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3 août 2021 2 03 /08 /août /2021 09:27
DERRIÈRE LA GRANDE GRILLE

 

Version française – DERRIÈRE LA GRANDE GRILLE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne (Lombardo mantovano) – Dietro il portoneSine Frontera – 2013

 

 

LE TRIOMPHE DE LA MORT

Félix Nussbaum – Bruxelles – 1944



Il s’agit d’une ballade douce-amère à consonance irlandaise, l’histoire d’un déporté au camp de la mort d’Auschwitz ; « Et si c’est un homme, un parmi cent mille, je ne me souviens pas qui je suis, je ne me souviens pas de mon nom, dans le camp derrière la porte » et cite le tristement célèbre livre « Si c’est un homme » de Primo Levi au début du couplet, le reste des strophes sont chantées en dialecte mantouan. Un hommage à toutes les victimes de l’holocauste.

 

Dialogue maïeutique

 

Réglons tout de suite, Lucien l’âne mon ami, une petite question de mot, car elle apparaît dès le titre. Comme tu peux le voir, le titre en italien est « Dietro il portone », ce qui devrait se traduire par un titre comme « Derrière la grande porte » ou « Derrière le portail », mais comme tu peux le voir également, j’ai intitulé la version française « Derrière la grande grille » et ça, pour la simple raison que l’entrée du camp d’Auschwitz se ferme par une grille, une grande grille. C’est juste une question de précision, même si c’est vraiment un détail sans grande importance. Quoique !

 

Fort bien, dit Lucien Lane, mais qu’en est-il du reste de la chanson ?

 

C’est, répond Marco Valdo M.I., un écho au livre qu’un homme qui avait été – à 24 ans – interné au camp de Fossoli, où l’État italien de l’époque parquait les Juifs, puis déporté en février 1944 à Auschwitz, dont il sortit vivant un an plus tard fin janvier 1945. C’est donc un rescapé de ce camp de la mort qui raconte ce qu’il a vu et vécu dans son livre, maintenant célèbre, intitulé « Se questo è un uomo » (« Si c’est un homme »), publié à Turin en 1947, par la petite maison d’édition Francesco De Silva, fondée et dirigée par Franco Antonicelli. Maintenant, il me faut avouer que donner une version française de cette chanson de Sine Frontera juste après celle de Ist das alles schon wieder vergessen ?TOUT ÇA EST-IL DÉJÀ À NOUVEAU OUBLIÉ ? n’est absolument pas un hasard. Car Primo Levi lui aussi s’est heurté et s’est attaqué au même mur indifférence et au même oubli volontaire ; toute sa vie, il luttera contre cette occultation.

 

Donc, dit Lucien l’âne, un tel écho est juste un devoir de mémoire et à mon sens, il n’est en rien superfétatoire, car dans le monde d’aujourd’hui, bien des gens voudraient faire disparaître jusqu’au souvenir de ces temps troubles et ils le font pour de très mauvaises raisons. Que dit la chanson elle-même ? Quel est cet écho ?

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, comme le livre « Si c’est un homme », comme la parole de Primo Levi, la chanson est assez factuelle ; il en va de même pour l’écho. Elle tient en partie du style et par les images juxtaposées, successives, elle s’efforce de rendre compte, de faire surgir un portrait, une sensation, un reflet de cette réalité à jamais évanouie, c’est un bouquet de myosotis. Et puis, dernier commentaire, le but n’est pas d’entretenir la mémoire pour la mémoire, pas seulement de se souvenir, il est surtout question de rappeler comme tout ça était, comme tout ça a pu être, a pu exister et se gonfler au point de mettre en péril le sort de l’humanité, d’éteindre sa dignité et il est tout autant question de raviver la mémoire pour empêcher que pareille pandémie ne vienne à nouveau tenter de dominer les gens et les choses. Et le pire, c’est que le pire est encore possible, qu’on le voit souvent – trop souvent – rire ici ou là dans le monde et que nombreux sont ceux qui s’emploient à le faire à nouveau advenir.

 

La Guerre de Cent Mille Ans continue, d’où, conclut Lucien l’âne, l’utilité de rappeler notre devise : Ora e sempre Resistenza ! Et la chanson lapidaire de Piero Calamandrei : « Lo avrai camerata Kesselring », dont tu fis la version française sous le titre « Ode à Kesselring ». Dans le fond, c’est un peu de ce qui nous a amenés à dialoguer ici. Alors, tissons sans relâche le linceul de e vieux monde oublieux, amnésique, distrait, amoral et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Quand j’ai vu là au fond ce mur,

Les baraques et la clôture

Et dans les os et dans les mains,

Le froid mord comme un chien

Et les gens venaient de loin,

Parlaient une autre langue,

Parlaient doucement.

On nous a pris nos chaussures et nos valises,

Nos documents, notre or et notre argent.

Et la nuit au milieu de la boue,

La ronde avec les chiens tire à vue.

Il n’y a rien autour du camp,

Seule la neige tombe lentement

Et empilés comme des bêtes,

On meurt de faim, on a froid

Habillés de quelques nippes

Et d’un numéro sur le bras.


Et si c’est un homme, un entre cent mille,

Je ne me rappelle pas qui je suis, non,

Je ne me souviens pas de mon nom,

Dans le camp derrière la grande grille.

 

L’hiver est devenu l’été,

Presque deux ans ont désormais passé

Et le train toujours amène encore

Plein de gens qui ignorent

Et les prisonniers comme moi, qui

Arrivés ne sont jamais repartis

Et le vent continue à souffler,

Il amène la poussière au travers des clôtures.


Et si c’est un homme, un entre cent mille,

Je ne me rappelle pas qui je suis, non,

Je ne me souviens pas de mon nom,

Dans le camp derrière la grande grille.

DERRIÈRE LA GRANDE GRILLE
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Published by Marco Valdo M.I.
2 août 2021 1 02 /08 /août /2021 14:06

TOUT ÇA EST-IL DÉJÀ À NOUVEAU OUBLIÉ ?

 

Version française – TOUT ÇA EST-IL DÉJÀ À NOUVEAU OUBLIÉ ? – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson allemande – Ist das alles schon wieder vergessen ?Lin Jaldati1946

 


Poème de Walter Dehmel (1903-1960), poète allemand.

Dans son recueil posthume intitulé “Großstadtperipherie”, publié en 1963.

Musique de Siegfried Matthus (1934-), compositeur allemand

Interprété par Lin Jaldati, pseudonyme de Rebekka Rebling-Brilleslijper, dite Lientje (1912-1988), chanteuse néerlandaise naturalisée allemande, dans son album de 1966 intitulé simplement « Lin Jaldati singt ».

 

Et quels cercles les ont financés

George Grosz - circa 1930

 

 

Lin Jaldati est née à Amsterdam en 1912 dans une famille juive. Pendant la deuxième guerre, elle et sa sœur Janny œuvrèrent dans la Résistance et cachèrent des Juifs. Durant l’été 1944, elles ont été arrêtées et déportées d’abord au camp de transit de Westerbork, puis à Auschwitz-Birkenau et enfin à Bergen-Belsen. Elles y ont rencontré Anne Frank et sa sœur Margot et ont été parmi les dernières personnes à les voir vues en vie. Sur Wikipedia – d’où je tire cette courte biographie de Jaldati – il est dit que c’est elle qui a enterré les sœurs Frank…

Après la guerre, Lin Jaldati est devenue une interprète de chansons yiddish et a vécu à Berlin-Est jusqu’à sa mort en 1988.

