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3 septembre 2021 5 03 /09 /septembre /2021 18:19
BALLADE POUR UNE BALLERINE

 

Version française – BALLADE POUR UNE BALLERINE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Ballata a una ballerinaMarco Sonaglia2021
 

Ballate dalla grande recessione (ballades de la grande récession)
Texte : Salvo Lo Galbo
Musi
que : Marco Sonaglia


DÉSHABILLAGE DE LA DANSEUSE

Henri de Toulouse-Lautrec – 1894
 

 

« Ballade à une danseuse » est une chanson poignante dédiée aux derniers moments de l’existence de la danseuse juive polonaise Lola Horovitz (nom de scène Franceska Mann), morte à 26 ans au camp de concentration d’Auschwitz après s’être beaucoup battue (« Ballade pour qui voit venir sa mort, Ballade pour qui veut choisir son sort. ») ; c’est une chanson qui nous apprend que la connaissance du passé est essentielle pour éviter de commettre des erreurs à l’avenir (comme le diraient I Nomadi – les Nomades, un autre groupe dont Sonaglia s’inspire, « Hier engage aujourd’hui pour demain »).

 

 

Résister même quand tout est perdu : telle est la leçon que la danseuse polonaise laisse derrière elle, même plus de 75 ans après sa mort.

Courage et intelligence : tels sont les traits saillants de Franceska Mann, une danseuse polonaise morte à Auschwitz des mains des nazis. Ses origines l’avaient arrachée à la danse, sa grande passion et son travail. Elle avait captivé des foules d’hommes, y compris les plus hauts dignitaires nazis qui, une fois au camp, l’avaient reconnue et “regardée”. Ils se repentiraient de ces oeillades lascives. À l’occasion de la Journée de commémoration de la Mémoire, nous racontons l’histoire de Franceska Mann, la danseuse qui s’opposa aux nazis.

 

La danse, quelle passion !


Franceska Mann est née à Varsovie, le 4 février 1917. Enfant, elle a commencé à étudier la danse, une passion qui conditionnera toute sa vie. De fait, dans les années Trente, elle était l’une des danseuses les plus appréciées de la capitale polonaise. Elle se produisait sous le nom de Lola Horovitz. En 1939, au plus fort de l’effervescence nazie, elle se classe quatrième d’un concours international de ballet à Bruxelles. Mais à la fin de 1943, les engagements commencèrent à se raréfier au ghetto de Varsovie. Oui, car Franceska était juive.

 

La trappe de l’hôtel Polski

 

En 1943, Himmler ordonne la liquidation immédiate et complète du ghetto de la ville. Franceska, ainsi que de nombreux autres Juifs qui avaient obtenu des papiers de citoyenneté de pays neutres, principalement d’Amérique du Sud, se sont installés dans la partie aryenne de Varsovie, à l’hôtel Polski, au 29 de la rue Dluga, pour être précis. Mauvaise stratégie : l’hôtel était un piège de la Gestapo, mis en place avec l’aide de quelques collaborationnistes, pour capturer des Juifs. Des milliers de personnes ont été remises.

 

Rencontre avec Josef Schillinger


Le 23 octobre 1943, à l’âge de 26 ans, Franceska monte dans l’un des trains infâmes à destination d’Auschwitz. Il y en avait des centaines. Lorsque le train s’est arrêté, on leur a dit que ce n’était qu’un arrêt intermédiaire vers la Suisse. Puis ils ont commencé à décharger les passagers et à séparer les hommes des femmes. Là, Franceska rencontre Josef Schillinger, rapporteur au crématoire II du camp d’Auschwitz : « Mesdames et messieurs, au nom de l’administration du camp, je vous souhaite la bienvenue ! Je suis désolé que votre voyage ait dû être interrompu, mais les autorités suisses ont demandé que vous soyez désinfectées avant d’entrer en Suisse afin d’éviter d’introduire des maladies sur leur territoire », déclara Schillinger. Franceska, mortifiée de honte comme les autres déportées, a commencé à se déshabiller et – comme l’ont ordonné les militaires – à déposer ses objets précieux. Pendant ce temps, Jozef Schillinger et Wilhelm Emmerich la regardaient. Elle réalisa qu’elle se trouvait au camp d’Auschwitz-Birkenau et qu’elle avait une chance de salut.


 

Danse, le salut !

 


Alors, en se déshabillant, elle improvisa un strip-tease. D’abord, elle souleva sa jupe, puis elle enleva son chemisier, s’appuyant sur un poteau pour ôter une chaussure. Et avec cette arme improvisée qu’elle frappa Schillinger au front. Profitant de la confusion, elle saisit son arme et tira deux coups de feu dans l’estomac de l’officier. Elle blessa également Emmerich, mais seulement à une jambe. Cet incident le fera boiter toute sa vie. C’est le début du chaos : les autres femmes rejoignent également la révolte, mais les Allemands répriment tout dans le sang, à coups de mitrailleuses et de grenades. Même la courageuse Franceska mourut et le reste des femmes finit dans les chambres à gaz. Mais tout ne fut pas inutile. « L’action héroïque d’une femme faible face à une mort certaine donna un soutien moral à chaque prisonnière. Nous avons tout de suite compris que si nous levions la main sur eux, cette main pouvait tuer ; eux aussi étaient mortels ». Résister, toujours et dans tous les cas, même face à une mort certaine, est l’une des nombreuses façons de conserver son humanité.

 

 

Moi, je vous aurais libérées, mais, les belles,

Vous devez d’abord vous changer.

Lola comprend en montant aux douches ;

Elle se déshabille lentement pour capter

L’attention du soldat, prendre son arme

Et tirer deux balles dans son ventre.

 

Ballade pour qui voit venir sa mort,

Ballade pour qui veut choisir son sort.

 

Depuis l’hôtel Polski à Bergen-Belsen jusque là,

Au lieu de dire et de noncer, déjà,

Horovitz appela les autres à ses côtés

Les encourageant à attraper

L’histoire en plein vol, comme si une danse

Pouvait suspendre en l’air les insoumises.

 

Ballade pour qui voit venir sa mort,

Ballade pour qui veut choisir son sort.

 

Le soldat embrasse la ballerine,

Par d’autres SS, d’un tir meurtrier

Frappée à mort, la figurine

Arrive à son dernier palier,

Juive, de son vrai nom, Franceska Mann,

À Auschwitz, finit dans les flammes

 

Ballade pour qui voit venir sa mort,

Ballade pour qui veut choisir son sort.


De la vie et de la mort, que dire ?

Ces histoires emmêlées toujours à réécrire ?

Une ballade pour qui va mourir

Et cette fois, choisit de vivre.

 

BALLADE POUR UNE BALLERINE
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Published by Marco Valdo M.I.
2 septembre 2021 4 02 /09 /septembre /2021 18:28

 

 

ÇA VAUT LA PEINE (2)

 

Version française – ÇA VAUT LA PEINE (2) – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne (en italien et espagnol) – Vale la pena Giulio Wilson2021
Storie vere tra alberi e gatti

 

 

LA COMÈTE SUR ROTTERDAM

Lieve Pietersz Verschuier – 1680

 

 

Voici donc la deuxième version française de Vale la pena de Giulio Wilson. Elle est logiquement intitulée ÇA VAUT LA PEINE (2). On se reportera à la première pour les commentaires et pour comparer les deux versions ; il y a de substantielles différences.


