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18 janvier 2022 2 18 /01 /janvier /2022 18:40

 

La Région

 

Chanson française – La Région Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays

 

 

Épisode 17

 

 

 

TOUT VA BIEN CHEZ NOUS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Sans doute, Lucien l’âne mon ami, la région – c’est le titre de la chanson – est une notion floue, un concept vague, une entité éminemment élastique et d’une certaine manière, assez insaisissable.

 

Oui, dit Lucien l’âne, mais il suffit de dire son nom pour qu’on la situe et qu’on puisse en évaluer les contours, le relief, l’hydrographie, en situer les villes, les villages, les routes, les chemins de fer, les ports, les aéroports, que sais-je ? En déterminer la population et même, grosso modo, le climat. Dans l’ensemble, c’est généralement assez clair.

 

Généralement, c’est le cas de le dire, répond Marco Valdo M.I., vu que la région – après la grandiose révolution avait hérité du nom d’un général, puis, après qu’on l’eut déclaré félon et fusillé, de celui d’un autre général – son exécuteur, lequel a depuis été lui aussi effacé. Donc, à l’heure présente, pour ce qui est de cette région de Zinovie, c’est toute une histoire, car on ne peut ni la nommer, ni la situer. C’est un fantôme géographique, un ectoplasme historique ; c’est tout juste si on peut croire à son existence. Et pourtant, elle existe, elle est bien réelle et pour ce que j’en sais, elle n’est seule dans son genre.

 

Soit, dit Lucien l’âne, mais en vérité, je ne comprends pas bien de quoi elle vit cette région.

 

Je vais te résumer l’affaire, dit Marco Valdo M.I. ; d’abord, rappelons qu’une région, au sens où on l’entend ici, c’est une partie d’un ensemble plus grand ; le plus souvent, une partie d’un pays, d’un État, comme c’est le cas ici. Pour celle qui nous occupe, elle n’a pas de nom, elle est anonyme par destination. Elle n’apparaît nulle part sur les cartes, elle n’a pas d’histoire, on ne peut l’identifier. On la traverse sans la voir. Tout ça volontairement, obligatoirement, car c’est une région militaire nimbée par le secret d’État.

 

C’est tout ce que tu peux m’en dire ?, demande Lucien l’âne.

 

Certes non, répond Marco Valdo M.I. ; la chanson nous apprend bien d’autres choses à son sujet.

— Elle a connu la glorieuse révolution ;

— Son nom, quand elle a pu en avoir, était celui d’un héros du moment ; elle en a changé plusieurs fois.

— On y a créé un conscientorium afin de soigner la conscience politique des gens ;

— Elle fut antérieurement une région rurale prospère et elle vit à présent dans la disette alimentaire.

— On y trouve un camp de prisonniers en plus du conscientorium et de ses cinquante mille pensionnaires.

— les pensionnaires, les prisonniers et les jeunes de la région sont contraints au travail local.

 

Oh, dit Lucien l’âne, il y a en effet de quoi la cacher.

 

Selon ce qu’en dit la chanson, dit Marco Valdo M.I., on la camoufle très bien, mais on y a construit une petite ville, entièrement pensée – n’y sont tolérés que des habitants fiables – pour donner une belle image aux visiteurs étrangers. Celle-là, on peut la voir, la visiter et même, rencontrer ses habitants.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, en confidence, de mes propres oreilles, j’ai entendu dire que ce genre de choses existent ailleurs, mais je n’y suis jamais allé dans ces pays ; quant à la Zinovie, comme toi, je la découvre. Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde menteur, camouflard, misérable, malheureux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Nul ne se souvient plus du nom

Ancestral et vénérable de notre région,

Son nom d’avant la glorieuse révolution ;

Ni du nom d’un général de grand renom,

Dont notre région hérita ;

Fusillé, son justicier lui succéda.

Depuis, on vit dans la nouvelle ère.

Tache blanche sur les cartes routières,

Néant traversé par le chemin de fer,

Notre région est zone militaire,

Plus personne ne vient là ;

Son nouveau nom est un secret d’État.

 

Si notre pays voyait dans un autre pays

Traiter les habitants comme ici,

Il s’indignerait à grands cris.

Chez nous, on édifie le paradis.

Pour ménager cet avenir radieux,

On aménage un présent précautionneux.

Les autorités écrivent notre histoire,

En grande part forcément illusoire.

Comme les discours n’arrivent pas

À soigner la conscience publique,

On a créé de vastes sanatoriums politiques,

Ce sont les conscientoriums de notre État.

 

Nos chefs sages et bien aimés

Ont réparti toute l’humanité

Équitablement en deux parts :

Nous, d’un côté ; le reste, autre part.

Nous, le concentré du meilleur,

On surpasse ce qui se fait ailleurs.

L’absence de viande, le manque de blé ;

La disparition des patates et des choux.

Tout va bien chez nous.

Nos dirigeants l’ont décidé :

L’élan du peuple, de la région, la solidarité

Vont multiplier par cinq la production de tout.

 

Avant la révolution grandiose,

Notre région produisait plein de choses :

Du beurre, de la viande, des patates, du blé.

Il y avait à manger ; c’était un pays agricole arriéré.

C’est maintenant une région industrielle.

On a un camp, des usines, on produit du papier,

Des calculatrices, des avions, des poubelles.

On fait travailler les jeunes et les prisonniers,

Et les cinquante mille pensionnaires

De notre conscientorium exemplaire.

On a bâti une ville modèle de l’autre côté

Qu’on fait visiter aux étrangers.

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Published by Marco Valdo M.I.
12 janvier 2022 3 12 /01 /janvier /2022 18:27

 

 

Jours tranquilles au Pays

 

Chanson française – Jours tranquilles au Pays Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ;

 

Épisode 16

 

 

LES GUIDES SUR LA PLACE

Ivan Nikiforov - 1970

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Jours tranquilles au pays, dit Lucien l’âne, c’est là un beau titre et j’ai comme l’impression de l’avoir déjà vu.

 

Pas étonnant, Lucien l’âne mon ami, que tu aies une impression de déjà-vu, car il s’inspire directement et à raison du titre d’un célèbre roman d’un voyageur, roman dont le titre est « Jours tranquilles à Clichy », écrit par l’exilé étazunien Henry Miller, qui disait de ce long passage à Paris : « Quand je repense à Clichy, j’ai le souvenir d’un petit séjour au paradis. », propos que je ne peux m’empêcher de raccrocher à la quatrième étape de ce voyage en Zinovie, que j’avais intitulée : «  Le Paradis sur Terre ». Évidemment, ce sont des paradis très différents.

 

Je m’en doute, dit Lucien l’âne. Pour moi, j’ai l’idée que ça n’a rien à voir. Cependant, parle-moi maintenant de ces jours tranquilles en Zinovie. 

 

On y parle, répond Marco Valdo M.I. ; au fait, ce « on » est vraiment le mot qui convient, précis, impersonnel et anonyme, qui sous ses deux lettres se fait l’écho de toutes sortes d’interlocuteurs zinoviens ; par ailleurs, ce « on » est sans doute un des plus grands acteurs de la vie zinovienne, mais j’y reviendrai un peu plus tard. Dans ce voyage en Zinovie, on entend tout un charivari qui vise probablement les guides et autres responsables du pays et pas seulement ceux d’hier ou d’avant-hier. D’abord, il faut préciser que le guide est une institution très ancienne en Zinovie ; elle remonte à la nuit des temps, quand la Zinovie n’était encore qu’un embryon de ce gigantesque pays qu’elle est devenue au fil des temps. Le guide en lui-même est une figure centrale de toute configuration de groupe en Zinovie ; il surgit spontanément dans tout agglomérat humain en voie de stabilisation. Ainsi, il y a en haut de la pyramide zinovienne « Le Guide » et depuis la révolution grandiose, il y en a eu une kyrielle ; celui-là, on le dit le guide suprême ; c’est le guide des guides, qui eux-mêmes, vraies poupées gigognes, sont les guides de multitudes de guides de moins en moins suprêmes, mais qui toujours incarnent Le Guide, incarnation suprême du peuple. En gros, cette Zinovie a cent ans ; c’est elle qui se révèle aux voyageurs. Considérons donc ce voyage comme une exploration, notons en les échos et laissons dire les chansons.