 

Bernart Bartleby

 

 

 

Dialogue maïeutique

Tout ça est-il déjà à nouveau oublié ?, dit Lucien l’âne. Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire ? En voilà un titre. Qu’est-ce qu’on a encore une fois oublié ? Le monde est rempli de gens distraits, quand même ! À moins, évidemment, que ce soit de la distraction, mais une distraction qui serait comme le résultat d’un oubli volontaire ignoré, une omission distraite pour ne plus y penser, pour ne plus y revenir, mais aussi pour ne plus devoir en rendre compte, une sorte de nettoyage de façade ; ce qu’on appelle aussi parfois un refoulement, comme quand lors d’une nausée remontante, on ravale. Cet à nouveau m’intrigue assez aussi. J’aimerais bien que tu éclaircisses ce point avant d’aller plus loin.

 

Oh ben, Lucien l’âne mon ami, cet à nouveau tient à l’histoire, on verra à laquelle, mais la catastrophe s’était déjà produite une fois et elle avait été engloutie dans un oubli féroce. Quant à éclaircir le reste, c’était mon intention. Lors donc, le ça, pour rester dans le même registre que toi, est ce refoulé auquel tu fais allusion. Reste à préciser le contenu et à le situer. Commençons par la fin : pour la chanson, c’est simple, le lieu, c’est l’Allemagne d’après-guerre, d’après la deuxième guerre mondiale ; celle d’après 1945. Pour nous, à présent, ce ça a un champ plus vaste ; il est le lot de tous ceux qui ont quelque chose à se reprocher ; j’entends ici quelque chose de grave et d’énormément pesant à l’échelle sociétale. Par rapport à cette guerre à laquelle se réfère la chanson, mais par extension, à toutes les autres, à la fois civiles et militaires. Ceux qui le pratiquent croient faire œuvre de salubrité, en quoi ils se trompent. Donc, il s’agit du ça de tous ceux qui ont trempé leurs mains dans le cambouis nazi ou apparenté et qui s’efforcent de faire belle figure et de se refaire une réputation – immaculée. C’est évidemment impossible et finalement toujours, malsain, car dans le placard de leur histoire, les souvenirs pourrissent et l’odeur en est doucement délétère. Elle passe par tous les trous, elle se glisse par tous les interstices.

 

Ah, dit Lucien l’âne, je commence à comprendre ce dont il s’agit, mais poursuis.

 

En fait, reprend Marco Valdo M.I., comme la chanson est allemande et s’adresse aux Allemands – du moins à une partie d’entre eux, les oublieux, elle rappelle la longue déchéance qui a mené des populations censément civilisées à la plus industrielle des barbaries. Je le dis ainsi, car, à mon sens, il s’agit de ne pas sous-estimer cette dimension industrielle de l’aventure nazie ; elle inventait – c’était , bien sûr, dans l’air du temps – la société réduite à l’État considéré comme industrie.

 

Oui, dit Lucien l’âne, l’industrie est un moteur puissant et quand il s’emballe, il peut mener très loin et provoquer de terribles développements.

 

C’est à peu près ce qui s’est passé, dit Marco Valdo M.I. Ainsi, après s’être remise en route, dans la prolongation de ce mouvement, par une sorte d’auto-conviction et d’auto-alimentation de sa croissance (et de celle de ses bénéfices et de ses ambitions), l’industrie phagocytant ou infectant du virus industriel toute la société s’est lancée dans une course au développement – il fallait nourrir la bête. C’est là que l’hybris s’est emparé d’elle. Ce fut une démarche forcément totalitaire et qui conséquemment, écrasa tout ce qui se trouvait sur son passage, qui pouvait entraver sa course, qui pouvait nuire à sa réalisation. Toute civilité, toute moralité étaient à bannir et elle les bannit d’un ban méticuleux. Il y avait dans cette aventure un parfum d’auto-combustion qui la menait à sa perte. Le Reich de Mille Ans capota dans un tournant.

 

Marco Valdo M.I. mon ami, arrête là. Je vois fort bien de quoi il retourne ; c’est un épisode tellement typique de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches, les puissants, les ambitieux font aux pauvres afin d’assurer leur domination, leurs privilèges, leurs profits.

 

En effet, typique, Lucien l’âne mon ami, et même, caricatural, même si ce n’est pas le seul. On peut en découvrir d’autres de ces monstres à l’œuvre de nos jours, qui n’optent pas nécessairement pour la même couleur, ni pour le même type de tenue, ni pour la même doxa, certains invoquent un dieu, certains proclament une foi, mais tous sont aussi porteurs de nuages lourds que leurs prédécesseurs que dénonce la chanson. Et pour aggraver encore l’affaire, il y en a partout dans le monde.

 

Partout dans le monde, dit Lucien l’âne, et comme beaucoup font fond sur une identité nationale, il me plaît d’indiquer que le nationalisme, qui par parenthèse, peut être religieux autant que territorial, n’est – en fait – pas vraiment un produit national, ni une émanation propre à une nation – fût-elle religieuse, mais bien un procédé d’usage global, interchangeable ; le nationalisme est un comportement terriblement mondial, il n’institue aucune originalité, il est seulement la preuve de l’existence des bornes. Mais suffit, tissons le linceul de ce vieux monde national, reclus, renfermé, fermé, concurrentiel, compétitif et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Comme ils ont abattu sauvagement

Ceux qui pensaient différemment ;

Comme ils ont formé les associations brunes

Et quels cercles les ont financés ;

Comme ils s’exhibèrent avec médailles et insignes :

Tout ça est-il déjà à nouveau oublié ?


Tout ça est-il déjà à nouveau oublié ?

Comme à mort, ils ont chassés

Les Juifs et de sang, trempé la terre ;

Comme ils ont délibérément attisé la guerre.

Et sur le champ de bataille, conduit la jeunesse

À opprimer les autres peuples :

Tout ça est-il déjà à nouveau oublié ?

 

Tout ça est-il déjà à nouveau oublié ?

Comme ils n’ont écouté aucun cri

De détresse et détruit leur propre pays ?

Comme après ces millions de morts, ils appelèrent

Les femmes et les enfants à se battre ;

Comme pendant ce temps, ils se planquèrent :

Tout ça est-il déjà à nouveau oublié ?

 

Tout ça est-il déjà à nouveau oublié ?

Comme quand tout s’est effondré,

Ils se sont évanouis, sans honneur, lâchement,

Comme à nouveau, ils se pavanent maintenant

Et d’une voix forte, parlent ouvertement,

De leur innocence, cyniques et arrogants :

Tout ça est-il déjà à nouveau oublié ?

 

Tout ça est-il vraiment déjà à nouveau oublié ?

