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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 10:06

NUÉES NOIRES

Version française – NUÉES NOIRES – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Nubi nere – Sine Frontera – 2016

 

 

 

 

 

 

Il y a des chansons tellement explicites que nul commentaire n’est vraiment nécessaire.

C’est le cas de ces Nuées noires, que tout le monde peut voir.

 

Ainsi ParlaienMarco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


Il y a un vent de peur, un vent
Qui monte doucement
De l'Afrique à l’Orient
Jusqu’au vieux continent.
Sur les routes des marchands,
Financiers et trafiquants
Arment les mains de fanatiques brigands
De Kobane à Tripoli,

De l’Égypte à la Turquie,
Les croisades américaines,
Le djihad, la charia et les prophètes.


Noires, des nuées noires dans la nuit tonnent ;
Noires, des nuées noires à l’horizon avancent.


Le feu de la guerre brûle,
Les populations fuient des villes,
Le ciel hurle et se couvre.
Une pluie noire tombe
Sur les routes et les villes.
Conflit de civilisation immonde,
L’innocent payera
Au nom de Dieu ! Inch Allah !


Des temps passés
Des Arabes aux croisés
Viennent les héritages culturels,
Par-dessus les instincts naturels.
Au-delà de la mer et du ciel,
Au-delà de la terre et du soleil,
Le monde brûle encore 
Et les Dieux regardent.

 

 

Noires, des nuées noires dans la nuit tonnent ;
Noires, des nuées noires à l’horizon avancent.

 NUÉES NOIRES
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Marco Valdo M.I.
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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 10:32


QU’IL EN SOIT AINSI !

 

Version française – QU’IL EN SOIT AINSI ! – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Così sia – Nomadi – 2016

 

(texte dCattini C./Vecchi M./Carletti G.- musica di Carletti G./Vecchi M./Cattini C.)

 

 

 

 

 

 

Le texte « Qu’il en soit ainsi ! » lance un message d’espoir et de confiance dans un futur meilleur pour le monde dans lequel nous vivons, possible à condition que des hommes et des femmes soient capables d’ouvrir leurs cœurs et de vaincre le mécanisme du dieu argent, de l’économie qui dicte sa loi et des prévarications.

 

 

 

Dis-moi que je pourrai… parler
Au-delà de l’horizon de celui qui ne sait pas écouter !
Dis-moi que demain sera …
Bleu comme l’eau qu’avec les mains on boira !
Après toutes les batailles,
Je n’arrive pas à l’imaginer encore, encore ;
Après toutes les magouilles,
Maintenant, je n’arrive pas à le voir,
Mais je veux y croire.

Ouvre ton cœur et puis, remplis-le de joie
Et qu’il en soit ainsi !
Ouvre ton cœur et puis, écris ton histoire
Et qu’il en soit ainsi !
Combats les fruits des suprématies
Le Dieu-Pouvoir et ses faciles économies.


Dis-moi que ce sera comme un ciel d’avril

Et qu’aucun enfant ne devra souffrir encore !
Dis-moi que je pourrai… 
aimer
Sur n’importe quel autel, un homme ou une femme !
Après toutes ces larmes,

Jn’arrive pas à l’imaginer encore, encore ;

Après toutes les batailles,

On ne voit pas l’horizon encore
Mais je veux y croire.


Ouvre ton cœur et puis, remplis-le de joie

Et qu’il en soit ainsi !
Ouvre ton cœur et puis, écris ton histoire

Et qu’il en soit ainsi !
Combats les fruits des suprématies,

Le Dieu-Argent et ses malsaines démocraties.


Ouvre ton cœur et puis, remplis-le de joie

Et qu’il en soit ainsi !
Ouvre ton cœur et puis, écris ton histoire

Et qu’il en soit ainsi !
Combats les fruits des suprématies,

Le Dieu-Argent et ses malsaines démocraties.

Ouvre ton cœur et puis, remplis-le de joie

Et qu’il en soit ainsi !
Ouvre ton cœur et puis, écris ton histoire

Et qu’il en soit ainsi !

 

 
 
QU’IL EN SOIT AINSI !
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Marco Valdo M.I.
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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 12:32


LA MUSIQUE DU VENT

Version française – LA MUSIQUE DU VENT – Marco Valdo M.I. a – 2016

Chanson italienne – La musica del ventoSine Frontera2016

 

 

 

 

 

 









Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson de l’année et en soi, c’est intéressant pour qui s’intéresse à cette voix d’ailleurs, d’en dehors qu’est la chanson pour autant que la chanson s’y prête, qu’elle ne se prenne pas pour une sirène commerciale. Donc, un chanson de l’année, une chanson millésimée, comme l’indique la date de publication du disque qui la reproduit, lequel porte le très beau titre de « Restiamo umani » – « Restons humains ».

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, je t’arrête tout de suite à propos de ce « Restons humains », j’ai de forts soupçons qu’en tant qu’espèce animale, l’humanité elle-même, du moins dans les temps présents, n’a pas pris conscience de sa place relative dans le monde et de son immense prétention : elle voit les choses et le monde à l’envers, et ce titre me paraît lui aussi un rien décalé. À mon sens, il vaudrait mieux dire « Devenons humains », « Soyons humains ! », sur le mode de l’optatif, marqué au sceau d’un futur.

 

Sur ce point, Lucien l’âne mon ami, je ne peux que te donner raison. L’humanité, considérée comme l’art d’être un humain, est encore à faire, même s’il en existe déjà de belles esquisses, mais c’est loin d’être généralisé. Et d’évidence, ne pourraient rester humains que ceux qui le seraient déjà et c’est bien là le problème. Mais, si tu le veux bien, j’en reviens à la chanson dont il est intéressant de noter la contemporanéité. La chanson évolue, ses sujets de préoccupations aussi ; elle porte la marque du temps. Celle-ci est nettement une chanson de paix, chansons qui sont les plus sûres chansons contre la guerre.

 

Oui, oui, Marco Valdo M.I., que l’on fasse des chansons de paix, de celles qui chantent au cœur et à l’esprit, des chansons qui chantent, qui rêvent et qui pensent.

 

Avec celle-ci, cette chanson du vent, on y est. Elle chante en effet au cœur et à l’esprit ; elle rêve aussi ; elle pense. Dans sa forme, elle sonne comme une litanie, un motet répétitif, elle s’apparente au lai, au madrigal, au rondeau, à l’antienne. C’est une chanson à l’ancienne. Elle se doit d’être hors mode pour être indémodable, car elle dit des choses intemporelles.

