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21 décembre 2021 2 21 /12 /décembre /2021 14:17

 

BERLIN, TON DANSEUR, C’EST LA

MORT ! (FOX MACABRE)

 

Version française – BERLIN, TON DANSEUR, C’EST LA MORT ! (FOX MACABRE) – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson allemande – Berlin, dein Tänzer ist der Tod ! (Fox Macabre)Walter Mehring – 1920


Texte : Walter Mehring (1896-1981)
Musique : Friedrich Hollaender (1896-1976)
Voir site Totentanz – Danse Macabre



 

DANSE AVEC LA MORT

Dieter M. Weidenbach – 1989


 


 

Une chanson dédiée au Berlin de l’après-guerre (première guerre mondiale), de la République de Weimar, une ville pleine de contradictions, où le désir de liberté et de vie effrénée s’accompagne de la misère la plus profonde et de la répression la plus féroce (contre les militants communistes et Spartacus), le nazisme couvant déjà sous les cendres de la Grande Guerre et l’humiliation de Versailles (le premier coup d’État militaire, le Putsch dit de Kapp, date du 12 mars 1920)…

 

Une ville qui dansait avec la mort… L’avertissement de Mehring aura sa réponse tragique quelques années plus tard… Quant à lui, détesté par les nazis et en particulier par Goebbels, il a été forcé de fuir à Vienne, puis en France et ensuite aux États-Unis…

 

 

 

Coup d’œil au cœur de la grande ville,

Le dégoût prend la gorge :

Ils se pressent dans les bars et sur les pistes

Au milieu du fracas des verres !

Comme dans le feu du fox-trot, on oublie

Ce fantôme qui de sa potence nous menace.

Au matin, le journal annonce le meurtre du voleur ;

Et une nouvelle grève à midi ;

L’après-midi, l’agonie des chômeurs

À côté d’un indice des prix.

Comment peut-on danser avec une inconnue

Ou regarder une fée se mettre nue ?

 

Berlin, ton danseur est la mort !

Berlin, arrête, tu es en danger !

De grève en grève, d’attaque en attaque,

Danse nue, meurtre et macs,

Il te faut t’amuser sans jamais te poser !

Berlin, ton danseur est la mort !

Berlin, arrête, tu es en danger !

Berlin, tu roules avec plaisir dans la merde !

Arrête ! Regarde-toi ! Et réfléchis encore :

Tu ne sens pas la honte dans ton corps,

Tu boxes, tu jazzes, tu foxes sur le baril de poudre !
 

Peintre et barbouilleur des snobs et de la mode,

Le pinceau se rebelle et marque de rouge votre visage,

Des milliers d’yeux de faim se plombent,

Quand de Berlin, vous primez les plus belles jambes.

Écrasé sous le poids des impôts et pourtant sans gouverne,

Traîne dans le monde une épave malade.

L’esprit est bâillonné, le gnome rit,

La nuit, le diable sort en habit !

Sous la terre, rougeoie le fusible, prenez garde !

Pendant le fox-trot, une coupure et puis, c’est la nuit !
 

Berlin, ton danseur est la mort !

Berlin, arrête, tu es en danger !

De grève en grève, d’attaque en attaque,

Danse nue, meurtre et macs,

Il te faut t’amuser sans jamais te poser !

Berlin, ton danseur est la mort !

Berlin, arrête, tu es en danger !

Berlin, tu roules avec plaisir dans la merde !

Arrête ! Regarde-toi ! Et réfléchis encore :

Ne sens-tu pas la honte dans ton corps ?

Tu boxes, tu jazzes, tu foxes sur le baril de poudre !

 

 

BERLIN, TON DANSEUR, C’EST LA  MORT ! (FOX MACABRE)
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Published by Marco Valdo M.I.
18 décembre 2021 6 18 /12 /décembre /2021 17:50

 

Les nouveaux Hommes

 

Chanson française – Les nouveaux Hommes Marco Valdo M.I. – 2021

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ;
Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ;

Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final

 

Épisode 11

 

 

 

 

LES NOVHOMS

Vadim Rokhline – 1969

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Comme on va pouvoir s’en rendre compte par la chanson, dit Marco Valdo M.I.., en Zinovie, il y a une certaine logique à l’œuvre et elle est assez épouvantable.

 

Une logique épouvantable ?, s’étonne Lucien l’âne. Je me demande de quoi il peut s’agir ?

 

C’est fort simple, répond Marco Valdo M.I. ; voici de quoi il s’agit. Quand on veut changer le monde, il faut changer la société, c’est logique et jusque-là, tout va bien. Et tout aussi logiquement, on en vient à vouloir changer l’homme (ou l’enfant, ou la femme…) qui en est l’élément de base. Cependant, les choses ne se passent pas si aisément.

 

Changer l’homme (etc.), dit Lucien l’âne, soit, mais comment ? Il faut que l’intéressé change de lui-même et dans le sens qu’on souhaite. Et pur ce que j’en sais, l’homme a naturellement une tête de mule et à mon avis, il est quasiment impossible de le changer. Sauf évidemment, si on laisse la nature et le passage des générations s’en charger ; ce qui prend du temps, demande de la patience, beaucoup d’intelligence et pas mal de chance. C’est une chose progressive et à vouloir aller plus vite que la musique, il y a des couacs, mais je suppose qu’il ne s’agit pas de s’en tenir à cette évolution qu’on appelle aussi la civilisation.

 

Ah, si c’était ça, Lucien l’âne, il n’y aurait rien à y redire. On pourrait juste s’inquiéter de sa relative lenteur. Très relative d’ailleurs. Cependant, en Zinovie, on a imaginé de changer l’homme lui-même à marches forcées ; c’est une idée révolutionnaire.

 

Fort bien, mais il se trouve que comme la mule, dit Lucien l’âne, et pour tout dire, l’ensemble des organismes vivants complexes, l’homme (etc.) est contraint par sa propre nature à suivre le rythme de l’évolution, elle-même hasardeuse, capricieuse, hésitante, lente et contraignante. Pourtant, chaque homme (etc., comme tout être vivant) est à chaque instant un homme nouveau. Il ne reste jamais pareil à lui-même, même si ces changements sont infinitésimaux et leur action immédiate, en quelque sorte, invisible ou insensible. L’homme (etc.) change et en changeant, change les autres, la nature autour de lui ; et la nature et les autres le changent à leur tour. Bien entendu, il faut en plus tenir compte de la multitude et de certaine tendance de la nature à résister au changement. C’est une mutation perpétuelle tempérée ; c’est la musique de la vie.

 

D’accord, coupe Lucien l’âne, mais où veux-tu en venir ?

