Friedrich Rückert, poète romantique allemand du XIXᵉ siècle, a écrit Kindertotenlieder (Chants des Enfants Morts), un recueil de 428 poèmes, à la suite du décès prématuré de deux de ses enfants, victimes de la scarlatine. L’œuvre a été publiée à titre posthume en 1871. Gustav Mahler commence à composer cinq lieder sur cinq des poèmes de Rückert. Quatre ans plus tard, Mahler perd également sa fille Maria, âgée de quatre ans, qui meurt elle aussi de la scarlatine.
Chanson française — Roman — Marco Valdo M.I. — 2023
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode 135
MOURIR, C’EST FAIRE SON DEVOIR
Yuri Petrovich Kugach — 1947
Dialogue Maïeutique
Eh non, mon ami Lucien l’âne, ce Roman n’est pas un roman, c’est le prénom d’un jeune homme qui supporte très mal le régime en place dans son pays (ici, la Zinovie) et moins encore, le Guide qui détient le pouvoir et en use et abuse constamment. Malheureusement pour Roman, quelqu’un — sans doute, un de ses amis — l’a dénoncé et a laissé entendre qu’il pouvait avoir l’intention de faire disparaître le Guide.
En soi, dit Lucien l’âne, ce serait sans doute une très bonne chose, mais c’est très mal vu par les autorités et souvent, c’est très vilainement réprimé.
C’est en effet, répond Marco Valdo M.I., ce qui arrive à Roman. De la façon la plus ordinaire, l’affaire est bouclée en deux temps, trois mouvements. Lors même qu’il n’existe en réalité aucun acte tangible réel d’hostilité, aucun début de preuve contre lui. C’est ce que conte le début de la chanson. Roman est arrêté et condamné à 25 ans de réclusion où il a disparu.
« Sans connaître sa sentence :
Vingt-cinq ans d’isolation.
Personne ne sut son départ
Au fin fond de nulle part. »
Et que raconte-t-elle d’autre?, demande Lucien l’âne.
En fait, dit Marco Valdo M.I., ce serait plutôt le trouvère qui raconte toute cette histoire : celle de Roman, son ami et la sienne. Comme on le sait déjà, le trouvère a aussi été arrêté, mais il a réussi a faussé compagnie à ses anges gardiens. À partir de là, il mène une vie d’artiste.
« Moi, j’ai fui, j’ai vagabondé
Ici ou là ou autre part. »
Ici, sur le fond d’une guerre ambiante, il finit par se retrouver soldat, sans qu’on sache trop comment et pourquoi. Il raconte son passage chez les militaires, dit ce qu’il n’a pas fait et en ressort chanceusement :
« Je n’ai pas tiré un coup sur les gens.
À la boucherie, j’ai réchappé.
Je suis un héros, le ressuscité,
On m’a cru mort sur le champ.
Par le feu, médaillé et blanchi,
Je suis rentré au pays. »
Il en tire une conclusion sur sa jeunesse un peu à la manière de Paul Nizan ; je le cite de mémoire : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. Tout menace de ruine un jeune homme : l’amour, les idées, la perte de sa famille, l’entrée parmi les grandes personnes. Il est dur à apprendre sa partie dans le monde. » Ainsi, sur le même thème, dit le trouvère :
« Le temps de mes vingt ans :
Le plus bel âge de la vie ?
Quelle plaisanterie !
Si je dis ça, je mens.
La jeunesse, ah, la jeunesse !
Tout croulait autour de moi,
Tout menaçait ma détresse.
L’été, le chaud ; l’hiver, le froid. »
Décidément, dit Lucien l’âne, tu ne peux t’empêcher de cultiver la réminiscence. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde passionné, passionnant, angoissé, épuisé, épuisant et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Accusé d’avoir des idées
De changement au sommet de l’État
Et d’imaginer la mort anticipée
Du Guide et de sa smala,
Roman — âge : dix-huit ans,
Bon âge pour aller au camp,
Arrêté avec discrétion,
Éliminé en silence,
Sans connaître sa sentence :
Vingt-cinq ans d’isolation.
