussi pu révéler quelques particularités de son périple que tous ici de ce fait ignoreront toujours, car à présent je ne m’en souviens plus trop.

Moi qui ai toujours croisé la guerre, moi qui ai vu tant et tant de fuyards, de blessés, de morts, de pays entiers ruinés par la faute de quelques-uns, moi qui ai croisé tant de « morts en vain » depuis des millénaires, moi qui ne suis qu’un âne errant au travers du temps, moi qui aurais tant aimé que la guerre ne me soit plus qu’un mauvais souvenir, moi, il me faut – comme il vous faut à vous pauvres vivants – souffrir qu’elle soit encore notre avenir, car je dois à la vérité dire que je ne vois pas plus que toi venir la fin de la guerre et j’ajoute, atterré, pour les mêmes raisons que toi.

Je persiste et signe : on ne pourra mettre fin à la guerre qu’en bannissant hors du monde la richesse, l’avidité qui n’est que l’appétit, la soif et le goût de richesse, l’ambition qui n’est que le goût, la soif et l’appétit du pouvoir et de la puissance.

 

Ainsi, Lucien l’âne mon ami, comme moi, tu attestes de la difficulté qu’il y a à comprendre comment en venir à bout, à se faire à l’idée qu’on n’y arrivera qu’en extirpant les racines de cette plante maudite de l’humaine nation et nécessairement, du cœur des humains, de chaque humain.

 

Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, nous savons que nous ne pouvons faire ni plus ni moins que ce que nous faisons ici, nous ne pouvons faire ni plus ni poins que de tisser obstinément, inlassablement le linceul de ce vieux monde mortifère, nécrocole, thanatocole et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Asseyez-vous et discutez

À votre aise, vieux renards argentés.

Nous vous emmurerons en un palais splendide

Avec de bons lits, un bon feu, du vin et de la nourriture

Pour que vous négociiez et échangiez

Les vies de vos enfants et les vôtres.

Que toute la sagesse de la création

Converge pour bénir vos raisons

Et vous guide dans le labyrinthe.

Mais dehors dans le froid, nous vous attendrons sans fin,

Nous, l’armée des morts en vain,

Nous ceux de Montecassino et de la Marne,

Ceux de Treblinka, ceux d’Hiroshima et ceux de Dresde,

Et il y aura avec nous

Les lépreux et les trachomeux,

Les disparus de Buenos Aires,

Les morts du Cambodge et les mourants d’Éthiopie,

Les pactisés de Prague,

Les exsangues de Calcutta,

Les innocents déchiquetés à Bologne.

Malheur à vous si vous ne pouvez vous accorder,

Par notre étreinte, vous serez écrasés.

Nous sommes invincibles, car nous sommes les vaincus.

Invulnérables, car déjà disparus :

Nous, nous nous moquons de vos missiles.

Asseyez-vous et négociez

Tant que votre langue n’aura pas séché,

Tant que la damnation et la honte dureront,

Nous vous noierons dans notre putréfaction.

CHANT DES MORTS EN VAIN
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Marco Valdo M.I.
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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 21:04

RIEN NE RESTE DE L’ÉCOLIÈRE

 

D’HIROSHIMA

 

Version française – RIEN NE RESTE DE L’ÉCOLIÈRE D’HIROSHIMA – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Nulla rimane della scolara di Hiroshima – Primo Levi – 1978

 

 

 

 

À Hiroshima, Japon, où tomba la première bombe atomique, il existe un Parc de la Paix, dans lequel on a bâti un monument aux enfants. Voici ce qu’en dit le site qui y est consacré :

« Le Monument des Enfants est dédiée à Sadako Sasaki, fillette de 2 ans lors de l’explosion de la bombe, qui vivait alors à deux kilomètres de l’épicentre.

Alors que la plupart de ses voisins furent tués ou blessés, Sadako sembla être épargnée. Aucune blessure… visible.

Jusqu’en 1954, ce fut une petite fille comme les autres.

