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11 avril 2022 1 11 /04 /avril /2022 13:35
BONS SOLDATS ET MAUVAIS SOLDATS

 

Version française – BONS SOLDATS ET MAUVAIS SOLDATS – Marco Valdo M.I. – 2022

Chanson italienne – Soldati buoni e soldati cattiviLuca Bassanese – 2022

Paroles et musique : Luca Bassanese – Stefano Florio

 

 

 

Mais Youri, pourquoi tires-tu encore ?

Ne vois-tu pas que c’est ton frère qui va mourir !

 

 

Bons soldats et mauvais soldats : « La guerre est le plus grand crime contre l’humanité ». Il est difficile d’échapper au quotidien et de rester indifférent, surtout si l’on raconte la vie qui nous entoure à travers la musique et les mots, en essayant d’y trouver chaque perle de beauté. Mais parfois, même si le printemps frappe à la porte avec toutes ses merveilles, c’est l’être humain qui en cache les couleurs. Ainsi une nouvelle guerre s’installe, apportant avec elle son lot de mort et de destruction. Depuis la sortie de ma chanson « L’indifférence », les conflits ont été nombreux et nous sommes toujours là pour rappeler que « la guerre est le plus grand crime contre l’humanité ». Cette nouvelle chanson est née parce qu’elle devait naître, et nous ne pouvions pas l’arrêter, en espérant qu’elle puisse être, bien que petite, une goutte dans une mer qui mène au-delà de l’obscurité et de la tempête. Un salut à tous nos frères et sœurs dans ce monde.

(Interview reprise de dasapere.it)


 


 


 

Pan ! Pa, Pa, Pan ! Pa, Pa, Pan, Pa Pa, Pan, Pan, Pan, Pan, Pan !
Pan ! Pa, Pa, Pan ! Pa, Pa, Pan, Pa Pa, Pan, Pan, Pan, Pan, Pan !

 

Bons soldats et mauvais soldats,

Ça dépend du côté où on les voit

Et parmi eux, tombent comme des aiguilles de pin

Femmes, hommes et enfants. À terre, sans fin.

 

Bons soldats et mauvais soldats

Derrière de gros fusils aux regards fiers ;

Tant de noms à célébrer à chaque fois,

Tous pauvres et fils de la classe populaire.

 

Toute guerre est juste une grande affaire

De géopolitique, de corruption et de métier.

Pour qui ne meurt pas, vend des armes et dit : Tirez !,

La guerre est chose nécessaire.

 

Mais Youri a peur et à tirer continuera,

Car à faire ainsi, ils lui ont appris.

Demain, on chantera une chanson pour lui

Et seul le son d’un coup de canon restera.

 

Pan ! Pa, Pa, Pan ! Pa, Pa, Pan Pa, Pan, Pan, Pan, Pan, Pan !

Pan ! Pa, Pa, Pan ! Pa, Pa, Pan, Pa, Pan, Pan, Pan, Pan, Pan !

 

Bons soldats et mauvais soldats,

Il y aura peu de survivants,

Mais la guerre, il y aura.

Ainsi, ils ont voté au parlement.

 

Bons soldats ou mauvais soldats,

Qui écrit les livres le dira.

Ce sont les vainqueurs, naturellement ;

Les autres sont muets, évidemment.

 

Toute guerre est juste une louche affaire

De géopolitique, de corruption et de métier.

Pour qui ne meurt pas, vend des armes et dit : Tirez !,

La guerre est chose nécessaire.

 

Mais Youri, pourquoi tires-tu encore ?

Ne vois-tu pas que c’est ton frère qui va mourir !

Ce sont des inventions, la nation, la gloire.

Un autre obus arrive ! Il te faut fuir !

 

Pan ! Pa, Pa, Pan ! Pa, Pa, Pan, Pa Pa, Pan, Pan, Pan, Pan, Pan !

Pan ! Pa, Pa, Pan ! Pa, Pa, Pan, Pa, Pan, Pan, Pan, Pan, Pan !

 

Bons soldats et mauvais soldats,

Ça dépend du côté où on les voit

Et parmi eux, tombent comme des aiguilles de pin

Femmes, hommes et enfants. À terre, sans fin.

BONS SOLDATS ET MAUVAIS SOLDATS
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Published by Marco Valdo M.I.
10 avril 2022 7 10 /04 /avril /2022 16:10

 

La Briqueterie

 

Chanson française – La Briqueterie Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ;

 

 

 

Épisode 33

 

 

CITY BUILDING

Thomas Hart Benton – 1930

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Même si elle a pour titre « La Briqueterie », commence Marco Valdo M.I., cette chanson raconte plusieurs histoires, fort différentes, mais qui toutes s’inquiètent de la Zinovie.

 

Elles s’inquiètent de la Zinovie ?, répond Lucien l’âne. C’est étrange,  je me demande bien pourquoi .

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, tout simplement, car la Zinovie est inquiétante ; il suffit d’imaginer qu’on soit obligé de vivre dans un pareil système.

 

En effet, pense Lucien l’âne, je n’aimerais vraiment pas. Ce qui m’intéresse maintenant, ce qui m’intrigue beaucoup, c’est cette briqueterie. C’est bien une fabrique de briques ?

 

Certes, réplique Marco Valdo M.I., et comme toujours, il faut avoir à l’esprit que ces récits de Zinovie doivent être entendus à deux (ou plusieurs) niveaux. Ici, l’affaire de la briqueterie, qui occupe la moitié de la chanson, rapporte une histoire réelle où une briqueterie ancienne se voit soudain imposer de doubler sa production, car il faut multiplier les logements ainsi que le Guide l’annoncé dans son discours et en vue de réaliser cet objectif, fixé d’autorité, on lui adjoint (à la briqueterie) une solide équipe d’experts qui vont et viennent, calculent, discutent et s’agitent autour des fours et des ouvriers pendant des mois sans jamais dépasser le niveau de production antérieur. Je laisse imaginer le sens de cette parabole.

 

Oui, dit Lucien l’âne, j’y vois une dimension quasiment philosophique et j’en devine les développements. C’est encore le délire de l’avenir. En quelque sorte, on pourrait résumer la chose par l’expression populaire : « Il y en a qui prennent leurs désirs pour des réalités ».

 

En soi, reprend Marco Valdo M.I., si on en restait à une parabole, ce ne serait pas grave, comme dit Tonton Georges :

 

« Quand les cons sont braves
Comme moi,
Comme toi,
Comme nous,
Comme vous,
Ce n’est pas très grave.
Qu’ils commettent,
Se permettent
Des bêtises,
Des sottises,
Qu’ils déraisonnent,
Ils n’emmerdent personne. »

 

 

mais en Zinovie, qui est en somme, une briqueterie, ce sont de vrais marioles qui sont responsables du destin.

 

Le pire, dit Lucien l’âne, c’est quand ces canards se multiplient et prennent le mors aux dents ; quand par exemple, ils se lancent dans une aventure guerrière ; alors, on compte les morts.

 

Et la question se pose, reprend Marco Valdo M.I., de savoir comment les arrêter, car sauf miracle (et le miracle est la chose la plus improbable qui soit), ils ne s’arrêtent pas d’eux-mêmes.

