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10 février 2022 4 10 /02 /février /2022 19:16

 

Faire ou ne pas faire

 

 

Chanson française – Faire ou ne pas faire Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ;

 

Épisode 22

 

 

 

L’IVROGNE PERD LA TÊTE

Marc Chagall – 1912

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Quel titre encore, dit Lucien l’âne, on dirait une référence, une allusion au Prince de Danemark et moi qui croyais qu’on était en voyage en Zinovie.

 

Bien sûr, mon ami Lucien l’âne, que c’est une allusion, une référence à Hamlet et à sa fameuse tirade. Cependant, il y a une différence et elle est essentielle. Hamlet dit textuellement « To be or not to be ; that is the question. » (III, I, 56) – qu’on traduit sans aucune erreur possible par « Être ou ne pas être ; c’est la question. » et le soliloque anonyme de la chanson dit : « Faire ou ne pas faire, telle est la question. », ce qui est d’évidence, une autre affaire. Cette méditation d’Hamlet pose une question centrale d’ordre philosophique ; celle e la chanson est tout aussi centrale, mais pour l’éthique, pour la morale ; elle interroge la légitimité fondamentale de l’acte ou de l’action. Autant l’« être ou ne pas être » est statique, autant le « faire ou ne pas faire » est mouvement.

 

Ça va, dit Lucien l’âne, j’ai compris. Mais ne peux-tu plutôt synthétiser la chanson ?

 

Certainement, répond Marco Valdo M.I., et c’était mon intention de relier les quatre strophes à la lumière de ce « Faire ou ne pas faire ». Donc,

— La première indique que le dilemme n’est pas la bonne question, dans la mesure où la réponse ne peut être qu’une impasse logique. C’est le cas de force majeure.

— La deuxième tranche nettement en faveur de la morale.

— La troisième pour le dilemme de l’artiste (forcément) novateur face au pouvoir, au bon goût, à l’académisme.

— La quatrième montre le jeu du faire et une autre de ses impasses.

Pour les détails, je laisse chacun les découvrir.

 

Parfait, dit Lucien l’âne. Avec tes explications, je ne sais toujours pas ce que raconte la chanson, mais par contre, je comprends son ressort caché. C’est l’essentiel. Je m’en vais à présent voir les détails et surtout, retenir qu’il y a des choses qui se font et des choses qu’on ne fait pas. Pour le reste, en ce qui nous concerne, nous faisons ; la preuve, nous tissons le linceul de ce vieux monde faiseur, bâtisseur, destructeur, dégradeur, rongeur, consumeur, consompteur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Faire ou ne pas faire, telle est la question

Et la réponse a des airs d’équation.

Le soleil descend, la foule panique et fuit

Devant un groupe de chars ennemis.

Sur le chemin, une femme et son enfant

Se promènent tranquillement.

La foule fonce et sans même les voir

Piétine les promeneurs du soir.

Condamner la foule pour cet accident ?

Elle ne pouvait faire autrement.

Du reste, les chars ont écrasé sans retard

Les morts et la plupart des fuyards.

 

Hé les hommes, que faites, vous ?

Il y a une morale, malgré tout.

La femme était une employée compétente,

Une collaboratrice scientifique intelligente.

Parmi ses amis, un dissident.

De là, viennent tous ses tracas.

Pour prendre sa place, une autre fit fracas.

La dame aux agents du gouvernement.

À son travail pour s’en défaire,

L’autorité monta toute une affaire.

La femme avait de la personnalité,

Honnête et morale, elle refusa de dénoncer.

 

En Zinovie, la culture est populaire,

Elle obéit naturellement aux bons critères.

L’art est une affaire ténébreuse,

L’art libre est une pathologie dangereuse.

Pas question de laisser un génie

Inventer et créer en liberté.

Un art autonome est une insanie

Qu’il faut sérieusement limiter.

On séquestre œuvres et artistes ;

Pour assurer la sécurité artistique,

On interne les créateurs avant-gardistes

Dans des établissements psychiatriques.

 

En Zinovie, l’ivrognerie est une religion ;

On boit pour boire, c’est une vocation.

N’importe où, n’importe quand, n’importe quoi,

On biberonne, on s’imbibe, on tombe là.

En Zinovie, l’alcoolisme règne en général.

Pour le contrer, il y a le travail social.

Cette propagande a ses spécialistes,

Pas toujours ennemis de la bouteille.

En la matière, ce sont de vrais artistes ;

Ils tiennent le coup, une merveille.

Le zélateur nous a sermonnés encore,

Avant de s’effondrer ivre mort.

 

 

 

 

 

 

 

 

Faire ou ne pas faire
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Published by Marco Valdo M.I.
8 février 2022 2 08 /02 /février /2022 18:11

 

DEMAIN, LA GUERRE

 

Version française – DEMAIN, LA GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la traduction italienne de Riccardo Venturi – Domani guerra – 2022

d’une

Chanson russe – Завтра война (Zavtra vojna) – Kino / Кино – 1990


Paroles et musique : Viktor Coj (Tsoi)
Album : Чёрный альбом (« Black Album »)

 

 

 

LA LUNE SUR LE DNIEPER
Arkhip Kouïndji - 1880

 

 

Le très court morceau (35 secondes) qui clôt le « Black Album » de 1990 de Kino. Le « Black Album » est appelé ainsi en raison de sa couverture entièrement noire, qui ne contient que le nom de Kino. Il s’agit en fait d’un album sans nom, appelé par beaucoup seulement “Kino” (1990) ; le nom « Album Noir », par lequel il est maintenant communément appelé, est dû aux auditeurs (un peu comme “Indiano” de Fabrizio De André). Dans l’album original de 1990, même les chansons n’avaient pas de titre et étaient seulement numérotées de 1 à 8 ; ce n’est qu’en 1994 que les « titres de travail » des morceaux ont été révélés, qui ont depuis été indiqués. [RV]

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

J’avoue, Lucien l’âne mon ami, qu’une des gageures lors de la publication de chansons ou de leur version française est de trouver une illustration appropriée et en ce qui me concerne, si possible, une œuvre picturale – peinture, lavis, aquarelle, fresque, murale, dessin, croquis, gravure, que sais-je ? – ou photographique.

 

Et pourquoi donc, Marco Valdo M.I. mon ami ?

 

Mais tout simplement, répond Marco Valdo M.I., parce que j’aime ça.

 

C’est une excellente raison, répond Lucien l’âne.