 

Eh, dit Lucien l’âne, on dirait que tu as oublié que tu m’as promis de me parler du « on » et de son rôle apparemment essentiel en Zinovie.

 

Juste, répond Marco Valdo M.I. ; il me faut m’exécuter. Donc, le « on » apparaît dans la troisième strophe :

 

« Il y a quelque chose de gluant, de pourri, de retors.

Ce que c’est, je ne sais pas. On veut me faire du tort. »

 

et dans la quatrième également :

 

« À l’époque, celle de la gloire d’antan,

On suivait l’esprit du temps,

Marche triomphale, révolution grandiose,

On ne posait pas de questions.

Cinq ans au camp, ce n’était pas grand-chose.

À présent, avec l’évolution,

On nie les disparitions, on dément ;

Cependant, on y colle les gens comme avant. »

 

Il s’agit bien de « on » sans pourtant être les mêmes. Le « on » est protéiforme. On trouve ici seulement certaines de ses personnifications, car il en a beaucoup d’autres. Il y en a de trois sortes ici :

— le premier « on », celui de « On veut me faire du tort », c’est une entité mystérieuse, faite d’ombres cachées et fuyantes, ce sont des « on » honteux ;

— le second, c’est le « on » collectif, celui qui dit : « On suivait l’esprit du temps / On ne posait pas de questions » ; il rapporte l’avis commun d’un grand nombre et qui protège les gens de l’avoir exprimé.

— le troisième, est très évident, il aime à faire planer son ombre sur la société et il aurait plutôt tendance à faire fuir – c’est le « on » dominateur, imbus de sa puissance. C’est le « on » qui nie les disparitions, qui dément, qui colle les gens dans les « y » de on y colle. Les « y », ce sont les prisons, les camps, les institutions psychiatriques (Mémorial)

 

Oui, dit Lucien l’âne, mais allez saisir le « on », toujours il s’échappe et c’est sa raison d’être à cet être Potemkine. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde intranquille, populaire, regrettable, triomphal, grandiose et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

En Zinovie, le guide nous éclaire.

Tout l’art doit être populaire.

L’œuvre commune, l’enfant de la nation,

La création est affaire de tradition,

L’art est patrimonial et folklorique :

Cuillères, tasses, objets en bois peint ;

Broderies et foulards « faits main » ;

Poupées-gigognes, chansons historiques,

Sagas, légendes et bylines rimées

Par de vieilles femmes inventées.

Tout l’art populaire est sacré,

C’est le cœur du peuple incarné.

 

En Zinovie, les gars et les filles un jour

Perdent distraitement leur virginité ;

Loin dans les temps passés, suranné,

A-t-il jamais existé ce premier amour ?

L’amour, le roman, les vrais béguins,

Les joies, les tendresses, les chagrins,

Ici, les gens vivent les sentiments plus tard.

La petite voisine est enceinte, chose regrettable.

Où trouver un mari convenable ?

Il faut régler ça sans retard.

Sinon, elle va se pendre, elle va se noyer.

Déjà marié, il lui disait que c’était sans danger.

 

L’autre jour, j’avais des amis en soirée.

On m’a dénoncé. La milice a débarqué.

Les agents ont exigé les papiers.

Ils ont tout noté. Ma soirée était gâchée.

Derrière mon dos, sous mes pieds, autour de moi,

Il y a quelque chose de gluant, de pourri, de retors.

Ce que c’est, je ne sais pas. On veut me faire du tort.

Qui c’est ? Et pourquoi ? Et pourquoi moi ?

Les amis sont repartis immédiatement.

Depuis, un juge d’instruction m’a convoqué,

Il dit : il faut purger le pays des dissidents.

Dix heures durant, il m’a interrogé.

 

En Zinovie, il est facile à présent

D’être courageux et intelligent ;

À l’époque, celle de la gloire d’antan,

On suivait l’esprit du temps,

Marche triomphale, révolution grandiose,

On ne posait pas de questions.

Cinq ans au camp, ce n’était pas grand-chose.

À présent, avec l’évolution,

On nie les disparitions, on dément ;

Cependant, on y colle les gens comme avant.

C’est juste une question de prix

Pour vivre tranquille sa vie ici.

 

 

 

  Jours tranquilles au Pays
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Published by Marco Valdo M.I.
11 janvier 2022 2 11 /01 /janvier /2022 12:03

 

LE MEILLEUR DES MONDES


 

Version française – LE MEILLEUR DES MONDES – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la traduction italienne de Flavio Poltronieri – VIVO NEL MIGLIORE DEI MONDI

d’une chanson russe – Живу я в лучшем из мировVladimir Semënovič Vysotskij / Владимир Семёнович Высоцкий1976


 

 

LE MEILLEUR DES MONDES

Paul KLEE – 1939


 


 


 

Dialogue maïeutique


 

Cette fois, Lucien l’âne mon ami, la chanson s’intitule « Le Meilleur des Mondes ».


 

Hou là, dit Lucien l’âne, quel titre ! Ce doit être une chanson philosophique, un conte utopique ; rien que ce titre est déjà toute une histoire. C’est tout à coup Candide qui sort de la boîte où on l’avait rangé ; Candide et Mademoiselle Cunégonde et le Docteur Pangloss. Pangloss – de toutes les langues, ce pourrait être le saint patron des Chansons contre la Guerre, qui sont aussi optimistes que lui avec leur combat à la Sancho Pança contre les cavaliers de l’Apocalypse. Et puis, Leibniz moqué par Voltaire et puis, et puis, Huxley, lequel renvoie immanquablement à Orwell et aux Cavaliers en retraite de Pratchett. Tout ça se bouscule dans ma mémoire.


 

Halte, Lucien l’âne mon ami, on n’en demande pas tant et puis, on n’en finirait pas de dévider cet écheveau ; cependant, il y a bien tout ça dans ce titre et bien d’autres choses encore dans la chanson qui chante comme une comptine de Zinovie.


 

Quoi ?, s’étonne Lucien l’âne. La Zinovie ? Qu’est-ce qu’elle vient faire ici ?


 

Oh, tout simplement, répond Marco Valdo M.I., c’est que c’est le même pays – métaphoriquement, car la Zinovie (de Zinoviev) et la Russie (de Vysotsky) sont deux mondes parallèles et l’une est très certainement le reflet de l’autre. Ainsi, avec son meilleur des mondes, le poète russe Vysotsky décrit à l’encre ironique le pays dans lequel il vit. Son refrain – qui en gros et à haute voix, voix rocailleuse au ton grinçant du corbeau – dit : tout va bien, tout va bien, alors même qu’on comprend que rien ne va. L’Éden radieux est mité aux entournures et le manteau troué couvre tout le territoire.


 

En somme, suggère Lucien l’âne, Vysotsky et Zinoviev, même combat !


 

Certainement, répond Marco Valdo M.I., et chacun à sa manière raconte le réel quotidien et l’histoire vécue en vrai de son monde et sûrement, Vysotsky a raison : c’est le meilleur des mondes – possible – dans la Russie contemporaine.


