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12 août 2019 1 12 /08 /août /2019 16:11

 

 

Les Rameaux de Cerisier

 

 

Lettre de prison 40

19 juillet 1935

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Avec cette quarantième lettre, comme il en a en tout quarante-deux, ainsi que je l’ai signalé dès le début, dit Marco Valdo M.I., on approche du dénouement. Évidemment, le prisonnier politique Levi sait déjà qu’il va être confiné – mais pas demande-t-il, dans une Colonie (Érythrée, Libye, Somalie) ; pour le principe, en quelque sorte, il va introduire un dernier recours – sans trop d’espoir d’échapper à la condamnation.

 

Pour le principe, ça veut tout dire, dit Lucien l’âne. Enfin, ça veut sans doute dire qu’il sait que sa condamnation sera confirmée et sans doute également, ce dernier recours, cette ultime démarche est-elle la cause du fait qu’on postpose son confinement ; à moins que les Autorités n’aient pas encore trouvé le lieu adéquat.

 

 

Va-t’en savoir, répond Marco Valdo M.I. ; la réponse doit se trouver dans les archives de l’époque. Et puis, il y a derrière tout ça d’éventuelles conséquences, un retentissement international. Comme on sait, il sera finalement envoyé de l’autre côté de l’Italie, en Lucanie, au-delà d’Eboli. Au fait, voici ce que dit la chanson :

 

« Je ne sais toujours pas, patience !

Le lieu de ma prochaine résidence.

Ni quand je partirai, ni quand j’y arriverai. »

 

Bien, répond Lucien l’âne, mais moi, j’aimerais comprendre cette histoire de rameaux de cerisier dont parle le titre. Ça m’intrigue.

 

Là, Lucien l’âne mon ami, je risque fort de te décevoir, car, à part le fait que ces rameaux de cerisier sont en sa possession depuis un mois et qu’ils sont tout racornis et tout noirs, je n’ai pas beaucoup d’indications. Qu’il les conserve précieusement, on le comprend : c’est un peu de nature, un peu de printemps, un peu de compagnie externe que l’isolé se garde par-devers lui. On peut comprendre aussi que sans doute est-ce ce qui reste d’un moment de rupture du vide ordinaire de la prison. Ce qu’on en sait de ces rameaux de cerisier, c’est qu’ils vont servir à agrémenter le quotidien du prisonnier, donner un décor particulier, en quelque manière familier, à sa cellule.

 

J’imagine, dit Lucien l’âne, qu’il est peu probable qu’il y ait une autre cellule ainsi personnalisée.

 

Oh, reprend Marco Valdo M.I., à mon sens, au bout d’un temps, tout prisonnier décore sa cellule. On ne vit pas bien entre les murs nus, sans autre perspective que le béton, le plâtre, les barreaux et une porte close. D’ailleurs, dans sa lettre, Carlo Levi fait clairement le lien avec son atelier, avec sa vie d’artiste en liberté dans ses lieux.

 

Je vois, dit Lucien l’âne, et je comprends ; il est plus agréable d’avoir un minimum de chez soi, de couleur locale. Et que dit-il d’autre ?

 

Pour le reste, reprend Marco Valdo M.I., il raconte qu’il a mis (et donc reçu) la carte postale que sa mère a envoyée de Pompéi, dans un de ses dessins de fruits et il se réjouit de ce que cet antique Romain et son épouse se plaisent là. Ainsi, une fois de plus, il rappelle son statut de peintre. La raison de cette insistance, je l’ai déjà exposée plusieurs fois, mais je la redis, car elle a son importance et que je n’avais pas mis l’accent sur la double dimension de cette revendication. J’avais jusqu’à présent noté qu’en se revendiquant artiste, Carlo Levi voulait éloigner le soupçon ou l’accusation d’être un opposant politique actif – en somme, un résistant clandestin et de la sorte, écarter toute condamnation ou lui ôter toute raison. À présent, il me paraît qu’on ne peut passer à côté de son affirmation comme peintre et comme peintre d’envergure internationale et qu’elle était dite pas seulement pour impressionner les juges. J’en veux pour preuve ce qui est dit ici :

 

« Comme peintre, j’existe

À la Biennale de Venise.

À l’exposition italo-française

De Londres, mon art

Voisine Dunoyer de Segonzac et Bonnard. »

 

Je pense comme toi, Marco Valdo M.I., que Carlo Levi ne se satisfaisait pas d’être un prisonnier sans histoire, sa vie ne s’arrêtait pas parce que ces « messieurs » l’avaient arrêté. Il n’acceptait pas plus de s’écraser devant les cerbères de la dictature, de se taire face à l’inculture que le régime imposait à l’Italie.

 

Tu as raison, répond Marco Valdo M.I., il y a là un combat pour sauvegarder la culture et l’intelligence comme antidotes à la barbarie.

 

Et, conclut Lucien l’âne, il ne serait pas inutile d’y revenir à présent où le pays de Carlo Levi semble s’enfoncer dans les mêmes marécages où il s’enlisa pendant vingt années de restriction mentale et d’indignité. Enfin, tissons le linceul e ce vieux monde ignare, inculte, indigne, insensé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M .I. et Lucien Lane

 

 

 

Reçu vos cartes aujourd’hui,

Celle de Pompéi me va bien,

Je l’ai mise dans un dessin

Au milieu des fruits.

L’ensemble est assez réussi.

 

Depuis un mois, j’ai gardé

Deux rameaux de cerisier,

Tout secs, tout recroquevillés

Comme les citrons de mon atelier

Qu’on croirait embaumés.

 

Je ne sais pourquoi ces choses

Qui durent et s’éternisent

Me plaisent,

Le Romain et son épouse

S’entendent avec les cerises.

 

Comme peintre, j’existe

À la Biennale de Venise.

À l’exposition italo-française

De Londres, mon art

Voisine Dunoyer de Segonzac et Bonnard.

 

On parle dans le journal

D’une de mes couvertures.

C’est un essai critique pictural,

C’est la traduction en peinture

De mon livre futur.

 

Je ne sais toujours pas, patience !

Le lieu de ma prochaine résidence.

Ni quand je partirai, ni quand j’y arriverai.

En attendant, je vais contester

En dernier recours, le délibéré.

 

Les Rameaux de Cerisier
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Published by Marco Valdo M.I.
11 août 2019 7 11 /08 /août /2019 19:27
 
LES ÉPIROTES

 

Version française – LES ÉPIROTES – Marco Valdo M.I. – 2019

d’après la traduction de Riccardo Venturi

d’une

Chanson grecqueΟι ΗπειρώτισσεςGiorgos Katsaros / Γιώργος Κατσαρός – 1973

 

Texte : Pithagoras – Πυθαγόρας
Musique : Giorgos Katsaros - Γιώργος Κατσαρός
Interprète : Marinella - Μαρινέλλα
Album / ’Αλμπουμ: Αλβανία [Alvanía]

 

 

Femmes épirotes en guerre - 1914

 

 

LES FEMMES D’ÉPIRE DANS LA RÉSISTANCE GRECQUE 1940-1944

 

 

« Les mères grimpaient les pentes comme la Vierge Marie. Portant leur bénédiction sur leurs épaules, elles se dirigèrent vers leurs fils. Chargées comme elles l’étaient, le vent les malmenait et soulevait leurs foulards soufflant sur leurs cheveux, fouettant leurs vêtements. Mais elles marchaient comme des hommes dans les hautes montagnes, pas après pas d’une pierre à l’autre, montant à la file, jusqu’à ce que vous les perdiez de vue, cachées dans les nuages, toujours la tête haute. »

 

La contribution des femmes d’Épire pendant la Seconde Guerre mondiale, l’occupation allemande et la Résistance a été vraiment précieuse et est remémorée en Grèce encore aujourd’hui. Les femmes d’Épire se retrouvèrent au front, combattant l’ennemi de toutes leurs forces, dans des conditions d’adversité extrême. Et puis, pendant l’occupation allemande et la Résistance grecque, elles aidèrent autant que possible les combattants grecs dans la lutte contre les occupants. En particulier dans les villages montagneux d’Épire, les femmes se sont montrées dignes des champions de ces idéaux qu’elles sentaient en danger. Ayant perdu l’aide des hommes, tous engagés dans le combat, elles ont pris la responsabilité de veiller à leur protection et celle de leurs familles.