TOUT ÇA EST-IL DÉJÀ À NOUVEAU OUBLIÉ ?
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Published by Marco Valdo M.I.
28 juillet 2021 3 28 /07 /juillet /2021 16:29

UNE CHANSON POUR MA FILLE

Version française – UNE CHANSON POUR MA FILLE – Marco Valdo M.I. – 2021

d’après la version anglaise
de la

Chanson polonaise – Piosenka dla córkiMaciej Pietrzyk – 1980

 

 

LA FILLE EN ROBE ROUGE

Józef Pankiewicz - 1897

 

 

" Piosenka dla córki " est une chanson écrite par Krzysztof Kasprzyk sur une musique de Maciej Pietrzyk pendant la grève du chantier naval de Gdansk en août 1980. C’était l’hymne non officiel du mouvement Solidarité naissant. M. Pietrzyk l’a interprété contre les objections de la censure officielle de l’État lors du Festival national de la chanson polonaise à Opole en 1981. Il l’a également chantée dans le film d’Andrzej Wajda « L’homme de fer ».

 

 

 

Je n’ai pas de temps pour toi maintenant.

Ta mère ne t’a pas vue depuis longtemps.

Attends, grandis encore un petit moment.

Nous te parlerons de ces événements.

 

De ces jours pleins d’espoir,

Pleins de querelles passionnées et de bavardages,

De nuits d’insomnie dans le noir.

Nos cœurs parlent du courage


De ces gens, qui ont senti

Qu’ils étaient seuls et qui

Ensemble se battent aujourd’hui

Et demain, pour toi aussi.

 

Alors, patiente et ne te désole pas,

Nous te tiendrons dans nos bras,

Dans notre maison, qui n’existait pas

Car le vrai bonheur n’y était pas.

 

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26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 14:40

La Victoire morale

 

Chanson française – La Victoire morale – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

 

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 – La Prise de Monastir ; Épisode 6 – La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans ; Épisode 8 – Le Premier Chrétien ; Épisode 9 – Le Provocateur

Épisode 10

 

 

IM MÜNCHNER HOFBRÄUHAUS,

DANS LA BRASSERIE DE MÜNICH

Philip Alexius de Laszlo – 1892

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Je dois t’avouer, Lucien l’âne mon ami, que lorsque je me suis lancé dans cette série de chansons – qui sont faites au fur et à mesure de leur apparition et qui se doivent de narrer L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi, j’étais un peu incertain de mener cette épopée bien loin et surtout, de pouvoir lui donner une pertinence et une profondeur suffisantes pour intéresser le lecteur curieux. Quand je dis suffisantes, c’est par rapport à ce que j’en attendais, à ce que j’imaginais qu’elle pourrait découvrir.

 

Ah, dit Lucien l’âne, je pense qu’Homère a essuyé les mêmes doutes quand il s’est lan à son tour dans l’élaboration de ses épopées ; je veux dire L’Iliade et L’Odyssée. Je précise tout de suite que tu n’es pas tenu d’atteindre pareils sommets. C’est finalement juste question de s’y mettre et de s’y tenir suffisamment longtemps ; d’autant que tu l’as déjà fait. Je songe à l’Arlequin amoureux, aux Chansons lévianes, aux Histoires d’Allemagne, à Dachau Express, à La Geste de Liberté. Et puis, ce qui ne paraît nulle part qu’entre nous et qui est ta version française de Shakespeare, celle que tu fais pour t’amuser, pour – comme on dit – ton édification personnelle ; jusqu’à présent, seulement, on a parcouru ensemble : Le Songe d’une Nuit d’Été, Roméo et Juliette, Hamlet, Macbeth, Le Roi Lear et Les Joyeuses Commères de Windsor. Oh, je te suis, même là. Si, si, j’ai vu passer les sorcières, les fées, le fantôme, Hamlet, Lear, Cordélia, Kent, Roméo, Juliette, Falstaff et je suppose que tu n’as pas envie d’arrêter. Quand on y songe, Shakespeare, c’est quand même beaucoup.

 

Ho !, Lucien l’âne mon ami, la cour est pleine, n’en jette plus. Pour en revenir à la chanson du jour, il y a énormément à en dire et je ne t’en dirai qu’une partie, à charge pour toi d’en trouver le reste dans ton cerveau d’âne et dans ce magma qui le remplit et que généralement, on appelle culture ou pensée ; c’est selon. Venons-y. D’abord, son titre La Victoire morale, pour en donner le sens et la portée, on attendra la fin de la chanson. Primo, le Parti. Oui, le Parti comme tous les partis est à la recherche de la popularité, sinon, il ne serait pas en lice politique. Donc, d’un côté, il y a l’opinion générale, celle qui pense bien, mais pas nécessairement politique et de l’autre, les nécessités du genre électoral. Comme dans les affaires, il y a ce qui correct, moral et il y a les affaires qu’il faut faire quand on est en affaires. Le Parti affirme hautement son attachement aux volontés de la population et d’autre part, il cherche des partisans et des électeurs. Ainsi à l’encontre de sa profonde moralité, il s’astreint à tenir ses réunions dans des débits de boissons : bistros, auberges, tavernes, caves à bières et bien entendu, autre hofbrauhauss, retiens bien ce mot.

 

« Sans boisson, un nouveau parti reste rachitique,

Car l’alcool est le lait de la politique. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, la chose n’est pas nouvelle, on se soûlait déjà dans la plus haute Antiquité.

 

Ensuite, avec le deuxième dizain, comme d’habitude ici, il y en a quatre, dit Marco Valdo M.I. ; pour celui-là, il te faudra faire un effort de danseuse étoile, une sorte de grand écart entre l’homme des tavernes et l’homme des cavernes. Comme tu le sais, l’homme des cavernes, c’est en quelque sorte, façon de parler, ce bon vieil ami qu’était (pour toi qui l’as porté sur ton dos) l’homme de Cro-Magnon. Ensuite vient le passage où on découvre que le Parti d’Hašek (Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi) n’a rien, rien de rien de commun avec certain parti national social, né dans une brasserie pragoise ou avec celui qui naîtra également dans une brasserie munichoise des années et une guerre mondiale plus tard. Comme on le voit dans la chanson, les relations et les idées de ces partis sont plutôt antagonistes.

 

« Au meeting du Parti social national,

On nous chassa à coups de horions. »

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, comment un être pensant peut être en accord avec ces gens-là et leur façon de

 

« pratiquer la liberté fondamentale

De parole et de réunion. »

 

Et c’est ainsi, Lucien l’âne mon ami, que le Parti parvint à la victoire morale. Un concept assez proche de la défaite honorable. C’est une grande leçon de politique électorale destinée aux nouveaux arrivants sur la scène et la conclusion est péremptoire : il faut du temps pour s’installer sur l’éventail politique, pour jouer un rôle significatif dans la pièce du monde ; il y faut aussi la volonté d’y arriver envers et contre tous. Bref, il faut le temps et c’est un temps long, qui se compte en dizaines d’années, qui met à l’épreuve la constance de générations entières.

 

Et souvent même, interrompt Lucien l’âne, la chose se révèle inutile ; pour preuve, La fille de Madame Angot le disait elle-même :

 

« Ce n’était pas la peine,

Ce n’était pas la peine,
Non pas la peine, assurément
De changer de gouvernement ! »

 

de façon aussi incongrue que de dire dans les Chansons contre la Guerre que la Grande Duchesse du Gerolstein aimait les militaires (J’aime les militaires). Elle vaut la peine celle-là d’être reprise dans un répertoire contre la guerre. En fait, toute la duchesse et il vaudrait la peine aussi de parcourir l’opéra de l’avant-dernier siècle. Soit, il faut en avoir le temps, mais quand même.