 

Cette fois, reprend Marco Valdo M.I., l’illustration est un tableau d’un peintre ukrainien Arkhip Ivanovitch Kouïndji ; un tableau de 1880 qui représente la Lune scintillante au-dessus du Dniepr. Je rappelle que le Dniepr est ce fleuve venu de Russie par la Biélorussie et traverse de part en part l’Ukraine, arrose sa capitale Kiev pour finir son long parcours en un delta marécageux dans la Mer Noire. En l’occurrence, ce tableau situe très exactement le lieu et l’histoire que raconte cette chanson, celle d’un garçon qui se promène le long du fleuve sous la Lune en étant tout à fait inconscient de la guerre qui se prépare à éclater.

 

Ah, dit Lucien l’âne, celle à quoi immanquablement on pense, c’est sans doute celle qu’on imagine sur le point de se déchaîner – je dis ainsi car elle est en cours depuis des années, si ce n’est bien plus – dans laquelle, comme on le signalait à propos de l’autre chanson de Kino, GÉNÉRAL, cent mille (100 000) soldats russes s’apprêtent à venir « venir libérer les Ukrainiens d’eux-mêmes ».

 

Exactement, Lucien l’âne, et dernier mot, il convient de signaler que le peintre Arkhip Ivanovitch Kouïndji est lui aussi annexé par la Russie.

 

Pour le reste, dit Lucien l’âne, qui vivra, verra. Tissons le linceul de ce vieux monde morne, sombre, brumeux, blême, bleu, bleui, bleuté, bleuâtre, gris, grisâtre, grisé, grisouillard et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Au-dessus des champs, brume.

Au-dessus de la rivière, brume.

Viendra, viendra pas,

C’est un mensonge toutefois.

Dans le ciel, la lune est là,

Derrière elle, un mur d’étoiles danse,

Au-dessus de la ferme, on entend un chant.

Un petit garçon s’avance

Et ne perçoit pas un instant

Que demain, la guerre commence.


 


 
 DEMAIN, LA GUERRE
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Published by Marco Valdo M.I.
7 février 2022 1 07 /02 /février /2022 18:07

GÉNÉRAL
 

Version française – GÉNÉRAL – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la traduction italienne de Riccardo Venturi – General – 2022

Chanson russe – Генерал : General – Kino / Кино1983

Paroles et musique : Viktor Coj [Tsoi]

 

 

 

La chanson, écrite comme presque toutes les autres par Viktor Coj (ou “tsoi”, comme on le traduit encore souvent dans l’ancien style), date de 1983 et provient à l’origine de l’album « 46 », qui fait suite au premier album studio de Kino en 1982, intitulé « 45 ». Plus tard, en 1984, la chanson a également été incluse dans le troisième album, Начальник Камчатки [Načalnik Kamčatki, « La tête de Kamčatka » ; « Kamčatka » était le nom que Coj avait donné à la cuisine de son très modeste appartement en 1985]. C’est une chanson courageuse : il est impossible de ne pas y lire des références explicites à l’aventure soviétique en Afghanistan, dans laquelle l’URSS s’était empêtrée sans pouvoir en sortir et qui a sans doute précipité sa disparition. [RV]

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Ohlala, dit Marco Valdo M.I., il y a tant de chansons dans le monde, tant d’autres choses, tant d’autres gens et tant d’autres populations et tant d’autres façons de vivre – rien que pur ce qui concerne l’espèce humaine, qu’on en a le cerveau tout retourné rien que d’y songer. Pour donner une idée, mais assez vague quand même encore, il y a dans ce labyrinthe des Chansons contre la Guerre, au moment où je te parle, plus de 60 000 chansons – originelles et traductions confondues. C’est dire l’ampleur de l’affaire.

Oui, dit Lucien l’âne, on peut y vaguer tant et plus, sans compter la diversion des 160 langues (j’arrondis) qui entrent en jeu. Soit, mais ensuite, quid de la chanson ?

 

Il faut ici préciser sans attendre, reprend Marco Valdo M.I., qu’elle s’intitule Général (dans sa version française), qu’à l’origine, elle est en langue russe et que son auteur est Viktor Tsoï. J’ajoute que le commentateur et traducteur italien Riccardo Venturi précise qu’elle fait allusion à la guerre et l’invasion (1979) et la retraite (1989) des armées russes d’Afghanistan, où cent mille – note bien le chiffre de 100 000, il est plus que symbolique, car on le retrouve de ces jours-ci dans tous les médias – soldats russes ont participé à l’opération Chtorm 333 (Tempête 333), qui fut rebaptisée à l’époque : « Opération Prague », en référence à la « libération de la Tchécoslovaquie envahie par ses propres habitants, opération menée par des armées amies en 1968 » – voir à ce sujet Le Printemps de Prague.

 

Oui, dit Lucien l’âne, la coïncidence est troublante ; on dirait que se répète la même scène, on dirait que l’Histoire bégaye. Une armée d’amis va-t-elle venir libérer les Ukrainiens d’eux-mêmes ? On dirait une absurde histoire de Zinovie. Enfin, voilà le cadre posé, mais quelle est l’anecdote de la chanson ?

 

Elle interpelle à mots couverts (c’est la pluie…), dit Marco Valdo M.I., un général apparemment à la retraite… C’est là que vont les généraux quand ils tombent en panne de guerre.

 

Ah, dit Lucien l’âne, voyons ça et tissons le linceul de ce vieux monde bégayant, radotant, rejouant ses vieilles rengaines et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 

 


Où êtes-vous et avec qui, maintenant ?

Qui veut être juge finalement ?

Qui se souvient des identités ?

On a épuisé nos arguments,

Ne troublez pas la tranquillité,

C’est un très sombre moment.

 

Où est votre uniforme, général ?

Où sont vos médailles, votre dos raide ?

Vous n’avez pas entendu sonner la retraite,

C’est la pluie qui frappe votre toit, Général.

 

Tout le monde trouve le temps de sortir d’ici,

Mais personne n’ira jusqu’à le faire.

Ceux qui viennent parlementer, un après lautre,

Connaissent déjà le goût amer de ce fruit.
 

Où est votre uniforme, général ?

Où sont vos médailles, votre dos raide ?

Vous n’avez pas entendu sonner la retraite,

C’est la pluie qui frappe votre toit, Général.


On voudrait dormir, mais voici le thé.

Et la pièce est très bien éclairée.

Demain, la matinée pourrait être ensoleillée,

Finalement, trouvera-t-on la bonne clé ?


Où est votre uniforme, général ?

Où sont vos médailles, votre dos raide ?

Vous n’avez pas entendu sonner la retraite,

C’est la pluie qui frappe votre toit, Général.