Bonne élève, enfance sans problème. Tout allait bien. Elle faisait même de la compétition de course à pied.

Mais, en 1954 tout bascula.

Après une course, elle fut prise de vertiges. On crut à une fatigue passagère.

Mais les vertiges se multiplièrent. Emmenée à l’hôpital de la Croix Rouge on diagnostiqua une leucémie, le « mal de la bombe atomique ».

Elle n’avait plus beaucoup de temps à vivre. Son souhait fut alors d’avoir son tout premier kimono. Ses parents lui offrirent également un sac-pochette et des zori (sandales) traditionnels.

A l’hôpital, sous l’influence de sa compagne de chambre, Kiyo Okura, de deux ans son aînée, elle se mit à lire des romans et écrire à des correspondantes dans des magazines pour filles.

L’hôpital de la Croix Rouge reçut alors du papier coloré et le distribua aux enfants pour qu’ils fassent des pliages (origamis).

On raconta alors à Sadako la « légende des 1000 grues ».

Au Japon, la grue est symbole de longévité. On raconte qu’elle peut vivre 1000 ans. En pliant du papier en forme de grues selon l’art de l’origami. ("ori", plier et "gami" papier) et en confectionnant une guirlande de 1000 grues (un senbazuru ou zenbazuru, せんばづる), on fait plaisir aux dieux et ceux-ci peuvent alors nous faire vivre 1000 fois 1000 ans

Sadako se met alors à confectionner des grues de papier, avec tout le papier qu’elle put trouver.

On dit qu’elle en confectionna 644.

Elle mourut le 25 octobre 1955 à l’âge de douze ans.

Ses camarades de classe terminèrent la guirlande.

Sadako Sasaki est devenue une héroïne et la grue en papier, "ori-tsuru", est un symbole de paix à travers le monde.

Chaque année, des millions de grues sont envoyées au Japon et déposées autour du Monument des Enfants érigé à la mémoire de Sadako Sasaki et des milliers d’enfants victimes de la bombe atomique d’Hiroshima.

Sadako Sasaki est devenue une héroïne et la grue en papier, "ori-tsuru", est un symbole de paix à travers le monde.

Ce monument a été construit en utilisant l’argent provenant d’une campagne de collecte de fonds menée par les écoliers japonais, dont les camarades de classe de Sadako.

Le monument des Enfants (genbaku no ko no zōa – Statue des enfants de la Bombe Atomique) été inauguré le 5 mai 1958 (le 5 mai est le « jour des enfants » au Japon).

Tout en haut du monument une statue représente Sadako qui tient une grue dorée au bout de ses bras.

Sous le dôme du Monument, un carillon fait d’une cloche et d’une grue dorée, que le vent agite et que l’on peut aussi faire sonner.

Ces deux objets ont été donnés par le lauréat du prix Nobel en physique Hideki Yukawa.

À la base du monument, on peut lire ces paroles gravées, écrites par les élèves de l’école que fréquentait Sadako :

 

 これはぼくらの叫びです    Ceci est notre cri.

これは私たちの祈りです    Ceci est notre prière.

世界に平和をきずくための    Pour construire la paix dans le monde »

 

(https://onsenfuton.jimdo.com/hiroshima-miyajima/hiroshima-m%C3%A9moire/parc-de-la-paix/)

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Voici, insérée aujourd’hui en italien, une chanson que je me suis empressé de traduire ou plus exactement, dont je me suis empressé de donner une version en langue française, car, je l’avoue, ma version n’est pas une « vraie traduction » du texte de Primo Levi. On y trouvera sans doute des dissemblances qui pourraient être prises pour des erreurs de traduction ; ce qu’elles ne sont pas.

Par ailleurs, je suis persuadé que Primo Levi n’aurait rien trouvé à y redire ; finalement, l’essentiel, c’est qu’elle existe.