 


 

Ça vaut, ça vaut, ça vaut la peine.

Ça vaut, ça vaut, ça vaut, ça vaut la peine.


Ça vaut la peine de ne pas brûler les étapes,

D’être ouvert aux rencontres,

De chuchoter bonne nuit doucement,

Et de se sentir chez soi, même émigrant.

 

Ça vaut la peine de respirer bien fort,

De dévaler la colline vers la vallée profonde,

De lire un livre et découvrir un monde

Et nos rêves faits d'or.


Ah, le temps passe et puis s’en va,

Il fait grandir l’enfant en une fois

Puis, fait venir l’adulte tout droit.


Nous avons tous fait des vœux

Sur une étoile filante

Comme des bagages trop vieux

Nos espérances brûlantes

Ont eu des déficiences,

Qu’il faut tenir en défiance.

On ne peut pas toujours tout choisir,

Vaut mieux construire que détruire.

 

Ça vaut la peine de faire

La fête et de casser des verres,

Ça vaut le coup, car tout passe et s’en va

Et ce qui reste, restera.

Ah le temps passe et puis s’en va.

Ne restez pas comme ça,

Vivez la vie comme elle sera.

 

Nous avons tous fait des vœux

Sur une étoile filante,

Comme des bagages trop vieux

Nos espérances brûlantes

Où nous gardons les douleurs

Qui ternissent nos humeurs,

Car le destin ne se peut choisir

Et il faut construire un avenir.

 

J’aime l’extravagant,

Les étudiants de ce mois de mai à Paris,

Qui parlaient avec le sentiment, aimaient avec l’esprit,

Et cultivaient un cœur conscient.

Qui rêve de voler vers Mars ou ailleurs,

Qui joue son propre rôle ici,

Donne un sens à sa douleur,

Qui de courage s’emplit

De sa vie est l’auteur.

 

À qui donne sans demander,

Qui ne s’est pas rendu,

Qui lutte et qui vit

Et à qui s'est déjà perdu,

L’espoir est infini.
 

Pour qui a donné et jamais pris,

Pour qui n’a jamais fléchi,

Pour qui cherche de tout cœur

À être un peu meilleur,

Il existe une espérance infinie :

Qui s’appelle la vie.


 

ÇA VAUT LA PEINE (2)
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Published by Marco Valdo M.I.
1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 09:58
MA BELLE CIAO

Version française – MA BELLE CIAO – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Mia bella ciaoGiulio Wilson – 2021

 

 

 

LA CHUTE DES GÉANTS

Jacob Jordaens – 1636 – 1638

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Les trois quarts du temps, Lucien l’âne mon ami, au moment où je termine une version en langue française d’une chanson, je me demande quel pourrait bien être le commentaire qu’on pourrait en faire et franchement, il s’agit là d’une vraie question.

 

Je l’imagine volontiers, répond Lucien l’âne, car moi-même, je me le demande aussi. D’autant qu’on n’a aucun goût pour le didactisme.

 

Certes, reprend Marco Valdo M.I. ; toutefois, lorsqu’une telle note existe, je m’empresse de la traduire ou parfois de la résumer. Cependant, ici, il n’y en a pas. Alors, il nous faut spéculer. Première chose, il y a évidemment ce « Bella Ciao », qui renvoie plus que certainement à « Bella Ciao », célébrissime chanson de résistance, dont l’histoire est ici bien documentée et où je renvoie les curieux. Pour nettement distinguer cette bella ciao-ci de celle-là, je lui ai donné un titre plus français : Ma Belle Ciao. Pour le reste, je laisse l’imagination de la chanson faire son chemin. Elle a certainement beaucoup à dire à qui voudra y réfléchir.

Verlaine par exemple disait de la chanson :

 

« C’est des beaux yeux derrière des voiles,
C’est le grand jour tremblant de midi,
C’est, par un ciel d’automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles ! »

 

et mille autres choses à propos de la chanson bien douce :

 

« Et dans les longs plis de son voile
Qui palpite aux brises d’automne
Cache et montre au cœur qui s’étonne
La vérité comme une étoile. »

 

Ou peut-être, la chanson dit autre chose, allez savoir, il suffit de méditer.
 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est la meilleure manière avec les chansons ; les méditer ; un peu, beaucoup, c’est selon. Dans le fond, pour nombre d’entre elles, c’est ce qu’elles ont comme but. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde ignare, atteint d’une étrange folie, d’ennui et de guerre, full of song and fury and signifying nothing et, at last, cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

À nous, nous qu’on nomme les géants,

Si proches encore, mais distants.

De là-haut, on ne comprend pas que le bon sens

N’a pas de sens pour l’envie des gens ;

Les livres sont de futiles occupations

Et les chansons tralalalaire,

Ces tubes à chanter au bord de la mer,

Emblèmes culturels de notre civilisation.

 

À nous, nous qu’on nomme les géants,

Trois pas en arrière, un pas en avant

Et nous nous pensons grands,

Et nous nous fions aux puissants,

Et nous ne sommes jamais contents.

Et nous mangeons du tofu végétalien

Et la matriciana avec du speck italien,

Mais au supermarquette,

Ne regardez pas les étiquettes

Ne vous souciez de rien,

Occupez-vous seulement de vos biens.


Un matin,

Je me suis réveillé,

Ma « Belle Ciao »,

Ce monde était fou.

Un matin,

Je me suis retrouvé,

Ma « Belle Ciao »,

Avec mes rêves pendus au clou,

En noir et blanc, une vieille photo.

 

À nous, nous qu’on nomme les géants,

Nous sommes des occupants, tant et tant,

Esclaves de la modernité,

Des erreurs du passé

Sur les vivants innocents

Et entre les bombes ou l’au-delà

Ou dans l’esprit de qui sait quoi,

Nous sommes les esclaves du progrès

Des partis, de leurs congrès.

Ainsi tout vient et tout va,

Qui sait vraiment pourquoi ?

Où est-ce qu’on va ? Je ne le sais pas.

 

Un matin,

Je me suis réveillé,

Ma « Belle Ciao »,

Ce monde était fou.

Un matin,

Je me suis retrouvé,

Ma « Belle Ciao »,

Avec mes rêves pendus au clou,

En noir et blanc, une vieille photo.


J’ai en poche ma liberté

Mais demain, que vaudra la liberté ?

Qui sait… qui sait…

 

Un matin,

Je me suis réveillé,

Ma « Belle Ciao »,

Ce monde était fou.

Un matin,

Je me suis retrouvé,

Ma « Belle Ciao »,

Avec mes rêves pendus au clou

En noir et blanc, une vieille photo.