 

Eh bien, dit Lucien l’âne, comme on ne peut rien y changer, tissons le linceul de ce vieux monde paradisiaque, optimiste, meilleur, prometteur et cacochyme.


 


 

Heureusement !


 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 

Je vis dans le meilleur des mondes.

Je n’ai pas besoin d’abri :

La vallée est un refuge, la terre un lit,

Les murs sont la forêt, la tombe est une crevasse,

J’ai la chair de poule.


 

Je me sens bien ;

Vivre à la campagne, c’est sain.

Il y a au fond de ce trou,

Un silence agréable comme tout.


 

Pas besoin de bois, le soleil chauffe.

Vous pouvez tous me rendre visite,

Dommage que mon abri n’a pas de toit

Et que dans ce meilleur des mondes,

Il pleut parfois.


 

Je me sens bien chez moi.

Entrez voir, si vous ne me croyez pas ;

Asseyez-vous et ne vous inquiétez pas ;

Regardez et ne vous réveillez pas.


 

Tout est bien, tout est noir.

Louez les dieux de ma part.

Je dois serrer ma ceinture d’un quart

Et je pourrais aller à cheval,

Si seulement j’avais un cheval.


 

Je me sens bien ;

Tous mes soucis ne sont rien.

Moi, de mon ton grinçant,

Je chante trois jours de rang.

Écoutez ainsi mon refrain.


 

Je vis dans le meilleur des mondes.

Je n’ai pas besoin d’abri…

LE MEILLEUR DES MONDES
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Published by Marco Valdo M.I.
10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 19:16
LES CIGOGNES

 

Version française – LES CIGOGNES – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après les versions italienne – LE CICOGNE – Silvana Aversa – 1992

et anglaise – THE CRANES – www.wysotsky.com -

d’une chanson russe – АистыVladimir Semënovič Vysotskij / Владимир Семёнович Высоцкий – 1967

Texte et musique de Vladimir Vysotsky

 

 

 


De temps en temps, je prends le petit livre de la vieille série “Millelire” de Stampa Alternativa avec les chansons de Vladimir Vysotsky, ou je cherche quelque chose sur le web. Car Vysotsky est un puits sans fond, ou au fond du puits se trouve l’âme et la vie de l’homme, de nous tous. Ainsi, chaque fois que je décide de rouvrir la conversation avec le vieux Vladimir, il y a toujours quelque chose de nouveau. Quelque chose qui a échappé. Quelque chose que vous n’aviez pas remarqué avant. Cela vaut pour cette chanson, datant de 1967, pour laquelle ce terme est certainement réducteur. Car c’est de la poésie pure, car le lire sans musique ne lui enlève rien. Même si la voix rauque et puissante de Vladimir est toujours dans vos oreilles. Lisez-le. Apprenez-le. Peu importe que ce soit en russe, en italien ou dans une autre langue. C’est un plaisir, toujours. Une des meilleures choses jamais présentées ici. Comme beaucoup d’autres œuvres de Vysotsky, elle a été écrite pour un film, appelé Война под крышами.

 

Riccardo Venturi, 7 janvier 2006.

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

J’ai bien failli, Lucien l’âne mon ami, ne pas t’inviter à un dialogue à propos de ces cigognes. J’étais, je te l’avoue, prêt à les laisser s’envoler comme ça, sans rien en dire ; à laisser cette version courir le monde sans l’avoir commentée en ta compagnie.

 

Quelle idée !, s’écrie Lucien l’âne.

 

En effet, quelle idée !, répond Marco Valdo M.I., mais comme tu le vois, je corrige mon erreur, je comble mon omission. Ce n’est pas que notre dialogue maïeutique ait grande importance et que nos paroles, telles celles de Socrate l’Athénien, soient immortelles.

 

C’est quoi, alors ?, demande Lucien l’âne, rigolard.

 

C’est que, vois-tu Lucien l’âne mon ami, c’eût été un non-dit, il y aurait eu ici comme un oubli, une sorte de déni, un genre de blanc qu’on aurait oublié de remplir et ç’aurait été fort dommage, car elle mérite quelques mots d’introduction, comme une petite mise en scène préalable ; une mise en contexte s’impose, voilà tout.

 

Bien bien, Marco Valdo M.I. mon ami, qu’est-ce qui te retient de la faire cette introduction circonstanciée ?

 

Rien du tout, Lucien l’âne mon ami, la voici. Cette histoire de cigognes n’est pas celle que l’on croit ; elle n’a que fort peu à voir avec une savantissime chanson ornithologique. Mais partons néanmoins du comportement de ces blancs et noirs oiseaux qui font de grands nids sur le toit et les cheminées des maisons ou des bâtiments, c’est-à-dire au plus près des communautés humaines. C’est la cause de leur malheur quand les humains se battent entre eux, quand ils se font la guerre ; alors, les cigognes s’éloignent et abandonnent leurs nids.

 

C’est donc ça que raconte cette chanson, dit Lucien l’âne.

 

Oui, répond Marco Valdo M.I., c’est le schéma général, mais il y a plus, car il ne s’agit as de n’importe quelle guerre, ni de n’importe quel moment.

 

Pas n’importe quelle guerre, pas n’importe quel moment ?, demande Lucien l’âne.

Exactement et ça a son importance, reprend Marco Valdo M.I. ; il s’agit de la plus grande guerre que l’on ait connue jusqu’à présent et précisément, de l’invasion allemande de la Russie au milieu de l’année 1941, au moment où la guerre répand les armées nazies dans les champs de Russie et de l’exode des gens et des cigognes. C’est ce moment crucial que chante la chanson, tel qu’il est ressenti et conté par un de ces paysans.

 

Écoutons-le, dit Lucien l’âne, et tissons le linceul de ce vieux monde belliqueux, belliforme, bellimorphe, belligène, bellifère, bellifore et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Le ciel de ce jour

Est clair,

Et le grondement sourd

Du fer

Court sur notre terre

Et le bourdon persiste

Et les arbres couverts de suie

S’attristent.

 

Fumée, cendres et suies

Dressent leurs croix.

Les cigognes, sur les toits,

Ne font plus leurs nids.

 

Les épis sont déjà dorés ;

Sauverons-nous le grain ?

Non ! Nous avons semé

En vain.

Quel est cet or qui brille,

Qui, en tremblant,

Rampe sur le champ ?

C’est le feu qui incendie.

De tous les côtés,

Le malheur, nous a tous dispersés.

Plus de piaillements d’oiseaux,

Seuls restent les croas des corbeaux !

 

Et les arbres en poussière -

L’automne est arrivé.

Et ceux qui savaient chanter

Ont arrêté hier.

Il ne nous reste que la peine.

L’amour n’est plus pour nous,

Aujourd’hui

Nous sentons la haine.

 

Fumée, cendres et suies

Dressent leurs croix.

Les cigognes, sur les toits,

Ne font plus leurs nids.

 

Les frondes, comme chaque jour,

Bruissent ;

La terre et l’eau depuis toujours

Gémissent.

Les miracles sont partis,

La forêt retentit

Des sons sévères

Des trompes de guerre.

 

Vers l’Est, sans vergogne,

Tous ont fui le malheur ;

Il n’y a plus de cigognes,

Ni d’oiseaux chanteurs.

 

L’air entend des accents

Différents,

Résonnent le roulement

Et le vrombissement ;

Et le piétinement

Des sabots se plie.

Quelqu’un crie

Un chuchotement.

 

Vers l’Est, sans vergogne,

Tous ont fui le malheur :

Sur les toits, plus de cigognes,

À clapper le bonheur.