 

Sans doute, sans doute, Marco Valdo M.I. mon ami, et il aurait raison. Car, du moment – et moi, je t’ai vu travailler – du moment que tu fais ce travail – simple en apparence, et que tu rends in fine un texte correct et qui tienne en lui-même, bref, qu’il n’ait pas l’air d’une pièce rapportée, il n’aurait pu qu’en constater le résultat. Certains pourraient l’aimer, d’autres pas, mais là, on est dans le domaine de la sensation. C’est une autre histoire. Peut-être, en effet, aurait-on pu espérer meilleur interprète, mais enfin, ça faisait près de quarante ans qu’il attendait. Cela dit, on est très loin des catastrophes lexicales que sont les traductions des « traducteurs automatiques ». Il y a d’ailleurs là tout un domaine d’étude, à mon sens d’âne, d’une complexité quasiment infinie.

 

Tu m’as bien compris, Lucien l’âne mon ami. Toutefois, on peut imaginer qu’un autre fera mieux ; en tout cas, moi, je le souhaite. Maintenant, je voudrais te parler de la canzone, de ce qu’elle raconte et surtout, de ses deux héroïnes, puisqu’elle est bâtie autour de leurs terrifiants destins.

Il y est donc question de deux écolières, de deux filles aux deux bouts du monde, aux deux bouts d’une guerre.

L’une, celle dont le titre dit : « Rien ne reste de l’écolière d’Hiroshima » me paraît être Sadako Sasaki, une enfant, encore presque un bébé au moment de la chute de la bombe (le 8 mai 1945), sur la ville où elle était née et où elle vivait, une enfance commune dans une ville jusque-là tranquille et indemne, jusque-là, très loin du front et des combats.

L’autre, que Primo Levi met en résonance avec la petite Japonaise, est une jeune fille allemande juive, exilée aux Pays-Bas quand elle était encore une petite enfant, qui mourut du typhus au camp de Bergen-Belsen sans doute en février 1945. Comme les autres morts du camp, elle fut réduite en cendres et fumée dans le crématoire. Elle s’appelait Anneliese Marie Frank. Elle raconta ses jours de claustration clandestine dans son journal en néerlandais : Achterhuis (littéralement, arrière-maison), publié en français sous le titre : « Le Journal d’Anne Frank ».

 

 

Ce sont là des histoires terribles et il est bon de les raconter, dit Lucien l’âne. D’une part, tout simplement afin que nul n’en ignore, mais aussi pour pousser à la réflexion, y compris ceux qui sont amenés à prendre les décisions les plus graves. Cependant, malgré le fait que tous les jours ou presque nous disons notre mépris de la guerre et la nécessité de l’éviter, si nous trouvons que c’est là une des plus stupides choses à faire, on ne peut que constater qu’elle se perpétue et resurgit inlassablement ici, là et ailleurs encore.

 

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, on sait tout autant que la Guerre de Cent Mille Ans, bien que sa durée réelle soit indéterminée et indéterminable, implique la longue durée (très longue durée) du phénomène de la guerre, qui ne peut que perdurer tant que les hommes voudront des richesses, voudront du pouvoir, voudront de l’adulation, tant qu’il y aura de l’avidité, de l’ambition, de l’envie et le goût de paraître. Une telle mutation de l’espèce dans son entier suppose une autre dimension temporelle que la vie commune de l’individu humain. Cependant, il faut par tous les moyens tenter de faire évoluer l’ensemble des humains. Il est même possible que l’espèce n’arrive pas à le faire à temps… Cela dit, ces deux jeunes filles me rappellent d’autres chansons comme La petite Juive ou Auschwitz  ou la Comptine de Thérésine ou d’autres encore.

 

 

Conclure, Marco Valdo M.I. mon ami, il est difficile de conclure. Sauf à dire ce que nous disons depuis des années maintenant : tissons, tissons sans discontinuer le linceul de ce vieux monde malade de la richesse, de l’ambition, de l’avidité et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Puisque l’angoisse de chacun est la nôtre

Nous revivons encore la tienne, fille maigre

Qui te serre convulsivement contre ta mère

Comme pour rentrer en elle

Quand à midi le ciel est devenu si sombre.