Personne ne sut son départ
Au fin fond de nulle part.
Moi, j’ai fui, j’ai vagabondé
Ici ou là ou autre part.
À l’armée, on m’a engagé.
Soldat est un nouveau départ :
Logé, nourri, nouveaux habits,
Nouveau passeport pour le paradis.
Là, tout est ordre et dureté,
Peur, obéissance et subordination.
Sous-chefs par les chefs patentés,
Tout se confond dans l’organisation.
Concentrés, en un camp ambulant,
On va à la mort en chantant.
La guerre est l’heure des militaires,
Leur pouvoir remue la terre.
On mange peu, on mange mal,
Tout suit son cours normal.
Nul n’a le privilège du désespoir.
Mourir, c’est faire son devoir.
Je n’ai pas tiré un coup sur les gens.
À la boucherie, j’ai réchappé.
Je suis un héros, le ressuscité,
On m’a cru mort sur le champ.
Par le feu, médaillé et blanchi,
Je suis rentré au pays.
Le temps de mes vingt ans :
Le plus bel âge de la vie ?
Quelle plaisanterie !
Si je dis ça, je mens.
La jeunesse, ah, la jeunesse !
Tout croulait autour de moi,
Tout menaçait ma détresse.
L’été, le chaud ; l’hiver, le froid.
Qu’avaient-ils fait de ma jeunesse ?
Un troupeau, un troupeau de soldats
Où l’avenir radieux sourit
À l’enfant qui périt.
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :
Chanson française — Le Moyen Âge — Marco Valdo M.I. — 2023
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode 134
ARRÊT DANS L’INFINI
Vladimir Kazantsev — 1891
Dialogue Maïeutique
Comme on le sait, mon ami Lucien l’âne, ce voyage en Zinovie, c’est toute une histoire. Cette fois encore, l’histoire est racontée par le trouvère. Normal, c’est la sienne. Il y a de quoi d’ailleurs, car il rapporte un épisode dramatique de sa jeunesse et d’une certaine manière, emblématique d’autres que le temps a perdus de vue. En résumé, durant ses études supérieures, il est dénoncé par ses amis pour ses idées et ses propos critiques et hostiles au régime et au Guide au pouvoir.
Ah, dit Lucien l’âne, c’est quasiment un cas d’école. D’après ce qu’on sait, en Zinovie, c’est monnaie courante.
Et pire encore, dit Marco Valdo M.I., la dénonciation est considérée comme un haut fait très apprécié, un acte civique, une pratique patriotique des plus recommandables. C’est un trait culturel typique d’une part importante de la population.
Au fait, dit Lucien l’âne, pourquoi dénonce-t-on ? Personnellement, je me dégoûterais de faire ça.
Oh, répond Marco Valdo M.I., il y a mille raisons possibles. Par exemple, se faire valoir, l’envie d’éliminer un concurrent pour un poste, une rivalité amoureuse, l’appât du gain, l’arrivisme, la bêtise, le patriotisme, que sais-je ? Mais poursuivons. Après avoir été dénoncé, le trouvère a été arrêté, incarcéré et plusieurs fois, interrogé :
« Un jour, on est venu me chercher.
Sans rien dire, on m’a enfermé.
Des heures, ils m’ont interrogé.
Des jours, ils m’ont séquestré. »
Au fait, demande Lucien l’âne, tu n’as rien dit à propos du titre.
Ah, dit Marco Valdo M.I., « Le Moyen Âge » t’intrigue ? Eh bien, le MoyenÂge est cité ici un peu par habitude de le considérer comme une période de référence en tant que lieu sombre de l’Histoire et sans doute aussi par allusion du trouvère à la légende de Till Ulenspiegel, à la dénonciation, au procès et à l’exécution du père de Till : Procès et condamnation ; La Mort de Claes le Charbonnier.
Bien sûr, dit Lucien l’âne, je me souviens de cette tragédie de la fin du Moyen Âge. Et que conte d’autre la chanson ?
