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27 juin 2021 7 27 /06 /juin /2021 17:06

La Guerre de Klim

 

Chanson française – La Guerre de Klim – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode

 

Épisode 4

 

 

RÉVOLUTIONNAIRE PATRIOTE BALKANIQUE

Louis Dupré – 1821

 

 

Dialogue maïeutique

 

Dans l’Histoire du Parti, dit Marco Valdo M.I., parmi les premiers adhérents, autrement dit les figures historiques du Parti, il y a eu, on s’en souvient sûrement, un fils de pasteur et un voïvode.

 

C’est certain, répond Lucien l’âne. Il y a peu de temps qu’on a dialogué ici au sujet du Parti, de son programme et de ses premiers membres, à savoir son fondateur le journaliste Jaroslav Hašek, le fils du pasteur et le voïvode Klimeš.

 

C’est lui, dit Marco Valdo M.I. ; ce Klim ou Klimeš, comme on va le voir, était un fanfaron, une sorte de Tartarin de Prague ou de Sofia. Il faisait lui-même sa promotion et proclamait à qui voulait bien l’entendre qu’il était un révolutionnaire et un grand patriote macédonien. Voilà ce qu’on en savait. Avec cette nouvelle chanson qui lui est entièrement consacrée, on va voir que les choses ne sont pas telles qu’on aurait pu les croire. Ainsi, l’épopée du Parti de Hašek se poursuit et investigue d’un peu plus près les affirmations du voïvode Klimeš. Elle détaille comme toute bonne geste les faits et gestes du héros. C’est en quelque sorte l’apologie de Klimeš, le récit de l’Iliade de Klimeš. C’est carrément un chant digne de l’aède aveugle primitif.

 

Pourquoi donc, Marco Valdo M.I., évoques-tu l’aède en le qualifiant de primitif ? Je ne pense pas, moi qui l’ai connu et même conduit sur les chemins de l’antique pays des Hellènes, qu’il était ce qu’on a coutume d’appeler un primitif.

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, il ne l’était certainement pas au sens où tu l’entends là. J’ai dit l’aède primitif au sens de premier aède, d’aède primordial, d’aède à l’origine des épopées. J’insiste sur la dénomination d’aède aveugle primitif, car depuis – notamment en Sicile, comme le racontait Carlo Levi et dans les Balkans – comme l’atteste notamment le Dossier H d’Ismaïl Kadaré, la tradition de l’aède aveugle s’est perpétuée en continuation de sa mémoire. Cependant, il me paraît essentiel de préciser que ces « aèdes aveugles » ne sont aveugles qu’au moment où ils scandent leurs récits. C’est une pose artistique et aussi une nécessité technique. Enfermé dans son aveuglement, l’aède aux yeux clos peut se concentrer et sans se laisser distraire par les auditeurs qui l’entourent, dévider l’histoire sans être perturbés par le public. C’est essentiel, car il agit en pleine lumière à deux pas des gens et récite de longues séquences sans autre recours que la mémoire. Comme les jongleurs et les saltimbanques, il travaille sans filet, ce qui le distingue des acteurs et des chanteurs de notre époque qui ne voient pas le public devant eux à cause du noir provoqué par l’éclairage de la scène. Ceci a pour implication de donner au récit toute sa priorité et son importance.

 

En effet, dit Lucien l’âne, moi qui ai couru les chemins, les villages, les rues et les places des villes depuis tant e temps, depuis au moins, le temps d’Homère, je peux le confirmer ; les aèdes au moment e la récitation ont les yeux soigneusement fermés et le plus souvent, pour renforcer ce huis-clos, bandés.

 

Exactement, Lucien l’âne mon ami, c’est exactement ainsi que cela se passe. Cependant, pour ce qui est de La Guerre de Klim, qui est la chanson, je ne dirai rien de son contenu et je ne révélerai rien de son véritable sens. Ce sera à toi, comme à tout qui s’y intéressera, de se faire sa philosophie.

 

Excellente idée, Marco Valdo M.I., tu fais bien ainsi. Que chacun se fasse sa philosophie, c’est précisément l’objectif du dialogue maïeutique, qui est notre démarche philosophique et poétique. Maintenant tissons le linceul de ce vieux monde antique, sénescent, mortel, condamné et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

De tous, Klim faisait l’admiration,

C’était un héros hors dimension.

Un homme hors du commun comme lui

Était l’honneur et l’orgueil du Parti.

Son œil d’aigle ne faisait pas d’erreur,

Sûr de lui, de rien, il n’avait peur ;

Sans hésiter, toujours, il se retirait,

Dès que les choses se gâtaient.

Face au danger, dans les règles de l’art,

Il allait réfléchir en douce autre part.

 

Quand les hordes de l’armée régulière turque

Encerclaient la région de Salonique

Et marchaient sur la montagne Vitocha,

À Sofia dans une usine de sofas,

Klim était tapissier de métier,

C’était un ouvrier, pas un voïvode-né.

Klim vivait pépère dans la ville

Une vie calme et tranquille.

Il ignorait les vertus héroïques,

C’était l’être le plus pacifique.

 

À Sofia, il mentit pour la première fois,

Après une bouteille de vin grec,

Après une autre bouteille de vin sec,

Sans sourciller, il affirma

Connaître la montagne et tous les défilés

De Macédoine et même, Sarafov l’insurgé,

Ensuite, assassiné par les partisans

Pour avoir détourné l’argent

Des fusils, des grenades, des munitions,

Nécessaires au succès de la révolution.

 

En l’écoutant, mon désir devint pressant

De partir au front sur le champ ;

Je le suivis sans hésiter

Dans un estaminet moins exposé,

Où un groupe macédonien

Recrutait des volontaires

Pour combattre à la frontière.

Cœur noble, cœur intense, cœur d’airain,

Klim fit un discours immense, héroïque,

C’était émouvant, c’était beau, c’était homérique.

La Guerre de Klim
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Published by Marco Valdo M.I.
22 juin 2021 2 22 /06 /juin /2021 17:56

 

Le Fils du Pasteur et le Voïvode

 

Chanson française – Le Fils du Pasteur et le VoïvodeMarco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

 

Épisode 3

 

VOÏVODE – VLAD III L’EMPALEUR

Anonyme – XVe S


 

 

Dialogue maïeutique

 

Il doit t’être encore frais à l’esprit, Lucien l’âne mon ami, que nous avons dialogué récemment sur Le Parti et Le Programme du Parti. C’étaient les deux premières chansons d’une épopée aux accents politiques et guerriers dont l’objet – je te rassure tout de suite – est de pourfendre la guerre elle-même. On ne sait d’ailleurs à l’heure présente où une telle épopée nous conduira, mais allons-y.

 

Oui, dit Lucien l’âne, allons-y sans crainte et d’ailleurs, je sais que toi et moi, nous sommes d’inconditionnels partisans de la paix, même si des fois, il y a de quoi désespérer. Mais, venons-en au fait : serait-ce la troisième chanson et de quoi pourrait-elle bien s’inquiéter ?