 

Oh, dit Lucien l’âne, faire appel à leur bon sens, à leur intelligence me paraît illusoire. En somme, d’une façon ou d’une autre, il faut les y contraindre. D’ici là, on compte les morts. Mais qu’y a-t-il d’autre dans la chanson ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, il y a un aperçu de la vie quotidienne en Zinovie et du climat dans lequel les habitants doivent vivre et des obligations auxquelles ils doivent se soumettre. Juste un dernier mot pour attirer l’attention sur la déclaration péremptoire et pompeuse du Guide quand il condamne une simple petite esquisse perdue parmi les tableaux gigantesques qui célèbrent invariablement sa personne et sa gloire.

 

Une esquisse et de quel peintre et qu’en dit le Guide ?, demande Lucien l’âne.

 

Ah, justement, dit Marco Valdo M.I., il s’agit d’une petite esquisse sur papier un peu trop artiste, due au peintre le plus talentueux de la génération, et le Guide, soudain mué en critique d’art, parle au nom du peuple et censément, dans le même temps il adresse au peuple sa « pensée », lequel se doit évidemment, comme il est d’usage en Zinovie, de l’approuver, de l’applaudir et de conforter sa sentence. Le guide déclare :

 

« Notre peuple ne veut pas de ces choses,

Notre peuple veut d’autres choses. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est chasser la mouche au canon de marine. Et puis, c’est un attrape-couillons ; est-il possible qu’il y ait des humains si bêtes qui s’y laisseraient prendre ? Cependant, si le Guide parlait de faire la guerre aux voisins, s’il parlait d’aller envahir le monde, je suis certain que cette sentence refléterait l’avis du peuple (pour autant qu’une chose comme un peuple existe) et pas seulement de celui de Zinovie. Allons, tissons le linceul de ce vieux monde idiot, couillon, couillonné, crétin et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Depuis des siècles, elle fournissait

À la région, les briques qu’il fallait.

En Zinovie, on sait y faire.

La briqueterie est historique,

Arrivée à son âge canonique,

Ses fours valent l’enfer.

On décida de doubler la production.

Sans changer l’antique installation,

On modernisa la fabrique.

On créa un laboratoire de haut niveau

Plein d’experts en techniques

Dignes du monde nouveau.

 

Avec les machines les plus sûres,

Les ingénieurs prennent mille mesures,

Contrôlent la fabrication.

Notent tout avec précaution.

Calculs, études et rapports

Racontent tous leurs efforts.

Avec toujours, les fours moyenâgeux,

La même argile, la méthode éprouvée

Sur des centaines d’années

Par des générations d’aïeux,

Ainsi, la briqueterie produit ses briques

En quantités strictement identiques.

 

En Zinovie, faut pas faire d’erreur,

Être comme tout le monde,

Et dans la commune ronde,

Pour le pire et le meilleur,

Vivre une vie bancale

Entre les banalités sociales :

La goujaterie des fonctionnaires,

La grossièreté des militaires,

La vénalité des services,

L’arbitraire de la milice.

Vivre sa vie, c’est certain

Est un furieux destin.

 

À la grandiose exposition de peinture,

Hors du champ de vision, la petite gravure,

Tranquillement, esquisse une différence.

Brutal, le Guide dénonce cette inconscience.

Notre peuple ne veut pas de ces choses,

Notre peuple veut d’autres choses.

En Zinovie, la vie est claire et limpide,

Les devoirs, les obligations stupides :

Obéir tout le temps,

Obéir aux dirigeants,

Obéir aux chefs vénérés,

Obéir au Guide adoré.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Briqueterie
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Published by Marco Valdo M.I.
7 avril 2022 4 07 /04 /avril /2022 15:33

 

La Vérité de l’État

Chanson française – La Vérité de l’État Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ;

 

Épisode 32

 

 

 

 

PRISONNIER DE GUERRE RUSSE

 

Egon Schiele – 1916

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Je rappelle que nous sommes en Zinovie, dit Marco Valdo M.I., et en Zinovie, la Vérité est une personne depuis très longtemps malade. En vérité, elle est en permanence empoisonnée. Son état permanent est la déliquescence, elle vit en vagabonde, sans domicile fixe ; elle ne peut prospérer. Il faut évidemment distinguer la vérité de la Vérité et la vérité de l’État – il faut entendre « la vérité indiquée par l’État », laquelle a pignon sur rue. Ce sont deux vérités de nature différente.

 

Oui, dit Lucien l’âne, qu’est-ce que ça a à voir avec la chanson ?

 

Eh bien, répond Marco Valdo M.I., c’est précisément ce dont elle s’occupe, car elle s’intitule quand même « La Vérité de l’État ». On apprend ainsi qu’en Zinovie, il n’y a de vérité possible que la Vérité officielle, officiellement diffusée, instillée jusque dans les cerveaux des habitants ; ce que j’ai appelé « La Vérité de l’État ». S’interroger à son sujet, s’inquiéter de sa validité est très dangereux ; on peut finir empoisonné, fusillé, revolvérisé ou tout benoîtement, enfermé, soigné (pour son bien) dans un conscientorium.

 

Pour son bien, demande Lucien l’âne. C’est ambigu, carrément amphibologique ; s’agit-il du bien de la vérité d’État ou de celui de l’interné ?

 

Selon comment on la regarde, de l’un ou de l’autre, répond Marco Valdo M.I. ; ce « traitement pour son bien », c’est un des charmes discrets de la Zinovie. D’ailleurs, le Guide et son aréopage n’aiment pas qu’on en parle ; ils nient et rejettent totalement toute mise en question, toute allusion à la vérité. Tout simplement, il n’y a pas lieu d’en discuter, ni de lieu pour le faire – sauf sans doute, le conscientorium. En fait, en dehors de leur parole, la vérité n’existe pas. Il est très malsain de l’évoquer, c’est une preuve soit de mauvaise foi, soit de déraison ; le plus souvent, ils qualifient l’audacieux questionneur de « traître ».

 

En effet, dit Lucien l’âne, ça va de soi : douter de l’état de la vérité, c’est douter de la vérité de l’État. Vu comme ça, celui qui doute est forcément un traître et il est normal en ce cas de franchir le pas qui consiste à le faire taire, si possible, définitivement. Personnellement, je n’aimerais pas vivre dans une société comme celle-là ; l’air y est irrespirable.

 

Et de fait, dit Marco Valdo M.I., il est très désagréable de vivre dans un tel monde où tout le monde a le devoir de dénoncer tout un chacun et se sent en permanence suspecté d’on ne sait quoi. Une autre dimension de la chanson est la servilité mise au service de cette Vérité de l’État, incarnée par les écrits du Guide et qui sert à se faire bien voir du pouvoir et à progresser dans l’existence. Au passage, la chanson évoque la vie d’un tel personnage, suffisamment infect pour que sa femme et ses enfants le délaissent.

 

Elle en raconte des choses la chanson, dit Lucien l’âne. Est-ce bien tout, on dirait qu’il y en a encore.

 

Oui, il y en a encore, reprend Marco Valdo M.I., et particulièrement éclairante en ce qui concerne l’armée zinovienne et son moral d’acier. Il y a l’histoire du soldat qui monte la garde en dormant, pendant que l’officier dort. Il y a là comme un ombre de mort. Enfin, je finirai sur cette scène orwellienne :

 

« Le règlement est toujours respecté.

On ne peut démontrer l’opposé.