 

Les services que les femmes d’Épire ont rendus pendant la Seconde Guerre mondiale étaient si importants que la victoire de l’armée grecque n’aurait pas été possible sans leur précieuse contribution. Au matin, elles préparaient le chemin pour les troupes et la nuit, elles cousaient des vêtements pour les soldats. Les femmes ont estimé que ce n’était pas seulement une obligation, mais une question d’honneur d’offrir leur hospitalité et de coudre des vêtements pour les soldats de l’Armée grecque de libération. 300 soldats, par exemple, ont trouvé refuge (10-15 par maison) dans le village de Tsepelovo à Zagoria. Les femmes étaient tellement enthousiastes à l’idée de fournir de la nourriture et des vêtements aux soldats qu’elles ont abattu tous les animaux du village, la seule source de production dans la région. À Lepiana, dans le district d’Arta, un village situé au-dessus des montagnes de Tzoumerka, les habitants ont été réveillés par le bruit des canons. « Nous nous sommes réveillés dans la peur. Les canons tonnaient comme s’ils étaient à côté de nos maisons… Mais le pire, c’était les avions. Ils étaient trop nombreux… Ils allaient bombarder Arta… », dit Marigoula Houliara, l’une des femmes qui se souvient encore de l’horreur de la guerre, au cours de laquelle de nombreux hommes de sa famille ont été tués. Et elle ajoute : "… Un jour, des camions de l’armée arrivèrent au village. Ils apportaient du coton et ils nous l’ont donné. Ils nous ont dit d’en faire des chaussettes et des pulls pour l’armée. Chacun d’entre nous a offert les morceaux de tissu que nous pouvions trouver dans nos maisons. Couvertures, tapis de laine, n’importe quoi… » Des femmes, des personnes âgées et des enfants ont entrepris de faire des routes et de construire des ponts en peu de temps, comme les 6 kilomètres de la route du village de Kapesovo à Zagoria. « Nos soldats avançaient après la victoire de Pindos. Lorsqu’elles atteignirent la rivière Vogiousas et que les femmes courageuses de Pindos réalisèrent que les rapides ne permettraient pas aux ouvriers du génie de travailler, elles firent spontanément quelque chose qui se répéta plus tard pour les rivières Kalamas et Drinos : elles se jetèrent à l’eau et, se saisissant par les épaules, elles firent une sorte de barrage, réduisant l’intensité des rapides pour aider ceux qui devaient construire le pont. »

Le transport et les soins des soldats blessés étaient à charge des femmes. Elles portaient les blessés du front à l’arrière, bandait les blessures, réconfortaient et encourageaient. Souvent, elles les emmenaient dans leurs propres maisons, converties en logements et en hôpitaux. Dans le visage bouleversé de la femme d’Épire, chaque blessé et chaque soldat pouvait voir sa mère, sa femme, sa sœur ou même un camarade. Dans sa correspondance du front, P. Palaiologos déclare : « …les femmes portaient les blessés dans leurs bras. Elles ont mis les prisonniers de guerre blessés sur le dos de leurs mules et les ont accompagnés à l’arrière… »
La contribution la plus importante des femmes a probablement été le transport d’armes, de nourriture, de vêtements, etc. jusqu’au front, où les moyens de transport de l’armée ne pouvaient pas arriver en raison du mauvais temps et des routes accidentées. Dans les montagnes enneigées, les femmes d’Épire ont écrit leur propre histoire, se frayant un chemin dans la neige et transportant des munitions pour les troupes grecques : « … J’ai rencontré des femmes portant des munitions. Une avait 88 ans… La neige, la glace, le froid glacial ne semblaient pas leur faire peur. Elles voulaient tous offrir à l’armée tout ce qui n’était pas possible pour les moyens de transport de l’armée. Des femmes vraiment admirables. Différentes des femmes de la ville ! »

Les femmes portaient des canons et des munitions dans les montagnes avec l’aide de soldats qui les attachaient avec des cordes épaisses autour de leur taille et les tiraient. Et ils continuèrent à grimper, esquivant pierres et arbustes saillants, les genoux courbés sous la lourde charge.

De nombreux épisodes surprenants en disent long sur la force de l’âme féminine et leur sacrifice. À Tsepelovo, les soldats grecs, affamés et pieds nus, ont demandé des renforts de Ioannina, mais ils ne pouvaient venir. Les femmes ont immédiatement été appelées pour porter de la nourriture, des bottes, des fusils et des canons à l’avant. Les femmes de Pindos devinrent une légende, elles étaient aux côtés des soldats et de nouveau firent revivre la légende des femmes grecques, des femmes spartiates, des femmes de Souli et de toutes ces héroïnes qui combattirent pour l’honneur et la liberté de leur pays. Elles furent honorées par d’illustres auteurs, poètes, écrivains, Grecs et étrangers, contemporains et plus tardifs ; elles sont encore honorées par toute la nation grecque. Au sommet d’une colline, près du village d’Asprageli de Ioannina, la statue de la « Femme Pindos » se détache majestueusement là où 68 ans auparavant les femmes d’Épire se battirent pour une seule cause : conquérir leur propre part de liberté.

 

 

 

Les femmes d’Épire

Vont dans la neige

Et portent des grenades.

Mon dieu, comme tu les as trempées

Et elles ne sont pas inquiètes.

 

Les Femmes d’Épire,

Merveilles de la nature.

Ennemi, pourquoi n’as-tu pas demandé

Qui vous alliez occuper ?

Femmes de Ioannina, femmes de Souli,

Merveilles de la nature.

Ennemi, pourquoi n’as-tu pas demandé

Qui vous alliez occuper ?

 

Femmes des confins,

Filles, âgées, mariées,

Flammes dans les vents du nord,

Vous serez les remparts,

Les mères de la liberté.

 

Les Femmes d’Épire,

Merveilles de la nature.

Ennemi, pourquoi n’as-tu pas demandé

Qui vous alliez occuper ?

Femmes de Ioannina, femmes de Souli,

Merveilles de la nature.

Ennemi, pourquoi n’as-tu pas demandé

Qui vous alliez occuper ?