 

 

GÉNÉRAL
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Published by Marco Valdo M.I.
5 février 2022 6 05 /02 /février /2022 17:46

 

Le Progrès

 

 

Chanson française – Le Progrès Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ;

 

 

Épisode 21

 

 

LES MEULES

Isaac Levitan – 1900

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, d’abord, il me semble utile de repréciser que ce que rapportent ces chants de Zinovie n’est rien d’autre que l’écho – tel que perçu par les voyageurs – de récits, propos, discussions, discours et que sais-je encore des Zinoviens eux-mêmes. Il importe beaucoup que ce soit clairement établi. Cela dit, le progrès, qui est le titre et l’objet de la chanson, est une des grandes ambitions de l’espèce humaine. En Zinovie, c’est sa voie royale ; c’est une promesse constante, constamment renouvelée, toujours réitérée de guide en guide ; le progrès emmène toute la Zinovie vers l’avenir radieux ; il conduit le peuple vers le meileur des mondes, vers une perfection encore plus parfaite.

 

De ce fait, dit Lucien l’âne, le guide, l’ânier suprême en quelque sorte, ressemble au patriarche guidant le troupeau du peuple vers des prairies magnifiques toujours au-delà de l’horizon.

 

C’est un peu ça, répond Marco Valdo M.I., sauf qu’ils sont déjà arrivés.

 

Alors, dit Lucien l’âne, le progrès fait du sur place.

 

Tu galéjes, Lucien l’âne mon ami, sans doute, faut-il mieux dire que le progrès se fait sur place. Comme on le voit au début de la chanson, la Zinovie, qui a connu de glorieux grands épisodes guerriers, se pense avec un esprit tout martial ; la stratégie et la tactique sont des règles de vie et le pays fourmille de généraux, bardés de médailles. Deux mots, vite fait, pour situer Tacticus, le théoricien inventeur de la tactique (connu également dans le Disque Monde) et de son impérissable ouvrage : La Guerre zinovique, dont le modèle est certainement La Guerre gallique (De Bello Gallico) de son lointain prédécesseur : Jules César, modèle de tous les Césars à venir et de tous les Csars (alias guides) de Zinovie.

 

Je vois, je vois, dit Lucien l’âne. J’ai connu le premier sur les routes légionnaires lors de ses campagnes provinciales – un bonhomme chauve et un peu bègue. Et que raconte d’autre la chanson ?

 

Elle nous apprend, Lucien l’âne, plus exactement, la deuxième strophe nous rappelle qu’en Zinovie, l’alcoolisme n’est pas un fléau, c’est un caractère national très largement partagé :

 

« En respectant l’adage populaire :

« À chacun selon sa soif, avalons le verre solidaire ! »

 

Et les deux dernières strophes traitent du progrès tel qu’il est vécu en Zinovie depuis sa grande révolution ; cela, je te le laisse découvrir.

 

Je m’en vais le faire avec attention, dit Lucien l’âne. Pendant ce temps, tissons le linceul de ce vieux monde progressiste, perfectible, stratège, stratégique et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

 

Vivre ici, c’est avant tout résister.

C’est toute une pratique ;

Il faut pour se guider

La stratégie et la tactique.

La stratégie est l’invention du génial

Stratège militaire Stratégugus.

La tactique est l’invention du général,

Auteur de La Guerre zinovique, Tacticus.

La stratégie se résume à penser :

Il n’y a pas à réfléchir.

La tactique consiste à montrer

Qu’on n’a rien à redire.

 

Les citoyens habituels du pays

En deux camps sont répartis.

Les sobres, les abstèmes, les abstinents,

Et puis, les ivres, les ivrognes impénitents.

Parmi tous ces acharnés biberonnant,

On a d’un côté, les travailleurs et les dirigeants.

Ce sont les alcoolos, les siffleurs, les picoleurs

Qui trinquent en tout bien tout honneur,

En respectant l’adage populaire :

« À chacun selon sa soif, avalons le verre solidaire ».

Par ailleurs, les intellos, les absents, les mal-pensants

Qui se soûlent en groupes dissidents.

 

La Zinovie doit son indépendance

À ses grandes plaines arables

Capables de fournir en abondance

Légumes, fruits, blés, viandes convenables.

Un temps, on les négligea,

On industrialisait à tour de bras.

Les jeunes s’en allaient à la ville.

Devant l’usine, ils prenaient la file.

Sans paysans, le pays a dû acheter

Cher ses victuailles à l’étranger.

On décida de corriger ces inepties.

Ainsi court le progrès en Zinovie.

 

Depuis ce moment, on sème, on plante

Beaucoup plus qu’on ne peut récolter

Et à la fin, on récolte

Énormément plus qu’on ne peut stocker.

C’est l’inconvénient de l’abondance.

On dépasse toujours les objectifs.

Le guide comminatoire et impératif

Impose au travail d’héroïques cadences.

De cette épuisante et absurde vie,

La population, grosso modo, s’est satisfaite ;

Elle n’en veut pas une plus parfaite.

Ainsi court le progrès en Zinovie.

 

 

 

 Le Progrès
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Published by Marco Valdo M.I.
2 février 2022 3 02 /02 /février /2022 11:08
PRAGUE

 

Version française – PRAGUE – Marco Valdo M.I. – 2022

Chanson italienne – PragaMassimo Bubola – 1989

 

 

 

PRAGUE


 

 


Dialogue Maïeutique

 

 

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, nous voilà de retour à Prague.

 

Oui, Marco Valdo M.I. mon ami, finalement avec tes chansons, on est devenus des enfants d’Herbert Georges Wells, de véritables voyageurs temporels.

 

Quoi, dit Marco Valdo M.I., mais nous n’avons pas de machine ?

 

Certes, dit Lucien l’âne, nous n’avons pas de machine, mais nous avons les mots. Nous ne voyageons pas en peau et en poils, mais en chanson. Souviens-toi, à Prague, on y était déjà venus bien sûr quand on parlait d’Ilse Weber, Karel Kryl et d’autres, mais aussi en pèlerins pèlerinants avec Matthias, Matěj, l’Arlequin amoureux dont tu contas les aventures entre Marengo (1800) et Austerlitz (1815), au travers des lettres du Lieutenant : La Lettre de Marengo et La Lettre d’Austerlitz. On y était revenus avec Le Parti que créa pour les élections de Prague en 1911 et tout ce qui s’en est suivi, Jaroslav Hašek, l’auteur de Chveik, qu’on salua ici dans La Chanson de Chveik le Soldat.

 

Oui, répond Lucien l’âne, tout ça est bien beau, mais je suis sûr que ce n’est pas de ça que s’inquiète la chanson.