À nous !, les géants, à nous…

 

 

 

MA BELLE CIAO
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Published by Marco Valdo M.I.
30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 18:59
ÇA VAUT LA PEINE

Version française – ÇA VAUT LA PEINE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne (en italien et espagnol) – Vale la pena Giulio Wilson2021
Storie vere tra alberi e gatti

 

L’ARBRE DE VIE

Gustav Klimt – 1909

 

 

La musique et les paroles racontent « un espoir infini appelé vie » : Vale la pena est bien plus qu’une chanson. C’est la rencontre de voix et de sons pour rappeler les rêves d’un peuple, des citoyens du monde. Une chanson qui résonne comme un hymne à la vie, véhiculant des messages de sérénité et d’espoir. Les flûtes de pan et les voix chorales d’Inti Illimani se marient parfaitement avec le chant de Wilson, donnant le jour à une chanson de caractère international, sans limite. « Unité » est le terme qui décrit le projet, qui retrace les intentions d’une musique qui voyage au-delà des frontières, en direction d’un monde dans lequel on peut – en nous rappelant les paroles du morceau – respecter la confrontation entre les hommes, le dialogue, la liberté humaine et la « vie comme une surprise ».

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson qui s’intitule « Vale la pena », qui en français se traduit communément par « Ça vaut la peine ».

 

Avec un titre pareil, dit Lucien l’âne, on dirait un écho à Beau Dommage et à La Complainte du Phoque en Alaska. Celle où le phoque chantait :


« Ça ne vaut pas la peine
De laisser ceux qu’on aime
Pour aller faire tourner
Des ballons sur son nez. »

 

Certes, dit Marco Valdo M.I., mais ici, c’est juste le contraire qui est dit. Quoique, quand on y réfléchit, au fond, c’est la même rengaine qui oppose – à juste titre – la vie quotidienne, telle qu’elle se vit au ras du monde et la vie fantasmée de la phoque frivole qui s’en est allée se perdre au monde des apparences ou celle des espérances brûlantes de Ça vaut la peine :

 

« Nos espérances brûlantes

Ont eu des déficiences,

Qu’il faut tenir en défiance.

On ne peut pas toujours tout choisir »

 

Je précise cependant qu’il te faut distinguer entre la futilité de la richesse, de la poursuite de la gloire ou des charmes indiscrets de l’apparence et la futilité comme distraction de la vie quotidienne, comme manière de respirer un peu de bonheur. La première est fondée sur la valeur, la valorisation des moindres gestes et des moindres choses et par conséquent, sujette à la commercialisation et à la dégradation ; la seconde, quant à elle, s’appuie sur le vent, le rien, l’air, le temps qui passe, elle est dans la gratuité, elle n’a d’autre valeur qu’elle-même et ne peut donc faire l’objet de commerce sous peine de s’annihiler. On ne saurait la quantifier, c’est ce qui fait précisément sa valeur. Un des exemples les plus clairs, c’est ce qui arrive à l’amitié ou à l’amour quand on essaye de les quantifier, de les commercialiser. La première est la lourdeur personnifiée ; pour elle, plus c’est lourd, mieux c’est ; la seconde est toute de légèreté vêtue.

 

On dirait, dit Lucien l’âne, que tu touches là au problème vital de l’espèce humaine, que tu mets à jour le cancer qui la ronge et qui pour nourrir ses apparences détruit la vie elle-même. Mais restons-en là, on n’est pas ici pour philosopher ; on n’est juste là que pour dire quelque chose à propos d’une chanson. C’est déjà beaucoup, je trouve. Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde riche (trop riche), avide, arrogant, ambitieux, commercial et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.


 

 

Ça vaut la peine de cultiver les plantes,

De courir sur des collines abruptes,

D’ouvrir un livre, réfugié dans un grenier,

De se sentir bien, même en minorité.

 

Ça vaut vraiment la peine d’aimer,

De lâcher prise et cultiver la patience,

De marcher sans souci de la distance,

De se sentir bien, même en minorité.

 

Ah, le temps passe et puis s’en va,

Il fait grandir l’enfant en une fois

Puis, fait venir l’adulte tout droit.


Ça vaut, ça vaut, ça vaut la peine.

Ça vaut, ça vaut, ça vaut, ça vaut la peine.


Nous avons tous fait des vœux

Sur une étoile filante

Comme des bagages trop vieux

Nos espérances brûlantes

Ont eu des déficiences,

Qu’il faut tenir en défiance.

On ne peut pas toujours tout choisir,

Vaut mieux construire que détruire.

 

Ça vaut, ça vaut, ça vaut la peine.

Ça vaut, ça vaut, ça vaut, ça vaut la peine.

 

Ah le temps passe et puis s’en va.

Ne restez pas comme ça,

Vivez la vie comme elle sera.

 

Nous avons tous fait des vœux

Sur une étoile filante

Comme des bagages trop vieux

Nos espérances brûlantes

Ont eu des déficiences,

Qu’il faut tenir en défiance.

On ne peut pas toujours tout choisir,

Vaut mieux construire que détruire.

 

J’aime l’extravagant,

Les étudiants de ce mois de mai à Paris,

Qui parlaient avec le sentiment, aimaient avec l’esprit,

Et cultivaient un cœur conscient.

Qui rêve de voler vers Mars ou ailleurs,

Qui joue son propre rôle ici,

Donne un sens à sa douleur,

Qui de courage s’emplit

De sa vie est l’auteur.

 

Pour qui a donné et jamais pris,

Pour qui n’a jamais fléchi,

Pour qui cherche de tout cœur

À être un peu meilleur,

Il existe un espérance infinie :

Qui s’appelle la vie.

 

 
ÇA VAUT LA PEINE
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Published by Marco Valdo M.I.
29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 17:19
UN ROMAN ÉPISTOLAIRE

 

Version française – UN ROMAN ÉPISTOLAIRE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Romanzo epistolareGiulio Wilson2021
 

Album : Storie vere tra alberi e gatti
con « I Musici » di Francesco Guccini : Juan Carlos « Flaco“Biondini, Vince Tempera, Antonio

Marangolo, Pierluigi Mingotti


 

 

L’ITALIE RÉDUITE AU PARAVENT

 

Triptyque – Lucien Lane – 2021

 

Dialogue maïeutique

 

Ben, voilà autre chose, maintenant, dit Lucien l’âne. Un roman épistolaire, quelle idée, il y en a des tas en littérature, mais en chanson ?

 

Oh, dit Marco Valdo M.I., pourquoi pas ? Mais en chanson, s’il n’y en a qu’une, (car on pourrait imaginer de faire un roman en une série de chansons s’égrenant comme des chapitres ; c’est d’ailleurs le cas de Dachau Express, de L’Arlequin amoureux, de Till, des Histoires d’Allemagne, des Histoires lévianes) et qu’en plus, elle est du genre courte, c’est forcément un roman express et le roman express n’a pas été beaucoup développé jusqu’à présent.