 

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., le Parti, c’est même dans sa nature de parti, se compose de membres. À proprement parler, un parti sans membre n’existe pas, sauf sur papier ou dans l’imagination. Je te concède immédiatement que c’est ainsi que tout parti est conçu. Il y faut quelqu’un qui l’imagine et qui en cristallise les éléments. Quoi qu’il en soit, une fois conçu, il lui faut exister, il lui faut une corporalité, il lui faut des membres.

 

J’en conviens tout de suite, dit Lucien l’âne, et j’imagine à mon tour que cette chanson va chanter les louanges des membres du Parti.

 

Tu imagines bien, Lucien l’âne mon ami, la chanson chante les membres du Parti – pas nécessairement leurs louanges. Je dirais qu’elle fait le portrait de deux d’entre eux, les premiers à adhérer à ce Parti.

 

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, comme disait le Président Mao, reprenant la parole de Confucius ou de Lao Tseu, en tout cas, une parole de lointaine et antique sagesse immémoriale : « Le plus long des voyages commence toujours pas un premier pas ». Il en va aussi ainsi du Parti et de ses membres et si nous adaptons la parole du Président, nous dirons : « le plus grand des partis commence toujours par un premier membre ».

 

Soit, répond Marco Valdo M.I., le plus court des voyages aussi et forcément, le plus mince des partis aussi. C’est pure logique. Donc, voici les deux premiers membres du Parti – en plus de son créateur Jaroslav Hašek, bien sûr. Il s’agit, comme le titre l’indique, du fils du Pasteur, dénommé Gustav et d’un voïvode, dénommé Klimeš. Pour la clarté des choses, je précise que le « pasteur » dont le fils est le fils, tout comme son père et le père de son père étaient eux-mêmes « pasteur », est un ministre du culte, une sorte de curé protestant qui n’est nullement tenu au célibat et qui peut donc avoir un ou plusieurs enfants ; quant au voïvode, je résumerai en disant qu’il s’agit d’un de ces dignitaires slaves ou roumains qui ont longtemps combattu les occupants ou les envahisseurs turcs et dont un des plus célèbres est Vlad Țepeș, Vlad III l’Empaleur, alias Dracula. Pour le reste, voir la chanson elle-même, sinon où serait l’intérêt.

 

Faisons ainsi, réplique Lucien l’âne et puis, tissons le linceul de ce vieux monde religieux, sévère, enflammé, opprimé, révolutionnaire et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Gustav le fils du pasteur,

Descendait d’une lignée de pasteurs,

Tous hommes authentiquement religieux,

Tenant haut le respect de Dieu.

Il avait bu le lait sacré de sa mère

Et mangé les principes moraux de son père.

Dans l’ombreuse cathédrale évangélique,

Il passait des heures mystiques

Craignant la rude cravache

D’une justice divine fort vache.

 

Couché en travers des genoux paternels,

Il entendait la leçon de l’Évangile éternel :

Toute autorité vient de Dieu,

On ne peut défier la volonté des Cieux.

Le genou et la cravache le disent bien :

On ne peut contrarier les vœux du destin.

Poète, il entraîne son âme assoiffée de beauté

À la recherche de nouvelles aventures

Dans une errance inextinguible de café en café.

À la fin, des costauds l’éjectent dans la nature.

 

Le cheveu en broussailles, la barbe noire,

Le voïvode Klim était né quelque part,

Sa vie était toute une histoire.

Il était voïvode, il se sentait tsar.

Le discours enflammé était la tasse de thé

De ce libérateur des peuples opprimés.

Le voïvode Klim chantait ses propres exploits

Hautement de sa basse voix.

De café en café, chaque soirée,

Il contait sa glorieuse épopée.

 

Dans la plaine grondait le canon,

La mitraille crépitait pour de bon.

Le voïvode Klim avait tout du gospodar,

Sans avoir peur, il battait en retraite

Dans le respect des règles de l’art,

Ainsi, il tenait sa gloire secrète.

Le voïvode Klim était chef révolutionnaire,

À la bataille du Mont Garvan, il était là.

Au siège de Monastir, il s’empiffra.

Il a rejoint le Parti après ses guerres.

 

 

 

 

 

Le Fils du Pasteur et le Voïvode
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Published by Marco Valdo M.I.
21 juin 2021 1 21 /06 /juin /2021 19:42
LA CIVILISATION

 

Version française – LA CIVILISATION – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – La civiltàAndrea Buriani – 2001

 

 

LE RETOUR

René Magritte – 1940

 

 

Chanson écrite après l’attaque des tours jumelles de New York en 2001 (les nouvelles tours de Babel), que beaucoup ont qualifiée d’attaque contre notre civilisation (occidentale) par des êtres non civilisés. Mais nous aussi, en regardant l’histoire, malheureusement aussi l’histoire récente, nous n’avons pas beaucoup de quoi nous vanter.

 

Dialogue maïeutique

 

La civilisation, Lucien l’âne mon ami, voilà un titre dont je ne devrai sans doute pas t’expliquer le sens.

 

Oh évidemment, dit Lucien l’âne, c’est là un titre qu’on comprend aisément et qu’il ne faudrait pas expliquer. Du moins, à première vue, car c’est là un bien grand mot et tout le reste reste à préciser.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, la civilisation est un concept vague et qui renvoie à des réalités multiples. Employé ainsi, il renvoie immédiatement à celui qui l’exprime. Autrement dit, la civilisation est celle de celui qui parle et envisagée singulièrement, elle se distingue de toutes les autres civilisations. Cependant, je te rassure, la chanson sait cela et elle s’échine à distinguer et à qualifier toutes sortes de civilisations ou de visages de la civilisation, d’une civilisation particulière, celle où nous vivons ici actuellement, celle que très curieusement on appelle « occidentale », comme si on n’était pas tous à l’est ou à l’ouest de quelqu’un d’autre. Sinon, comment expliquer Christophe Colomb qui partait vers l’Occident pour atteindre un pays d’Orient.

 

En fait, dit Lucien l’âne, ça dépend de quel côté on se tourne et puis, depuis longtemps, on sait que la Terre est ronde. Où commence l’ouest ? Nulle part ou partout, ce qui revient au même. Où finit-il ? Nulle part ou n’importe où.

 

Parfaitement, Lucien l’âne mon ami, et c’est pareil pour l’est. Par contre, grâce aux pôles, on peut situer beaucoup plus exactement le nord et le sud et même la ligne de partage qu’est l’Équateur. Pour la chanson, la civilisation, dont elle parle a de multiples défauts et elle est vue – en quelque sorte – de l’intérieur, par un de ses habitants. Disons quelqu’un qui vit dans le même tropisme que Jacques Dutronc, dans la civilisation de l’« Et moi, et moi, et moi », la civilisation de l’émoi, émoi, émoi.

 

Et ça dure, ça dure et on n’en voit pas la fin, dit Lucien l’âne, et la colombe qui attend pour se poser. Elle attend quoi, au juste ?