 

Ho, Lucien l’âne mon ami, laisse-moi terminer. Je laisse de côté les autres incursions que nous avons occasionnellement faites là-bas pour en venir directement à la chanson Praga de Massimo Bubbola, qui elle date de 1989. L’année a tout son sens. Donc, il faut se souvenir qu’en 1989, à Prague, à l’annonce de la chute du Mur de Berlin – autrement dit d’un énorme craquement annonciateur de l’effondrement de l’ère de glaciation, reprenant l’andante tchécoslovaque brutalement interrompu en 1968 par les touristes motorisés et lourdement armés, mais néanmoins, amicaux, qu’ils disaient –, se déclencha la révolution de Velours, qui est l’objet de la chanson. On festoyait à Prague et Sonia dansait jusque tard dans les rues de Prague ;

 

« Au long de la Moldau, on dansait l’une

Contre l’autre dans le vieux Prague. »

 

et la chanson de raconter ce temps où les chars ne servaient plus que de sapins de Noël, c’est la symbolique de la chanson.

 

« Les soldats et les rubans de couleur,

Accrochés aux chars des libérateurs,

Jouaient aux sapins de Noël, tranquilles

Au beau milieu de la ville. »

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, il faut toujours se méfier des touristes lourdement motorisés. Cela dit, ce dut être un moment exaltant et depuis, il en est passé des eaux charriées par la Moldau. Alors, quant à nous, fête pour fête, tissons le linceul de ce vieux monde branlant, dansant, swinguant, bégayant, roulant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Sonia était son nom,

Mon pouls vibrait dans l’obscurité ;

Sonia était son nom,

Soudain le train s’est arrêté.

et autour toujours, la neige

Et encore autour la plaine beige.

Nous avons bu une liqueur

Pour étouffer nos peurs.

Dansant pour le printemps,

Dansant le long de la frontière,

Dansant seuls dans les rues de Prague,

Au long de la Moldau, dansant

Dansant pour la lune claire

L’un contre l’autre dans le vieux Prague.

Les cheveux sous un châle

Lui descendaient dans le dos,

Aux lumières jaunes et aux contrôles,

Elle se cachait dans mon manteau.

Les soldats et les rubans de couleur,

Accrochés aux chars des libérateurs,

Jouaient aux sapins de Noël, tranquilles

Au beau milieu de la ville.

On dansait pour le printemps et la fin de l’hiver,

On dansait le long de la frontière,

On dansait seuls dans les rues de Prague.

On dansait pour la nouvelle lune

Au long de la Moldau, on dansait l’une

Contre l’autre dans le vieux Prague.

 

PRAGUE
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Published by Marco Valdo M.I.
31 janvier 2022 1 31 /01 /janvier /2022 11:27

 

La Gastronomie des Étoiles

 

 

Chanson française – La Gastronomie des Étoiles Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve

 

Épisode 20

 

 

 

BANQUET DE MARIAGE DE CUPIDON ET PSYCHÉ

Raphaël – 1517

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Pour ce qu’on en apprend dans cette chanson, Lucien l’âne mon ami, la Zinovie est la pionnière porteuse d’une conception particulière de science révolutionnaire, axée sur l’espace intersidéral, une science dont, comme il se doit, les premiers pas se font sur terre. Pour mener à bien ces recherches spatiales, il lui faut – faisons court – expérimenter sur l’homme. L’homme au sens large qui inclut la femme et toute autre forme. Cependant, on n’en est encore qu’aux débuts.

 

« On n’est que trois

Deux étranges créatures –

Cet homme, cette femme – et moi.

Tous semblables, tous rasés,

Tous pareils dans cet habit banal. »

 

En fait, et c’est tout aussi fantastique, la Zinovie invente ainsi l’humanisme intégral :

 

« Une société d’êtres asexués,

C’est de l’humanisme intégral. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, voilà un concept appelé à un grand avenir et qui me semble un grand progrès au regard des divisions actuelles de l’espèce humaine et de l’égalité à laquelle elle aspire.

 

Oui, certes, répond Marco Valdo M.I. ; cependant, ce bel engagement dans la science progressiste cache une terrible réalité. Pour développer ses recherches, il faut amener des êtres humains à participer aux expériences et en Zinovie, on en chipote pas, on n’y va pas par quatre chemins. On désigne les volontaires – ce sont les volontaires zinoviens, qui ont, en outre, une série de caractéristiques utiles : celle d’être secrets et anonymes et celle d’être interchangeables et remplaçables ; de surcroît, c’est une ressource quasiment inépuisable. Leur recrutement est aisé : on les arrête et on les enferme dans un lieu que – « ni prison, ni hôpital » – j’appellerai faute de mieux, un expérimentorium.

 

« Ni en prison, ni à l’hôpital,

Cobayes involontaires

Du laboratoire sidéral

D’une science révolutionnaire. »

 

Par parenthèse, c’est le sort qu’on réserve aux animaux de laboratoire, dit Lucien l’âne, et je me demande, comment ça se passe dans cet « expérimentorium » ?

 

Justement, dit Marco Valdo M.I., la dernière partie de la chanson donne quelques précisions triviales, mais intéressantes à propos de l’hygiène et de l’alimentation.

 

« L’avenir radieux nous dévoile

L’hygiène et la gastronomie des étoiles. »

 

Ce sont évidemment des choses essentielles, dit Lucien l’âne, et comme toujours, la Zinovie nous met en perspective l’avenir radieux. Il y a là un je ne sais quoi de prodigieux qui m’intrigue. En attendant, tissons le linceul de ce vieux monde trivial, banal, bancal, quotidien et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

En Zinovie, on a un laboratoire

D’expériences spéciales particulières

Aux visées un peu aléatoires

Un lieu d’études peu ordinaires.

On fait entrer devant la commission spéciale

Un homme accusé de maladie mentale.

C’est un cas peu banal à étudier,

Tête glabre, visage émacié, air égaré,

Un nain entre ses deux infirmiers.

Il dit : Je suis ici contre mon gré.

Gardez-votre calme, asseyez-vous

À votre aise, faites comme chez vous.

 

Je n’ai pas de chez moi.

Et puis, pourquoi je suis là ?

On va soigner votre hystérie.

Je ne comprends rien à vos âneries.

On le pousse dans une grande salle,

L’homme trébuche, tombe à terre,

Se redresse tant bien que mal.

Il regarde dans le local ;

Pas de fenêtre, d’où vient la lumière ?

Et d’où vient ce fracas infernal ?

Une radio hurle à pleins micros

De vieux bulletins d’infos.

 

Dix lits nichent dans les murs,

Pourtant, on n’est que trois,

Deux étranges créatures –

Cet homme, cette femme – et moi.

