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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 13:25

À L’ATTAQUE !

 

Version française – À L’ATTAQUE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson néerlandaise – Ten Aanval  Bram Vermeulen  2004 (au plus tard !).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Eh bien, Marco Valdo M.I. mon ami, je ne t’imaginais pas aussi proche d’un chanteur néerlandais. Je n’imaginais même pas que tu te mettes à faire des versions françaises de chansons néerlandaises, car depuis les années que tu fais des versions françaises de textes venus de multiples langues, tu en avais peu faites venues du néerlandais, alors que tu vis dans un pays censément bilingue, sinon trilingue et où la langue de la majorité de la population est précisément le néerlandais.

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, comme tu le vois, je le fais. Et j’ajoute, je le fais avec plaisir, me

même si je le fais mal. Il y a à cela diverses raisons. La principale, c’est que pour une fois, on ne me l’impose pas. Car, vois-tu Lucien l’âne, pelons l’oignon une bonne fois. J’aurais volontiers appris le néerlandais – qu’on m’a enseigné de force pendant au moins quinze ans, s’il n’avait pas été une expression directe de la domination de la majorité et aussi, plus « historiquement » de la création de ce pays bancal, voulu par les puissances contre-révolutionnaires vers 1815. En somme, on nous a coupés de notre Hainaut qui allait jusqu’aux portes de Paris et on nous a insérés de force dans un pays où on nous a réduits à la portion congrue.

 

Oh, dit Lucien l’âne, il est idiot en effet d’imposer de pareilles contraintes à des populations et le faire à des enfants, a des conséquences tout au long de leur vie, si ce n’est au-delà.

Enfin, Lucien l’âne mon ami, il m’a bien fallu vivre avec cette incongruité nationale et trouver refuge dans une de ces réserves indiennes de Wallonie. Passons et revenons à la chanson de Bram Vermeulen et pour commencer à Bram Vermeulen lui-même, artiste antimilitariste et de ce fait, par-delà les idiomes, très proche. Et dans le but de prouver ma sympathie pour ce poète, je m’en vais te faire connaître son testament – c’est une chanson, un poème.

 

Il est temps, dit Lucien l’âne, car il est mort en 2004, à la fin de l’été, en Italie ; son cœur l’avait lâché. Et donc, ce testament ?

 

D’abord, pour tout dire, ces histoires de testament me renvoient toujours à François Villon et à la Supplique de Georges Brassens et puis, en cascade, à bien des autres. Et pour tout te dire quand même, en ce qui me concerne, en guise de testament, je me verrais bien revêtir du « Je voudrais pas crever » du bon Boris Vian.

 

 

Et maintenant, quelques mots sur la chanson « Ten Aanval ! ». Que raconte-t-elle ?

 

Eh bien, Lucien l’âne, c’est une attaque en règle contre le militarisme et le goût de certains de provoquer et de faire des guerres. « Ten Aanval » peut se traduire indifféremment par « À l’attaque ! », « Au combat ! » et « À l’assaut ! » et décliné en « Sus ! », « Sus à l’ennemi ! » et toutes les variantes du genre.

 

« À l’attaque ! », « Au combat ! » et « À l’assaut ! » et décliné en « Sus ! », « Sus à l’ennemi ! » et toutes les variantes du genre, quel beau programme !, dit Lucien l’âne en éclatant de rire. On n’en demande pas tant. Nous dont la tâche, bien au contraire, est de tisser encore et toujours le linceul de ce vieux monde guerrier, belliciste, belliqueux, inquiet et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


Ô ces grands hommes, regardez-les, aller au pas.
Regardez-les ces braves hommes marteler le pas de parade.
Écoutez-les chanter ces hommes fiers le chant du soldat.
À l’attaque, à l’attaque, à 
l’attaque, à l’attaque !


Regardez-les ces hommes obéissants pleins de raison commettre des assassinats.
Regardez-
les ces hommes aveugles combattre pour le grand massacre.
Écoutez-le
s gueuler ces hommes fâchés le bon droit de leur combat !
À l’attaque, à l’attaque, à l’attaque, à l’attaque !

 

Regardez-les s’incliner ces grands hommes devant leurs amis décédés.
Écoutez-les crier, ces hommes peureux, le besoin désespéré.
Regardez-
les pleurer, ces hommes forts, la vie n’a jamais été si grande.
À l’attaque, à l’attaque, à l’attaque, à l’attaque !


Pauvres hommes, grands hommes, hommes stupides, hommes aveugles. 
Regardez-les ces vieux hommes qui auraient dû gagner.
Écoutez-les se taire ces hommes raides pour écouter ce qu’ils entendent du dedans,
Rajeunissez-les, ces hommes stupides, et ils recommenceraient !
À l’attaque, à l’attaque, à l’attaque, à l’attaque !

 

Pauvres hommes, grands hommes, hommes stupides, hommes aveugles.

Drogués à la sensation du combat, pour toujours égarés,

 

Tristes exemples d’humanité. La guerre comme spécialité.
Pauvres hommes, grands hommes, hommes stupides, hommes aveugles.

 

 

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Marco Valdo M.I.
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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 21:09

UN CHANTEUR DOIT MOURIR

 

Version française – UN CHANTEUR DOIT MOURIR – Marco valdo M.I. – 2016

Chanson de langue anglaise – A Singer Must Die  Leonard Cohen – 1974

 

Un chanteur doit mourir 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Une chanson que Cohen écrivit lorsqu’il apprit qu’il était repris sur les « black lists » d’artistes et personnages publics considérés dangereux et subversifs par l’administration Nixon et, par conséquent, mis sur écoute par la CIA, le FBI et d’autres agences gouvernementales…

 

 

 

 

 

La salle d’audience est tranquille, mais qui admettra.
Est-il vrai que vous nous avez trahis ? La réponse est oui.
Alors lisez-moi la liste de mes crimes,
Je demanderai la grâce que vous aimez refuser.
Et toutes les dames deviennent moites, et le juge n’a pas le choix,
Un chanteur doit mourir pour le mensonge dans sa voix.

 

Je vous remercie, je vous remercie de faire votre devoir,
Vous gardiens de la vérité, vous gardiens de beauté.
Votre vision est juste, ma vision est erronée,
Je suis désolé de polluer l’air avec ma chanson.

 

Ah, la nuit est épaisse, mes défenses sont cachées
Dans les vêtements d’une femme ; je voudrais oublier,
dans les plis de sa soie, dans l’étau de ses cuisses,
Où je dois aller prier déguisé en beauté.
Oh bonne nuit, bonne nuit, ma nuit après nuit,
Ma nuit après nuit, après nuit, après nuit, après nuit, après nuit.

 

J’ai si peur que je vous écoute,
Vos gardes aux lunettes noires en sont la cause.
C’est leur façon de traiter, leurs manières de déshonorer,
Leur genou dans vos couilles et leur poing dans votre visage.
Oui et longue vie à l’État à côté qui le permet,
Monsieur, je n’ai rien vu , je rentrais juste tard chez moi.