En Zinovie, la vérité passe pour la vérité ;

En Zinovie, le mensonge, c’est la réalité. »

 

 

Ah, dit Lucien l’âne, le soldat qui monde la garde est un personnage célèbre dans la chanson Lili Marleen, mais dans celle-là, il ne dormait pas. On pourrait continuer encore longuement, mais il n’est pas ici le lieu d’écrire un roman. Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde guerroyant, dément, brutal, bêtement assassin et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

À son poste, le simple soldat dort.

Au lever du drapeau, il dort encore.

Durant la garde, il sait dormir éveillé,

Se tenir raide comme un mort.

La sentinelle ne se fait jamais pincer.

Il ne faut jamais réveiller l’officier ;

Cela, tout le monde le sait.

Au rapport, tout s’est bien déroulé,

Le règlement est toujours respecté.

On ne peut démontrer l’opposé.

En Zinovie, la vérité passe pour la vérité ;

En Zinovie, le mensonge, c’est la réalité.

 

En Zinovie, la justice, la nation,

Sont, dit-on, au service de l’État.

En Zinovie, les intérêts de l’État

Sont de pures abstractions.

Le Guide et tous ses gens

Transforment incontinent

Leurs intérêts personnels

En un attachement naturel

Sans faille aux intérêts de l’État.

En vérité, ils ne songent qu’à eux.

Ils se fichent de l’état de l’État ;

Leurs intérêts sont leurs bijoux précieux.

 

Il est persuadé à plus de cent pour cent

D’être respectable, instruit, intelligent.

En Zinovie, il a presque tout obtenu,

Un bel appartement, une jolie rétribution.

Ce personnage notoirement inconnu,

Vote dans les conseils, les comités, les commissions.

Ses opinions forcément originales

Contre les idées des auteurs concurrents

Stupéfient la science mondiale.

Il écrit ses dénonciations secrètement.

Sa femme et ses enfants se sont écartés

Sans même vouloir de lui aucune indemnité.

 

Il publie d’importants articles,

Des textes nombreux en cycles,

De la plus parfaite orthodoxie,

D’une totale et franche ineptie.

Il cite sans trêve, en série, les discours

De portée mondiale, planétaire,

Carrément historique et toujours,

Avec un souci du détail peu ordinaire,

Il cite à répétition à des niveaux records

Le Guide vivant, plus encore que le mort.

Il n’y a pas de place en Zinovie

Pour la vérité d’une honnête vie.

 

 

 

La Vérité de l’État
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Published by Marco Valdo M.I.
27 mars 2022 7 27 /03 /mars /2022 15:52

 

Le Rêve et le Réel

 

Chanson française – Le Rêve et le Réel Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ;

 

 

Épisode 31

 

 

CURE EN ZINOVIE

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

En Zinovie, dit Marco Valdo M.I., on peut toujours rêver.

 

Oui, dit Lucien l’âne, pour ce que j’en sais, on doit même rêver, sinon comment verrait-on l’avenir radieux dont parle le Guide ?

 

C’est juste, reprend Marco Valdo M.I., le rêve est le visage de la réalité révélée et il faut résolument distinguer le rêve recommandé qu’incarnent l’avenir radieux et toutes les promissions de cette rêverie, de cette rêvasserie brouillonne qui sont les rêves cachés où on peut vivre en liberté dans le présent précaire, mais réel qu’est le quotidien et ainsi, se (re)connaître soi-même. C’est que vivre est en grande partie se voir, se regarder vivre pour se savoir vivant. Il s’agit de se réfléchir, car il s’agit de s’émanciper, d’échapper à la tutelle, de ne pas offrir de prises aux poignées insidieuses.

 

En somme, dit Lucien l’âne, il s’agit simplement de pouvoir respirer à son aise et dire au moins une fois à une personne, de délivrer la pensée en expansion.

 

Exactement, Lucien l’âne mon ami, mais en Zinovie, la chose est suspecte ; vivre en dehors est peu recommandé et mène au conscientorium. Pour en venir au titre « Le Rêve et le Réel », il convient de ne pas s’y fier, c’est un trompe-l’œil. On ne sait trop ce qu’est le réel, ni ce que peut être le rêve ; ils se substituent l’un à l’autre en permanence selon l’endroit où on se place. Les cartes sont brouillées, c’est l’effet de la société sous influence, c’est le résultat d’une obsédante propagande.

 

Je vois bien de quoi il s’agit, dit Lucien l’âne, c’est l’atmosphère étouffante des pays où jamais on ne peut mettre en cause la vulgate, où il faut vivre en somnambule.

 

Dans la chanson, reprend Marco Valdo M.I., on entend, on perçoit un monologue, un vrai soliloque, un discours bien caché à l’intérieur de la conscience de soi et du monde d’un individu.

 

À propos, dit Lucien l’âne, il me semble qu’en Zinovie, l’individu est une espèce en danger.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., ils n’ont pas tellement de solutions pour éviter la persécution ou la cure, dont les traitements sont multiples et variés : dénonciation, accusation, interrogatoires plus ou moins musclés, conscientorium, prison, hôpital psychiatrique, camp, chantier de travail et même, exécution ou plus sournoisement, empoisonnement : soit ils se cachent dans la masse, soit ils fuient hors du pays.

 

À supposer, dit Lucien l’âne, que de nombreux Zinoviens s’émancipent de leur assouvissement au Guide et à ses affidés, aux responsables de tous genres, et qu’ils fuient en masse, où pourraient-ils aller ? J’imagine que la solution est de débarrasser le pays du problème que sont le Guide et sa bande et par conséquent, de changer le mode de pensée et de fonctionnement de l’ensemble du groupe, ça risque de prendre un certain temps.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., la question du temps est centrale. En attendant, la chanson donne la recette :

 

« En Zinovie, pour vivre libre, on vit caché. »

 

Oh, conclut Lucien l’âne, ce n’est de toute façon pas une mauvaise façon de vivre. Cependant, tissons le linceul de ce vieux monde perclus, tordu, tortu, perdu et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Sans mot dire, je pense assis ;

Je suis heureux d’être seul ici

À rêvasser, à me parler,

À ne rien dire en vérité.

Tiens, c’est déjà demain,

On me tire par la main.

On arrache ma couverture,

Je devrai refaire mon lit.

Sonnent des ordres ennemis,

Je me réveille dans la nature,

Il me faudra noter exactement

Les noms des soldats et leur enterrement.

 

Un centenaire maigre et souffreteux

Se traîne en gémissant ;

S’il n’avait été si vieux,

Il aurait fui depuis longtemps.

Il rêve encore d’une existence,

Il rumine tant d’insuffisances :

Hypocrisie, corruption, oppression,

Incurie, tromperie, désinformation.

En Zinovie, tous savent bien

De quoi, de qui on cause

Et qui est le plus grandiose

De tous nos crétins.

 

Que sont mes amis devenus

Que j’avais de si près connus ?

Ils s’acheminent vers le pouvoir,

Toujours inquiets de n’avoir pu

Sur un plus grand siège asseoir

Leur désormais emphatique cul.

Ils écartent les prétendants,

Ils discréditent les concurrents,

Ils poussent en avant leurs affidés,

Ils sauvent du danger la société,

Ils dénoncent les irresponsables,

Et s’affirment indispensables.

 

La règle est celle du groupe,

La Zinovie vit en troupe,

Dotée d’un caractère remarquable,

Elle rêve de puissance.

