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1 juin 2022 3 01 /06 /juin /2022 10:53

 

LE VOL ALPIN

 

Version française – LE VOL ALPIN – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la traduction italienne de Riccardo Venturi

d’une chanson alémanique (bernoise – Bärndüüdsch) – Dr Alpeflug – Mani Matter – 1970
Paroles et musique : Hans Peter Matter (Mani Matter)
Album :
Berner Troubadours, 1971

 

 

 

 


« Deux amis, il y a une cinquantaine d’années et des poussières, partent faire un joli vol au-dessus des Alpes dans un petit avion de tourisme, peut-être loué ou peut-être possédé par l’un d’eux. Il faut imaginer leur émotion : voler à haute altitude au-dessus des sommets enneigés, au-dessus des silences éternels, là où les aigles se hasardent, au-dessus de l’immensité silencieuse qui invite à la réflexion et à l’introspection, immergé dans la beauté. Seulement, il y a un petit problème : la machine volante infernale a un moteur qui fait un chahut terrifiant, bien autre chose que le silence et l’immensité. À l’intérieur du petit avion, on a l’impression d’être au milieu d’un chantier routier avec les pelles et les marteaux-piqueurs ; aussi, lorsque le passager à l’arrière se rend compte avec terreur que le réservoir de carburant est presque à sec, il essaie de dire à celui qui est à l’avant, qui pilote et qui ne s’en est pas aperçu (un beau pilote de rien, pourrait-on dire). En vain. Dans le fracas du moteur, les deux hommes ne s’entendent pas et se renvoient des hurlements et des bruits indistincts, tandis que l’essence s’épuise et que l’affaire tourne à la catastrophe. Tel est le résumé de cette chanson glaçante de Hans Peter Matter, qui – comme d’habitude – fait rire et frémir la peau en même temps. Il s’agit, bien sûr, d’une chanson typiquement matterienne : la perte de vitesse (d’autant plus à bord d’un avion…), la suspension du temps, l’absurdité qui pousse à l’abîme. À tout cela s’ajoutent deux autres composantes : l’incompréhension qui règne en maître entre deux personnes très proches (mais empêchées par un élément perturbateur, en l’occurrence un moteur qui fait un boucan du diable) et l’imbécillité qui – comme toujours – sert parfaitement l’incommunicabilité la plus tragique.

Quelques mots sur la discographie qui, comme c’est toujours le cas avec Mani Matter, est plutôt complexe. Le premier enregistrement semble toutefois se trouver sur un album collectif de 1971 intitulé Berner Troubadours, une sorte d’anthologie des chansonniers bernois de l’époque (Jacob Sticklberger, Markus Traber, Fritz Widmer, Ruedi Krebs et, bien sûr, Mani Matter, qui est présent avec quatre chansons (dont Si hei dr Wilhälm Täll ufgfüertOn a joué Guillaume Tell). [RV, 30-5-2022].

 

 

 

 


Deux amis dans un avion de tourisme

S’en vont faire un vol au-dessus des Alpes,

Ils volent par-dessus les sommets,

Et planent au-dessus des glaciers.

 

Derrière, est assis le passager,

Devant, le pilote tient la direction ;

Le moteur de l’avion

Tonitruant fait tout vibrer.

 

Soudain, celui derrière, se met à hurler :

« Le carburant manque, il faut se poser ! »

« Quoi ? Tu dis ? », le pilote dit,

« Quoi ? Je n’ai rien compris ! »

 

Celui derrière crie : « Qu’as-tu dit ?

Pourquoi on n’atterrit pas maintenant ? »

« Parle plus fort ! », crie celui devant,

« Je n’entends pas un mot avec ce bruit ! »

 

« Je ne comprends pas ! » crie celui derrière,

« Pourquoi ne pas atterrir ? Tu es contre ? »

« Je ne comprends pas ! » crie celui devant,

« Tu dois parler plus fortement ! »

 

« Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ? », hurle l’autre,

« Le réservoir est vide, on n’ira pas loin ! » ;

« Putain, avec ce fracas de tonnerre »,

Crie celui devant, « Je n’entends rien ! »

 

Mais atterris donc, crie celui derrière,

« Mordieu, il n’y a plus rien d’autre à faire ! »

« Ne t’énerve pas », crie celui devant,

« Parle plus fort, par le Saint Sang ! »

 

« Putain », dit l’autre, « Si on n’atterrit pas,

On va s’écraser tout en bas ! »

« Je n’entends absolument rien », crie l’autre,

« Quand tu vas comprendre ? !? »

 

Dans le fracas du moteur, ainsi,

Le pilote n’a pas compris

Que bientôt, il n’aurait plus de carburant

Et qu’il devait atterrir rapidement.

 

Et, soudain, ce fut le silence,

Du fait qu’il n’y avait plus d’essence.

Quand maintenant enfin, ils ont compris,

Ils ne se sont plus rien dit.

LE VOL ALPIN
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Published by Marco Valdo M.I.
30 mai 2022 1 30 /05 /mai /2022 19:06

 

SIDI ABDEL ASSAR D’EL HAMA

 

Version française – SIDI ABDEL ASSAR D’EL HAMA – Marco Valdo M.I. – 2022

au travers de la version italienne de Riccardo Venturi

d’une chanson alémanique (Berna) – Dr Sidi Abdel Assar vo el HamaMani Matter1970

 

Texte et musique : Mani Matter (1936-1972)
 

Une ballade orientalisante qui, par un jeu subtil de mots et de sonorités, ironise sur les lieux communs du monde arabe qui étaient aussi les nôtres autrefois. En fin de compte, il s’agit d’attaques contre la culture occidentale, en particulier la culture suisse. Cette chanson a une place permanente dans le répertoire scolaire suisse-allemand. Il en existe de nombreuses couvertures. Un éternel débat interculturel.


 

« Deux beaux yeux a entrevus »


 


 

Dialogue maïeutique


 

Ceci est une curieuse chanson, Lucien l’âne mon ami, comme on va s’en apercevoir. Elle a quelque chose d’oriental ; on dirait un de ces contes comme on raconte Shéhérazade dans les Contes des Mille et une Nuits ; une sorte de fable à la fin morale où on découvre l’aventure manquée du sentimental Sidi et de son fantasme inabouti. Le nom complet de Sidi – Sidi Abdel Assar d’El Hama – en est le titre ; elle fut créée et interprétée vers 1970 par Mani Matter, l’avocat chanteur bernois le plus célèbre.

 

Je vois, dit Lucien l’âne. Rien qu’à lire le titre, je peux prédire qu’il y aura des gens pour accuser Mani Matter de racisme et pour demander, exiger la disparition de cette chanson. C’est une manie à la mode actuellement. De façon générale, je me pose une question : comment connaître le passé, qui est forcément différent du présent, si par avance, on rejette la différence. Comment montrer par exemple toute l’horreur des croisades si on en cache ou on en efface les traces ? Si on veut ignorer combien Godefroid de Bouillon était considéré comme un héros, comment comprendre ces épisodes passés ? Comment comprendre le fascisme si on veut passer sous silence l’adulation qui était portée à son Guide, le Duce, par une grande part de la population du pays où il se pavanait ?