En vain, car l’air devenu poison s’est infiltré

À ta recherche par les fenêtres fermées

De ta maison tranquille aux murs solides,

Enchanté par ton chant et ton rire timide.

Des siècles sont passés, la cendre s’est pétrifiée

Emprisonnant pour toujours ces jolis membres.

Ainsi tu restes parmi nous, tors calque de plâtre,

Agonie sans fin, terrible témoignage

De combien importe aux dieux l’orgueil de nos semences.

Mais rien ne reste parmi nous de ta sœur lointaine,

De cette fille de Hollande, entre quatre murs serrée

Qui raconta pourtant sa jeunesse étouffée ;

Ses cendres muettes ont été par le vent dispersées ,

Dans un cahier chiffonné, sa courte vie enfermée.

À Hiroshima, rien ne reste de l’écolière,

Ombre confite dans le mur par la lumière

De mille soleils, victime sacrifiée sur l’autel de la peur.

Puissants de la terre, maîtres des nouvelles horreurs,

Tristes gardiens secrets du tonnerre dernier,

On en a assez des tourments par le ciel donnés.

Avant de presser votre doigt, arrêtez-vous et réfléchissez.

 

 
RIEN NE RESTE DE L'ÉCOLIÈRE D'HIROSHIMA
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Marco Valdo M.I.
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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 19:01

Le Rêve oublié sur papier

ou

Les Ambassadrices

 

 

 

Après le Rêve de Guillaume, premier tome des Histoires d’Allemagne, le second tome intitulé : Le Rêve de Weimar, le troisième intitulé Le Rêve d’Adolf, voici un autre livre de Marco Valdo M.I. : il s’intitule le Rêve oublié et couvre les années 1946 à 1963, les années où une Allemagne, toujours sous le choc du Millénaire avorté, divisée et désillusionnée essaye de se réconcilier avec le monde. Une période difficile qui commence dans les ruines et la honte et qui finit dans les confortables habitudes retrouvées des uns et les premières révoltes des générations d’après.

Ce qu’il faut absolument dire ici, ce qui mérite d’être dit et souligné ici, c’est que sans les Chansons contre la Guerre (CCG), cette édition papier n’aurait sans doute jamais existé puisque toutes les chansons et tous les textes (ou presque) qui y figurent viennent en droite ligne des C.C.G. Ils y ont été conçus et ils y ont grandi ; l’auteur y a aussi appris à les faire.
Au final, il y a 34 chansons pour 18 années. Il y en a 18 tirées des récits de « Mein Jahrhundert » de Günter Grass et mises en chanson et 16 qui sont des versions françaises de chansons allemandes, proposées ici par Marco Valdo M.I. ; pour certaines, il a même fallu en faire la version française expressément afin de pouvoir les insérer dans le livre.

On y trouvera donc :

1946 – Marschlied 1945 ; 1946 – Les Briques rouges de Berlin ; 1946 – Considérations nurembergeoises ; 1946 – La Jeunesse a la parole ; 1946 – Latrines ; 1946 – Tant que les Meurtriers ; 1946 – Troc-Broc ; 1947 – Oh, Barbara, il neigeait sur l’Elbe... ; 1947 – Chanson de l’Attente ; 1948 – Inventaire ; 1948 – Carte postale aux Jeunes ; 1948 – La Soupe froide ; 1948 – Nous sommes les Indigènes de la Trizonésie ; 1949 – Inge, in Natura et Figura ; 1950 – Kölle Alaaf : Qui va payer ça ? ; 1951 – Lettre de Marienborn ; 1952 – La Cruche de la Lande ; 1952 – Chaque jour ; 1953 – La Chasse aux Chars ; 1954 – Le Miracle de Berne ; 1955 – L’Antiatomique ; 1956 – Quatre Hommes dans un Champ ; 1957 – Ein Volk, ein Helm, ein Heim ! ; 1957 – Atomepoème ; 1958 – Chanson du Miracle économique ; 1958 – Les Ambassadrices ; 1959 – Oscar, Oscar ; 1959 – Le Tango du Crime ; 1960 – Les Pieds d’Hary et ses Lacets ; 1960 – Cha-cha de la Conjoncture ; 1961 – Le Jeu du Pendu ; 1962 : La Cage de Verre ; 1962 : Venez avec nous ; 1963 : La Mousse du Vestiaire
 