Elle dit, Lucien mon ami, comment le trouvère occupait son temps en prison et ce qu’il racontait à l’Interrogateur :
« À l’enquêteur, j’offrais mes théories
De mon imaginaire tout juste sorties.
Entre deux interrogatoires,
Je me racontais des histoires. »
Il dit aussi à quoi il pense pendant toutes ces heures vides et la leçon qu’il en tire :
« Je découvrais, plein de stupéfaction,
Le principe même de la répression.
Le Guide avec le pouvoir du peuple
Éliminera les ennemis du peuple.
Quand on aura réprimé tout le pays.
En Zinovie, on sera tous amis. »
Et il termine son récit par son évasion et sa longue cavale à travers le continent — c’est le nom qu’il donne à la Zinovie, tant le pays est grand :
« Après cet angoisseux enfermement,
Je respirais l’air du printemps.
Déjà, je rêvais de paysages infinis
Où me faire un nouveau pays.
Trimant de chantier en chantier,
J’ai traversé le continent entier. »
Voilà, dit Lucien l’âne, qui mérite attention et je suppose qu’il y a plus encore à bien y regarder ; voyons donc ça et puis, tissons le linceul de ce vieux monde dénonciateur, inquisiteur, condamnateur et cacochyme.
Curieux titre, dit Lucien l’âne. Et puis, qu’irait-on faire sur la Lune ? Et pourquoi ?
Là, Lucien l’âne mon ami, tu as tout résumé. C’est la question. Ce qu’en dit la chanson, c’est que la situation sur la Terre est de plus en plus préoccupante. Il y a déjà longtemps, le docteur et révérend Thomas Malthus avait tiré le signal d’alarme en mettant le doigt sur la croissance de continue de la population humaine et sur le danger de la surpopulation. Un autre Britannique, mais je ne sais plus trop lequel, mettons Cyril Northcote Parkinson, anticipait l’an 3000 en résumant la situation disant : « Only stand up » — grosso mode : « Seulement debout ». Cependant, contrairement à l’attente de Malthus, la croissance humaine a été (jusqu’à présent au moins) suivie ou même précédée, par celle de la production et même, de la consommation ; ce qui n’en fait pas une moindre catastrophe du fait qu’elles entraînent la destruction des ressources, des espèces et de l’environnement sur cette planète.
Oh, dit Lucien l’âne, voilà qui est gênant, mais peu importe si l’on contredit le bon docteur, on voit que tout est lié dans cette affaire.
Voilà qui est dit, répond Marco Valdo M.I. Tout est dans tout, tout est lié : l’immigration, la sécheresse, la pénurie d’eau, la montée des mers, les inondations, la pollution, la disparition des forêts et des espèces animales, la désertification, la prolifération des maladies, la dénatalité chez les uns, le vieillissement, etc. En fait, la chanson sous-entend tout ça et suggère qu’il peut y avoir une solution en allant sur la Lune ou vers les étoiles. Mais là, c’est une autre histoire dont je ne parlerai pas ici ou fort peu, car ça nous entraînerait trop loin — en vérité, jusqu’au bout du bout du monde imaginable.
Oui, dit Lucien l’âne, il y faudrait tout un univers de science-fiction.
En effet, dit Marco Valdo M.I., on pourrait proposer à ceux qui voudraient en savoir plus la lecture attentive — j’insiste — d’Isaac Asimov, de Carl Sagan, d’Arthur C. Clarke, de Terry Pratchett, de Stephen Baxter, par exemple.
Il y a de quoi faire, dit Lucien l’âne, et c’est pas pour me vanter, mais j’en sais quelque chose des histoires lunaires et des mœurs des Sélénites, bien avant Cyrano de Bergerac et Hergé, qui nous donna avant la lettre un objectif Lune et une jolie promenade lunatique. Pour ce qui est d'un permis de séjour et du débarquement de milliards d'humains, et pire encore pour y accéder clandestinement comme le font les réfugiés, il faudra encore attendre.Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde retardataire, retardé, arriéré, attardé et cacochyme.