 

Sans doute, dit Marco Valdo M.I., y a-t-il en ce monde toutes sortes de gens et toutes sortes d’histoires et toutes sortes de chansons, le tout mis ensemble constitue la culture de l’humanité. Le bon, le mauvais, tout est mélangé : les jolies fleurs et le fumier. Et comment dire, la culture (humaine), c’est comme la culture (horticole, agricole…), c’est un tout comme la nature et comme pour la nature, éliminer une partie de la connaissance entraîne un appauvrissement général de la compréhension. Et puis, ce qui a été, a été. D’une certaine façon, il est bon de garder trace des horreurs, afin que plus jamais, elles ne se répètent.

 

Oui, c’est un beau programme, répond Lucien l’âne. Écoutons la chanson et puis, passons outre à ces restrictions, ignorons par avance les censeurs et tissons le linceul de ce vieux monde châtreur, sinistre, stérile, autodestructeur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Sidi Abdel Assar d’El Hama,

Un matin tôt, encore en pyjama,

Devant la mosquée, dans sa rue,

Deux beaux yeux a entrevus

Et de son drame, ce fut le début.

 

C’était la fille de Mohamed Mustafa.

Abdel Assar n’en dormit pas, et le lendemain,

Chez Mohamed se présenta.

De sa fille, il demanda la main

Et offrit cent chèvres pour l’épouser.

 

Mohamed a répondu : « Par Allah

Jamais je ne vendrais ma fille, elle est trop belle.

C’est possible, je crois,

Si tu me donnes deux cents chamelles ;

Pour moins, je ne la céderai pas. »

 

Là, Abdel Assar répond : « O sidi,

Je n’achète pas une reine.

Des femmes moins belles,

Plus humbles et plus amènes,

J’en trouverai dans le pays. »

 

Mais quand la nuit tomba sur le Sahara,

Il vit la lune brillante et sereine,

Il repensa, l’âme en peine,

Aux yeux cernés de mascara

Et se dit : « Ah, si j’avais plus de carats… »

SIDI ABDEL ASSAR D’EL HAMA
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Published by Marco Valdo M.I.
29 mai 2022 7 29 /05 /mai /2022 18:12

 

L’Ambition cosmologique

 

Chanson française – L’Ambition cosmologique Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie


 

 

Épisode 46

 

 

 

LA LA LA

Pavel Shulyak – 2022

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Eh oui, dit Marco Valdo M.I., la Zinovie a de l’ambition, une ambition universelle, une ambition cosmologique.

 

Ça ne m’étonne pas, dit Lucien l’âne, avec les Guides qu’elle se paye. Je pense même que si on les laisse faire, ils s’empareront de tout l’univers et même que l’univers entier ne suffirait pas à apaiser leur boulimie. Ils veulent tout et comme on dit chez nous, il leur fait le lait, le beurre et les fesses de la crémière. Cette envie malsaine les taraude jusqu’au fond de leurs nuits et doit souvent les empêcher de dormir tranquilles.

 

Décidément, Lucien l’âne mon ami, tu as parfaitement saisi de quoi il retourne. La chanson ne peut que confirmer ton propos :

 

« Notre grande force historique,

Ce sont nos profondes traditions.

Notre ambition est cosmologique,

On fera de l’univers notre nation.

Sur la Lune, sur Mars, sur Pluton,

On imposera notre légitime domination. »

 

Par ailleurs, je te ferai remarquer le début de la citation qui montre que cette tendance impérialiste est ancienne et profonde.

 

Remarque, ça rend la chose d’autant plus inquiétante, dit Lucien l’âne.

 

D’autant plus, reprend Marco Valdo M.I., que c’est pareil pour leur vie personnelle : ils rêvent (les Guides, mais aussi tous leurs adorateurs) de vivre éternellement, toujours bien portant et dotés d’une énorme puissance sexuelle ; la chanson dit justement « hors paires », contredisant le grammairien qui indique obligatoirement « hors pair ».

 

Je vois l’astuce, dit Lucien l’âne. Elle réside dans la nature même des paires dont il est question. Mais passons, que raconte-t-elle d’autre cette ambitieuse chanson ?

 

La suite tient dans les deux dernières strophes, répond Marco Valdo M.I., et parle d’un livre clandestin que l’on doit cacher de la Secrète et peut-être, ce qui suit est son contenu. Écoute voir cette dénonciation de l’État de Zinovie tel qu’il est, tel qu’il s’est fait et surtout de ses dirigeants. Et la dernière strophe fait entendre la voix particulière du narrateur qui fait part du dilemme de ceux qui subissent le poids de l’empire, de sa Secrète et de ses dirigeants zélés : rester au pays et endurer une vie fichue ou partir et perdre son pays.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je connais ça, moi qui ai passé ma vie à fuir au travers de mille endroits, qui finalement, l’un dans l’autre, dans leurs diversités, se sont révélés mon vrai pays. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde torturé, malmené, bousculé, chahuté et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

L’étranger, on s’en fout de l’étranger.

En Zinovie, le conservatisme existe

Comme s’il n’existait pas d’étranger.

Ainsi, le règne des Guides persiste.

Aucune place pour la contestation

Aucune illusion, hormis la persécution.

Notre grande force historique,

Ce sont nos profondes traditions.

Notre ambition est cosmologique,

On fera de l’univers notre nation.

Sur la Lune, sur Mars, sur Pluton,

On imposera notre légitime domination.

 

L’essor rapide de la médecine en Zinovie

Est grandiose, sublime, extraordinaire.

On va prolonger d’un siècle la vie

Du Guide et de tous les dignitaires.

Plus de malaises, plus de maladies

Et une puissance sexuelle hors paires.

Ils ont tout fumé, ils ont tout bu.

Les devises ont disparu.

L’argent s’est mis à manquer,

Il n’y a plus de quoi manger,

Le Guide dit : « À cause de l’étranger,

La patrie bien-aimée est en danger. »

 

Le livre écrit nuit après nuit,

Une fois aux mains de la Secrète,

Sera totalement détruit.

On lui a trouvé une cachette

Où elle ne le trouvera pas.

La Zinovie est un énorme État,

Un empire édifié pas à pas.

En Zinovie, les dirigeants ne pensent pas ;

Les dirigeants dirigent en dirigeant,

Suivant les directives du Guide bénévolement.

Combien de victimes, combien de bourreaux ?

Combien de bourreaux victimes des bourreaux ?

 

Malgré tout, la Zinovie est mon pays.

C’est là que je veux disparaître.

C’est là qu’est enterré mon papy

Et tous mes malheureux ancêtres,

Tous traités comme du bétail.

Mon père mort pour rien,

Ma mère épuisée par le travail.

On a tous gelé, tous crevé de faim.

Vies fichues et quel radieux avenir ?

Moi, j’ai été trahi par mes amis.

Ma vie à moi, c’est ici ; moi, j’existe ici.