Et au fur et à mesure que je la traduisais, résonnait en mon for intérieur une poésie française, une chanson française, née au cœur de la guerre, sous le manteau gris de l’occupation en 1942 et grandie au jour après la libération. Elle a, elle aussi, cette même forme incantatoire, cette répétition obsédante du thème et sans doute, l’auras-tu reconnue, il s’agit de Liberté de Paul Éluard. Une chanson de résistance elle aussi, une sœur de ce « Lo avrai », où nous avons puisé notre antienne : « Ora e sempre : resistenza ! »

 

Certes que je la connais, Marco Valdo M.I. mon ami, et tous les enfants de langue française qui ont été à bonne école la connaissent cette « Liberté ». Elle commence d’ailleurs ainsi :

« Sur mes cahiers d’écolier…

J’écris ton nom.

Et elle se termine comme ça :

« Je suis né

pour te connaître

Pour te nommer

Liberté ».

Concluons et reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde malade du commerce, avide, cupide, sottement concurrentiel et cacochyme

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I.

 

 

 


Je chante pour cette terre fatiguée,
Pour 
celui qui lève le drapeau blanc,
Pour la paix retrouvée,
Pour les visages souriants,


Je joue la musique du vent.


Pour les fleuves et les marées,
Pour le droit aux idées,
Pour les glaces et les poissons,
Pour les tribus en extinction,


Je joue la musique du vent.


Chanter pour un monde meilleur,
Respirer l’air à la lumière,
Et sentir sur la peau la chaleur,
D’un jour qui s’éclaire,

D’un jour meilleur. 

Je chante pour cette longue nuit,
Pour le courage de celui qui n’a pas menti,
Pour le temps et les distances,
Pour les rêves et les espérances,


Je joue la musique du vent.


Je chante pour ces blanches cimes,
Pour nos jambes fatiguées,
Pour la vie et les saisons,
Pour les demain et bonnes occasions,

 


Je joue la musique du vent.

Chanter pour un monde meilleur,
Respirer l’air à la lumière,
Et sentir sur la peau la chaleur,
D’un jour qui s’éclaire,
D’un jour meilleur.

 LA MUSIQUE DU VENT
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Marco Valdo M.I.
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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 20:53

GUERRE

 

Version française – GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson de langue allemande – Krieg – Josef Luitpold – 1926

 

 

 

 

EN AVANT VERS LA FOSSE COMMUNE

 

 

 


Texte de Josef Luitpold (1886-1966), poète et pacifiste autrichienlié au mouvement ouvrier. Exilé aux USA en 1934.

Musique de Béla Reinitz (1878-1943), compositeur hongrois.Interprétée par Ernst Busch in « Es kommt der Tag ».

 

 


Vers minuit
À la clarté des étoiles
Comme je rentrais chez moi
Tard le soir -
Je fus effrayé par un cri
Que je n’oublierai jamais -
Je t’entendais là
Une plainte sourde
Père, père -
Une voix d’enfant appelle
Du profond du rêve et du sommeil
Et s’atténue et s’atténue
Et s’atténue -
Et dans le pays lointain
À la même heure
Gisent – des milliers de
Pères – raides
Sous le sable.

 

 
GUERRE
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Marco Valdo M.I.
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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 20:35

BALLADE DE L’ARMÉE DES INVALIDES

 

Version française – BALLADE DE L’ARMÉE DES INVALIDES – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson allemande – Ballade von der Krüppelgarde – Robert Gilbert – 1930

 

 

 

 

 

 

Après la Guerre de 14-18, comme après toutes les guerres, en plus des morts et des disparus, des veuves et des orphelins, on trouve des multitudes de blessés et d’invalides : estropiés, manchots, unijambistes, culs de jatte, les aveugles, sans compter les « gueules cassées » qu’on ne montre plus en public. Sans compter également, les traumatisés de l’âme et de l’esprit et ceux dont la lucidité est partie à jamais et qui ont sombré dans la folie. C’était le cas en Allemagne comme dans tous les pays belligérants et partout, on vit bientôt des défilés, c’est-à-dire des « manifestations » calquées sur modèle militaire, de ces invalides de guerre pour protester contre le sort qui leur était fait. Ils s’estimaient à juste titre mal traités. Il est vrai qu’on n’en avait jamais eu autant à la fois ; il n’y avait quasiment rien de prévu pour eux et les pays eux-mêmes avaient du mal à se remettre de cette absurdité sanglante. L’Allemagne peut-être plus encore que les autres, car elle devait en outre pourvoir aux réparations dans les pays qu’elle avait envahis et détruits, puis elle connut l’inflation et enfin, les séquelles de la « crise ». C’est au milieu de tout ça qu’a surgi « l’armée des invalides ».

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, de mémoire d’âne, depuis le temps que je parcours les pays, j’en ai connu de ces invalides et je peux t’assurer qu’il y en aura tant qu’il y aura des guerres.

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, tu as donc bien cette mémoire d’avoir rencontré pareille bande d’éclopés ; ton témoignage confirme donc ce que je disais précédemmentMais avant d’aller plus loin, deux mots à propos du nom de cet incroyable défilé. Une traduction littérale serait : la garde des boiteux, des éclopés, des estropiés ou la garde boiteuse, éclopée, estropiée, infirme. Finalement, j’ai penché pour les invalides en référence à cet Hôtel des Invalides à Paris où depuis Louis XIV, sont hébergés ces militaires endommagés. Quant à la Garde, le mot ne recouvre pas la même chose en français qu’en allemand et vu le nombre, le mot « armée » conviendrait mieux. Et puis, j’avais en tête certain général de l’armée morte ou de l’armée des morts, que raconte Ismail Kadaré et qu’interpréta Marcello Mastroiani.

D’où, cette « armée des invalides »

Je trouve, en effet, Marco Valdo M.I. mon ami, que voilà un excellent titre. Quant à ta question des éclopés, j’ai vu de telles bandes de 
déglingués dégingandés bien des fois, à commencer par celle des Dix Mille de Xénophon, en passant par la première Croisade La Croisade de Pierre, les croisades en général et l’inénarrable Huitième croisade, en particulier et les retraites de Russie – française, européenne, allemande, italienne. Et comme tu le sais sans doute, j’en ai vues plusieurs de mes propres yeux d’âne. En plus, ces gens-là ne rêvaient que de me manger ; autant te dire que je me

suis tenu à l’écart de ces joyeux troupiers. 

Tu as bien fait, Lucien l’âne mon ami. Car vaut mieux un âne vivant qu’un Lucien mort. 
Quand deux mots à propos des croisades ; quand on considère l’ensemble, on découvre qu’il était surtout question de contrôler la Syrie, le Liban ; que les Turcs y affrontaient les Arméniens et sans doute, déjà, les Kurdes ça ressemble quand même

assez à ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient.