Tous semblables, tous rasés,

Tous pareils dans cet habit banal ;

Une société d’êtres asexués,

C’est de l’humanisme intégral.

Ni en prison, ni à l’hôpital,

Cobayes involontaires

Du laboratoire sidéral

D’une science révolutionnaire.

 

Soudain, silence, la sonnerie claironne.

Oh, miracle de la grande technique,

Des toilettes sortent des briques.

Pendant une minute, ça sonne

Et c’est fini, les cuvettes se retirent.

Une nouvelle sonnerie s’étire,

Les tubes sortent des parois.

C’est l’heure du repas.

On prend chacun en bouche un tuyau,

On déglutit l’aliment du cosmonaute chaud.

L’avenir radieux nous dévoile

L’hygiène et la gastronomie des étoiles.

 La Gastronomie des Étoiles
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Published by Marco Valdo M.I.
28 janvier 2022 5 28 /01 /janvier /2022 19:11

 

L’inaccessible Rêve

 

 

Chanson française – L’inaccessible Rêve Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire

 

 

 

Épisode 19

 

 

LA VIE MÉLANGÉE

Vassili Kandinsky – 1907

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Et voilà, Lucien l’âne mon ami, on continue notre voyage en Zinovie ; on écoute ce qui se dit là-bas, ce que veulent dire les gens. Pour nous, il ne s’agit pas vraiment de réaliser une notice touristique ; il s’agit, comme on aura déjà pu le constater lors des épisodes précédents, d’une sorte de reportage des profondeurs.

 

En effet, Marco Valdo M.I., comme tu le dis, on a déjà pu se rendre compte de la manière particulière, du prisme original au travers duquel on appréhende la Zinovie et ses habitants et sa façon d’être et de fonctionner. Qu’en est-il cette fois de cette chanson dont je perçois – au travers de son titre – qu’elle a une parenté avec l’inaccessible étoile que Jacques Brel célébrait dans La Quête ?

 

Avant de décortiquer un peu ce nouvel épisode, Lucien l’âne mon ami, je vais retracer ceux qu’on a précédemment parcourus :

 

Épisode 1 : où on rencontre les guides – l’actuel étant un certain Foutine.

Épisode 2 : où on pressent la guerre ; épisode que j’avais dans un premier temps intitulé : « Chanson pour la prochaine », où on croise le destin et la mort.

Épisode 3 : où on découvre qu’on est les mouches de l’éternité.

Épisode 4 : où on envisage la Zinovie comme paradis.

Épisode 5 : où on aperçoit les héros du faux front arrière.

Épisode 6 : où on s’interroge sur le mystère de la disparition des dissidents.

Épisode 7 : où on décèle de pouvoir réel en Zinovie.

Épisode 8 : où la carrière du directeur ressemble à la carrière du dirigeant.

Épisode 9 : où on parcourt les chemins de la réussite dans la vie en Zinovie.

Épisode 10 : où la culture s’avère un moyen d’atteindre le but final.

Épisode 11 : où on apprend la création de l’homme nouveau – le novhom.

Épisode 12 : où une jeune fille ne passe pas ses examens.

Épisode 13 : où il est question d’amour.

Épisode 14 : où on dévoile le suicide organisé.

Épisode 15 : où on parle des gens de Zinovie.

Épisode 16 : où on compare la Zinovie d’aujourd’hui à celle d’hier.

Épisode 17 : où on visite la Zinovie cachée.

Épisode 18 : où on confesse le Rat soldat.

Et pour ce qui est de la proximité avec l’inaccessible étoile, je confirme tout à fait ton impression ; la Zinovie s’était fixé un rêve grandiose et c’est bien là son malheur : plus elle affirme vouloir le réaliser, plus elle s’en éloigne.

 

Ainsi, dit Lucien l’âne, je vois tout notre parcours et où il en était arrivé. Mais ensuite ?

 

Ensuite, dit Marco Valdo M.I., comme tout le monde le sait ou en tout cas, devrait le savoir, l’humanité (et peut-être aussi les autres espèces vivantes) vit deux vies en même temps ; plus exactement, elle vit sur deux plans, dans deux mondes parallèles ou superposés, je ne sais comment dire. Enfin, le monde concret où elle s’affronte aux choses matériellement, d’une part et d’autre part, le monde idéal et intangible où elle vit en rêvant. C’est dans ce dernier qu’elle dessine sa gloire, qu’elle atteint son état de grâce, qu’elle trouve libre parcours pour ses ambitions et pour ses envies les plus secrètes ; là, elle se révèle à elle-même. Et c’est aussi son lieu de ressourcement ; là-bas, elle peut développer ses élucubrations et ses espérances ; elle peut y mitonner ses plans à l’ombre de la liberté. C’est le domaine qui échappe aux autorités et c’est précisément ce qui les tracasse, surtout en Zinovie où rien ne peut échapper au Guide et à ses subalternes. C’est pourquoi, sur instructions aussi confidentielles qu’impératives, on a mis au point le « morpho », un instrument qui explore les mondes intimes des rêves. À peine inventé et à peine expérimenté, le « morpho » a été débranché, mis au secret car s’il révélait les pensées secrètes de chacun, il révélait aussi les ruminations cachées du guide.

 

Oups, dit Lucien l’âne, c’est confondant ce morpho et je vois très bien pourquoi on l’a immédiatement détruit et mis au rebut. Comme quoi, la vérité n’est pas toujours bienvenue. Enfin, voyons ce qu’en dit la chanson et tissons le linceul de ce vieux monde menteur, dissimulateur, dictateur et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

D’où viennent tous ces gens ?

Y en avait-il avant ?

Il n’est pas bon en Zinovie

D’être un différent.

On peut bien vivre sa vie

Sans être un différent.

Pourtant des gens de chez nous

Amis, fils, filles, pépés, nounous,

Content des anecdotes anti,

Lisent la nuit des livres anti.

Chacun à n’importe quel moment

Peut devenir un différent.

 

Les gens dorment un tiers de leur temps.

Que font-ils, que pensent-ils en somnolant ?

Pensées vagabondes, songes inventifs ?

Sans contrôle, sans surveillance.

Jeux interdits, discours subversifs ?

Il faut conquérir les consciences :

Ordre du guide et du gouvernement.

On a mis le paquet et un tas d’argent,

Ainsi, on a inventé en Zinovie

Une nouvelle grande science :

L’étude du rêve, la morphométrie,

Et la machine à explorer les consciences.