Republier ce qui existe déjà dans les CCG et sur au moins, deux blogs (Canzones et Histoires d’Allemagne) peut sembler paradoxal, mais il n’en est rien. Il y a diverses raisons à cela.

La première, c’est la demande de plusieurs amis qui souhaitaient pouvoir trouver ces Chansons contre la Guerre (en langue française) sur papier ; essentiellement par commodité de lecture. Les écrans lassent l’œil.

La deuxième, c’est le souhait de l’auteur de voir son travail présenté sous une autre forme ; peut-être aussi, son envie de faire des livres et le fait que j’aime les livres.

La troisième est une opportunité de l’évolution ; tout comme Internet avait permis la création et le développement (notamment) des Chansons contre la Guerre (et d’un milliard d’autres sites, blogs…), les nouvelles formes d’édition sont apparues qui permettaient de publier des livres sans disposer de grands moyens financiers et pour tout dire, sans moyen. C’est une forme d’édition libre qui naissait. Concrètement, je suis mon propre éditeur, mais également, celui qui écrit les textes, les compose, les met en page, les corrige ; il n’y a que les imprimer que je ne fais pas. Ce travail artisanal se rapproche assez de celui du peintre, du sculpteur. Évidemment, tout ceci n’est possible que parce qu’un imprimeur peut – grâce à des nouvelles techniques – proposer une impression à la demande, un exemplaire à la fois et à un prix raisonnable à l’exemplaire. Ainsi, chaque personne qui le souhaite peut publier un livre (mais il faut évidemment pouvoir le faire, c’est-à-dire concevoir et écrire un livre, ce qui est un autre sujet), mais aussi, chaque personne peut commander directement son exemplaire du Rêve de Weimar à l’imprimeur et régler son dû à l’imprimeur.
Une des conséquences de cette manière de faire est qu’il ne se trouvera pas des paquets de ce livre sur les étals des libraires, sauf si un libraire particulièrement enthousiaste décide de le faire dans sa librairie.
On me demande souvent si je fais ces livres pour gagner de l’argent…

Avec ce système de vente à l’exemplaire, c’est à peu près impossible ; mais en fait, comme disait mon grand-père, ce n’est pas le but du jeu ; traduction : on s’en fout. Dès lors, il est clair qu’on ne pousse pas à la consommation : lit qui veut.
 

 

 

 

 

 

Une autre raison de cette publication est que les Histoires d’Allemagne avaient été conçues sur une durée de plusieurs années et apparaissaient dispersées et perdaient une bonne part de leur vitalité en raison-même de cet éparpillement. Il convenait d’y mettre de l’ordre et de les rassembler en un ensemble structuré.

Bonne idée car en les regroupant, il est apparu que ces chansons jouaient un rôle de catalyseur de la réflexion sur ce qui est actuellement le « problème central de l’Europe » : l’Allemagne.

L’Allemagne, qui fut le Rêve d’Otto (von Bismarck), est déclinée ici en six rêves qui prolongent celui du premier chancelier. Tous ces rêves tendent vers le même but : la Grande Allemagne.
On commence par celui de Guillaume II, dit le Kaiser, qui est donc un chapitre du déroulement du rêve allemand. Comme on sait, il se terminera par un épouvantable désastre.