En Zinovie, la sottise est chose louable,

Fleur suspecte est l’intelligence,

Et embarras, la conscience morale.

L’insanité est des plus normales,

L’objection est vice réprimé,

L’abjection est voulue, le vil est vertu.

On se méfie de l’individu,

En Zinovie, pour vivre libre, on vit caché.

 

 

Le Rêve et le Réel
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Published by Marco Valdo M.I.
23 mars 2022 3 23 /03 /mars /2022 20:18

JE NE VEUX PAS DE CHAÎNES

 

Version française – JE NE VEUX PAS DE CHAÎNES – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la version italienne – Non voglio catene di ferro – Riccardo Venturi – 2022

d’une chanson yiddish – Ik vil nit keyn ayzerne keytn – איך װיל ניט קײן אײַזערנע קײטןBaruch “Vladeck” Charney / ברוך נאַכמאַן טשאַרנײs.d.

Texte : Baruch “Vladeck” Charney
Musique : Mikhl Gelbart (1889-1962)

 

 

Odessa 1905

Révolte des marins russes contre le pouvoir impérial, illustrée par le film Le Cuirassé Potemkine

 

 

 

 


VLADECK

 

Baruch Charney est né le 13 janvier 1886, dans un petit village près de Minsk , dans ce qui est maintenant Biélorussie. Au début du siècle dernier, Baruch Charney est participe au mouvement révolutionnaire contre l’Empire russe ; il choisit alors le nom de Vladeck. Baruch Charney l'utilisera comme nom de famille pour le reste de sa vie.

Vladeck a été arrêté en 1904, arrêté en 1905, exilé en Sibérie. Vladeck, comme de très nombreux autres, choisit l'émigration vers les États-Unis. En 1908, il quitte l'Europe pour l'Amérique du Nord et débarqua à Ellis Island.

En Amérique, Vladeck a fait usage de son expérience antérieure en tant qu'orateur, voyageant beaucoup pendant quatre ans et donnant des conférences publiques sur une variété de sujets sociaux, politiques et économiques. Par la suite, Vladeck entre au journal socialiste The Jewish Daily Forward en 1912. En 1918, il devint directeur du journal. En 1917, Vladeck fut élu au conseil de New York, où il poursuivit son action politique jusqu’à sa mort en 1938.

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Lucien l’âne mon ami, en établissant la version française de cette chanson en yiddish révolutionnaire et athée, je me suis demandé quel rapport elle pouvait avoir avec ce qui se passe actuellement là-bas aux confins de l’Ukraine et la Biélorussie et puis, ce qu’aurait pu penser son auteur des événements actuels aux bords de l’Empire russe qu’il avait dû fuir en raison de la barbarie et de la brutalité du pouvoir, il y a environ un siècle.

 

Évidemment, répond Lucien l’âne, ce sont là des questions qui viennent inévitablement à l’esprit ; elles ont d’ailleurs tout leur sens.

 

Oui, c’est ce qu’il m’a semblé, dit Marco Valdo M.I., surtout quand je me suis particulièrement intéressé à Vladeck, son auteur. Né dans l’Empire russe du côté de Minsk en Biélorussie, après s’être révolté contre le pouvoir dictatorial en vigueur en Russie (on était en 1905 – époque de la révolte de marins d’Odessa), avoir été condamné à la déportation en Sibérie et bénéficié in extremis d’une amnistie générale, il a pris la route de l’exil en direction des États-Unis, qui apparaissaient aux rétifs de l’Empire comme la terre de liberté et aussi, un lieu où vivre.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je me souviens de ça et ces gens-là furent si nombreux que ce pays au bout de l’océan est en fait actuellement principalement peuplé d’exilés et parmi ceux venus d’Europe, on compte de très nombreux rescapés des famines et des exilés politiques.

 

Mais il y a plus dans le cas de Vladeck, reprend Marco Valdo M.I., qui importa en Amérique son engagement social, communautaire et politique en s’impliquant dans les luttes en cours au début du siècle dernier. Ce n’est pas du tout un cas unique que cet orateur itinérant portant le message d’union, de révolte et de résistance auprès des exilés. Il suffit d’évoquer Emma Goldman et Ovseï Ossipovitch, dit Alexandre, dit Sacha Berkman, ces infatigables militants pour la paix, pour la révolution et pour la liberté. Pour en revenir à ma question de départ, on voit ainsi très bien le lien entre cette chanson et la situation actuelle de l’Empire russe : c’est la continuité d’un régime de terreur et d’oppression. Dans les deux cas, le pouvoir russe terrorise les peuples voisins et sa propre population.

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est toujours ainsi avec les empires ; ils y sont contraints pour se maintenir jusqu’au moment où ils s’effondrent et disparaissent bel et bien. Certains laissent des ruines, mais pas toujours. Ce sont des épisodes de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux plus faibles afin de se maintenir au pouvoir et de continuer à accroître leur domination et à jouir de leurs privilèges.

 

Et puis, Lucien l’âne mon ami, parfois, les esclaves se rebellent comme l’ont fait les marins russes à Odessa en 1905. Peut-être leurs lointains successeurs de la flotte de la Mer Noire reprendront-ils le flambeau pour imposer au pouvoir la paix et l’amèneront à sa dissolution ?

 

Oh, dit Lucien l’âne, n’est-ce pas ce qui s’est passé, il y a une trentaine d’années ? En tout cas, il faut l’espérer. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde impérial, brutal, barbare, idiot et cacochyme.

 

 

Heureusement,

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

 

 

 

Je ne veux pas de chaînes,

Je ne veux pas de couronne.

L’esclavage est horrible et désespéré,

Même quand c’est de la sainteté.

 

Je n’ai pas peur des riches,

Devant Dieu, je ne me prosterne pas.

Mon cœur est mon esclave et mon guide,

Ma volonté aussi dirige mes pas.

 

Qu’il lance ses anathèmes, l’ennemi frivole,

Et qu’il aiguise son épée molle -

Sombrer dans l’abîme sombre,

C’est tout ce que mon futur lui offre.

 

Je tresse mes fils ensoleillés de lumière,

De mes idéaux, je tisse ma bannière

Et de tous ceux qui mettent leur vie en jeu,

Seuls emportent le prix, les audacieux.

JE NE VEUX PAS DE CHAÎNES
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Published by Marco Valdo M.I.
21 mars 2022 1 21 /03 /mars /2022 20:51


MAMAN ODESSA

 

Version française – MAMAN ODESSA – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la Traduction italienne – Mamma Odessa Arsène Lupin Riccardo Venturi, 16-3-2022
d’une chanson yiddish – Adesa mameHerman Yablokof1930 ca.

Texte : Herman Yablokof

Musique : Zusman Segalovitch (זוסמאן סעגאלאוויטש – Зусман Сегалович – Zusman Segałowicz, 1884-1949)
 

 

 

TOITS D'ODESSA
Ossip Lubitch - ca.1930

 

Voici une chanson du même nom que d’autres « Mama Odessa, Adesa Mame ». Le texte original en yiddish est du même auteur que le célèbre Papirosn / פּאַפּיראָסן, Herman Yablokof, une figure marquante du théâtre yiddish du XXᵉ siècle, ainsi qu’un acteur, un chanteur et un poète. Le catalogue Freedman ne mentionne pas le compositeur, mais nous avons supposé que l’auteur est le seul interprète accrédité. Le même catalogue nous donne une indication du thème ou plutôt des thèmes de la chanson : l’alcool, la pauvreté, la Moldavanka, le quartier historique et marginalisé d’Odessa.

