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9 mars 2022 3 09 /03 /mars /2022 18:23

 

LAtmosphère

 

Chanson française – LAtmosphère Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K.

 

Épisode 27

 

 

 

LE PROCÈS DU DÉNONCÉ

 

Nikolaï Sneïder – 1931

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

L’atmosphère, l’atmosphère ?, demande Lucien l’âne. Qu’est-ce qu’elle a cette atmosphère ? Qu’est-ce qu’elle vient faire dans la chanson ? Un clin d’œil à Jeanson, une œillade à Arletty ? Un vieux souvenir d’Hôtel du Nord, que cette « Atmosphère, atmosphère ! »

 

Pas du tout, dit Marco Valdo M.I., qui s’en souvient ? Quoique, quand même, un peu, finalement, puisque t’en parles. Peut-être même qu’elle a la voix et le bagout qu’il faut, cette fille qui raconte qu’on a envoyé son petit ami « au diable », c’est-à-dire dans un camp lointain, dans un trou d’oubli, comme on fait de millions d’autres en Zinovie.

 

Et pourquoi donc ?, demande Lucien l’âne.

 

Ce n’est pas qu’il en savait trop, dit Marco Valdo M.I., mais il en disait trop quand il avait trop bu. Il disait tout haut ce que presque tout le monde pensait tout bas. Et ses voisins lui offraient la vodka pour le pousser à ce crime.

 

En voilà, une idée, dit Lucien l’âne. Pour ils faisaient ça les voisins ?

 

En fait, répond Marco Valdo M.I., les voisins espéraient récupérer sa chambre dan l’appartement commun. Espoir déçu, d’ailleurs. On l’a attribuée à un garde qui arrivait d’une lointaine province pour travailler dans la capitale. En fait d’atmosphère, l’atmosphère est celle qui empuantit la Zinovie et celle d’une gargote malodorante où des voix racontent l’ambiance du pays, l’oppressante atmosphère qui tient mal à l’aise les habitants.

 

Alors, dit Lucien l’âne, je verrais fort bien la Zinovie réciter au Guide :

 

« C’est la première fois qu’on me traite d’atmosphère ! Si je suis une atmosphère, t’es un drôle de bled ! Les types qui sont du milieu sans en être et qui crânent à cause de ce qu’ils ont été, on devrait les vider ! Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? »

 

Soit, dit Marco Valdo M.I., j’admets qu’elle est très pertinente cette réplique ; elle vaut la peine d’y réfléchir. Maintenant, pour ce qui est de la chanson, elle décrit un pays où le Parti du Guide pèse de tout son poids sur le dos de la population.

 

« Et le système, qui le maintient ?

Qui sont ses vrais soutiens ?

Tous des encartés, tous des confirmés ;

Le Parti Zinovie Unie, c’est une machine. »

 

À cette atmosphère, certains s’y font, certains s’y résignent, certains se révulsent, certains se révoltent, mais nombreux – même parmi les membres du Parti Zinovie Unie – sont ceux qui ne croient pas ce que raconte le Guide :

 

« En Zinovie, les gens tournent en dérision

Les vérités officielles de la société.

Ils sont partout, ils sont des millions. »

 

Vu comme ça, dit Lucien l’âne, j’imagine dans quelle atmosphère doit se dérouler la vie des habitants. Ce doit être lourd, ce doit être pesant tous les jours. On comprend très bien que les vivent avec en tête un grand courant de dérision ; j’entends d’ici les blagues, les moqueries, les sous-entendus, les discours, les propos à double-sens.

 

Certainement, reprend Marco Valdo M.I., mais malgré ça, dans les interstices du quotidien, les gens vivent et comme l’eau finit par ronger le rocher, les bribes de la vie changent leur monde et malgré le Guide, son système et sa bande, ils se font, jour après jour, un futur.

 

Oui, dit Lucien l’âne, j’aime à penser que la vie est forte que l’ennui. Alors, nous aussi, sans nous presser, tissons le linceul de ce vieux monde étouffant, étouffé, oppressant, oppressé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

En Zinovie, règne une atmosphère de puanteur,

La gargote est pleine de bruit,

Les conversations font un chœur,

Une fille parle de son petit ami,

Brutalement exilé de la capitale.

Avec la vodka, il devenait critique,

Une éruption volcanique orale.

Les voisins dénonçaient ses philippiques

La milice venait et verbalisait :

Quinze jours au trou, sans délai.

Nouvelle soirée arrosée mémorable

Et hop là, ils l’envoient au diable.

 

En Zinovie, qui affiche ses intentions

Est immédiatement anéanti,

Mis au trou sans discussion.

Tel est le sort des gens d’ici.

Il y a ailleurs dans le monde aussi

Des prisonniers politiques, des condamnations,

Des passages à tabac, des trous d’oubli,

Il ne faut pas prendre notre belle nation

Pour un État policier, ni pour un Paradis.

En Zinovie, dans l’intérêt supérieur du Pays,

Pour le bien commun de l’humanité,

L’homme aliène son individualité.

 

Les gens de Zinovie ne sont pas coupables ;

Le système seul est responsable.

Et le système, qui le maintient ?

Qui sont ses vrais soutiens ?

Tous des encartés, tous des confirmés ;

Le Parti Zinovie Unie, c’est une machine.

En rangs serrés, cette bande à Foutine,

Ce Parti soumis, encroûté, nécrosé,

À la gloire du Guide, marche au pas.

Les jeunes se bouchent le nez,

Les intellectuels sont écartés,

Les ouvriers non plus n’y tiennent pas,

 

La Zinovie est un État organisé.

Commander et subordonner, et même,

Contraindre, opprimer, réprimer

Sont les solides piliers du système.

En Zinovie, les gens tournent en dérision

Les vérités officielles de la société.

Ils sont partout, ils sont des millions.

Et par le seul fait d’exister,

Sans nostalgie du glorieux passé,

Même si on colle certains au mur,

Sans y penser, sans se presser,

Pas à pas, les gens font naître le futur.

L’Atmosphère
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Published by Marco Valdo M.I.
3 mars 2022 4 03 /03 /mars /2022 18:13
LA LUNE DE KYIV


 

Version française – LA LUNE DE KYIV – Marco Valdo M.I. – 2022

Chanson italienne – La Luna di KievGianni Rodari – 1960
De Filastrocche in cielo e in terra (Einaudi, 1960).