Ensuite, à l’effondrement du Reich, apparaîtra une République, connue sous le nom de République de Weimar; elle aussi fera un rêve tumultueux qui se termine tragiquement par la venue au pouvoir des nazis.

Le Reich de Mille Ans, rêvé par Adolf et ses séides, ne survécut pas longtemps à son inspirateur ; après 12 ans (12 ans de trop), il disparaît dans les cendres et les ruines. L’Allemagne écrasée n’a plus qu’à oublier les rêves et les cauchemars ; il lui faudra un temps pour comprendre et assimiler ses défaites.

C’est cette période d’amnésie qui est présentée ici sous titre : « Le Rêve oublié ». C’est le temps de la lente convalescence.
D’autres volumes sont prévus. On en reparlera.

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

On peut le trouver à l'adresse :


http://www.publier-un-livre.com/fr/le-livre-en-papier/368-le-reve-oublie

Le Rêve oublié sur papier
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Marco Valdo M.I.
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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 22:15

LA BÊTISE

 

Version française – LA BÊTISE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson allemande – Die Dummheit – Erika Mann – 1934

 

Poème d’Erika et Klaus Mann 
Musique de Magnus Henning (1904-1995), compositeur et pianiste bavarois 
Dans le spectacle de cabaret intitulé « Die Pfeffermühle », « le Moulin à poivre », imaginé par Erika et Klaus Mann, avec la collaboration de Walter Mehring et de Wolfgang Koeppen, et interprété par la même Erika, son amie Therese Giehse et d’autres acteurs et de danseurs (Lotte Goslar, Sybille Schloß, Cilli Wang et Igor Pahlen.)

 

 

 

Therese & Erika

 

Zurich, 1er janvier 1934. C’est le premier anniversaire du « Moulin à Poivre ». La famille Mann a fui l'année précédente l’Allemagne et Erika rencontre un succès avec son Kabarett anti-nazi en tournée en Europe  Le rideau s’ouvre et voici Erika qui introduit le spectacle en chantant la chanson Kälte – FROID. Puis apparaît sur scène Thérèse Giehse, debout sur un piédestal, un bras levé comme certaines statues romaines antiques, une perruque jaune sur la tête, une robe rose bonbon, l'expression fière. Elle chante Die Dummheit, « La Bêtise », celle qui a saisi le peuple allemand se confiant fatalement à son Führer stupide et mortifère. 

 


Lucien l’âne mon ami, une fois n’est pas coutume, je m’en vais me répéter, quasiment mot pour mot. Voici une intéressante chanson et intéressante à plus d’un titre. D’abord, car c’est une bonne chanson, ce qui ne court pas les rues. Ensuite, c’est une chanson courageuse, une chanson de résistance au nazisme, une chanson en allemand, présentée en 1934 à Zurich dans un de ces cabarets de l’exil. Zurich se situe en Suisse alémanique, comme sans doute tu le sais, mais il importe de le préciser en ce sens que c’est un des derniers territoires de langue allemande qui échappe à la domination des nazis et à leur éteignoir. Enfin, c’est une chanson d’Erika Mann, interprétée par elle au cabaret ; elle payait de sa personne.

Eh bien, Marco Valdo M.I. mon ami, 
moi aussi, je vais faire pareil et répéter ce que j’avais répondu l’autre fois quand on parlait du Prince de Menterie [[53373]]. Voilà qui m’intéresse beaucoup, car Erika Mann est une artiste, une écrivaine aussi dont les tableaux qu’elle brosse dans ses textes littéraires sont des descriptions précises, chirurgicales, atmosphériques de ce qui se passait dans les villes allemandes en train de sombrer dans le flot de boue qui submergeait le pays. Et puis, elle avait de qui tenir : toute une famille d’écrivains en ne tenant compte que de ceux qui lui étaient vraiment proches – les chiffres entre. Donc, il y avait son père : Thomas (1875) ; son oncle, Heinrich (1871) ; son frère Klaus (1906), son frère Golo (1909), sa sœur Monika (1910) – tous écrivains. Je précise tout ça, car même si les familles d’écrivains n’ont rien d’exceptionnel – tout comme les familles de musiciens, elles sont cependant assez rares et rarement si nombreuses. Cela étant, raconte-moi un peu ce que dit la chanson.