 

 

UN CHANTEUR DOIT MOURIR
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 17:28

J’Y ÉTAIS

 

Version française – J’Y ÉTAIS – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson néerlandaise – Ik was erbijBram Vermeulen2000

 

 

Dans ce qui fut la tranchée,
Maintenant une flaque boueuse,
Le cadavre d’un soldat offre
Encore le seul support.

Juste contre le pan de mur,
Un camarade :
Sans ses deux jambes,

La mort sur son visage

Le dos seul encore visible
À côté de l’étroite planche,
Poussé, pas trébuché
L’officier.

 

Gueule à tue-tête
Tandis que les bras déployés
La boue recouvre toute

La fin de son combat.

 

Le corps d’un homme
Pend au fil barbelé,
Touché sous son casque
Le visage sans face.

 

Raconte cette horreur,
Mais pas à moi,
Ce n’est pas nécessaire,
J’y étais.

 

Et l’un contre l’autre s’affrontent
Deux hommes dans le champ
À qui le premier quittera cette vie ;
Mais tous deux, de toute façon, seront des héros.

 

Et la nuit, on les entend chanter
De la tranchée de l’autre côté.
Ainsi résonnent les voix
De l’ennemi.


Et silencieux sur son dos,
Couvert par un drapeau,
L’homme sans jambes
Peut rentrer chez lui.

 

Raconte cette horreur,
Mais pas à moi,
Ce n’est pas nécessaire,
J’y étais.

 

En ville, le soldat fait la fête
Avec ce qu’il a reçu,
Alors que dans tous les lits de la ville,
On paye pour l’amour.

 

En sûreté, plus loin, à la capitale,
Le verre de vin à la main,
Les messieurs en haut-de-forme boivent à la santé
De la nation et de la patrie.

 

Raconte ce mensonge,
Mais pas à moi,
Ce n’est pas nécessaire,
J’y étais.

 

J’ai trouvé là ma mort
Et bien que je vais être oublié,
Telle une boussole précise
Cette fois, elle indique
Mon chemin.

 

 

J’Y ÉTAIS
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Marco Valdo M.I.
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 11:26

INNOCENT PAYSAGE

 

Version française – INNOCENT PAYSAGE – Marco Valdo M.I. – 20 6

Chanson néerlandaise – Onschuldig landschapBram Vermeulen – 2000

 

 

Nieuport 1918


Cette terre n’a rien fait.
Elle a juste conservé
La bombe qui n’ a jamais explosé
Cette terre épargne la vie des gens.
Cette terre est innocente.


Cet arbre n'a rien fait.
Il a
juste offert ses branches
À la corde du soldat

Qui choisit lui-même sa fin dernière.
Cet arbre est innocent.


Cette pierre n’ a rien fait,
Elle porte juste le nom
D'une vie pas vécue
De docilité et d'aveugle devoir.
C
ette pierre est innocente.

Cette colline n'a rien fait,
Elle se dresse sur la pente encore toujours.
Et maintenant, l'herbe y pousse
Et les vaches broutent autour.
Cet endroit est innocent

 

Cette fleur est très simple,
Mais qui
la cueille doit savoir
Qu’elle se fane en un jour.
Faisons-la donc en papier.
Cette fleur est innocente.


Ce paysage est innocent.
Ce paysage est innocent.


Peut-être le ciel pas,
Peut-être a-t-il quelque chose à se reprocher,
Car la pluie est tombée.

 

Peut-être le soleil pas aussi –
Peut-être a-t-il quelque chose à se reprocher,
Car il s’est levé ici.


Peut-être les oiseaux pas –
Peut-être ont-ils quelque chose à se reprocher,
Car ils ont continué à chanter.

 

Mais certainement pas les rats,
Les rats certainement
pas,
Les rats sont encore pris dans la trappe.


Cette ville n'a fait rien ;
Elle a été bâtie afin de prouver
Que rien n'est arrivé ici,

Que le mensonge continue à exister.
Cette ville est coupable.
Cette ville est coupable.
Cette ville est coupable.

 

 

INNOCENT PAYSAGE
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Marco Valdo M.I.
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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 17:16

GUERRES SAINTES

GUERRES SAINTES – Marco Valdo M.I. – 2016 (nouvelle version)

Von heiligen KriegenReinhard Mey 1967


 

 

Chanson remontant un demi-siècle, mais – vous en conviendrez – encore plutôt actuelle…

 

Dialogue maïeutique

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, il me semble que le commentateur italien qui nous a précédé a bien raison : cette chanson est toujours d’une grande actualité.

 

De fait, Lucien l’âne mon ami, un peu comme l’érotisme à Copenhague, sujet à partir duquel j’ai écrit une chanson : « Sois islamique ! », pas plus tard qu’hier à la suite d’un acte imbécile, dément et criminel, commis au nom de la « Guerre Sainte », précisément. Donc, Lucien l’âne mon ami, voici une chanson sur la « Guerre sainte », « Djihad », comme la nomment certains furieux prophétiques. Elle date d’il y a un demi-siècle ; elle aurait pu être écrite bien avant car on n’a jamais manqué de délirants assassins fauchant leurs contemporains au nom d’entités nébuleuses telles que Dieu, les Dieux, les prophètes, les livres saints et autres babioles du genre, des entités fantômes dont ils usent pour justifier leurs penchants au sadisme. Ce qui, par parenthèse, permet de différencier les tenants d’une croyance : d’un côté, l’ensemble des croyants qui se contentent de croire et gardent leur croyance en eux-mêmes – bel exmple de décence sociale et de l’autre, ceux-là, les excités de la prière qui relèvent de la psychiatrie clinique. Ainsi, la chanson a été écrite en allemand par un Allemand, qui – composant aussi en français – aurait sans doute dû la traduire lui-même. Sans doute, l’a-t-il fait, mais je n’en ai pas trouvé de traces. Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi Frédérik Mey (nom que se donne Reinhard Mey quand il chante en français) ne l’a pas mise à son répertoire.

 

Si je comprends bien, Marco Valdo M.I. mon ami, tu en as fait une version de ton cru.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, je voulais me faire une idée de ce qui y était dit et je suis très content de ce que j’ai trouvé. Car, elle raconte trois guerres saintes et rien qu’entre des humains – toutes aussi stupides :

la première relate l’expansion de l’Islam,

la seconde les Croisades,

la troisième la Guerre de Trente Ans (et c’est une durée très sous-estimée) qui ravagea l’Allemagne et l’Europe centrale et qui je te le rappelle opposait les catholiques aux protestants.

Et la chanson un rien sceptique, ou carrément mécréante, pose la vraie question : en quoi une guerre est-elle sainte ? J’ajouterais volontiers : en quoi une guerre sainte est-elle saine (d’esprit) ?

 

Là, tu as bien raison, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est le cas de le dire. Il y a lieu de poser autrement la question. On ne peut, sauf en usant d’un sens figuré, poser sérieusement la question de la sainteté ou de la non-sainteté d’une guerre ou de quoi que ce soit ; car la sainteté, cela n’a aucun sens dans le réel. Par contre, on peut se poser la question de la santé mentale de ceux qui croient et qui, à partir de cette prémisse, édifient un univers fantasmatique, où ils abritent d’étranges entités qu’ils déclarent sacrées. Des gens qui à partir de là, veulent imposer leurs fantasmes aux autres humains et en cas de refus d’obtempérer, les massacrent à tour de bras. Tel est le sens de la guerre sainte, chose que nous les ânes, nous nous refusons à pratiquer et même, comme tu le vois, à reconnaître..