 

Laisse-moi cependant te dire, Lucien l’âne mon ami, comment on parvient à la victoire morale et quel en est le prix. En fait, on y arrive toujours par la défaite, la défection, la fuite, car la chanson a raison :

 

« les idées nouvelles entrent mal dans la tête des gens ».

 

Certes, dit Lucien l’âne, on en restera là, mais crois-moi, tu as encore fait une chanson, dont je ne sais si elle est bonne ou mauvaise, mais une chose est sûre, elle est. D’ici que la Guerre de Cent Mille Ans cesse, nous avons le temps ; alors tissons le linceul de ce vieux rhumatisant, guerrier, belliqueux (de cheval), ennuyeux, féroce, injuste, inique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Sans boisson, un nouveau parti reste rachitique,

Car l’alcool est le lait de la politique.

À l’époque où le Parti est né, il régnait

Dans le peuple, une solide aversion pour les abstinents.

Par principe, à l’encontre de l’opinion, le Parti n’allait jamais ;

Ainsi, contre ses principes, le Parti dut suivre le courant

Et tenir les réunions plénières, ordinaires et extraordinaires

Dans un lieu où on sert de l’excellente bière.

Le Parti établit alors ses permanences

Au Litre d’Or, une auberge de toute confiance.

 

 

En politique prospère l’homme des tavernes,

À ne pas confondre avec celui des cavernes :

En ces lointains temps préhistoriques,

On ne faisait pas encore de politique.

Le Parti est convaincu en conscience et en âme

De la nécessité d’avoir un programme

D’affirmer et de pratiquer la liberté fondamentale

De parole et de réunion.

Au meeting du Parti social national,

On nous chassa à coups de horions.

 

Naturellement, le Parti vit

Pour l’emporter sur ses ennemis.

Ainsi, la victoire, la victoire,

La victoire est son plus grand espoir.

La raison d’être du Parti est la victoire,

Mais il y a victoire et victoire.

Pour la majorité, la victoire est facile :

C’est la victoire globale.

Pour la minorité, la victoire est difficile :

C’est la victoire morale.

 

Un parti neuf est minoritaire et inconscient

De l’âpreté de la lutte, du combat, de la confrontation.

Il a des idées, des volitions, des sentiments ;

Il est pour la paix, il est plein de bonnes intentions ;

Un bel enthousiasme soutient le nouveau concurrent,

Une ambition civilisatrice nourrit ses slogans,

Mais les idées nouvelles entrent mal dans la tête des gens :

La promotion intellectuelle est dure physiquement.

Aux partisans, il faut souvent des soins urgents.

Sauf accident, un parti débutant vaincra moralement.

 

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Published by Marco Valdo M.I.
19 juillet 2021 1 19 /07 /juillet /2021 11:07

 

LE GRAND POÈTE SOVIÉTIQUE MAÏAKOVSKI

ET LA DÉCOUVERTE DE L’AMÉRIQUE


 

Version française – LE GRAND POÈTE SOVIÉTIQUE MAÏAKOVSKI ET LA DÉCOUVERTE DE L’AMÉRIQUE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – (Il grande poeta russo) Majakovskij e la scoperta dell'AmericaClaudio Lolli – 2006

 

Texte et musique de Claudio Lolli

Paroles et musique de Claudio Lolli

Sax soprano : Nicola Alesini

Album : La découverte de l’Amérique

 

Les Hooliganistes communistes

 

Vsevolod MEYERHOLD,

 

Vladimir MAÏAKOVSKI,

 

Kasimir MALÉVITCH

 

 

Dialogue maïeutique

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson dont le titre est en soi toute une histoire. Écoute-moi bien ça : « LE GRAND POÈTE SOVIÉTIQUE MAÏAKOVSKI ET LA DÉCOUVERTE DE L’AMÉRIQUE » ; du moins, c’est celui que j’ai donné à la version française. Je te dirai tout à l’heure pourquoi. Mais avançons : un des pôles de cette histoire est la découverte de l’Amérique et la belle légende des Amérindiens paradisiaques, qui tranquillement installés sur leur terre d’origine et immaculée sont un jour – censément de l’année 1492, découverts.

 

Oui, dit Lucien l’âne, on raconte aussi, par ailleurs, que ces mêmes Indiens – qui d’ailleurs n’en étaient pas – en voyant arriver les caravelles espagnoles s’écrièrent en voyant venir les étrangers : « Ciel ! Nous sommes découverts ! »

 

De fait, reprend Marco Valdo M.I., comme le dit la chanson, ils étaient nus. La civilisation chrétienne arrivait ; on allait s’empresser de leur mettre une culotte et de procéder à leur éradication. L’autre pôle est celui de poètes russes qui au temps des Soviets révèrent d’absolu et de paradis, eux aussi. Comme on sait, ni le rêve américain, ni le rêve soviétique n’ont tenté véritablement d’aller vers l’idéal que leurs admirateurs leur prêtaient, ni n’ont empêché ces poètes de se suicider.

 

En fait, dit Lucien l’âne, c’est l’idéal qui est l’impasse ; il n’y a pas de téléologie. Certes, le monde change, mais de lui-même et le sens de la manœuvre ne peut être défini qu’a posteriori. Pour en revenir un instant aux Indiens, qui n’en étaient pas, ils avaient eux-mêmes envahi le continent quelque temps auparavant et on ne sait trop rien des guerres coloniales qu’ils menèrent les uns contre les autres. Ce n’était évidemment pas une raison de les massacrer ; mais là aussi, n’est-ce pas « la civilisation » en tant que telle avec son mode de vie et tout son bagage qui a amené leur disparition ?

 

En somme, dit Marco Valdo M.I., on peut très exactement dire où le monde va aller quand il y est allé. D’où l’importance du récit historique. Maïakovski est allé en Amérique (il n’est d’ailleurs pas le seul, comme on sait) et il en est revenu. Ce n’est pas le cas de tous les écrivains russes ; par exemple, Asimov est allé en Amérique et il y est resté et de façon générale, il s’y sentait chez lui. Par contre, on a vu des écrivains allemands ou de langue allemande faire l’aller (exil obligatoire – mettons Bertolt Brecht, Thomas Mann) et revenir ; d’autres, y sont allés et y sont restés – suicidés : Stefan Zweig, Ernst Toller. Klaus Mann qui n’a pas bien supporté ce déracinement forcé, se suicidera au retour en Europe. C’est ce que fera Maïakovski, d’une balle dans le cœur. Le poète futuriste avait cru en la révolution soviétique ; puis, il était allé voir ailleurs – le pays des gens contents, pour voir à tout hasard si. Il avait connu :

 

« Au-delà des nuages rouges de couleur

D’immenses plaines de la douleur

Qui vit sur vous, comme un toit,

Où survivant vous marchez

Au milieu d’éclairs toujours plus obscurs »

 

et il s’en était allé voir :

 

L’économie du capital,

Ce vertige amoral

Entre le bien et le mal.

Et ainsi, on a découvert l’Amérique,

Le paradis des divertissements,

Une terre lointaine et lunatique,

Le pays des gens contents. »

 

Partout, le désenchantement.