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, un livre d’une page serait également une révolution en ces temps où plus c’est gros, plus c’est appétissant. À moins d’y adjoindre, un avant-propos, une préface, une postface, des commentaires et que sais-je ?, ça pourrait faire un livre de dimension commerciale. Mais autrement, une seule page, ce serait un peu juste entre les deux volets de la couverture.

 

Certes, certes, Lucien l’âne mon ami, mais ce n’est pas le sujet de cette chanson toute neuve, une chanson de l’année.

 

Ça, Marco Valdo M.I. mon ami, change de toutes ces chansons d’avant.

 

Elle est millésimée 2021, reprend Marco Valdo M.I., comme les vins et comme pour les vins, on peut dire que c’est une cuvée 2021. Ceci montre l’importance de la datation, surtout quand la chanson parle d’aujourd’hui, comme ici :

 

« Aujourd’hui la culture, le progrès font peur »

 

En effet, dit Lucien l’âne, aujourd’hui aussi doit être daté ; c’est évidemment une drôle d’idée, mais quand même demain, aujourd’hui sera hier ou avant-hier, et ainsi de suite au fur et à mesure que le temps s’enfuit. Quoique l’aujourd’hui d’aujourd’hui peut très bien être l’aujourd’hui de demain ou d’après-demain.

 

Oh, dit Marco Valdo M.I., tu as parfaitement raison. C’est d’ailleurs le cas de l’aujourd’hui de la chanson que je viens de citer. Tout ceci est d’autant plus pertinent que c’est une chanson qui réfléchit sur l’histoire d’une bonne partie du siècle écoulé – disons qu’elle examine les 70 dernières années de la vie de l’Italie ; quasiment la longueur d’une vie humaine. En fait, c’est une sorte de petit film documentaire avec ce qui faut de dimension poétique pour ravir le spectateur. Il y a quelque chose là qui rappelle « Déjà s’envole la fleur maigre ». Je n’en dirai pas plus pour laisser dire la chanson.

 

Excellente idée, dit Lucien l’âne, concluons alors et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde chahuté, bousculé, désorienté et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 

 

 

L’Italie était une femme qui après la guerre,

Parée de sa fraîche constitution, dansait le soir ;

Des trains, on voyait passer des mains, des mouchoirs,

Des chapeaux, des valises en carton et des militaires.

 

L’Italie, amoureuse d’un soldat,

Promettait sa main en des lettres d’amour.

Le papier a jauni, on les garde toujours :

Il n’y a pas d’avenir, si on ne se souvient pas.

 

Puis il y eut cet après-guerre et tout ce bazar :

Le boom des années 60, le changement,

Mon père grandissait au bouillon du soir.

Après Prague, l’Italie espérait le printemps,

 

Elle croyait à un parti, fidèle à ses électeurs ;

La valeur était la vraie grandeur.

Aujourd’hui la culture, le progrès font peur :

Le plus crétin gagne et le plus idiot est vainqueur.

 

Le temps surprend, passe et nous emporte.

Notre vie est esclave de la technologie,

L’écho du passé en rien nous importe :

On a tous de tout, on n’a rien de la vie.

 

Nous sommes ce que nous avons, dit la norme ;

Rien ne se détruit, tout se transforme.

Il y a au-delà du destin et de l’univers,

De petites histoires et rien ne se perd.

 

UN ROMAN ÉPISTOLAIRE
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28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 16:08

CHANT DU CAMP DE LICHTEMBOURG

 

Version française – CHANT DU CAMP DE LICHTEMBOURG – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson en langue allemande – Lichtenburger LagerliedAleksander Kulisiewicz1979

tiré de

Aleksander Kulisiewicz : Songs From The Depths Of Hell
Folkways Records Album N° FSS 37700 (1979)
PDF Booklet Available
Annotated by Peter Wortsman


La couverture de cet album, inspirée de cette chanson, est de Gertrude Degenhardt, épouse de Franz-Josef Degenhardt.


 

Holdari, faldara ! Holdari, faldara ! Lichtembourg, adieu !

Libération - Reynold Arnould - 1945

 

 

Alexandre Kulisiewicz est né en 1918 à Cracovie d’une famille d’origine tzigane. Il sait à peine lire que déjà il joue du violon, et à dix ans intègre un orchestre professionnel. Quand il se brûle trois doigts de la main gauche, il doit mettre un terme à sa carrière d’instrumentiste. Il devient alors siffleur virtuose, spécialité très appréciée à l’époque, qui l’amène à se produire dans toutes les grandes villes d’Europe. À la veille de la guerre, et parallèlement à son activité artistique il devient responsable de la presse au bureau de la « Fédération de la Jeunesse Démocratique », d’où il lance un appel à la paix. Il ne sera pas entendu. 1939. La guerre éclate. Les nazis occupent la Pologne. Kulisiewicz est arrêté comme agitateur et expédié au camp de concentration de Sachsenhausen. Il y restera jusqu’à la libération en 1945. En 1943, dans le cadre de leurs « expériences scientifiques », les nazis pratiquent sur Kulisiewicz à plusieurs reprises des injections de cultures diphtériques. Il faudra l’intervention clandestine des camarades médecins du « Revier » – « l’hôpital » du camp – pour en neutraliser le développement fatal. Kulisiewicz tient bon. Il survivra pour témoigner. À la libération, sur son lit de l’hôpital de Cracovie, il dictera 716 pages de chants et de poèmes en quatre langues écrits dans les camps. Depuis il n’a cessé de grossir ce qui constitue les plus importantes archives d’Europe consacrées aux œuvres musicales et artistiques de l’univers concentrationnaire. Enfin il parcourt le monde pour faire entendre ces « chants de l’enfer ». Alexandre Kulisiewicz affirme : « Je ne chante ni pour l’argent, ni pour la gloire. J’exécute le testament de mes compagnons de misère dont la voix s’est tue dans l’enfer des camps nazis. Je souhaite de tout mon cœur et je lutte pour que jamais plus et nulle part au monde ne renaissent de tels chants. ».


 

Chanteur et auteur-compositeur amateur, Kulisiewicz a composé 54 chansons pendant près de six ans d’emprisonnement à Sachsenhausen. Après la libération, il s’est souvenu de ses chansons, ainsi que de celles apprises auprès de ses codétenus, en dictant à son infirmier des centaines de pages.

 

 

Camp de Lichtembourg

Nous te laissons

Parents, femme et enfants

Se réjouiront

Quand on sera de retour

Tout près d’eux.

Holdari, faldara !

Holdari, faldara !

Lichtembourg, adieu !


Jamais personne nest resté

Volontiers ici, alors

Quand pour nous refleurira la liberté

Qui est notre vrai trésor,

Car chez toi, un long séjour

Pour tous est trop lourd.

Holdari, faldara !

Holdari, faldara !

Adieu Lichtembourg !

 

Quand hors de tes murs

Heureux on sortira,

Personne de nous dira

« À la revoyure ! »

Pour nous, nous séparer de toi,

Il n’y a rien de mieux.

Holdari, faldara !

Holdari, faldara !

Lichtembourg, adieu !