 

Quant à la langue, il doit s’agir d’une variante yiddish vraisemblablement imprégnée d’apports ukrainiens prépondérants ; en effet, les traducteurs automatiques abandonnent sans rendre un seul mot. Comme par hasard, ce site est tenu par un traducteur, le seul à avoir des rossignols spéciaux, capables de s’attaquer à ce coffre-fort hermétique, un certain Riccardo Venturi, à qui nous passons le relais.

 

[Riccardo Gullotta]



Riccardo Gullotta dit que je suis le seul à avoir un rossignol, mais cette fois, pour forcer ce coffre, plus qu’un rossignol, il fallait Arsène Lupin.


Bien qu’en matière d’habillement, je sois un parfait désastre (polaire du marché aux puces, chemise de bûcheron et veste graisseuse), pour une fois, j’ai volontiers endossé les vêtements élégants du Gentleman Cambrioleur ; mais même Arsène Lupin ne pouvait rien faire sans son fidèle Grognard. Dans ce cas-ci, le fidèle Grognard s’est avéré être Arye, qui a posté cette vidéo sur le Tube universel, contenant une mine d’informations : non seulement une iconographie précieuse, mais aussi le nom du compositeur (Zusman Segalovitch ; on l’appelait en effet “Süssman”, « homme doux », comme le Juif Süss dans le nauséeux film de propagande nazi), les données d’enregistrement (Melodie 1054 B 1947) et, surtout, les paroles de la chanson dans une forme translittérée un peu plus exacte que les autres disponibles sur le net, et contenant aussi le couplet en russe (également translittéré).
 

En somme, le fidèle Grognard/Arye ne s’est pas contenté de me fournir un simple rossignol : il m’a carrément donné les clés. En bon Arsène Lupin, je me suis occupé de peaufiner le travail, en écoutant plusieurs fois la chanson et en la transcrivant correctement (en rétablissant même le cyrillique du couplet russe). À partir de là, voler (= traduire) a été très facile.

Cette fois, cependant, le vol a eu lieu sans la complicité de YIVO - Yidisher Visnshaftlekher Institut ; en yiddish : ייִדישער װיסנשאַפֿטלעכער אינסטיטוט, ou Institut scientifique juif. Autrement dit : le texte de la chanson est en yiddish de cette région qui, à l’intérieur de la subdivision dialectale compliquée que cette langue malheureuse avait en Europe de l’Est (il faut, bien sûr, parler au passé), appartenait – grosso modo – à ce territoire où presque tous les “u” se prononçaient “i”, et presque tous les “o” se prononçaient “u”. En restituant le texte en caractères hébraïques, je n’ai pas eu envie de normaliser cette fois-ci, et j’ai transcrit selon la prononciation. Il existe également d’autres particularités par rapport au yiddish standardisé, que j’ai respectées à la lettre (certaines d’entre elles se trouvent dans les notes).

 

Pour conclure, une petite spécification. Le texte de la chanson contient la quantité normale de mots hébreux, mais il n’y a pas de mots “ukrainiens”. Les emprunts au yiddish d’Odessa proviennent tous du russe, car à Odessa, je le répète au risque d’être politiquement incorrect, l’ukrainien n’a jamais été parlé, comme dans une grande partie du reste de l’Ukraine orientale. Ce n’est pas un hasard si, même dans cette chanson, l’auteur a inclus un couplet en bon russe ; et russes sont tous les emprunts dans le yiddish local. Odessa était et est toujours une ville russophone, point final. C’est un fait que des dizaines de langues différentes y ont été parlées, même l’italien, et de manière non négligeable. La moitié d’Odessa (y compris le célèbre escalier Potëmkin) a été construite par un architecte sarde d’Orosei, Francesco Carlo Boffo, qui est mort à Kherson (une ville d’importance tragique) en 1867, en se faisant appeler Franc Karlovič Boffo. On dit que, pendant une certaine période, les noms des rues d’Odessa étaient également affichés en italien.


Cela dit, voici la traduction. Et maintenant je vais enlever mes vêtements d’Arsène Lupin et mettre mon sweat à capuche noir. [RV]

 

 

 


Oh, comme tu étais quand il y avait de l’argent,

Alors, la vie était un doux sucre…

Oh, comme te voilà à présent qu’il n’y a plus d’argent,

La vie est devenue une merdre.

 

Il y avait tellement de frères odessins,

Oh, on mangeait et on buvait du vin,

Mais on ne se soûlait pas à rouler à terre,

Lors, la vie était un doux sucre.


"… Aujourd’hui, bon frère, aujourd’hui, nous sommes des seigneurs… »


Les enfants aux chaussures trouées allaient pieds nus,

La Moldavanka n’est plus ce qu’elle était…

Oh, le Valkele est sec, comme lui il n’y en a plus,

De Bessarabi, il ne se verra plus jamais.

 

Tout est fermé dans la rue Deribasovskaya,

Elle n’a plus d’âme, ni de cette splendeur,

Et j’ai des aigreurs

Chaque fois que je vois Odessa.

 

Chère Odessa, ma mère, qu’en est-il devenu de toi ?

Mon petit-frère adoré, dis-le-moi.

Dans les boutiques, on ne boit plus le thé, ni le kvas avec un beignet,

On ne comprend pas où tout a disparu, où tout disparaît ?

 

Tout est fermé dans la rue Deribasovskaya,

Elle n’a plus d’âme, ni de cette splendeur,

Et j’ai des aigreurs

Chaque fois que je vois Odessa.

 

MAMAN ODESSA
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20 mars 2022 7 20 /03 /mars /2022 11:01

 

La Chasse aux Pingouins

 

Chanson française – La Chasse aux Pingouins Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ;

 

Épisode 30

 

 

LES GUIDES

Murale à Gdansk – Mateusz Slodowski - 2022

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Je ne savais pas trop, Lucien l’âne mon ami, pour quel titre me décider. Au départ, j’ai hésité longtemps entre Les Masques du Guide, Le Masque des Guides, Le Guide et ses Mentors ou plus simplement, La Tranquillité. J’ai tourné plus de sept fois ces titres dans mon écran.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ça dépend sur quoi porte la chanson et aussi, ce sur quoi tu veux insister.

 

C’est comme ça que je raisonnais, répond Marco Valdo M.I., et puis, j’ai eu une autre idée. Elle me paraît plus amusante et plus déconcertante pour le non-initié aux échos de la littérature et en même temps et surtout, terriblement ironique vis-à-vis de ceux qu’elle dénonce et les assertions absurdes et fausses du Guide qu’elle noie dans une dérision finale.

 

Ah, dit Lucien l’âne, la littérature maintenant ! Et puis quoi ?

 

Eh bien, répond Marco Valdo M.I., il faut quand même bien dire que ce voyage en Zinovie fait écho à ce qui se passe là-bas dans le Nord-Est de l’Europe, chose que ni les voyageurs, ni le reste du monde ne peut ignorer. L’Ukraine est envahie par les armées d’un pays voisin et prétendument frère, prétendument un pays ami. C’est la situation dans laquelle s’engage la Zinovie dans cette chanson. Elle va envahir et massacrer un pays voisin au nom de la fraternité.