 

Certes, Lucien l’âne mon ami, mais c’est bien là le nœud, seuls les humains sont assez complexés pour vouloir imposer au monde de pareilles sornettes. Cela dit, on aurait pu ajouter aux joyeuses tueries qui en découlent, celles qui ont été pratiquées au nom de croyances sans dieux, sans Dieu, sans entités anthropomorphiques désastreuses. En fait, vois-tu, le vrai problème, c’est la croyance elle-même, qui est une drogue dangereuse. Elle rend fou celui qui l’absorbe. Ce qui est réjouissant dans cette chanson, c’est qu’elle rappelle que l’humanité a déjà connu pareilles mésaventures et qu’elle en est venue à bout.

 

Concluons ici, Marco Valdo mon ami, d’une devise à vocation universelle :

 

« Ni Dieu, ni maître,

Ni religion, ni guerre ! »

 

Excellente incitation à la paix, Lucien l’âne mon ami. Mais avant de te laisser conclure, juste une petite indication. Pour aider à la compréhension de la chose, j’ai ajouté des sous-titres entre les différentes parties de la chanson. Ça rend les choses plus claires.

 

Fort, bien Marco Valdo M.I., il vaut mieux éclairer comme ça qu’avec des bûchers et maintenant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde malade de la croyance, crédule, religieux, calamiteux, massacreur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

L’islam pacifique

 

On a appelé au Djihad, à la guerre sainte
Et on a été de Médine et La Mecque
Au berceau chrétien, en Palestine,
Et puis, jusqu’à Tunis et en Espagne,
Avec des oriflammes, des épées et d’autres instruments
Porter le salut de l’islam aux gens.

On a remplacé la croix par le croissant
Et on a pendu les mécréants.

 

La pax cristiana

 

Ça n’a pas laissé indifférents les chevaliers de la Croix
Et autour de l’an mil, ça y était : on partait là-bas

Avec écus, chevaux, armes et bagages,
À la croisade, au sacré carnage.
Avec le feu et l’épée, cette fois, on allait là-bas
Pour libérer des Turcs et des Sarrasins, la sainte patrie
Et celui qui ne put fuir la victoire de la Croix,
Par l’épée fut coupé en deux parties.

 

La confession de paix

 

Pourquoi fait-on toujours la guerre aux mécréants ?
Au nom de dieu ou contre une autre religion ?
Nous, avec Wallenstein, Tilly et l’Empereur germanique,

On fait la guerre au nom d’une confession.

On ne peut pas se supporter entre hérétiques et catholiques.
Alors, on brûle les maisons des protestants
Et on assassine vieux ou jeunes
En réplique à la furie suédoise d’avant.

 

 

Et maintenant ?

 

Aujourd’hui aussi, on appelle à la guerre sainte
On y va en mots et en actes
Et tous au ciel montent en triomphe.
Mais dites-moi, en quoi une guerre est-elle sainte ?

 

GUERRES SAINTES
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Marco Valdo M.I.
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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 22:33

ON A JOUÉ GUILLAUME TELL

 

Version française – ON A JOUÉ GUILLAUME TELL – Marco Valdo M.I. – 2016 (nouvelle version)

Chanson suisse en Schwyzertüütsch Si her dr Wilhälm Täll ufgfüert – Mani Matter – 1966 
 

 

 


Il te souviendra, Lucien l’âne mon ami, que j’avais antérieurement proposé une version française de cette chanson de Mani Matter; remettant de l’ordre dans mes chansons en vue de l’édition des Rêves, j’ai retrouvé l’ancienne version et je me suis décidé à en tenter une nouvelle.

 

C’est toujours ainsi avec les traducteurs et les recréateurs de textes poétiques. Ils veulent toujours améliorer leurs textes, Marco Valdo M.I. mon ami. Et toi, tu fais pareil et c’est fort bien. On a deux versions pour le prix d’une, du coup.

 

Il te souviendra aussi, Lucien l’âne mon ami, qu’on avait déjà rencontré à Zurich en Suisse alémanique, aux temps des exils, Hugo Ball au Cabaret Voltaire, Erika Mann au Moulin à Poivre, Max Werner Lenz au Cabaret Cornichon. Tous modelèrent la forme artistique de leur époque qui jusque-là était développée en Allemagne – principalement dans les milieux nocturnes de Berlin et de Munich.

Après la guerre, dans les années 50, dans le sens contraire, Hazy Osterwald et son Sextett venaient de Berne pour faire un tabac en Allemagne. Il accompagnait à sa manière le Miracle économique et la conjoncture.

Cette fois, il s’agit encore d’un chanteur, d’un artiste qui trouva à se mettre à l’unisson de son temps.

Comme en Allemagne avec Franz-Josef Degenhardt, en Italie avec Fabrizio De André, Paco Ibañez en Espagne, Jacques Brel en Belgique, on vit naître en Europe des chanteurs à texte à la suite de Georges Brassens en France, apparut en Suisse alémanique Mani Matter.

Juriste, comme Franz-Josef Degenhardt, Mani Matter va rapidement construire son propre langage et adapter la forme à une manière de récit aux accents particuliers.

 

Certes, dit Lucien l’âne en ouvrant grand les yeux et les oreilles. Mais encore ? Parle-moi de Mani Matter, que j’avais bien croisé sur un chemin alpin, un soir d’été et de villégiature ; mais nous n’avions pas eu le temps de faire beaucoup connaissance ; il passait à toute allure en automobile. On ne nous avait même pas présentés l’un à l’autre ; et puis, maintenant que j’y pense, avec le recul, il aurait mieux été inspiré de se déplacer à dos d’âne ; je l’aurais volontiers porté. J’aurais dû insister, mais pouvais-je savoir que je serais amené à en parler ici avec toi ?

 

Eh bien, répond Marco Valdo M.I., allons-y dans l’ordre et la discipline et prenons tes questions à la queue leu-leu, comme elles sont venues. Donc, je reviens à Mani Matter – vois comme la chanson est quelquefois prémonitoire, dont une des compositions les plus connues fut « Appréhensions ».

 

Oui, dit Lucien l’âne, et alors ? Appréhensions ? Tout le monde peut avoir des appréhensions et puis, qu’est-ce que ça veut dire exactement Appréhensions ?