Musi
que de Mario Fontana pour le Coro Calicantus (Chœur Calicantus)

 

 

 

POUTINE A PERDU LA TÊTE

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Quand il y a quelques jours, commence Marco Valdo M.I., j’avais parcouru en italien le texte de La Luna di Kiev, j’avais bien perçu qu’il avait un rapport certain avec l’actualité terrestre, dont l’histoire de fureur et de bruit et carrément insensée est faite par un idiot (« A tale told by un idiot, full of song and fury, signifying nothing » – Shakespeare, Macbeth, Acte V, scène V – 26-28), alors qu’il s’agissait d’une chansonnette du début des années soixante du siècle dernier.

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’était, je m’en souviens de ce moment où j’avais entendu ce bip bip bip que serinait le premier satellite en orbite. Il s’appelait Spoutnik, il était russe et soviétique. Il a tétanisé le monde.

 

Donc, Lucien l’âne, bien avant les essaims de satellites dont on a peuplé le pourtour de la terre et qui la scrute de tous les côtés, il y avait cette Lune de Kiev et d’ailleurs, comme on le verra. Comme à chaque fois que je fais une version, j’ai essayé de lui donner une forme à son usage propre et ici, j’ai un peu laissé la bride sur le coup à l’astre de nos nuits pour qu’elle vienne en aide à ses petits humains dévastés par le délire d’un Macbeth moscovite. Le Macbeth originel avait lui au moins fini par voir venir la forêt qui allait lui conter sa dernière heure. C’est ce que fait la Lune qui lance ses lumières qui voyagent partout et voient tout. À l’heure des comptes, elle présentera son rapport dont on ne peut douter qu’il sera accablant.

 

Plus que certain, dit Lucien l’âne, d’après tout ce que les essaims de satellites nous ont rapporté.

 

Une dernière réflexion, reprend Marco Valdo M.I. ; j’ai apporté quelques nuances à la chanson que je te laisse le soin de découvrir : les noms des villes, par exemple ou un qualificatif à la ville et surtout, j’ai modifié le nom de la ville en reprenant l’orthographe de Kyiv telle que les gens d’Ukraine souhaitent la voir, argumentant que le nom ancien était celui que lui donnait l’envahisseur. Enfin, pour illustrer cette chansonnette, je propose une photo d’un Foutine étêté ; je n’aurais pu le faire plus tôt, on l’a décapité tout récemment – aujourd’hui ou hier.

 

Pourquoi pas, dit Lucien l’âne. En tout cas, c’est assez dada, ce coup-là. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde perclus, déclinant, ahanant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Qui sait si la Lune

À Kyiv est rebelle

Autant que la Lune

De Rome est belle ?

Qui sait si c’est la même

Ou si c’est sa jumelle ?

« Je suis toujours moi-même ! »

— proteste la Lune.

Je ne suis pas un bête

Bonnet de nuit

Enfoncé sur vos têtes !

Voyageant là-haut ainsi,

À tous, je dispense mon éclairage.

De Pondichéry au Pérou,

Du Grand Nord à Tombouctou,

Sans passeport entre les nuages,

Mes lumières voyagent

Et vont partout et voient tout. »

 

LA LUNE DE KYIV
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Published by Marco Valdo M.I.
2 mars 2022 3 02 /03 /mars /2022 17:05

 

L'Affaire K.

 

 

Chanson française – L'Affaire K. Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ;

 

Épisode 26

 

 

 

JOSEPH K.

Félix Labisse – 1947

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Lucien l’âne mon ami, cette chanson-ci, qui est le vingt-sixième épisode de notre voyage en Zinovie, s’intitule « L’Affaire K. ».

 

Ah, ce voyage en Zinovie !, répond Lucien l’âne, on ne sait jamais ce qu’on va découvrir ; chaque étape est une révélation. Qu’est-ce que c’est que cette « affaire K. » ? Elle m’évoque une histoire de justice où un certain K. est confronté à une machinerie kafkaïenne et se heurte à d’incommensurables obstacles et vit avec le sentiment pesant qu’on l’a chargé d’une culpabilité arbitraire, en plus bien sûr du fantasmatique et ultra-léger péché originel.

 

En effet, reprend Marco Valdo M.I., le Joseph K. dont tu évoques l’histoire absurde est bien le héros kafkaïen par excellence. Kafkaïen à double titre (au moins) puisqu’il est le héros du roman Le Procès (Der Prozess) et qu’il est aussi la transposition de Kafka (Franz) lui-même. Cependant, il ne s’agit pas de lui ici, mais d’un homonyme – un certain K., engagé lui aussi dans une éprouvante péripétie judiciaire et policière. Comme pour son homonyme austro-hongrois (en fait, tchèque), on ne sait trop de quoi notre K. zinovien serait accusé. La seule chose certaine, c’est qu’il est dénoncé et poursuivi par un juge anonyme.

 

Soit, dit Lucien l’âne, mais il doit bien y avoir une plainte, une dénonciation, une accusation, que sais-je ?, qui doit être portée contre lui par l’une ou l’autre personne.

 

Exactement, acquiesce Marco Valdo M.I., tu as parfaitement raison et la chanson indique quels sont ces gens qui en veulent d’une façon ou d’une autre à K. En gros, en Zinovie, depuis avant la révolution déjà (en fait, il semble bien qu’il s’agisse là d’une tradition nationale), on vit sous la surveillance de l’œil et l’oreille d’une police secrète, de ses sycophantes habituels et de ses appendices plus ou moins occasionnels que sont les voisins, les collègues, les connaissances, les amis, la famille. En Zinovie, cette activité est fortement encouragée et subventionnée par le Guide et ses services. Elle est même une des voies de l’élévation dans la société.

 

Quelle horreur !, s’exclame Lucien l’âne, dit Marco Valdo M.I., tout ceci va à l’encontre de la morale commune que l’humanité a élaboré comme base de toute vie correcte et qui constitue le fondement de toute civilisation : le sens de la dignité, la conscience, l’indépendance d’esprit, l’honnêteté, le souci d’autrui.

 

Au fait, demande Lucien l’âne, sait-on comment l’affaire s’est terminée ?

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, et regarde bien comment se termine ce tableau, car il est emblématique de millions d’autres en Zinovie. L’État zinovien et la société sur laquelle il s’appuie, si puissants sous la poigne du Guide, finissent par écraser comme un vers de terre Monsieur K., lequel fut condamné à la peine capitale.

 

Au fait, s’inquiète Lucien l’âne, qu’avait-il fait de si terrible, de si menaçant pour l’État et la société ?

 

Rien, dit Marco Valdo M.I. ; simplement l le Guide et le système le dégoûtaient ; il s’en était écarté et il avait eu l’idée et le goût de se comporter en être civilisé ; sa correction fit ressortir l’incorrection ambiante ; bref, il dérangeait.