Chanson française — La Guerre et la Paix — Marco Valdo M.I. — 2023
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode 133
LA GUERRE ET LA PAIX
Pablo Picasso — 1952
Dialogue Maïeutique
La Guerre et la paix sont des mystères, dit la chanson et, mon ami Lucien l’âne, et la chanson n’a pas tort. Cela tient essentiellement au fait qu’elles sont indissociables et à mon sens, elles ne sont qu’une seule et même chose en des états différents. C’est la cause principale du mystère. D’une certaine manière, il faut aussi considérer les états intermédiaires qui ne sont pas seulement intensité, mais aussi nature.
Bien sûr, dit Lucien l’âne, mais ça, c’est de la théorie et on pourrait en faire tout un traité. Moi, ce que je veux savoir, c’est ce que dit la chanson.
D’abord, dit Marco Valdo M.I., je voudrais rappeler que c’est sans doute encore le trouvère qui raconte l’histoire de la Zinovie ou ce qui s’y passe à ce moment. On l’entend dans la conversation des voix anonymes où il a récemment surgi et il donne son point de vue, son avis et son analyse de la situation en Zinovie, le comportement du pouvoir et celui des gens — de la grande majorité.
« Parmi les gens, une énorme majorité,
Pour assurer sa tranquillité journalière,
Ignore sciemment la réalité,
Préfère se taire
Et pratiquer le mensonge conscient. »
Ensuite, il évoque la manière dont les soldats réagissent :
« Les conscrits hésitants vont d’un pas
Prudents vers les glorieux cimetières. »
En parallèle, il accuse le Guide et le pouvoir — et le plus important : le système — d’être à l’origine de tous ces malheurs.
« Les problèmes de la société,
Nos quotidiennes difficultés,
Tous nos tracas, tous nos ennuis,
Tiennent à la logique même
Du pouvoir et du système. »
Et il montre la difficulté et le danger qu’il y a à s’opposer et à résister à ce système de terreur organisée.
« Certains sont condamnés
Pour avoir trop parlé,
D’autres sont internés
Pour avoir trop pensé. »
et conclut :
« Guerre ou paix, en Zinovie,
À résister, on peut y laisser la vie. »
Ohlala, dit Lucien l’âne, ce n’est pas là une chanson légère qu’on peut se contenter d’ouïr d’une oreille distraite. Cependant, tissons le linceul de ce vieux monde mal, malpropre, mal pris, malheureux, malsain, malintentionné et cacochyme.
Cette fois, Lucien l’âne mon ami, c’est une chanson japonaise puisqu’elle est l’œuvre d’un groupe nippon, mais elle est de langue anglaise.
Ah, dit Lucien l’âne, voilà qui est inhabituel. Et que raconte-t-elle cette ritournelle venue du bout du monde ?
Il ne t’étonnera pas d’apprendre, dit Marco Valdo M.I., que c’est une chanson contre la guerre. C’est même une chanson sur la guerre — sur l’origine de la guerre et sa pérennité. En gros, elle dit : la guerre est née du genre humain et perdurera autant que lui. Elle ne va cependant pas jusqu’ à suggérer la conséquence logique de mettre fin au genre humain pour mettre fin à la guerre.
Quand même, dit Lucien l’âne, ce n’est pas vraiment réjouissant comme perspective.
En effet, répond Marco Valdo M.I., mais avant de te laisser conclure, j’aimerais préciser une fois de plus qu’il s’agit d’une version française et non pas d’une traduction ; il faut me lire avec attention en gardant ce fait à l’esprit. Une remarque d’autant plus nécessaire que j’ai volontairement inséré une dose d’humour en donnant un effet de chœur, de gospel, de spiritual à l’antienne répétée :
« Chantons ensemble la chanson de l’anti-guerre
En pleurant dans les bras les uns des autres. »
Je précise que cet effet grotesque est obtenu simplement en usant de l’impératif comme il en va dans ce genre d’implorations collectives. Pour le reste, voir le texte.
C’est ce que je vais faire, dit Lucien l’âne. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde chantant, pleurant, lamentant, tristounet et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Sur cette terre, la guerre a commencé le jour où nous sommes nés.