Voyez comme il est dur de partir.

 

 

 

L’Ambition cosmologique
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Published by Marco Valdo M.I.
26 mai 2022 4 26 /05 /mai /2022 17:45

 

L’Édification de l’Utopie

 

Chanson française – L’Édification de l’Utopie Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ;


 


 

BAIGNEUSE

Alexandre Deïneka – 1951

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Certainement, dit Marco Valdo M.I., ce titre est un vrai programme pour l’avenir.

 

En effet, « L’Édification de l’Utopie », dit Lucien l’âne, il faut l’admettre trace une perspective immense. Mais, ce qui me paraît important de préciser, c’est de savoir si elle est limitée à la Zinovie ou alors, si elle ouvre des horizons plus vastes ?

 

Tout dépend, dit Marco Valdo M.I., de comment on la regarde. Selon la doxa zinovienne, ce qu’on appelle universellement l’utopie est déjà réalisée et il s’agit – pour le Guide et ses aficionados – de la renforcer et de l’étendre.

 

C’est ça précisément qui est inquiétant, répond Lucien l’âne ; surtout quand on sait l’état de la Zinovie et ses agissements sous la conduite du Guide.

 

Je comprends tes inquiétudes, Lucien l’âne mon ami, car selon la théorie en vigueur en Zinovie, l’utopie se réalise en trois temps, qui sont des affirmations, des axiomes impératifs :

— elle est déjà réalisée et comme telle, elle est déjà grandiose et indépassable ; elle est la société future ;

— il faut l’édifier dans le pays ou peut-être faut-il comprendre plus finement qu’il convient de continuer à l’édifier ;

— son expansion vise la Terre entière et même au-delà.

C’est le début triomphal de la chanson :

 

« En Zinovie, on bâtit une civilisation

Magnifique, grandiose et prospère.

On y développe une atmosphère

De saine et sereine émulation.

C’est la société de l’avenir en expansion,

Sa vocation est planétaire et stellaire. »

 

Oui, dit Lucien l’âne, et de là à en faire une civilisation, il y a de la marche. Ces ambitions mondiales d’impérialistes orthodoxes ne me paraissent pas très catholiques. Elles ont des relents de rêves de reichs millénaires.

 

Elles le sont assurément, répond Marco Valdo M.I., mais selon ce que je comprends de la chanson, elles auraient des pieds de plomb, d’autant qu’il y aurait de la résistance à cette audacieuse progression civilisatrice.

 

« Devant la tribune, un inconnu a tenté

Par le feu de se suicider. »

 

Une opposition, demande Lucien l’âne, interdit, mais il me semblait que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes en Zinovie. Est-ce donc possible que des gens, sans doute même des citoyens, s’opposent à cette merveilleuse civilisation ? Il y en a qui ont tous les culots. Hum ! Je blague. Je dirais plutôt que ces gens, de simples citoyens capables de dire non à pareil système, doivent être particulièrement lucides et très courageux et je suppose qu’on leur fait bien sentir la main puissante de la société.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, on lui fait bien sentir par exemple à cet inconnu qui protestait contre la guerre d’invasion du pays voisin par les chars touristiques migrateurs – c’est le sens exact d’ « opération de libérateurs », une tradition locale.

 

Que veux-tu dire, demande Lucien l’âne, par « on lui fait bien sentir » ?

 

Eh bien, répond Marco Valdo M.I., après l’avoir copieusement rossé, envoyé aux soins intensifs pour le remettre sur pied, on le mit dans le trou sans fond des asiles psychiatriques ; on ne sait jamais dans lequel de sorte qu’il disparaît complètement. Parfois, pour la galerie, on juge les opposants en usant des lois existantes ou même, quand la loi ne permet pas de les condamner, on passe outre et on juge au nom du peuple, ce soi-disant souverain. C’est dire que la Zinovie est une société hors la loi, une société sans droit, où on ne juge jamais les juges qui méprisent avec tant de conscience nationale le droit et la loi.

 

« Procès : se sont-ils reconnus coupables ?

Et de quoi ? Pourquoi, nul ne le sait,

On ne juge jamais les juges des procès,

Les organisateurs et les responsables ? »

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est le propre de l’appareil judiciaire des sociétés autoritaires que de s’autoriser de tels débordements, de tels dépassements des limites les plus élémentaires contre ceux qu’elles considèrent comme « Dangereux pour l’Ordre de l’État », quand en réalité, ces critiques ne sont dangereux que pour les responsables au pouvoir. À cela, pour ce qui nous concerne, nous ne pouvons pas grand-chose de plus que tisser patiemment le linceul de ce vieux monde utopique, autarcique, autocratique, dictatique, impératique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

En Zinovie, on bâtit une civilisation

Magnifique, grandiose et prospère.

On y développe une atmosphère

De saine et sereine émulation.

C’est la société de l’avenir en expansion,

Sa vocation est planétaire et stellaire:

Un sublime cadeau aux enfants.

Actuellement, elle progresse difficilement ;

Quand on accélère, il y a du frottement.

Pour l’instant, les temps sont durs.

En Zinovie, on vit déjà dans le futur.

En Zinovie, on édifie l’utopie obstinément.

 

Procès : se sont-ils reconnus coupables ?

Et de quoi ? Pourquoi, nul ne le sait,

On ne juge jamais les juges des procès,

Les organisateurs et les responsables ?

Quel carnaval, quelle mascarade !

Devant le Guide, l’armée parade

Avant d’aller envahir l’ennemi,

Exterminer, piller dans l’autre pays.

Qui marche en tête au pas donne le ton

Et donne le la au son du canon.

L’avenir dira où on aboutira,

Si après ça, le Guide sera encore là.

 

Devant la tribune, un inconnu a tenté

Par le feu de se suicider,

Pourquoi a-t-il fait ça, ce littérateur ?

Sur la place, pendant le défilé,

Il voulait protester

Contre notre opération de libérateurs.

La milice et les agents sont intervenus,

Ont maîtrisé le feu et éteint l’individu.

Au poste, ils l’ont battu à coups de trique.

On le soigne ; peut-être, on le sauvera.

S’il en sort, il finira

Ses jours à l’asile psychiatrique.

 

Une absence de droit est une caricature.

La Zinovie a un droit propre, une justice sûre.

En soi, le droit est ses principes ;

Sans principes, pas de droit.

Voici le principal principe :

Tous sont égaux devant la loi,

Peu importe le statut social,

Le couperet de la loi est létal.

Comme on ne peut condamner hors la loi,

Condamner au nom du peuple est illégal

Et injuste, voilà pourquoi

La Zinovie est une société sans droit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 L’Édification de l’Utopie
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Published by Marco Valdo M.I.
21 mai 2022 6 21 /05 /mai /2022 18:28

 

La Secrète et la Poésie

 

Chanson française – La Secrète et la Poésie Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon


 

EN VILLE

Vassili Chouljenko – 1989

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Comme tout le monde en Zinovie le sait, dit Marco Valdo M.I., la Zinovie est un grand pays, une grande nation, un grand peuple avec de grandes ambitions. Bref, la Zinovie est grandiose.