 

Voilà le morpho, le révélateur de rêves :

Sur son grand écran tourne la Terre,

La boule bleue sans trêve ;

Elle grandit, partout, c’est la guerre 

Et l’Amérique, l’Afrique, les océans,

Les forêts, les fleuves, les villes,

Les foules ; en grand cortège, les gens

Par milliers vont en une infinie file

Portant magique relique, un seul portrait,

Les femmes nues tendent les mains.

Et crient « Génie des génies », tu nous plais !

Le Guide rêve des lendemains.

 

L’alcoolo rêve de bistrots,

De bouis-bouis, de gargotes impeccables,

Flanqués de désintoxariums confortables,

Chauffés, avec des salles d’eau

Où sévissent des filles empathiques

En tablier blanc et gestes précis.

Des médecins comme à la clinique

Auscultent les ivrognes ahuris

Et ordonnent des traitements appropriés :

Vodka, cognac, bière, vin pour commencer.

Sur le toit, la réclame en couleurs clique :

Vive l’avenir radieux des alcooliques !

 

L’inaccessible Rêve
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Published by Marco Valdo M.I.
26 janvier 2022 3 26 /01 /janvier /2022 17:56

 

LES CYCLISTES

 

Version française – LES CYCLISTES – Marco Valdo M.I. – 2022

Chanson italienne – Pedala pedalaFiumanò Domenico Violi – 2008


Paroles et musique : Fiumanò Domenico Violi
Album : Il Biciclettista

 

LES CYCLISTES

Fernand Léger – 1943-48

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Ah, la métaphore, la métaphore !, s’exclame Marco Valdo M.I.

 

Quoi, la métaphore, la métaphore ?, demande Lucien l’âne.

 

Oh, à vrai dire, rien, répond Marco Valdo M.I. ; rien de vraiment particulier, sauf qu’il m’est soudain venu à l’idée de pousser cette bluette, assez sommaire, je l’admets. Pourtant, en vérité, c’est le fond de ma réflexion. Donc, d’abord, la métaphore est le procédé qui, en gros, parle de quelque chose pour ne pas parler d’une autre, tout en en disant des choses. Ainsi, ce qui est dit, est dit.

 

Définition rigoureusement exacte, dit Lucien l’âne. Mais qu’en est-il cette fois ?

 

Eh bien, cette fois, Lucien l’âne mon ami, on donne dans la métaphore cycliste.

 

Si je me souviens, Marco Valdo M.I. mon ami, on a déjà parlé du vélocipède dans l’un ou l’autre de nos dialogues ; par exemple, quand on devisait de « La bicicletta », que tu avais fort logiquement traduit par « La Bicyclette ».

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., et on trouvera la métaphore cycliste évoquée aussi précédemment dans « L’uomo è una machina che va a calci in culo » – « L’Homme est une Machine qui avance à coups de pied dans le cul », où dans notre dialogue, on évoquait « La Passion considérée comme une course de côte », œuvre du cyclomaniaque Alfred Jarry et maintenant, on pourrait dire – pour paraphraser le ci-devant – voici « la vie considérée comme une course de côte » du cyclotouriste Fiumanò Domenico Violi.

 

Si je me souviens encore, reprend Lucien l’âne, j’ai en mémoire qu’on en conversa aussi lorsqu’on présenta ta chanson « L’Aviateur ».

 

Ah oui, l’aviateur, dit Marco Valdo M.I., c’est mon tour d’avoir une remembrance émue en me remémorant ce texte biblique, prophétique, moderne et orné de citations cachées. Par exemple, celle-ci, double, que je ne résiste pas à citer et je te laisse le plaisir de chercher l’origine:

 

« Dans la montée, Jésus revient
Dans la poussière et les bras en croix »

 

Références, révérences, dit Lucien l’âne. En tout cas, cet Aviateur était une bonne chanson, mais qu’en est-il vraiment, j’insiste, de cette  ode aux Cyclistes.

 

Oh, répond Marco Valdo M.I., c’est l’histoire de l’homme, l’histoire toute simple d’un homme simple, un parmi tous ces gens qu’on croise et qui ont bien besoin d’être supportés, d’être de vive voix encouragés. Jarry avait raison, il faut considérer l’existence comme une course de côte, où chacun et tous sont individuellement engagés, tous en route vers le même sommet où tout, y compris le champion, s’arrête.

 

« Dans ce pays de feu et de clous

Où la vie ne vaut pas un clou,

Où la route de l’homme est en montée,

Arrête-toi champion, ta course est terminée. »

 

Décidément, conclut Lucien l’âne, ces métaphores cycloïdes, dignes du professeur, contiennent la grande vérité de la réalité, celle que poursuivit à travers le cosmos tout entier, le philosophe athée Giordano Bruno qu’on fit décoller – sous mes yeux, si, si, j’y étais au campo dei Fiori – dans un grand bouquet de flammes romaines. Oui, tous en route pour le même sommet ! En attendant de rencontrer Mort - dont Terry Pratchett affirme qu'il est du genre masculin, un grand-père même - et qu’il nous indique le but final, tissons le linceul de ce vieux monde pentu, rond, raide, rude et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Pédale, pédale

Et plie la route,

Dompteur de courbes !

Entre les montées et les combes,

Ton visage fin,

Creusé par la soif et la faim,

Esquisse un demi-sourire

Entre fiel et sucre.

Pédale, pédale,

Graine de champion

Et forge l’asphalte,

Et fait sauter le goudron.

 

Dans ce pays d’épines et de roses

Où la vie ne vaut rien,

La route de l’homme est toute en côtes

Et l’omnipotence est une histoire sans fin.

 

Pédale, pédale,

Pédale d’amour,

Pédale toujours,

Sel de sueur et de larmes,

Pédale, pédale !

Où que tu sois,

J’espère que tu seras

Moins seul qu’avant,

Quand un diable blanc

Avec une queue et un trident

Te piquera les fesses

Pour maintenir ta vitesse.

 

Le sort t’attend

À chaque tournant,

Les gens en faction

Hurlent ton nom ;

Des yeux, tu les salues

Avec le cœur dans la gorge.

Un enfant rêve de son mythe

Et t’effleure et t’enflamme.

 

Pédale, pédale

Sans arrêter

Et laisse tomber

Les pensées létales,

Car il est un ange elfe

Qui assure tes arrières.

Pédale, pédale

Et ne regarde pas derrière

Pédale, pédale,

Graine de champion

Et forge l’asphalte,

Et fait sauter le goudron.

 

Dans ce pays de feu et de clous

Où la vie ne vaut pas un clou,

Où la route de l’homme est en montée ;

Omnipotence, l’histoire est fatiguée.

 

Pédale, pédale

Où que tu cavales,

Et laisse tomber

Les mauvais pensers.