 

Voyons ça. Appréhensions, dit Marco Valdo M.I. très souriant, a un double sens ; le second sens dérivant du premier. Le premier veut dire en gros, compréhension anticipée et le second, marquant un penchant au pessimisme, signifie un ressenti anticipé d’événements fâcheux. Dans le cas de la chanson de Mani Matter, on peut tout à fait parler d’appréhensions, lui qui mourut à 36 ans d’un accident automobile. Maintenant, au départ, Mani Matter – de son nom de ville : Hans-Peter Matter, dans ses loisirs, était un joyeux troubadour bernois et exerçait ses talents professionnels comme juriste à la Ville de Berne, jusqu’au jour où le démon de la chanson l’emporta. La particularité de Mani Matter, c’est qu’il a écrit et chanté tout son répertoire en « Schwyzertüütsch », plus éloigné de l’allemand courant que l’italien ne l’est du suédois et encore, ce devait être du Bärndütsch (bernois) et non du Zuritüütsch (Zurichois) ; ce qui lui a assuré longtemps une relative célébrité alémanique. Cela dit, Mani Matter ne manquait ni d’humour, ni d’espièglerie.

 

Oui, mais qu’en est-il de la chanson ?, insiste Lucien l’âne. J’aimerais quand même savoir ce qu’elle raconte.

Sans doute, Lucien l’âne mon ami, toi qui as tant voyagé et qui est passé souvent au travers des Alpes connais-tu la légende suisse de Guillaume Tell, le mythe fondateur de ce pays si sourcilleux et tout aussi légendairement, calme et ordonné. L’exploit de l’archer ou de l’arbalétrier Guillaume Tell qui symbolise par son geste – il tira une flèche dans la pomme posée sur la tête de son propre fils, la résistance et la finale victoire des Suisses sur l’occupant autrichien. C’est là, comme toutes les légendes fondatrices une chose quasi-sacrée, dont il est malvenu de rire et de se moquer. Cet exploit héroïque fut pour l’écrivain et dramaturge allemand Schiller, l’occasion d’écrire un morceau de bravoure et sa pièce devint une célébration de la Suisse jusque dans les villages les plus reculés des cantons les plus montagneux. Et la chanson de Mani Matter, à cet égard, est véritablement sacrilège. Elle raconte une représentation dans un village qui tourne finalement au pugilat et ensuite, à l’émeute locale après une série d’épisodes comiques dignes de Spike-Jones ou des Monty-Pythons. Cette aventure a été reprise par un théâtre, par le « Theater am Tatort » (Théâtre sur le Lieu du crime), bagarre comprise. Mais c’était bien des années plus tard. Pour les détails, voir la chanson de Mani Matter.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, voyons-la et puis, reprenons notre tâche qui, je le rappelle, est de tisser le linceul de ce vieux monde querelleur, conformiste, héroïque, patriotique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

Au « Lion » de Nottiswil, on jouait le Guillaume Tell de Schiller.
Il y avait foule : la moitié du village
 sur la scène s’activait,
L
autre moitié dans la salle, devant de grandes bières,
Bon
 public, regardait et écoutait ce qui se passait.

Au début, dans le rôle de la femme de Stauffacher,

La pasteure débitait son texte au tailleur

Émue, elle omit certaine réplique et sans cœur,

L’artisan lui reprocha cet oubli. Ainsi, commença l’affaire.

 

À l’instant crucial de la pomme, le fils de l’instituteur qui jouait Tell,

Pose à son père d’assommantes questions, alors un garde – un effet de l’alcool ?

Si fort que tout le monde l’entend, le héros interpelle :

Cet enfant n’a-t-il donc rien appris à l’école ?

Furieux, un ami de Tell, un gars d’Altdorf, le frappe à la figure,

Et le garde, sans réfléchir, immédiatement enchaîne

Et leste, lui flanque un coup de pied au ventre ;

Accourt tout le peuple d’Uri et la bagarre se déchaîne.

 

Les uns, pour l’Autriche, prennent le parti du garde ;
Les autres, d’Altdorf, celui de Tell : on se cogne sans remords
Avec les épées de carton, avec les décors, avec les hallebardes, 
Tell tombe sur Gessler, toute la salle s’en mêle alors.


La colère éclate, les verres volent, en un instant.

Au sang se mêle la bière, on brise les tables et les bancs.

L’aubergiste s’arrache les cheveux, sa femme compte les dégâts.

L’affaire dure deux heures, l’Autriche l’a dans le baba.

 

Au « Lion » de Nottiswil, on a joué le Guillaume Tell de Schiller

Dans un style hautement naturaliste et avec tant et tant de bières.

L’assurance a payé – et moi, j’ai appris,

Comment dans ce petit pays d’Uri,

On gagne la liberté,

Quand on se bat comme ça.

On gagne la liberté,

Quand on se bat comme ça !



 

ON A JOUÉ GUILLAUME TELL
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Marco Valdo M.I.
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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 18:38

Le Rêve de Weimar sur papier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après Dachau Express, qui raconte l’histoire d’un déserteur de l’armée mussolinienne et du Rêve de Guillaume, premier tome des Histoires d’Allemagne, voici un autre livre de Marco Valdo M.I. : il s’intitule Le Rêve de Weimar et couvre les années 1920 à 1932, les années où une République a tenté de survivre aux poussées nationalistes. Elle connut ses heures paisibles et surtout, d’énormes vicissitudes qui la conduisirent à sa perte.

 

Ce qu’il faut absolument dire ici, ce qui mérite d’être dit et souligné ici, c’est que sans les Chansons contre la Guerre (C.C.G.), cette édition papier n’aurait sans doute jamais existé puisque toutes les chansons et tous les textes (ou presque) qui y figurent viennent en droite ligne des C.C.G. Ils y ont été conçus et ils y ont grandi ; l’auteur y a aussi appris à les faire.

Au final, il y a 30 chansons pour 13 années. Il y en a 13 tirées des récits de « Mein Jahrhndert » de Günter Grass et mises en chanson, une est une évocation des Bananes de Koenigsberg d’Alexandre Vialatte et 16 qui sont des versions françaises de chansons allemandes, proposées ici par Marco Valdo M.I. ; pour certaines, il a même fallu faire la version française expressément afin de pouvoir les insérer dans le livre.

 

On y trouvera donc :

 

1919-1936 – La Lorelei et le Svastika ; 1920 – La Locomotive unitaire ; 1921 – Mademoiselle Ilse ; 1922 – Peu importe mon Nom ; 1922 – Rathenau ; 1923 – Les beaux Billets ; 1924 – La Colombe argentée ; 1925 – Par la Radio ; 1926 – Le Bois de l’Empereur ; 1926 – Il y a huit Ans ; 1926 – Les Tranchées ; 1927 – Année dorée de la Danse ; 1927 – Connais-tu le Pays où les Canons fleurissent ?; 1927 – Voix du Charnier ; 1928 – Classe 1899 ; 1928 – Les trois Frères de Barmbek ; 1928 – La Chanson du Savon ; 1929 – Le vieil Adam et la Grenouille verte ; 1929 – Très sages Contemporains ; 1930 – Chez Diener ; 1930 – L’autre Possibilité ; 1930 – À droite toute !; 1930 – L’Économie libérale ; 1930 – L’Armée des Invalides ; 1931 – Nous voilà !; 1931 – Le Cœur doré de la Bourgeoisie ; 1931 – Une Question ; 1932 – N’importe quoi, mais quelque chose ; 1932 – La Parabole du Train ; 1932 – Le Poirier sur la Lorelei.