 

Oh, dit Lucien l’âne, cette Zinovie est décidément affublée d’un Guide et d’un État sans morale. Il ne fait pas bon d’y être de « la mauvaise herbe ». C’est toujours l’histoire du pelé, du galeux. Ça finit toujours par des séquences innommables.

 

Tu ne penses pas si bien dire, Lucien l’âne mon ami. Et cette manière sans manières, la Zinovie et son Guide l’appliquent brutement et grossièrement également aux autres pays :

 

« La Zinovie tend à s’étendre,

À annexer brutalement les pays frontaliers,

À pénétrer sournoisement les pays éloignés. »

 

Elle envahit ses voisins, les vole, les pille et elle intoxique le monde entier.

 

Que dire ?, dit Lucien l’âne. Que faire ? C’est consternant. Plus que jamais, tissons le linceul de ce vieux monde mal éduqué, sans gêne, sans dignité, indigne et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Qu’est-ce qu’on a à faire

Du Guide et de ses affaires ?

La vie s’en va par monts et par vaux,

Le Guide nous soûle de ses discours.

Je ne lis plus ses journaux,

Depuis des jours et des jours,

J’ai débranché la télé et la radio,

Moi, je n’en crois plus un mot,

De ses forfanteries, de ses galimatias,

Je ris de tout son cinéma,

Confiant, serein, j’attends la fin

Finale du terne aigrefin.

 

Dans l’affaire de K., qui est concerné ?

Un manutentionnaire, ivrogne fini,

Une chipie, toujours soûle aussi,

Une vieille institutrice, ses voisins de paliers.

Des collègues de travail, un gardien,

Un autre mouchard, un milicien,

Les agents chargés de le surveiller

Et d’établir son dossier,

Le juge d’instruction au costume fripé,

Tous, pris isolément, sont des nullités ;

Ensemble, ils font un mécanisme redoutable

Capable d’écraser le réputé coupable.

 

Le Guide dit : « Il n’y en a pas

Et y en avoir, ça ne se peut pas. »

Depuis en Zinovie, on n’a plus de dissidents,

On les enferme dans les camps :

C’est le progrès par élimination.

La télé a annoncé la condamnation

Du dernier groupe d’opposants.

Le Guide exprime son sentiment :

« Les dissidents, c’est la propagande déloyale,

Le mensonge, le parti-pris, l’exagération,

De honteuses dénonciations, la déformation :

Toutes choses inacceptables et illégales. »

 

La Zinovie tend à s’étendre,

À annexer brutalement les pays frontaliers,

À pénétrer sournoisement les pays éloignés.

Elle sait comment s’y prendre :

Avec ses espions, ses conseillers

Elle s’insinue subrepticement ;

Avec ses artistes, ses sportifs, ses savants,

Elle joue de son air séduisant.

C’est toute une gymnastique politique,

Ce grand écart dialectique

De pratiquer l’ouverture à tous vents,

Tout en serrant la vis au dedans.

 

 L'Affaire K.
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Published by Marco Valdo M.I.
25 février 2022 5 25 /02 /février /2022 13:44

 

Les Valeurs d’Antan

 

 

Chanson française – Les Valeurs d’Antan Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants

 

 

Épisode 25

 

 

FOUTINE

d’après un portrait peint par George Bush Jr

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Ah, ce voyage en Zinovie !, dit Marco Valdo M.I., il nous en apprend des choses sur cet étrange monde qu’on y côtoie. Et comme le répercute la chanson, particulièrement sur son Guide-finissant, qui n’est d’ailleurs jamais qu’un guide-successeur et, je le rappelle, un guide-usurpateur et comme en attestait le rêve du guide dans l’épisode 19 : L’inaccessible Rêve, qui est nettement atteint de la folie des grandeurs. D’où son nom de Foutine qu’on trouvait déjà dans l’Actualisation nationale.

 

Visiblement, dit Lucien l’âne, Foutine tente de surpasser son prédécesseur Stalone comme le disent Les Gens :

« Ici, en Zinovie, tout est sous contrôle ;
Par sûreté, on surveille les gens ;
Ici, à vie, chacun connaît son rôle.
Stalone ou Foutine, le seul Guide, c’est le président. »

 

Et plus encore, il ambitionne de créer un empire de mille ans et de surcroît, mondial. Comme on dit chez nous, il est complètement à la masse, il se prend pour un César. À mon avis, il devrait se méfier du mois de mars et tant qu’à faire, de la pleine lune, tous les cosmistes savent ça.

 

Mais il n’y a pas que le Guide, reprend Marco Valdo M.I. ; il y a sa camarilla, cette bande de prétendants qui entourent le monarque et guettent le moment de prendre sa place et par-dessous, il y a encore toute la pyramide des guides grands, moyens, petits et minuscules, accrochés à leurs oripeaux. Tous indistinctement, ce sont les pantins grotesques de la chanson Le Bonheur des Gens :

« Des pantins grotesques nous guident,
Encensent le Guide et ses mots vides
Hypnotisent – tic-tac – les foules
Et la chorale caquette telle la poule.
Le guide un génie, quelle plaisanterie ! »,

 

dont le mantra est : « Il faut rétablir les valeurs d’antan. » On ne peut plus passéiste et nostalgique. Ce sont les remugles de la désuétude, une forme de décrépitude mentale.

 

« Grand-père dit : c’étaient de durs combats,
On les menait pour nos descendants.
C’est la lutte de toute une vie
Pour l’avenir radieux de la Zinovie. »

 

Oui, dit Lucien l’âne, assurément, la Zinovie est un pays très puissant, si elle concentre ses forces à un endroit et à un moment en oubliant tout le reste et en ignorant la suite. Mais au fait, que raconte-t-elle cette nouvelle chanson ?

 

On en a déjà dit beaucoup, Lucien l’âne mon ami ; cependant, je résume. Dans les deux premières strophes, elle détaille les rêves et les discours du Guide et la méthode Coué qu’appliquent consciencieusement les courtisans. La troisième aborde de façon imagée, l’esprit qu’on impose aux gens et la manière de faire pour « rétablir les valeurs d’antan ». Par défaut d’un présent convenable, la Zinovie des Guides est un pays très attaché à son glorieux passé. La quatrième offre un écho impertinent à un esprit zinovien qui a réussi à s’échapper du conscientorium :

 

« La nuit, je me suis enfui,

J’ai sauté dans un train et me voici. »

 

Ah, dit Lucien l’âne, en Zinovie, tant qu’il y aura des guides, la fuite sera toujours la voie de l’autonomie et de la liberté quotidiennes. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde ambitieux, arrogant, absurde, abâtardi, affreux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Le Guide a la nostalgie du passé,

Il veut dépasser les guides d’antan.