Maintenant, pour ta question, si je n’ai aucune idée à ce sujet, même vague, il me semble à voir ton œil qui vibre que toi, tu en as une. Alors, de quoi s’agit-il ? Aurais-tu une réponse à cette question concernant une chanson de Jean-Baptiste Clément ?

Tu as l’œil, Lucien l’âne mon ami et de fait, j’ai trouvé une chanson de Jean-Baptiste Clément qui me semble, car je n’ai pas pu m’en assurer plus que ça auprès de Robert Gilbert, alias, alias, chanson qui me semble être « Les Volontaires ». Quoique ces volontaires ont l’air en meilleure forme que cette armée de stropiats, d’impotents, d’unijambistes.

Sauf à la fin où :« ils se faisaient chair à canons 
Et de civières
 ! »

Évidemment, c’est ce qui attend tous ceux qui se précipitent la fleur au fusil au-devant des canons et des pétoires ennemis. Quoi qu’il en soit, tu auras traduit une chanson et tu en apporteras une autre et c’est fort bien. Peut-être finira-t-on par dire que tu t’es gouré et que ce n’était pas « Les Volontaires », mais une autre chanson de

Clément qui a servi de base à celle-ci et donc quelqu’un te démentira.


Ce n’en sera que mieux, car alors, il apportera une autre chanson de Jean-Baptiste Clément, auteur dont je crois bien qu’une bonne part de la production mériterait d’

d’être reprise.


Restons-en là, si tu veux bien, pour le moment et reprenons notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde exploiteur, propriétaire, belliciste et cacochyme.



Heureusement
 !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Nous sommes l’armée des invalides,
La plus belle armée du monde
 ;
Nous sommes presque un milliard,
En comptant les morts.

Les morts ne suivent pas,
Ils doivent rester en terre
Nous ne pouvons pas marcher au pas,
La plupart d’entre nous n’ont qu’une jambe.

Notre lieutenant se terre sous terre
Notre capitaine a un moignon
Notre maréchal 
rampe à terre,
Ce n’est plus qu’un tronc.

Nous sommes 
l’armée des invalides 
Un homme sur deux a 
de solides

Membres de bois, comme des bâtons

Greffés sur ses articulations.

 

Ils disent : « Ce sont des prothèses

Bien plus belles que les jambes et les bras. »

Ils disent : « Les aveugles lisent

Mieux encore avec leurs doigts. »


Et si les morts pouvaient guérir,
Au trot, on les verrait revenir
Au lieu de pourrir désespérés
Dans un charnier.

 

Ils disent : « Retournez maintenant au travail et

Pas question de fainéanter ».

Ils disent : « Les faux membres à la chaîne

Font encore leur service ».

 

Attendez, même si nous boitons,

Contre vous nous marcherons 
Même si à gauche, nous perdons

Notre jambe droite dans l’action.

 

Nous sommes l’armée des invalides, 

Le plus fort des bataillons

Et la fière avant-garde 

De la révolution.

 

Nous sommes l’armée des invalides,

Le plus fort des bataillons
Et la fière avant-garde

De la révolution.

 

 
BALLADE DE L’ARMÉE DES INVALIDES
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Marco Valdo M.I.
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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 13:00

LILI MARLÈNE

 

(Chanson d’un jeune planton)

 

Version française – LILI MARLÈNE (Chanson d’un jeune planton) – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Lili Marleen [Lied eines jungen Wachtpostens] – Hans Leip – 1915

 

 

 

 

LILI MARLEEN : HISTOIRE D’UNE CHANSON UNIVERSELLE

 

« Lili Marleen » a été la chanson préférée des soldats du monde entier pendant la Deuxième guerre mondiale ; pratiquement, c’en fut l’hymne officieux. C’est une chanson allemande écrite en 1915 par un jeune soldat hambourgeois et mise en musique par un artiste qui se compromit avec le nazisme, chanson qui cependant franchit vite les frontières de l’Allemagne et fut adoptée par tous les hommes qui allaient mourir par dizaines de milliers, en pensant peut-être à leur « Lili » laissée on ne sait où. Les chansons ont parfois d’étranges histoires. Étranges et imprévisibles.


Le texte original est un poème, intitulé Das Lied eines jungen Soldaten auf der Wacht « La Chanson d’un jeune Soldat de Garde », qu’un soldat allemand, Hans Leip écrivit avant de se rendre au front dans les Carpates en 1915 ; le poème faisait partie d’un volume intitulé Die Harfenorgel (« La Harpe »). Le nom « Lili Marleen » provient de celui de son amie (la fille d’un verdurier) combiné avec celui d’une jeune infirmière, Marleen, qui semble par contre avoir été l’amie d’un compagnon d’armes.

 

L’édition allemande de Wikipedia propose une deuxième, et assez curieuse, version à propos de l’origine de la chanson de Hans Leip. Selon elle, Hans Leip serait tombé amoureux Lilly Freud (1888-1970), la nièce de Sigmund Freud (c’était la fille de sa sœur Marie). Hans Leip confirma ensuite l’avoir connue. La jeune fille, qui était actrice, le laissa pour épouser, en 1917, l’acteur et réalisateur Arnold Marlé. Leip écrivit donc la chanson en l’intitulant « Lilly Marlé », devenue ensuite « Lili Marleen ». Lilly Freud-Marlé déclara que dans sa famille, on avait toujours raconté que la Lili Marleen de la chanson, c’était elle. Si cette histoire est vraie, elle serait hautement ironique : les soldats de la Wehrmacht chantaient une chanson dédiée à une jeune fille juive. Mais même Hans Leip a plusieurs fois démenti cette hypothèse.


Le poème de Hans Leip, quoique de caractère décidément antiguerre, fut publié dans un recueil de poésies patriotiques en 1937 ; bien vite Lili Marleen (elle aussi notoirement antiguerre) allait attirer l’attention de la chanteuse Lale Andersen (pseudonyme d’Eulalia Lieselotte Bunnenberg, née en 1905 à Bremerhaven et morte en 1972 à Vienne), qui demanda au compositeur Rudolf Zink, de la mettre en musique. Naît ainsi une première version romantique, qu’Andersen interprète dans des petits cabarets de Berlin et de Munich. En 1938, elle demande au compositeur Norbert Schultze (né en 1911 à Braunschweig et mort le 17 octobre 2002), de mettre aussi en musique la poésie, chose que Schultze fit tout de suite en chantonnant une mélodie qu’il avait créée deux ans auparavant pour une publicité radiophonique du dentifrice Chlorodont. Il s’agit d’une mélodie plus « martiale », et Lale Andersen chanta parfois une, parfois l’autre version dans les cabarets. De ses dires, elle préférait la première version plus « douce », mais il les présentait toutes les deux pour sonder les faveurs du public. C’est de toute façon la seconde version que Lale Andersen finit par enregistrer, qui s’imposera pendant la Seconde guerre mondiale. Une chanson immédiatement décriée par la critique, qui la jugea « sombre et privée de rythme ».