 

Oh, dit Lucien l’âne, il n’y a rien là d’étonnant, car statistiquement, on sait que les crimes les plus nombreux se font en famille, entre amis et entre voisins. On assassine plus souvent un frère qu’un inconnu. C’est inscrit dans la Bible !

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., les livres sacrés et les histoires divines sont pleins de cauchemars, on s’y tue du matin au soir ; ces ouvrages composites sont des florilèges de massacres et d’exterminations au nom de Dieu et des bonnes causes.

 

Soit, enchaîne Lucien l’âne, mais dis-moi, quel titre as-tu finalement retenu ?

 

Voilà, dit Marco Valdo M.I., si je te parlais de l’Ukraine et de la littérature, c’était pour amener le titre : « La Chasse aux Pingouins », repris de la conclusion de la chanson :

 

« Pour retrouver notre puissance,

On envahit le pays frère des voisins,

Nos chars font la chasse aux pingouins. »

 

D’accord, dit Lucien l’âne, mais encore ?

 

Comme tu le sais, Lucien l’âne mon ami, il est un écrivain ukrainien qui avait publié, il y a déjà des années, un roman hilarant, intitulé « Le Pingouin » et par ailleurs, dans le texte zinovien, j’ai trouvé ceci :

 

« Et puis surtout, à l’époque (c’est-à-dire celle de Stalone), il y avait tout un tumulte extrêmement malsain dans le monde entier, tandis qu’à présent, l’opération avait été menée dans un silence parfait, dans la mesure où les tanks étaient destinés à des recherches scientifiques et à la chasse aux pingouins. »

 

En effet, dit Lucien l’âne, cette chasse aux pingouins a déjà été pratiquée dans divers pays – au hasard et de mémoire : en Pologne, en Allemagne, en Tchécoslovaquie, en Hongrie… C’est un tourisme fraternel fréquent qui finit toujours de façon désastreuse pour le tourisme. Donc, la chasse aux pingouins est rouverte sur le continent et si c’est le cas, il y a un Guide qui a décrété cette ouverture de cette chasse.

 

Cependant, reprend Marco Valdo M.I., on ne sait où la chose va s’arrêter ; il faut tenir compte de l’avertissement qui conclut la chanson, dans lequel le Guide dévoile ses ambitions :

 

« Grandiose, le Guide danse la ronde

Et s’en va conquérir le monde. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, il faudra trouver le moyen de l’arrêter ou peut-être simplement attendre que la réalité l’arrête comme dans Le Cid (1636), où le combat cessa faute de combattants.

 

Évidemment, dit Marco Valdo M.I., c’est une hypothèse et on ne sait d’ailleurs jamais de quel côté s’entasse le plus haut tas de cadavres.

 

On dirait, reprend Lucien l’âne, qu’on en revient à Michel de Ghelderode, à l’ère du grand massacre.

 

Hé, interrompt Marco Valdo M.I., dis plutôt du Grand Macabre. Le grand Macabre : ce serait d’ailleurs un nom idoine pour désigner le Guide et n’importe quel guide atteint de folle furie tueuse.

 

Oh oui, dit Lucien l’âne, je le pense aussi. Que faire ?, en attendant, tissons le linceul de ce vieux monde insensé, déliquescent, délinquant, déroutant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

En Zinovie, c’est le bordel ;

Ce l’était auparavant déjà

Et demain, encore ce le sera.

En Zinovie, le bordel est éternel.

Les choses vont s’améliorer

Grâce au Guide et à Dieu,

Tout va aller au mieux.

Affirme le conférencier.

C’est de la blague, tout ça,

Au train où ça va,

On sera content déjà,

Si tout ça n’empire pas.

 

Pour empêcher les accusations,

On a fait du conscientorium,

Cet avorton de camp de concentration,

Une sorte de préventorium,

Censé soigner la conscience.

Pour former l’homme nouveau du futur,

Rien de tel que la science

Injectée en piqûres.

Ce fameux tranquillisant rend les gens

Pacifiques, coopérants, somnolents.

Juste une petite dose aide les mamans

À endormir les enfants récalcitrants.

 

Quand le complexe industriel est enfin né,

Des pavillons, on fit des appartements.

Dans la foulée, on fit travailler les patients,

On arrêta les piqûres, on cessa de les soigner.

Ils se marièrent, ils eurent des enfants.

Puis, on parla de maladies rares

Et naissaient des enfants bizarres.

Et mouraient les drôles de vivants.

La production devait continuer pourtant.

On oublia l’homme nouveau et sa conscience,

On mit tout au secret, on renforça la surveillance.

 

La période historique en cours,

La plus historique des périodes,

La plus glorieuse et héroïque de toujours

Retrouve les accents de l’ancien mode.

Le Guide, génial chef de guerre,

A commandé aux militaires

De remettre l’Histoire dans le bon sens.

Pour retrouver notre puissance,

On envahit le pays frère des voisins,

Nos chars font la chasse aux pingouins.

Grandiose, le Guide danse la ronde

Et s’en va conquérir le monde.

La Chasse aux Pingouins
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15 mars 2022 2 15 /03 /mars /2022 17:24

 

MAMA ODESSA (en 1933)

Version française – MAMA ODESSA (en 1933) – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la version italienne de Riccardo Venturi

d’une

chanson ukrainienne (en yiddish) – Adessa Mame (1933 ça.) – Pesach Burstein – 1993
 

Interprétée par The Klezmer Conservatory Band
Album : The Thirteenth Anniversary Album, 1993

et par :
Pesach Burstein
Album : The Mazeltones Odessa, Washington


DANSE

Porcelaine – Musée juif – Odessa – Ukraine

 

C’est une chanson yiddish de Pesach Burstein. Les paroles et la musique sont différentes de celles de la chanson éponyme אדעסאַ מאַמאַ de Lebedeff. Toutes deux partagent la nostalgie d’Odessa, ville à la singulière coexistence métatemporelle. Les histoires, comme les crimes contre l’humanité, se reproduisent rarement sous les mêmes formes alors que les paradigmes de la mort se répètent, frappant tôt ou tard à la porte.

Burstein y mentionne la Moldavanka, un quartier d’Odessa habité par des amoureux, des marioles et des voleurs patentés, le quartier historique de la “mala”. Elle doit son nom à la colonie de Moldaves qui s’est installée à proximité au XVIIIe siècle. Elle était peuplée de Roumains, de Bulgares et de Juifs jusqu’en 1917. Ce sont les lieux célébrés par Isaac Babel dans les « Contes d’Odessa ». La chanson mentionne également la rue Bulgarskaja : sauf erreur, il s’agirait de l’actuelle Bolgarska ulica, qui est parallèle à la côte est de la ville.

Ce qui suit est un passage d’un essai de Joachim Schlör : Odessity publié dans le Quest Journal, Issues in Contemporary Jewish History Issue 2, 2011.