CHANT DU CAMP DE LICHTEMBOURG
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Published by Marco Valdo M.I.
16 août 2021 1 16 /08 /août /2021 18:22

TOUT CE QUI PASSE ENTRE MES DOIGTS

 

Version française – TOUT CE QUI PASSE ENTRE MES DOIGTS – Marco Valdo M.I. – 2021

d’après la version italienne de Riccardo Venturi – Tutto quel che mi vien tra le dita – 2021

d’une

Chanson suisse alémanique (Bärndüüdsch) – Alls wo mir id Finger chunnt Mani Matter – 1966.

Paroles et musique : Hans Peter Matter (Mani Matter)
In album : Albums : / Albumissa : 1. Berner Chansons (1966) ; 2. I han es Zündhölzli azündt (1992)

La Corde du Pendu sous la lune


Mani Matter, on l’a dit ici plusieurs fois (et depuis le début de cette revue de ses chansons), avait commencé à composer des chansons sous l’influence de Georges Brassens. Sa première chanson, Dr Rägewurm (Le lombric), date de 1953, alors qu’il n’avait que dix-sept ans : Le texte est original, mais la musique est celle de la Ballade des Dames du Temps jadis de Brassens. Cela signifie que Brassens était arrivé à Mani Matter depuis les débuts de Brassens lui-même. Alors que Brassens, âgé de 30 ans, remportait ses premiers succès, il y avait à Berne un jeune homme inconnu qui l’avait déjà pris comme modèle pour écrire ses chansons dans une langue que Brassens aurait peut-être qualifiée d’ostrogoth des montagnes. À Berne ? Ici, il faudra faire une parenthèse sur la situation linguistique peu commune de ce garçon, Hans Peter Jan Matter. Quelqu’un bilingue, c’est une situation assez commune dans chaque pays. Mani Matter était quadrilingue ; il parlait indifféremment, dès sa naissance, l’alémanique bernois, l’allemand littéraire, le néerlandais et le français. Cette dernière langue parce que, par décision parentale, chez les Matter, on parlait exclusivement le français en présence des enfants. Ainsi le petit Mani Matter parlait français avec ses parents ensemble, le néerlandais avec sa mère, l’alémanique bernois avec ses amis et avec toute la ville de Berne, et l’allemand littéraire à l’école. On comprend alors pourquoi il était capable de comprendre à fond les chansons de Georges Brassens.



Cette chanson est certainement parmi les premières écrites par Mani Matter. L’année est indéterminée, mais elle fait partie de son premier album de 1966, intitulé Berner Chansons (et l’on remarque bien le terme, Chansons, qui renvoie directement à la chanson française). L’implantation brassensienne est évidente ; c’est une chanson, avec toutes les différences, qui rappelle la technique de composition de Marinette. Dans une introduction, il me semble, j’avais parlé de quand et comment une chanson est “brassensienne” ; à ces brèves remarques, j’ajoute maintenant qu’une chanson est “brassensienne” quand elle montre deux autres choses : la cruauté souveraine du destin réservé à chaque être humain, et l’empathie absolue envers tous ceux qui en ont été affectés. L’empathie de l’avocat, Hans Peter Matter, démontrait, par ailleurs, pas seulement dans la chanson : en tant que conseiller juridique de la ville de Berne, il a toujours œuvré pour la défense des droits civils des nombreux immigrés étrangers qui étaient arrivés en Suisse. C’est un mot qui mérite d’être souligné, “empathie” ; encore plus dans des temps comme ceux-ci, elle semble être devenue un gros mot.

 

Par exemple, il y a un mendiant qui mendie au coin d’une rue. D’autres braves gens savent peut-être ce qui l’a amené à cette condition ? Instinctivement, nous croyons tous qu’il est mendiant, et qu’il n’a jamais rien fait d’autre dans sa vie ; mais les raisons pour lesquelles vous pouvez aller dans la rue et demander la charité aux gens célèbres sont des milliers, des dizaines de milliers, des millions. Ça correspond à nos vies. Le procédé matterien est celui, également repris au moins en partie par Brassens, de proposer une histoire apparemment absurde : le mendiant l’est devenu parce que tout ce qui lui est arrivé entre les mainsassiettes, filles, cordes de pendaisons’est cassé. Exactement, cassé. Le destin, la malchance, ce que vous voulez. Et à ce moment-là, vous pourriez, je sais, aller relire l’histoire de Joël Hipeau. La relire, je crois, rend aussi bien le sens de cette chanson, et ce que ce mot, “empathie”, signifie vraiment, que j’ai tant de fois mentionné dans cette très courte introduction. Peut-être, qui sait si vous ne retrouverez pas au moins un peu de sa vraie valeur. J’oubliais de dire, enfin : Il est probable que cette chanson a été écrite par Mani Matter quand il était encore un adolescent. Et cet adolescent a écrit un chef-d’œuvre, en faisant le petit Brassens des montagnes, inconnu, dans une langue préhistorique. [RV]


 


 


 


Le jour je suis venu au monde, on me l’a dit hier,

Ma mère, à la maison, venait de casser une soupière.

Depuis, jusqu’à ma mort est tracé mon destin :

Tout ce qui passe entre mes doigts se casse dans ma main.

 

Je voudrais me corriger, mais ça ne sert à rien.

Ce qui était entier est en mille morceaux,

Les débris que je laisse me dénoncent aussitôt.

Tout ce qui passe entre mes doigts se casse dans ma main.

 

J’avais rencontré une fille – épisode triste, mais vrai –

Une fille en porcelaine aux cheveux noir de jais.

L’autre soir, elle me dit : tout finira demain.

Tout ce qui passe entre mes doigts se casse dans ma main.


On s’est quittés pour toujours.

En l’embrassant, je l’ai étouffée d’amour.

Je ne l’ai pas fait exprès, croyez-moi, nom d’un chien !

Tout ce qui passe entre mes doigts se casse dans ma main.


On m’a jugé et pendu hier, court et bien.

Je pendais déjà, quand à mon grand étonnement,

La corde s’est cassée à l’ultime moment.

Tout ce qui passe entre mes doigts se casse dans ma main.

 

Depuis, je suis mendiant, je ne fais plus rien.

Vous comprenez, alors soyez bons, braves gens,

Ouvrez votre porte-monnaie et faites-moi un petit présent.

Tout ce qui passe entre mes doigts se casse dans ma main.

 


 

TOUT CE QUI PASSE ENTRE MES DOIGTS
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Published by Marco Valdo M.I.
14 août 2021 6 14 /08 /août /2021 18:09

 


 

UN FANTÔME DANS LA CASERNE

 

Version française – UN FANTÔME DANS LA CASERNE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson allemande – Spuk in der KaserneManfred Greiffenhagen – 1944

Texte : Manfred Greiffenhagen (Berlino 1896 – KZ Dachau 1945), Juif, écrivain et cabarettiste, composé pendant son emprisonnement à Theresienstadt.
Musique de Clio Montrey, Compositrice polono-canadienne, écrit pour le spectacle viennois " EntArteOpera " (Opéra dégénéré), consacré en 2015 aux opérettes et spectacles de cabaret joués par les prisonniers de Theresienstadt.