 

Norbert Schultze, de toute façon, déjà riche et célèbre avant le succès énorme de la chanson de la « fille sous le réverbère » qui attendait son fiancé près de la guérite. Ses œuvres, marches et mélodies de facture soldatesque et propagandiste, ont des titres catégoriques qu’il vaudrait peut-être mieux omettre dans un recueil de chansons contre la guerre, du type « Bomben auf England » (Bombes sur l’Angleterre). En 1945, les Alliés lui ordonnèrent de cesser de composer, mais en 1948, Schultze était déjà à nouveau en activité.


Cette chanson a connu une histoire fort tourmentée. Le très puissant ministre de la propagande et de l’information du III Reich, tristement célèbre Dr Goebbels, ne l’aimait pas du tout. Il voulait une marche militaire. Andersen elle-même était rétive à l’enregistrer ; elle le fit pour la première fois en 1938 pour Apollo Verlag, sous le titre de Das Mädchen unter der Laterne (« La fille sous le réverbère ») ; au début, on en vendit très peu, seulement 700 exemplaires, et ce fut pareil avec la nouvelle gravure du 2 août 1939 pour l’Electrola Studio de Berlin, la première version où la chanson paraît sous le titre de « Lili Marleen » (et avec le sous-titre Lied eines jungen Wachtpostens « Chanson d’une jeune sentinelle »), qui passa pratiquement inaperçue. Tout ceci jusqu’à ce qu’une radio militaire allemande commence à la transmettre, en 1941, pour les forces engagées en Afrique (l’« Afrika Korps » du maréchal Rommel).

Les commandements allemands s’aperçurent bien vite de quoi il éclatait ils parmi les mains, avec cette chanson qui rappelait aux soldats un amour laissé à l’arrière au lieu de l’ardeur de guerrier. Une chanson « défaitiste », en somme ; les soldats la chantaient avec les larmes aux yeux pendant qu’ils allaient crever pour la grandeur du Reich. « Lili Marleen » donc fut évidemment interdite, circonstance qui contribua à accroître sa popularité, qui était déjà devenue énorme.


Lors de l’occupation allemande de la Yougoslavie, en 1941, fut installée à Belgrade une station radiophonique pour transmettre des nouvelles à la Luftwaffe et à l’Afrika Korps. La station s’appelait « Soldatensender Belgrad », le lieutenant Karl-Heinz Reintgen, directeur de cette radio, avait un ami dans l’Afrika Korps à qui la chanson, malgré son interdiction officielle, plaisait beaucoup, et qui demanda à l’émetteur de la transmettre ; et Reintgen, en éludant à ses risques et péril l’interdiction (ce qui n’était pas peu !), accepta et la fit transmettre pour la première fois le 18 août 1941. Ici se manifesta le second miracle : la chanson plut au maréchal Erwin Rommel en personne, qui demanda à Reintgen de l’insérer dans le programme musical fixe de la station, contre l’avis de Goebbels et même de Hitler. La chanson devînt bien vite le signal de fermeture des transmissions de l’émetteur, à 9 heures et 55 du soir.

À partir de là, rien ne put plus arrêter le progrès de la chanson. Elle fut captée et écoutée par les Forces Alliées, et Lili Marleen devînt la chanson la plus connue et préférée des soldats des deux camps, qui la chantaient en allemand ou dans leur langue. Somme toute, une chanson qui réussit à unir des milliers de gens qui se combattaient avec acharnement. Une chanson universelle de fraternité de soldats qui partageaient le même terrible destin.


La popularité immense de la version allemande entraîna une traduction en anglais, probablement quand un éditeur britannique de chansons, John Jordan Phillips, reprocha à un groupe de soldats anglais de la chanter dans la langue de l’« ennemi ». Un soldat, très fâché, répliqua brutalement : « Et pourquoi on ne nous écrit pas les paroles en anglais ? » Ainsi fut faite une version par un parolier anglais, Tommie Connor, en 1944 et interprétée par la chanteuse Anne Sheldon, qui atomisa tous les records de ventes. La chanson, transmise quotidiennement par la BBC (dans la version de Vera Lynn), fut adoptée par la Huitième Armée britannique, et ensuite même par les forces américaines en Europe.


On la passait dans les hôpitaux militaires et transmise par d’énormes haut-parleurs, avec les nouvelles de propagande ; elle était chantée dans les rues. Elle était chantée au front, des deux côtés des lignes.


Elle fut interprétée dans la langue originale et en anglais par l’exilée allemande Marlene Dietrich, qui la porta dans le monde entier à la suite des troupes alliées (en Afrique du Nord, en Sicile, en Alaska, au Groenland, en Islande et en Angleterre). La version américaine de Marlene Dietrich, interprétée avec un chœur anonyme, en 1944, atteint les records de vente durant quelques mois, répétant ce tour de force dizaines d’années plus tard (en 1968, lorsque devînt même une « protest song »). En 1981, elle réussit à rester longuement dans le hit-parade allemand, et en 1986, même au Japon. Autrement dit, dans tous les pays frappés par la tragédie de la Seconde guerre mondiale.

 

 

La chanson a été traduite en 48 langues. Parmi celles-ci : le français, le russe, l’italien et l’hébreu. La version croate semble avoir été une des chansons préférées du maréchal Tito.


« Lili Marleen » est probablement la plus célèbre chanson de guerre, et intrinsèquement une chanson contre la guerre, de tous les temps. Le thème du soldat qui pense à son amour est universel. Lale Andersen expliqua son succès planétaire avec ces mots : « Le vent peut-il expliquer pourquoi il devient une tempête ? »

(Le texte de l’introduction en italien est une réélaboration et une intégration de Riccardo Venturi de textes anglais et allemands repris de la « Page officielle de Lili Marleen »)

25 mars 2005

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Lili Marlène, mais Marco Valdo M.I., je la connais cette chanson. C’est une chanson du temps de la guerre. Je l’ai entendue fort souvent depuis ce temps-là. Mais justement, ce temps-là, pour moi, c’était la Deuxième Guerre mondiale ; alors, explique-moi, ce qu’elle fait ici en plein milieu de la Première Guerre mondiale.