 

À la chanson, tout bonnement, Lucien l’âne mon ami. Elle raconte, vu par un Zinovien, sujet et témoin de la chose, comment et même pourquoi en Zinovie, on change l’homme. L’affaire se déroule dans un établissement spécialisé, une sorte d’usine à fabriquer le « novhom », comme on appelle là-bas l’homme nouveau. En gros, il s’agit de formater l’homme nouveau au standard de la société nouvelle, en partant du principe que puisque l’homme n’est pas conforme, il faut le conformer. Pour cela, on recourt à un chloroforme perfectionné.

 

Et ça marche ?, demande Lucien l’âne.

 

Oui et non, répond Marco Valdo M.I. ; presque, mais totalement ; il y a au dedans de l’être vivant comme un résidu de résistance.

 

« On obéit, sans discuter.

Ils le croient, mais c’est une erreur.

En dedans, il reste un résidu de résistance,

Maintenant et toujours, indépendance ! »

 

Et de toute façon, comme on peut l’anticiper, le résultat est effrayant et de ce fait, ne peut être généralisé.

 

Comment pourrait-il en être autrement, demande Lucien l’âne. On ne peut rien obtenir de bon en forçant la nature ; on finit toujours par créer des monstres. Alors, tissons tranquillement le linceul de ce vieux monde agonisant, étouffant, gâteux, bêtifiant, zinoviant et cacochyme.

 

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ici, on forme les nouveaux hommes,

Les échantillons presque réussis

De la vie sociale du nouveau pays.

On les nomme les novhoms.

Les infirmiers et les gardiens sont venus.

On ne les a pas trop battus.

L’homme nouveau ne peut pas mourir,

Mais pour apprendre, le « novhom » doit souffrir.

Dresser les êtres vivants est difficile :

Tous, animaux, plantes, à un moment

Se rebiffent et sont résistants.

Puis, meurent, seuls les morts sont dociles.

 

Absurde tout ce passé,

Du blabla pour la gloire,

Cent ans se sont effacés

Et ils parlent encore d’histoire.

Pourquoi tout ce cinéma ?

Pour maintenir le guide au pouvoir,

Les amis et la camarilla,

Imposer leur image à la mémoire.

Rien pour nous, tout pour eux.

Mais à leur place, ferait-on mieux ?

Il a dit que lui, il ne voulait pas.

La question est de savoir pourquoi ?

 

On l’a ramené inconscient.

À la première piqûre, il a gémi,

Sangloté comme un enfant,

Il a soupiré et s’est endormi.

À la deuxième piqûre, il a souri

Et s’est pris pour le président.

Ils l’ont écouté juste un instant.

À la troisième piqûre, il a dit

Qu’il avouait tout ce qu’on voulait,

Qu’il dénonçait tous ses amis,

Qu’il ferait tout ce qu’on lui dit,

Qu’il ferait tout ce qu’on voudrait.

 

Le jour, le soir, la nuit, le matin,

Ici, on n’est presque plus rien.

Des bouts de connaissance,

Des bribes de réminiscences,

Des souvenirs, des soupirs, des sourires.

Réalité vraie ou simple délire ?

Où est passée notre volonté ?

On ne sent plus la faim, ni la douleur.

On obéit, sans discuter.

Ils le croient, mais c’est une erreur.

En dedans, il reste un résidu de résistance,

Maintenant et toujours, indépendance !

 

 

 

Les nouveaux Hommes
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Published by Marco Valdo M.I.
16 décembre 2021 4 16 /12 /décembre /2021 11:54
BOUM BOUM

 

Version française – BOUM BOUM – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Bum BumIrene Grandi1995

de « In vacanza da una vita » (1995)

 

 

 

LE PARADIS

Jan Brueghel l’ancien – 1607

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Maintenant que j’en ai fait une version française, Lucien l’âne, je vois cette chanson différemment et allez savoir si c’est dû seulement au passage d’une langue à l’autre. À vrai dire, je n’en suis pas absolument certain ; il est de ces glissements poétiques qu’on ne peut esquiver. Ainsi, elle a pris, cette chanson dans sa nouvelle version, une certaine profondeur de champ ; elle devient plus réfléchissante. L’expression « boum » – et sa dérivée « boum boum » – peut prendre tant de visages différents qu’il vaut la peine d’en examiner quelques-uns. Selon l’intensité qu’on lui accorde, cette onomatopée peut signifier un cri destiné à faire peur (pour du rire), un simplement tamponnement, un massacre musical (simulation du battement de caisses), une variation économique à la hausse (le « boum » s’oppose alors au « krach » ; affaire de conjoncture : CHA-CHA DE LA CONJONCTURE – Konjunktur-Cha-Cha) ou tout aussi bien, l’explosion d’une mine ou un bombardement proche, lointain ou carrément, nucléaire ;

 

« Le monde tombe, la terre tombe,

Encore boum

Et boum.

Tous à terre et puis, la bombe. »

 

Exactement, répond Lucien l’âne, et même, un attentat qui expédie ad patres un dictateur, chose qu’on avait vue dans deux autres chansons : « Carero volòL’ENVOL DE CARRERO » et « L’Amiral Boum » ; une pratique fort utile, nettement prophylactique, mais peu pratiquée ces derniers temps. Pourtant, ce ne sont pas les dictateurs qui font défaut en ce monde ; il y en a tant que je n’essayerai même pas d’en faire l’énumération, ni le classement. Je laisse à chacun le soin d’en faire le relevé chaque matin en y ajoutant chaque fois un nouveau jusqu’à arriver à une liste complète qu’il s’efforcera de tenir à jour.

 

On n’en finirait pas, en effet, dit Marco Valdo M.I. ; comme on dit, l’humanité a un grain et il faut entendre ici « grain » au sens d’énorme et catastrophique nuage délétère. Cependant, je crains fort que la chose soit structurellement inscrite dans le fonctionnement de l’espèce et qu’il soit terriblement difficile de s’en débarrasser.

 

Oh, dit Lucien l’âne, cela tient à la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux faibles pour maintenir leur domination et continuer à en tirer profit. Cela dit pour en revenir à la chanson, je ne peux me départir de l’idée qu’il y a là comme un écho de la chanson de Charles Trenet, intitulée « Boum ».

 

Une dernière chose, Lucien l’âne mon ami, il me vient à l’esprit de souligner l’affirmation judicieusement athée qui teinte la chanson et dont je retiens ceci :

 

« Et qui sait quelles fables étranges

De religions étranges

Parmi les gens viennent et vont. »

 

et cela,

 

« Pas d’enfer, pas de paradis,

Le monde pour nous

Est une image qui

Est en chacun de nous.

C’est le monde qu’on veut pour nous. »

 

Et puis, elle dit encore tant d’autres choses qu’il vaut mieux aller l’y voir de près.