 

LES ÉPIROTES
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Published by Marco Valdo M.I.
9 août 2019 5 09 /08 /août /2019 20:05

 

 

LA BALLADE DU CHEMIN DE FER

 

 

 

Version française – LA BALLADE DU CHEMIN DE FER – Marco Valdo M.I. – 2019

Chanson allemande – Die EisenbahnballadeReinhard Mey – 1987

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Il te souviendra, Lucien l’âne mon ami, que nous avions déjà précédemment rencontré sur notre voie un train allemand dans la chanson « Das Eisenbahngleichnis », dont j’avais intitulé la version française « Parabole du Train », ce qu’en effet, elle était et une locomotive tout aussi allemande dans la « La locomotive unitaire ». Toutes deux étaient tirées d’auteurs allemands du siècle dernier principalement connus comme des écrivains, respectivement : Erich Kästner et Günter Grass. Cette fois, avec cette « Eisenbahnballade – Ballade du Chemin de fer », il s’agit d’une chanson écrite et interprétée par son auteur-compositeur Reinhard Mey.

 

Bien merci de toutes ces précisions, répond Lucien l’âne. Toutefois, j’aimerais savoir ce que raconte cette Ballade du Chemin de fer et aussi, en quoi elle se rapproche des deux autres que tu viens de me rappeler et dont je me souviens très bien.

 

Eh bien, dit Marco Valdo M.I., je commencerai par ta dernière demande. Ces trois chansons et pour tout dire, ces trois trains sont des trains historiques et politiques, du fait que tous les trois traversent l’histoire de l’Allemagne du siècle dernier et qu’ils évoquent tous trois les circonstances politiques qui firent de l’Allemagne un grand épouvantail, une sorte de monstre sorti d’on ne sait où. Ces chansons montrent comment le train, la locomotive, bref, le chemin de fer a largement contribué à ces événements. Entre parenthèses, on ne pourrait passer sous silence un autre train, italien celui-là, qui est aussi un objet politique, un train qui entre tout droit dans la Guerre de Cent Mille Ans, que les riches font aux pauvres, c’est « La Locomotiva » de Francesco Guccini, à laquelle se réfère directement ma chanson Terminus.

 

Tant qu’on y est, Marco Valdo M.I., ajoutons à cette énumération « Le Chat et la Locomotive », cette histoire de train bombardé, mais je t’ai interrompu.

 

Ce n’est rien, j’ai l’habitude, Lucien l’âne mon ami. Donc, le chemin de fer, le train, la locomotive, et tout ce qui s’ensuit ont été des éléments importants de l’histoire des hommes depuis l’invention de la machine à vapeur roulante. Pour en revenir à la Ballade du Chemin de fer, elle se distingue par le fait qu’elle couvre, en plus de l’édification du chemin de fer et de son rôle dans les guerres, y compris l’épisode plus que dramatique de la déportation, la période qui commence après la défaite de 1945.

 

D’accord, dit Lucien l’âne, mais cette Ballade quel est le personnage qui la chante ?

 

Oh, il s’agit d’un homme, d’un voyageur qui recourt au train de nuit pour rentrer chez lui et qui seul dans un compartiment se laisse aller à une sorte de longue et somnolente réflexion, une sorte de rêve éveillé. Mais, pour moi, il vaut mieux laisser chanter la ballade – qui est aussi une balade nocturne en train – que de tenter de la résumer ou de la raconter à sa place. Juste de petites précisions à propos de ce passage – je les note entre parenthèses :

 

« L’Aigle (première locomotive allemande), le Hamburger volant (C’est le nom du premier express allemand Hambourg-Berlin – 1933), le P8 prussien (pistolet Luger Parabellum),

Et les légendaires O5 (groupe de résistants antinazis autrichiens) murmuraient pour moi à travers la nuit. »

 

Il ne reste plus, conclut Lucien l’âne, qu’à écouter la ballade et à tisser le linceul de ce vieux monde mécanisé, motorisé, roulant vers sa destruction et cacochyme

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

L’Eisenbahnballade et ses locomotives P8 et O5

Notre interlocuteur de langue allemande, que je voudrais remercier vivement pour ses remarques et sa lecture attentive de ma version française et du commentaire sous forme de dialogue maïeutique, a raison de me faire tenir une note correctrice concernant la P8 et la O5 qui sont donc définitivement des locomotives ; pensez, je les avais prises l’une pour un pistolet Lüger P8 et l’autre pour un groupe autrichien de résistants au nazisme O5. Le curieux, c’est que ces mentions sont exactes, mais inappropriées. Cependant, je n’avais pas trouvé les précieuses indications qui nous sont envoyées par hmmwv. Il faudra donc rectifier le texte ; idem pour « chuinter » à la place de « murmurer », quoique là, le « murmure », qui veut dire grosso modo la même chose que le chuintement, donnait un petit plus tendre et plus humain à la ballade ; je n’userai cependant pas de mon droit de licence poétique.
Les deux premières lignes de l’avant-dernière strophe se libellent dès lors comme suit :

« L’Aigle, le Hamburger volant, le P8 prussien,
Et la légendaire 05 chuintaient pour moi à travers la nuit. »

Cela étant, si notre interlocuteur au nom énigmatique voulait bien anticiper ses précisions lors de l’insertion du texte originel, on gagnerait du temps et on épargnerait des erreurs inutiles.

Encore une fois, pour tout ce qu’il a fait et qu’il fera, qu’il soit chaleureusement remercié.

Cordialement

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 

Un épais brouillard s’abattait sur l’étrange grande ville.

Un long jour de travail s’étendait derrière moi, j’étais épuisé et sans énergie.

Trop fatigué pour l’autoroute, trop tard pour le dernier vol.

Mais je voulais rentrer chez moi,

Et j’ai découvert là

Qu’un autre train partait encore vers minuit.

 

 

Il me restait encore du temps, je ne savais où aller, alors je suis resté à la gare :

Un pompeux édifice d’un temps longtemps révolu, bondé ;

fouinant, grouillant tout autour, les voyageurs, les badauds et les paumés de la nuit,

Tant d’indifférence,

Tant de détresse et tant de souffrance

Sous tant de splendeur glacée.

 

 

Je sortis sur le quai, l’air humide et froid m’a tenu éveillé.

Je frissonnais, j’ai remonté mon col et j’ai regardé mon haleine.

Dans l’obscurité, trois lumières apparurent au-dessus de la voie, et mon train entra.

Une porte de wagon claqua.

Il faisait chaud dans le train,

J’étais tout seul dans le compartiment.

 

 

Sans bruit, on démarra et les lumières de la ville s’enfoncèrent dans une purée laiteuse.

Et toujours plus vite, passaient à toute allure les fenêtres éclairées et les gares de banlieue.

Un autre passage à niveau, quelques projecteurs, et le monde disparut.

La lumière de mon compartiment tombait en blanc

Sur le ballast de la voie

Et je devinais le pays obscur.

 

 

Et à travers les ténèbres, résonnait

Le bruit monotone

Des roues sur la voie ferrée,

Un chant solitaire,

Au long du chemin de fer.

 

 

Ils se tenaient au bord de la voie, la peau tannée par les intempéries.

Avec leurs pelles, ils avaient tracé des sillons dans le pays,

Avec des pics et des marteaux, ils avaient déplacé des montagnes

Et posé des traverses sur du ballast et par-dessus, les rails.

 

 

Dans le froid âpre, les braises brûlantes, sous la pluie, jour après jour,

La nuit, un sac de paille sur le sol dans une cabane en bois.