 

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, c’est encore une histoire assez étrange et d’une certaine manière paradoxale. Une chanson d’amour, somme toute assez banale, qui raconte une histoire ordinaire, arrivée à des milliers de jeunes soldats et qui devient une sorte de tube parmi les belligérants de tous les camps. Un autre aspect paradoxal est celui que tu soulignes : voici une chanson qu’on situe généralement dans les chansons de la Seconde Guerre mondiale – ce qu’elle fut assurément, mais qui est en réalité et très objectivement une chanson de la Première Guerre mondiale. J’affirme tranquillement ça, malgré ton regard interrogatif encore, car elle a été écrite en 1915 par Hans Leip, jeune soldat affecté à la Garde impériale à Berlin. Cependant, son argument est quasiment intemporel : un jeune soldat rencontre son « amie » près de la caserne, etc, il part au front (comme Hans Leip et des millions d’autres) et il meurt à la guerre (comme des millions d’autres) ; du moins, on le suppose à la lecture de la dernière strophe.

 

 

C’est bien vrai qu’elle est intemporelle et que tant qu’il y aura des guerres, elle sera d’actualité. Et, je t’assure, dit Lucien l’âne en riant, qu’elle aurait aussi bien pu concerner un « miles » romain affecté à la garde du Palais de Néron ou un planton de Nabuchodonosor.

 

 

Évidemment, pour le mélo, on joue le grand air de la nostalgie, le pauvre soldat songe à son amie qu’il a laissée et qui l’oublie dans les bras du suivant et il pense aussi à l’autre qui a pris sa place, disons sous la lanterne. Pour corser l’affaire et émouvoir plus encore, on fait en plus surgir la chanson de la tombe du jeune mort nostalgique.

 

 

En effet, dit Lucien l’âne, c’est un vrai mélodrame, cette chanson. Un mélodrame des plus mélos et des plus dramatiques, un mélimélo propre à séduire les cœurs d’artichaut et les âmes infantiles.

 

 

Tu as parfaitement résumé la chose, Lucien l’âne mon ami. C’est une chanson qui joue sur les émotions et sur les réflexes psychologiques profonds, acquis dans la petite enfance ; sur les ressorts qui actionnent les sentiments des militaires et des ménagères, encore que chez ces dernières, il y ait de solides exceptions. Berta, par exemple, raisonnait plus sainement. Cette résonance sentimentale dans les âmes militaires montre combien ces hommes et ces jeunes gens, et les populations à leur suite, sont infantilisés et en quelque sorte, hypnotisés et chloroformés. Mais ce n’est pas un hasard, car c’est une nécessité intrinsèque à la conduite de la guerre. On ne peut faire une armée militaire, obéissante et sans conscience propre, prête à massacrer et à se laisser massacrer, avec des adultes sensés.

Tout le conditionnement disciplinaire vise précisément à infantiliser (certains diraient lobotomiser, d’autres robotiser) les recrues ; heureusement, ça ne marche pas toujours, il y a des réticences chez certains. D’ailleurs, au temps du service militaire obligatoire, ceux qui retardaient leur incorporation de quelques années pour des raisons d’études (par exemple) étaient plus difficiles à mettre sous le joug que les jeunes recrues. Au point que ces « incorporés tardifs » étaient mis dans des groupes spécifiques, afin d’éviter la contagion.

 

 

Oh, dit Lucien l’âne, quand même pour la plupart des gens et tout spécialement, les jeunes (encore qu’il ne manque pas de vieux cons, comme aurait Tonton Georges), la guerre, c’est toujours la guerre des pissotières ; elle ressemble à une grande compétition sportive ou inversement. Concluons ainsi et reprenons notre tâche et tissons à nouveau sans désemparer le linceul de ce vieux monde infantile, militarisé, inconscient et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Devant la caserne

Devant la grand porte

Il y avait une lanterne

Et elle y est encore.

Là, on pourra se retrouver ;

Sous la lanterne, on pourra rester

Comme avant, Lili Marlène,

Comme avant, Lili Marlène.

 

Nos deux ombres

Semblent montrer aux autres

Comme nous nous sommes tant aimés.

Notre amour est si évident

Que le voient tous les gens

Quand nous sommes sous la lanterne

Comme avant, Lili Marlène,

Comme avant, Lili Marlène.

 

Déjà, le veilleur crie,

Le couvre-feu a sonné,

Trois jours d’arrêt, ça peut coûter.

« Camarade, j’arrive ! »

On s’est dit au revoir, on s’est quitté.

Même si avec toi, je voulais m’en aller.

Comme avant, Lili Marlène,

Comme avant, Lili Marlène.

 

Il connaît ton pas,

Ta démarche souple.

Chaque soir, ça me brûle

Et la douleur ne me lâche pas

Tant qu’il est là sous la lanterne,

Avec toi, Lili Marlène,

Avec toi, Lili Marlène.

 

Dans ce grand silence

Du fond de la terre

Me revient comme en rêve

Ta bouche amoureuse.

Et aux premières brumes,

Je serai sous la lanterne,

Comme avant, Lili Marlène,

Comme avant, Lili Marlène.

LILI MARLÈNE
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Marco Valdo M.I.
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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 14:33

LE CRABE ET LE KANGOUROU

 

Version française – LE CRABE ET LE KANGOUROU – Marco Valdo M.I. – 2016

 

Texte : Joachim Ringelnatz, in “Die Schnupftabaksdose. Stumpfsinn in Versen und Bildern” – 1912.

Joachim Ringelnatz, 1883-1934de son vrai nom Hans Gustav Bötticher, est un écrivain, un artiste de music-hall et un peintre allemand qui dut sa notoriété principalement à ses poèmes humoristiques autour du personnage de Kuttel Daddeldu.

 

 

Mariage

 

Dialogue maïeutique

 

 

 

Cette fois, Lucien l’âne mon ami, bien qu’il s’agisse d’une histoire de 1912, elle a tout l’air d’être d’aujourd’hui.

 

Autant dire, Marco Valdo M.I. mon ami, qu’en plus de cent ans, on n’a pas beaucoup progressé.

 

Exactement ! C’est ce je pense aussi, quoique, Lucien l’âne mon ami, il nous faudra nuancer le propos et comme il apparaîtra, ce n’est pas ici une affirmation chèvrechoutiste. Donc, la chanson raconte l’histoire d’une rencontre, c’est une histoire d’amour et c’est une histoire tragique.

 

Voilà qui devrait plaire, dit Lucien l’âne tout doucement, car les histoires de rencontre, les histoires d’amour – qui plus est, tragiques, plaisent toujours énormément. Il suffit de voir la place qu’elles prennent dans la rumeur, les commérages, le théâtre, l’opéra, le roman, le cinéma, la presse, les gazettes, la télévision et que sais-je encore. Eh oui, c’est l’amour, toujours l’amour. Mais, donne-moi des détails, j’en suis très friand, car je suis curieux autant qu’il est possible quad il est question de choses amoureuses.