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est le sort de tous les mystiques, de tous les croyants qui vivent pour l’inaccessible étoile – inaccessible, car inexistante ; au bout du compte, la vie est passée et ils héritent de la mort. Tu parles d’un héritage ! Finalement, les barbeaux de Gilles, dans une chanson que tu avais parodiée en l’intitulant la chanson des chômeurs, d’une certaine manière, avaient raison :

 

« Nous, on aime mieux un peu de dérive
Et alors, quoi ? Faut bien qu’on vive
Faut bien qu’on vive ! »

 

C’est simple pourtant, Ferré le disait aussi bien :


« On vit on mange et puis on meurt ;
Vous ne trouvez pas que c’est charmant
Et que ça suffit à notre bonheur
Et à tous nos emmerdements. »

 

Moi aussi, Y en a marre. Résumons : on vit, on meurt et entre les deux, on se démerde. Alors, tissons – Canuts et Pénélopes tranquilles, lents et obstinés, le linceul de ce vieux monde errant, barcolant, louvoyant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 

 

 

Vous voyez d’un côté de l’écran,

De pacifiques indigènes chasser

Ils sont nus, et comme les enfants,

Ils n’ont pas honte de marcher

Car le péché, le « Vous ne pouvez pas ! »,

Ces gens-là ne le connaissent pas.

Et ainsi, on a découvert l’Amérique,

Le paradis des divertissements,

Une terre lointaine et lunatique,

Le pays des gens contents.


De l’autre côté de l’écran, vous voyez

Des navires nationaux et des bateaux corsaires,

Aux voiles par le vent gonflées,

Avec une terreur qui promet la guerre,

Signe invariable de l’extinction,

Votre vie vit en une main de terre,

Votre mort, dans le canon.

Avec cet ostracisme occidental,

L’économie du capital,

Ce vertige amoral

Entre le bien et le mal.


Et si vous ouvrez cet écran, vous voyez

Des appareils numériques japonais,

Des photos croisées dans votre esprit

Et Maïakovski, le grand poète soviétique,

Déchirer la joie des jours utopiques,

Car il avait découvert l’Amérique

De ses yeux sceptiques.

 

Et Essénine son ami prophétique,

Que mourir aujourd’hui n’est pas difficile,

Qu’est mille fois plus difficile

La vie, la vie, la vie chaotique,

Avec cet ostracisme occidental,

L’économie du capital,

Ce vertige amoral

Entre le bien et le mal.

Et ainsi, on a découvert l’Amérique,

Le paradis des divertissements,

Une terre lointaine et lunatique,

Le pays des gens contents.

 

Mais si on sait aussi traiter le ciel, on voit

Au-delà des nuages rouges de couleur

D’immenses plaines de la douleur

Qui vit sur vous, comme un toit,

Où survivant vous marchez

Au milieu d’éclairs toujours plus obscurs

Ou arrachant au terrain des baies,

On voit la joie des jours futurs.

 

Car c’est le fruit de l’Amérique,

Ce paradis des divertissements

Où seuls les poètes soviétiques

Meurent d’accablement.

Pour ces larmes de l’Occident

Qui se contentent de la vengeance,

Pour la joie des jours au-delà du présent,

Il n’y a pas d’urgence.

 

 LE GRAND POÈTE SOVIÉTIQUE MAÏAKOVSKI  ET LA DÉCOUVERTE DE L’AMÉRIQUE
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Published by Marco Valdo M.I.
13 juillet 2021 2 13 /07 /juillet /2021 17:17

Le Provocateur

 

Chanson française – Le Provocateur – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

 

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 – La Prise de Monastir ; Épisode 6 – La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans ; Épisode 8 – Le Premier Chrétien

 

Épisode 9

 

L’ESPION

Marc Chagall – 1935 (?)

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Cette fois, dit Marco Valdo M.I., le titre de la chanson « Le Provocateur » est on ne peut plus explicite et ne laisse planer aucun doute sur la nature du personnage qu’elle présente. Il s’agit de ce Monsieur Mark à propos duquel s’interrogeait la chanson précédente :

 

« On vit venir alors Monsieur Mark,

Un brave homme, père de six enfants.

Qui était ce Monsieur Mark ?

On devait l’apprendre rapidement. »

 

En effet, répond Lucien l’âne, c’est assez clair. Cependant, si ce personnage est un provocateur, il s’agit de savoir de quel genre de provocateur il s’agit ; car, je n’apprendrai certainement rien à personne en précisant qu’un provocateur – au sens où on l’entend dans le domaine politique ou dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux plus faibles – un provocateur, donc, peut agir ouvertement ou sournoisement, peu importe, dans l’intérêt de l’un ou l’autre camp. Du côté des révoltés (appelons-les ainsi), une provocation peut avoir pour objectif de déclencher un mouvement de grande envergure et transformer une manifestation censément calme en un tohu-bohu indescriptible qui peut rapidement tourner à l’émeute. À l’opposé, d’une autre manière, une provocation peut être utilisée pour amener des gens à dévoiler leurs intentions et leurs véritables ambitions. De toute façon, il y a encore d’autres subtilités telles que par exemple, une provocation effectuée (secrètement) par certain groupe (le parti nazi mettant le feu au Reichstag) et attribuée aux adversaires.

 

Je vois, dit Marco Valdo M.I., que tu connais le phénomène de la provocation et que tu en déduiras aisément que celui qui opère une manœuvre de cette sorte porte le nom de provocateur.

 

C’est bien comme ça que je l’entends, dit Lucien l’âne, mais ne peux-tu en dire plus ?

 

Certes que si, Lucien l’âne mon ami ; le provocateur dont la chanson relate la mission manquée est ce Monsieur Mark qui avait – au pied levé – remplacé Monsieur Kopek – « Le Premier Chrétien », lequel avait été le premier à tenter de s’immiscer dans le Parti. L’un comme l’autre, je le confirme, sont des espions, des agents de la Sûreté et des saboteurs. Ils cherchent à pousser le Parti ou certains de ses membres à la faute afin de pouvoir les faire arrêter. Cette opération n’est pas vraiment originale, dit Lucien l’âne, et elle est fort pratiquée dans les régimes politiques forts ou dans ceux communément appelés, régimes policiers.

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est une façon de faire répandue dans les dictatures et dans les États à Parti unique ; bref, dans les régimes totalitaires ou en passe de le devenir. Elle aussi pratiquée par certains groupes ou partis en vue d’accéder au pouvoir ou de nuire à leurs adversaires. Ça tient à la conception que l’on a du monde et de la liberté.

 

Avant de conclure, Lucien l’âne mon ami, je voudrais te rassurer à propos du destin de ce pauvre Monsieur Mark et t’assurer qu’il a eu beaucoup de chance de tomber dans une réunion de membres du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi, lesquels ne l’ont ni frappé, ni torturé, ni tué ; ils l’ont simplement remis à la police.

 

Ah, dit Lucien l’âne, je me réjouis de voir comment cette affaire se termine, car il doit y avoir là une surprise. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde secret, curieux, malicieux, sournois et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Un homme s’était assis à notre table ;

Sûr de son incognito, la mine ravie,

Il s’invitait ; il lui serait agréable

De converser en notre compagnie.

On ne le connaissait ni de Dieu, ni du Diable ;

Sauf Frank, notre secrétaire, neveu du préfet.