 

Ça, Lucien l’âne mon ami, je peux te le dire : elle attend la fin de la Guerre de Cent Mille Ans, que les riches et les puissants font aux pauvres afin de garder leur pouvoir, d’assurer leur domination, de couver leurs richesses, de perpétuer l’exploitation, etc.

 

Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est pas demain la veille, s’il faut attendre jusqu’au Matin du Grand Soir, surtout, qu’il y a les autres « civilisations », à l’est, à l’ouest, on ne sait plus; dans tous les cas, la colombe est perdue. Enfin, même si l’avenir nous échappe, on en saura plus quand on y sera. En attendant, tissons le linceul de ce vieux monde éwaré, égaré, perdu, confus, tordu et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


La civilisation de l’arrogance, la civilisation du « monde est à moi »,

La civilisation du désespoir, la civilisation du "Et moi, et moi, et moi",

La civilisation à la peau blanche, la civilisation à la peau de couleur,

La civilisation du compte en banque, la civilisation de la peur,

La civilisation du terrorisme et de la main assassine,

La civilisation de la peine de mort, par la guillotine ou par la famine.

 

Au-dessus de la ville vole la blanche colombe,

Dans la ville, ne se pose pas la blanche colombe.

 

La civilisation de « Dieu le veut », la civilisation de la guerre sainte,

La civilisation de la violence, de la conscience éteinte,

La civilisation de l’oppression et du désespoir,

La civilisation de l’intolérance et de l’étouffoir,

La civilisation de l’étranger dangereux assassin,

La civilisation du supérieur à ses voisins.

 


Au-dessus de la ville vole la blanche colombe,

Dégoûtée, ne se pose pas la blanche colombe.


La civilisation de l’holocauste et l’extermination des gens différents,

La civilisation d« On a gagné », quand on a toujours perdu, pauvre illusion,

La civilisation de l’or noir, belle bombe à retardement,

La civilisation de la poudre blanche, passeport pour l’aliénation

Et les nouvelles Babels s’effondrent au rythme de la danse

Des malentendus, des rancunes et de l’ignorance.


Au-dessus de la ville vole la blanche colombe,

Un jour, peut-être, se posera la blanche colombe.

 

Au-dessus de la ville vole la blanche colombe,

Un jour, peut-être, se posera la blanche colombe.

 

LA CIVILISATION
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Published by Marco Valdo M.I.
19 juin 2021 6 19 /06 /juin /2021 18:19

LA MARCHE DE GUSTAPO

 

Version française – LA MARCHE DE GUSTAPO – Marco Valdo M.I. – 2021

d’après la version italienne de Stanislava d’une

Chanson tchèque – Pochod GustapaKarel Kryl – 1969


 


 

CHVEIK ET GUSTAPO

Illustration de Josef LADA

 


 


 

Le nom Gustapo est un croisement de mots (un mot-valise) : d’une part (comme on peut le deviner), il rappelle la Gestapo, d’autre part, le « u » fait vraisemblablement référence à Gustáv Husák, un fonctionnaire qui, en 1969, est devenu secrétaire général du Parti communiste tchécoslovaque, remplaçant Alexander Dubček à ce poste et marquant une rupture définitive avec les espoirs du Printemps de Prague. À partir de 1975, il est également président de la république jusqu’en décembre 1989, quelques jours après la révolution de velours.


 


 

 

Dialogue maïeutique

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson tchèque, une chanson du même pays, de la même région du monde que celle où ont vécu l’Arlequin amoureux, personnage de Jiří Šotola, Joseph Chveik, personnage de Jarolav Hašek. Le premier, au temps de Napoléon – entre Marengo et Austerlitz, le second, cent ans plus tard – La Chanson de Chveik le soldat et pour cette chanson-ci, on ajoutera encore un demi-siècle. Et toujours, la Tchécoslovaquie vivait sous la protection amicale de grands frères alliés.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je vois ça : une protection qu’elle n’avait pas demandée et qu’elle ne souhaitait pas vraiment.

 

Exactement, Lucien l’âne mon ami, même si certains des habitants et nombre de ses dirigeants s’en trouvaient fort bien. Car, il ne peut être passé sous silence qu’une part notable de la population et une grande part des élites collaboraient avec enthousiasme parfois au régime en place.

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est souvent le cas en de telles circonstances, quel que soit ce régime. J’ai pu le constater tout au travers des lieux et des âges que j’ai traversés.

 

Toutefois, reprend Marco Valdo M.I., tout au long de son histoire et de ses différents pouvoirs étrangers ou sous influence étrangère qui se sont succédé, une part importante de la population tchécoslovaque même si pacifique, elle dut se plier aux ukases, n’en était pas moins « dissidente » en pensée, de cœur et d’humour et comprenait fort bien ses écrivains, ses dramaturges, ses chanteurs et leurs paroles cryptées. Ainsi, cette chanson de Karel Kryl, qui dès 1969, c’est-à-dire quelque temps après l’invasion soviétique et des autres alliés, dut se réfugier en Allemagne, est nettement dirigée contre le régime, son dirigeant et leurs protecteurs.

 

Oui, certes, dit Lucien Lane, c’est même vrai, je le sais, pour toutes ses chansons, mais que signifie le titre de celle-ci ? Qui est ce Gustapo au nom si sinistre ?

 

Ah, Gustapo ! Ce nom si bizarre, dit Marco Valdo M.I., mérite en effet un brin d’explication, car il contient à lui seul tout le sens de la chanson. Comme il est dit plus haut, c’est ce qu’on appelle un mot-valise, un mot qui contient plusieurs mots et par conséquent, plusieurs idées. C’est la concrétion du prénom du Kollaborateur en chef, autrement dit le patron du parti au pouvoir, Gustav Husak et de celui de la sinistre police nazie qui s’activa dans le pays lorsqu’il était sous domination allemande : la Gestapo. Cette conjonction est intéressante, car elle suggère beaucoup de choses que je laisse au ressenti de chacun. En principal, elle assimile les deux régimes d’occupation et les désigne à l’opprobre du monde. Cela dit, pour en revenir à la connivence (à travers le temps) entre les auteurs tchèques, les périodes historiques et l’humour national, je t’invite à relire les deux chansons, tirées de Jaroslav Hašek et terriblement prémonitoires : Le Parti et Le programme du Parti, dont je retiens :

 

« Pour imposer le bien-être universel,
Le Parti crée une œuvre d’envergure,
La Vérité et le Parti ont la peau dure. »

(Le Parti) 

« Suivant la politique du moment.
Selon les circonstances ou les événements,
Avec intelligence, le Parti suivait le mouvement.
Jamais en arrière, toujours en avant. »

(Le Programme du Parti)

 

Oh, dit Lucien l’âne, il se révèle à nouveau que quel que soit le parti, son but est d’accéder au pouvoir et ensuite, d’y rester. C’est d’ailleurs ce que fit obstinément Gustapo – jusqu’à ce qu’enfin, de chasseur, il se fit gibier et on le chassa définitivement – mais il fallut 20 ans. C’est toujours ainsi dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux gens sans prétention afin d’assurer leur domination, de renforcer leur pouvoir, de protéger leurs privilèges, etc. Oui, ces « gens sans prétention » sont ceux qu’évoque Tonton Georges dans La Mauvaise Réputation :

 

« Au village, sans prétention,
J’ai mauvaise réputation.
Que je me démène ou que je reste coi,
Je passe pour un je-ne-sais-quoi ! »

 

Enfin, on pourrait encore épiloguer longuement, cependant, il me faut conclure. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde sérieux, prétentieux, costumé, cravaté, amidonné et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

L’obéissance au-dessus du cerveau et le credo au-dessus de la raison,

L’appartenance légitime vaut plus qu’un trou dans le pantalon,

Nous avons renié notre mère, et le frère a renié son père,

On tire sur certains, on casse une jambe aux autres.