Et encore recommencer à l’aube pour une misérable récompense,

Et encore une nouvelle fortune de plus pour le baron de l’acier.

 

 

Et bientôt la resplendissante machine à vapeur gronda dans tout le pays.

De nouvelles industries et un nouvel empire ont vu le jour,

Des richesses inestimables, mais sur chaque mètre de voie,

Sur chaque pont, sur chaque tunnel collent des larmes, du sang et de la sueur.

 

 

Le chemin de fer apporta progrès, révolution technique 

Partout, jusqu’à la gare la plus éloignée.

Il transporta les marchandises des ports au fond des Alpes,

Relia les gens et les villes et apporta la prospérité dans le pays.

 

 

Mais la grande invention est toujours associée au tragique,

Car elle peut servir à la paix, mais aussi à la guerre.

Des trains blindés sans fin roulèrent bientôt jour et nuit :

Le matériel de guerre et les canons étaient la cargaison prioritaire.

 

 

Bientôt, l’armée se pressait triomphante dans les gares,

Les cris de joie sur les lèvres et les fleurs au fusil,

Dans les wagons ornés de drapeaux et du cri de victoire

Direction Lemberg ou Liège, Cracovie ou Mons.

 

 

Dans le feu d’enfer de Verdun, l’illusion de la victoire est morte,

Les trains se sont transformés en hôpitaux, et cette fois le train a vu

La retraite des vaincus et – les seigneurs de guerre couverts de déshonneur –

Dans un wagon dans la forêt de Compiègne, la capitulation.

 

 

Des millions de morts sur les champs de bataille, des souffrances insensées.

Les rescapés ont trouvé la misère, le gêne et le chômage.

Mais sur le terrain de la déroute déjà prospèrent

Les trafiquants et les profiteurs de guerre, la spéculation.

 

 

Mais naquit aussi de la confusion d’une politique trouble

La tendre et délicate pousse de la première république.

Alors l’étroitesse d’esprit, la stupidité et la violence l’ont piétinée

Avec des bottes à clous sur la route du Reich millénaire.

 

 

Les monstres régnaient, et le monde observait et gardait le silence.

Et à nouveau, on dit : « Les roues doivent rouler pour la victoire ».

Et commença le chapitre le plus sombre de la nation,

La plus sombre des migrations : la déportation.

 

 

Enfermés dans des wagons de marchandises, entassés comme du bétail,

Affamés et désespérés, ils étaient debout, nus et froids,

Des femmes et des hommes sans défense, des vieillards et même des enfants,

Pour l’amer voyage dont le but était le camp de la mort.

 

 

Mais alors, la colère frappa les humbles,

Aucun village n’a été épargné, aucune pierre n’est restée sur une pierre,

Et les bombes tombèrent jusqu’à ce que tout le pays soit en feu,

Les villes furent anéanties et la terre brûla.

 

 

La guerre fut plus meurtrière qu’aucune guerre auparavant,

Et punit sévèrement le Peuple qui l’avait outrageusement provoquée.

Marchèrent dans des débris et des ruines, affamés,

Les survivants, les bombardés, rien n’allait plus.

 

 

Et toujours plus longs, les convois de réfugiés arrivaient jour après jour

Et ils traversaient un pays de décombres et de cendres.

La volonté de survivre les força à ne pas se résigner,

Le désespoir, à tenter l’impossible :

 

 

Encore bondir, quand quelque part un train de hamsters partait,

Quand il y avait un tas de gens accrochés à la porte du wagon.

Une place sur un marchepied, au mieux sur un tampon,

Avec l’espoir d’un peu de farine, de pommes de terre ou de saindoux.

 

 

Ce qui se trouvait sur le talus de la voie ferrée était ramassé par des enfants,

Et nombre d’honnêtes gens ont volé le charbon des trains.

Et puis les trains arrivèrent bondés de rapatriés,

Blessés et battus, dépenaillés et usés.

 

 

Combien de drames se sont déroulés sur les quais !

De recherches et de larmes de joie, où ont lieu des retrouvailles.

Attendre, espérer et demander, sera-ce cette fois ?

Beaucoup vinrent en vain, beaucoup repartirent seuls.

 

 

Les locomotives et les wagons endommagés furent vite et mal réparés

Et lancés sur un réseau ferroviaire aventureux

Et le pouls commença à battre, et surgit de nulle part,

Chargé d’espoirs et de rêves, un nouveau pays.

 

 

Et à travers l’aube résonnait

Le son monotone

Des roues sur le rail,

La chanson mélancolique,

Au long du chemin de fer.

 

 

Le cliquetis des roues sur un aiguillage me ramena dans le présent.

Je me suis réveillé de la nuit, j’étais presque au terme de mon voyage.

Je me frottais les yeux et je m’étirais, la lumière du néon paraissait pâle,

Et dans la pièce vide

Entre veille et rêve,

J’ai vu encore une fois :

 

 

L’Aigle (première locomotive allemande), le Hamburger volant (le premier express allemand –

1933), le P8 prussien (pistolet Luger Parabellum),

Et les légendaires O5 (groupe de résistants autrichiens) chuintaient pour moi à travers la nuit.

Un train en mouvement sur la voie voisine m’a arraché à mes rêves.

Un coup d’œil à l’horloge,

Encore, dix minutes seulement

Et je serai à la maison pour le petit-déjeuner.

 

 

Dehors, d’un coup d’œil, je pouvais voir dans les fenêtres éclairées.

Je voyais les gens sur le chemin du travail, debout dans les gares de banlieue,

Je voyais les phares des voitures devant les barrières au passage à niveau,

Et luisait un espoir

Sur le jour nouveau

Et dans le lever du soleil.


 
 LA BALLADE DU CHEMIN DE FER
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Published by Marco Valdo M.I.
6 août 2019 2 06 /08 /août /2019 15:35

 

« Andare, camminare, lavorare » : À pied ?

 

 

D’où viennent les phrases ?

 

 

 

 

 

 

 

Jacques Prévert, poète français du siècle dernier avait écrit un poème, une chanson avec pour la chanter, une musique de Joseph Kosma En sortant de l’école, que chanta Yves Montand, mais aussi Les Frères Jacques, Cora Vaucaire et tant d’autres. J’en avais fait une parodie intitulée Tout autour de la Terre, qui reprenait mot pour mot Prévert :

 

 

 

« Alors on est revenu à pied,
À pied tout autour de la terre,
À pied tout autour de la mer,
Tout autour du soleil,
De la lune et des étoiles,
À pied, à cheval, en voiture
Et en bateau à voiles. »

 

 

 

À pied, justement. Voilà, d’où vient ce « À pied ».

 

 

 

Mais aussi on va à pied dans une autre chanson, de Charles Trenet celle-là, qui s’intitulait : « Voyage au Canada », dont le refrain était :

 

 

 

« Nous irons à Toronto en auto,
Nous irons à Montréal à cheval,
Nous traverserons Québec à pied sec,
Nous irons à Ottawa en ouaoua.
Nous irons à Valleyfield sur un fil,
Nous irons à Trois-Rivières en litière.
Passant par Chicoutimi endormis,
Nous irons au Lac St-Jean en nageant.
Voilà, voilà un beau voyage,

 

Un beau voyage ;
Voilà, voilà,

 

Un beau voyage au Canada. »

 

 

 

Si on en prend le temps d’aller y voir, on s’apercevra dans cette chanson de Trenet que la confusion s’installe et que surgit par erreur une autre version du voyage :

 

 

 

« Ils allèrent à Toronto
En nageant,
Ils allèrent à Montréal endormis,
Ils se rendirent à Québec en litière,
Ils allèrent à Ottawa sur un fil.
Ils allèrent à Valleyfield à pied sec,
Ils allèrent à Trois Rivières en oua oua,
Passant par Chicoutimi à cheval,
Ils plongèrent dans le lac Saint-Jean en auto.