Atteindre le plus haut des sommets,

Être plus grand que Mahomet,

Faire avancer l’humanité,

Améliorer la société,

Laisser son nom dans l’Histoire,

Être à jamais couvert de gloire.

Le Guide, sans sourciller, expose

À tous ses grandissimes conceptions.

À la Zinovie, au monde, il pose

Sérieusement ses ultimes conditions.

 

Le discours du Guide impressionne

Époustoufle l’auditeur étranger.

En Zinovie, ses propos empesés

N’étonnent plus personne.

Pour les responsables élevés,

Il s’agit d’approuver très fort,

Et avec ferveur, crier et se lever,

D’ovationner et d’applaudir encore.

Autour du Guide dûment célébré,

La Zinovie est grande et unie,

Toute dissidence sera anéantie,

Un avenir radieux va émerger.

 

En Zinovie, on porte tous le même pantalon,

Bien heureux d’avoir un pantalon.

En Zinovie, on a tous un logement,

Satisfaits déjà d’avoir un logement,

De boire, de manger ce qu’il y a.

Là-bas, ils ne se contentent pas

De porter n’importe quel pantalon,

D’avaler n’importe quelle boisson,

D’habiter n’importe quel appartement.

Là-bas, souvent, ils ont le choix.

En Zinovie, ça ne va pas comme ça.

Il faut rétablir les valeurs d’antan.

 

Ils ont voulu me rééduquer,

J’ai tout net refusé.

Ils m’ont exclu sans ménagement ;

On m’a envoyé au recrutement.

Le psychiatre m’a exempté,

Deux gaillards m’ont emmené

Au conscientorium pour un traitement.

L’endroit est parfait, un beau bâtiment

Sauf les miradors et les barbelés.

Ils ont voulu me piquer, j’ai refusé.

La nuit, je me suis enfui,

J’ai sauté dans un train et me voici.

 

 

 

Les Valeurs d’Antan
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Published by Marco Valdo M.I.
22 février 2022 2 22 /02 /février /2022 19:33
SOLDAT

 

 

Version française – SOLDAT – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la traduction italienne de Riccardo Venturi – 2022

Chanson en langue russe – Солдат5'nizza2003


Écrite par Andrey “Sun” Zaporozhets (Андрей Запорожец) e Sergey Babkin (Сергей Бабкин)
Album : Пятница (« Pyatnitsa », c’est-à-dire « Vendredi », qui est aussi le nom du duo).


 

 

 

 

 

LE SOLDAT DANS LA NEIGE

Peinture russe – 1879

 

 

 

Dialogue maïeutique


 

 

 

Encore une chanson en langue russe, dit Lucien l’âne.

 

C’est la saison, répond Marco Valdo M.I.. Les chansons russes migrent comme les oies sauvages, elles fuient vers le Sud.

 

À entendre certaines d’entre elles, dit Lucien l’âne, je crois percevoir comme l’écho lointain de rumeurs de plaines orientales. En tout cas, peu importe, la chanson parle toujours du monde, elle réinterprète les souffles du vent et en fait des prémonitions.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., tant de rumeurs, de grondements font peur aux enchantements, aurait dit Tonton Georges, quand il chantait À l’ombre du cœur de ma mie. Mais ici, c’est une histoire ancienne, une histoire d’aujourd’hui et en même temps, sans doute, une histoire future : l’histoire d’un soldat, simple soldat d’une minable guerre.

 

Oui, dit Lucien l’âne, il y en a tant de soldats et il y a tant de guerres.

 

Donc, reprend Marco Valdo M.I., ce simple soldat – qui s’exprime en russe, n’a rien du conquérant vainqueur, du guerrier audacieux, du combattant magnifique, du hâbleur héroïque ; c’est juste un soldat. Il est soldat forcé – je dis « soldat forcé » comme on dit les « travaux forcés » – comme s’il était ouvrier ou relégat dans un camp lointain. Ce sont là des situations banales comme on en trouve en Zinovie ou en Russie. D’ailleurs, l’une est le reflet de l’autre.

 

Pas étonnant, dit Lucien l’âne, toutes les deux sont sous la houlette d’un guide imbu de sa grandeur qui guide des guides qui guident des guides chargés de tenir calme le troupeau et de le faire bêler d’admiration pour le mouton suprême.

 

Quoi qu’il en soit, Lucien l’âne mon ami, le soldat oublié – comme à peu près tous les soldats – d’un pays épuisé geint comme un enfant et implore sa maman de le soigner. C’est tout ce qu’il demande : un peu de compassion, car dans son horizon, on ne voit pas la paix.

 

Oui, Marco Valdo M.I. mon ami, la réalité du soldat est à très courte vue et demain est toujours un autre jour – quand il arrive. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde idiot, misérable, minable, pitoyable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

 

 

Je suis un soldat,

Depuis cinq ans, je ne dors pas

Et sous les yeux, j’ai des valises.

Je ne les vois pas moi-même,

Mais on m’a dit ça.

Je suis un soldat,

Je n’ai plus de tête,

On l’a fait sauter à coups de bottes.

Oo-oo-oo, hurle le commandant,

Et son menton pend,

Arraché par une grenade…

Ouate blanche, ouate rouge

Ne guériront pas le soldat.

Je suis un soldat,

Petit enfant de la guerre.

Je suis un soldat,

Mère soigne mes blessures.

Je suis un soldat,

Soldat d’un pays oublié

Je suis un héros épuisé,

De quel roman, dites-moi.

Je suis un soldat,

J’ai une peur phénoménale,

Il me reste juste une balle.

Lui ou moi, il n’y a pas le choix.

Dernier wagon, vodka maison,

Nous sommes des millions

Dans dans ce monde-là.

Je suis un soldat,

Mon boulot, je vous le dis :

C’est de tirer sur l’ennemi.

La balle doit entrer dans

Le corps de l’adversaire.

Ce reggae est pour vous, Mère Guerre,

Êtes-vous satisfaite maintenant ?
Je suis un soldat,

Petit enfant de la guerre.

Je suis un soldat,

Mère soigne mes blessures.

Je suis un soldat,

Un soldat d’un pays oublié

Je suis un héros épuisé,

Mais de quel roman, dites-moi.


Ai'm e solgia, ai'm e solgia,

Ai'm e solgia, ai'm e solgia,

Ai'm et solgia, solgia,

Solgia.

 

Je suis un soldat,

Petit enfant de la guerre.

Je suis un soldat,

Maman soigne mes blessures.

Je suis un soldat,

Un soldat d’un pays épuisé,

Je suis un héros oublié,

Mais de quel roman, dites-moi ?