Lors même qu’il ne parle guère, tout le monde a son fusil
Et nous savons d’instinct qui est notre ennemi,
Et nous nous tenons toujours prêts à tirer.
Chantons ensemble la chanson de l’anti-guerre.
Chantons ensemble la chanson de l’anti-guerre.
Chantons ensemble la chanson de l’anti-guerre
En pleurant dans les bras les uns des autres.
Sur cette terre, la guerre a commencé le jour où nous sommes nés.
Lors même qu’il ne parle guère, chacun a son fusil
Et nous savons d’instinct qui est notre ennemi,
Et nous nous tenons toujours prêts à tirer.
Chantons ensemble la chanson de l’anti-guerre.
Chantons ensemble la chanson de l’anti-guerre.
Chantons ensemble la chanson de l’anti-guerre
En pleurant dans les bras les uns des autres.
Nous répétons nos erreurs d’une fois à l’autre.
Chantons ensemble la chanson de l’anti-guerre,
Chantons ensemble la chanson de l’anti-guerre
En pleurant toute la nuit dans les bras les uns des autres.
Chanson française — Les belles Jambes — Marco Valdo M.I. — 2023
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode 132
LE DÉPART (en bas) ET LE RETOUR (en haut)
Alexandre Déneika — 1928
Dialogue Maïeutique
Eh bien, dit Lucien l’âne, qu’est-ce que c’est que cette affaire de belles jambes ?
Oh, dit Marco Valdo M.I., ce n’est pas ce que tu imagines.
Justement, dit Lucien l’âne, moi, je ne m’imagine rien du tout ; j’essaye juste de voir ce dont il s’agit.
Bon, d’accord, répond Marco Valdo M.I., il est vrai que les ânesses les exposent à tout vent tout le temps, ça change le point de vue. Et puis, comme je viens de te le dire, ce n’est pas de ces jambes-là qu’il est question.
Alors, dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, je bous de le savoir.
Je pense, Lucien l’âne mon ami, que tu fais l’âne pour avoir du foin, car je suis persuadé que tu connais l’expression : « Ça me fait une belle jambe » et si ce n’est pas le cas, je te la paraphrase à l’instant : « Ça ne m’apporte rien », « ça ne sert à rien », « ça n’a aucun intérêt » et par extension, « ça m’ennuie » et plus nettement, « ça m’emmerde ». Maintenant, les belles jambes du titre sont à rechercher dans la chanson, dans la partie consacrée au guide suprême et à son exaltation obligée à laquelle la population de Zinovie est contrainte de se livrer en permanence :
« On organise des rassemblements.
Pour chanter son dithyrambe,
On scande son nom en marchant ;
Ça nous fait de belles jambes. »
J’ai soudain l’impression, dit Lucien l’âne, de saisir combien ce voyage est important en ce qu’il permet de comprendre de l’intérieur la maladie qui frappe la Zinovie.
Sans doute, dit Marco Valdo M.I., et il est tout aussi important de comprendre ce dernier siècle en Zinovie du point de vue de son histoire, mais aussi pour percevoir mieux certains événements contemporains, leur origine et combien il serait malheureux et dangereux de tomber dans les mêmes travers. Si l’on n’y prend garde, ce qui est arrivé là-bas en Zinovie et y a perduré peut arriver n’importe où comme cela s’est déjà produit dans d’autres pays un peu comme le résultat de l’instillation d’un virus qui se serait plus largement répandu et s’étendrait encore. En attendant, il conviendrait que les gens de Zinovie mettent fin à cette guerre où
« On incorpore tous les gens
Pour en faire des militaires.
dont
La majorité ne reviendra pas
De cette macabre séguedille. »
Oui, dit Lucien l’âne, sur ces deux objectifs marqués au sceau de la raison, il faut insister et dire et redire que seuls les gens de Zinovie pourront faire disparaître et faire oublier le guide pernicieux et ses bandes de tueurs sanglants. Eux seuls, même s’il est fortement recommandé de les y inciter, de les soutenir, de les encourager et de les aider quand le moment viendra. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde hypnotisé, terrifié, terrorisé et cacochyme.