 

Alors, concluons ainsi, dit Lucien l’âne, et tissons le linceul de ce vieux monde absurde, explosif, bruyant, dictatorial et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tous le disent, le travail fait mal,

Il vaut mieux faire l’amour,

Même tous les jours.

Oui, oui, le travail fait mal, mal, mal.

Trop de gens vivent

D’une valise de rêves

Et du départ demain en vacances.


Le monde est un village, et nous des millions,

Des millions de couleurs et de maisons

Et qui sait quelles fables étranges

De religions étranges

Parmi les gens viennent et vont.


Le monde tourneboule,

Boum boum, le cœur bat.

Le monde bouboule et boule,

Mais moi, je ne descendrai pas,

Boum boum, le soleil bat.

La vie s’écoule et le monde s’écroule.


Pas d’enfer, pas de paradis,

Le monde pour nous

Est une image qui

Est en chacun de nous.

C’est le monde qu’on veut pour nous.

 

Je voudrais tant savoir

Comme est la vie au Japon

Et puis parler à l’empereur et voir

S’il pleut ou s’il fait bon.

 

Sur leurs mobylettes, des jeunes

S’embrassent devant les écoles.

On se perd au Japon, et ainsi,

On voit qu’on est bien ici aussi.

 

Le monde est un village, et nous des millions,

Des millions de couleurs et de maisons.

S’ils mettent tous des fleurs dans les canons,

Entre les gens, la vie tournera rond.


Le monde tourneboule,

Boum boum, le cœur bat ;

Le monde est une farandole et boule,

Mais moi, je ne descendrai pas,

Boum boum, le soleil bat ;

La vie s’écoule et le monde s’écroule.

 

Pas d’enfer, pas de paradis,

Le monde pour nous

Est une image qui

Est en chacun de nous.

C’est le monde qu’on veut pour nous.

Le monde tombe, la terre tombe,

Encore boum

Et boum.

Tous à terre et puis, la bombe.

 

Pas d’enfer, pas de paradis,

Le monde est pour nous.

Imaginez une photo vous aussi

Du monde que vous voulez ici.

C’est le monde pour nous.

 

BOUM BOUM
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Published by Marco Valdo M.I.
15 décembre 2021 3 15 /12 /décembre /2021 18:05

 

Le But final

 

Chanson française – Le But final – Marco Valdo M.I. – 2021

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 :
L’Erreur fondamentale ;

Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie

 

Épisode 10

 

VERS LES SOMMETS

Kuzma Petrov-Vodkin – 1925

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

En Zinovie, Lucien l’âne mon ami, pour arriver, il faut grimper, car le but final est le sommet et comme on l’a déjà dit ici, tout au sommet du plus haut sommet des sommets, il n’y a qu’une seule place possible : celle du guide. C’est le schéma directeur de l’organisation hiérarchique, qui sous la houlette du guide, propose aux amateurs tout un éventail de sommets, manière de structurer la toile du pouvoir. C’est la ruée vers les sommets.

 

C’est assez classique, dit Lucien l’âne. De mon expérience, je retiens qu’il y a un tel système dans de nombreuses sociétés – du moins, dans celles que j’ai connues.

 

Certes, dit Marco Valdo M.I., mais celle de Zinovie est d’une trame très serrée, même si elle est couverte d’une sorte de décor émollient pour rassurer la galerie, autrement dit les gens d’ailleurs. Ceux qui y vivent savent très bien à quoi s’en tenir et comprennent fort vite comment fonctionne le système : d’un côté, on retrouve – loin des sommets – la plupart des gens, ce que les Romains appelaient le vulgum pecus, le troupeau ; de l’autre côté, on découvre ce qu’on nomme généralement, l’élite, ceux qui sortent du rang, ceux qui se placent au-dessus du lot afin d’en tirer des avantages et des privilèges. Évidemment, il existe une hiérarchie de sommets et plus ils sont hauts, moins il y en a ; les sommets s’organisent eux-mêmes en pyramide. Ainsi, du point de vue organisationnel, la Zinovie est une pyramide de pyramides.

 

Ah, dit Lucien l’âne, voilà un système complexe et apparemment cohérent. On dirait une sorte de carcan qui enserre la société et la contrôle. Mais, pour moi, il n’y a rien là de fort différent de ce qui se passe dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux faibles afin de s’assurer d’avantages et de privilèges.

 

C’est bien de ça qu’il s’agit, dit Marco Valdo M.I. ; c’est l’objectif et il est déterminé du plus profond du système lui-même ; c’est son processus fondamental, c’est à la fois ce qui le structure, le meut et le tient en vie. C’est également son mode de reproduction. Hors celui-ci, l’ensemble s’effondre et disparaît laissant place à on ne sait trop quoi d’autre. C’est l’argument dont usent ses tenants pour le défendre de toute innovation, par nature périlleuse. On a vu précédemment dans La Carrière du Directeur et Vivre en Zinovie qu’il y avait diverses voies vers le sommet : celle du directeur, celle du héros, celle de l’économie et celle du militaire. Cette fois, on parcourt la voie de la culture et celle du Parti, de ses organes et de la diplomatie.

 

Voyons voir, dit Lucien l’âne, ce qu’en dit la chanson et ensuite, tissons le linceul de ce vieux monde arriviste, culturé, cultureux, ambitieux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 


De la culture avant toute chose !

La meilleure des poses,

C’est la culture.

L’homme moderne civilisé

Ne peut se passer de culture.

C’est une voie à ne pas négliger,

Un monde de possibilités :

L’art, la création, la peinture ;

Très vaste est le champ de la culture.

En Zinovie, la culture n’est pas

Ce que l’ignare croit.

Avec elle, l’horizon s’accroît.

 

Avant, on ingérait la culture ;

C’était un effort permanent.

À présent, on entre en culture

Comme en religion dans le temps.

C’est un vaste champ où prospèrent

Toutes sortes de gens.

Des artistes, des écrivains, des savants,

Des journalistes, des jeunes premières,

Des acteurs, des chanteurs, des footballistes,

Que de places, que de fonctions,

Pour qui a de l’ambition :

C’est un tremplin des arrivistes.

 

Dès le temps des biberons,

Les jeunes préfèrent la culture.

Il y a le talent, l’instruction

Et un travail sur mesure,

La gloire, les plaisirs, la télévision,

Les applaudissements, les voyages, les prix.

Les petites filles, les petits garçons,

À la culture, tout est permis.

Sauf bien entendu, la dissidence ;

La moindre erreur, le pied de travers

Ne laissent aucune chance

À qui pense à l’envers.

 

Le Parti, ses organes, la diplomatie,

C’est une grande famille.

Elle truste les sommets des sommets,

Et le sommet qu’un seul atteint jamais.

On monte par élection,

On monte par cooptation.