Le diable nous poussait et nous marchions comme des moutons ;

Tous conscients qu’en gibier serait transformé le chasseur,

Nous marchions et nous avions la patente de la raison,

Notre but brillait ; vous êtes contre ? Alors, vous êtes un imposteur.


Vous mettez le coton dans vos oreilles et sur vos yeux, la cécité,

Vous devenez un despote et votre fils au bourreau vous livrez ;

Puis à votre meilleur ami, vous tournez le dos.

Et s’ils les fusillent, une fois mort, vous en faites des héros.

 

Le diable vous pousse, vous marchez encore comme des moutons,

Désormais, le chasseur est gibier ; ce n’est pas une blague.

Son ami est un nain, et le credo est au-dessus de la raison.

En avant, toujours en avant, en avant, toujours en avant…

En avant ! Toujours en avant !

Et là-devant, ça pue le soufre.

LA MARCHE DE GUSTAPO
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Published by Marco Valdo M.I.
14 juin 2021 1 14 /06 /juin /2021 19:26

Le Programme du Parti

 

Chanson française – Le Programme du Parti – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

 

Épisode 2

Jaroslav Hašek à la tribune (1911)

 

 

Dialogue maïeutique

 

Par nécessité et principe, dit Marco Valdo M.I., un parti en lutte pour le pouvoir a besoin d’un programme ; et même, de plusieurs. Il y a le programme général du Parti ; disons ce qu’on nomme ordinairement sa Déclaration de Principes ; pour faire court, il y a aussi le programme qu’il présente aux électeurs. La Déclaration de Principes est en quelque sorte sa Constitution et concerne principalement les membres du Parti. Le programme électoral vise un but plus direct et sert à convaincre les électeurs d’apporter leur voix aux candidats du Parti. Le programme électoral est un utile instrument de propagande ; il a des visées pratiques et de ce fait, il tient compte de la ligne du Parti, mais il l’adapte aux circonstances.

 

Je vois, dit Lucien l’âne, c’est assez contingent ; c’est le Parti qui confronte et ajuste ses idées au réel électoral. Mais à cet égard, que raconte la chanson ?

 

Eh bien, répond Marco Valdo M.I., tout d’abord, il faut savoir qu’elle suit avec fidélité ligne, quelque peu sinueuse, de la pensée de Jaroslav Hašek et s’en va ainsi au gré de son cheminement. Elle, la chanson commence au niveau de la moitié du monde en évoquant la guerre russo-japonaise – une guerre commencée ces années-là et qui rebondira jusqu’en 1945 aux confins de l’Eurasie et qui passera pour l’essentiel inaperçue de ce côté-ci du monde ; puis, elle focalise son attention sur la Bohême ; ensuite, elle s’intéresse à Prague pour en finir à l’Auberge du Litre d’Or, où elle présente de façon succincte le programme du Parti.

 

Bref, Marco Valdo M.I. mon ami, à la façon dont elles sont dessinées, on commence à entrevoir le dadaïsme de la démarche politique propre à Jaroslav Hašek, mais on en reste aux grandes lignes.

 

Évidemment, Lucien l’âne mon ami, mais comme je l’ai annoncé précédemment, l’histoire du P.P.M.L.L. (Parti pour un Progrès Modéré dans les Limites de la Loi) est assez complexe et on n’en viendra à bout qu’en parcourant tous les méandres de cette campagne électorale.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, on verra donc ça au fur et à mesure du déroulement des événements et des chansons qui les détailleront, dont je suppose que tu n’en connais pas encore le nombre.

 

Non, répond laconiquement Marco Valdo M.I.

 

Quant à nous, conclut Lucien l’âne, par le moment, tissons le linceul de ce vieux monde électoral, positif, affirmatif, démocratico-dictatorial et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

C’était la guerre entre la Russie et le Japon,

Devant la cathédrale, les Tchèques chantaient à l’unisson

« Debout les Slaves ! » et les Slaves se levèrent

Les écrasantes victoires russes en défaites se muèrent.

Comme la foudre, la pluie, la grêle du ciel

Un formidable élan intellectuel,

Un grand bond révolutionnaire,

Au même moment sur l’Europe déferlèrent.

En Bohême, les mineurs en grève retravaillèrent

Quand les patrons eurent baissé les salaires.

 

En Bohême, soufflait un vent universel

Une conscience confuse de démocratie.

Les journaux animaient la partie

D’importants propos solennels.

Le peuple tchèque ne manque pas de journalistes

La Démocratie tchèque portait sa parole,

La Parole tchèque était son école.

La Commune, propriété d’un anarchiste,

Et son concurrent Le Pauvre Hère,

Voulaient tous deux la liberté entière.

 

En ce temps-là, les jeunes poètes exaltés

Enlevaient les filles de boulanger

Et se livraient à des outrages envers Sa Majesté ;

Les mouches volaient bas dans les cafés ;

Un libraire distribuait des bibles aux clients

Et saintement, leur empruntait de l’argent ;

Une Église étrangère achetait les âmes catholiques ;

Les adventistes baptisaient les femmes nues dans les bains publics.

En Macédoine, éclatait la révolution ;

À Salonique, les insurgés faisaient sauter les ponts.

 

À l’auberge du Litre d’Or, à cette époque-là,

On créa un nouveau parti politique,

Le Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi.

Son programme était la synthèse idéologique

Des termes « modéré », « progrès », « limites » et « loi ».

Il se modulait de façon systématique

Suivant la politique du moment.

Selon les circonstances ou les événements,

Avec intelligence, le Parti suivait le mouvement.

Jamais en arrière, toujours en avant.

 

 

 

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Published by Marco Valdo M.I.
13 juin 2021 7 13 /06 /juin /2021 20:22

Le Parti

 

Chanson française – Le Parti – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

Épisode 1.

 

JEAN JAURÈS DISCOURT

 

Eloy Vincent – 1910


 

Dialogue maïeutique
 

 

On doit supposer, Lucien l’âne mon ami, que personne au monde n’ignore qui était Jaroslav Hašek.

 

Euh, dit Lucien l’âne, je ne suis pas certain de ça. Peut-être, on le reconnaîtra mieux quand tu auras dit qu’il s’agit de l’auteur, du créateur, de l’inventeur, pour tout dire, du père du soldat Chveik.