 

C’est en effet ce qu’elle diffuse comme message, dit Lucien l’âne. D’ailleurs, je trouve que grandiose, c’est un peu peu pour une pareille puissance. Je pense qu’il faudrait dire a minima une grandissime grandiose.

 

Voilà, Lucien l’âne mon ami, tu viens de synthétiser parfaitement l’ambiance de la chanson. C’est ainsi que devraient écrire les poètes officiels, stipendiés par l’État et forcément membres de cette institution centrale : la Secrète.

 

La Secrète, dit Lucien l’âne, n’est-ce pas là la maison des sycophantes ?

 

C’est une façon élégante de la nommer, répond Marco Valdo M.I., c’est l’œil, l’oreille et la main cachée du Guide – l’actuel étant le Clodo, alias Clodomir Foutine, issu des rangs de la Secrète, dont il fut un agent il y a déjà longtemps. La chanson en fait un excellent portrait ; elle y consacre sa deuxième strophe, qui est quasiment une apologie qu’en fait le thuriféraire anonyme :

 

« Colossaux sont ses effectifs permanents

Et par le zèle de ses représentants,

En Zinovie, elle est informée de tout ;

En Zinovie, on sait tous qu’elle sait tout. »

 

Même si, comme à l’habitude ici, et dans les propos qu’on recueille dans ce voyage, il faut y mettre un filtre d’ironie pour voir les choses sous leur juste jour. Ainsi, cette apologie de la Secrète ne chante pas nécessairement sa gloire.

 

Soit, dit Lucien l’âne, nous verrons ça, mais les autres strophes, que nous déblatèrent-elles ?

 

Ah, dit Marco Valdo M.I., que déblatèrent-elles ? La première, qui se veut une reproduction du discours permanent du Guide, finit en condensant cette logorrhée par faire éclater toute son absurde prétention et son incapacité à se mettre au diapason de l’essence de son discours qui est l’affirmation péremptoire d’voir depuis longtemps dépassé l’étranger.

 

Bien sûr, dit Lucien l’âne, je comprends cette métaphore olympique ou cycliste ou automobiliste. J’ajoute que s’il convient à l’ambitieux de dépasser les autres, il convient principalement de dépasser soi-même ses propres limitations. C’est le sens de l’ascèse, plus difficile à mettre en œuvre, mais plus raisonnable et plus honorable dans ses résultats. Cependant, dans le contexte zinovien, l’utilité de l’étranger est flagrante : il faut un responsable des retards dans la réalisation de l’ambition nationale d’être sur Terre et dans le Cosmos, la première de toutes les puissances.

 

Et puis, Lucien l’âne, les deux dernières strophes s’intéressent plus particulièrement à la poésie en Zinovie, où existent parallèlement (c’est-à-dire, comme les parallèles, sans jamais – pouvoir – se rejoindre) deux poésies : la poésie officielle et la poésie clandestine, qui est appelée en Zinovie, la poésie monstrueuse.

 

Je suppose, Marco Valdo M.I. mon ami, que cette dénomination curieuse doit provenir du langage des instances et avoir au départ vocation à la dénigrer, mais être appelée « poésie monstrueuse » est du point de vue poétique plus que certainement une appréciation flatteuse. Mais au fait, que disais-tu ?

 

Merci, Lucien l’âne mon ami, on s’y perd. Je poursuis. Comme pour tout le reste, la Zinovie a fait de la poésie une industrie ; c’est la poésie d’estampille officielle dont je te laisse le soin d’imaginer le rapport qu’elle peut avoir avec ce que les poètes entendent par poésie, dès lors qu’elle est produite industriellement par un consortium d’État, lui-même en sous-main guidé, dirigé et contrôlé par la Secrète. Et pour continuer son propos, dans la quatrième (et dernière) strophe, elle évoque la poésie monstrueuse et elle conclut :

 

« Comme une fille, osseuse ou pulpeuse ;

Elle nous dit tout, elle nous dit rien,

Insaisissable, elle chante bien,

Sa langue est directe ou sinueuse.

Elle rêve, elle grogne, elle médite ;

Elle n’a aucune chance qu’on l’édite. »

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, qu’elle n’a aucune chance qu’on l’édite ; déjà, qu’elle est censée ne pas exister, elle ne saurait avoir voix au chapitre. Elle ne pourrait montrer patte blanche vu que vagabonde comme elle est, elle doit se traîner dans les rues et dans les chemins des campagnes. Comme dit Léo Ferré,

 

« C’est pas une domestique
Elle sait bouffer des briques
Mais quand elle veut, elle crie
La Poésie ! »

 

Alors, reprenons notre sempiternelle tâche et tissons avec tranquille ardeur le linceul de ce vieux monde borné, nationaliste, ambitieux, secret et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Hors de Zinovie, il y a l’étranger.

En Zinovie, on a la meilleure société.

Tout est depuis longtemps arrangé.

On veut prouver notre supériorité,

On veut nous défendre de la menace

Et prendre notre légitime place,

Face à la concurrence, il faut résister.

L’étranger invente toujours du nouveau ;

En Zinovie, on n’est pas encore au niveau.

Le Guide dit : il nous faut progresser ;

En Zinovie, on fera mieux qu’eux ;

En Zinovie, on construira l’avenir radieux.

 

En Zinovie, la Secrète est chez elle partout.

En Zinovie, la Secrète contrôle tout :

L’État, les services, les entreprises, l’opposition.

En Zinovie, c’est une discrète institution ;

Du Guide, elle est l’œil dans l’ombre

Qui jusque dans la tombe, regarde le citoyen.

En Zinovie, la Secrète a d’immenses moyens,

Partout, ses agents sont en nombre,

Colossaux sont ses effectifs permanents

Et par le zèle de ses représentants,

En Zinovie, elle est informée de tout ;

En Zinovie, on sait tous qu’elle sait tout.

 

En Zinovie, on produit de la poésie

C’est une grandiose et modèle industrie.

On a des poètes professionnels

À la stature et au statut officiels,

Ils fabriquent la poésie publique,

Avec les techniques les plus artistiques.

Reconnus, soutenus, publiés,

Honorés, décorés, primés,

Ce sont les poètes académiques,

Ils font partie des jurys,

Leur renommée s’étend à tout le pays.

 

Autre chose est la poésie monstrueuse

Faite de bric, de broc,

Par des amateurs un peu toc-toc.

Une poésie souvent aventureuse.

Elle est directe, elle est rugueuse ;

Comme le temps, brumeuse ou nuageuse ;

Comme une fille, osseuse ou pulpeuse ;

Elle nous dit tout, elle nous dit rien,

Insaisissable, elle chante bien,

Sa langue est directe ou sinueuse.

Elle rêve, elle grogne, elle médite ;

Elle n’a aucune chance qu’on l’édite.