 

Republier ce qui existe déjà dans les C.C.G. et sur au moins, deux blogs (Canzones et Histoires d’Allemagne) peut sembler paradoxal, mais il n’en est rien. Il y a diverses raisons à cela.

 

La première, c’est la demande de plusieurs amis qui souhaitaient pouvoir trouver ces Chansons contre la Guerre (en langue française) sur papier ; essentiellement par commodité de lecture. Les écrans lassent l’œil.

 

La deuxième, c’est le souhait de l’auteur de voir son travail présenté sous une autre forme ; peut-être aussi, son envie de faire des livres et le fait que j’aime les livres.

 

La troisième est une opportunité de l’évolution ; tout comme Internet avait permis la création et le développement (notamment) des Chansons contre la Guerre (et d’un milliard d’autres sites, blogs…), les nouvelles formes d’édition sont apparues qui permettaient de publier des livres sans disposer de grands moyens financiers et pour tout dire, sans moyen. C’est une forme d’édition libre qui naissait. Concrètement, je suis mon propre éditeur, mais également, celui qui écrit les textes, les compose, les met en page, les corrige ; il n’y a que les imprimer que je ne fais pas. Ce travail artisanal se rapproche assez de celui du peintre, du sculpteur. Évidemment, tout ceci n’est possible que parce qu’un imprimeur peut – grâce à des nouvelles techniques – proposer une impression à la demande, un exemplaire à la fois et à un prix raisonnable à l’exemplaire. Ainsi, chaque personne qui le souhaite peut publier un livre (mais il faut évidemment pouvoir faire, c’est-à-dire concevoir et écrire un livre, ce qui est un autre sujet), mais aussi peut commander directement son exemplaire du Rêve de Weimar à l’imprimeur et régler son dû à l’imprimeur.

Une des conséquences de cette manière de faire est qu’il ne se trouvera pas des paquets de ce livre sur les étals des libraires, sauf si un libraire particulièrement enthousiaste décide de le faire dans sa librairie.

On me demande souvent si je fais ces livres pour gagner de l’argent… Avec ce système de vente à l’exemplaire, c’est à peu près impossible ; mais en fait, comme disait mon grand-père, ce n’est pas le but du jeu ; traduction : on s’en fout. Dès lors, il est clair qu’on ne pousse pas à la consommation : lit qui veut.

 

Une autre raison de cette publication est que les Histoires d’Allemagne avaient été conçues sur une durée de plusieurs années et apparaissaient dispersées et perdaient une bonne part de leur vitalité en raison-même de cet éparpillement. Il convenait d’y mettre de l’ordre et de les rassembler en un ensemble structuré.

 

Bonne idée car en les regroupant, il est apparu que ces chansons jouaient un rôle de catalyseur de la réflexion sur ce qui est actuellement le « problème central de l’Europe » : l’Allemagne.

 

L’Allemagne qui fut le Rêve d’Otto (von Bismarck) est déclinée ici en six rêves qui prolongent celui du premier chancelier. Tous ces rêves tendent vers le même but : la Grande Allemagne.

On commencera ici par celui de Guillaume II, qui est donc un chapitre du déroulement du rêve allemand. Comme on sait, il se terminera par un épouvantable désastre.

L’unification allemande était certes un rêve et aurait pu être un rêve réussi, s’il n’y avait une question de méthode : la méthode militaire, l’usage de la force, l’ambition territoriale, le nationalisme et la guerre étaient des erreurs tragiques.

L’idée était bonne, excellente même, mais la méthode absolument exécrable. C’est ainsi qu’on finit par mourir pour des idées…

 

D’autres volumes sont prévus. On en reparlera.

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

On peut le trouver à l'adresse :

http://www.publier-un-livre.com/fr/le-livre-en-papier/261-le-reve-de-weimar

 

 

 

 

Le Rêve de Weimar sur papier
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Marco Valdo M.I.
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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 18:12

SUR LES BORDS DU RHIN ET DE LA RUHR

 

Version française – SUR LES BORDS DU RHIN ET DE LA RUHR – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – An Rhein und Ruhr marschieren wir – Anonyme – 1937 

 

 

 

 

 

 

 

Chanson née dans les groupes de jeunes antinazis connus comme Edelweißpiraten – Edelweiss pirates. La base mélodique est celle de l’« Argonnerwaldlied » (Chant des forêts de l’Argonne), une chanson militaire remontant à la Grande Guerre (14-18), dont le schéma musical fut emprunté par les militants communistes, ensuite les nazis et enfin, nos « Edelweiss pirates ». Mais le morceau est un véritable pot-pourri, avec des références à des chansons populaires (comme celle remontant au XVIIIe siècle « Wahre Freundschaft soll nicht wanken », qu’on peut traduire par « Vraie amitié ne peut chanceler ») et des chants de travail (comme celles des premières années du XXe intitulées « Immer bunt sind wir gekleidet », ou « Das Wolle lied »)

J’ai trouvé le texte sur Museenkoeln, un site très intéressant consacré aux événements culturels dans la ville de Cologne et qui comporte une solide section sur les Edelweißpiraten et les autres groupes de jeunes anti-nazis qui furent actifs surtout dans la région du Rhin-Ruhr et à Cologne en particulier.

Ce n’est pas un hasard si le 10 novembre de 1944 précisément dans la ville rhénane, la Gestapo pendit publiquement, sans procès, 13 membres des Navajos, une bande de fuyards, déserteurs, Juifs, communistes et petits délinquants qui se reconnaissaient dans les Edelweißpiraten. Voir la chanson Lied Von Navajos

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Sur les bords du Rhin et de la Ruhr ? Mais, Marco Valdo M.I. mon ami, ça me fait presque le même effet que si le titre avait été « Sur les bords de la Meuse et de la Sambre ». D’ailleurs, il me semble, à moi qui me suis longuement promené sur les rives de ces cours d’eau et dans les creux de ces vallées et sur les crêtes qui les encadrent – parfois de vignes, parfois de rochers ; parfois aussi de champs, par fois de forêts ; parfois encore de villes et parfois d’usines, que ce sont des lieux aux parfums voisins – que j’y suis en pays de connaissance. Pour un peu, partout, on s’y sentirait chez nous.

 

Il reste à y adjoindre la Moselle, cousine de la Meuse… Pour le reste, tu as raison, Lucien l’âne mon ami, n’eût été l’incommensurable bêtise de Guillaume, roi de Prusse et Empereur d’Allemagne et ses ambitions folles et les massacres qu’elles entraînèrent dès août 1914 sur précisément les bords de Meuse et de Sambre, on aurait gardé les relations de bon voisinage et d’amitié qui étaient celles qui unissaient les pays de Liège et de Cologne. Mais voilà, il y eut les incendies, les vols, les viols, les meurtres, les assassinats imbéciles, tellement stupides qu’ils furent condamnés même par les lois de la guerre.