La grande affaire est d’y parvenir,

Grimper, grimper dans la hiérarchie,

C’est la vraie méthode en Zinovie.

On conquiert son avenir

Marche par marche ;

C’est ainsi que ça marche.

 

Le But final
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Published by Marco Valdo M.I.
13 décembre 2021 1 13 /12 /décembre /2021 12:18

 

 

Vivre en Zinovie

 

Chanson française – Vivre en Zinovie Marco Valdo M.I. – 2021

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ;
Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ;

Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur

 

Épisode 9

 

 

 

DANSE POPULAIRE

Kazimir Malevitch - ca.1910

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Vivre en Zinovie, c’est toute une affaire, Lucien l’âne mon ami. D’abord, il ne faut pas oublier que la Zinovie d’aujourd’hui est le fruit d’une révolution d’hier ou d’avant-hier.

 

Ben voyons, Marco Valdo M.I. mon ami, ça je le sais et je ne l’ai pas oublié. Je le garde toujours à l’esprit ; c’était une grande eschatologie que cette révolution – elle annonçait la fin de l’ancien monde, elle prédisait le paradis.

 

Donc, reprend Marco Valdo M.I., ce fut une révolution qui avait proclamé de belles ambitions ; il était question d’égalité, d’abondance, de pouvoir au peuple et que sais-je encore.

 

Et n’est-ce pas ce qui a été fait, demande Lucien l’âne ?

 

Si fait, répond Marco Valdo M.I., les révolutionnaires au pouvoir ont fait ce qu’ils voulaient. D’ailleurs, on vit fleurir, par exemple, des écoles ; on mettait tout le monde au travail ; on discutait en assemblées, on organisait la société. Faites des efforts qu’ils disaient pour l’avenir radieux ; nous sommes l’antichambre du paradis. Le tout est d’y croire, et au commencement, les gens y ont cru. De fait, c’était un beau début.

 

Hou là, dit Lucien l’âne, dès qu’on parle de croire et qu’on parle de paradis, ça sent l’arnaque.

 

Oh, dit Marco Valdo M.I., en fait d’antichambre du paradis, la nouvelle société accouchait d’un monstre. Les gens disaient : L’avenir radieux, l’antichambre du paradis, c’est bien beau, mais, nous on vit dans le présent. Ne touchez pas à notre monde tel qu’il est, disaient certains ; celui-là, on le connaît, on en connaît les règles, on sait comment y faire carrière.

 

Faire carrière, dit Lucien l’âne, c’est tentant, mais comment ? Tout le monde ne peut pas faire la carrière du directeur.

 

Bien sûr, Lucien l’âne mon ami, mais il y a d’autres voies vers les sommets et la chanson en détaille trois et la façon, les obstacles qui s’y dressent et les moyens à mettre en œuvre pour réussir. En résumé, il y a

— la voie du héros, mais :

« Pas facile, d’être un héros,

Le travail tue bien les chevaux.

Pour la majorité,

C’est un canal à éviter. »

— la voie de l’économie, où :

« Certainement, on peut réussir,

On peut voler, on peut s’enrichir.

Reste le danger d’être limogé ;

Il faut s’assurer d’être protégé. »

et la troisième est la carrière militaire :

« Au fin fond d’un trou,

Pendant des années moisir

Et s’ennuyer à périr

À garder une vide immensité. »

 

Mais, dit Lucien l’âne, il doit bien y en avoir qui réussissent ; tous ne peuvent systématiquement échouer.

 

Évidemment qu’il y en a qui réussissent, dit Marco Valdo M.I. ; c’est bien pour ça qu’il y en a tant qui échouent. En Zinovie (mais n’est-ce pas le cas ailleurs ?), pour réussir, il faut écarter (écraser ?) les autres. C’est l’histoire des spermatozoïdes :

« Tous les autres vainqueurs, ceux qui sont déjà dehors,
Ils m’attendent pour se battre pour voir qui sera le plus fort,
Mais quand je sortirai, il n’y aura plus de vacances ;
Pendant soixante-dix ans, la bagarre recommence.
C’est la vie, c’est la vie ! »

 

En somme, tous pour un, c’est le principe de base de la solidarité telle que la conçoit le groupe et puis, il faut maintenir l’unité et la continuité dans le changement contrôlé.

 

Forcément, dit Lucien l’âne, ça laisse peu de place à l’initiative, ça limite drastiquement les nouveautés et en quelque sorte, ça chloroforme l’originalité. Mais passons, je ne doute pas qu’on en reparle. À présent, tissons le linceul de ce vieux monde perclus, arthritique, engourdi, perclus et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 

 

 

La Zinovie est une conglomération

De diverses populations

Avec une histoire, des traditions,

Des modes de vie et des chansons.

Sa capitale est Zinovou.

C’est le centre de tout :

Des poupées-gigognes révolutionnaires,

Du sport, des danses populaires,

Et de grandes fêtes pour les gens

Et des berceuses pour les enfants.

Ce qui pourrait changer le pays

Est définitivement banni.

 

Il y a des chemins en Zinovie,

Pour vivre et gagner bien sa vie,

Des voies, des canaux du succès

Où la plupart n’accèdent jamais.

Être héros du travail, faire un exploit

Est une difficile vocation ;

Il y faut de la ténacité et de l’obstination

Du courage, de la force pour trois.

Pas facile, d’être un héros,

Le travail tue bien les chevaux.

Pour la majorité,

C’est un canal à éviter.

 

La voie dorée de l’économie

Est périlleuse en Zinovie.

Elle conduit loin, elle mène tôt

Jusqu’au plus haut niveau.

Pas si simple qu’on peut croire :

Il faut courir de tous côtés ;

Puis, il faut savoir et savoir boire.

Et il faut quand même bosser ;

Certainement, on peut réussir,

On peut voler, on peut s’enrichir.

Reste le danger d’être limogé ;

Il faut s’assurer d’être protégé.

 

Pour la carrière militaire,

Tout est ordonné, tout est clair.

Aux sommets, on peut grimper ;

Et patient, lentement y arriver.

En attendant, on boit beaucoup,

On a des responsabilités,

Et loin de chez nous,

Se carapater et s’enterrer

Au fin fond d’un trou,

Pendant des années moisir

Et s’ennuyer à périr

À garder une vide immensité.

 

Vivre en Zinovie
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Published by Marco Valdo M.I.
12 décembre 2021 7 12 /12 /décembre /2021 10:55

 

 

 

 

VIVE LA PAPE À LA TOMATE

 

Version française – VIVE LA PAPE À LA TOMATE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Viva la pappa col pomodoro – Lina Wertmüller (Rita Pavone)1964


Texte : Lina Wertmüller
Musique : Nino Rota
D
u feuilleton télévisé :
Il Giornalino di Gian Burrasca (tiré du roman de Luigi Bertelli “Vamba”)
Réalisation : Lina Wertmüller
C
hanson interprétée également par Irene Grandi con Stefano Bollani

 

 

Vive la papapape à la totototototomamate !