 

 

 

 

 

 

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17 mai 2022 2 17 /05 /mai /2022 15:59

 

Le Pantalon

 

Chanson française – Le Pantalon Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ;

 

 

 

 

Épisode 43

 

PANTALON Z

Tatiana Bruni – 1931

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Le Pantalon ?, demande Lucien l’âne. Qu’est-ce que le pantalon vient faire dans cette histoire de Zinovie ? Et puis, de quel pantalon, il est question ? Peut-être y a-t-il là une allusion au pantalon du temps ? Celui dont parle Pratchett, ce pantalon du temps où selon qu’on enfile une jambe ou l’autre, on s’enfile dans une histoire ou une autre.

 

Peu de chances, Lucien l’âne mon ami, peu de chances qu’il s’agisse du pantalon du temps, à moins que d’appliquer à ce pantalon entre deux âges – entre celui du Premier Guide (Jisif Stalone, dit le Stal) et celui du Dernier Guide (Clodomir Foutine, dit le Clodo) – une dimension temporelle multiple ne serait pas une errance, car, il y a en effet bien une telle distorsion et sans doute, pourrait-on s’y retrouver dans ce pantalon du temps et dans une ou l’autre de ses deux jambes qui mènent à des destins différents. En tout cas, c’est un pantalon historique, symbolique et en quelque sorte, philosophique. Enfin, je laisse à chacun le soin de démêler temporel.

 

Sans en dire trop, mais juste pour avoir confirmation de ce que je ne m’égare pas trop, demande Lucien l’âne, ne peut-on considérer ce pantalon commun comme la tenue, le mode d’existence et de société qui s’était imposé aux débuts de la Zinovie révolutionnaire et qui est remis au goût du jour par le Guide actuel, comme un monde arrêté au cadran lunaire d’un vieillard atteint de démence sénile.

 

En gros, Lucien l’âne mon ami, c’est cela et la chanson l’explicite clairement :

 

« Tout le monde le sait en Zinovie :

Notre société est la meilleure.

La vie s’est améliorée dès le début,

Seul le saucisson fumé a disparu »

 

Et pour ce qui est du monde arrêté au cadran lunaire d’un vieillard atteint de démence sénile, ce portrait correspond assez bien au monde réhabilité par Foutine, suivi par tout un peuple en pantalon identique. Mais la chanson comporte une autre partie qui est elle aussi une allusion, mais à une grandiose opération militaire en cours, aux déboires d’escadrilles qui ne sont jamais revenus de leurs héroïques missions et à l’enlisement subséquent.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, voyons ça de plus près et ensuite, reprenons notre tâche sempiternelle et tissons le linceul de ce vieux monde opérationnel, ralenti, empâté, englué, désuet, démodé et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

En Zinovie, on avait un type de pantalon,

Le même pour les filles et les garçons.

Un pantalon standard bien de chez nous,

Pour toutes les mesures, pour toutes les statures,

Haute taille et basse couture ;

Et l’entrejambes jusqu’aux genoux.

Un modèle inusable, à porter en tous temps.

Le Guide l’a remis à la mode à présent.

En Zinovie, il faut croire absolument

À ce qu’on ne croit pas.

En Zinovie, on réalise évidemment

Tout ce qu’on ne fait pas.

 

Le Guide dit : « La société

Zinovienne n’a pas de tare,

C’est une irréfutable vérité,

Le croire est un devoir. »

On le répète à chaque heure,

On l’entend toute la vie,

Tout le monde le sait en Zinovie :

Notre société est la meilleure.

La vie s’est améliorée dès le début,

Seul le saucisson fumé a disparu ;

On a accru le temps d’internement

Des opposants dans les camps.

 

Capitaine à vingt-trois ans,

Un gars plein d’allant

Et multimédaillé avec ça ;

Un pilote de guerre expérimenté.

Avec toute une carrière devant soi ;

En direct de l’Académie,

Le nouveau est arrivé.

On le nomme chef d’escadrille.

Médaillé comme tout, bientôt Héros,

Un gars nul, mais pistonné.

Il n’a jamais combattu le zigoto.

Rira bien qui rira le dernier.

 

La première escadrille dans la nuit

Avec lui, s’envole à grand bruit

Surprendre là-bas l’ennemi

Encore endormi.

Tous les avions sont partis,

Aucun n’est revenu.

La deuxième escadrille a suivi,

On n’en sait pas plus.

La grande opération militaire :

Paralyser les avions à terre,

Dans la guerre en cours,

Soudain, tourne court.

 

 

Le Pantalon
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13 mai 2022 5 13 /05 /mai /2022 20:15
LA SAINTE INQUISITION

 

Version française – LA SAINTE INQUISITION – Marco Valdo M.I. – 2022

Chanson italienne – La Santa InquisizioneAlberto Amboni – 2017
 

 

 

STIGMA DIABOLI

Clovis Trouille – 1960

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Même si le titre était La Santa Inquisizione et que je l’ai logiquement traduit par LA SAINTE INQUISITION, dit Marco Valdo M.I., c’est une chanson consacrée principalement à une sorcière et comme tu sais, dans la Geste de Liberté, où nous racontions les aventures de Till, nous avions déjà trois chansons où il était question d’une sorcière et de ses juges inquisitoriaux et de ses bourreaux :

— dans Katheline, la bonne Sorcière, qui annonçait le règne abominable de Philippe d’Espagne :

 

« L’infant Philippe, roi devenu.
J’ai vu, j’ai vu de mes yeux de sorcière
Les filles mises vives en terre
Violées en leurs corps nus.

En haut, les mangeurs de peuple, frelons de l’enfer ;
En bas, les victimes, ainsi disait Katheline la bonne sorcière. »

 

— dans Katheline suppliciée, où est relaté son interrogatoire et sévices qu’on lui inflige :

 

« Accusation sans fondement et infâme.
On arrêta la bonne femme.
On la condamna à avouer ;
Par la torture, à avouer.

Le bourreau la mit nue et la rasa.
Il l’attacha sur le banc de torture.
Il versa l’eau chaude dans l’estomac.
Katheline vomit tant et tant de vomissure.

Avoue : tu es une sorcière.
Je n’avoue rien. j’aime les bêtes.
j’ai soigné la vache par des remèdes.
Avoue : tu es une sorcière. »

 

— Dans La douce Mort de Katheline , où on la noie pour la sauver :

 

« Katheline est à l’épreuve de l’eau condamnée :
Si elle surnage, elle est sorcière et brûlée ;
Noyée, elle sera chrétienne patentée,
Repêchée et au jardin de l’église enterrée. »

 

Oui, dit Lucien l’âne, je me souviens de Katheline et c’est une bonne idée de la remettre en évidence, car cette sorcière, comme la plupart de ses sœurs, est une bonne femme. Tout comme, il est bon de reparler un peu de Clara, qui dans Hou hou ! suivait les hommes pour un bout de pain et que les femmes poursuivaient à coups de bâton jusqu’à la tuer sur le bûcher, elle aussi.