 

C’est bien de lui qu’il s’agit, répond Marco Valdo M.I., un écrivain remarquable. Quant à son rapport avec Chveik, je dirais plutôt qu’il s’agit de son créateur, de son concepteur, de son inspirateur. Par ailleurs, il est patent auprès des spécialistes de la littérature tchèque que la vie de Chveik est si semblable à celle de Hašek qu’on doit se convaincre que d’une certaine manière Chveik et Hašek sont une seule et même personne : l’un dans l’univers réel et l’autre dans l’imaginaire du premier au point que souvent les personnages imaginaires du monde chveikien portent le même nom que leur double dans la vie d’Hašek.

 

Mais on s’égare, dit Lucien l’âne, il n’était pas vraiment question de Chveik, dont tu as déjà illustré la mémoire dans « La Chanson de Chveik le soldat », mais d’un Parti.

 

En effet, le titre le dit d’ailleurs, répond Marco Valdo M.I. ; c’est la nécessité même de commencer cette épopée par présenter le personnage principal dont elle raconte l’étonnante et burlesque histoire. Cependant, tout comme pour les aventures du soldat Chveik, le Parti a véritablement existé et Hašek en fut à la fois, le fondateur, le théoricien, l’orateur et le candidat aux élections – il s’agissait des élections municipales de Prague en 1911 ; la Tchécoslovaquie ou ce qui en tenait lieu, était à ce moment, sous la domination de la Cacanie, l’impériale et royale Autriche. C’est son auto-aventure politico-électorale catastrophique qui l’a conduit à écrire cette saga.

 

Bien, dit Lucien l’âne, je commence à y voir un peu plus clair.

 

Comme il est établi, reprend Marco Valdo M.I., Jaroslav Hašek, qui au moment de la constitution du Parti faisait la profession de journaliste, chroniqueur satirique, était un anarchiste tendance éthylique, orientation bière.

 

En ce qui concerne la tendance et l’orientation, dit Lucien l’âne, il était un vrai Tchèque.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., c’est une dimension nationale tchèque, tout comme il y a une certaine façon tchèque de considérer le monde. Donc, le Parti est créé et se lance dans la campagne électorale de 1911. Hašek écrit la chronique du Parti et la remet dès 1912 à l’éditeur. Il faudra attendre 1963 – environ 40 ans pour que sorte de presse cette édition tchèque et encore, 45 ans pour l’édition française. Mais enfin, nous y voilà.

 

Très bien, dit Lucien l’âne, mais quid de la chanson du Parti ?

 

Elle, Lucien l’âne mon ami, permets-moi d’indiquer qu’elle n’existe qu’ici et qu’elle est la première d’une série. Pour ce qu’elle raconte, il suffit de la lire. Pourtant un dernier éclairage historique s’impose. Quand en 1963, enfin, on publie le livre d'Hašek aux éditions de l’Écrivain tchécoslovaque – à Prague, comme sur le reste de l’imperium soviétique règne un Parti qui ne rit pas et avec lequel on rigole pas et publier cette Histoire du Parti était une rare audace. On le fit bien savoir aux Tchèques quelques années plus tard. (voir Printemps de Prague)

 

Certes, dit Lucien l’âne, mais la situation en Bohême et ailleurs a évolué.

 

C’est l’étrange comportement des situations, dit Marco Valdo M.I. : elles ont l’habitude d’évoluer pour que tout change afin que rien ne change, comme le faisait dire à un de ses personnages Giuseppe Tomasi di Lampedusa.

 

Oui, dit Lucien l’âne pensif, c’est presque toujours comme ça dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants, les avides et les ambitieux font au pauvre monde afin de le dominer et de lui imposer leur arrogance et de satisfaire leurs incoercibles appétits. Mais au fait, le Parti ?

 

Écoute, Lucien l’âne mon ami, pour ce qui est du Parti, on en saura déjà beaucoup avec cette chanson et beaucoup plus encore avec celles qui suivront, dont c’est précisément la tâche d’en rapporter l’Histoire afin que nul n’en ignore et que tous puissent envisager la question du Parti avec sérénité.

 

Bonne idée, dit Lucien l’âne, attendons donc la suite et tissons le linceul de ce vieux monde attristant, lamentable, languissant, politiquement correct, insupportable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Le Parti est uni

À l’ensemble du pays

Et aux plus éminents

De ses représentants.

Avec ses fantasmes,

Il enflamme l’enthousiasme,

Dans le cœur de ses partisans,

Il agrandit ses rangs.

Pour l’essor du parti,

Il faut de l’argent, les amis.

 

Le Parti aux élections

A déjà obtenu des voix

Pas assez toutefois.

Trahi par le système truqué

Il fut battu sans discussion.

Par une énorme majorité.

Par son programme modulable,

Le Parti est admirable ;

Le succès du Parti viendra,

Le Parti l’emportera.

 

Le Parti incarne la différence,

Le Parti est le changement en puissance.

Le Parti est peu nombreux,

Le Parti a un discours creux.

Tous ses membres sont respectables.

La victoire du Parti est inexorable,

Le Parti incarne la nation, dans son être,

Dans son âme, le Parti incarne le peuple,

Le Parti est la nouvelle espérance

D’un avenir dans l’abondance.

 

Le Parti a son comité exécutif

Pour mener son action

Avec la plus grande circonspection.

Le Parti a un programme alternatif.

Nourri du plus pur idéalisme,

Le Parti prône le plus solide matérialisme.

Le Parti est son propre intellectuel.

Pour imposer le bien-être universel,

Le Parti crée une œuvre d’envergure,

La Vérité et le Parti ont la peau dure.

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11 juin 2021 5 11 /06 /juin /2021 18:31
PIOMBINO

Version française – PIOMBINO – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – PiombinoTiziano Mazzoni2017

 

 

ACIÉRIE

Oswald Poreau – s.d. milieu du XXe siècle

 

Dialogue maïeutique

 

Lucien l’âne mon ami, si tu ne sais pas ce qu’est Piombino, sache qu’il s’agit d’une ville, d’un port, d’une cité ouvrière aussi dont l’industrie métallurgique a connu le destin commun à cette industrie ; elle passée de la croissance à la récession et de la récession à la reconversion en laissant derrière elle ce qu’on appelle pudiquement des friches industrielles, ce qui fait oublier que les hommes qui y œuvraient et leurs descendances (sur plusieurs générations) ont connu un parcours parallèle et similaire. On pense toujours à celui qui vient de perdre son emploi, on ne pense pas aux effets à long terme de ce gâchage. Piombino est située en Toscane, face à l’Île d’Elbe dont le sépare le canal de Piombino, large de quelques dix kilomètres tout de même. Cela dit, si on fait abstraction de son histoire de fer et de charbon, Piombino est un joli endroit ; il a des ambitions touristiques.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je vois très bien ce qu’il en a été. Ce fut pareil dans de nombreuses régions. Aux bons temps, les gens en tiraient même gloire e ce passé fumeux. À Charleroi, un poète local, Jacques Bertrand, en fit même un hymne quasiment régional :

 

« Pays de Charleroi,

C’est toi que je préfère,

Le plus beau coin de terre

À mes yeux, oui, c’est toi ! »

 

 

À Piombino, interrompt Marco Valdo M.I., quand la machine sidérurgique tournait à plein régime, on se répétait avec un certain orgueil : « Fumo et pane » – « Fumée (usine, travail) et Pain (Salaire, abondance).