 

À LA RECHERCHE DE L’ODESSA TRANSNATIONALE


 

La particularité d’Odessa, le port ukrainien de la mer Noire, par rapport aux autres villes d’Ukraine et de Russie, est attribué à des qualités définissables comme « cosmopolites ». Aujourd’hui, tant les résidents que les non-résidents insistent sur le fait qu’Odessa est « internationale, multiethnique, juive, tolérante, mais pas ukrainienne ». Pourtant, l’Odessa cosmopolite du XIXᵉ siècle documentée par les historiens a été radicalement transformée par les cataclysmes de l’histoire du XXᵉ siècle. La ville a perdu la moitié de sa population à cause de la révolution et de la guerre civile. La classe dirigeante de l’Union soviétique a considérablement réduit l’importance économique d’Odessa et ses liens avec le monde. La Seconde Guerre mondiale a anéanti la population juive restante dans Odessa occupée, tandis que les politiques soviétiques ultérieures ont déporté les Allemands et les Tatars pour collaboration avec les nazis. Pendant ce temps, la campagne d’après-guerre de Staline contre le cosmopolitisme visait les Juifs et refusait explicitement tout contact et toute orientation vers le monde extérieur, de sorte que le passé cosmopolite d’Odessa était, du moins officiellement, dénigré et réprimé. Les procès de la « diversité » ont rapidement commencé, et comme dans tant d’autres parties de l’Empire, les Juifs ont été isolés, marginalisés, du moins tant qu’ils ont essayé de maintenir leur judéité ou de lui donner une nouvelle forme dans le mouvement sioniste. Ces processus ont fini par détruire l’équilibre précaire entre les communautés qui composaient autrefois Odessa et caractérisaient l’« Odessité ».
[…]
Odessa a pu être – ou est peut-être encore – “juive” dans la mesure où la ville a reflété les ambivalences juives sur le désir et l’appartenance, la maison et l’exil, Israël et la diaspora. Pendant plusieurs décennies, l’idée d’Odessa s’était transformée en un souvenir, un livre, un poème, une chanson ; aujourd’hui, beaucoup de choses ont à nouveau changé. Odessa est une ville ukrainienne, mais on peut trouver chez certains de ses habitants une nouvelle conscience du passé de la ville. Il existe un nouveau musée juif, des langues étrangères sont enseignées au « Bavarski dom », il y a un club culturel grec et le tourisme a amené des membres de groupes nombreux et variés à visiter la ville. Certains de ceux qui ont émigré en Israël ou en Allemagne au début des années 1990 reviennent ou, du moins, font la navette. Alors, où est Odessa ? Pendant de nombreuses années, les clubs et les équipes nationales du monde entier et le monde virtuel de l’internet ont été les seuls endroits où “Odessa” pouvait être commémoré et célébré. Aujourd’hui, la diversité, le multiculturalisme et l’esprit d’entreprise qui ont fait d’Odessa un objet de renommée et de nostalgie se retrouvent dans la ville qui porte son nom.



 

Les interprétations

 

En général, lorsque nous proposons plus d’une interprétation, nous préférons présenter d’abord l’originale ou la plus ancienne. Dans ce cas, nous nous sommes écartés du critère historique pour une raison simple et banale : depuis des années, nous avons un faible pour le Klezmer Conservatory Band, un groupe extraordinaire au répertoire vaste et intéressant, fruit de quarante ans d’activité.

 

[Riccardo Gullotta].


 

 

 


J’ai entendu beaucoup de bonnes chansons,

Toutes chantées avec beaucoup de passion.

Sur Slutsk, sur Belz, sur Tiatev et la Lituania.

Je n’ai rien entendu sur mon Odessa.

 

Peut-on oublier une ville si belle que ça,

Où vit ma patrie, où j’ai grandi.

Dans le monde entier, il y a une seule Odessa,

Je veux vous le rappeler ici.

 

Oh Odessa, mon Odessa, mon aimée,

Où je vais, où je suis, je ne pense qu’à toi.

Tes rues, tes foules, où ma vie est passée,

De jour, de nuit, j’ai nostalgie de toi.

 

Je me souviens du marché et des boutiques,

Et des bals mirifiques

Où les jeunes couples s’attachent,

Et vont les voyous aux fausses moustaches.

 

Et la dame au manteau en peau d’agneau,

Entrée au théâtre avec sa fourrure,

Ressortie, sans son beau manteau,

Ses épaules ont perdu leur parure.


Oh Odessa, mon Odessa, mon aimée,

Où je vais, où je suis, je ne pense qu’à toi.

Tes rues, tes foules, où ma vie est passée,

De jour, de nuit, j’ai la nostalgie de toi.

 

Ma Moldavanka où j’ai grandi,

Est-il au monde pareil diamant encore ?

Oh la Façade, devant mon œil encore épris,

Et les vagues de l’étrange Mer noire.

 

Rue de Bulgarsk, je me revois garçon,

Une fille au bras, à la main, les tournesols ;

Personne ne doit voir le baiser que je vole.

Je lui balançais ma chanson.

 

« Oh Jablodka, la belle Zipe est pour ma main,

Djela, ma mère, installe-moi un baldaquin,

Sois prête, Mère, installe-moi un baldaquin. »

 

Oh Odessa, mon Odessa, mon aimée,

Où je vais, où je suis, je ne pense qu’à toi.

Tes rues, tes foules, où ma vie est passée,

De jour, de nuit, j’ai la nostalgie de toi.

 

MAMA ODESSA (en 1933)
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13 mars 2022 7 13 /03 /mars /2022 17:55

 

L’Exposition colossale

 

Chanson française – L’Exposition colossale Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie

 

 

Épisode 29

 

 

 

L’AGRICULTURE VITAMINÉE

Vitaly Urzhumov - 2014

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Encore une chanson de Zinovie, Lucien l’âne mon ami.

 

Encore un titre étonnant, Marco Valdo mon ami ; je me demande chaque fois où tu peux bien aller le chercher.

 

Dans la chanson, Lucien l’âne mon ami, dans la chanson.

 

Soit, répond Lucien l’âne, mais une exposition coloniale en Zinovie ? Comment se peut-il ? Il faudra encore une fois m’expliquer ce dont il s’agit.

 

Volontiers, rétorque Marco Valdo M.I. ; je vais m’y employer. D’abord, pour ceux qui lisent trop vite, je tiens à préciser qu’il ne s’agit nullement d’une exposition coloniale – la Zinovie n’ayant pas de colonies, du moins officiellement. Il s’agit d’une exposition colossale, ce qui est bien autre chose.

 

Colossale, dit Lucien l’âne, ah, cette fois, je reconnais cette Zinovie où, du moins officiellement, tout est glorieux, héroïque, grandiose, colossal et ainsi de suite. Au fait, de quelle exposition titanesque est-il question dans la chanson ? Et pourquoi une telle gigantesque manifestation ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, il s’agit tout bonnement de l’exposition agricole que Stalone avait décrétée dans la capitale, c’était en 1937-38, pour exalter l’immense échec de la collectivisation des campagnes et de l’agriculture nationale. Cette exposition existe encore.

 

« Chez nous, au temps de la collectivisation,

Le paysan disparaissait, la campagne se vidait,

L’agriculture s’asphyxiait, la famine s’étendait.

Les gens se mouraient par millions.

On décréta une colossale exposition agricole ;

Notre agriculture modèle faisait école. »

 

C’est d’ailleurs le thème général de la chanson, mise à part, la dernière strophe qui parle d’un autre caractère marquant de la Zinovie.

 

Et de quoi donc ?, demande Lucien l’âne.