« C’est Mark », nous souffla Frank en catimini.

Du coup, on a tous su ce qui se passait,

D’où ce mystérieux Mark venait

Et ce que ce quidam venait quérir ici.

 

On nous l’apprit plus tard :

Pour cette besogne mercenaire,

Mark touchait cinq couronnes par soir –

En plus de son maigre salaire

De simple employé au commissariat.

Cinquante-deux florins par mois,

Avec une femme et six enfants à nourrir

C’était un supplément nécessaire

Et un travail facile à faire :

Juste s’asseoir, parler et laisser discourir.

 

Maheu dit alors : « C’est convenu. »

« Est-ce qu’ils savent déjà tout ? »

« Oui. », dit l’ingénieur Kun, « Tout ,

Et de Moravie, tout un groupe est venu. »

« Les Moraves sont de notre côté, »

Dit Mark, « et l’Empereur Ferdinand,

Est un Habsbourg et un tyran.

Ils avaient raison nos Frères tchèques révoltés

De défenestrer les hommes du roi,

De chasser les jésuites et les soldats. »

 

Alors, nous tous ensemble, on l’accusa

« Vous avez dit ci, vous avez dit ça. » ,

Vous blasphémez le seigneur et la religion,

Vous clamez même, « Vive la révolution ! »

Vous nous incitez à l’athéisme,

Vous nous poussez à l’anarchisme.

Frank dit : Je suis le neveu du préfet.

Monsieur l’agent, arrêtez ce trublion,

Menez-le tout droit en prison !

Et Mark disparu ainsi à jamais.

 

Le Provocateur
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Published by Marco Valdo M.I.
9 juillet 2021 5 09 /07 /juillet /2021 19:34

 

Le Premier Chrétien

 

Chanson française – Le Parti et les Paysans – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

 

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 : La Prise de Monastir ; Épisode 6 : La Vérité sur La Prise de Monastir ;

Épisode 7 – Le Parti et les Paysans

 

Épisode 8

 

 

 

 

LA RÉUNION RÉVOLUTIONNAIRE

Ilia Répine – 1883

 

 

Dialogue maïeutique

 

Dans cette histoire du Parti (le Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi), lequel incarne l’image de l’histoire de tous les autres partis, dit Marco Valdo M.I., on a jusqu’ici vu arriver outre son créateur, Jaroslav Hašek, le poète Gustav, le voïvode Klim et comme il faut s’y attendre, ce défilé ne fait que commencer. En plus des héros, des enthousiastes, des militants, des convaincus, il vient au Parti toutes sortes de curieux.

 

Oh oui, dit Lucien l’âne, c’est bien normal. Les gens cherchent leur voie dans la vie et beaucoup espèrent trouver une solution à leurs difficultés dans l’action des partis. C’est, à mon avis, faire la plupart du temps preuve d’un assez grand optimisme, mais le fait est qu’il en va ainsi.

 

D’autant plus, Lucien l’âne mon ami, quand le Parti, comme celui de Hašek, tient ses réunions dans des salles d’établissements accessibles au public. Au début, ils sont assez peu nombreux et comme dans la meilleure tradition, on tient les réunions autour d’une simple table. Puis, il a fallu étendre un peu. Comme tu l’as sans doute déjà vu, le titre de la chanson est « Le Premier Chrétien ». En fait, le Parti l’appelle ainsi, car c’est quelqu’un de très pieux et qui d’ailleurs, ne fait pas mystère de sa foi. Il vient même en partie au parti par prosélytisme. Cependant, comme le révèle la chanson, c’est un sournois et il est plein d’autres défauts.

 

Si je comprends bien, dit Lucien l’âne, c’est une canaille dévote.

 

En effet, reprend Marco Valdo M.I., les bigots et les bigotes ont des tempéraments cauteleux, mais ce personnage nourri de piété et d’hosties, qui répond au joli nom de Kopek, va se démontrer encore plus abject qu’on peut l’imaginer. Sinueux dans ses déterminations, c’est un traître fondamental : il trahit successivement tout et tout le monde : sa croyance, son Dieu et in fine, ceux qui l’avaient accueilli parmi eux et le Parti tout entier.

 

C’est bien ce que je pensais de lui, s’exclame Lucien l’âne. Ce Kopek n’en vaut pas un ; de kopek, je veux dire.

 

Pas besoin de préciser ça, dit Marco Valdo M.I. en riant, j’avais saisi. Monsieur Kopek est un cas emblématique de ce qui attend tout parti et cela, quel que soit le régime en place. Il y a toujours un espion, un indicateur, un agent de renseignement qui doit nécessairement se joindre à ces réunions. Sinon, comment savoir ce qui s’y dit, ce qui s’y ébauche. Du point de vue de la police, c’est une nécessité et même si elle est – elle doit être – confidentielle, c’est une fonction plus ou moins officielle et plus ou moins, rétribuée. Mais Kopek, finalement, même pour la police, n’est pas fiable et la seule personne qui parvient à le tenir à peu près droit, c’est sa femme, qui le dresse et arrive à le tenir par la peur qu’elle lui inspire.

 

Pauvre homme, dit Lucien l’âne, et d’après ce que j’en sais, il y en a des millions comme ça dans le monde. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde bigot, menteur, lâche, traître et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Monsieur Kopek, homme très pieux,

S’en est venu chez nous défendre Dieu,

Comme un croyant parmi les païens,

Au Parti, on l’appelle « le premier chrétien ».

Croque-mort de métier,

Il veut vivre et mourir dans sa foi.

Nous, nous avions plutôt décidé

De le faire abjurer, ne fût-ce qu’une fois.

En plus de sa totale confiance en Dieu,

Il était hanté par le démon du jeu.

 

Au Parti, on jouait de petites mises.

Un samedi, Kopek mit sa belle chemise

Et pria que dans la partie, on le laisse entrer.

Il se signa avant de commencer.

Dieu l’accompagnait, il gagna tout au début ;

Ensuite, jusqu’au dernier sou, il a tout perdu.

Pour continuer, il emprunta ;

Pour emprunter, il abjura.

Kopek perdit encore, Dieu l’avait abandonné ;

Pire, sa femme venait le rechercher.

 

À la Montagne sainte, Kopek fit alors pénitence.

Au retour, il dévoila nos jeux interdits

Et sur la foi régénérée de sa croyance,

À la police, il dénonça notre Parti,

Nos jurons, nos sacrilèges et nos infamies :

On insultait l’Empereur, on moquait Dieu,

Le fils, l’Esprit et toute sa Sainte Famille.

Sa Majesté doit venir à Prague sous peu ;

Assurément, il faut surveiller de près

Nos dangereuses activités de suspects.

 

Au Parti, Kopek le dévot était brûlé,

Sa femme l’avait définitivement cloîtré.

Vu son incapacité à continuer sa mission.

Kopek remit à la Sûreté, sa démission.

Pour l’État, il fallait incessamment

Trouver à l’espion pieux un remplaçant.

On vit venir alors Monsieur Mark,

Un brave homme, père de six enfants.

Qui était ce Monsieur Mark ?

On devait l’apprendre rapidement.