 

Alors ainsi, c’est assez curieux, Lucien l’âne mon ami, mais j’aime parfois faire des choses inhabituelles, juste pour les faire. Ça change. Et puis, comme ça, ce qui devait être dit à celui qui découvre ici, avec cette chanson, Erika Mann et son Moulin à Poivre, est dit. Quant à la chanson, c’est un personnage féminin qui se raconte à nous. Ce personnage qui mène bien des gens du grand monde est la Bêtise. Et dans le fond, tout le reste est dit dans la chanson.

 

Tu as raison, Marco Valdo M.I. mon ami, point n’est besoin de s’appesantir, il suffit finalement de laisser parler le texte ; il dit mille choses que lui seul peut dire. Alors, nous autres, nous deux, reprenons notre tâche et comme Erika Mann et son amie Thérèse Giehse, tissons, tissons le linceul de ce vieux monde bête, brutal, débile, stupide et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


Je suis la bêtise, écoutez ma chanson
Et ne la prenez pas à la légère.
Il n’y a rien qui, au fond,
Autant que moi ressemble à la bêtise.
La neige est blanche, la mer est profonde,
Moi, moi je suis stupide.
Le diable qui m’appelle parfois,
Sait très bien pourquoi.
L’humanité craint la raison,
Me souffla le démon.
Personne encore ne t’a rendu justice,
Ma très chère assassine.
Oui, par la volonté de Dieu, je suis stupide !

 

J’oblitère le cerveau des hommes,
Je m’incorpore à sa substance.
Je vis de 
leur bêtise
En une sarabande endiablée.
Je suis particulièrement présente,
Auprès des messieurs qui règnent
Et qui partout dans le monde, 
M’accueillent joyeux.
Ces messieurs font tout ce que je veux
En une folie mortifère
Et leurs peuples se laissent faire.
Car je 
suis toujours présente.
Oui, 
par volonté de Dieu, je suis stupide !

 

À la fin, il y a le crépuscule 
Que je provoque.
Ça ne dure pas longtemps, voyez !
Ed’ailleurs, c’est passé.
Que dites-vous ? Non ? Vous me reconnaissez maintenant ? 
C’est moi qui aurais tout fait ?
Vous m’évitez et me nommez maintenant ?
Qu’ai-je seulement fait… ? !
Serait-il possible que…
 ? Pfui, la raison !
Quelle douce lumière mortelle.
Je 
n’ai plus de maison,
Aieje n’y comprends que dalle
Oui, 
par la volonté de dieu, j’étais stupide.

 

 
LA BÊTISE
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Marco Valdo M.I.
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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 21:47

FROID

 

Version française – FROID – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Kälte – Erika Mann – 1933

 

Poème d’Erika et Klaus Mann 
Musique de Magnus Henning (1904-1995), compositeur et pianiste bavarois 
Dans le spectacle de cabaret intitulé « Die Pfeffermühle », « le Moulin à poivre », imaginé par Erika et Klaus Mann, avec la collaboration de Walter Mehring et de Wolfgang Koeppen, et interprété par la même Erika, son amie Therese Giehse et d’autres acteurs et de danseurs (Lotte Goslar, Sybille Schloß, Cilli Wang et Igor Pahlen.)

 

 

 

 

 

En 1933, la majeure partie des cabarettistes allemands avait déjà quitté l’Allemagne. Il fut alors qu’Erika et son frère Klaus – en guerre ouverte avec l’encombrante figure de leur père Thomas Mann, jusqu’à ce moment silencieux face au nazisme alors triomphant – décidèrent de se charger de cette scène littéraire et théâtrale en extinction et de la proposer de manière ouvertement anti-nazie.