 

« Les hommes la caressaient
Elle courrait en emportant son pain
Clara errait par les campagnes « hou hou »
On l’entendait japper et hululer, « hou hou »
Les femmes armées de bâtons « hou hou »
Le crucifix à la main pour arracher « hou hou »
Leurs garçons à la sorcière « hou hou »
Les femmes lançaient des cailloux.
Le feu danse rosâtre « hou hou »
Clara la folle est montée au bûcher
Sa bouche béante et ses yeux exorbités »

 

Exactement, répond Marco Valdo M.I., l’histoire de la pauvre Clara. Maintenant, pour ce qui est de cette chanson-ci, cette Santa Inquisizione, elle raconte le jeu atroce de la concupiscence – si, si, c’est le mot, même si certains entendent : con, cul, pisse, sens, comme si c’était une sorte d’onomatopée – d’un prêtre catholique qui, de dépit du refus de la jeune femme de se plier à ses fantasmes, va s’échiner à la faire condamner comme sorcière par-devant le tribunal de l’Inquisition, qui cette fois-là encore, dut rechercher le signe du diable, le stigma diaboli, qui identifie la sorcière.

 

Ah, dit Lucien l’âne, la sorcellerie – surtout quand la sorcière est jeune et jolie – est un métier dangereux. On l’accuse de détenir tant de connaissances (les herbes rares) qui ne peuvent lui être données que par le diable en personne. Quelle monstrueuse stupidité, quel monstrueux mensonge, quel manque d’humaine correction, de simple humanité ! Tel est l’effet de la religion quand elle veut se débarrasser des femmes intelligentes, indépendants et charmantes.

 

De plus, dit Marco Valdo M.I., les sorcières, c’est bien plus que ces caricatures qu’en font leurs stigmatiseurs. Leur rôle réel dans les sociétés paysannes ou d’urbanisation récente est celui complexe à la fois d’assistantes sociales, d’aides ménagères, d’infirmières, de sages femmes, d’avorteuses, de finisseuses, de médecins aux mains nues, des pharmaciennes, de conseillères familiales et elles rendent bien d’autres services aux pauvres gens. En ça, c’étaient de rudes concurrentes pour le clergé et sa tentative de monopole sociétal. Il fallait donc les éliminer et l’Inquisition s’y employa pendant des centaines d’années.

 

Bref, dit Lucien l’âne, on pourrait encore en dire tant, mais il faut conclure en tissant le linceul de ce vieux monde absurde, arriéré, abominable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 

 


Elle est jeune, elle est belle,

Bizarre et rebelle.

Sa peau a la couleur de l’ambre,

Ses cheveux sont le noir de l’encre.


Sa voix séduit le cœur,

Et l’envoûte son regard ;

Un chat noir

Est roi en sa demeure.


Furieux, le repoussé

L’a fait enchaîner ;

Le prêtre l’a piégée

De promesses manquées.

 

Ce faux cul sacré,

Descendance de Judas,

Lui fait avouer

Des fautes qui ne sont pas.

 

Le bûcher était déjà prêt,

La plèbe l’insultait,

Le bourreau la pleurait,

Le prêtre la désirait.

 

Je suis juste une femme

Solitaire et piégée ;

On me brûle par les flammes,

Ma fin est arrivée.

 

Frère Cassius note :

J’ai expié sa faute,

Je lui ai offert le salut,

Elle n’en a pas voulu.

 

Plutôt la flamme

Qu’être esclave.

Elle était jeune et belle,

Bizarre et rebelle.

 

Elle savait les herbes rares,

Elle vivait seule et sans peur.

Un chat noir

Était roi en sa demeure.

LA SAINTE INQUISITION
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11 mai 2022 3 11 /05 /mai /2022 10:42
À GIORDANO BRUNO

 

 

Version française – À GIORDANO BRUNO – Marco Valdo M.I. – 2022

Chanson italienne – A Giordano BrunoGiuseppe Di Modugno2019

Texte : Giuseppe Di Modugno
musiq
ue : Giuseppe Mereu
interprète : Doc Pippus


 

EXÉCUTION DE GIORDANO BRUNO

Campo dei Fiori – Rome – 17 février 1600

 

 

Filippo Bruno, dit Giordano Bruno (Nola, 1548 – Rome, 17 février 1600), est un philosophe, écrivain et dominicain italien qui a vécu au XVIᵉ siècle. Sa pensée, que l’on peut classer dans le naturalisme de la Renaissance, mêle les traditions philosophiques les plus diverses – matérialisme antique, averroïsme, copernicanisme, lullisme, scotisme, néoplatonisme, hermétisme, mnémotechnie, influences juives et cabalistiques – mais tourne autour d’une seule idée : l’infini, entendu comme l’univers infini, effet d’un Dieu infini, composé de mondes infinis, à aimer infiniment.

Condamné à être brûlé sur le bûcher pour hérésie, le 17 février 1600, la langue serrée dans un étau afin qu’il ne puisse pas parler, il est emmené sur la place du Campo de' Fiori, déshabillé, attaché à un poteau et brûlé vif. Ses cendres ont ensuite été jetées dans le Tibre.
 

Voici une brève synthèse de la pensée philosophique de Giordano Bruno :

— découvrir, enlever le voile de l’apparence, et comprendre comment sont les choses à la « lumière de la raison », en libérant l’esprit de l’homme de l’habitude de la croyance aveugle, et en donnant de l’importance à une éducation laïque et anti-dogmatique ;

— combattre l’irréformable religion dominante de la sujétion aveugle, proclamer l’autonomie par rapport au confessionnalisme et la séparation entre les lois humaines et divines, ainsi qu’entre les États et l’Église, libérer les gens de la sujétion psychologique à un confessionnalisme rigide, qui voudrait que les individus reproduisent des modèles dogmatiques inscrits principalement dans de supposées idées d’âmes ;
 

— construire une société civile qui relie l’homme à l’homme dans la justice, qui est à son tour une construction humaine, à travers des lois justes, en affirmant entre autres qu’il n’y a pas de justice sans égalité, comprise non pas comme un aplatissement, mais comme une égalité des chances prônant l’émancipation humaine individuelle, sociale et fondée sur les besoins, qui est alors le droit au travail dans la dignité même du travail ;

— placer au centre de tout ce qui existe la « matière-vie-nature », qui s’autoproduit et dont chaque être humain fait partie, qui, loin du finalisme et du providentialisme, est maître de sa propre vie, avec pour résultat de donner une centralité à la dignité personnelle de chaque individu, dans un univers, composé d’un ciel infini et d’une matière créatrice, finalement le fruit d’un amour infini ;

— être constamment du côté des femmes, renversant les schémas sexistes d’une époque où la misogynie était structurelle et où les femmes étaient brûlées vives comme sorcières.

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Encore un hommage à Giordano Bruno, c’est une bonne chose. N’était-ce pas ce brave Bruno qui avait fait un « Éloge de l’âne », demande Lucien l’âne ?