SOLDAT
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Published by Marco Valdo M.I.
20 février 2022 7 20 /02 /février /2022 17:51

 

La Sagesse des Dirigeants

 

 

Chanson française – La Sagesse des Dirigeants Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ;

 

 

Épisode 24

 

 

 

 

L’AVENUE KRASIKOV

 

Erik Boulatov – 1977

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, ce voyage en Zinovie, ne nous réserve pas seulement un trajet dans le territoire contemporain (ou presque), il s’étale également, comme sans doute tu l’avais remarqué, à travers l’histoire zinovienne récente. Grosso modo, à partir de la grande révolution qui l’avait bouleversée et dont on perçoit encore les effets sur le pays, mais aussi sur les gens, tenus à être des révolutionnaires malgré eux. C’est le discours dominant et bon gré, mal gré, tout le monde doit s’y plier au moins formellement.

 

Oui, certes, dit Lucien l’âne, mais les choses ont évolué et il me semble logique de penser qu’elles évolueront encore.

 

C’est le sujet de la chanson que cette évolution, répond Marco Valdo M.I. ; elle commence par rappeler le début de la période révolutionnaire quand le nouveau régime s’était installé :

 

« Quand on était gamins-gamines,

Dans la cour derrière l’usine,

Tout seul entre des débris de marbres,

Du bitume fissuré et des poubelles,

Vivotait un petit arbre. »

 

Puis, elle en montre l’évolution : au début, vivotait l’arbre ; à présent, il y a des parcs. Remarque que c’est un point de vue urbain. On sait par ailleurs quel fut le destin des campagnes qui pour l’essentiel, ont été abandonnées à leur sort et désertées. Ensuite, il y a les grandioses projets d’avenir : créer la société nouvelle, créer la nouvelle humanité et pour cela, produire un nouveau type d’homme, transformer les gens de sorte qu’ils conviennent aux dirigeants.

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est un peu le slogan : « Si le peuple ne convient pas, qu’on fabrique un autre peuple ».

 

Eh bien, répond Marco Valdo M.I., il me semble que tu as parfaitement résumé la chose. Il faut adapter les gens (l’homme, la société, l’humanité) au monde tel que le conçoit le guide. Pour y arriver, il y a encore du chemin à faire et dans la chanson, on commence à voir s’installer une stratification sociale, dont je ne sais si elle sera pérenne, géologique ou si elle va à son tour se détendre en une nouvelle explosion ou plus silencieusement, s’effondrer sous le coup d’une évolution – peut-être venue d’ailleurs – qu’elle ne pourra retenir, ni suivre. Cela dit, je ne suis pas devin et la chanson n’en dit rien non plus.

 

Alors, dit Lucien l’âne, attendons et tissons le linceul de ce vieux monde bouleversant, étonnant, détonnant, explosif et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Quand on était gamins-gamines,

Dans la cour derrière l’usine,

Tout seul entre des débris de marbres,

Du bitume fissuré et des poubelles,

Vivotait un petit arbre.

Avec des bouts de bois, des boîtes, des ferrailles,

Avec les saletés ramassées à la pelle,

On bâtissait des palais, des murailles ;

On se faisait un monde fantastique.

Maintenant, on a des avenues, des trottoirs ;

On a des parcs, les cours sont magnifiques.

Maintenant, on se nourrit d’ennui et de désespoir.

 

La Zinovie veut créer la nouvelle société,

Au modèle de la nouvelle humanité,

Adapter les hommes normaux,

Faire de tous des hommes nouveaux.

L’homme nouveau devra travailler

Comme on lui indiquera,

Pour ce qu’on lui donnera.

Il devra encenser les chefs, les aimer,

Les applaudir, les admirer, s’extasier.

Ne pas élever la voix, jamais discuter.

L’homme nouveau sera l’idéal vivant

De tous les dirigeants de tous les temps.

 

Avec tout ça, en Zinovie,

On a une solide hiérarchie.

On a des chefs, des dirigeants

Et des subordonnés obéissants.

Avant la population était le milieu

D’où s’extrayaient les responsables.

À présent, les chefs se reproduisent entre eux.

Maintenant, on a une division stable :

Un groupe sans trop de besoins, peu exigeant,

Des gens obligés, endurants, travailleurs ;

Et puis, un groupe puissant aux besoins croissants,

Heureux et avide de conquérir le meilleur.

 

Grâce à son Guide et à ses dirigeants,

La Zinovie est un pays puissant.

Elle peut venir à bout certainement

De tout problème, faire n’importe quoi,

Mais pas tout en même temps,

Pour sortir d’un embarras,

La vraie question est comment ?

Alors, on réunit les dirigeants,

Ils classent l’affaire prioritaire

Et chargent d’autres de faire le nécessaire.

Les dirigeants ne font rien personnellement :

Telle est la sagesse des dirigeants.

 

 

 

La Sagesse des Dirigeants
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Published by Marco Valdo M.I.
18 février 2022 5 18 /02 /février /2022 18:40

 

MOINS DIX

 

Version française – MOINS DIX – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la traduction italienne – MENO DIECI – Riccardo Venturi, 15-2-2022 19:37

d’une

Chanson russe – Без десяти Bez desjati – Kino / Кино – 1983

Paroles et musique : Viktor Coj [Tsoi]
Album : 46


 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

C’est une chanson d’apparence légère, dit Marco Valdo M.I., mais seulement. Elle raconte, elle relaie plutôt la voix d’un gars ou d’une fille ; bref, de quelqu’un, d’une personne qui s’éveille trop tard et du coup, va arriver en retard au boulot.

 

Oh, dit Lucien l’âne, voilà qui est banal ; ça arrive des millions de fois tous les jours. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat.

 

Certes, dit Marco Valdo M.I., on peut l’envisager ainsi et c’est souvent le cas et pas toujours pour les mêmes ; tout dépend du cas, des circonstances, dans quelle entreprise, cet événement se déroule. Et aussi et surtout de qui est en retard.

 

Oui, dit Lucien l’âne, vu comme ça, la chose se complique. J’imagine que selon le rang, le grade, la fonction, le métier, le retard a des conséquences variables. Par exemple, déjà que les dirigeants et les cadres d’entreprises ne sont pas tenus aux mêmes contraintes horaires que les employés ou les ouvriers et même souvent, ils ne sont pas obligés de pointer. Les subalternes le sont quasiment toujours. C’est du moins la coutume dans beaucoup d’endroits. Par ailleurs, ce n’est guère différent dans les administrations et dans les armées.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., l’heure est un marqueur ; c’est ainsi que ça fonctionne. C’est un reflet de la Guerre de Cent Mille Ans qui impose à certains (les pauvres, les faibles), l’obligation de pointage, de qui est épargné à d’autres. La Fontaine le notait déjà : « selon que vous serez puissants ou misérables »

 

Hé, dit Lucien l’âne, et je suis bien placé pour le savoir, ce cher La Fontaine avait écrit très exactement ceci :

 

« Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

 

Oui, répond Marco Valdo M.I., je sais, j’ai mis volontairement le pluriel, car la chose est plurielle et le phénomène assez général. Et puis, je te rappelle qu’en Zinovie, par exemple, pour un retard de quelques minutes, on pouvait être envoyé dans un camp de travail et affecté à un bataillon disciplinaire et finir ainsi dans le Bataillon des Suicidés ; il faut donc prendre en compte le pays dans lequel on se trouve. C’est pas le même régime partout.