Voilà ! Voilà !
Un beau voyage au Canada ! »

 

 

 

Car effet, tout se mêle dans l’univers de la chanson, lequel univers tient plus du fantasmagorique et du poétique que du terre à terre. C’est un monde magique d’où « a surgi » – lutin hors d’une boîte – « ALLEZ TRAVAILLER À PIED ! », en manière de point final à la version française de la chanson de Piero Ciampi, marquant au sceau de l’ironie le « Andare, camminare, lavorare ».

 

 

 

Maintenant sur le fond de l’affaire, la question de Flavio Poltronieri : « mi chiedo da dove sia saltata fuori la frase finale francese: ALLEZ TRAVAILLER À PIED! », en gros : « d’où a surgi la phrase finale française ? » interpellait ; elle est excellente, car elle permet, ici et maintenant, de répéter et d’éclaircir encore un peu plus le fait qu’il y a un monde entre la traduction et la version et que ce monde est précisément un monde magique, poétique et fantasmagorique comme la chanson du poète Ciampi. Pour synthétiser, la traduction a comme objectif de (re)donner, dans une autre langue, le texte aussi près que possible de l’original. La version, elle, a d’autres manières ; elle entend créer un artefact, opérer par un procédé singulier une autre création qui entre en syntonie avec celle d’origine. C’est ce je fais – toujours – moi qui ne suis pas traducteur et qui serais bien incapable de l’être ; je ne connais que le français (et encore !). Je crée des objets artisanaux – des chansons, des poèmes qui évoquent les poèmes et les chansons d’origine, mais qui ont leur vie propre et leur propre univers.

 

On peut comparer ce travail à celui des peintres : l’« Olympia » d’Édouard Manet  est et n’est pas « La Maya nue » de Goya (Francisco José de Goya y Lucientes) ; laquelle était et n’était pas à son tour la « Vénus », vue par le Titien (Tiziano Vecellio). Ajoutons-y « La Vénus au miroir » de Vélasquez (Diego Rodríguez de Silva y Velázquez, dit Diego Velázquez, ou Diego Vélasquez) et la « Grande odalisque » d’Ingres (Jean-Auguste-Dominique), son « Odalisque à l’esclave », ou son introuvable « Vénus de Naples », toutes de face comme de dos, si semblables et si différentes.

 

 

 

Les professionnels de la chanson, notamment ceux qui en font commerce, savent très bien faire la différence. Ainsi, en va-t-il de la chanson anonyme : « The House of Rising Sun », qui en a connu des versions. Ainsi, pour « Le Pénitencier », dont j’avais – nouvelle version – tiré « La Fermeture », on voyait mal Johnny en jeune fille éplorée ; il a fallu adapter la version. Ainsi en va-t-il des différentes versions de La Marseillaise – les Chansons contre la Guerre en recensent au moins 15, dont la version de Gainsbourg a fait du bruit et surtout, cette Marseillaise dont la version la plus célèbre s’appelle « L’Internationale», elle-même objet de multiples versions.

 

Tout ça pour dire que les versions peuvent être très proches d’une « traduction » ou s’en aller à des années-lumières de l’original. Cependant, parfois, en effet, il y a des bribes qui viennent d’ailleurs et qui s’imposent.

 

 

 

Cependant, l’univers de la création poétique n’est pas sans une rationalité propre.

 

La question qui se pose alors pour « ALLEZ TRAVAILLER À PIED ! » est de savoir ce que ça veut dire par rapport au « Andare, camminare, lavorare » de la chanson de Ciampi. Du temps de la chanson de Ciampi, l’Italie (d’autres pays aussi) était encore en plein « boum », elle se relevait de la guerre, elle devenait euphorique de sa « croissance économique », comme l’Allemagne du Lied vom Wirtschaftswunder ou de Geh´n sie mit der Konjunktur (Konjunktur-Cha-Cha) et l’automobile en était le plus évident symbole et la chanson se terminait grosso-modo, ainsi : « Allez ! La Péninsule au volant, cette belle péninsule est devenue un volant. Aller, marcher, travailler. »

 

L’ajout « ALLEZ TRAVAILLER À PIED ! » est plus contemporain. Le soufflé est retombé, la Péninsule au volant est dans les bouchons ; Fellini l’avait bien vu, il y a déjà quelque temps ; Jean Yanne aussi : tout se bloque ; la Péninsule (et bien d’autres pays) étouffent sous la civilisation de l’auto. Cette nouvelle injonction est à double sens, elle aussi : pour ceux qui ont encore un travail, il s’agit d’être à l’heure et pour être à l’heure, c’est la nouvelle donne, « ALLEZ TRAVAILLER À PIED ». Mais aussi, le sens qu’on peut lui donner actuellement, encore plus moderne et même, futuriste, c’est l’injonction écologique et climatologique. C’est l’irruption du contemporain dans l’univers de Ciampi, qui s’en moquait déjà.

 

 

 

Enfin, je vois ça comme ça ; elle est venue toute seule, cette phrase, trempée à l’acide ironique et elle voulait dire en synthèse : tout ça qui précède, qui est un peu long dans une chanson.

 

Et même, elle-même est venue « à pied » ; mais d’où, là, vraiment, je ne sais pas. Peut-être, un neurologue pourrait-il nous l’indiquer, peut-être ? Il nous montrerait un point sur une image d’un cerveau et il dirait : « De là ! ». On n’arrête pas le progrès. Mais quand même, il resterait la question : D’où viennent les phrases ? .

 

 

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 « Andare, camminare, lavorare » : À pied ?
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Published by Marco Valdo M.I.
3 août 2019 6 03 /08 /août /2019 20:27

 

 

ALLER, MARCHER, TRAVAILLER

 

 

Version française – – Marco Valdo M.I. – 2019

Chanson italienne – Andare, camminare, lavorare Piero Ciampi – 1975

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Andare, camminare, lavorare – ALLER, MARCHER, TRAVAILLER, tel est Lucien l’âne mon ami, le destin des gens d’à présent. Depuis un certain temps déjà et pas seulement des hommes, mais des femmes aussi – souvent encore, selon les endroits, aussi des enfants et des vieux. Est-ce heureux ? Je n’en sais rien. En vérité, je pense vraiment que ce ne l’est pas.

 

Pourquoi donc, Marco Valdo M.I., me dis-tu tout ça ?

 

Je dis tout ça, car Andare, camminare, lavorare – ALLER, MARCHER, TRAVAILLER, c’est le titre de la chanson dont je viens d’achever la version française ; et je te le dis, j’y ai mis du temps.