LES CIGOGNES
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Published by Marco Valdo M.I.
8 janvier 2022 6 08 /01 /janvier /2022 18:43

 

Les Gens

 

Chanson française – Les Gens Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés

 

 

 

UN TOAST À LA SANTÉ DE NOS DAMES !

Marc Chagall – 1918

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Nous revoici en Zinovie, Lucien l’âne mon ami, et comme dans tout bon voyage non-organisé, on peut baguenauder, voir ce que bon nous semble, on peut entendre ce qui se dit, on peut écouter le vent e la rumeur qui ronchonne ses quatre vérités.

 

Ah, dit Lucien l’âne, que peuvent être ces quatre vérités, que peuvent-elles apprendre au voyageur ?

 

En tout cas, dit Marco Valdo M.I., comme je vais le montrer la chanson énonce quatre vérités en quatre strophes.

 

Et puis, reprend Lucien l’âne interrompu, pourquoi ce « tout bon voyage non-organisé » ?

 

D’abord, répond Marco Valdo M.I., plus encore qu’ailleurs et sans doute aucun pour d’autres raisons l’habitude en Zinovie est d’offrir aux visiteurs cette sorte de « voyage organisé », formule qui de façon générale, permet de regrouper les participants, de réaliser de ce fait des économies d’échelle dans les moyens de transports et d’assurer une clientèle aux hôtels et aux lieux visités. Par ailleurs, on rationalise les itinéraires, on pratique des prix de groupe et on garantit aux touristes la visite des lieux qu’il faut avoir vus. C’est avantageux et ça donne satisfaction au plus grand nombre, qui est d’ailleurs venu pour ça : être allé à l’endroit où il faut et voir ce qu’il faut avoir vu. En Zinovie, comme dans les pays au mode de vie similaire, il faut y ajouter l’encadrement des groupes et une certaine surveillance, afin que les étrangers ne s’égarent pas dans les lieux qu’il ne faut pas voir et ne soient en contact qu’avec une population sélectionnée.

 

Moi, comme je l’ai toujours pratiqué, dit Lucien l’âne, j’opte nettement pour le « bon voyage non-organisé » et même, le cas échéant (et ça m’est souvent arrivé), pour un « mauvais voyage non-organisé » ou du moins, un de ceux pleins de rencontres et d’aléas imprévus. Moi, je préfère aller au petit bonheur la chance et j’ai une horreur viscérale du troupeau, même pacifique. Mais au fait, que chante d’autre la chanson ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, elle fait écho à ce vent gronchon qui raconte cahin-caha la vie quotidienne en Zinovie. Elle le fait en quatre parties :

— La première chante les femmes de Zinovie ; c’est une évocation magnifique, mais un peu rude, qui se conclut à leur santé :

 

« Elles boivent des coups comme nous,

Ce sont de vraies femmes.

Un toast à la santé de nos dames ! »

 

— La seconde est consacrée aux rues et aux noms qu’on leur donne. Elle a un sens bien au-delà du tourisme, car elle énonce la raison profonde de ces noms de rues qui ont un rôle très glorificateur. Elle souligne à sa manière l’ironie de la chose, montre l’hypertrophie du phénomène, la suffisance de ceux qu’elles se doivent de célébrer :

 

« Pour des présidents, des généraux,

Des chefs et des héros de bureau,

On crée de nouvelles rues, constamment,

Et des avenues, des places avec des monuments. »

 

— La troisième partie parle du pouvoir et du but élevé, très élevé, que ce dernier assigne à la Zinovie toute entière :

 

« Tout pour l’avenir, tout pour le beau,

Faire le bonheur de l’humanité,

C’est le but de la nouvelle société.

Ici, en Zinovie, on crée l’homme nouveau. »

 

— La quatrième exprime la véritable situation des gens de Zinovie, la réalité dans laquelle il leur faut se débattre ainsi que leur profonde incapacité à atteindre le sublime objectif qui leur est assigné, car :

 

« La marche du progrès est bancale.

En vérité, la vérité est banale :

Il n’y a pas, il n’y aura pas

D’autres gens que les gens »

 

Holà, dit Lucien l’âne, elle en raconte des choses cette chanson, mais somme toute pas plus que les autres épisodes du voyage en Zinovie. Disons que c’est une étape fort peu touristique.

 

Un instant encore, Lucien l’âne mon ami, pour un dernier commentaire utile à la compréhension et la chanson et surtout, de sa démarche, c’est qu’elle met la Zinovie en balance avec un « là-bas » dont je laisse à chacun le soin de le resituer. J’ajoute que ce « là-bas », tel que le voit la vulgate zinovienne est le lieu de l’ultime perversion et son évocation sert à exalter la Zinovie et son avenir radieux.

 

Je vois, je vois, répond Lucien l’âne, j’ai déjà entendu parler de ce « là-bas » où, pour ce que j’en sais, tout n’est pas si bien ou si mal que certains le suggèrent. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde chaotique, contrasté, secoué, ballotté et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Là-bas, c’est le pays des records.

Ici, en Zinovie, on est meilleur encore ;

On a des cafards énormes et durs,

La nuit, ils mangent les ordures.

On a des femmes de deux mètres de haut,

Pour creuser des tranchées, vider les seaux ;

Des compagnes extraordinaires prêtes à tout,

À faire les courses, à ramasser les maris soûls.

Elles aiment les hommes costauds,

Elles boivent des coups comme nous,

Ce sont de vraies femmes.

Un toast à la santé de nos dames !

 

Là-bas, toutes les rues portent

Comme nom, un numéro.

Ici, chez nous, toutes rues portent

Un nom de chef ou de héros.

On en a des milliers et des milliers,

De ces farauds, de ces célébrités.

Pour des présidents, des généraux,

Des chefs et des héros de bureau,

On crée de nouvelles rues, constamment,

Et des avenues, des places avec des monuments.

Il y en a de tels contingents,

On doit changer les noms régulièrement.

 

Là-bas, à moitié fou, un ignorant

S’amène en courant ;

Il crie, il sème la panique

Et devient un personnage historique.

Ici, en Zinovie, tout est sous contrôle ;

Par sûreté, on surveille les gens ;

Ici, à vie, chacun connaît son rôle.

Stalone ou Foutine, le seul Guide, c’est le président.

Tout pour l’avenir, tout pour le beau,

Faire le bonheur de l’humanité,

C’est le but de la nouvelle société.

Ici, en Zinovie, on crée l’homme nouveau.

 

Ici, en Zinovie, on va changer le monde.

Changer l’homme sans hésiter une seconde.

L’homme nouveau est un songe.

Évidemment, les gens sont les gens

Et on ne peut pas changer les gens

Et l’homme nouveau est un mensonge.

La marche du progrès est bancale.

En vérité, la vérité est banale :

Il n’y a pas, il n’y aura pas

D’autres gens que les gens,

Les gens de toutes sortes qui sont là

Et les gens meurent lentement.

 

 

 

 

Les Gens
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Published by Marco Valdo M.I.
5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 18:42

 

SOYEZ CONTENT D’ÊTRE ENCORE EN VIE !

Version française – SOYEZ CONTENT D’ÊTRE ENCORE EN VIE ! – Marco Valdo M.I. – 2021

d’après la version italienne de Flavio Poltronieri : GRAZIE D’ESSER ANCORA VIVO

D’une chanson russe – Спасибо, что живойVladimir Semënovič Vysotskij / Владимир Семёнович Высоцкий – ca. 1970

 

VLADIMIR VYSOSTSKY

 

Dialogue maïeutique

 

On traverse parfois des époques bizarres, dit Marco Valdo M.I., et dans ces moments, les gens en sont assez déboussolés. Par exemple, depuis un certain temps, une pandémie tracasse l’humaine nation.