 

Quand, l’autre soir, on me l’a fait entendre au CPA Firenze Sud, ma première réaction a été de ricasser : « On devrait mettre pappaaippomodòro (La pape à la tomate) dans les Chansons contre la Guerre. » Je l’ai dit comme ça, à la florentine, parce que ça ne sert à rien de tourner autour du pot : la pape à la tomate (et non pas “aux” tomates !) n’est connue qu’à Florence (une de ces choses très simples que peu de gens savent faire correctement). Il ne m’a fallu qu’une minute à peine pour y repenser ; je me suis souvenu de la plus célèbre “chansonnette” du « Giornalino di Gian Burrasca » (Le Journal de Jean Bourrasque), et je me suis dit qu’il devait y avoir eu d’autres temps, autres et lointains, où dans une chanson écrite pour une série télévisée consacrée à « l’enfance » (mais seulement jusqu’à un certain point…) on chantait des choses comme : « L’histoire du passé / nous a appris maintenant / qu’un peuple affamé / fait une révolution ». Comprends qui peut. Puis je me suis souvenu que le scénario en question avait été réalisé par Lina Wertmüller ; et tout est alors devenu plus clair pour moi, étant donné que Wertmüller elle-même a également écrit les paroles de la chanson, avec une musique de Nino Rota (!!!). Lina Wertmüller et Nino Rota ; les mêmes que dans Canzone arrabbiata. Ceci étant, pappaaippomodòro (La pape à la tomate) a vraiment fini par arriver dans les GCC, car c’est une véritable chanson de combat. Nous n’entrerons pas dans tous ces détails ici ; et je pense que, si elle nous lisait, même Lina Wertmüller serait d’accord de tout cœur.

 

Rappelons brièvement l’histoire de cette chanson. Le « Giornalino di Gian Burrasca », écrit en 1907 par Luigi “Vamba” Bertelli, journaliste et écrivain florentin, a voulu être et a été l’hymne de sincérité d’un garçon de neuf ans (Giannino Stoppani, appelé « Gian Burrasca » en raison de son comportement résolument exubérant) contre l’hypocrisie des adultes et, donc, de la société entière. Luigi Bertelli n’est pas exactement un « révolutionnaire » ; au contraire, il est en perpétuelle polémique contre les socialistes de l’époque qui, d’ailleurs, dans la figure de l’avocat Maralli (le mari de la sœur aînée de Giannino, littéralement déchiré mis en pièces par ce dernier), sont visés et moqués dans le “Giornalino”. Mais, en même temps, le « Giornalino di Gian Burrasca » est une œuvre anarchique, dans laquelle les “gamineries” d’un enfant (et quelles gamineries !) mettent à nu toute une société, celle de l'“Italietta” des années d’avant-guerre, dans toutes ses composantes. À la fin, Giannino est placé dans un pensionnat, la punition ultime pour un garçon, un peu comme une prison. Le pensionnat Pierpaolo Pierpaoli est dirigé par le strict et avide M. Stanislao, grand et maigre, et sa femme Geltrude, basse et grasse. Dans ce nouvel environnement, Gian Burrasca se fait rapidement des amis malgré son âge, et rejoint notamment la société secrète locale « Un pour tous et tous pour un ». Quand, à la suite d’une énième gaminerie, Giannino est enfermé dans une sorte de prison et découvre que la délicieuse soupe maigre du vendredi n’est autre que le fruit de la reconversion des plats de la semaine, il décide de révéler la porcherie en laissant, jour après jour, avec ses camarades, de petites boules d’aniline sur les assiettes : la couleur rouge de la soupe révélera à tous son origine le vendredi suivant. Les directeurs de l’internat tentent d’abord de minimiser l’incident et fournissent d’autres excuses pour la couleur anormale du plat, mais ils sont contraints d’admettre la fraude et de remplacer le plat par de la pappa al pomodoro, très désirée par les enfants, lorsque l’un des conspirateurs met en garde les convives contre l’ingestion du colorant artificiel. Face au harcèlement de M. et Mme Stanislao, ils décident de s’enfuir et Giannino est également renvoyé chez lui suite au scandale.

 

Une révolte, donc : « Le peuple affamé fait la révolution », et la « révolution » provoquée par la concomitance des ventres vides et les tromperies de qui commande, tromperies dérivées du profit. Il y a de quoi voir beaucoup, beaucoup de choses dans cette petite chanson, et la personne qui me l’a fait remarquer avait raison. La voici donc, interprétée par une toute jeune Rita Pavone, qui jouait le rôle de Giannino dans la série télévisée (qui a connu un succès retentissant : tout le monde s’en souvient encore aujourd’hui, même ceux qui n’étaient pas encore nés à l’époque). À propos, la pappa al pomodoro est l’une des “constantes” de la CPA ; si vous voulez la déguster correctement, vous devez venir dans un endroit où la “révolution” coûte, à tous, dénonciations, prison et assignation à résidence. [RV].

 

 

 

Vive la papapape

À la totototototomamate !

Ah ! Vive la papapape,

À la saveur écaca, écarlate !

Vive la papapape

À la totototototomamate !
 

Lhistoire du passé

Nous a fait la leçon

Qu’un peuple affamé

Fait la révolution ;

Affamés,

Nous avons raison de nous révolter.

Alors, sans façon,

Mangeons la collation.


Vive la papapape

À la totototototomamate !

Ah ! Vive la papapape,

À la saveur écaca, écarlate !

Vive la papapape

À la totototototomamate !
 

Le ventre qui barbote

Est cause d’aigreurs

Et cause qu’on complote.

« À bas le directeur ! »

La soupe est cuite

Et chantons en chœur :

Nous voulons sur l’heure,

La pape à la tomate !
 

Vive la papapape

À la totototototomamate !

Ah ! Vive la papapape,

À la saveur écaca, écarlate !

Vive la papapape

À la totototototomamate !

Vive la papapape

À la totototototomamate !

 

 

 VIVE LA PAPE À LA TOMATE
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Published by Marco Valdo M.I.
9 décembre 2021 4 09 /12 /décembre /2021 16:36

 

La Carrière du Directeur

 

Chanson française – La Carrière du Directeur Marco Valdo M.I. – 2021

 

LE RÊVE DU DIRECTEUR

d’après Boris Orlov – 1982

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ;
Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ;

Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité

 

Épisode 8

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

En Zinovie, Lucien l’âne mon ami, pour une grande partie des gens, il est un objectif essentiel dans leur vie : c’est de faire carrière.