 

Dans ce pays de feu et de clous

Où la vie ne vaut pas un clou,

Où la route de l’homme est en montée,

Arrête-toi champion, ta course est terminée.

LES CYCLISTES
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Published by Marco Valdo M.I.
24 janvier 2022 1 24 /01 /janvier /2022 18:12

 

Mémoires d’un Rat militaire

 

 

Chanson française – Mémoires d’un Rat militaire Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région


 

Épisode 18

 

 

 

 

 

DÉPART À LA GUERRE

Konstantin Vassiliev - 1974

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Dans ce voyage en Zinovie, comme tu le sais, Lucien l’âne mon ami, on entend toutes sortes de voix, on capte des discours, des dialogues, des monologues, des ruminations, des échos, des remembrances.

 

J’avais remarqué tout ça, dit Lucien l’âne. C’est d’ailleurs un peu étrange, mais il est vrai qu’en voyage, on fait des rencontres insolites, on est interpelé par des inconnus en mal de confidences. J’ai toujours connu ça. Certaines gens gardent malgré eux sur leur conscience des secrets fort lourds qu’ils ne peuvent dévoiler à personne de leur entourage et qu’ils révèlent – pour se soulager, je pense – à l’anonyme de passage. Évidemment, on peut proposer la confession, mais c’est un procédé moins sûr.

 

De fait, reprend Marco Valdo M.I., la confession est chose délicate et sujette à précautions, surtout dans les pays comme la Zinovie où la dénonciation tient du sport collectif. Bon, tout ça pour dire que ces mémoires d’un rat militaire, qu’il aurait mieux valu appeler « mémoires d’un rat quand il était militaire », comme Pipo, héros de « La Guerre de Pipo », sont comme leur intitulé le laisse présager une débondade, un débondage irrépressible.

 

Soit, dit Lucien l’âne, je comprends de quoi il s’agit, en général, mais il faudrait quand même un peu préciser les détails de ces souvenirs soudain jaillissants.

 

Je vais, dit Marco Valdo M.I., d’abord situer le personnage. Au vu de son surnom « le rat », on peut aisément imaginer qu’il devait être – aux yeux de ses contemporains – assez répugnant et c’est le cas, en effet. Ici, il est seulement question du début de sa vie et de son engagement comme militaire. On notera en passant que la chanson précise qu’il avait rejoint l’armée dès avant la guerre. Il n’est pas clair s’il entendait faire carrière comme militaire ou s’il avait simplement devancé l’appel, faute de poursuivre des études. Toujours est-il qu’il fit la guerre à l’arrière dans un poste de commandement – comme commissaire politique. De son propre aveu, c’était un endroit beaucoup plus sûr, plus confortable et plus agréable que le front. On y bénéficiait d’un bon logement, d’une bonne nourriture, de bonnes femmes.

 

C’est assez classique dans les armées, dit Lucien l’âne.

 

À propos de bonnes femmes, continue Marco Valdo M.I., je laisse la chanson révéler ses mystères et ce qui s’en est suivi.

 

Voyons voir ça, dit Lucien l’âne, et tissons le linceul de ce vieux monde guerroyant, guerrier, martial, belliqueux, belligérant, bellifère, belliciste, boutefeu, toujours prêt à remettre ça et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Moi, je viens de cette froide savane ;

Je suis né dans une pauvre cabane.

Enfant, on m’appelait le rat.

À l’Institut, on me nomme comme ça.

Je ne suis pas un imbécile,

J’ai fini l’école secondaire.

Avant la guerre, déjà, j’étais militaire

Service dur, combat facile.

Tous les jours, tous les mois,

Dans la boue, la touffeur et le froid,

Lit au carré, fusil nettoyé, au pas,

J’étais le meilleur des soldats.

 

Ah, c’était le bon temps, la guerre !

Tout était net, tout était clair.

Épreuves, sacrifices héroïques,

C’était une époque magnifique.

Aucun doute, aucune hésitation

L’ennemi se trouvait devant,

On tenait nos positions.

On mangeait bien au restaurant :

Pain frais, viandes, crèmes,

On buvait tant qu’on voulait ;

Les femmes aussi pullulaient.

On était des hommes, quand même !

 

Au régiment, je partageais mon logement

Avec un capitaine fort séduisant.

Il ramenait des filles encore et encore ;

Il en voulait cinq cents, il visait un record.

J’avais une camarade, une cuisinière

Avec qui je copinais pépère.

Le capitaine dit : une seule, c’est pas assez.

À la guerre faut profiter.

Un soir, ma jeune secrétaire est venue ;

Avant, elle voulait se marier ;

Au matin, elle s’est pendue.

Dans une lettre, elle a tout raconté.

 

Qui disait : les pucelles sont sans danger ?

Ce fut toute une affaire ;

On m’a sermonné,

Puis, comme c’était la guerre,

On enterra cette histoire.

Quand c’est fini, c’est tout,

Sauf dans ma mémoire.

Alors, je bois comme un trou.

Les jeunes d’aujourd’hui ont tout reçu :

Tout ce qu’on a payé de notre chair,

Qu’au prix de notre peau, on a défendu.

Ils ont tout sans rien faire et pour pas cher.

 

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Published by Marco Valdo M.I.
22 janvier 2022 6 22 /01 /janvier /2022 18:59
 
DANS LE TRAIN

Version française – DANS LE TRAIN – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la traduction italienne Nel treno de Andrea Tognina ( --> A – Rivista Anarchica n° 417, giugno 2017)

et du texte original de la

chanson suisse – alémanique (Bärndüüdsch) – Ir ysebahnMani Matter – 1972


Paroles et musique : Mani Matter
Album : Ir Ysebahn [1973]


Mani Matter (de son vrai nom Hans-Peter Matter) est né le 4 août 1936 à Herzogenbuchsee et mort le 24 novembre 1972 à Kilchberg.