 

Oh, dit Lucien l’âne, j’ai déjà vu ça maintes fois et selon mon expérience, ça finit toujours par passer et par la suite, on n’en parle plus trop ; on finit même par oublier. Il en va de même pour les guerres et les massacres, souvent occultés, que l’humanité s’inflige à elle-même.

 

Soit, dit Marco Valdo M.I, mais la chanson aborde la question sur le mode individuel et elle propose un motif consolateur.

 

Quel est donc ce propos consolateur ?, demande Lucien l’âne.

 

Il est tout entier dans son titre : « Soyez content d’être encore en vie », répond Marco Valdo M.I.

 

Voilà qui, en effet, est consolateur, je dirais même, consolidateur, dit Lucien l’âne. De surcroît, c’est une proposition que philosophiquement, je partage entièrement. D’ailleurs, « Sois content de vivre » est ma règle numéro un et je n’ai pas du tout l’intention de l’abandonner, quoi qu’il arrive.

 

Moi également, Lucien l’âne mon ami, je m’en tiens à cette maxime. Être content de vivre quoi qu’il arrive permet d’affronter les pires ennuis. Évidemment, il est toujours un point au-delà duquel il n’est plus possible de continuer à vivre, tout simplement et en ce cas, il vaut mieux arrêter et descendre du convoi. Mais c’est là une autre histoire. Pour en revenir à la chanson, elle procède par bonds anecdotiques, elle s’adresse à un quidam auquel a posteriori, elle conseille d’être content de vivre ; c’est la voix d’un tiers qui tente de le consoler. C’est la vision inverse de la tienne, de la mienne, de notre sentence que celle qui revient lancinante dans la chanson. C’est un point de vue différent du nôtre : elle console après coup ; là, on vit dans un monde où le malheur frappe d’abord et souvent ; il est une donnée quotidienne. Ceci tient sans doute au moment, au climat, au pays, à la société dans laquelle cette chanson est née. Elle sonne avec un accent russe. Pour un peu, on croirait qu’elle reflète le paysage social et psychologique de la Zinovie.

 

Oui, dit Lucien l’âne, à la parcourir, il m’est venu la même impression.

 

Il n’y a là rien d’étonnant, répond Marco Valdo M.I., vu que Vladimir Vysotsky et Alexandre Zinoviev ont vécu à la même époque, dans le même univers, sous le même régime et qu’ils s’en prennent tous les deux aux tares de cette société. Être encore en vie dans ce monde-là tenait souvent du miracle, quant à savoir qui remercier, à part le hasard ou une certaine négligence du destin contraire, il ne reste que soi-même ou sa propre obstination.

 

Certainement, dit Lucien l’âne. C’est d’ailleurs la règle numéro un du vivant, le moteur premier de la vie elle-même – une foutue obstinée celle-là, quasiment autant que l’âne, c’est tout dire. Alors à présent, tissons le linceul de ce vieux monde morbide, morne, mortifère, mortel, mourant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Vous pensez : ma femme est partie ;

Vous pensez : j’ai la nausée ;

Vous pensez : j’ai été volé à l’entrée.

Soyez content d’être encore en vie !

 

Même si vous souffrez d’un cancer,

Même si vous buvez comme la terre,

Même si on vous licencie,

Soyez content d’être encore en vie !

 

Ne comptez pas sur le destin,

Alors allez, forcez-vous la main ;

En général, ça va, ça va ;

Tout tourne rond, dit-on chez moi.

 

On s’en fout que vous perdiez à la roulette,

On s’en fiche de vos rouflaquettes,

On s’en tape de vos caries,

Soyez content d’être encore en vie !

 

Hier, on vous a fracassé la mâchoire,

On vous a laissé à terre sans vie,

On vous a ramené sur une civière,

Soyez content d’être encore en vie !


Ne comptez pas sur le destin,

Alors allez, forcez-vous la main.

En général, ça va, ça va ;

Tout tourne rond, dit-on chez moi.

 

Si vous êtes pâle, maigre et sans envie ;

Si vous n’avez pas appris le violon, peu importe ;

Si on vous a pris par erreur, peu importe ;

Soyez content d’être encore en vie !
 

Si vouloir, c’est pouvoir, c’est juste ;

Si c’est ma faute, qu’on me pardonne ;

Si… mais une question me tarabuste :

Qui faut-il remercier d’être encore en vie ?

 

Ne comptez pas sur le destin,

Alors allez, forcez-vous la main.

En général, ça va, ça va ;

Tout tourne rond, dit-on chez moi.

 

 

 SOYEZ CONTENT D’ÊTRE ENCORE EN VIE !
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Published by Marco Valdo M.I.
4 janvier 2022 2 04 /01 /janvier /2022 17:04

 

 

Le Bataillon des Suicidés

 

Chanson française – Le Bataillon des Suicidés Marco Valdo M.I. – 2021

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ;

 

Épisode 14

 

 

 

LE CHAT ET L’OISEAU

 

Pablo Picasso – 1939

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Comme le reste du monde, Lucien l’âne mon ami, la Zinovie est prise dans les tourments de la Guerre de Cent Mille Ans, que les riches et les puissants font aux pauvres et aux faibles afin de les dominer, de les obliger à obéir et à faire jusqu’à l’inacceptable – et il faut considérer sous cet éclairage cette histoire que conte la chanson, à savoir qu’il y a des puissants dans les deux armées qui s’y affrontent. Cela dit, comme dans le reste du monde, on peut aussi se demander quand la guerre a commencé et forcément, quand elle finira. Tout ça pour dire que la Zinovie connaît la guerre et les malheurs qui en découlent.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je n’avais même pas imaginé qu’elle pût y échapper tant la guerre est inscrite dans le destin et les habitudes de l’humanité. Et donc, la chanson ?

 

Pour ta gouverne, reprend Marco Valdo M.I., la chanson est intitulée « Le Bataillon des Suicidés » – ici, il faut entendre des « suicidés contre leur gré », bien évidemment, car ils auraient volontiers vécu encore et longuement.

 

Je le pense bien, dit Lucien l’âne. Que raconte-t-elle précisément ?

 

Elle rapporte, reprend Marco Valdo M.I., un événement d’une guerre dans laquelle la Zinovie fut impliquée au cours du siècle dernier. Elle relate un épisode particulier, un de ces épisodes occultés, d’importance statistiquement tout à fait mineure face aux immenses hécatombes et pourtant, hautement significatif et carrément dramatique dans lequel est exposée dans sa nue crudité la logique comptable de la guerre industriellement conçue, de la guerre considérée comme un processus industriel et organisée en conséquence par des techniciens du massacre.

 

Qu’est-ce à dire ?, demande Lucien l’âne.

Figure-toi, Lucien l’âne, une ville, une ville au milieu de nulle part ; probablement, une ville entre rien et plus loin que rien. Une armée tient la ville et ses environs ; une autre armée – ici, la zinovienne – reçoit l’ordre de s’emparer de cette ville – coûte que coûte, mais quand même au moins cher, comme on va le voir. Après analyse et bilan – on dirait ici un « audit », elle conclut que le plan le moins coûteux en hommes et en matériel utiles pour la poursuite de l’attaque est de passer par le marécage, sur le côté droit de la ville, qui a été transformé en champ de mines et pour ce faire, de sacrifier – en clair d’envoyer sciemment à la mort tout un bataillon disciplinaire. On envoie toute cette troupe sans armes se faire exploser sur les mines et ensuite, pour ceux qui restent, d’aller se coucher sur les barbelés ennemis pour faire la planche afin de faire passer sur eux les bonnes troupes. C’est économique et mathématiquement, exact.