Pourtant, et tu le sais aussi bien que moi, il n’y a aucun respect intellectuel à avoir pour ces lois qui n’en sont pas et qui sont, d’ailleurs, totalement idiotes, vu que tout comme on ne peut faire d’omelettes sans casser des œufs, on ne peut faire de guerre sans tuer des gens – peu importe qu’ils portent ou non, un uniforme. Des lois comme s’il s’agissait d’établir les règles d’un jeu entre militaires… On ne joue quand même pas avec des soldats de plomb. Ceci dit, petite parenthèse à propos de cette idée de lois de la guerre, car il s’agit d’une expression amphibologique. En ce sens, qu’il faut distinguer loi et loi. Il y a les lois disons « scientifiques », c’est-à-dire des règles générales qui peuvent découler de l’observation ou de l’étude des faits et les lois disons « juridiques », qui elles sont de purs principes, de purs postulats, de purs édits qui découlent de la volonté des hommes ; elles ne reposent sur aucun socle solide extérieur à celle-ci. En ce sens, ce sont des supputations et des intentions qu’on espère voir s’appliquer dans le réel. Elles relèvent de la croyance en la bonne volonté des belligérants, autant dire des illusions.

 

Fondamentalement, dit Lucien l’âne, du point de vue de la raison, la guerre est une connerie, disait à la Barbara le poète Prévert. Cependant, il faut parfois y répliquer par la force, s’y opposer avec violence. C’est une évidence qui fut assumée depuis toujours par les résistances. « Ora e sempre : Resistenza ! » a ce sens-là.

 

Voilà, dit Marco Valdo M.I., qui nous ramène à notre canzone, qui nous reporte aux bords du Rhin et de la Ruhr et) à ces jeunes gens (jeunes filles et garçons) qui depuis le début se sont mis en travers (au péril de leur vie) en travers des pas des bandes nazies. Franz-Josef Degenhardt qui leur a consacré une chanson, intitulée Ballade vom Edelweiß-Piraten Nevada-Kid, disait :

 

« Les Edelweiss pirates – ainsi se nommaient dans les années 30-40 des groupes de jeunes qui s’opposaient aux nazis. Certains d’entre eux combattirent le régime de terreur par les armes. La plupart furent découverts par la Gestapo, torturés et exécutés. Seule une petite partie a survécu. Dans ma région, ils se surnommaient les Edelweiss pirates Navajos. Sous le col de leur chemise, ils portaient une fleur d’Edelweiss en corne, ils se donnaient des noms d’Indiens et de vieux trappeurs et, comme signe de reconnaissance secret, un sifflement – le refrain d’une chanson de soldats, qu’on hurlait alors et qui l’est encore aujourd’hui. Mais les dernières notes étaient sifflées de travers. »

 

Bref, ces Edelweiss pirates avaient comme signe de ralliement (outre des chaussettes blanches) l’édelweiss, une petite fleur figurée en corne ou en nacre et qu’ils portaient au revers de leur chemise. L’édelweiss– alias pied-de-lion, Gnaphale à pied de lion, étoile d’argent ou encore étoile des glaciers, cette fleur blanche sauvage qui pousse en haute altitude et qu’il faut aller chercher à ses risques et périls ; c’est ce que raconte la chanson. Certaines rumeurs disent que l’édelweiss était la fleur préférée de Hitler ; sans doute, devait-il aimer les coups de pied au cul ou les coups de patte de l’Ours blanc.

 

Alors, Marco Valdo M.I mon ami, il nous reste à connaître cette canzone de révolte et puis, à reprendre notre tâche tout aussi révoltée et à tisser le linceul de ce vieux monde encroûté, inique, absurde, aboulique, avide et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Sur les bords du Rhin et de la Rhur, nous marchons,
Pour notre liberté, nous nous battons.
Nous attaquons la patrouille rudement.
Edelweiss marche, Attention – sur la route librement.

 

Maître, donne-nous les documents !
Maître, donne-nous notre argent !
Car nous préférons les femmes 
Au travail obligatoire en ce monde.

Notre camp d’Edelweiss pirates
Se trouve en Autriche sur une montagne.
Il nous faut un certain courage,
Pour grimper là-haut sur la montagne. 

Nous les repousserons toutes :
Gestapo ou patrouille,
Car nous, Edelweiss pirates
Ne connaissons pas la ruse lâche.

 

Les étoiles par-dessus les sapins
Sautant l’Isar te dirigent
Vers le camp des Edelweiss pirates,
Ours blanc, garde-le bien.


Écoute Ours blanc :
Notre patrie n’est plus libre maintenant !
Balance ta massue comme dans l’ancien temps !
Frappe les crânes des Hitlerjugend et des S.A. durement !

 

 

 

 
SUR LES BORDS DU RHIN ET DE LA RUHR
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Marco Valdo M.I.
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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 11:00


L’ASCENSEUR EST OCCUPÉ

 

Version française – L’ASCENSEUR EST OCCUPÉ – Marco Valdo M.I. – 2016

 

 

 

 

Dis donc, Marco Valdo M.I. mon ami, il est assez étrange ce titre ; étrange et d’une banalité étonnante. J’ai déjà rencontré beaucoup de titres, mais celui-ci est d’une particulière platitude que je qualifierais volontiers de quotidienne. S’il n’était précisé qu’il s’agit d’un ascenseur, il pourrait d’ailleurs s’appliquer à d’autres endroits que les humains sont amenés à fréquenter tous les jours.

 

Et tu ferais bien, Lucien l’âne mon ami. Car, en effet, c’est un titre banal qui reflète une situation banale et fréquente et pas seulement, pour les ascenseurs, comme tu l’as justement remarqué. Je pensais que comme pour l’ascenseur, on se trouve bloqué à l’entrée de certains lieux, ou on trouve occupées toutes les places dans le train, dans le bus, le tram, que sais-je, ou toutes les caisses du magasin, toutes les places où ranger son auto (quand bien sûr, on en a une) et ainsi de suite, avec un peu d’imagination, on peut en faire une énumération extrêmement longue de toutes ces situations ennuyeuses et frustrantes.

 

De fait, ce sont là des situations désagréables, ajoute Lucien l’âne en riant. D’ailleurs, ce titre m’a immédiatement et irrésistiblement fait penser à la tartine qui tombe toujours sur le côté beurré ou sur la confiture, au fait que c’est toujours au moment où on se promène qu’il se met à pleuvoir, c’est toujours quand on est pressé de partir qu’on ne trouve plus ses clefs… Toutes situations hautement vexatoires qui sont soigneusement étudiées par les spécialistes de la Loi de Murphy et de ses corollaires, dont le fondement est mieux connu sous le nom de « Principe de vexation universelle », qui est d’une application aussi courante que celle du « principe d’incertitude ».