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est toujours comme ça avec la poésie. Cela dit, je pense que tu aurais pu intituler ta version française : Métro, boulot, dodo. Une antienne de ces années-là qui me semble vouloir figurer la même réalité, celle de cette société libérale du travail obligatoire (S.T.O.), dont la devise est Arbeit macht frei. Tu parles d’une farce, une réalité glaçante qui telle une peste frappe les contemporains et s’étend partout dans le monde. Nulle population touchée par la civilisation n’y échappe, sauf à se cacher – mais où ? Ou à mourir, c’est le cas le plus fréquent. Cette civilisation est une véritable escroquerie qui tue la vie quotidienne de tous ceux qu’elle arrive à convaincre ou à contraindre au travail ; pour elle, peu importe. Alors, de gré ou de force, on finit par étouffer. Burn out, qu’ils disent.

 

Sans doute, Lucien l’âne mon ami, mais au temps de Ciampi, vers 1975, c’était encore un mal circonscrit. Depuis la civilisation a touché jusqu’aux coins les plus reculés de la planète. Les Inuits, les Amérindiens, les Maoris et de lointaines peuplades africaines, amazoniennes, enfin, les gens du monde entier peuvent aussi bénéficier de l’alcool, des drogues, du coca et du porno. La plupart de ceux-là n’ont même pas la chance de la malédiction du travail stipendié, car chez eux, il n’arrive même pas. De toute façon, dans ce système du travail : ou on en a trop, ou on n’en a pas, mais dans les deux cas, on crève. Cependant, le destin des gens d’ici – des « privilégiés » – est de se lever matin et d’aller au boulot. Il y avait affichée sur les murs de cette époque lointaine une petite vignette qui disait très exactement : « Métro-boulot-dodo ! Y en a marre ! ». On la collait un peu partout – va-t’en savoir qui ?

 

Des anarchistes, certainement, répond Lucien l’âne. Mais parle-moi un peu de Piero Ciampi, quand même.

 

Piero Ciampi, répond Marco Valdo M.I., Piero Ciampi est à la fois l’auteur et l’interprète de la chanson ; le commentaire italien dit ceci : « Piero Ciampi (Livourne, 28 septembre 1934 – Rome, 19 janvier 1980) – À l’été 1975, dans les juke-boxes de la plage, on mettait une pièce de monnaie et on écoutait ce simple captivant, récemment sorti, d’un chanteur que personne ne connaissait. Tout le monde ricanait et léchait de la glace. Et nous sommes toujours là pour nous souvenir d’une voix qui a laissé des traces de pas et des cicatrices sur ce beau monde poétique qui est le nôtre. Un être alcoolique et fainéant. Indigne de confiance et souvent insupportable, menteur et vantard. Mais qu’est-ce qu’il avait probablement pressenti longtemps à l’avance… »

 

C’est dommage qu’il soit parti si vite cet homme-là, dit Lucien l’âne. Pour en revenir à al chanson, finalement, la question est de savoir si ce que se demandait le phoque – celui de « La Complainte du Phoque en Alaska »n’est pas la vraie interrogation :

 

« Ça ne vaut pas la peine
De laisser ceux qu’on aime
Pour aller faire tourner
Des ballons sur son nez. »

 

Cependant, ils sont tellement nombreux à le faire nos contemporains. En fait, ils sont tous coincés dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin d’accroître leurs richesses, de multiplier leurs profits, d’étendre leur pouvoir et de renforcer leur domination. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde gangrené par le travail, fatigué, épuisé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Aller, marcher, travailler,

Aller l’épée à la main,

Bande de timides, d’inconscients, d’endettés, de désespérés.

Pas de découragement, allons, allons travailler,

Aller, marcher, travailler, du vin contre du pétrole,

Grande victoire, grande victoire, très grande victoire !

Aller, marcher, travailler,

Le sud rugit, le nord ne monte pas,

Pas de panique, la descente est par là,

Aller, marcher, travailler,

Fuyons vite, fuyons vite, fuyons vite !


 

Aller, marcher, travailler,

Les puissants tous sous clé,

Au chenil, les chiens avec les chiens ;

Les roses avec les roses, au jardin ;

Les chats dans les cours.

Aller, marcher, travailler,

Aller, marcher, travailler,

Allez, travailler !


 

Et quel est ce feu ?

Pompiers, pompiers, ponctuels, vous qui êtes sérieux,

Éteignez ces incendies dans les couvents, les âmes, les banques.

Aller, marcher, travailler,

Ces coffres-forts, quelle invention infernale, vive la richesse mobile !

Aller, marcher, travailler,

Aller, marcher, travailler,

Travailler, travailler !


 

Aller, marcher, travailler,

Le passé dans le tiroir fermé à clé,

Le futur dans la loterie pour espérer,

Le présent pour aimer,

Ce n’est pas le moment s’en aller.

Aller, marcher, travailler,

Aller, marcher, travailler,

Allez, travaillez !


 

Nourrissons le travail, allez ! Menez paître les agneaux

Parmi les hennissements des chevaux,

Tous surveillés par des troupes de bergers,

Aller, marcher, travailler,

Pas de peur, bleus, bleus, attaquer, attaquer, attaquez à coups de pied,

Le dimanche, tout le monde en colline à pédaler.

Travailler, pédaler, travailler,

Avec l’argent au restaurant, avec l’argent,

Avec pour les mariés, des souhaits tant tant tant tant!

Aller, marcher, travailler, la péninsule en auto,

Au mariage, tous en auto !


 

Allez ! La Péninsule au volant, cette belle péninsule est devenue un volant.

Aller, marcher, travailler,

ALLEZ TRAVAILLER À PIED !

 

ALLER, MARCHER, TRAVAILLER
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Published by Marco Valdo M.I.
2 août 2019 5 02 /08 /août /2019 19:46

 

 
SINBAD LE MARIN

 

Version française – SINBAD LE MARIN – Marco Valdo M.I. – 2019

d’après la traduction italienne – SINDBAD IL MARINAIO – Gian Piero Testa – 29-07-2014

Texte : Lefteris Papadopoulos – Λευτέρης Παπαδόπουλος

Musique : Manos LoizosΜάνος Λοΐζος

Interprétation : Manos LoizosΜάνος Λοΐζος

 

 

ConstantinImperator Caesar Flauius Valerius Aurelius Constantinus Pius Felix Inuictus Augustus, Germanicus Maximus, Sarmaticus Maximus, Gothicus Maximus, Medicus Maximus, Britannicus Maximus, Arabicus Maximus, Adiabenicus Maximus, Persicus Maximus, Armeniacus Maximus, Carpicus Maximus

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Regarde, Lucien l’âne mon ami, Riccardo propose une traduction française de cette chanson de Sinbad le Marin juste au moment où je terminais ma version française de cette même chanson.

 

Et lors ?, demande Lucien l’âne.

 

Alors ? Rien. Je m’en vais, répond Marco Valdo M.I., proposer la mienne, que j’ai faite en manière de clin d’œil à Gian Piero Testa par-dessus l’orbe de la Sphère-Monde et ainsi, il y en aura deux pour une comme aurait conclu Erich Kästner,

(https://fr.wikipedia.org/wiki/Deux_pour_une), du moins en français ; en allemand, le titre original est « Das doppelte Lottchen », une jolie histoire de jumelles séparées par le divorce de leurs parents et qui in fine, les réconcilient. Comme tu le comprends, cette histoire derrière l’anecdote est plus significative que ce qu’on en a fait : il suffit de se souvenir qu’en 1949, il y avait deux Allemagne, dont la jeunesse était séparée par les conflits de la génération antérieure.