 

C’est économique, c’est exact, peut-être, dit Lucien l’âne, mais c’est sûrement abject. Cela dit, c’est la guerre et il n’y a pas de limites à sa méchanceté. Maintenant, il faudrait préciser quelque peu ce qu’est ce bataillon disciplinaire.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., voici ce dont il s’agit. Comme dans les autres communautés humaines, il y a dans les armées des récalcitrants, des indisciplinés, des gens qu’il convient de remettre au pas et de punir – même en temps de « paix ». Pour ce faire, il est créé des bataillons spéciaux au fonctionnement plus rude, plus spartiates. Il serait un peu illogique en temps de guerre de les mettre à l’abri dans des prisons loin du front. Par ailleurs, ce serait une perte de masses de manœuvre dont on a tant besoin ; on en fera donc des bataillons de la mort qu’on envoie les premiers au casse-pipe. Dans le cas du bataillon des suicidés, on va un cran plus loin dans l’odiosité du calcul d’économie : on ratiocine sur tout ; on les envoie devant sans arme, et pourquoi pas, sans un dernier repas.

 

Nous qui ne faisons pas la guerre militaire, dit Lucien l’âne, tissons le linceul de ce vieux monde calculateur, impitoyable, assassin et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

La Zinovie connaît bien la guerre,

La guerre faite par les militaires.

Batailles, offensives sur le terrain ;

À l’état-major, tout est en ordre.

Il y fait chaud, on y mange bien.

Il y a des femmes aux ordres.

Demain, prendre la ville à tout prix.

Réunion des généraux pour décider

Comment s’en emparer.

À gauche, l’ennemi a tout prévu ;

De front, trop d’hommes et de matériel perdus ;

À droite, marais, bourbiers, mines et barbelés.

 

Pas le temps de déminer le bourbier,

De frayer un passage dans les barbelés.

Notre général en chef le sait,

Et l’ennemi sait qu’on sait.

Qui n’avance pas, recule.

L’état-major a une solution :

C’est juste un simple calcul

Des pertes et des gains de la division.

D’abord, au travers du champ de mines,

On envoie le bataillon disciplinaire.

Puis, sur les corps, avec l’armée régulière,

On passe derrière et on termine.

 

Dans le bourbier, il fait froid, très froid.

Il neige une neige mouillée,

L’autre nuit, il a gelé déjà.

Il pleut, il vente, la brume est glacée.

Aux pieds, des souliers percés,

Habillés de manteaux usés,

Sans armes, sans rien à manger,

Les disciplinaires doivent avancer.

Au dedans du marais, on les envoie.

Ils savent ce qui les attend là-bas.

J’ai quelque chose, moi ?

D’ailleurs, qui sont ceux-là ?

 

Le plus jeune, un gamin, est puni :

Retard de dix minutes à l’usine militaire.

Cinq ans de bataillon disciplinaire.

L’autre a montré à ses amis,

Une lettre envoyée par sa maman,

On lui a collé dix ans.

De ces disciplinaires affamés et transis,

Quelques centaines sur les mines explosés,

Quelques milliers couchés sur les barbelés,

Marchant sur leurs cadavres, on a pris

La ville. Ainsi l’ennemi, on a vaincu

Avec les corps du bataillon perdu.

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Published by Marco Valdo M.I.
30 décembre 2021 4 30 /12 /décembre /2021 17:03

HYMNE DES TERREPLATISTES

 

Version française – HYMNE DES TERREPIATISTES – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Inno dei TerrapiattistiL’Anonimo Toscano del XXI Secolo e la Piccola Orchestrina del Costo Sociale – 2021

Paroles : Anonimo Toscano del XXI Secolo [27-12-2021]
Musique :
Warszawianka 1905 roku (A las barricadas, ecc.)

 

 

 

CIRCONFÉRENCES CUBIQUES

Fernand Léger – ca. 1920

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Voici donc, Lucien l’âne mon ami, que surgit de nulle part une chanson hautement astronomique et carrément philosophique, digne des contes éclairés du temps des Lumières ou peut-être, de ce cher Swift qui créa Gulliver et son monde. C’est là tout le plaisir que j’ai eu à en faire une chanson française. Peut-être ne l’entendrons-nous jamais chanter au travers des canaux multiples qui irriguent les oreilles et inondent les cerveaux de nos contemporains ; mais comme ça n’a pas d’importance. Son but n’est pas mercantile, il est tout simplement propédeutique.

 

Soit, répond Lucien l’âne, mais quel est donc le titre de cette mystérieuse chanson ?

 

Bien sûr, dit Marco Valdo M.I., le titre. C’est un titre curieux que cet Hymne des Terreplatistes, car il ouvre lui-même la porte d’un insondable mystère. Que peuvent être ces Terreplatistes, d’où viennent-ils, où sont-ils, depuis quand il y en a-t-il ? Je m’en vais éclaircir tout ça à l’instant. Les terreplatistes sont ceux-là qui croient mordicus que la Terre est plate – à la différence du grand Mordicus d’Athènes, fondateur de l’école éthylique pour qui elle était ronde.

 

Oh, dit Lucien l’âne, de ceux-là, j’en ai croisé des tas. Pour une grande part d’entre eux, c’était une évidence comme la pluie qu’ils voyaient tomber ; c’étaient généralement des gens des plaines intérieures. Les montagnards et les marins avaient déjà une autre opinion de cette platitude terrestre.

 

Tu as raison, répond Marco Valdo M.I., ils sont fort nombreux et au cours de la brève histoire de l’humaine nation, ils furent sans aucun doute les plus nombreux, une énorme majorité qui était celle du sens commun.

 

Ah, le sens commun, dit Lucien l’âne, n’est-ce pas ce que nous suggère la raison la plus commune, la raison raisonnable, le sens commun n’est-il pas le raisonnable ?

 

En quelque sorte, oui, reprend Marco Valdo M.I., mais avec la nuance qu’il s’agit de la raison brute, dont je vais devoir faire ici la critique. La raison brute est un avis à première vue. De ce fait, elle s’impose en premier au regard et à l’esprit, avec la force du fait brut – ici « brut » veut dire tel quel, immédiat, sans aucune réflexion. Plus encore qu’une croyance, puisque son regard la confirme, cette raison brute ne se laisse détrôner de son règne sur l’esprit où elle s’est imposée qu’avec une extrême réticence. Cependant, face à cette intelligence bridée ou bornée, existe une raison plus rationnelle, qui s’est patiemment construite sur l’argumentation contradictoire face à la nature, en face à face avec le réel. Elle s’irrigue des acquis de la science qu’elle tient pour ultime méthode d’investigation de la réalité. À ses yeux, le savoir n’est pas un donné, c’est un acquis. Mais trêve de réflexion sur le statut comparé de la raison brute et de la science ; disons que face à la raison brute, il s’agit de définir une raison bien tempérée, la raison raisonnée. Mais telle n’est pas la lettre de la chanson.

 

Oh, dit Lucien l’âne, il me faut à présent distinguer la lettre de l’intention ? Enfin, raconte un peu.