 

Ou de l’époque, reprend Lucien l’âne, car la tolérance aux impératifs horaires fluctue à travers les ans et les âges, car elle est également liée à la conception du temps, à la capacité de le mesurer avec plus ou moins de précision et aussi, à la conception du travail, aux moyens techniques et de transport dont on dispose. C’est aussi une donnée sociale qui éclaire sur l’état mental et social de la société toute entière. Il est des sociétés tranquilles, qui s’en vont comme qui dirait au pas égal et mesuré du bœuf et il en est de frénétiques qui vient en permanence dans la tension et le souci de la rapidité. Ces dernières sont liées à la folle conception de la rentabilité qu’on s’échine à imposer à tous les niveaux et dans tous les lieux de la société. On voudrait même y contraindre les fonctions biologiques élémentaires : nourriture, sommeil, repos, détente jusque et y compris, la défécation.

 

C’est plus qu’inquiétant pour ce qui est de l’espèce humaine, dit Marco Valdo M.I., que cette mécanisation de la vie quotidienne où tout doit s’emboîter en temps et heure tout comme est des plus létale cette avidité de richesses qui la guide.

 

De fait, Marco Valdo M.I. mon ami, l’espèce humaine ferait bien de lever le pied et pourquoi pas, en profiter pour lever la jambe, sinon à ce régime, elle va finir par se brûler. Un peu de farniente n’a jamais été de trop pour préserver une certaine qualité de vie. D’ailleurs, les riches et les puissants – les moins agités d’entre eux – ne s’en privent pas. Dès lors, sans nous presser, tissons le linceul de ce vieux monde agité, tendu, stressé, exact, manique, méticuleux, vétilleux et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 


Je dois être au boulot à l’heure,

À neuf heures,

Mais il est moins dix,

Déjà neuf heures moins dix

Et je viens de me lever.

Sur la table, il y a mon petit-déjeuner,

Je ne peux m’en passer.

Vu qu’il est quasi neuf heures,

Je ne serai pas au boulot à l’heure.

 

Déjà

Neuf moins dix.

Il est déjà

Neuf heures moins dix.

 

Comme justification, je vais écrire

Que j’étais chez le docteur.

Je vais aussi écrire que dans la rue

Je n’ai pas trouvé d’horloges.

Tant pis si au boulot,

On me réprimande.

Tant pis si au boulot,

On m’enguirlande.


Déjà

Neuf moins dix.

Il est déjà

Neuf heures moins dix.

MOINS DIX
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Published by Marco Valdo M.I.
14 février 2022 1 14 /02 /février /2022 20:46
JEUNES SOLDATS

 

 

Version française – JEUNES SOLDATS – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la version italienne – GIOVANE SOLDATO

d’une chanson russe – Боец молодойKino / Киноs.d.

 

 

 

JEUNES SOLDATS

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Peu importe finalement, Lucien l’âne mon ami, de quelle guerre il est question. Pour les jeunes (et les moins jeunes) qui y sont mêlés, qui sont emmêlés dans la mêlée, les dés du destin roulent toujours pareils à eux-mêmes : incertains, imprévisibles, mais certainement maléfiques.

 

« Et de ces batailles, perdues par vous,

Des voix maléfiques accourent vers nous. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est toujours le cas dans n’importe quel épisode de la Guerre de Cent Mille Ans, une foutue garce, on envoie des gens au casse-pipe. Comme quoi, la guerre est une terrible foire.

 

Donc, Lucien l’âne mon ami, pour en revenir à la chanson de Kino, la voix qui parle est celle d’un énigmatique et anonyme sage et elle s’adresse aux jeunes soldats qui s’en vont la fleur au fusil, qui s’en allaient hier, qui s’en iront demain encore. C’est la voix de la sagesse. Elle tente (mais y arrivera-t-elle, les paris sont ouverts ; ce n’est pas dit) de les dissuader. Elle l’avait déjà souvent dit et redit, mais ceux-là n’ont pas obéi et sont partis. Elle l’avait dit et redit dans tant de chansons comme par exemple : Quand un soldat de Francis Lemarque ou Regardez-les de Léo Ferré.

 

C’est ainsi depuis si longtemps, dit Lucien l’âne, et pour ce qui est des paris, je ne suis pas un certain Blaise Pascal qui, selon Jacques Prévert, aimait les paris stupides.

 

Je ne me souviens pas d’un temps où on ne glorifiait pas les héros, dont de façon générale et rituelle, la plus grande majorité se devait de mourir au combat ou était forcée de le faire.

 

Maintenant, reprend Marco Valdo M.I., il me faut dire que j’ai un peu modifié la chanson. Car si dans la version première, elle s’adressait à un jeune soldat, je l’ai tournée de sorte qu’elle s’adresse à tous les jeunes soldats. La guerre n’est jamais une affaire individuelle et il me paraissait utile de proposer l’injonction finale à l’ensemble des belligérants. D’ailleurs, c’est une magnifique idée que d’inciter les soldats à se muer en pompiers.

 

Ne jouez pas avec le feu, le destin est un mirage.

Le feu n’éteint jamais le feu,

Il faut vous armer de courage,

Vous devez être l’eau pour le feu.

On les fêtera comme les pompiers de Viggiù.

 

Oh oui, dit Lucien l’âne, il y a bien trop d’incendies et de catastrophes dans ce monde sans y rajouter des guerres, filles d’égos infantiles ou carrément débiles. Je ne sais trop comment qualifier des glorieux idiots qui guident les troupeaux humains vers le massacre. Alors, plus encore, tissons le linceul de ce vieux monde maléfique, impulsif, infantile, imbécile et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 


 

Vous avez choisi votre voie, vous allez vous battre,

Faut espérer que les baïonnettes ne vous frappent pas,

Et ne tombez pas, ne vous endormez pas,

Pour sauver votre peau et atteindre

Lobjectif : rentrer avec la victoire.