 

Et, reprend Lucien l’âne, ces glorieux souvenirs maculent à présent les pays – et pas seulement en Europe, de zones en ruines et des relents de détresse des populations ; les gens et les choses portent encore fort longtemps ces séquelles dans leurs corps et dans leurs consciences.

 

Certes, répond Marco Valdo M.I., on trouve ces désastres partout où passent les fossoyeurs d’industrie. Comme tu as cité « Pays de Charleroi », il y a dans cette chanson-là une strophe qu’on peut appliquer telle quelle à Piombino :

 

 

« J’aime tes hauts fourneaux
Flamboyant dans la brume
Et le bruit des marteaux
Résonnant sur l’enclume.
J’aime ces travailleurs
Animant nos villages
Et le chant des mineurs

Égayant nos rivages
Après leur dur labeur. »

 

Dans cette logique, la chanson Piombino raconte l’après-gloire, la déchéance, la ruine et les grandes halles pleines de courants d’air et où rodent les fantômes des espoirs perdus. Cependant, comme à Piombino, il y a souvent des morceaux, des restes qui prolongent l’agonie.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ne faisons pas l’histoire de ces mutations, relevons simplement que ce sont là des scènes de la vie dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin d’accroître leurs fortunes, de multiplier leurs richesses, d’étendre leurs possessions, de satisfaire leurs ambitions, de nourrir leurs avidités et comme le dit justement la chanson :

 

« Et toujours les mêmes gens

Qui paient évidemment. »

 

Alors, encore, tissons le linceul de ce vieux monde malade de la richesse, obèse, lourd, insipide et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 

 

 

 

Dans ces halles vides

Où le temps s’arrête,

Où plus aucune personne n’est entrée,

Derrière les grilles fermées,

Tout ce qui reste ici,

C’est la cour et le vent.

Le vide et plus rien là-dedans,

Maintenant, tout est fini

Et toujours les mêmes gens

Qui paient évidemment.


Feu sur feu

Et vent sur vent ;

Fer, charbon, soufre, feu,

Le temps est le temps.

Sous le ciel couvert,

Derrière le port, la cheminée

Vomit sa fumée mordorée,

L’air et la poussière enserrent

Nuit après nuit et jour après jour

Ceux qui gagnent leur pain en enfer

Depuis toujours.

 

Dans les halles vides

L’air marin monte

Des vitres volées en éclats

Et l’écho des pas

Fait vibrer le pesant silence

Jusqu’à ce que le bruit s’efface.

Que dire en rentrant chez nous ?

Moi, aujourd’hui, je n’ai plus le courage.

De dire qu’on paie tous pour un dommage

Qui n’est pas de nous.

 

Feu sur feu

Et vent sur vent ;

Fer, charbon, soufre, feu,

Le temps est le temps.

Sous le ciel couvert,

Derrière le port, la cheminée

Vomit sa fumée mordorée,

L’air et la poussière enserrent

Nuit après nuit et jour après jour

Ceux qui gagnent leur pain en enfer

Depuis toujours.

 


 

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7 juin 2021 1 07 /06 /juin /2021 20:03
LA LUCIOLE ET L’ENFANT

 

 

Version française – LA LUCIOLE ET L’ENFANT – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – La lucciola e il bambinoTiziano Mazzoni – 2017


 

LES LUCIOLES

 

Dialogue maïeutique

 

Le titre de la chanson est, Lucien l’âne mon ami, La luciole et l’enfant.

 

Oui, Marco Valdo M.I. mon ami, et alors ? Ça me fait de belles jambes. Cela dit, c’est un fort joli titre, mais je n’en sais toujours pas plus à propos de son contenu.

 

D’abord, Lucien l’âne mon ami, où as-tu été chercher cette idée saugrenue qu’une chanson a ou devrait avoir un contenu ?

 

Oh, dit Lucien l’âne, j’i dit ça comme ça, sans trop réfléchir, mais en effet, une chanson ne doit pas avoir de contenu, du moins si on se réfère à la production discographique. Il y a tant qui n’en ont pas. Boris Vian, qui s’y connaissait en chansons et en diffusion de disques, lequel Vian (professionnellement, directeur artistique de la maison de disques Philips) parlant du « tube » – mot qu’il avait inventé pour désigner un succès commercial énorme dans le domaine musical et de la chanson, dit : « Pourquoi un tube ? Un tube, parce que c’est creux. » Est-ce le cas de celle-ci ? Est-elle une chanson creuse, digne d’être un « tube » ?

 

Pas vraiment, répond Marco Valdo M.I., et ce serait même le contraire. En résumé, c’est l’histoire d’un enfant (fille ou garçon, peu importe, un enfant, quoi) qui se trouve dans un champ et voit arriver des chars, puis se dérouler une scène de guerre et cet enfant à la fin s’échappe de cet univers terrible grâce à l’intervention d’une luciole. Parenthèse, il faut entendre « luciole » au sens premier de petit insecte luminescent, car en italien « lucciola » a d’autres significations dont celle que laissent entrevoir ses presque synonymes que je me garderai bien de traduire en français, tous mots que je reprends d’une très sérieuse encyclopédie italienne : bagascia, baiadera, baldracca, battona, bella di notte, buona donna, cagna, cocotte, cortigiana, donnaccia, donna da marciapiede (o di malaffare o di strada o di vita o di facili costumi), donnina allegra, etera, falena, gigolette, lupa, malafemmina, marchettara, meretrice, mignotta, mondana, passeggiatrice, peripatetica, prostituta, putta, puttana, sgualdrina, squillo, taccheggiatrice, troia, vacca, zoccola.

 

Donc, une luciole lumineuse, dit Lucien l’âne. Je vois. Une chanson allégorique où les lucioles sont les consolantes fées des contes et n’existent que dans l’imaginaire.

 

Évidemment, reprend Marco Valdo M.I., la chanson se situe dans l’imaginaire, mais quand on est pris dans la guerre et qu’on est enfant, la fuite dans l’imaginaire est à peu près la seule solution pour sauver sa tête ou à tout le moins, ce qu’elle contient. Songe un instant aux chansons de Thérésine (cette Comptine par exemple) et aux poésies, aux rêves, aux chansons qu’ils ont laissés et je suis certain que si on cherchait, on trouverait d’autres chansons, poèmes, histoires où les enfants soumis à la guerre militaire, civile, psychologique, sociale, cherchent une sortie, un exutoire à la brutalité du monde.