 

Oui, ça s’impose, remarque Marco Valdo M.I. ; cet hymne, car c’en est explicitement un, est celui de ces gens franchement irrationnels et irrationalistes, assez déraisonnables, qui s’agitent beaucoup actuellement dans le monde humain. La chanson détaille assez leur point de vue ; pas besoin d’insister. Elle le fait d’autant plus volontiers qu’elle se place sur le plateau de l’ironie ; elle imprime à cet hymne une démarche grotesque, fantasque afin d’en exprimer au mieux la nature. Quand même, ce qui est plaisant, c’est un hymne qui pourrait parfaitement être celui du Disque Monde, tel que l’avait exploré en des dizaines de volumes Terry Pratchett, qui le décrivait comme suit :

« Le Disque-monde est un monde plat et circulaire, complété par l’immense chute d'eau qui s’écoule de ses bords. Il est soutenu par les quatre éléphants Bérilia, Tubul, Ti-Phon l’Immense et Jérakine, eux-mêmes juchés sur la carapace de la Grande A’Tuin, tortue gigantesque naviguant lentement dans le cosmos. Une petite lune et un petit soleil orbitent autour du disque. »

Pour le reste, je renvoie aux Annales et à La Science du Disque Monde

 

Et tu fais bien, enchaîne Lucien l’âne, car il nous faut conclure. Quoi qu’il en soit, monde rond, monde plat, tissons le linceul de ce monde absurde, obsédant, magnifique, mortel et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Terres rondes, sphères et ballons,

Globes, planètes et boulets de canon !

Dans l’univers, il y en a des blancs, des jaunes,

Notre monde est plat et les boules tournent.

 

Oui, nous croyons que la Terre est plate,

Comme une pizza Quatre Saisons !

Complots scientifiques, vérités contrefaites,

À bas les conneries de Galilée et Strabon !

 

Terreplatistes, à la rescousse !

La Terre est plate, même Qanon le bredouille !

Terreplatistes, à la rescousse !

Les vraies choses rondes, ce sont nos couilles.


L’océan s’effondre dans le cosmos,

Englouti par l’obscure fosse.

Le soleil tourne sur une assiette

Et sous-tasses sont les planètes.

 

Le jour viendra où la Terre plate

Sera reconnue par les emperruqués !

L’astronomie sera réécrite

Et des milliards de soucoupes vont tourner.

 

Terreplatistes, à la rescousse !

La Terre est plate, même Qanon le bredouille !

Terreplatistes, à la rescousse !

Les vraies choses rondes, ce sont nos couilles.


La Terre pose sur d’énormes colonnes,

Anaximandre l’a vue comme un piston !

Nous la voyons étendue et plane,

Comme la perçoit notre raison.

 

Nous marchons sur la Terre certains

Que tôt ou tard, nous atteindrons ses recoins !

Que par millions des sphères cubiques, on lance !

Mort aux ellipses et aux circonférences !

 

Terreplatistes, à la rescousse !

La Terre est plate, même Qanon le bredouille !

Terreplatistes, à la rescousse !

Les vraies choses rondes, ce sont nos couilles.

 

HYMNE DES TERREPLATISTES
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Published by Marco Valdo M.I.
29 décembre 2021 3 29 /12 /décembre /2021 18:23

 

Glorieuse et grandiose Doussia

 

Chanson française – Glorieuse et grandiose Doussia Marco Valdo M.I. – 2021

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ;


 

Épisode 13


 

 

DOUSSIA

Alexej von Jawlenski - 1912

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Tu sais, Lucien l’âne mon ami, on en entend des choses en voyage.

 

Certes, Marco Valdo M.I., à condition toutefois de garder une oreille attentive. J’en ai fait longuement l’expérience avec mes deux immenses oreilles qui pendouillent l’air de rien des deux côtés de ma caboche. Du coup, j’en ai appris des choses, mais ce n’est pas le lieu ni le moment de les raconter. Revenons en Zinovie. Dis-moi, qui est cette Doussia ?

 

Oh, la chanson l’explique fort bien, répond Marco Valdo M.I, elle en dit même plusieurs choses. D’abord, et c’est important e la souligner, elle qualifie Doussia de « symbole de notre société » ; autrement dit, de la société zinovienne, de son fonctionnement, de son état moral. Dès lors, il va falloir regarder Doussia d’un autre regard que celui du simple curieux en visite auquel on parle d’une dame.

 

Si j’en crois le titre, dit Lucien l’âne, Doussia est une sorte de gloire, elle doit au moins être l’égale, l’émule, l’égérie du Guide lui-même ou encore, le dominer de toute sa grandeur telle Athéna s’adressant au peuple grec.

 

Il y a de ça, Lucien l’âne mon ami, mais il y a plus que ça. Doussia n’est autre que l’incarnation du peuple de Zinovie et sa plus parfaite représentation. Ce que représente Doussia, clairement transcende le Guide, le dépasse de mille coudées et le contraint à être ce qu’il est. Mais…

 

Oui, dit Lucien l’âne, après tout ça, j’imagine bien qu’il doit y avoir un mais. Mais quel est-il ce mais ? Que cache-t-il ce mais ?

 

En fait, Lucien l’âne, il ne cache rien ; à vrai dire, il révèle beaucoup de choses. En résumé, il détaille la grande misère de la Zinovie.

 

Et pour le reste de la chanson ?, demande Lucien l’âne.

 

Pour le reste, c’est-à-dire des trois quarts qui restent. Doussia apparaît dans l’avant-dernière strophe et trouve un contrepoint dans la dernière, qui est une strophe consacrée à l’amour tel que le vivent les jeunes en Zinovie. C’est un arrache-cœur, comme tu pourras t’en rendre compte. Il y est aussi question de la justice en Zinovie. Il faut relier ce distique :

« En Zinovie, avant, il y avait une justice ;

À présent, elle poursuit le vice. »

à cet autre :

« Ordre de grandeur, estimation sur papier,

On a dans les cinq millions de prisonniers. »

 

et à ce dernier, car tout s’enchevêtre dans cette chanson :

« Officier décoré, il se dit calomnié ;

La justice doit le protéger. »

 

Si je comprends bien, dit Lucien l’âne, « avant » la justice poursuivait les opposants politiques ; maintenant, elle ne poursuit plus que des « droits communs » ; mais elle a toujours énormément de monde sous sa dent et elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour assurer l’ordre établi. J’arrête là ma divagation pour laisser vaguer à l’aise ceux qui se livreront à ce plaisant passe-temps, qu’est le voyage en Zinovie. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde plein de justice, de police, de supplice et cacochyme.

 

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Secrétaire du Parti dans une institution,

C’est une énorme promotion.

Une mission grandiose,

Une ascension glorieuse.

En Zinovie, avant, il y avait une justice ;

À présent, elle poursuit le vice.

Le vol est un phénomène complexe ;

En quelque sorte un revenu annexe

Très répandu et nécessaire

Pour assurer le pain des gens ordinaires.

Ordre de grandeur, estimation sur papier,

On a dans les cinq millions de prisonniers.

 

La Zinovie est la société

La plus juste du monde entier.

À peine, un sixième de la population

Accède au minimum vital de consommation.

Le niveau du Guide est pharaonique.

Pour la juste dépense publique

En faveur de ce défenseur désigné

Des intérêts du peuple spolié

Et de sa glorification permanente.

Avec lui, aucun empereur ne peut rivaliser.

Et le tout baigne dans la médiocrité

Et une inerte grisaille indifférente.

 

Et Doussia ? Vous ne savez pas ?

Le symbole de notre société.

Elle tient le buffet au café,

Un petit salaire, deux petits gars ;
Un mari idiot et
poivrot ;

Et une mère malade sur le dos ;

Pour porter tout ça, que voulez-vous ?

Elle prête des sous, revend l’alcool en noir,

Elle récupère les fonds de verre du soir,

Elle ajoute de l’eau et mêle tout,

Ainsi, la nuit, elle fabrique le porto.

Avec elle, on couche pour un petit cadeau.

 

L’amour est partout, il est éternel ;

Souvent, un drame existentiel.