 

Jeunes soldats…

Jeunes soldats…


Le sage dit : Vous pouviez choisir,

Vous avez vous-mêmes décidé,

Mais le destin est sans pitié !

Vous ne m’avez pas obéi et décidé de partir.

Et de ces batailles, perdues par vous,

Des voix maléfiques accourent vers nous.


Jeunes soldats…

Jeunes soldats…

 

Les gars, à la fin, dit le sage,

Ne vous précipitez pas, c’est un long voyage,

Ne jouez pas avec le feu, le destin est un mirage.

Le feu n’éteint jamais le feu,

Il faut vous armer de courage,

Vous devez être l’eau pour le feu.

 

 

 

JEUNES SOLDATS
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Published by Marco Valdo M.I.
13 février 2022 7 13 /02 /février /2022 17:36

 

Le Bonheur des Gens

 

 

Chanson française – Le Bonheur des Gens Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire

 

Épisode 23

 

 

 

LA MAISON DE CAMPAGNE

Héléna Gouro, 1910

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Ainsi, Lucien l’âne mon ami, la chanson s’intitule Le Bonheur des Gens.

 

Le bonheur ?, dit Lucien l’âne. Le bonheur est une drôle de bête.

 

Ah, dit Marco Valdo M.I., le bonheur est une bête ? N’est-il pas plutôt une chose, un état, un sentiment, une appréhension ?

 

Il peut être tout ça à la fois, répond Lucien l’âne, et aussi une bête, car à mon sens, en tout cas, le bonheur est un être vivant. Il va, il vient, il reste, il est quelquefois triste ou malade, il est joyeux, il respire et mille autres choses encore également.

 

Soit, dit Marco Valdo M.I., je ne sais si ton raisonnement peut s’appliquer à la chanson, il faudra y réfléchir. En attendant, ici, il est question du bonheur des gens et même, spécifiquement des gens de Zinovie.

 

Pourquoi, dit Lucien l’âne, le bonheur des gens de Zinovie est différent de celui d’autres gens, de gens d’ailleurs ?

 

Sans doute, convient Marco Valdo M.I., en est-il ainsi, mais à la vérité, je ne sais pas trop. Il faudrait voir, mais ce serait assurément une autre histoire. Tenons-nous-en à ce que dit la chanson ; après, chacun continuera pour soi la réflexion sur cet inépuisable sujet.

 

D’accord, dit Lucien l’âne.

 

Alors, allons-y, Lucien l’âne mon ami. Je vais procéder comme d’autres fois, de façon ordonnée. Il y a dans la chanson, assimilé au bonheur dans sa version projective, l’avenir radieux. Il sert de ritournelle. L’avenir radieux, c’est le bonheur promis, quand c’est son heure (toujours dans le futur), le bonheur effectif, le bonheur réalisé. Cependant, comme on le dit ici, je veux dire en Zinovie, on (un mot qu’il faudrait également décortiquer ; disons provisoirement, les responsables) pense qu’on peut de quelque façon y atteindre : c’est le bonheur chimique.

 

Ho là, dit Lucien l’âne, à ce train-là, on y sera encore demain ; dis-moi l’essentiel.

 

Je continue, reprend Marco Valdo M.I. ; ensuite, on distingue le bonheur comme une abstraction, une sorte de fantasme insaisissable. Puis, il y a les petits bonheurs des gens (celui que chantait Félix Leclerc – Le Petit Bonheur) et du grand bonheur des puissants qui les écrase.

 

Là, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est une métaphore de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres gens pour les dominer, les exploiter, en tirer profits, avantages et bénéfices. Mais, je t’en prie, continue.

 

Au deuxième refrain, indique Marco Valdo M.I., le bonheur est plus facile à résumer. Il est à peu près clair qu’on peut l’envisager comme un état de vie où ne pénètre pas le malheur ou qui en tout cas, s’y oppose. C’est celui qui advient parfois à certaines gens ; la chanson ne dit rien de sa durée. Au troisième refrain, on trouve l’ironie du bonheur et enfin, au quatrième, on découvre une forme de bonheur trivial et à tout le moins, terre à terre et matérialiste. Voilà tout.

 

Juste une remarque avant de conclure, dit Lucien l’âne. On peut certainement parler du bonheur comme d’un avenir radieux et quasiment identifier l’un à l’autre ; c’est les rendre tous deux inaccessibles, en faire des objets téléologiques et sublimes. Pour ma part, je m’en tiendrai aux petits bonheurs qui ont le mérite immense de la réalité quotidienne. Ils sont certes de courte vue et de courte vie, mais ils se multiplient indéfiniment pour ceux qui savent y faire, pour ceux qui veulent bien les considérer. De plus, eux sont saisissables, tangibles et quand on se décide à les ressentir, on en tire de grandes joies. Je n’en dirai pas plus. Maintenant tissons le linceul de ce vieux monde téléologique, finaliste, menteur, prometteur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Chez nous en Zinovie, on conçoit le bonheur.

Par la synthèse du rêve en couleurs,

On rend l’homme heureux avec une piqûre,

Fruit d’une chimie impure.

Le bonheur est une abstraction,

Faite d’espoir et d’illusion,

Un chatoiement métaphysique.

L’humanité n’a pas ce but unique,

Les gens ont des désirs divergents,

Les petits bonheurs sont contrariés.

Le grand bonheur des puissants

Incarne l’avenir radieux de l’humanité.

 

Elle téléphone l’autre soir,

Elle a des questions à poser.

Elle prend un taxi et vient me voir,

Elle apporte aussi à manger.

Et puis sans préambule, sans drame,

Comme une vraie dame,

Elle reste chez moi,

Tout le reste du mois.

Passe le temps, passent les semaines,

Pas une dispute, pas une scène,

Je ne t’abandonnerai pas au malheur.

C’est l’avenir radieux du bonheur.

 

Des pantins grotesques nous guident,

Encensent le Guide et ses mots vides

Hypnotisent – tic-tac – les foules

Et la chorale caquette telle la poule.

Le guide un génie, quelle plaisanterie !

Calculez le prix de ces discours,

De ces portraits, de ces bustes, de ces causeries ;

Tout ça coûte cher, tout ça pèse lourd.

Voyez les frais, faites l’addition,

Le tout payé par la mauvaise alimentation,

Les bas salaires, le manque de logement,

Et l’avenir radieux qui nous attend.

 

Grand-père est de la vieille garde des fameuses années ;

Grand-père dit : On ne s’est pas battus pour nous,

On s’est battus pour vous.

Grand-père dit : Ne cède pas aux nouvelles idées.

Grand-père dit : J’ai une longue expérience,

Il faut me faire confiance.

Si tu vas tout droit, tout sera pour toi :

La voiture, la maison de campagne, l’appartement.