 

Ah, je le savais que ce genre de choses allait déchaîner les passions et pour satisfaire ta curiosité, je ’en vais avant toute chose te détailler l’anecdote. C’est la triste aventure d’un crabe et d’un kangourou qui décident de s’épouser. Par parenthèse, on ne sait s’il s’agit de :

- un kangourou et une crabe

- une kangourou et un crabe

- un kangourou et un crabe

- une kangourou et une crabe,

la chose n’est précisée nulle part et c’est d’autant mieux, car tous les cas peuvent être rencontrés en même temps.

Nos deux héroïnes-héros tragiques s’en vont donc trouver le maire de l’endroit en vue des épousailles et celui-ci leur signifie son refus de les marier au prétexte qu’ils ne sont pas semblables.

 

Oh, mais Marco Valdo M.I., c’est courant chez les humains, je te cite des raisons de mémoire : ils ne sont pas de même religion, ils ne sont pas de même couleur, ils ne sont pas de la même caste, ils ne sont pas de la même « race » et sans doute, en existe-t-il encore d’autres de bonnes mauvaises raisons. Mais alors, que font nos deux tourtereaux ?

 

C’est là que la chose devient tragique, car ils se pendent à l’entrée de la mairie.

 

Déjà ? !, dit Lucien l’âne en ouvrant des yeux grands comme le lac Baïkal.

 

En effet, c’est un peu rapide, mais la chanson est très courte. C’est le genre particulier de cette forme de chanson de Ringelnatz ; c’est un style percutant.

 

Pour être percutant, il l’est. C’est une histoire tragique, certes, mais biscornue et sa fin est épouvantable.

 

Oh, des histoires semblables, il y en a eu beaucoup et il y en a encore beaucoup à présent ; elles ne finissent plus toutes aussi mal. Enfin, ça dépend des endroits. Dans nos régions, les choses évoluent et on a fini par accepter des mariages qui étaient absolument prohibés au temps de la chanson. Et si ce n’est pas encore vrai partout, on peut espérer que l’humanité se civilise un peu avec le temps.

 

C’est évidemment souhaitable, dit Lucien l’âne. Cependant, j’ai entendu dire, lors de mes récentes pérégrinations, que dans certains pays, il ne fait pas bon d’être « original », ou simplement d’avoir l’air de sortir de l’orthodoxie ambiante. Et tu sais, Marco Valdo M.I. mon ami, à nos yeux d’ânes, ce monde est véritablement malade dans sa tête et atteint de troubles psychiatriques profonds. Courteline l’avait déjà noté, le monde a :

« une araignée dans le plafond, une punaise dans le bois de lit, et un rat dans la contrebasse ! »

 

 

Excellente citation, s’écrie Marco Valdo M.I., je l’aime beaucoup, car cette courte chanson de Ringelnatz sonne comme en écho à cette sentence bien méditée et il me faut ajouter que je suis assez perplexe face à certaines coïncidences.

 

Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l’âne en levant des oreilles en points d’interrogation et d’exclamation, je n’y comprends goutte à ces coïncidences mystérieuses. De quoi est-il question ? Quelles sont-elles ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, je t’en donne immédiatement un fameux exemple. Cette rencontre d’un(e) crabe et d’un(e) kangourou vient peu de temps après qu’un éditeur parisien ait publié en 1911 (à titre posthume) un texte d’Alfred Jarry, le père du Roi Ubu lui-même, intitulé : « Le Homard et la boîte de corned-beef que portait le docteur Faustroll en sautoir », qui devait dater de 1898. C’est elle aussi une histoire courte que je m’empresse de te lire – ça ne prend que quelques instants :

« Le Homard et la boîte de corned-beef que portait le docteur Faustroll en sautoir

Une boîte de corned-beef, enchaînée comme une lorgnette,
Vit passer un homard qui lui ressemblait fraternellement.
Il se cuirassait d’une carapace dure
Sur laquelle était écrit à l’intérieur, comme elle, il était sans arêtes,
(Boneless and economical) ;
Et sous sa queue repliée
Il cachait vraisemblablement une clef destinée à l’ouvrir.
Frappé d’amour, le corned-beef sédentaire
Déclara à la petite boîte automobile de conserves vivante
Que si elle consentait à s’acclimater,
Près de lui, aux devantures terrestres,
Elle serait décorée de plusieurs médailles d’or. »

 

Moi, dit Lucien l’âne, j’aimerais, quitte à froisser ta modestie, j’aimerais rappeler une de tes chansons, écrite il y a quelques années, c’était une histoire de mariage entre des gens fort semblables, quant au genre ; elle s’intitulait ON VA SE MARIER . Comme quoi, pour certains, le refus du mariage tient au fait qu’ils sont différents et pour d’autres, le refus tient au fait qu’ils sont semblables. Allez comprendre les lubies humaines.

 

Avant que tu conclues, Lucien l’âne mon ami, dit Marco Valdo M.I., il me plaît de proclamer une dernière indication pour situer clairement notre position. À toutes fins utiles et pour qui de droit, je signale définitivement que nous n’avons – en ce qui nous concerne – ni l’intention de nous marier, ni celle de nous pendre.

 

Enfin, écoutons la chanson du Crabe et du Kangourou, sans distinction de genre, de sexe et de nationalité ; puis, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde engoncé dans ses préjugés, malade de ses religions, coincé dans ses usages, paralysé par ses coutumes et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Le kangourou et le crabe

En justes noces voulaient convoler.

Les autorités refusèrent de les marier,

Car, disaient-elles, ils n’étaient pas semblables.

 

En rage, ils s’écrièrent : « Putain de Dieu
Quelle foutue bureaucratie ! »
Et à la porte de la mairie,
Ils se pendirent tous les deux.

 

 

 
 LE CRABE ET LE KANGOUROU
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Marco Valdo M.I.
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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 21:54

LA BALLADE DE L’ÉMIGRANT

 

Version française – LA BALLADE DE L’ÉMIGRANT – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – La ballata dell’emigrante – Luca Bassanese – 2014

 

 

 

Luca Bassanese parle de l’émigration des « Cerveaux en fuite »jeunes de talent ou de haute spécialisation professionnelle contraints à laisser le pays pour chercher un futur digne, de l’exode quotidien de centaines et de centaines de jeunes Italiens. Bassanese dit que sa chanson s’insère dans le cadre historique de l’émigration, racontant cependant une nouvelle histoire. Ce n’est plus l’émigration avec la valise en carton et la ficelle, amis celle avec un diplôme à faire fructifier et un coffre de songes à rouvrir, trop longtemps fermé par l’indifférence d’un pays d’origine qui n’arrive pas à retenir ses meilleurs talents. « Italie, douce Italie je t’ai cherchée, je t’ai embrassée, mais à présent, salut ! Ô ma belle endormie ! » avec l’espoir d’un jour revenir à retrouver « la mer, la mer, le vent, le vent, le soleil » sans l’angoisse de devoir repartir.