 

Le Premier Chrétien
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Published by Marco Valdo M.I.
6 juillet 2021 2 06 /07 /juillet /2021 16:29

Le Parti et les Paysans

 

Chanson française – Le Parti et les Paysans – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

 

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 : La Prise de Monastir ; Épisode 6 : La Vérité sur La Prise de Monastir

 

Épisode 7

 

 

 

Campagne tchèque

Rudolf Bém – vers 1900

 

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Tout comme, Lucien l’âne mon ami, chez les rats de La Fontaine ou d’Ésope, chez les humains, il existe une forte différence, comme un grand écart entre les modes de vie des humains des villes et des humains des champs.

 

C’est une histoire de culture, dit Lucien l’âne doctement.

 

Tu ne penses pas si bien dire, répond Marco Valdo M.I., car ce clash culturel est précisément le sujet de la chanson. Donc, je rappelle que le Parti est né en ville ; c’est un parti citadin et de ce fait, son recrutement, son électorat, son champ d’action, son programme et de façon générale, tout le reste et sa façon de concevoir le monde, les choses, les gens et le futur sont imprégnés de l’air de la ville. Il n’en reste pas moins que l’étrange désir lui est venue de conquérir un espace agricole et le Parti va tenter de pénétrer la zone rurale et de rallier les paysans à ses idées.

À se demander, rétorque Lucien l’âne, ce que diable, il allait faire dans cette galère. Mais tout compte fait, c’est dans la logique de tout parti d’aller ainsi vers le peuple, où qu’il se trouve. De là à le faire adhérer, il y a une longue marche. C’est d’ailleurs vrai dans le sens inverse, car un parti rural a souvent les plus grandes peines à s’installer en ville.

 

Soit, reprend Marco Valdo M.I., mais nous ne sommes pas ici pour faire un traité de science politique, ni pour débattre de la stratégie et de la propagande des partis dans leur ensemble. Il s’agit de s’intéresser à cet épisode du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi quand il tente une percée dominicale dans les campagnes tchèques ; c’était il y a cent-dix ans. Au passage, on constatera que les choses n’ont pas beaucoup évolué. La méthode mise en œuvre est assez classique : il faut rassembler le public visé, ici les paysans et le convaincre de l’intérêt du discours du Parti. Et comme on peut le voir, ce premier essai est un remarquable échec : la tentative tourne à la catastrophe comme ce fut également le cas dans la chanson de Mani Matter : « Si hei dr Wilhälm Täll ufgfüertOn a joué Guillaume Tell ».

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est que tout simplement les cultures ne sont pas les mêmes en ville et à la campagne et ce n’est pas près de s’arranger. Pour le reste et les détails de cette incompréhension mutuelle, il faut aller voir la chanson. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde irréductible, divisé, contradictoire, antagoniste et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Pour atteindre l’autonomie,

Pour améliorer sa condition,

Pour agrémenter sa vie,

Le peuple a besoin d’instruction.

Le Parti a promis de fournir

Une révolution culturelle et un bel avenir.

Le paysan continue à labourer ;

Les vaches, à ruminer et à meugler.

Le monde rural n’est pas prêt

À réaliser un tel progrès.

 

 

Au village de Letna, il y a une auberge

Avec une terrasse sur la berge.

Le Parti y programme une séance éducative,

D’un intérêt vital pour les paysans ;

Une conférence très instructive

Sur l’assainissement des prés et des champs

Par l’extermination des rongeurs ordinaires

Selon une méthode révolutionnaire

Inventée par un scientifique anglais

Et perfectionnée par des experts français.

 

Une telle conférence est une aubaine,

La salle de l’auberge est pleine

Le dimanche au moment convenu.

Après avoir longuement marché

Sous le ciel torride de l’été,

De tous les environs, les paysans étaient venus.

Ils se saluent, ils s’interpellent,

Lentement, le comice s’assemble.

Du comptoir, la bière coule à flots,

La conférence commence bientôt.

 

En 1812, un savant anglais déclarait

Les mulots stériles.

En 1815, grâce à Wellington, il imposait

À la France, cette thèse débile.

La campagne et l’Université de France

Face à ce délire firent alliance

Et prouvèrent scientifiquement

Qu’un mulot moyen a 240 descendants.

Furieux, les paysans nous chassèrent.

Dure leçon pour le Parti : c’était la première.

 

 

 

Le Parti et les Paysans
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Published by Marco Valdo M.I.
4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 11:47

 

La Vérité sur La Prise de Monastir

 

Chanson française – La Vérité sur La Prise de Monastir – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 : La Prise de Monastir

 

Épisode 6

 

Le Parti va vers le peuple et vers le Parti va le Peuple. Ensemble, on est plus unis.

 

 

Dialogue maïeutique

 

La vérité, dit Lucien l’âne, en voilà une drôle d’idée ; que vient-elle faire dans cette épopée héroïco-comique du Parti ?

 

D’abord, Lucien l’âne mon ami, je dois dire que ta remarque est tout à fait justifiée, car en vérité, la vérité est un mot immense, une sorte d’infini nébuleux et en même temps, un monstre d’exactitude. La vérité en soi est en quelque sorte intangible. Cependant, cette vérité-ci n’est pas n’importe quelle vérité ; elle entend éclairer ce qu’avait raconté, ce que raconte Klim, le voïvode macédonien, volontaire engagé quelque peu trop hâbleur. Trempé dans l’acide véridique, le héros s’épure, la baudruche patriotique se dégonfle et se révèle certaine dimension particratique fondatrice de tout rassemblement à vocation dominatrice.

 

Depuis le début de cette épopée, je me demande, s’inquiète Lucien l’âne, si ce Parti dont elle raconte l’histoire, tout en tant à coup sûr le Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi, ne serait pas par hasard une quintessence du Parti en général. J’ai bien l’impression qu’elle met à jour la nature du Parti, de n’importe quel parti, son essence, son squelette, son fondement.

 

En cela, Lucien l’âne mon ami, tu mets le doigt sur un des ressorts de cette histoire. Je n’en dirai pas plus, car ça nous entraînerait trop loin et de toute façon, j’ai l’idée qu’on y reviendra encore. Pour l’instant, je voudrais attirer ton attention sur le fait qu’il s’agit dans cette chanson de la complète réfutation de la chanson précédente – La Prise de Monastir et même, de la destruction de notre dialogue qui s’était efforcé de prendre au pied de la lettre les vantardises et les supercheries de Klim, le voïvode macédonien.

 

Vérité pour vérité, il nous faut quand même avouer, dit Lucien l’âne en riant, que ni toi, ni moi n’étions dupes de ce fanfaron et qu’on jouait le jeu, tout en sachant la vérité vraie de l’affaire.

 

Soit, reprend Marco Valdo M.I. ; pour ce qui est du Parti et de sa plus ou moins grande universalité, il faut faire la distinction entre les détails particuliers concernant les aventures, les paroles et les actes – réels ou inventés de Klim le héros et les considérations générales. Certains éléments sont directement d’application à tous les partis indistinctement, comme les slogans qui concluent la chanson :

 

« Le Parti va vers le peuple

Et vers le Parti va le Peuple.

Ensemble, on est plus unis. »

 

Oh oui, dit Lucien l’âne, ça me semble évident. Que serait un parti sans ses slogans et un parti qui n’irait pas vers le peuple et d’ailleurs, que serait ce parti si le peuple (qui c’est ?) n’allait pas vers lui ?