Grand-père dit : c’étaient de durs combats,

On les menait pour nos descendants.

C’est la lutte de toute une vie

Pour l’avenir radieux de la Zinovie.

 

 

 

Le Bonheur des Gens
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Published by Marco Valdo M.I.
12 février 2022 6 12 /02 /février /2022 11:49

 

MA ZONE DÉNUCLÉAIRE


 

Version française – MA ZONE DÉNUCLÉAIRE – Marco valdo M.I. – 2022

D’après la version italienne de Riccardo Venturi – 2022

d’une

Chanson russe – Я объявляю свой дом [безъядерной зоной !] – Ja obŭjavljaju svoj dom [bezŭjadernoj zonoj !]Kino / Кино – 1985

Paroles et musique : Viktor Coj [Tsoi]

Album : Это не любовь… [« Ce n’est pas de l’amour… »)

 

VOLONTAIRE POUR TCHERNOBYL !

 


 


 

En y réfléchissant (pas mal), cette chanson date de 1985. Elle fait partie de l’album intitulé Это не любовь…, qui signifie : « Ce n’est pas de l’amour… » (tout comme le premier titre de l’album). En 1985, Viktor Coj (Tsoi), fils d’un de ces Coréens déportés par Staline en 1937 (la famille Tsoi était originaire d’un village de l’actuelle Corée du Nord), était déjà une légende du rock soviétique, aussi pauvre qu’il le restera jusqu’à la fin de sa courte vie, 23 ans et récemment marié à Marianne. Un fils lui est né en 1985. Il était si pauvre que sa femme disait qu’elle ne pouvait même pas se payer une robe de mariée. Ils vivaient dans un misérable petit appartement de Léningrad, qui n’était pas encore redevenue Saint-Pétersbourg, et dont la minuscule cuisine avait été ironiquement surnommée “Kamchatka” – le Kamchatka, comme nous le savons, est une vaste péninsule de l’Extrême-Orient russe qui salue de la main le Japon. Mais, comme nous le disions, nous sommes en 1985, et cette année a sa propre signification importante ; c’est l’année où Gorbatchev arrive au pouvoir après la mort « d’un refroidissement » d’un autre hiérarque soviétique, Konstantin Cernienko. En bref, la fameuse “perestroïka”, qui signifie littéralement “restructuration”, a commencé. Dans tout ce brouhaha de rénovations, de rhumes et de cuisines transformées en Kamchatka, Viktor Tsoi a eu une idée : déclarer sa maison « zone nucléaire ». Une idée folle ? Cela aurait pu être le cas, si ce n’était ce qui s’est passé environ un an plus tard (le 26 avril 1986 pour être exact) dans une petite ville à la frontière entre l’Ukraine et la Biélorussie, je ne sais pas si quelqu’un s’en souvient, dont le nom commençait par “Cerno” et où se trouvait une centrale nucléaire bien plus grande que la cuisine de Viktor Tsoi à Léningrad. Comme s’il pouvait le pressentir. Notamment parce que de la maison, on passait à la cour, de la cour à la ville, puis à quelque chose d’indéfini et libre de menace. [RV]

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Aujourd’hui, Lucien l’âne mon ami, nous revoici à faire la version française d’une chanson russe du groupe Kino et de son auteur Viktor Tsoi, dont nous avons récemment proposé une autre chanson : Général et une autre encore : Demain la Guerre. Celle-ci s’intitule « Ma Zone dénucléaire ».

 

C’est un titre inquiétant, dit Lucien l’âne, car il semble renvoyer en creux, en négatif à un pays, une région, un monde marqué, inquiété, hanté par un danger nucléaire.

 

En effet, c’est bien ce que vise la chanson, répond Marco Valdo M.I., sinon – s’il n’y avait pas de danger pourquoi transformer sa maison en « zone dénucléaire », ce qui suppose évidemment qu’avant transformation, elle se trouve dans une « zone – pays, région, monde » nucléaire. Il nous reste à prendre en compte que cette chanson date de près de 40 ans et qu’elle a tout l’air d’être d’à présent. Elle s’inscrit fort bien dans le courant antinucléaire et dans la mouvance écologiste qui s’est développée depuis cette époque.

 

Oh, dit Lucien l’âne, il avait raison, Viktor Tsoi, du moins dans la version française de vouloir un univers dénucléaire. À mon sens, s’il n’y avait que le nucléaire, on pourrait sans doute en venir à bout et le remplacer par autre chose. Mais – et c’est un terrible mais – le vrai problème, c’est l’avidité et la boulimie énergétiques de l’humanité, de l’espèce humaine qui, telle une énorme parasite, tel un insatiable pillard, mange toutes les ressources de la planète et lui laisse ses friches et lui retourne ses déchets. Par exemple, nous les ânes, on se contente de tellement moins de bâtiments, de routes, de choses. Il faudrait « déchoser » le monde et ce n’est apparemment pas la voie qui est suivie actuellement.

 

À la réflexion, conclut Marco Valdo M.I., je me demande si l’humanité n’est pas nantie du gène du développement absolu et si elle pourrait s’en libérer, en quelque sorte échapper à sa nature prédatrice, à sa folle ambition de dominer le monde. Comme il était dit dans une autre chanson – Faire ou ne pas faire ::

 

« Hé les hommes, que faites, vous ?

Il y a une morale, malgré tout. »

 

Et je proposerais volontiers d’ajouter ce refrain modifié :

 

Je déclare ma maison zone déchosée !

Je déclare mon jardin zone déchosée !

Je déclare ma ville zone déchosée !

Je déclare ma vie déchosée.

 

Enfin, répond Lucien l’âne, comme on dit : « Moins de choses, moins d’embarras, moins de tracas ». Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde boulimique, goinfre, adipeux, avide, aride (bientôt) et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Il y a quelque chose de faux dans ce refrain,

Mais où trouver qui l’écoute ?

Enfant désormais grandi, éduqué à la porte,

Maintenant vois le soleil, prends-le ! Il est tien !


Je déclare ma maison zone dénucléaire !

Je déclare mon jardin zone dénucléaire !

Je déclare ma ville zone dénucléaire !

Je déclare mon univers…

 

Comme les murs des maisons sont incertains,

Si quelqu’un refuse d’y mettre la main.

Je vois la maison, je prends une craie.

Il n’y a pas de serrure, mais moi, j’ai la clé.

 

Je déclare ma maison zone dénucléaire !

Je déclare mon jardin zone dénucléaire !

Je déclare ma ville zone dénucléaire !

Je déclare mon univers…

 

MA ZONE DÉNUCLÉAIRE
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Published by Marco Valdo M.I.

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