 

Oh, dit Lucien l’âne, il n’y a pas que là. La Marseillaise y incitait déjà les nouvelles générations. De mémoire, elle leur chantait :

 

« Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n'y seront plus,
Nous y trouverons leur poussière,
Et la trace de leurs vertus
… »

 

Il y a là tout un programme, en effet, où il s’agit ensuite de partager le cercueil.

 

Donc, Lucien l’âne mon ami, faire carrière, c’est un peu comme gravir la montagne la plus haute à votre portée et tenter de parvenir au sommet qu’on occupe seul. Ici, la chanson raconte l’aventure de ce héros des temps modernes et administratifs qu’est le directeur. Enfin, celle d’un directeur comme on en voit un peu partout, un directeur quelconque, un de ceux qui occupent la fonction et se montent le cou et toujours se poussent du col, dont la devise pourrait bien être : « Toujours plus haut ! » Et relativement, ils y arrivent. On ne sait trop comment, mais à la vérité, ce doit être dû au fait qu’ils sont les seuls qui en ont envie. En Zinovie, la carrière la plus prestigieuse de toutes est celle qui mène au sommet, qui conduit à la fonction de Guide.

 

Ah, dit Lucien l’âne, là aussi, on pourrait adopter la formule : Un Peuple, un État, un Guide. Les méthodes pour accéder à ce poste suprême sont assez variées, mais il est bien sûr qu’un nom court s’impose pour s’imposer ; les exemples ne manquent pas. Quant à nous, qui ni avenir devant, ni carrière derrière, tissons le linceul de ce vieux monde carriériste, ambitieux, médiocre, inconsistant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 

 

 

Le directeur, Ivan ou Vassili

Son nom se perd dans l’oubli

Personnage si insignifiant

Qu’on ne sait trop quand,

Ni d’où il est venu,

Comment il est arrivé là,

On ne le sait pas.

Directeur parvenu,

Directeur accroché

À tout prix à sa fonction,

À l’usage s’est révélé

Vrai champion de l’autoconservation.

 

Directeur, vrai cheval de manège ;

Directeur, il veut tous les privilèges.

Chef vénéré, respecté patron,

Il est de toutes les commissions,

Toujours plus haut, il s’en va.

Dans tous les conseils, on le voit.

Partout, il siège sans aucune honte ;

À tout, il est candidat.

De mandat en mandat,

Nommé, élu partout, il monte.

Tant d’insistance, tant de persévérance,

L’ont fait député à la plus haute instance.

 

Lui qui n’est personne,

Ne fait rien, systématiquement ;

Se contente d’être là en personne.

À lui, les primes, les remerciements,

Les félicitations, les médailles, les décorations.

Aucune combine, nulles connaissances

Sans recommandations, sans grandes relations,

Il incarne l’incurie, l’inconsistance,

La petitesse, l’avidité, l’impersonnalité,

D’un homme moyen de la société.

Pour sa parfaite insignifiance,

Il est toujours récompensé.

 

Au début, rester inconnu,

Modeste, dévoué,

Sans principes, réservé,

Mais puissamment soutenu.

Pour aller au sommet, il faut un nom,

Un nom facile à prononcer,

Une, deux, trois syllabes, c’est bon.

Pour s’imposer,

Un nom marquant

Sert plus qu’un talent.

Au Guide, il faut un nom en -ine,

Djougachvili ne vaut pas Staline.

 

La Carrière du Directeur
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Published by Marco Valdo M.I.
7 décembre 2021 2 07 /12 /décembre /2021 11:30

 

LE REFRAIN DE LA MISÈRE


 

Chanson française – LE REFRAIN DE LA MISÈRE – Marco Valdo M.I. – 2021

 

d’après la version italienne IL CANTORE DELLA MISERIA de Flavio Poltronieri (2021)

et la version livournaise Cantà la miseria de l’Anonimo Toscano del XXI Secolo (2021)

de la chanson en yiddish – Der zinger fun noytMordkhe Gebirtig [Mordechai Gebirtig] / מרדכי געבירטיגca 1940.

 

 

LE CHANTEUR DE RUE

 

Jean Veber – 1902

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Au travers de versions en cascade, dit Marco Valdo M.I., cette chanson, comme toute chanson qui hérite de versions, sinue autour du sens premier, celui de l’œuvre d’origine, et je n’affirmerais pas que c’est une mauvaise chose.

 

J’imagine volontiers, répond Lucien l’âne, d’autant que toi comme moi, on est persuadés que la nouvelle version à peine née est une autre nouvelle chanson et ce n’est pas la réalité qui nous démentira. C’est d’ailleurs ainsi également que se créent les odyssées, les épopées, les romans, les pièces de théâtre. L’emprunt, la transformation, la métamorphose, l’agglutination sont les modes de création du nouveau. Ainsi en va-t-il par exemple de certaines pièces de Shakespeare qui sont tirées quasi directement d’œuvres italiennes contemporaines – mais forcément, un peu antérieures. On se demande comment un gars de la campagne anglaise, issu de la petite bourgade de Stratford à 150 km de Londres, en a eu connaissance sans connaître les divers « italiens », sans connaître la littérature italienne, sans avoir été en Italie et n’a laissé aucune bibliothèque personnelle.

 

Là, Lucien l’âne mon ami, tu t’égares au-delà du mystère des histoires qui passent d’une langue à l’autre, d’une culture à une autre et des versions qui en découlent. Cette parenthèse, sans aucun doute fondée, n’a rien à voir ; ici, il est question d’un chanteur des rues et pas d’un dramaturge lettré et polyglotte du temps d’Élisabeth. Donc, pour ce qui est de la chanson, je veux parler de ma version en langue française, elle est issue de la chaîne suivante :

— la chanson originelle en yiddish : Der zinger fun noyt – Mordkhe Gebirtig [Mordechai Gebirtig] / מרדכי געבירטיג – ça 1940 ; je rappelle au passage que Mordechai Gebirtig est un poète juif, assassiné par un SS à Cracovie en juin 1942.

— la version italienne IL CANTORE DELLA MISERIA de Flavio Poltronieri – 2021 ;

— la version livournaise Cantà la miseria de l’Anonimo Toscano del XXI Secolo (2021), elle tirée d’une adaptation anglaise de Daniel Kahn, etc.

Et toutes ces versions varient les unes par rapport aux autres ; si on veut s’en tenir à l’idée de version, on en a ajouté une. Cependant, je reste sur l’idée que c’est une chanson à part entière et que comme l’enfant issu d’une certaine famille, peut connaître sa personnalité propre et son destin particulier. D’une part, on ne peut le réduire à être le descendant de ; d’autre part, il est potentiellement l’ascendant de ; et in fine, nul ne peut deviner où son destin le mènera.