Roméo et Juliette, par exemple.

On a Léna et Victor, dans l’immeuble ;

Ce sont des enfants, ils s’aiment.

À son stage, un chef l’a séduite,

Elle est revenue enceinte.

Le gars Victor s’est pendu,

La gamine a avalé une saleté.

Le chef ? Ni vu, ni connu.

Officier décoré, il se dit calomnié ;

La justice doit le protéger.

 

Glorieuse et grandiose Doussia
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Published by Marco Valdo M.I.
23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 19:57

 

La Rédaction

 

Chanson française – La Rédaction Marco Valdo M.I. – 2021

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes


 

Épisode 12

 

 

 

LA JEUNE FILLE

 

Nikolaï Fechine - 1914

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Je ne dois certainement pas t’apprendre, Lucien l’âne mon ami, ce qu’est une rédaction. Mais quand même, résumons le concept. Disons que c’est un exercice de style où on teste la capacité qu’a l’élève d’élaborer ce texte et de le rédiger. Bien entendu, le mot rédaction peut signifier tout autre chose, mais ce sens-ci convient parfaitement à mon propos. C’est donc ainsi qu’il faut l’entendre. Originellement, du moins, c’était – moralement, éthiquement – un exercice anodin, généralement assez innocent. Mais on est en Zinovie et il y a un mais.

 

Un mais ?, dit Lucien l’âne. Un mais ? Si je te suis bien, il y a des mais possibles, des dérives dangereuses.

 

Exactement, répond Marco Valdo M.I., et c’est précisément ce que raconte la chanson, où une rédaction peut conduite à une étrange sanction et à pis encore, même si, dans la chanson, ce qu’est ce pire n’est pas clairement exposé. On ne peut que le deviner et ce qui vient alors à l’esprit est pour le moins inquiétant. Elle commence cependant par une pétition de principe générale qui fixe l’affirmation théorique et un peu exotique de la Zinovie – tout un programme :

 

« En Zinovie, on veut abolir

Les troubles de la civilisation,

Asseoir et conforter la révolution. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, on l’a souvent entendu ce discours, on le retrouve dans la logorrhée de nombreux pays du monde. En fait, depuis grosso modo un siècle, on n’entend plus que ça.

 

On n’entend plus que ça et partout, Lucien l’âne mon ami, il convient de comparer le principe de départ et la réalité qui s’en est suivie. Et partout, on découvre la même histoire : il y a là un écart abyssal, sinon un complet reniement par les faits. C’est ce que constate ingénument la jeune fille de la chanson dans sa rédaction. Cette fille du peuple, cette enfant de petites gens sait pertinemment que son avenir est bouché, que les dés de la vie en Zinovie sont pipés. Et elle le dit, elle l’écrit, elle le décrit à l’aide d’exemples simples, tirés de son quotidien. En quoi, elle a tort ; c’est intolérable qu’elle dise ainsi que « le roi est nu ».

 

« Voyez les plages en bord de mer.

Il en est de deux sortes où prendre l’air :

Les laids espaces encombrés de milliers de gens

Et les vides étendues dorées réservées aux dirigeants. »

 

Et alors, dit Lucien l’âne, quelle importance ; ce n’est jamais qu’une rédaction d’une élève parmi des millions d’autres ? Il suffirait tout simplement de l’ignorer. Elle finirait – la rédaction – dans le tas de papiers des devoirs d’écoliers.

 

Mais, Lucien l’âne mon ami, là n’est pas la question, ni la manière de considérer la chose en Zinovie. Le problème, c’est que la rédaction – en d’autres lieux, il y a la confession – révèle plus que ce qu’elle dit ; son contenu est inquiétant pour le pouvoir qu’elle dénonce. Elle dévoile chez la jeune fille l’embryon d’une résistance à venir, elle laisse augurer du danger d’une critique plus générale du régime en place en Zinovie. Imagine ce qui se passerait, si on laissait les gens dire ouvertement les défauts, et au-delà, les injustices, les crimes, les privilèges des dirigeants petits et grands. Ce serait le début de la fin.

 

Soit, dit Lucien l’âne, mais ensuite ? Quid pour cette jeune fille ?

 

C’est terriblement simple, répond Marco Valdo M.I., on va la faire disparaître « en douceur », l’envoyer se faire soigner pour son bien et pour celui de la société.

 

Mais c’est ignoble, dit Lucien l’âne.

 

Ignoble, reprend Marco Valdo M.I., est un concept suranné et ne saurait s’appliquer en Zinovie où on a depuis longtemps aboli tout ce vocabulaire et ces idées à consonances anciennes. Donc, il n’y a pas à tortiller, c’est ainsi que ça va en Zinovie. Maintenant, la dernière strophe – la quatrième – est d’une autre teneur. Elle tente d’élucider sur quel substrat social et en quelque sorte, psycho-social repose cette pyramide de dirigeants qui va du plus petit chef au plus grand jusqu’au guide tout puissant. Et on découvre là, en action souterraine, le même moteur : l’ambition. Cette même ambition à la base de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants (petits et grands) font aux pauvres et aux gens afin d’assurer leurs pouvoirs, d’étendre leurs privilèges, de renforcer leur domination et surtout, de se faire voir, se faire admirer, se faire obéir, affirmer leur puissance et satisfaire leurs envies.

 

Ah, dit Lucien l’âne, l’ambition et ses sœurs, l’avidité et l’arrogance sont les plaies de l’humanité et elles la rongent depuis tant de temps. Il faudra bien arriver à les extirper du cœur des gens et de celui de la société. Alors, maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde riche, dominateur, impudent et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Titre de la rédaction : « L’Avenir ».

En Zinovie, on veut abolir

Les troubles de la civilisation,

Asseoir et conforter la révolution.

La fille écrit : « L’avenir, n’a rien de bon.

Mes parents n’ont pas de piston.

Ainsi, assurément, ça va mal finir,

C’est évident, je ne peux réussir ;

Je ne suis pas membre de l’Union,

Sur la liste, ils ont pointé mon nom.

Accusation : elle a vilipendé, calomnié

Odieusement, notre merveilleuse société.

 

Oui, dit la fille, quelle belle société ?

Légalement, je devrais aller là-bas

À l’école, tout à côté de chez moi ;

Mais on m’interdit d’y entrer

Et y va ce gars-là, fils à papa.

– Moi, je ne lui en veux pas, –

Chez lui, il a une chambre et un bureau.

Nous, on vit à quatre dans un boyau.

Voyez les plages en bord de mer.

Il en est de deux sortes où prendre l’air :

Les laids espaces encombrés de milliers de gens

Et les vides étendues dorées réservées aux dirigeants.

 

Tout le monde à partir de ce moment

S’écarte d’elle précautionneusement.

Elle n’est pas en bonne santé,

Elle est souffrante, il faut la soigner,

En un bel ensemble, collectivement,

Écrivent les professeurs et les étudiants.

Discrètement, on force ses parents

À souhaiter – pour son bien – son internement.

À l’école, on promet son retour

En fin d’année, pour le concours.

Aux examens, on ne la vit pas ;

Jamais, elle ne passa son baccalauréat.

 

À quoi rêvent nombre de gens ?

Au spectacle de l’existence,

À leur valeur, à leur importance,

À occuper un siège de président,

Être à la tribune, recevoir une ovation,

Passer dans la presse, paraître à la télévision,

Faire des voyages, faire des rencontres,

Recevoir des récompenses, cumuler les titres,

Obtenir des grades, rayonner de gloire,

Participer au spectacle de l’histoire.

C’est l’ambition des braves gens,

Mais c’est le privilège des dirigeants.

 

 

 

 

 

 

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