Chanson française — Le Rire doux — Marco Valdo M.I. — 2023
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode 131
GLOIRE ET VICTOIRE
Petr Mikhaylovich Ignatyev - 1970 ca.
Dialogue Maïeutique
Cette fois, comme le montre le titre, dit Marco Valdo M.I., il est question de rire, mais seulement à la fin de la chanson.
Mais que raconte-t-elle alors ?, demande Lucien l’âne mon ami.
En fait, répond Marco Valdo M.I., à bien y regarder, elle n’est pas désopilante, elle n’est pas drôle du tout. Elle commence par un naufrage. Le texte dit exactement :
« L’affaire a fait grand battage,
On a secouru l’équipage
Et célébré ces héros du naufrage. »
C’est intrigant, dit Lucien l’âne. Je ne comprends pas. Pourquoi donc ?
Eh bien, c’est à nouveau, répond Marco Valdo M.I., une dénonciation des allégations fausses de la propagande. Les naufragés en question sont simplement victimes d’un banal accident dû à une erreur de navigation et n’ont à proprement parler rien fait qui puisse justifier l’appellation de héros. Mais en Zinovie, il s’agit d’héroïser les événements pour cacher les erreurs. Voilà ce qu’il en est. Et les gens du village ne sont aucunement dupes de ces stratagèmes. Ils concluent en toute sagesse paysanne :
« En Zinovie, c’est comme ça :
On exalte les héros qui ne le sont pas. »
Ensuite, le trouvère, car c’est encore lui qui narre, montre comment la réalité s’insinue, finit par percer et par mettre à mal et la propagande du pouvoir et les prudentes précautions que, comme les autres gens, il prend dans son expression pour dire ou chanter ce qui ne peut être dit et qu’il veut dire quand même de manière euphémique et détournée.
« Le réel est dangereux à décrire,
Son exposition vire à la satire.
Le trouvère dit simplement les choses,
Aussi sa chanson légère indispose.
Comment faire autrement ?
Se taire engendre d’autres tourments. »
La Zinovie est le pays de la litote, dit Lucien l’âne.
Sans doute, reprend Marco Valdo M.I., pour ceux qui ne s’accommodent pas du régime. Pour d’autres, l’emphase exprime au mieux la confiance dans le Guide, l’enthousiasme est de rigueur, le fanatisme s’habille au quotidien, surtout quand en plus, il est question de guerre.
« Éloges, louanges, apologies,
Acclamations, flagorneries
Célèbrent le maître du pays.
Sans erreur et dans sa gloire,
Le Guide mènera à la victoire. »
Cette masse-là est puissante, nombreuse et fort compacte et manifestement, le trouvère n’y adhère pas.
C’est bien ce que je pensais, dit Lucien l’âne, mais ça doit le mettre dans une situation perpétuellement difficile et dangereuse.
En effet, Lucien l’âne mon ami, et le trouvère a trouvé comme parade à l’état d’inquiétude dans lequel il est contraint — comme la population — de vivre, la rêverie et la gaîté
« Face aux difficultés, face à l’adversité,
Face aux pleurs et aux soucis,
Face aux malheurs, face aux ennuis,
On m’a vêtu de rêverie et de gaîté…
Invisible, secrète, débordant sur tout,
La joie enrobait le monde de son rire doux. »
C’est une grande force que la joie intérieure, dit Lucien l’âne. Je la transporte partout avec moi depuis que je suis devenu un âne ; elle m’a tenu lieu de compagne et m’a donné l’énergie de la vie. Avec elle, j’en ai franchi des fleuves, parcouru des plaines et grimpé des collines et des montagnes et me voici encore. Lors donc, tissons le linceul de ce vieux monde angoissé, tristounet, inquiet, anxieux, nerveux, insatisfait et cacochyme.
Version française — LES TROGLODYTES — Marco Valdo M.I. — 2023
Chanson suédoise en langue anglaise — Troglodyte — Viagra Boys — 2022
TROGLODYTES
Dialogue maïeutique
Ah, Lucien l’âne mon ami, j’ai longuement hésité à faire une version française de cette chanson suédoise en anglais.