 

À la brutalité du monde, répond Lucien l’âne, à la bêtise du monde, à la stupidité du monde, à la méchanceté du monde, à l’atrocité du monde et je pourrais encore y ajouter la grossièreté du monde, l’avidité du monde, l’insensibilité du monde, l’insondable ignorance du monde et mille autres raisons pour lesquelles nous tissons inlassablement le linceul de ce vieux monde absurde, massacreur, inconscient, violent, violeur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Une luciole dans le champ

Se rapproche de moi

Pas à pas ;

Une luciole dans le champ

Pas à pas,

Me montre comment

Pas à pas,

M’en aller de là.


Une étoile me regarde

Sous cette lune pleine

Comme une vieille amie.

Comme une vieille amie,

Dans la nuit sereine,

L’étoile vient me saluer.

Comme une vieille amie,

Elle vient me saluer.


J’ai vu les murs s’effondrer

Et dans la poussière tomber,

Et de la poussière plus épaisse,

Des monstres d’acier apparaître

Avec leurs lourdes chenilles

Et tout écraser.

Avec mon cœur en vrille,

J’ai couru sans plus regarder.

 

La lassitude aussi passe,

Même la peur s’efface,

Quand je descends vers le bois,

Quand je descends vers le bois,

Même le passé passe là,

J’ai passé la clairière,

Je descends dans le bois ;

Dans le bois, je me perds.

 

Une luciole dans le champ

Dans les mains d’un enfant

Dans l’ombre d’une grotte

Dans l’ombre d’une grotte

Une luciole dans le champ

Dans les mains d’un enfant

Dans la grotte, dans l’ombre,

Reste immobile à attendre.


Grande lune, fais-toi sombre,

Entre le ciel et l’ombre,

Fais-toi pente, montagne,

Fais-toi pente, montagne ;

Grande nuit, fais-toi sombre,

Et cache tous tes sentiers ;

Fais-toi pente, montagne

Et personne ne pourra monter.


J’ai vu les femmes pleurer,

J’ai vu les vieux s’agenouiller

Et dans la poussière,

Un à un tomber face à terre.

D’autres soldats sont arrivés

Et tout a recommencé ;

Et avec mon cœur écartelé,

J’ai fui sans plus regarder.

 

Une luciole dans le champ

Se rapproche de moi

Pas à pas,

Une luciole dans le champ

Pas à pas,

Me montre comment

Pas à pas,

M’en aller de là.

Pas à pas,

M’en aller de là.

LA LUCIOLE ET L’ENFANT
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4 juin 2021 5 04 /06 /juin /2021 16:23

NE ME DEMANDEZ PAS
 

Version française – NE ME DEMANDEZ PAS – Marco Valdo M.I. – 2021
d’après la version italienne NON CHIEDERMI de Gian Piero Testa – 2012

d’une chanson grecque – Μη με ρωτάςManos Loïzos / Μάνος Λοΐζος1974

Texte : Lefteris Papadopoulos
Musiq
ue : Manos Loïzos
Première
interprétation : Manos Loïzos
A
utres interprétations : Haroula Alexiou, Hristos Thiveos, Yorgos Dalaras

 

 

VILLE GRECQUE VIDE

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Écoute, Lucien l’âne mon ami, il y a quelqu’un qui parle, quelqu’un d’une ville. Cette ville, forcément, dans ce cas précis, est une ville grecque.

 

Ah, dit Lucien l’âne, une ville grecque, quelle ville grecque et que s’y passe-t-il ? Que raconte ce quelqu’un ?

 

Je ne pourrai t’en dire plus que ce que dit la chanson, répond Marco Valdo M.I.

 

Dis-le quand même, demande Lucien l’âne, car je pense que tu pourrais en savoir plus qu’il y en a l’air.

 

Soit, reprend Marco Valdo M.I. ; d’abord, pour ce qui est de préciser le nom de la ville, la chose est difficile, l’événement semble s’être déroulé dans plusieurs villes ou dans toutes les villes grecques en même temps. Mais en soi, c’est déjà un élément de réponse ; si la chanson ne veut pas préciser, si elle dit « Les villes sont vides et fermées. », c’est que l’affaire s’étend à l’ensemble du pays. Ce n’est pas la seule ville, c’est une ville parmi les villes. Il y a eu des mitraillades, on a fermé les villes. Les soldats patrouillent ; un camion fonce dans les rues vides. Jusque-là, on ne sait trop si c’est une invasion étrangère ou si c’est la guerre civile.

 

Je sais, dit Lucien l’âne. Les villes grecques ont connu ces choses-là. Dans les derniers siècles, il y eut les Turcs, les Allemands, les Grecs.

 

Cependant, Lucien l’âne mon ami, a bien y regarder, vu que la chanson date de 1974, je dirais qu’il s’agit de la guerre civile et particulièrement, du temps qu’on appelait ici : la Grèce des Colonels, qui occupèrent le pouvoir pendant sept ans de 1967 à 1974. Ce qui est une indication complémentaire, c’est l’atmosphère qui s’exhale du refrain :

 

« Ne me le demandez pas, je ne me souviens pas.

Ne me demandez pas, ne me demandez pas, ne me demandez pas.

Ne me regardez pas, vous me faites peur.

Ne me regardez pas, ne me demandez pas, ne me demandez pas. »

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est toujours comme ça sous un régime de délation et de dictature. Le couvre-feu le soir, les patrouilles de soldats dans les rues de la ville, les véhicules militaires qui foncent dans les rues vidées comme c’est le cas dans tant d’autres pays quand ils sombrent dans les mêmes circonstances. C’est un aspect de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour tenir le pouvoir, assurer leur domination, imposer le silence, dispenser la terreur, étendre et garder leurs privilèges, multiplier les richesses et toutes ces sortes de choses. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde dictatorial, terroriste, étouffant, dominateur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Les mitrailleuses font le mort,

Les villes sont vides et fermées.

Un vent froid du nord

Balaie la terre désertée.

 

Les soldats vont lentement

Et demandent pourquoi ces combats ;

Et vous tranquillement,

Vous mettez le doigt

Sur leur tourment.

 

Ne me le demandez pas, je ne me souviens pas.

Ne me demandez pas, ne me demandez pas, ne me demandez pas.

Vous me faites peur, ne me regardez pas,

Ne me regardez pas, ne me demandez pas, ne me demandez pas.


Sur la ville, le soir tombe déjà ;

La neige recouvre les toits.

Dans la rue, un camion fonce

Et coupe en deux le silence.


Sur la ville, le soir tombe déjà ;

La neige recouvre les toits.

Dans la rue, un camion fonce

Et coupe en deux le silence.

 

Les patrouilles vont prudemment,

Les ordres fusent à haute voix ;

Et vous tranquillement,

Vous mettez le doigt

Sur leur tourment.

 

Ne me le demandez pas, je ne me souviens pas.

Ne me demandez pas, ne me demandez pas, ne me demandez pas.

Ne me regardez pas, vous me faites peur.

Ne me regardez pas, ne me demandez pas, ne me demandez pas.