« Die Pfeffermühle », « le Moulin à poivre » – nom suggéré justement par Thomas Mann – débuta le 1 janvier de 1933 dans un petit local de Munich, la Bonbonnière, pas loin de la brasserie où en 1923, avait débuté sur la scène politique un jeune peintre triste et médiocre, un certain Adolf Hitler.


Avec le coup d’État hitlérien après les élections de mars 1933, les Mann furent aussi contraints à l’exil ; d’abord en Suisse, ensuite à Paris, en Grande-Bretagne et enfin, aux USA. Erika risqua sa vie en rentrant dans le courant de 1933 à Munich pour sauver quelques manuscrits de son père. « Le Moulin à poivre » devint « Kabarett de l’exil » et fut présenté ensuite partout où Erika et Klaus furent amenés à vivre.

 

« Kälte », le froid. Ces vers d’Erika Mann – qui sur la scène les récitait dolente, dans un vêtement blanc de Pierrot – expriment mieux que tant d’autres le gel qui se propageait à travers l’Allemagne, en tuant toute forme de vie, et la désolation et le désespoir (dans beaucoup de cas résolu avec le suicide) de tant d’artistes, d’écrivains et d’intellectuels allemands – Juifs et non-Juifs – qui avant même la venue de Hitler au pouvoir furent contraints à quitter leur pays, car ils étaient empêchés de travailler et de survivre, poursuivis, insultés et battus par des bandes qui régulièrement entraient par effraction durant les spectacles, en ravageant les scènes.

 

 

L’anniversaire des 13 ans d’Erika Mann fut aussi celui de la république (de Weimar); le jour de ses 18 ans a vu la tentative de coup d’État dans sa ville, Munich. À trente-trois ans, c’était la Kristallnacht, la Nuit de Cristal.

Toute la famille Mann fut privée de la nationalité allemande par les nazis. En premier, et fier, Heinrich. Ensuite, tous les autres. Y compris Thomas, qui s’était décidé à prendre une position politique claire seulement suite aux pressions de sa fille. Ils continuèrent à s’adresser au peuple allemand et au public international, résistants exilés et loin de l’Allemagne, à vingt-huit ans, Erika monte sur scène à Zurich avec son ensemble et son costume de Pierrot, et introduit le spectacle avec ce morceau ...

 

Dans le froid hivernal, l’année était née, –
Il est si tendre, – soyez précautionneux avec l’enfant !
On en a déjà perdu quelques-uns cette année,
Et au jour d’aujourd’hui, le vent est coupant.

 

La neige est bleuâtre dans le froid ascète, –
Pauvres et nus, les arbustes gèlent ;
Deux corbeaux tournent affamés au-dessus d’un champ, –
Un paysan marche pesamment, comme le Géant du mont des Géants.


Pourquoi fait-il si froid ?
Pourquoi le froid glace !
Pourquoi ? Bientôt le monde ne sera
Plus que neige et glace!

Le monde est froid – peu lui importe cependant,
De ce
ci et de cela qui existent malheureusement.
L’indifférence, ce plus frais des oreillers
Apprécié de tous et très demandé.


Pourquoi avons-nous si froid ?
Pourquoi, – 
cette glace !
Pourquoi ? Nous 
ne sommes déjà
Plus que neige et glace!

Participez, – il s’agit de votre terre !
Et 
vous êtes seul, à avoir tout le pouvoir entier !
Faites qu’il fasse un peu plus chaud
Dans notre 
dure nuit de cet hiver glacé !

 

Tout est empli d’une froide épouvante –
Tant que nous ne 
l’attaquons pas au corps ;
Résistez et combattez et nous verrons alors,
Si les fantômes 
emporteront cette lutte !


L’emporter ? Moi je n’y crois guère !
Le soleil triomphe à la 
fin !
Pourquoi
 ? Car la lumière
Doit triompher à la fin !

FROID
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Marco Valdo M.I.
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