 

 

 

Mani Matter était un grand consommateur de deux choses : les cigarettes et les voyages en train. À tel point que l’une de ses photographies les plus célèbres le montre penché à la fenêtre d’un wagon non-fumeur, son éternelle cigarette à la bouche. Cette chanson a également donné son nom à un de ses albums entiers, sorti à titre posthume en 1973, intitulé Ir Ysebahn (« À la gare »), dont la couverture représente un Mani Matter plutôt absorbé, assis dans un vieux wagon vide, helvétiquement très propre et légèrement inquiétant, avec ses sièges en bois. La chanson que je vais vous présenter étant l’une de ses dernières, il est presque impossible de ne pas y déceler une sorte de sombre présage de la mort ; mort qui, pour Mani Matter lui-même, infatigable voyageur en train, s’est produite dans un terrible accident de voiture. Mais ce n’est pas tout, bien sûr ; une sorte de parabole humaine se déroule souvent dans les trains. Vous savez, même dans les trains d’aujourd’hui, ces séries de quatre places sont disposées deux par deux les unes devant les autres ; de sorte que, du moins lorsqu’il n’y avait pas de « distanciation sociale » (qu’il serait plus approprié, à mon avis, de qualifier d’asociale), deux personnes voyagent dans le sens de la marche du train et les deux autres dans le sens opposé. Je fais partie de ces personnes et j’évite ce genre de situation dans la mesure du possible, même si j’ai une préférence évidente pour les sièges à quatre voies, qui me permettent d’étirer un peu mes longues jambes. Il arrive que l’on ne puisse pas, et même que l’on se retrouve face à des inconnus qui ont envie de discuter, qui sont souvent en colère contre le monde entier et qui n’admettent aucune forme de contradiction de l’inconnu en face d’eux. Non seulement Mani Matter s’est rendu compte que, parfois, ce genre de choses se termine mal, par des mauvais mots et même par des coups. Pour vous dire la vérité, j’ai eu quelques discussions animées dans un train (et dans un bus), mais je n’en suis jamais venu aux mains. C’est peut-être aussi pour cela que j’essaie toujours de trouver un endroit dans le train où personne ne me demande mon avis sur tel ou tel sujet, ou n’essaie de me faire la conversation. Mais j’ai été témoin de discussions qui ont frôlé les coups de poing. La petite guerre des trains du quotidien.

 

Et ainsi, lentement, vous arrivez à la fin de la ligne, à la station finale……

« On peut dire que c’est précisément le choc de sa mort qui a fait naître une sorte de mélancolie et de pressentiment lugubre de la mort qui, plus ou moins en filigrane, a imprégné sa poésie. […] ([La station Rorschach – en plus d’avoir le son sinistre des célèbres taches de test psychologique – est un endroit en Suisse proche de la frontière avec l’Autriche, donc vraisemblablement un terminus)".


Vous avez peut-être remarqué le texte à l’intérieur des guillemets. Lorsque, sur ce site, des mots sont mis en exergue, il s’agit généralement d’une citation. Oui, parce que, en Italie, ce n’est pas la première fois que quelqu’un parle de Mani Matter ; peut-être même un peu… inspiré par votre serviteur, Alessio Lega avait écrit quelque chose sur Mani Matter dans le n° 417 de " A – Rivista Anarchica " en juin 2017. Probablement la seule chose sur Mani Matter qui ait jamais été imprimée dans une publication appartenant au territoire italien (en Suisse, selon toute probabilité, il doit y avoir quelque chose en italien). Entre autres choses (et on y trouve aussi, bien que légèrement modifiée, mon ancienne traduction de Dynamit), il parle aussi brièvement de cette chanson qui nous est présentée aujourd’hui et, en outre, me fournit une autre pausetten car, je vous le garantis, traduire de l’alémanique bernois n’est pas une sinécure (et j’entends déjà le fameux petit oiseau gazouiller autour de moi : « Mais est-ce que le médecin vous a ordonné de le faire… ?"). La traduction italienne qui accompagne cette chanson n’est pas la mienne ; elle est parmi les cinq qui figurent sur cette page de Rivista Anarchica. L’une est de moi (celle de Dynamit, en fait) et les autres sont d’Andrea Tognina. Comme l’écrit Alessio Lega (et voici à nouveau la citation) :

« La réalisation de cet article a été possible grâce à l’extraordinaire travail de diffusion culturelle de Riccardo Venturi et du site « Chansons contre la guerre » et surtout d’Andrea Tognina qui non seulement nous a fait connaître Mani Matter, mais nous a donné les clés pour entrer au cœur de cette façon particulière d’être suisse (en plus de nous avoir fait goûter du vrai gruyère). Si Mani Matter repose là, à deux pas de Michail Bakounine, c’est peut-être un hasard, mais certainement pas une disgrâce. »

 

J’ai ainsi le plaisir de rendre hommage à Alessio Lega pour ses paroles, à Andrea Tognina (que je ne connais pas, mais que je salue tout de même si par hasard il avait la chance de lire ces lignes) et à « A-Rivista Anarchica », une revue dans laquelle, pendant des années et des années, Alessio Lega a tenu une rubrique intitulée "…e Compagnia Cantante », dans laquelle il passait en revue la chanson de chaque pays et dans chaque langue. Malheureusement, comme vous pouvez le constater, je parle au passé. « A-Rivista Anarchica » a cessé de paraître il y a peu, et d’une manière inattendue et tragique, cela a aussi un rapport avec les trains. Son initiateur et directeur, Paolo Finzi, s’est donné la mort à l’été 2020 ; “dieu” n’a pas décidé, c’est lui qui a décidé. Un jour d’été de l’an I de la pandémie, pour des raisons qui n’appartiennent qu’à lui, il a marché pendant une heure pour rejoindre le train sur une voie ferrée en Romagne, près de Forli ; et, finalement, le train est arrivé. La fin de la ligne, comme le Rorschach de la chanson de Mani Matter. Avec Paolo Finzi, la Rivista Anarchica est partie, la Compagnia Cantante est partie et mille autres choses sont parties, dont la seule grammaire en italien du romani, la langue des Roms, publiée par “A” dans un énorme encart il y a quelques années.

 

Les trains, en effet. Les trains qui partent et les trains qui arrivent. Ceci termine ma pausetten ; nous reviendrons, dès les prochains chants, explorer les petites chansons de l’avocat Matter de façon autonome, avec peu de compagnons de route et encore moins de pistes déjà tracées. [RV – Riccardo Venturi]


 


 


 


Pour voir d'où vient le vent,

Les uns s’asseyent face vers l’avant,

Dos à la direction d’où vient

Le train.

 

De l’autre côté, où on voit

Vers où le train s’enfuit,

Les voyageurs s’asseyent vis-à-vis

Pour voirva le convoi.

 

Du côté où le train s’en va

Et le dos à l’envers.

C’est la loi du chemin de fer

Que le train roule tout droit.

 

De là, il est évident

Que chacun prétend

Que du bon côté, il mate

Et alors voilà,

Ils s’insultent et se battent.

Et le train s’en va tout droit.
 

Et quand le contrôleur arrive finalement,

Il ne se soucie pas de la question ;

Il dit juste : « La prochaine station,

C’est Rorschach, terminus et tout le monde descend. »

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Published by Marco Valdo M.I.

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