 

De l’alcoolisme des uns, de l’ivrognerie des autres, répond Marco Valdo M.I., qui sont des penchants et des comportements les plus communs aux habitants de Zinovie ; certains y voient un trait national, une tradition, une coutume inaltérable. D’une certaine manière, c’est aussi un moyen de résistance au régime en place et probablement, un des freins les plus puissants à l’enthousiasme national et collectif exigé par le Guide – quel que soit le Guide et quel que soit l’objet proposé à l’adoration publique. D’autre part, on peut y voir également une manière de tromper l’ennui et de combattre le désespoir au quotidien.

 

J’ai entendu dire qu’en Zinovie, dit Lucien l’âne, on ne sait pas trop, et les buveurs les premiers, ce qui pousse à boire. À part, bien sûr, le premier verre et la vie comme elle va. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde grandiose, magnifique, sidéré, sidéral et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

L’époque est à la liquidation

Du retard colossal de civilisation.

Avant, on édifiait l’avenir radieux.

Par la production d’un grand bond,

On est entré au paradis merveilleux ;

On l’a vu tout de suite : c’était du bidon.

Maintenant, on progresse toujours comme avant ;

Quand on n’est pas content, on nous gave de médicaments.

Après cent ans, on nous leurre.

On n’a toujours pas de beurre.

En Zinovie, notre organisation

C’est du vent, c’est de l’incantation.

 

Chez nous, au temps de la collectivisation,

Le paysan disparaissait, la campagne se vidait,

L’agriculture s’asphyxiait, la famine s’étendait.

Les gens se mouraient par millions.

On décréta une colossale exposition agricole ;

Notre agriculture modèle faisait école.

Le budget quinquennal fut englouti ;

Les moissons n’avaient plus de semis.

Dans la capitale, l’exposition était un conte de fées,

La réalité était complètement dépassée.

L’exposition, c’était moins cher

Quand même que cultiver la terre.

 

Quand on y va, on la voit.

Elle fait encore toujours son effet,

L’exposition colossale est toujours là ;

C’est la vitrine agricole du progrès.

Certains visiteurs y croient,

L’exposition colossale est un succès.

L’agriculture marche pas à pas ;

Les campagnes procèdent lentement ;

La production agricole prend du temps

Et dans le pays, la pauvreté progresse.

Si on ne peut rien procurer aux gens,

On peut les nourrir de promesses.

 

Le secret d’État le mieux gardé,

Mieux que les nids de fusées,

Est notre façon de trinquer.

La Zinovie spiritueuse

Est une entité mystérieuse.

Dans les couches privilégiées,

On boit seul des heures durant,

Chez soi ou dans les restaurants.

Au fond, assis, on a les buveurs discrets

Et là aussi, les ivrognes debout du buffet

Et les gens boivent en groupe, partout, à l’usine,

À l’armée, à la campagne, au fond de la mine.

 L’Exposition colossale
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Published by Marco Valdo M.I.
11 mars 2022 5 11 /03 /mars /2022 19:35

 

La Nénie de Zinovie

 

Chanson française – La Nénie de Zinovie Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère

 

 

Épisode 28

 

 

 

LE SABLIER

Petr Belov – 1954

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

La nénie de Zinovie, comme sans doute, Lucien l’âne mon ami, tu peux l’imaginer, c’est une lamentation de femmes. C’est un chant choral, un chant de choeur et aussi, le chant du cœur des mères, des sœurs, des filles, des femmes de Zinovie qui pleurent les fils, les frères, les pères, les hommes de Zinovie morts à la guerre, car en Zinovie aussi, on meurt de la guerre. Ainsi s’ouvre cette chanson.

 

Ce n’est pas sans rapport avec certaine guerre qui mobilise l’actualité, dit Lucien l’âne. Là aussi, il y a des soldats qui ne reviendront pas vivants. Une nénie comme on en faisait déjà dans le temps où je n’étais pas encore un âne. C’est toujours très émouvant d’entendre ces chœurs de pleureuses tout de noir vêtues. Elles arrivent à faire entrer la douleur dans l’air et le vent comme le concert sinistre des corneilles à l’heure de l’orage. Mais dis-moi la suite.

 

La deuxième strophe, reprend Marco Valdo M.I., évoque un autre tourment qui étreint le cœur de la Zinovie. C’est qu’en plus des morts des guerres, il faut pleurer les exterminés des camps et des chantiers lointains où sont expédiés les récalcitrants. Cependant, malgré tout, la vie continue, les saisons se succèdent et à un moment, inévitablement, revient le bon temps.

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est ainsi depuis la nuit des temps. Les plus grands massacres, les pires régimes, les empires maléfiques finissent toujours par passer.

 

La troisième strophe est tout aussi historique, reprend Marco Valdo M.I. ; c’est l’histoire d’un professeur d’histoire ort embarrassé par la question innocente d’un élève à propos de tous ces morts qui illustrèrent la période héroïque. Il n’est d’ailleurs pas certain que cette « erreur » ait vraient été corrigée, comme l’affirme le professeur.

 

Oui, dit Lucien l’âne, mais le professeur d’histoire n’est pas censé parler de ce qui ne se passe pas aujourd’hui comme le confirme le Guide lui-même chaque jour.

 

Et la dernière strophe, termine Marco Valdo M.I., est plus philosophique ; elle conclut à la manière d’une fable :

 

« Il vaut mieux vivre caché, dit le singe avisé,

On n’est jamais tranquille en haut du cocotier. »

Hohoho, dit Lucien l’âne, voilà qui est réjouissant. Allons, tissons le linceul de ce vieux monde pleureur, larmoyant, triste, funèbre et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

En Zinovie, à certaines époques,

Les femmes hurlent en chœur.

Honte à qui se moque !

La peine déchire leurs cœurs.

Les cris alors résonnent toujours

Longuement dans les rues

Et les échos peuplent les cours.

Que sont les amours devenues

Et les enfants tant aimés ?

La guerre là-bas les a ôtés.

Nous ne les verrons plus

Sourire aux beaux temps revenus.

 

Ah qu’il fait bon vivre ici,

En Zinovie, le plus grand des pays,

On y respire si librement,

On y chante, on meurt de famine.

Par milliers, par millions dans les camps,

Sur les champs de bataille, on extermine.

Tout va, tout s’en va. Avec le temps,

Les femmes ont désappris le chant

Désespéré des amours mortes.

L’hiver ne peut plus tenir,

Le bon temps frappe à la porte,

Le soleil veut encore revenir.

 

La Zinovie a un glorieux passé,

La chose est historique,

Et même un passé héroïque,

Le professeur vient de l’exposer.

L’élève pertinent pose la question :

C’était, dit-on, des années de chien,

Où des personnes par millions

Furent liquidées pour rien ?

Le professeur a toussé, bafouillé

Une réponse alambiquée :

Ce sont des racontars étrangers,

L’erreur a été corrigée.

 

Posséder à peine plus que rien,

Vivre au-dessous de ses moyens,

Simple employé, mal payé,

C’est le pied.

On a voulu augmenter mon salaire,

Pas question d’accepter,

À gagner plus, on perd

Les avantages de la pauvreté :

Les aides, les prêts, les réductions.

Je vis heureux, sans ambition.

Il vaut mieux vivre caché, dit le singe avisé,

On n’est jamais tranquille en haut du cocotier.

 

La Nénie de Zinovie
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Published by Marco Valdo M.I.

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