 

Peut-être, dit Lucien l’âne, très loin de ses ancêtres. Mais la chanson ?

 

Oh, reprend Marco Valdo M.I., l’histoire qu’elle raconte est simple et il n’est pas nécessaire de la raconter ; elle la raconte très bien elle-même et puis, c’est là qu’elle trouve son sens, son but et son rôle.

 

En effet, dit Lucien l’âne, sinon pourquoi existerait-elle ? Et puis, ce serait lui ôter le pain de la bouche.

 

Un dernier mot pourtant, dit Marco Valdo M.I., pour attirer l’attention sur un vers de la version française, car il renvoie à une chanson française qui mériterait d’être mieux connue, car elle aussi est à vous fendre le cœur. Il s’agit du deuxième vers de la deuxième strophe :

 

« Les fortunés n’ont aucune envie de t’aider :

Les culs cousus d’or sont bouchés,

Les rassasiés n’ont que faire de ta douleur,

Les gavés se foutent de tes malheurs. »

 

qui renvoie volontairement aux Croquants, chanson de Georges Brassens où paraissent les « culs cousus d’or ».

 

Soit, dit Lucien l’âne, va pour les culs cousus d’or et peut-être qu’un jour, on prendra le temps de dialoguer autour de l’histoire de Lisa et de ces Croquants. En attendant, tissons le linceul de ce vieux monde cousu d’or, gavé, bouché, fortuné, rassasié, balèze, obèse et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Pauvre chanteur fou,

Ton refrain ne vaut pas un clou.

De tes chants, on s’en fiche

Dans les cours des riches.

 

Les fortunés n’ont aucune envie de t’aider :

Les culs cousus d’or sont bouchés,

Les rassasiés n’ont que faire de ta douleur,

Les gavés se foutent de tes malheurs.

 

Si tu veux te faire entendre,

Si tu veux quelques ronds,

Va dans les cours des pauvres

Leur seriner ta chanson.

 

Chante-leur la misère,

Le refrain triste du besoin,

Les sombres et sales recoins

la mort est reine-mère.

 

Chante les enfants maigres et tordus,

Affamés de vivre et de sourire,

Enfants perdus avant de rire,

Morts avant d’avoir vécu.

 

Chante-leur demain

De ta voix, ton refrain,

Ton long cri douloureux,

Ta chanson écrite pour eux.
 

LE REFRAIN DE LA MISÈRE
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Published by Marco Valdo M.I.
6 décembre 2021 1 06 /12 /décembre /2021 12:20

 

La Réalité

 

Chanson française – La RéalitéMarco Valdo M.I. – 2021

 



LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ;
Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie

Épisode 7

LE GUIDE

(Staline au XVIe Congrès du Parti)

Alexandre Guerassimov, ca 1930

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Dans notre voyage d’exploration de la Zinovie, Lucien l’âne mon ami, on entend parler une voix anonyme qui raconte toutes ces choses étonnantes et profondes que colportent les chansons. Comme on peut s’en douter, cette voix ne peut qu’être anonyme en raison-même de la mission qu’elle s’est donnée de décrire la réalité. Peut-être dit-elle vrai, peut-être, est-ce faux, mais c’est son affaire. En tout cas, je ne me hasarderai pas à la mettre en cause.

 

C’est là une sage disposition, Marco Valdo M.I. mon ami, car par sa nature, le voyageur – ce que nous sommes toi et moi – ne peut qu’enregistrer les échos de son voyage, les bruits et les rumeurs des paysages, des villes, des villages qu’il traverse. Cela, je peux te le garantir du fait que c’était déjà ainsi pour les premiers aèdes et pour cet interminable voyage qui a précédé notre rencontre. Et c’était une nécessité de le préciser. Le voyageur ne peut dire que « j’ai vu, j’ai entendu, on m’a dit », selon les cas.

 

C’est cela même au moment du voyage, Lucien l’âne mon ami. Il s’agit de faire comprendre les impressions du voyageur ; pas ses pensées. Impressions qu’il faut comprendre comme le processus photographique : un dépôt d’éléments du réel sur une plaque sensible. Peu importe à ce stade, ce que peut en penser le voyageur ; il lui faut juste faire état de ce qui est. Ensuite, plus tard, il pourra, ou mieux encore, on pourra, s’en faire une opinion. À partir du matériau brut de la chanson. C’est exactement ce que prétendent faire les chansons de Zinovie. Faire miroir, faire lentille, faire percevoir ; elles ne prétendent pas savoir et moins encore, porter jugement.

 

Très bien, répond Lucien l’âne, mais que dit un peu plus précisément celle-ci ?, d’autant que son titre de ce point de vue est fort intrigant. La Réalité ?

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, la réalité est évanescente, mais ici, il s’agit clairement de la réalité telle qu’elle parvient aux oreilles du voyageur, qui lui-même se veut l’écho d’un récit, que raconte un anonyme, entendu durant le voyage. D’ailleurs, elle est curieusement construite la chanson. Curieusement, car a priori, on sent comme une incohérence entre sa première strophe et les trois autres. Mais, en fait, il s’agit simplement d’un changement de ton. Si la première raconte un événement vécu directement et personnellement par le récitant, les trois autres sont une description quasiment objective, rapportée elle aussi par le récitant. Ainsi, on peut percevoir les deux modes de présentation de la réalité. Ces deux approches ne sont pas contradictoires ; bien au contraire, elles se renforcent en étant ensemble. Elles forcent à passer d’un niveau à l’autre. On ne peut mettre en cause leur véracité – le récit du vécu individuel corrobore celui du collectif. Ces deux dimensions sont celles d’un seul monde.

 

En quelque sorte, dit Lucien l’âne, c’est le récit du moi et le récit du nous.

 

Et puis quand même, dit Marco Valdo M.I., il me faut attirer l’attention sur la présence sous-jacente de la pensée qui s’y développe et qui s’efforce de comprendre l’ensemble. Il y a là-derrière une théorie, une logique, une pensée à l’œuvre qui tente de déceler les règles de fonctionnement de la société – vue par en bas et du dessus, comme qui dirait d’un point de vue microscopique et d’un autre macroscopique, le niveau du piéton et celui du cosmonaute. Cependant, je n’en dirai pas plus.

 

Et tu fais bien, Marco Valdo M.I. mon ami ; il ne convient pas de trop enfermer la chanson dans un carcan ; elle qui a précisément l’attitude inverse. Il s’agit d’abord de découvrir ce qu’on ne sait pas. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde social, socialisé, socialisant, sociétal et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Si on disait vraiment

La vérité sur la guerre ?

Chez nous, sur tout le régiment,

Il restait vingt militaires.