 

Fais attention, Lucien l’âne mon ami, à ce que tu déclares ici, car on marche sur des braises, car ni le(s) parti(s), ni le(s) peuple(s) n’aiment qu’on questionne leur nature réelle. On risquerait de rencontrer la vérité.

 

Certes, répond Lucien l’âne, beaucoup ont payé cher une telle insolence. Maintenant, pour ce qui est du peuple, disons le mot, c’est un concept vague que des cuisiniers de tous bords assaisonnent à leur mode et c’est souvent peu ragoûtant. Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde chaotique, brouillon, populaire, folklorique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Les discours du voïvode macédonien

Étaient une bénédiction pour le Parti

Tant Klim parlait bien

De ses exploits face à l’ennemi.

On sentait le patriote à chaque mot,

Par ses effluves de héros,

Sa sauvage exaltation fascinait

Les clients du bistro

Qui buvaient, buvaient, buvaient

Ses phrases et chacun de ses propos.

 

Dans cette affaire de Monastir,

Il y avait un certain décalage

Entre la réalité et ses bavardages.

Certes, Monastir était Monastir.

Mais la vérité a ses droits

Et Monastir n’était pas

Une ville, une citadelle de l’Empire ottoman.

Après notre reddition au pied du Mont Garvan,

Les Turcs nous avaient menés à la frontière

Et ce couvent était vraiment un monastère.

 

Après deux heures de siège, on entra au monastir,

Où les moines ont bien voulu nous nourrir.

Puis, à peine installés dans un champ,

À notre campement vint une belle,

Aussi furieuse qu’elle était vielle.

Elle nous chassa en hurlant

La bave aux lèvres

Qu’on en voulait à sa chèvre.

On repartit clopin-clopant jusqu’à Sofia

À une heure de marche de là.

 

À Sofia, après quelques bières,

Le voïvode courageux s’empressa

D’exhiber ses blessures de guerre,

Témoins muets de la bataille de Vitocha.

À Prague, Klim fit plus d’une fois

Les récits pédagogiques de ses exploits.

Ainsi, grâce à lui, grandit le Parti.

Klim disait : Le Parti va vers le peuple

Et vers le Parti va le Peuple.

Ensemble, on est plus unis.

 

La Vérité sur La Prise de Monastir
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Published by Marco Valdo M.I.
1 juillet 2021 4 01 /07 /juillet /2021 16:42

 

La Prise de Monastir

 

Chanson française – La Prise de Monastir Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim

Épisode 5

 

ARMÉE TURQUE OTTOMANE - Vers 1900

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Tu vois, Lucien l’âne mon ami, ce titre « La Prise de Monastir » nécessite une mise au point, une précision particulière destinée à écarter une amphibologie, une ambiguïté. Ce n’est pas la signification de « la prise » qui pose problème. Une « prise » dans ce sens est tout simplement la conquête, l’enlèvement de Monastir.

 

Si c’est pour dire une telle évidence, Marco Valdo M.I. mon ami, je l’aurais bien énoncée moi-même.

 

Soit, Lucien l’âne mon ami, mais si je disais, si je faisais ce préambule, c’est qu’il me fallait bien commencer quelque part et souligner ainsi l’importance de la suite. Comme on s’en doute à présent, c’est sur le nom de Monastir que je veux attirer ton attention. D’abord, comme son nom l’indique, quoi que soit devenu Monastir, au départ, il a eu un monastère ou plusieurs, comme ce fut le cas. Un monastère est – tu le sais certainement, mais il convient de le préciser – un établissement qui accueille des moines chrétiens.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je connais une ville qui s’appelle Monastir ; une belle vielle au bord de la mer au fond d’un golfe en Tunisie ; c’était une ville fortifiée de l’Empire ottoman, au temps où les Turcs contrôlaient le sud-est de la Méditerranée.

 

Certes, répond Marco Valdo M.I., cette ville est célèbre – et encore aujourd’hui bien connue des touristes, mais ce n’est pas d’elle qu’il s’agit ici. Donc, il existait dans ce même empire ottoman, une autre ville fortifiée appelée également Monastir et qui se trouvait en Macédoine. En gros, au nord de la Grèce et des Balkans. C’est bien évidemment de celle-là qu’il s’agit dans la chanson. Aujourd’hui, elle se trouve toujours en Pélagonie, en Macédoine du Nord et s’appelle Bitola. Juste une dernière petite note complémentaire pour indiquer que comme « monastir » renvoie à « monastère » et au grec « monastiri », Bitola renvoie au mot slave « obitel » qui signifie également « monastère ». Bitola était d’ailleurs le nom avant que les Byzantins ne la rebaptisent Monastir.

 

Oh, dit Lucien l’âne, voilà qui est compliqué. Maintenant, je me souviens, n’était-ce pas elle qui s’appelait au temps de la Préhistoire « Lyncestis », puis plus tard, Heraclea Lyncestis et beaucoup plus tard encore, après tant de séismes, des sacs, des prises et des destructions, fut rebâtie un peu plus loin par les Slaves sous le nom de Bitola. Cependant, je suppose que la chansonne se limite pas à ça.

 

Non, répond Marco Valdo M.I., car en fait, elle raconte – par la bouche de Klim lui-même – toute l’héroïque campagne du voïvode en terre macédonienne. Maintenant, je te laisse découvrir les détails et le somptueux récit qui les établit.

 

Faisons ainsi, Marco Valdo M.I. mon ami, et tissons le linceul de ce vieux monde versatile, confus, monastique, polysémique, énigmatique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Klim et moi, on descendit le premier raki,

Solennellement, sur le drapeau, on jura.

Puis, on but jusqu’au cinquième raki

Et on partit pour la frontière d’un bon pas.

Au dépôt, on nous donna nos fusils.

Klim dit : et pan !, et on vise bien,

Et on court, et on coupe la tête à l’ennemi.

Parole de voïvode macédonien :

Le Turc doit mourir, c’est écrit.

Passez-moi la gourde et vive le vin.

 

On nous envoya devant, face aux Turcs ;

Objectif : semer la terreur.

Klim et moi, presque morts de peur,

On a mis le feu à une grange turque.

Du mont Garvan, la nuit, on voyait tout ;

Les feux de l’armée turque brillaient partout.

Klim et moi, sans hésiter, on jeta nos fusils

Et aux soldats ottomans, on se rendit.

À Prague, Klim raconta que lui et moi,

On avait tué des milliers de ces soldats.

 

Puis, Klim continue avec de grands soupirs

Son récit véridique par la prise de Monastir.

Dans notre commando, on était quatre-vingts

Face à quatre mille janissaires

Et à vingt-huit mille fantassins

Des armées turques régulières.

Avec prudence, on s’approcha

Et encore, l’ennemi nous échappa.

Un matin, devant nous, la forteresse imprenable

Jusqu’au ciel se dressa telle une énorme table.

 

On prit aux Turcs les canons

On bombarda sans interruption

Trois jours et trois nuits

Au quatrième soir, vint une belle,

La beauté des mille et une nuits,

Fière, elle jura être toujours pucelle.

À mes pieds de voïvode, elle se jeta

Sans tarder, elle fut toute à moi.

Puis, je mis en cendres la ville entière ;

Puis, je fis pendre les habitants avec leurs mères.

La Prise de Monastir
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Published by Marco Valdo M.I.

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