 

Oui, en effet, répond Marco Valdo M.I., il voyait un monde infini, qu’il avait baptisé Dieu pour les besoins de la survie de la divinité et de la religion et il avait affublé la nature, celle que déjà Lucrèce portait aux nues, du nom de Dieu, une nature autoproduite et éternellement en train de se faire elle-même. C’était là son ultime concession au siècle, mais le siècle ne voulut rien entendre – là-bas, vers 1600 (et même encore longtemps après), comme en Zinovie, on use de La Charette

 

« Et ceux qui pensent, on les fait taire. »

 

De mémoire d’âne, dit Lucien l’âne, c’est ce qu’ont fait depuis toujours les religions et les idéologies dogmatiques ; c’est ce qu’elles font encore aujourd’hui. Quant à nous, nous tissons le linceul de ce vieux monde religieux, dogmatique, croyant, crédule et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 

 

 

 

Au Campo dei Fiori,

Je t’ai vu arriver

Le visage pris

Dans un bâillon de fer,

Car il y avait grand danger

À te laisser parler,

Car dans tes yeux noirs,

Il n’y avait pas de lâcheté.

Et ensuite, ils m’ont fait savoir

Ton nom et que tu t’appelais

Bruno Nolano

Car de Nola, tu venais,

Et ton prénom était Giordano.

Cher Giordano,

Il est bon de pouvoir penser

Que toujours l’amour finit par gagner.

Car chez les rêveurs

Naît du cœur

L’intense désir de liberté.

 


Un frère médusé,

Émacié,

À la voix stridente,

Psalmodiante, chante.

Une flamme monte :

Ce n’est pas un lumignon,

Mais un papillon

Volant vers Bételgeuse.

Quel crime t’a donc sali

Pour mériter ainsi

Une mort si ignominieuse ?

Tu disais que toujours

Se meuvent toutes les choses

Animées par l’amour,

Et le feu ne peut effacer

Le désir d’atteindre la vérité,

Et la flamme jamais ne peut

Aux fiers esprits ôter

Le désir généreux

De surmonter la lâcheté.


 

Le Champ des fleurs,

Fut ton Calvaire

Et par une sentence autoritaire,

Entre les oraisons des prieurs

Et de lamentables rosaires,

Tu fus immolé

Pour la liberté.

Pas celle de courir,

Ni celle de partir,

Ou de chercher l’amour

Jour après jour.

Tu as pensé

Meilleur de passer

Ta vie à chercher

La vérité.

 

La flamme ardente du feu destructeur

Ne peut arrêter le temps qui viendra

Et la postérité saura sans erreur

De quel côté l’amour des gens se tiendra.

 

À repenser ici

À ce jour lointain,

À ces flammes d’un matin

Au Campo dei Fiori,

Mon salut aussitôt

S’en va à Giordano,

Par l’infamie

Envoyé au bûcher,

Et même si maintenant

Tant d’années ont passé,

Il serait temps

Et même indiqué

Que dans le monde

Encore, il y ait

Quelqu’un qui débonde

La vérité.

 

La flamme ardente du feu destructeur

Ne peut arrêter le temps qui viendra

Et la postérité saura sans erreur

De quel côté l’amour des gens se tiendra.

 

Et même si maintenant

Tant dannées ont passé,

Il serait temps

Et même indiqué

De remémorer le Nolano

Giordano Bruno,

Brûlé sur le bûcher

Pour la liberté.

 

À GIORDANO BRUNO
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Published by Marco Valdo M.I.
8 mai 2022 7 08 /05 /mai /2022 17:27

 

La Charrette

 

 

Chanson française – La Charrette Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; 039 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 040 : La Ville violée ; Épisode 041 : La Vie paysanne ;

 

Épisode 42

 

 

LA CHARRETTE

Issachar Ber Ryback – 1925

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

La charrette, qui donne le titre à la chanson, Lucien l’âne mon ami, comme tu le sais, est un véhicule rustique avec de grandes roues qu’on fait tirer par un bœuf, un cheval ou même parfois, un âne.

 

Je sais, dit Lucien l’âne, et je sais aussi que c’est une lourde tâche. Mais que vient faire ici cette histoire de charrette ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, il se trouve également que la charrette est un objet historique de sinistre mémoire, du moins pour ceux qui ont la mémoire de la Révolution française où la charrette joua un rôle aussi effrayant que la guillotine à laquelle elle emmenait les condamnés. C’est à ce sens-là que fait allusion la chanson :

 

« Pour moi, dit le père, c’est rien de mourir,

Mais de cette manière, le bétail va crever.

De l’assemblée, ils l’ont fait sortir.

Et sur la charrette, on l’a embarqué.

Un père si sobre, si intelligent, si gentil ;

Nul ne sait ni comment, ni où il a fini. »

 

Voilà, dit Lucien l’âne, qui me remémore ceci d’un autre écrivain russe dont le nom commence également par « Z », car il s’appelle Eugène Zamiatine. « Le soir, j’appris qu’ils en avaient emmené trois. Toutefois, personne ne parlait tout haut de ce qui venait de se passer, par suite de l’influence bienfaisante des Gardiens, invisibles parmi nous. Les conversations roulaient sur la chute rapide du baromètre et sur le changement de temps… » (Nous autres – un roman interdit par la censure dès 1923). Et pour le reste ?

 

Pour le reste, reprend Marco Valdo M.I., la chanson, comme celles qui la précèdent, répercute les échos captés durant le voyage en Zinovie selon le même schéma qu’à l’ordinaire, c’est-à-dire en quatre strophes de douze vers chacune. Pour ta gouverne, je vais un peu les décortiquer. La première expose quels sont les événements et les émotions autorisées en Zinovie ; il s’y glisse comme un soupçon d’ironie quand elle évoque :

 

« Les émotions permises sont limpides :

La joie des glorieux succès militaires,

L’enthousiasme pour la sagesse du Guide

Et ceux qui pensent, on les fait taire. »

 

Ça, c’est de toute actualité, dit Lucien l’âne.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., comme c’est souvent le cas ici. Donc, pour le reste, la deuxième strophe renvoie à une certaine mobilisation aussi volontaire qu’enthousiaste du peuple par le peuple et elle se conclut dramatiquement par la « disparition » du père, qui avait émis une critique devant l’assemblée populaire.

 

Oh, dit Lucien l’âne, il n’y a pas qu’en Zinovie que les gens critiques disparaissent ou sont emmenés on ne sait trop où. Souvent, on n’en retrouve jamais la trace que bien plus tard, quand on la retrouve.

 

Quant à la troisième strophe, continue Marco Valdo M.I., elle raconte la fuite et l’errance du fils qu’on poursuit jusque dans l’anonymat de la capitale où il s’était réfugié.

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, tel père, tel fils, ont-ils dû penser et se mettre à sa recherche, mais un mystérieux « jeune homme » l’a prévenu à temps ; sans quoi, j’imagine qu’il aurait suivi le chemin de son père. Il a heureusement choisi de fuir.

 

Heureusement, dit Marco Valdo M.I., certainement ! Quant à son destin, tout dépendra de la suite, laquelle par nature est imprévisible. Enfin, la quatrième strophe parle de l’impossibilité d’une littérature quand on n’a comme sujets possibles que le panégyrique du Guide et la célébration du glorieux, du merveilleux et du radieux.