Ah, dit Lucien l’âne, et pourquoi ?
Tout simplement, répond Marco Valdo M.I., parce que je n’ai pas l’habitude de faire des versions françaises de chansons en langue anglaise.
Ah, dit Lucien l’âne, et pourquoi ?
Tout simplement, dit Marco Valdo M.I., pour deux raisons : la première, c’est qu’il paraît que tout le monde connaît l’anglais et la seconde (ou l’inverse), c’est que moi, je ne connais pas l’anglais. Heureusement qu’il y a Lorenzo Masetti pour traduire en italien. Ça simplifie les choses.
Oui, dit Lucien l’âne, là, tu racontes n’importe quoi, car je te connais assez pour savoir que durant tes loisirs, tu te traduis des pièces de Shakespeare.
Oui, Lucien l’âne mon ami, tu dis vrai, mais Shakespeare n’écrivait pas en anglais de son temps ; il inventait un anglais nouveau à partir de Montaigne, dont il disposait d’une excellente traduction, qu’il avait faite sous le pseudonyme de John Florio ; et puis, comme me savent tous les écoliers anglais d’aujourd’hui, il existe nombre de traductions de Shakespeare en anglais avec plein d’explications de texte, tant Shakespeare écrivait dans une langue particulière. C’est même amusant de lire ces paraphrases en juxta.
Mais tout ça, dit Lucien l’âne, nous éloigne de cette chanson sur Les Troglodytes et franchement, j’aimerais connaître tes commentaires.
Mais enfin, Lucien l’âne mon ami, je ne suis pas Jules César pour faire des "commentarii" à mon propre propos. Cela dit, je m’en vais répondre à ta demande et j’espère que tu apprécieras cette petite parodie de Beaucoup de Bruit pour Rien (Much ado about nothing) et de l’ineffable Dogberry.
En premier, il me faut débusquer le troglodyte de mon jardin et te préciser qu’il ne peut à l’évidence s’agir de ce charmant petit oiseau. En deuxième et secondairement, le troglodyte-type de référence est l’habitant d’une grotte. Sixièmement, il devrait s’agir d’êtres fort anciens, carrément paléolithiques, mais pour conclure en troisième ou tiercement, ce sont des gens d’aujourd’hui, préhistoriques mentalement et moralement. Ultimement et dernièrement, pas tous cependant, puisque il y a des singes qu’ils ne sont pas et qui les désignent du doigt :
« Vous n’êtes pas des singes,
Vous êtes des troglodytes
— Yte, — yte »
Ah, dit Lucien l’âne, un peu interloqué. Mais encore ?
Oui, mais encore, il y a un mais encore, dit Marco Valdo M.I. et le voici. Cette chanson est l’exact négatif de celle de Brel, précisément intitulée Les Singes. Chez Brel, comme on l’entend, les singes sont les barbares d’aujourd’hui. Ici, ce sont les troglodytes. Mais bref, il y a inversion des rôles et je te laisse découvrir la chose dans le texte.
Oui, dit Lucien l’âne, assez parlé. Mais cependant, je voudrais quand même signaler ta chanson sur le thème proche : "Les Chimpanzés", et puis, Le Gorille de Georges Brassens et L’Homme et le Singe de Gilles. Quarto et finalement, tissons le linceul de ce vieux monde triste, malade, barbare, paléolithique, préhistorique, envahisseur et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Ils travaillent sur leur ordinateur,
Ils pensent aux armes chez lui,
Un jour, de mauvaise humeur,
Ils prendront leurs fusils.
Pensant à ceux qui les ont
Malmenés et aux punitions qu’ils auront,
Mais les choses sont très différentes
Du temps où nous étions des singes.
Oh, oui !
Avant, on était tous des singes, hi !,
Et on devait se battre pour survivre,
Et maintenant, ils ont des armes, oui,
Ils croient et choisissent qui meurt et qui peut vivre.