Texte in Christian Hörburger “Nihilisten – Pazifisten – Nestbeschmutzer. Gesichtete Zeit im Spiegel des Kabaretts”, 1993.

 

 

 

THERESIENSTADT – 1943


 

 

Interné à Theresienstadt, Manfred Greiffenhagen a écrit de nombreux textes pour les pièces de théâtre et de musique mises en scène dans le camp-ghetto. Comme de nombreux artistes juifs internés là – parmi lesquels le célèbre acteur Kurt Gerron – il a été forcé par ses tortionnaires à apparaître dans le documentaire de propagande « Der Führer schenkt den Juden eine Stadt », que les nazis ont inventé pour faire croire à la Croix-Rouge que Theresienstadt était une colonie modèle pour la population juive, alors qu’il ne s’agissait que d’un camp de transit vers Auschwitz. Il suffit de dire que « Le Führer donne une ville aux Juifs » (dont le titre officiel est “Theresienstadt”, Un documentaire sur le territoire de peuplement juif.) a été produit en septembre 1944 et, à la fin du mois d’octobre, le ghetto avait déjà été liquidé. Le réalisateur Kurt Gerron et presque tous ceux qui ont joué dans le film ont été exécutés à Auschwitz et Dachau quelques semaines plus tard.


Martin Roman faisait partie de l’orchestre du violoniste Marek Weber. Dès 1932, les nazis ont empêché le groupe de se produire en public. Presque tous les membres fuient à l’étranger, à commencer par le leader (qui mourut à Chicago en 1964). Roman s’est enfui en Hollande, mais y a été capturé après l’occupation du pays. Emprisonné à Theresienstadt, lui aussi – comme Greiffenhagen, Gerron et bien d’autres – est contraint de participer à la farce de propagande « Le Führer donne une ville aux Juifs ».

 

Parmi ceux qui sont apparus dans le documentaire de propagande tourné à Theresienstadt, les seuls à avoir survécu sont Martin Roman lui-même et un autre musicien de jazz, le guitariste Heinz Jakob “Coco” Schumann.

 

Dialogue maïeutique

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, je voudrais dire deux mots de l’auteur avant de parler de la chanson, je voudrais évoquer l’itinéraire étrange de la fin de sa vie. Car lui aussi a fini sa vie avec le Dachau Express. Parti de Berlin-Schöneberg en 1938, il sera rattrapé par les nazis en 1943 à Amsterdam, arrêté et déporté. Son itinéraire est glaçant : Amsterdam – Westerbork (1943) – Bergen-Belsen (1943-44) – Theresienstadt (1944) – Auschwitz (1944) – Dachau (1944 où il meurt le 19 janvier 1945 à 48 ans). Et quand même, au milieu de cette Odyssée noire, il est parvenu à garder son sens poétique et une capacité imaginative et créatrice dont on trouve ici un magnifique exemple.

 

Quel destin effroyable, dit Lucien l’âne, et quelle volonté il lui a fallu pour tenir au travers de ces transbahutements de la mort, car il ne pouvait ignorer ce qui l’attendait, ni ses compagnons de voyage. Mais il valait sans aucun doute mieux pratiquer la résistance artistique que de se laisser partir en zombie. Je lui lance pour le saluer comme on lance une fleur à celui qui est déjà dans la fosse, cette devise poétique, tirée de cette flèche lapidaire qu’est « Lo avrai, camerata Kesselring » de cet autre poète antifasciste Piero Calamandrei, devise que nous avons adoptée : « Ora e sempre : Resistenza ! » – « Maintenant et toujours : Résistance ! ».

 

Fort bien, Lucien l’âne mon ami, m’est avis qu’elle est d’une utilité universelle. Maintenant, j’en viens à la chanson : « Spuk in der Kaserne », que j’ai intitulée en français : « Un Fantôme dans la caserne ». Un Fantôme dans la caserne, voilà qui certainement peut intriguer.

 

Oui, en effet, dit Lucien l’âne, et je me demande bien de quoi il s’agit.

 

Comme on dirait au théâtre, répond Marco Valdo M.I., l’histoire se passe à Térésine dans la cour du château ou plus exactement, dans celle de la caserne. Des enfants jouent, ils dansent, ils chantent. Ils répètent leur rôle dans le grand spectacle en cours. Ils n’y sont pas encore, ils entreront sur la scène plus tard. Dans la cour de la caserne, tombe le soir et passe un gardien qui fait sa ronde ; il a l’air d’un spectre, d’un fantôme. Il ne dit rien.

 

On dirait le début d’une tragédie de Shakespeare, dit Lucien l’âne. Une atmosphère d’Elseneur. C’est comme si ces enfants qui jouent et dansent s’apprêtent à entrer dans un cauchemar.

 

Oh, dit Marco Valdo M.I., ils y sont déjà, mais ce sont des enfants et le jeu les distrait. D’ailleurs, ce moment-là n’est pas inquiétant, la nuit n’est pas encore tombée. C’est dans la nuit que passe le mystérieux gardien, juste un mouvement spectral comme une sombre inquiétude qui avance. Pour les enfants, c’était juste une répétition, sans doute la dernière ; demain, ce sera le grand jeu de Térésine et puis, le départ en train vers la fin.

 

Brrr, fait Lucien l’âne, j’en tremble et pas seulement pour les enfants, car si eux pouvaient encore vivre un peu dans l’insouciance, pour les autres, c’était impossible et pour les parents, c’était double peine. Comme par exemple pour cette autre poétesse, tchèque qui fut du même voyage, je veux parler d’Ilse Weber et de sa « Theresienstädter Kinderreim – COMPTINE DE THÉRÉSINE ». Enfin, la vie continue avec ses nouvelles guerres, ses nouvelles barbaries et ses nouvelles atrocités et nous, obstinément, nous tissons le linceul de ce vieux monde triste, joyeux, contrasté, vivant, létal et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Dans une ville coupée de tout,

Dans un pays encore étranger à beaucoup,

Dans un monde où coulent tellement de pleurs,

Dans un temps qui étouffe tout en nous,

Mesdames et Messieurs, nous paraissons devant vous,

Dans ce cadre tout en fête et en couleurs.


 

Ces jeunes enfants humains se trouvent

Ici pour s’amuser, pour cela soyez remerciés.

Deux-mêmes, ils ont trop bien deviné

Ce que ce temps et son esprit demandent.

Avec les droits de leur jeune âge,

Ils ne trouvent le vrai que dans le badinage.


 

Il en est aussi qui voudraient nier leur droit d’enfant

De chanter et de virevolter dans la danse.

Leur injonction très appréciée par notre temps

L’a toujours été par ceux qui sont installés

À l’écart sans rien comprendre aux performances.

Ils critiquent de loin avec des arguments bon marché.


 

Ils ont, après leurs heures de travail studieux,

Appris les chansons et les danses,

Et ils ont ressenti une vraie jouissance,

Quand ce jeu a été répété avec eux.