 

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, toi et ton penchant à la digression. Je t’en prie, revenons à Sinbad et sa chanson, car je n’en sais toujours rien. Par ailleurs, je suis persuadé que Riccardo a tout comme toi pensé à Gian Piero testa, qu’il connaissait personnellement. Mais tant qu’on y est, ne dirais-tu pas quelques mots de la chanson ?

 

Donc, on a deux versions françaises et comme tu peux le voir, Lucien l’âne mon ami, elles sont sensiblement différentes – et c’est un bien, même si elles viennent toutes les deux de la même source : la traduction en italien de la chanson grecque de Lefteris Papadopoulos, grand parolier grec et la chose à son importance, comme on va le voir, fils d’un réfugié grec qui avait été chassé de la Grèce d’Asie par les Turcs.

Ainsi, la chanson s’intitule Sinbad le Marin logiquement, du fait qu’il n’y est nullement question de Sinbad – comme l’aurait soutenu Raymond Queneau qui disait que le titre du roman de Boris Vian « L’Automne à Pékin » était parfait puisque le roman ne parle ni de l’automne, ni de Pékin.

 

Comment ça ?, dit Lucien l’âne, un peu ahuri.

 

Certes, reprend Marco Valdo M.I., Sinbad a raconté ses aventures maritimes extraordinaires, mais enfin, il n’était pas Grec et en outre, il vivait en un temps où les Vénitiens étaient encore des pêcheurs dans la lagune et n’avaient pas encore d'empire maritime ; la Sérénissime viendra quelques siècles plus tard. Il en va de même pour les Sarrasins. En plus, je rappelle que les histoires marines de Sinbad se déroulent dans l’Océan indien et alentours – comme celles de Sandokan. Pas en Méditerranée ; et puis, Sinbad est un Perse de Bassorah ; aujourd’hui, cette ville est passée à l’Irak. Comme on peut le voir, la chanson chante une tout autre histoire.

 

Sans doute, dit Lucien l’âne, mais ne pourrais-tu préciser ?

 

En fait, vois-tu Lucien l’âne mon ami, cette songerie de Sinbad raconte l’histoire séculaire des Grecs et de leur délivrance par apport à deux dominations : la vénitienne et la turque. Quant au Saint Constantin, il n’est pas évoqué par hasard, car il s’agit de l’empereur ConstantinImperator Caesar Flauius Valerius Aurelius Constantinus Pius Felix Inuictus Augustus, Germanicus Maximus, Sarmaticus Maximus, Gothicus Maximus, Medicus Maximus, Britannicus Maximus, Arabicus Maximus, Adiabenicus Maximus, Persicus Maximus, Armeniacus Maximus, Carpicus Maximus, fondateur de Constantinople, capitale de l’Empire « orthodoxe » et « grec » – anciennement, Byzance, devenue l’actuelle Istanboul, la plus grande métropole de l’actuelle Turquie et sa véritable capitale économique et culturelle. Comme on le sait, la Grèce actuelle – comme tous les Balkans – a réussi à se libérer de l’occupation et de la domination turques (ottomanes), mais au prix de terribles amputations.

 

Bof, dit Lucien l’âne, les siècles n’ont pas fini de s’écouler ; les empires naissent, grandissent, s’étiolent et meurent. Ainsi va le monde mal mené dans cette Guerre de Cent Mille Ans, dont nul ne sait le début, ni la fin. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde, où pourtant nous vivons et que quand même, pour le temps qu’on y passe, nous aimons, un vieux pauvre monde malmené, déchiré, exploité, absurde et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Par le tuyau d’ivoire de ma pipe,

Les galères lentement nagent,

Et les équipages vont à l’abordage,

Et les pirates traquent le vin,

Dans le troquet d’un port lointain.

 

Mer mer amère,

Pourquoi devrais-je t’aimer ?

 

Sarrasins et Vénitiens, en tas,

Capturent et lient au mat

Le capitaine Yannis en personne, moi,

Le rebelle, le valeureux, le fier,

Le puissant homme des mers.

 

 

Mer mer amère,

Pourquoi devrais-je t’aimer ?

 

 

Et là, dans l’incendie du massacre,

Je mords les cordes, je les détache.

Et par Saint Constantin,

Je les jette tous dans la fournaise,

Les mains liées sur les reins.

 

 

Mer mer amère,

Comment ne pas t’aimer ?

 

 

 

 SINBAD LE MARIN
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Published by Marco Valdo M.I.
1 août 2019 4 01 /08 /août /2019 17:56

 

 

Le Cahier vert

 

 

Lettre de prison 39

19 juillet 1935

 

 

J’écris trois pages par jour.

J’y mets tout l’art,

J’y insère tout le savoir

Et La Loge de Renoir.

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Le Cahier vert ?, s’étonne Lucien l’âne. Je me demande ce qu’il peut contenir.

 

Sans aucun doute, il peut contenir tout, absolument tout, tout un univers ou alors, répond Marco Valdo M.I., rien, au départ sûrement, rien du tout. En fait, je ne sais pas et je ne sais même pas si ce carnet vert a été conservé. Cependant, on peut être sûr qu’il a existé et ce que je peux en dire, c’est que c’est la première fois qu’il est mentionné.

 

Pour moi, dit Lucien l’âne, un carnet vert, bleu, rouge, jaune ou de n’importe quelle couleur, peu importe, mais un tel carnet s’impose. On devrait en remettre un à chaque prisonnier qui le demande, surtout à ceux qui sont mis en isolement. Un carnet et un miroir, ça briserait le cercle de la solitude. En quelque sorte, ce serait plus humain, comme vous dites.

 

Ce serait certainement une bonne idée, dit Marco Valdo M.I., il aiderait le prisonnier à se réfléchir et à regarder passer le temps. Pourtant, il ne sert pas à grand-chose d’épiloguer sur ce carnet mystérieux. Peut-être un jour le retrouvera-t-on et peut-être, comme pour ces lettres, quelqu’un pensera à le publier ; mais d’ici-là, on ne peut que patienter.

 

Pour ce qui est de ce cahier vert, dit Lucien l’âne, je ne vois pas d’autre solution. Mais pour ce qui est de la lettre, ça, tu peux en parler.

 

Oui, en effet, répond Marco Valdo M.I. ; d’abord, elle annonce le prochain départ de Carlo Levi pour son lieu de confinement ; mais comme celui ne lui a pas encore été révélé, le prisonnier s’interroge :

 

« À la mer, à la montagne ?

Dans les collines ? Dans la campagne ?

Vraiment, je n’en sais rien.

Je le saurai demain. »

 

Ensuite, autre nouveauté qui montre que la situation a changé : la promenade, qu’il devait ordinairement effectuer seul, soudain se peuple. L’isolement se desserre. Deux autres relégats sont autorisés à l’accompagner. Comme dit le prisonnier : « C’est toujours ça ».

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est bizarre ces deux compagnons soudains. La question qu’on doit se poser à leur propos est de savoir lequel des deux (au moins) est un mouton, un espion ?

 

Certes, Lucien l’âne mon ami, ta prudence est légitime et tu peux facilement imaginer celle de Carlo Levi, qui depuis des années est dans la clandestinité, qui vit dans un pays où sévissent la dénonciation et la délation et qui sait très bien où il se trouve et pourquoi il s’y trouve, ce qu’il peut dire ou ne pas dire à des inconnus, c’est bien lui. Il sait aussi combien il faut se méfier de ces moments de relâchement.