 

 

En soi, ce serait là un excellent sujet de réflexion poétique, mais, Lucien l’âne mon ami, intervient Marco Valdo M.I., ce n’est que très indirectement et tout à fait accessoirement qu’il en est question dans cette histoire. Car, comme dans les autres chansons de Hazy Osterwald, l’air de rien – souvent approprié d’ailleurs : le tango pour Le Tango du Crime, le cha-cha pour Le Cha-cha de la Conjoncture, ces amuseurs publics (ils sont six en scène) font un portrait sans fard de leur temps, disons des 50 années qui suivent la fin de la dernière guerre mondiale, un temps où l’Allemagne (la moitié prospère) du Miracle économique reprend des forces et ses aises. Et pour en venir à l’ascenseur, il s’agit dans ce contexte de l’ascenseur social, c’est-à-dire cette machinerie, cette structure, ce machin, ce mouvement ascensionnel qui saisit une grande partie de la population et l’entraîne vers un plus haut niveau de revenu, un statut plus élevé, une vie plus confortable et une forme socialement conforme de bonheur et de reconnaissance. Ce mouvement quasiment brownien, pourrait-on dire.

 

Un mouvement brownien ?, de quoi tu causes, Marco Valdo M.I. mon ami ?

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, c’était juste une réminiscence et je pense que le mieux est de citer un extrait d’un article scientifique à ce sujet, tu comprendras alors aisément à quoi je fais une allusion, toute métaphorique, je m’empresse de te le dire. Donc, voici un extrait d’un article de Max Planck...

 

Si, une fois atteint un état stable, l’agitation venait seulement de l’extérieur, la matière devrait atteindre un état complètement et durablement stable. Au lieu de cela, on constate une agitation permanente appelée mouvement brownien.

« L’état d’un liquide en repos et où règnerait une température uniforme devrait être absolument incompatible avec un changement quelconque ; car là où on ne saurait trouver de différences d’intensité, il ne peut y avoir non plus aucune cause de changement. Mais on peut rendre visible ce qui se passe à l’intérieur d’un liquide tel que l’eau, par exemple, en y suspendant des particules très nombreuses et très petites ou des gouttelettes d’un autre liquide tel que du mastic ou de la gomme gutte. Or le spectacle qui attend celui qui regarde une préparation de ce genre sous le microscope est de ceux qui ne peuvent s’oublier. Il semble que l’on pénètre dans un monde entièrement nouveau. Au lieu de l’immobilité sépulcrale qu’il était naturel d’imaginer, l’observateur assiste à la plus échevelée des sarabandes de la part des particules suspendues et, chose remarquable, les particules qui se démènent le plus follement sont justement les plus petites. Il est impossible de déceler de la part du liquide aucun frottement qui freinerait le mouvement. Si, par hasard, une particule vient à s’arrêter, une autre particule entre aussitôt à sa place dans la danse. Devant un tel spectacle, il est impossible de ne pas songer à l’activité fiévreuse d’une fourmilière que l’on aurait bouleversée avec un bâton. Mais tandis que les insectes finissent par se remettre peu à peu de leur excitation et même par perdre toute activité quand la nuit tombe, les particules ne montrent pas la moindre trace de fatigue tant que la température du liquide reste constante. Nous sommes donc en présence du « perpetuum mobile » au sens le plus strict du mot et non pas dans une des nombreuses acceptations figurées qui ont été données à ce terme.

L’explication de ce phénomène, découvert par le botaniste anglais Brown, a été donnée il y a déjà vingt-cinq ans par le français Gouy. D’après ce physicien, le mouvement brownien est causé par l’agitation thermique des molécules du liquide. Ces molécules invisibles, par leurs chocs incessants contre les particules visibles qui flottent disséminées parmi elles, provoquent les mouvements irréguliers observés. Mais la preuve décisive de l’exactitude de cette opinion n’a été apportée que tout récemment.

(Max Planck dans « Initiations à la physique »)

 

Tu m’en diras tant…, fait Lucien l’âne en prenant son air le plus entendu. Mais quel rapport avec l’ascenseur social ?

 

Enfin, dit Marco Valdo M.I. très souriant, c’est lumineux. On considère le corps social comme un liquide et on remplace les mots « particule » et « molécule » par personne et on obtient ainsi une idée du bouillonnement social que se constitue en permanence dans une société donnée, à l’état apparemment stable. Ici, l’Allemagne du temps du Miracle économique. Je te passe les idées de calculs multiples qui pourraient venir à des plus scientifiques que nous et j’en reviens à l’ascenseur. Imagine un monde de gens qui se poussent, se bousculent et s’en vont dans tous les sens et puis, parmi eux une partie qui souhaite accéder à un stade supérieur. Tous ne peuvent y accéder, car il y a des conditions qui forment une sorte de couloir ascensionnel où le passage se resserre. C’est là qu’apparaît l’ascenseur, lequel est limité et fonctionne dans un mouvement permanent, mais séquentiel : il monte – il se vide – il descend – il se remplit – il monte et ainsi de suite. Lorsque l’ascenseur est rempli ou qu’il est en mouvement, il est dit « occupé » et il ne reste au candidat qu’à attendre. Et c’était le cas de millions de personnes au temps de la chanson ; il y avait une forte aspiration vers les délices de la modernité consommatrice et de l’éden social.

 

Et voilà qui me paraît, clair, dit Lucien l’âne, d’autant que ça n’a pas cessé et qu’il y a toujours des aspirants à rejoindre l’éden social. C’est d’ailleurs, et je t’en félicite, une idée particulièrement précieuse que d’appliquer le mouvement brownien comme principe de fonctionnement de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants mènent inlassablement et sournoisement contre les pauvres afin de renforcer leur domination, d’étendre leur pouvoir, de multiplier leurs richesses, d’accroître leurs profits. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce monde ascensionnel, avide, avilissant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

L’ascenseur est occupé,

Il vous faut patienter.
Vous ne pouvez monter maintenant,

Mais plus tard seulement.

L’ascenseur parfois ne fonctionne pas.
Pour vous, c’est malheureusement votre cas.
L’ascenseur montant
Est occupé, vous devez attendre un moment.

 

Vous n’êtes pas un petit homme,
Vous n’êtes pas un grand homme,
Vous êtes un homme moyen.

Ni grand, ni petit, juste moyen.
Vous vous trouvez de temps en temps
Face à votre destinée à vous demander:
Suis-je si stupide de ne pouvoir monter
De profiter de l’ascenseur montant.

 

Cependant, l’ascenseur est occupé,
Il vous faut patienter.
Vous ne pouvez monter maintenant,

Mais plus tard seulement.
Ici, les gens jouent des coudes durement ;
En haut, ça ne peut pas être plus serré.
L’ascenseur est occupé,
Il vous faut patienter.

 

Vous voudriez crier une fois seulement :
Écoutez ! et pousser les gens.
Vous voudriez avancer,
S’il le faut, donner un coup de pied
Et sans prévenir. Vous voudriez
Au moins être respecté.

Vous voudriez pouvoir faire,
Ce que les autres sont en train de faire.


Mais l’ascenseur est occupé
Il vous faut patienter.
Le chemin vers le haut se libère

Les autres montent.
C’est leur tour de monter
Vous, vous devez patienter
Cependant, l’ascenseur est occupé
Il vous faut patienter.

 

Cependant, l’ascenseur est occupé
Il vous faut patienter.

Cependant, l’ascenseur est occupé
Il vous faut patienter.
Cependant, l’ascenseur est occupé
Il vous faut patienter.