À l’examiner avec sérieux,

C’est le résultat de leur volonté et de leur compétence.


 

Ils ne veulent rien vous montrer aujourd’hui,

Ils jouent pour eux-mêmes leur petit jeu,

Ils dansent une ronde heureuse, sans souci.

Le public les inquiète peu,

Mais ils ne peuvent absolument pas ignorer

Vos applaudissements qu’on entend si volontiers.


 

Maintenant brillent les étoiles, c’est la nuit,

La ville se repose, le travail s’est endormi

Et seule une ombre, un fantôme dans la caserne,

Plein d’entrain, passe dans le silence.

Un garde fait ponctuellement sa ronde,

L’heure fatidique sonne, le grand jeu commence.


 


 
UN FANTÔME DANS LA CASERNE
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10 août 2021 2 10 /08 /août /2021 20:04
CHANSON DE MORT JUIVE
ou LES DIX FRÈRES

 

Version française – CHANSON DE MORT JUIVE ou LES DIX FRÈRES – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson de langue allemande (Yiddish) – Jüdischer Todessang, oder Zehn BrüderAleksander Kulisiewicz – 1942

 

[1942]
Texte : Rosebery D’Arguto (Martin Rozenberg)
Musique : From a Yiddish Folksong (“Tsen Brider”)
Da una canzone popolare yiddish (“Tsen Brider”)

 

Aleksander Kulisiewicz : Songs From The Depths Of Hell
Folkways Records Album N° FSS 37700 (1979)
PDF Booklet Available
Annotated by Peter Wortsman


La couverture de l’album, inspirée de cette chanson, est de Gertrude Degenhardt, femme de Franz-Josef Degenhardt.


 

 

CHANT DE MORT

Félix Nussbaum – 1944


Aleksander Kulisiewicz (1918-1982) était étudiant en droit dans la Pologne occupée par l’Allemagne lorsque, en octobre 1939, il a été dénoncé pour des écrits antifascistes, arrêté par la Gestapo, et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen, près de Berlin. Chanteur et auteur-compositeur amateur, Kulisiewicz a composé 54 chansons pendant près de six ans d’emprisonnement à Sachsenhausen. Après la libération, il se souvint de ses chansons, ainsi que de celles apprises de ses compagnons de prison, dictant des centaines de pages de texte à son infirmière d’assistance dans une infirmerie polonaise.


 


En septembre 1939, le compositeur et chef de chœur juif de Berlin, Rosebery D’Arguto (né Martin Rozenberg) fut envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen (juste au nord de Berlin). En 1940, il organise clandestinement un chœur de camp à quatre voix, composé de 25 à 30 prisonniers. Quand en 1942, les Juifs de Sachsenhausen découvrirent qu’ils seraient bientôt “transférés” à Auschwitz-Birkenau, D’Arguto composa son terrible « Chant de la Mort juive », sur la musique d’un vieux chant folklorique yiddish, « Dix Frères ». Il a intentionnellement écrit les paroles en allemand pour que les autres prisonniers puissent comprendre l’accusation portée par sa chanson. Fin octobre 1942, 454 prisonniers juifs, dont D’Arguto et tout son chœur, furent envoyés à Auschwitz-Birkenau. Le compositeur a été tué en 1943.

 

 

Bom bom bom bom…bom bom bom bom

Bom bom bom bom…bom bom…bom bom

Li-lay, li-lay…li-lay

La-la-la-la-la-la-la

Li-lay, li-lay…li-lay

Bom bom bom bom bom…bom bom bom bom

Bom bom bom bom…bom bom…bom bom

 

Dix frères, nous étions

Avec le vin, nous trinquions

L’un d’entre nous est mort,

Nous sommes neuf encore.

Aie, aie, aie !

 

Judas au violon,

Moïse à la basse,

Chantez-moi une petite chanson,

Nous devons aller au ga-a-s !

Judas au violon,

Moïse à la basse,

Chantez-moi une petite chanson,

Nous devons aller au ga-a-s !

Au gaz,

Au Gaaazz !

 

Bom bom bom bom…bom bom bom bom

Bom bom bom bom…bom bom…bom bom

Li-lay, li-lay…li-lay

La-la-la-la-la-la-la

Li-lay, li-lay…li-lay

Bom bom bom bom bom…bom bom bom bom

Bom bom bom bom…bom bom…bom bom

 

Le seul frère je suis resté,

Avec qui pleurer ?

Les autres sont tués !

Les neuf, imaginez ?

 

Judas au violon,

Moïse à la basse,

Écoutez ma dernière petite chanson,

Moi aussi, je dois aller au ga-a-s !

Judas au violon,

Moïse à la basse,

Écoutez ma dernière petite chanson,

 

Nous étions dix frères,

Nous n’avons commis aucun crime,

Aucun crime.

 

Li-lay, li-lay…li-lay

La-la-la-la-la-la-la

Li-lay, li-lay…li-lay
 

CHANSON DE MORT JUIVE  ou LES DIX FRÈRES
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6 août 2021 5 06 /08 /août /2021 15:17

 

LE CHANT DES DEUX BŒUFS

 

Version française – LE CHANT DES DEUX BŒUFS – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson allemande – Das Lied von den zwei OchsenManfred Greiffenhagen – 1944

 

Texte de Manfred Greiffenhagen (1896-1945), juif allemand, berlinois, auteur de cabaret.

Musique de Martin Roman (1913-1996), également juif allemand, pianiste de jazz.

Récemment (2007) réintroduit au grand public par le baryton-basse allemand Christian Gerhaher et la mezzo-soprano suédoise Anne Sofie von Otter dans le recueil intitulé « Terezín/Theresienstadt », publié en 2008 par Deutsche Grammophon.

Texte trouvé sur « Und Die Musik Spielt Dazu ! Kabarett in Theresienstadt », titre d’un concert organisé en 2009 à la synagogue de Vöhl, en Hesse.


 

LES DEUX BŒUFS

Rosa Bonheur – 1849

 

 

Interné à Theresienstadt, Manfred Greiffenhagen a écrit de nombreux textes pour les pièces de théâtre et de musique mises en scène dans le camp-ghetto. Comme de nombreux artistes juifs internés là – parmi lesquels le célèbre acteur Kurt Gerron – il a été forcé par ses tortionnaires à apparaître dans le documentaire de propagande « Der Führer schenkt den Juden eine Stadt », que les nazis ont inventé pour faire croire à la Croix-Rouge que Theresienstadt était une colonie modèle pour la population juive, alors qu’il ne s’agissait que d’un camp de transit vers Auschwitz. Il suffit de dire que « Le Führer donne une ville aux Juifs » (dont le titre officiel est “Theresienstadt”, Un documentaire sur le territoire de peuplement juif.) a été produit en septembre 1944 et, à la fin du mois d’octobre, le ghetto avait déjà été liquidé. Le réalisateur Kurt Gerron et presque tous ceux qui ont joué dans le film ont été exécutés à Auschwitz et Dachau quelques semaines plus tard.