 

Arrête-toi là, dit Lucien l’âne, car il importe de tisser le linceul de ce vieux monde inculte, barbare, glorieux, merveilleux, radieux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

À l’intérieur des frontières de Zinovie,

On connaît des événements ordinaires,

On ressent des émotions singulières,

Ainsi se déroule la vie.

Parfois, il y a des moments extraordinaires :

Famines, inondations, tremblements de terre,

Catastrophes aériennes et ferroviaires,

Les opérations spéciales et les menaces étrangères

Les émotions permises sont limpides :

La joie des glorieux succès militaires,

L’enthousiasme pour la sagesse du Guide

Et ceux qui pensent, on les fait taire.

 

Retour des vacances au cœur de l’été ;

Au village, les paysans sont enrôlés 

Pour créer le paradis annoncé.

Ceux qui n’ont pas pu fuir

Ont volontairement dû s’inscrire

Finalement, de leur plein gré.

Pour moi, dit le père, c’est rien de mourir,

Mais de cette manière, le bétail va crever.

De l’assemblée, ils l’ont fait sortir.

Et sur la charrette, on l’a embarqué.

Un père si sobre, si intelligent, si gentil ;

Nul ne sait ni comment, ni où il a fini.

 

Comme à la campagne, la tranquillité

À la ville ne peut toujours durer.

Un soir, un jeune homme vient le voir.

Vite, il rassemble ses quelques affaires ;

Sans tarder, il part dans le noir

N’importe où, se mettre au vert.

Il s’en va sans savoir où il va.

Sur un train de passage, il a sauté ;

Seul moyen de rester en liberté.

Son errance commença comme ça.

Après longtemps, il est descendu ;

Ici, on l’a plus jamais revu.

 

La Zinovie ne produit pas de la littérature ;

Ce n’est pas qu’elle manque de talents,

Simplement, le problème littéraire est évident :

On manque d’ingrédients pour l’écriture.

Où trouver de quoi parler, que raconter ?

Les infinies démarches pour un appartement,

Les files d’attentes, les réunions, les comités,

Le grand rêve partagé de l’Épanouissement ?

Seuls comptent notre passé glorieux,

Notre présent merveilleux et l’avenir radieux ;

La conscience et l’histoire de l’humanité

Sont juste des survivances du passé.

 

 

 

 

 

La Charrette
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Published by Marco Valdo M.I.
4 mai 2022 3 04 /05 /mai /2022 15:55

 

La Vie paysanne

 

 

Chanson française – La Vie paysanne Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; 039. L’Ordinaire de la Guerre ; 040 : La Ville violée ;



 


 

Épisode 41

 

 

ENFANCE PAYSANNE

Vladimir Makovski – 1890

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

La Zinovie, Lucien l’âne mon ami, a une histoire ancienne ; il en va de même pour ses habitants, même si le temps n’a pas la même densité, n’a pas la même longueur, s’il ne relève pas de la même mesure : le temps de l’une est plus long à passer que le temps des autres. L’une calcule en siècles ou en lustres ; les autres en années ; entre les deux, on calcule en décades ou en décennies, selon l’Académie.

 

Oui, dit Lucien l’âne, mais encore ?

 

Mais encore, poursuit Marco Valdo M.I., cette plongée dans l’histoire tant collective qu’individuelle ou plutôt, l’histoire collective vue au travers du prisme de l’individuelle, nous ramène à la campagne où commence la vie de notre héros inconnu. Pas si anonyme que ça, car on sent bien qu’il y a là comme un récit autobiographique. Bref, c’est une histoire individuelle, une aventure personnelle, qui s’est commencée sous le grand Guide et qui va connaître toutes les vicissitudes, dues aux soubresauts qui ont défait la Zinovie antérieure.

 

À la campagne, demande Lucien l’âne.

 

En fait, répond Marco Valdo M.I., comme on l’a déjà vu ici, avant la collectivisation forcée des campagnes, la vie dans les villages était foisonnante et rassemblait la plus grande partie de la population de Zinovie ; dans l’ensemble, si elle était dure et pauvre, pleine de disparités, elle faisait société.

 

« La campagne était bonne, généreuse, honnête ;

À présent, vide, sans queue ni tête, la vie s’entête. »

 

Ah bien, dit Lucien l’âne, et quoi d’autre ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, cette histoire focalise son regard sur l’enfance de ce héros inconnu (dont j’ai la nette impression qu’elle ressemble à celle d’Alexandre Zinoviev) et en relate les événements marquants. Du moins, ceux qui ont marqué la vie de l’enfant et qui lui ont façonné son destin. Tout y est : du petit enfant de famille nombreuse extrêmement pauvre (qui devait aller travailler au champ très tôt le matin avant d’aller à l’école) au savant universitaire, citadin par force. Cela dit, plein de choses transparaissent dans ce récit qu’on peut découvrir en portant une attention sur les détails. Je laisse à chacun le soin de faire ces découvertes.

 

Bonne idée, dit Lucien l’âne, car on va pas y passer la journée ; ce n’est pas un roman quand même, cette chanson. Pour le reste, nous tissons le linceul de ce vieux monde bouleversant, bouleversé, hésitant et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

La mère laboure la terre stérile

Depuis l’aube débile ;

Le soir venu, elle dételle sa rosse,

Se couche sur le poêle

Et accouche d’un nouveau gosse.

Elle range la maison, regarde l’étoile,

Et s’en va s’occuper des bêtes.

L’enfant pleure à tue-tête.

L’enfant affamé attend

Le retour de maman.

Vie paysanne au quotidien

Et naissance dans le monde ancien :

 

À la fin de l’école primaire,

Ses parents espèrent

En son avenir non-agricole.

Il sera cordonnier, dit le père ;

Il sera tailleur, dit la mère.

Il sera savant, dit le maître d’école.

Depuis cinquante ans ici,

J’enseigne à tous les enfants ;

Je n’ai jamais connu si bel esprit ;

On n’en voit pas un tel en cent ans.

Qu’il étudie, dit le père ;

Qu’il aille à la ville, dit la mère.

 

La mère se met à pleurer.

Enfin, on ne va pas le laisser

Crever de faim ici, dit le père

Alors, on vend les bottes du grand-père,

Le vieux fusil et l’alliance.

Il faut lui faire confiance.

Comme le temps a passé vite,

Le père est mort d’une péritonite,

La mère au bout d’une vie d’esclavage

Est partie à la fin de son voyage.

La campagne était bonne, généreuse, honnête ;

À présent, vide, sans queue ni tête, la vie s’entête.

 

Au village, on a juste une isba

D’une seule pièce et six enfants,

Les autres sont partis déjà.

Papa est mort, reste maman,

Tous les jours à porter, à ranger.

On a à peine de quoi manger.

La belle vie quand on aura du pain.

Avant la classe, faut travailler tôt.

Chez le voisin, il y a du gâteau.

L’égalité n’est pas pour demain.

Je faisais de l'ombre, on m’a accusé de vol ;

J'en savais trop, on m’a chassé de l’école.

 

 

La Vie paysanne
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