 

 

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2 juin 2021 3 02 /06 /juin /2021 12:18
ESCALE À GRADO

Version française – ESCALE À GRADO – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Scalo a GradoFranco Battiato – 1982

Paroles : Franco Battiato
Musique : Franco Battiato – Giusto Pio

Chœurs : I Madrigalisti di Milano
Album : L’Arca di Noè

 

AGNUS DEI

Francisco de Zurbarán – 1640

 

À présent que Franco Battiato est parti dans le Vaste Néant, je ne m’ajouterai pas au chœur et à la profusion de “spiritualité” que l’on a entendus et surtout dans cet agglomérat d’excréments médiatiques diversement déclinés. Pour dire la vérité, je n’ai pas et je n’ai jamais eu de prédilection pour les principales chansons “spirituelles” de Battiato ; c’est peut-être une limitation de ma part, indépendamment des intentions et des motivations réelles du musicien de Riposto. Il se pourrait que ce soit, et ce sera sûrement, une grave limite de ma part : je ne rejette pas la spiritualité, au-delà du croire ou du pas croire en un ou plusieurs de ces êtres absolument anti-spirituels appelés “dieux” ; mais je pense que son chant le plus authentique est le silence. Voilà tout. Et donc, voici ce « Scalo a Grado » dans lequel le spirituel Battiato a réalisé une œuvre de destruction de tout ce complexe de rites, de marmonnements, de fictions et de répressions qui va son chemin sous le nom de “religion”. On se souviendra que cette chanson, datant de 1982, a été utilisée par Nanni Moretti dans la bande sonore de l’un de ses chefs-d’œuvre, Bianca, dans une scène inquiétante sur une plage, où le protagoniste, le professeur de mathématiques Michele Apicella, observateur solitaire et compulsif des couples, scrute sur une plage les accouplements balnéaires d’une quantité de jeunes gens et de jeunes filles, et décide ensuite de s’allonger sur une fille solitaire et en conséquence, il est chassé méchamment par tout le monde.

 

Nanni Moretti a souvent utilisé des chansons de Franco Battiato pour la bande sonore de ses films, et ce n’est certainement pas un choix fortuit. Lorsque, dans la scène du film, Michele Apicella, pour justifier son geste, marmonne "… mais, ils le font tous !", on croit assister à une sorte de rite religieux, au rituel d’accouplement qui représente pour le jeune professeur un objet d’étude et d’observation maniaque. Quelque chose qui se fait par un rituel ancestral qui n’est plus compris par ceux qui le pratiquent, sans bonheur, sans réelle conviction, avec obsession et névrose, susceptible d’être catalogué et classé et évacué dans la consommation d’énormes quantités de Nutella sucré, glycémique et collant. On finit par s’apercevoir que « Scalo a Grado » dit quelque chose de peut-être très désagréable pour les adeptes de la “spiritualité” codifiée et bien réglée, et donc complètement vide ; si l’on veut vraiment chercher l’esprit, il faut d’abord éliminer ceux qui se le sont approprié en obscurcissant les cerveaux des êtres humains. On arrive finalement à ceci que cette chanson du spirituel Franco, essentiellement dédiée à Pâques, est présente depuis longtemps dans le répertoire de l’UAAR (Association italienne des athées), parmi les paroles en musique des athées, agnostiques et rationalistes. Je n’ai jamais su, et je n’ai pas l’intention d’enquêter maintenant, si Franco Battiato l’a jamais su ; mais cela doit signifier aussi quelque chose. [RV]


 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, pour cette chanson-ci, comme bien tu penses, je ne m’immiscerai pas dans le débat à propos de la « spiritualité », une chose qui me paraît des plus inconstante et tellement évanescente que je ne saurais où la mettre dans le monde.

 

Oh, dit Lucien l’âne, la spiritualité, j’ai bien un endroit à te proposer où tu pourrais la mettre, mais restons corrects.

 

Exactement, Lucien l’âne mon ami, et venons-en à cette chanson au titre pour le moins interpellant : Escale à Grado. On se demande s’il s’agit d’un débarquement lors d’une croisière touristique ou alors, d’un séjour festif. On y voit les gens errer dans les rues l’air bizarre et il m’est venu en tête le début de Regardez-les défiler, une chanson de Léo Ferré :

 

Regardez-les défiler,
Ils ne savent ce qu’ils font
Et pourtant, ils s’en vont,
Ils s’en vont sans savoir où ils vont.

 

À l’usage, il apparaît qu’il s’agit d’un passage dans cette riante cité balnéaire italienne, située au large de Trieste, précisément le jour de Pâques, jour où on déguste les agneaux du printemps, ce qu’évoque le refrain « Agnus dei ».

 

Oui, dit Lucien l’âne, je ne commenterai pas plus cette horrifique boucherie, mais on peut aisément deviner ce que j’en pense. De façon générale, les rituels religieux me paraissent empreints d’un solide grain et je m’interroge toujours sur l’état mental de ces humains qui s’y adonnent. Sans compter tout le cinéma qui s’y rattache.

 

Halte-là, Lucien l’âne mon ami, je signale que tout mot, toute parole, toute insinuation, tout raisonnement, tout discours, mettant de quelque manière que ce soit en cause un rite, une religion, un Dieu, un prophète, un saint, une sainte, des religieux, des religieuses, des croyances – aussi absurdes soient-elles, des fois et toutes ces sortes de choses est extrêmement mal vu par ceux qui les pratiquent et surtout, ceux qui les propagent.

 

Dame, dit Lucien l’âne, c’est leur fonds de commerce ; on comprend qu’ils n’aiment pas qu’on dise que c’est de la pacotille, qu’on en dénonce l’incommensurable fausseté et qu’on démonte l’escroquerie jusqu’à son fondement. Ces choses-là et ces gens-là ont partie liée avec les riches, les puissants, les pouvoirs dans la Guerre de Cent Mille Ans. Leur mission essentielle est de mener leur troupeau à paître sous bonne garde des fois qu’il aurait l’idée curieuse de vouloir se libérer de l’emprise. Néanmoins, cela ne me fera pas tenir ma langue, ni rabattre mes oreilles. Poursuivons et tissons le linceul de ce vieux monde crédule, croyant, criminel, religieux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 

À Grado, j’ai fait escale

Le dimanche de Pâques.

Les gens par les rues

Couraient à la messe.

 

Chargé d’encens, l’air

Pendait aux parois des stations du Calvaire.

Les gens terriblement absorbés

Espéraient la rédemption des péchés.

 

Agnus dei

Qui tollis peccata mundi

Miserere, dona eis requiem.


Mon style est vieux, sénescent,

Comme à Pieve di Cadore, la maison du Titien ;

Il n’y a pas d’eau dans mon sang,

Mais du fiel qui pourra vous faire du bien.

 

On s’y illumine d’immensité,

Montrant la langue au prêtre qui donne l’hostie,

On se sent au paradis

Chantant des psaumes désaccordés.

 

Agnus dei

Qui tollis peccata mundi

Miserere, dona eis requiem.

 

ESCALE À GRADO
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