En premier, les commandants ont foutu le camp,

Puis, les commissaires ont pris du champ.

Alors, pour commander le régiment,

Il restait moi, sergent augmenté,

Promu sans le demander seul officier.

Quand on sortit de l’encerclement,

Ils voulurent me fusiller,

Mais les copains les en ont empêchés.

 

La société convient à la majorité,

Elle réalise ses souhaits :

Un maximum de commodité,

Les besoins essentiels satisfaits.

La société défend ses membres obéissants ;

La société réprime les déviants et leurs vices.

À ses yeux, ce n’est là que justice.

La bureaucratie impose ses règlements,

Et les gens supportent l’inflation,

L’idéologie, le pouvoir et la coercition

Pour le pouvoir, il n’y a pas de pause ;

Les individus sont des choses.

 

L’âge moyen des dirigeants grimpe,

La gérontocratie triomphe.

On se moque des rites égyptiens d’antan,

On critique les fêtes sacrées des Incas.

Pour le décorum, le cérémonial, le tralala,

Ici, on dépense dix fois autant.

Les privilèges, l’arbitraire, la répression

Laissent d’indélébiles traces

Et mille choses qui tracassent

Une collectivité de trois cent millions

De gens en attente d’un logement décent,

D’un sort meilleur, promis depuis longtemps.

 

La société, c’est le pouvoir du « nous » ;

Le pouvoir du « nous » sur les gens et sur tout.

Et même, le pouvoir sur le pouvoir,

Qui est une autre histoire.

Loi fondamentale de la société :

Le pouvoir ne peut être partagé ;

Autour du pouvoir se crée le vide.

Le pouvoir limite toujours

Les membres de sa cour

Jusqu’à un seul Guide.

Diriger, c’est éliminer.

C’est la règle de fer, c’est la nécessité.

 

 

 

 

 

La Réalité
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Published by Marco Valdo M.I.
25 novembre 2021 4 25 /11 /novembre /2021 17:15
DORS, ENFANT, DORS !


Version française – Dors, enfant, dors ! – Marco Valdo M.I. – 2021

d’après la version italienne d’Alberto Scotti d’une

Chanson italienne (napolitain) – Ninna nannaTeresa De Sio – 2007
 

« La berceuse [la barcarolle, la comptine, la lalalaire, la lallation, la litanie, la ritournelle, la cantilène, particulièrement, dans sa version italienne de ninna-nanna] est une forme très répandue dans la musique populaire. Ici, Teresa en construit une dans son style personnel. Une chanson de protection pour tous les enfants abandonnés dans le monde, mais aussi une véritable chanson d’amour. » (extrait des notes de présentation du disque)

 

 

 


 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Je pense, Lucien l’âne mon ami, qu’on en dit jamais assez l’importance de l’enfance et de la prime enfance pour le devenir d’une espèce vivante – en l’occurrence, l’espèce humaine. D’abord, c’est le moment où la population humaine (c’est pareil pour les autres) est la plus importante en nombre – c’est là une vérité mathématique la plus incontestable, mais aussi en ce que l’enfance porte tous les espoirs et tous les avenirs.

 

Mathématique, dit Lucien l’âne, c’est une évidence à voir tous les êtres qui ne vont pas au-delà de leur enfance et de leur petite enfance ; ils avaient pourtant commencé à vivre et voilà, c’était déjà fini. C’est d’ailleurs aussi vrai pour tout le monde tant la vie va vite, tant la vie, aussi longue soit-elle – est courte ; tiens, prenons le cas de l’insecte le plus éphémère, sa vie en soi vaut toutes les vies et a, vue de l’intérieur de l’insecte, la durée complète d’une vie ; dès lors, cent ans, la belle affaire, on n’a pas le temps d’en faire tant, on a juste le temps de les voir passer. Mais enfin, on dirait que la vie, c’est comme la nuit : on ferme un œil et c’est demain.

 

Soit, reprend Marco Valdo M.I., cependant, elle est beaucoup plus courte pour le nouveau-né qui meurt au berceau que pour l’ancêtre qui meurt dans la maison de repos – comme on appelle aujourd’hui, l’asile pour vieillard et que nous nommons habituellement avec beaucoup de réalisme, le mouroir. Quant à mourir, hormis l’âge qui ne saurait être mis en cause, outre la maladie ou la malformation, le nouveau-né a le choix, on le tue à coups de poings, de pieds, de bâton, de marteau, de bouteille, de couteau, de fusils, de bombes et que sais-je encore.

 

Ou alors, dit Lucien l’âne, de faim, de soif, de froid, de chaud, de feu, de maladie, d’abandon, j’arrête là, on ne peut venir à bout de pareille énumération.

 

 

C’est ce que dit la chanson, continue Marco Valdo M.I., quand elle signale :

 

« Si le monde ne les aime pas, le loup va les manger ;

Comme les feuilles en automne, ils vont tomber. »

 

Mais la chanson se veut protectrice et rassurante et elle peut l’être pour l’enfant à qui elle est chantée doucement à l’oreille.

 

C’est déjà ça, dit Lucien l’âne, c’est un enfant qui a de la chance, celui qui l’entend comme ça. Il peut dormir tranquille, en effet. Au fait, la chance a ceci de particulier, c’est qu’on ne peut la distribuer, on ne peut la partager ; c’est comme la vie, on l’a ou on ne l’a pas. Point. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde inique, cynique, comique, atomique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Viens ici, donne-moi la main,

Laissons dehors le monde et sa clique.

Dans la nuit, déjà s’épand serein

Un air de musique.

 

Dors, enfant, dors !

Comptons les heures une à une ;

Même s’il fait encore noir dehors,

Dans ta chambre, le soleil salue la lune,

Même s’il fait noir encore.

 

Et dors, dors aussi toi

Qui n’es plus un enfant ;

Dors, dors et sois content,

Car moi, je suis près de toi,

Car moi, je suis avec toi.

 

Dors et tais-toi, tais-toi,

Que le diable ne t’entende pas,

Surtout ne te montre pas, ne te montre pas.

Et alors, il ne pourra rien te faire,

Il ne pourra rien te faire.

 

Et dors, dors aussi toi

Qui n’es plus un enfant ;

Dors, dors et sois content,

Car moi, je suis près de toi,

Car moi, je suis avec toi.


Comme tous les enfants du monde, dors !

Si le monde ne les aime pas, le loup va les manger ;

Comme les feuilles en automne, ils vont tomber.

Il faut chanter plus fort.

Dors, enfant, dors !


Et dors, dors aussi toi

Qui n’es plus un enfant ;

Dors, dors et sois content,

Car moi, je suis près de toi,

Car moi, je suis avec toi.

 

 

 

DORS, ENFANT, DORS !
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Published by Marco Valdo M.I.

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