 

 

 

C’est la ballade de l’émigrant,
Na ni na narunninnaninnana.
C’est la ballade de l’émigrant,
Na ni na narunninnaninnana.


C’est la ballade de l’émigrant,
Na ni na narunninnaninnana.
C’est la ballade de l’émigrant,
Na ni na narunninnaninnana.


Chercher un futur,
C’est chercher un trésor.
En rien facile
Comme travail.
Souris frère !
Des yeux et du cœur,
Demain, tu verras,
Sera un jour meilleur.
Souris frère !
Des yeux et du cœur.
Demain, tu verras,
Sera un jour meilleur.

 

Na ni na narunninnaninnana
Na ni na narunninnaninnana

Oui, je l’admets, il est triste
De devoir partir
Mais c’est toujours mieux que 
De rester ici à mourir !
Italie, douce Italie !
Je t’ai cherchée, je t’ai embrassée,
Mais à présent, salut !

Ô ma belle endormie !
Mais maintenant salut !
Ô ma belle endormie !

C’est la ballade de l’émigrant,
Na ni na narunninnaninnana.
C’est la ballade de l’émigrant,
Na ni na narunninnaninnana.

C’est la ballade de l’émigrant,
Na ni na narunninnaninnana.
C’est la ballade de l’émigrant,
Na ni na narunninnaninnana.


Et sur les quais
D’une autre gare
Où naissent les rêves, 
Un amour naît.
Qui peut savoir si ses yeux 
Ne seront pas des lumières
Et ses cheveux, des vagues de la mer.
Et ses cheveux, des vagues de la mer.
Et ses cheveux, des vagues de la mer.

Na ni na narunninnaninnana 
Na ni na narunninnaninnana

Mais cher Pays qui me laisse partir
Qui peut savoir si un jour, je vais revenir
En chantant une chanson d’amour, une vieille : 
La mer, la mer… le vent, le soleil.
La mer, la mer… le vent, le soleil.

La mer, la mer… le vent, le soleil.

La mer, la mer… le vent, le soleil.

C’est la ballade de l’émigrant,
Na ni na narunninnaninnana.
C’est la ballade de l’émigrant,
Na ni na narunninnaninnana.

 

C’est la ballade de l’émigrant,
Na ni na narunninnaninnana.
C’est la ballade de l’émigrant,
Na ni na narunninnaninnana.


Italie, douce Italie !
Je t’ai cherchée, je t’ai embrassée,
Mais à présent, salut !

Ô ma belle endormie !
Italie, douce Italie !
Je t’ai cherchée, je t’ai embrassée,
Mais à présent, salut !

Ô ma belle endormie !


Italie, douce Italie !
Je t’ai cherchée, je t’ai embrassée,
Mais à présent, salut !

Ô ma belle endormie !
Italie, douce Italie !
Je t’ai cherchée, je t’ai embrassée,
Mais à présent, salut !

Ô ma belle endormie !

LA BALLADE DE L’ÉMIGRANT
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Marco Valdo M.I.
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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 21:14

LA MARCHE DES VEAUX

 

Version française – LA MARCHE DES VEAUX – Marco Valdo M.I. – 2016

 

Chanson allemande – Kälbermarsch – Bertolt Brecht – 1943

 

La Révoltée

 

LKälbermarsch (La Marche des Veaux) est une des parodies les plus connues dHorst-Wessel-Lied (chant nazi). Elle est tirée de « Chveik dans la deuxième Guerre mondiale », une pièce de Bertolt Brecht (1943), écrite pendant son exil aux États-UnisOriginellement, elle aurait dû être jouée à Broadway, avec une musique de Kurt Weill. Mais Kurt Weill ne crut pas au succès de ce drame, c’est pourquoi Brecht travailla avec le compositeur Hanns Eisler. La première eut lieu en 1957 après la mort de Brecht.

 

L’histoire se situe dans le contexte suivant. Dans la prison militaire de Prague, se trouvent des prisonniers tchèques, qui doivent être enrôlés de force dans l’armée allemande. C’est Chveik qui chante « La Marche des Veaux ».

 

Dialogue maïeutique 

 

Je sais, je sais, Lucien l’âne mon ami, le veau, les veaux, ce n’est pas des ânes. Ils n’ont pas cette résistance face à la domination, cette aptitude à la liberté, ce caractère de farouche indépendance et cette capacité à refuser d’être mis en troupeau qui signalent l’engeance têtue dont tu fais partie. Cependant comme l’âne, comme le chat, comme le mouton, comme le loup, comme l’agneau, comme le chien, comme le renard, comme le cochon, comme le lion, comme l’ours, comme l’aigle, comme la fourmi, comme la souris ou le rat, comme le lapin, comme le kangourou ou l’anaconda (et plein d’autres encore – du serpent, au scarabée en passant par le poisson et l’éléphant), le veau est un personnage emblématique, assez proche de l’agneau, dont parlait Heinrich Böll. La place du veau commun dans cette héraldique est évidemment fort différente de celle du Veau d’Or, où il était Dieu. Dans ce cas-ci, il représente non pas le peuple qui peut être souffrant et rester digne, mais la masse qui se vautre dans son indignité (qu’elle ne conçoit même pas) et qui se laisse mener à l’abattoir sans rechigner et parfois aussi, avec enthousiasme.

 

Oh, dit Lucien l’âne en riant, pauvre veau, il en prend plein la tête et tout ça après avoir été Dieu ; c’était au temps de son âge d’or.

 

Je me demande si Brecht, qui écrit ce texte vers 1943 avait eu vent de la réflexion de Charles De Gaulle qui au moment où Pétain signait l’armistice avec les nazis, soutenu en cela par le « peuple » français, avait maugréé, sans doute plein de rage, à propos des Français de France : « Ce sont des veaux. Ils sont bons pour le massacre. Ils n’ont que ce qu’ils méritent. » Il n’y avait donc pas que des veaux allemands. Cependant, le sens donné au mot est le même. Il s’agit bien de l’animal voué à l’abattoir.