 

 

L’ASCENSEUR EST OCCUPÉ
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Marco Valdo M.I.
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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 22:28

LE ZOOLOGUE DE BERLIN

 

Version française – LE ZOOLOGUE DE BERLIN – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemandeDer Zoologe von BerlinFrank Wedekind – 1899 – Ernst Busch – 1964

 

Paroles de Frank Wedekind (1864-1918), écrivain, dramaturge et chansonnier, un des principaux précurseurs du Kabarett allemand. Du recueil intitulé « Die vier Jahreszeiten », publié à Munich en 1905.
Interprétée par Ernst Busch, dans « Spottlieder », disque entièrement dédié aux chansons de Wedekind, publié en Allemagne Démocratique en 1964.

 

 

ZOO DE BERLIN 1900

 

La ballade Im Heiligen Land que Wedekind publia en 1898 dans la revue satirique Simplicissimus lui valut la condamnation pour lèse-majesté, et la majesté n’était rien moins que le Kaiser Guillaume II. Si bien que Wedekind, en même temps que son ami Heine, illustrateur de la revue, firent sept mois de prison. « Le zoologue de Berlin » est une réflexion sur cette mesure de censure et d'intimidation à laquelle, évidemment, Wedekind ne se plia pas…

 

 

Dialogue maïeutique

 

Cette fois-ci, Lucien l’âne mon ami, il s’agit d’une chanson où il est question des animaux et de l’Empereur. Plus exactement, des rapports entre la Majesté impériale et les animaux. Tout ça passe par l’arrestation et le procès fait à un zoologue de Berlin, auquel un juge aussi stupide que zélé ou l’inverse infligera – à tout hasard ? – un an de prison pour atteinte à la Majesté impériale au scientifique ébahi. Et ce malgré les explications et justifications présentées par ce dernier, qui va jusqu’à affirmer son attachement au Kaiser et à tenir des propos contre les anarchistes et tous ceux qui se moqueraient de l’Empereur. Rien n’y fit. Hop ! Au trou ! C’est proprement ubuesque ! Et bien évidemment, Lucien l’âne mon ami, c’est l’effet recherché par Wedekind. Au fond des choses, il n’y a sans doute pas eu de zoologue emprisonné, mais des auteurs d’articles qui – comme pourrait le faire un zoologue à propos des animaux – décriraient la société sur laquelle règne le-dit Empereur. Et comme tu le sais, une description précise, même relativement précise, de l’ordre public, de l’ordre social est très dangereuse pour un pouvoir, d’autant plus qu’il est autoritaire et soucieux de conformité.

 

 

Moi, dit Lucien l’âne, pour ce que j’en comprends, ce zoologue me paraît bien être l’ancêtre de Chveik. Souviens-toi, Marco Valdo M.I. mon ami, qu’un policier avait arrêté Chveik, car il conversait avec le patron de la taverne à propos du portrait de l’Empereur et que l’aubergiste faisait remarquer qu’il avait dû retirer le portrait de son établissement, car il avait découvert des chiures de mouche sur le portrait de l’Empereur. Là également, le policier arrête tout ce monde et les conduit devant le tribunal sous l’accusation tout à la fois de crime de lèse-majesté et d’atteinte au moral de la nation.

 

Je pense, Lucien l’âne mon ami, que tu dois avoir raison et que Hasek devait connaître Wedekind. De toute façon, même s’il n’y a pas de filiation directe, il y a comme un air de famille. Mais l’un et l’autre devaient puiser leurs histoires dans un fonds populaire bien plus ancien. Car, et c’est un effet, de la Guerre de Cent Mille Ans, les gens du peuple ont toujours aimé brocarder les riches et les puissants. Ulenspiegel le faisait déjà des centaines d’années avant. Quant au zoologue, il sert précisément à faire ce qui lui est reproché en développant sa défense et en multipliant ses dénégations. C’est une manière de faire assez classique. Quelque chose comme : « Mais enfin, Monsieur le Juge, vous n’allez quand même pas croire que je pourrais comparer l’Empereur à une vache, un chien (le carlin est un chien), un cochon… Ce serait très humiliant pour l’Empereur… » On retiendra le conseil final : évitez la zoologie. Cette histoire a d’ailleurs continué son parcours et on la retrouve notamment dans un film belge où à Bruxelles durant la dernière guerre se déroule sur la grand place durant le marché aux oiseaux, une petite scène cocasse. Un vendeur d’oiseaux, qui a en plus un petit singe, voit venir un officier allemand très rigolard qui lui demande le nom du singe. Le vendeur ne répond pas, alors l’officier lui propose d’appeler le singe Churchill. « Oh, dit le vendeur, ce n’est pas gentil pour Churchill. Ah, ah !, dit l’officier. Vous voudriez peut-être l’appeler Adolf ? Certainement pas, ce ne serait pas gentil pour mon singe. »

 

On pourrait encore en dire mille choses, mais il nous faut conclure et reprendre notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde chaotique, conformiste, répressif et cacochyme.

 

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Écoutez les enfants, comment récemment
On arrêta à Berlin un zoologue !
Un policier sans ménagement
L’a conduit devant le juge.
Ce dernier très sévère
Prit de très haut sa protestation
Et lui recommanda d’avouer sans discussion,
Qu’il avait offensé Sa Majesté Impériale.


Le zoologue déclara : « Monsieur le juge,
C’est une erreur énorme ;
Car qu’une vache soit un ruminant,
N’a encore nulle part provoqué de scandale.
Et même la science l’a depuis longtemps
Exposé dans les livres pour enfants.
Mais si vous la comparez à Sa Majesté,
Alors, vous humiliez Sa Majesté !


Je peux le jurer, j’ai pour Sa Majesté Impériale,
Toujours eu le respect le plus impérieux.
Et il me plaît souvent même d’apprendre,
Qu’on a débusqué les irrévérencieux.

Sa Majesté veillera alors également,
À se comporter majestueusement.
Car un carlin est et reste incontestablement
Un mammifère naturellement.

De même devant les autorités,
Je me suis toujours réglementairement incliné,
J’ai souvent tenu ma langue sur commande
Et craché sur les anarchistes.
Dans les associations où des informateurs écoutent,
Comme un enfant, j’ai toujours parlé de façon innocente.
Mais
malgré tout, je ne peux quand même pas dire
À propos des cochons que ce sont des hommes.

J’ai beaucoup de respect pour vous, ô juge,
Un respect humain sans limites !
Mais vous laissez quand même les pires crétins
Vivre sereins à Berlin.
Et quand bien même je me répandrais à grands cris
De la Forêt Noire jusqu’à Tsingtao,
La hyène ne resterait-elle pas rayée de gris ?
Et le paon un bel oiseau ?

Ainsi parla le zoologue.
Le Procureur général parla ensuite
Et après avoir considéré le tout,
L’homme fut condamné à un an de trou.
Dès lors avant d’entreprendre des études de zoologue,
Jeunes gens, réfléchissez,
Car, dans la plupart des animaux sommeille
Une
offense à Sa Majesté.

 

 

LE ZOOLOGUE DE BERLIN
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Marco Valdo M.I.
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