Martin Roman faisait partie de l’orchestre du violoniste Marek Weber. Dès 1932, les nazis ont empêché le groupe de se produire en public. Presque tous les membres fuient à l’étranger, à commencer par le leader (qui mourut à Chicago en 1964). Roman s’est enfui en Hollande, mais y a été capturé après l’occupation du pays. Emprisonné à Theresienstadt, lui aussi – comme Greiffenhagen, Gerron et bien d’autres – est contraint de participer à la farce de propagande « Le Führer donne une ville aux Juifs ».

 

Parmi ceux qui sont apparus dans le documentaire de propagande tourné à Theresienstadt, les seuls à avoir survécu sont Martin Roman lui-même et un autre musicien de jazz, le guitariste Heinz Jakob “Coco” Schumann.

 

Jusqu’à 50 000 Juifs étaient entassés à Theresienstadt en même temps. Pour chacun, seulement quelques mètres carrés. Environ 150 000 Juifs sont passés par Theresienstadt. Environ 90 000 d’entre eux ont ensuite été transférés dans des camps d’extermination, dont très peu sont revenus. 35 000 autres Juifs du camp/ghetto de Theresienstadt y sont morts de faim et de maladie. Environ 15 000 enfants ont également été emprisonnés à Theresienstadt : moins de 1 800 ont survécu. (voir camp de concentration de Theresienstadt)

 

Une chanson dans laquelle les deux bœufs qui traînaient chaque jour le chariot dans les rues étroites du camp/ghetto, souvent pour ramasser les corps des personnes mortes de faim ou de maladie, racontent la lutte quotidienne pour la survie des internés, dont le corps, mais souvent aussi le cœur et la dignité, étaient réduits à moins que des animaux…


 


 

Dialogue maïeutique

 

Voici une chanson, Lucien l’âne mon ami, où les bœufs sont des acteurs à part entière, des protagonistes et qui plus est, des philosophes avec lesquels à l’occasion, si elle s’était présentée, on aurait pu dialoguer.

 

Voilà, dit Lucien l’âne, qui st assez inhabituel et qui m’intéresse au plus haut point. Des bœufs philosophes ! J’avais entendu causer et même, j’avais vu des tortues philosophiques qui allaient toujours plus loin plus loin que le héros qui les poursuivait, mais des bœufs philosophes ? Et à quel propos, de quoi causent-ils ?

 

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., ils donnent leur avis sur les hommes qui les entourent, sur la ville où ils vivent et sur les événements qui s’y produisent. Ce ne sont évidemment pas n’importe quels bœufs et leur aventure est terrible et particulièrement angoissante, car ces deux bœufs, civilisés et citadins, officient au ramassage des morts dans la ville-camp de concentration-ghetto de Thérésine, dont nous avons déjà eu l’occasion de parler.

 

Oui, dit Lucien l’âne, Thérésine, je m’en souviens. Singulièrement des chansons d’Ilse Weber, dont tu avais, avec beaucoup de tendresse, composé les versions françaises, dont par exemple : ADIEU, MON AMI (Ade, Kamerad !) – LETTRE À MON ENFANT (Brief an mein Kind) – ALORS TOUT IRA BIEN (CHANT DES ÉMIGRANTS) (Denn alles wird gut (Emigrantenlied)‎ – MONOLOGUE DE LA VALISE (Ein Koffer spricht). Mais revenons à nos deux bœufs et à ce qu’ils disent.

 

Oui, répond Marco Valdo M.I., il faut faire place à ce que disent les deux bœufs, car ils ont une vision particulière de Thérésine, une vision de l’intérieur, mais aussi en raison de leur rôle et de leur mobilité à l’intérieur du ghetto, une vision multipliée, qui leur donne un certain recul et une proximité. Ils voient de tout près comme des observateurs neutres, en quelque sorte, de passage. Ils regardent les hommes et leurs actes un peu comme peuvent le faire des ethnologues ou des anthropologues. Par ailleurs, ils connaissent le sujet, car ils ont le nez dessus depuis un certain temps et chaque jour, inlassablement. Voilà pour les bœufs, mais en réalité, on le sait, c’est Manfred Greiffenhagen, l’auteur de la chanson, comme les bœufs prisonnier lui aussi du camp, qui interpelle les gens du ghetto de Thérésine et leur renvoie un portrait d’eux-mêmes assez caustique. Cependant, je n’entrerai pas dans le détail de leur discours, car je veux laisser la chanson dire ce qu’elle entend dire.

 

Et tu as raison, Marco Valdo M.I. mon ami, car il faut laisser les bœufs philosopher et quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde ignare, inculte, barbare et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Vous vous approchez à nouveau, vacillantes masses,

Sans qu’on vous voie, aucun jour ne passe.

Quand dans les rues, mes bons vieux,

Vous tirez le chariot de vos pas précautionneux.

Je vois comme vous nous regardez, nous les hommes,

Notre mesquinerie, notre haine, nos disputes, comme

Je sais bien que vous nous méprisez, pourtant,

Heureux dans votre cœur d’être deux bœufs.

Vous restez calmes, rassasiés et contents

Quand les gens se disputent et se battent bêtement.

Vous êtes pour moi, vous les deux bœufs,

De Theresienstadt, les êtres les plus intelligents.

 

On sait chacun de nous les bruits,

Rien n’est trop stupide pour les gens d’ici,

Chacun raconte à l’autre l’histoire,

Bientôt, dans toute la ville, c’est notoire.

J’entends d’excellentes choses, ces jours-ci

Quand dans la caserne, je vous ai rencontrés,

Sur la question, j’ai demandé votre avis,

Vieux philosophes, vous m’avez dit :

« Vous humains voyez et entendez tout à demi.

Le bovin, lui a le sens du paradoxe, ce pourquoi

Le plus grand des bœufs n’y croit pas,

Et le plus petit veau rit de tout ça. »


L’homme doit manger, son estomac l’exige,

Mais l’alimentation est un problème ici,

Et quand il entend sonner l’heure de midi,

Même si le chemin de la cuisine n’est pas facile.

Irrésistiblement attiré par le ménage

Les gens le font souvent sans avantage,

Et, ils se mettent en rage très souvent

S’ils doivent attendre trop longtemps.

Vous êtes bien servi, en boîtes

Votre nourriture est servie franco maison,

Et dehors, nous les bœufs attendons des heures.

Qui de nous a la meilleure position ?

 

On entend les gens d’ici parler différemment,

En dialecte, mais aussi dans l’entendement.

Il est choquant de voir leurs oppositions,

Comme ils se divisent encore par nations,

Hollandais, Danois et Tchèques

Et Allemands de Berlin, de Vienne et de Prague

Et plus encore, ils ne s’épargnent pas.

Dans une ville qui se nomme un ghetto.

Il n’y a pas pourtant et surtout dans ce cas,

De différence entre les hommes et les bestiaux ;

Car des Juifs, et seulement des Juifs, nous sommes tous ;

Tout comme les bœufs sont tous des bœufs, tous !


 

LE CHANT DES DEUX BŒUFS
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