 

En effet, dit Lucien l’âne, mais il faut dire à la décharge du veau, compte tenu de son jeune âge, on peut imaginer qu’il ne peut pas comprendre ce qui lui arrive et qu’il n’ait pas le réflexe de résister, ni même le temps de s’organiser.

 

Justement, cela devrait donner une idée de ce que pense Brecht à propos de la soumission « volontaire » de la population allemande au Reich de Mille Ans, qui dura – agonie comprise – une douzaine d’années.

Maintenant deux mots de la chanson. Je te rappelle que dès ses débuts en politique, Adolf Hitler avait été surnommé le « tambour », tant il faisait du bruit en hurlant. C’est donc de lui qu’il est question. Bien sûr, ce drapeau rouge sang est celui des nazis et la croix qui l’orne est tout aussi évidemment une croix gammée : c’est le « croc sanglant ».

Et enfin, Lucien l’âne mon ami, si la chanson est courte et un peu abrupte, c’est qu’elle est tenue par la forme de celle qu’elle parodie : le chant des nazis – le Horst Wessel Lied. Note que c’est une pratique courante dans la chanson politique que de prendre la forme du chant de l’ennemi pour lui faire chanter d’autres paroles. Elle en adopte donc la forme et la musique, mais elle n’en a pas du tout, pas du tout le même contenu.

 

Je l’espère bien, dit Lucien l’âne en éclatant de rire. Cependant, n’oublions pas le destin des veaux et les dégâts que leur pleutrerie et leur suivisme a engendrés, dont ils furent parmi les premiers à souffrir. Je leur propose un petit proverbe aux allures bibliques : « Qui se conduit comme un veau, périra comme un veau ». Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde pleutre, pusillanime, lâche et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Loin derrière le tambour
Trottent les veaux ;

Ils fournissent la peau

Du tambour.

Ils portent une croix

Sur leurs drapeaux rouge sang.

Pour le pauvre homme, cette croix,

C’est un croc sanglant.

 

Le boucher crie. Les yeux bien fermés,

Le veau marche d’un pas calme et décidé.

Les veaux, dont le sang coule déjà dans l’abattoir,

S’alignent mentalement dans le mouroir.
Ils portent une croix

Sur leurs drapeaux rouge sang.

Pour le pauvre homme, cette croix,

C’est un croc sanglant.

 

Ils ont le bras levé,

Ils le montrent ostensiblement.

Déjà dégouline leur sang

Et les voilà vidés.

 

Ils portent une croix

Sur leurs drapeaux rouge sang.

Pour le pauvre homme, cette croix,

C’est un croc sanglant.

 

 
LA MARCHE DES VEAUX
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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 21:44

CHANSON D’UNE MÈRE ALLEMANDE

 

Version française – CHANSON D’UNE MÈRE ALLEMANDE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Lied einer deutschen Mutter – Bertolt Brecht – 1941

 

 

monté sur un âne,

sur un ânon, petit d’une ânesse. » (Zacharie 9, 9-10) 

 

 


Tu sais, Lucien l’âne mon ami, combien dans l’esprit des gens, la douleur d’une mère qui voit souffrir son enfant, spécialement d’ailleurs quand c’est un garçon, fait une profonde impression. C’est en quelque sorte une de ces séquences archétypales venues du plus lointain des âges et considérablement récupérée par la figure chrétienne de la « Mater dolorosa » et on peut aussi y ajouter mille poésies, spectacles et tableaux. Tout cela donne une puissance terrible à l’évocation d’une situation similaire au mythe. C’est sur cette base symbolique que Bertolt Brecht a construit cette « Chanson d’une mère allemande ».

 

Je n’ignore rien grand-chose de tout cela, ayant moi-même été présent à la naissance légendaire d’un personnage mythique qui sert d’idole à nos idolâtres christicoles. Je suis aussi représenté portant le même sur mon dos lors de son entrée à Bruxelles, dans le tableau célèbre du peintre ostendais James Ensor, parodiant l’entrée du même roi à Jérusalem, comme en témoigne Zacharie :

« Exulte de toutes tes forces, fille de Sion !

Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem !

Voici que ton roi vient à toi :

Il est juste et victorieux,

humble et monté sur un âne,

sur un ânon, petit d’une ânesse. » (Zacharie 9, 9-10)
 

Formidable ta citation, Lucien l’âne mon ami, te voilà confirmé dans un rôle de premier plan au théâtre des marionnettes qui amuse tant notre société. Mais revenons à la mère allemande dont le fils, loin de se promener sur un âne et de proclamer la fin des chevaux et des arcs de guerre, c’est-à-dire la paix et la concorde entre les humains, s’est engagé à suivre le plus infâme et le plus délirant des dictateurs sanguinaires et se promène sur un panzer.

Et la mère qui avait placé tant d’espoir dans ce fils, qui l’avait imaginé en bon fils d’une bonne mère, se rend compte de ce qu’il est devenu et elle énumère ses griefs :

Ah, si j’avais su où te conduiraient tes bottes et les horreurs qu’elles t’induiraient à faire… mais j’ai apprécié ta chemise brune quand elle t’a servi de suaire.

 

Que voilà en quelques strophes une immense tragédie familiale et je pense qu’elle n’est pas seulement familiale et qu’encore une fois, il nous faut lire au-delà des lignes et voir dans cette mère allemande, l’Allemagne elle-même et dans ce fils dévoyé, ce peuple allemand qui s’est laissé entraîner et conduire jusqu’à sa propre destruction par le joueur de tambour de Braunau. Ratata, ratapla. Reprenons maintenant notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde plein de chemises de couleur, de bottes, de brun et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Mon fils, je t’ai offert ces bottes

Et cette chemise brune.
Ce qu’aujourd’hui je sais, l’aurais-je su
Alors, je me serais plutôt pendue.


Mon fils, lorsque j’ai vu ta main 
Faire le salut hitlérien
Je ne savais pas qu’à ainsi saluer
Ton bras se serait desséché.

 

Mon fils, je t’entendais
Parler d’une famille de héros.
Je n’imaginais, je ne voyais, je ne savais
Pas que tu étais leur bourreau.


Mon fils, quand je te voyais
Marcher derrière Hitler,
J’ignorais que jamais, 
Tu ne reviendrais en arrière.


Mon fils, quand tu me disais que l’Allemagne
Ne pourrait plus être reconnue,
Je ne savais pas qu’elle serait devenue
Cendres, sang et ruines.


Je vis la chemise brune que tu portais
Je ne m’y suis pas opposée alors
Je ne savais pas ce qu’aujourd’hui, je sais :
Que c’était ta chemise de mort.

 

CHANSON D’UNE MÈRE ALLEMANDE
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