 

Oh oui, dit Lucien l’âne. Comme on dit chez nous, ce n’est pas au vieux singe qu’on apprend à faire la grimace ; et puis, s’il raconte ça, c’est aussi pour informer de cette pratique ceux de ses amis qui lui succéderont entre les mains de la police fasciste. Finalement, que dit-il d’autre dans cette lettre ?

 

En fait, Lucien l’âne mon ami, tu fais bien de poser cette question, car la fin de cet envoi n’est pas négligeable du tout. Les deux derniers quintains annoncent l’écrivain et ce petit cahier vert est le premier volume de son œuvre ; une œuvre qu’il créera durant les quarante années qui vont suivre, mais c’est là, toute une autre histoire, même si en effet :

 

« Un livre infini, circulaire

Qui englobe toutes les choses,

Une vision unique, unitaire,

Comblant le désordre élémentaire

En une sphère totalement close. »

 

est une description assez précise et prémonitoire de son dernier livre, intitulé curieusement « Quaderno a cancelli » – en français : « Cahier à grilles ou cahier à barreaux ». Je le connais assez bien ce livre infini, dont j’ai tiré les trois volumes de Chansons lévianes : « Le Guerrier afghan », « Le Grand Rat » et « L’Homme en Pain d’Épice ».

 

Quand même, conclut Lucien l’âne, ce Cahier à Grilles paraît sous un autre jour quand on a lu ces lettres. Pour le reste, attendons la suite et tissons le linceul de ce vieux monde rusé, toxique, létal et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Quand vous recevrez ce courrier,

J’aurai déjà quitté

Rome et ses quartiers,

Sans les avoir vus,

Pour un paysage inconnu.

 

Où ce sera ? Près, loin ?

À la mer, à la montagne ?

Dans les collines ? Dans la campagne ?

Vraiment, je n’en sais rien.

Je le saurai demain.

 

À la promenade, on est trois.

Moi et deux garçons

En attente de relégation.

On fait la conversation,

C’est toujours ça.

 

J’ai mon cahier vert

Et je vais écrivant,

Mais lentement.

L’inertie est un ver

Qui vous ronge en dedans.

 

J’écris trois pages par jour.

J’y mets tout l’art,

J’y insère tout le savoir

Et La Loge de Renoir.

Pour le finir, il faudra beaucoup de jours.

 

Un livre infini, circulaire

Qui englobe toutes les choses,

Une vision unique, unitaire,

Comblant le désordre élémentaire

En une sphère totalement close.

 

 

 Le Cahier vert
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31 juillet 2019 3 31 /07 /juillet /2019 12:29

 

 

LA CAPITAINE

 

 

Version française – LA CAPITAINE – Marco Valdo M.I. – 2019

Chanson italienne – CapitanaFrancesco Camattini – 2019

 

 

 

« Capitana », chanson dédiée à la Capitaine Carola Rackete – texte et musique : Francesco Camattini

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 

 

 

Je voudrais juste signaler à l’attention la chanson que Marco Valdo M.I. avait faite – à la fin du mois de juin – en hommage à la Capitaine Carola Rackete ; cette chanson de langue française s’intitule : Le Petit Navire, la Capitaine et les Réfugiés. Cette chanson, se terminait par un envoi :

« Envoi :

Quant au sinistre ministre, (bis)
Il n’a plus qu’à, qu’à, qu’à aller jouer (bis)
Avec son canard en plastique !
Ohé ! Ohé ! Matteo, Matteo navigue sur les flots !
Ohé ! Ohé ! Matteo, Matteo navigue sur les flots ! ».

 

 

Voilà pourquoi on offre ici, un joli canard jaune au « sinistre ministre » afin qu’il aille jouer dans sa baignoire ou son bac à sable.

Ainsi Parlait Lucien Lane

 

 

 

 

Le vent siffle fort,

La tempête fait rage,

La Capitaine Rackete

Se déplace légère :

D’abord sur les brise-glace

Au cercle polaire,

Puis, dans le néant et la Sibérie

Et revient en haute mer.

 

On peut passer son existence

À rechercher un sens,

À lever les voiles

Sans trouver le vent.

Haïr est plus payant,

Détruire, accuser,

Abattre, ambitionner,

Et au fond de la mer, noyer les gens.

 

Haïr est plus payant,

Détruire, accuser,

Abattre, ambitionner,

Et au fond de la mer, noyer les gens.

 

Ca-pi-tai-ne-ne…

– À vos ordres, Madame !

– En route pour Lampéduse… ! –

Hisse haut, oh, hisse !

 

Antigone moderne,

Guerrière magnifique

Qui vogue sur les flots

De ceux qui n’ont pas de drapeau :

« Il n’y a qu’une seule loi :

La vraie loi humaine

Qui dicte aussi le droit,

Qui dit : « Détester la haine ! »

 

C’est une vague géante

Qui vient de loin,

Qui vient demander des comptes

De ce qui est encore humain…

C’est la vague de ceux qui crient

Sous nos murs fortifiés,

Celle de ceux qui font la fête

Quand les ports sont fermés.

 

 

Ca-pi-tai-ne-ne…

– À vos ordres, Madame !

– En route pour Lampéduse… ! –

Hisse haut, oh, hisse !

 

On fait ce qui est juste.

On prend le risque en compte,

Même si la mer est haute,

On paye et il n’y a pas de « trêve »

Pour ce qui vaut la peine.

Quoi autrement, on navigue ?

Pour redevenir humains

Redevenir, oui humains.

 

 

Il est beaucoup plus difficile

De désarmer un cœur fier

Que de nourrir l’enfer.

Et causer de la douleur

Haïr est plus payant,

Détruire, accuser,

Abattre, ambitionner,

Et au fond de la mer, noyer les gens.

 

 

Haïr est plus payant,

Détruire, accuser,

Abattre, ambitionner,

Et au fond de la mer, noyer les gens.

 

 

Ca-pi-tai-ne-ne…

– À vos ordres, Madame !

– En route pour Lampéduse… ! –

Hisse haut, oh, hisse !

 

 

Et calme est maintenant de vent,

La tempête se fait discrète.

La capitaine Rackete,

Est à bon port à présent.

Créon est encore plus fragile

Et par la grâce de cette femme,

Il s’enfonce dans la poussière.

Il coule, voyez, il coule !

 

 

Créon est encore plus fragile

Et par la grâce de cette femme,

Il s’enfonce dans la poussière.

Il coule, voyez, il coule !

 

LA CAPITAINE
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29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 16:58

LA BANANE

 

Version française – LA BANANE – Marco Valdo M.I. – 2019

à partir de la traduction italienne LA BANANA de Krzysiek Wrona

d’une chanson polonaise (inédite) – Banan – Jacek Kleyff2018

Paroles et musique : Jacek Kleyff
Jacek Kleyff :
guitare et métronome, enregistrement sur dictaphone.
Texte transcrit à l’oreille par YT.

 

 

 

 

 

 


 

Dialogue Maïeutique


 

Qu’est-ce que c’est encore, Marco Valdo M.I., que cette histoire de banane ? D’abord, d’où vient-elle ? Puisque c’est une version française, elle vient forcément d’ailleurs. Est-elle africaine, sud-américaine, antillaise comme sont les bananes ? Vient-elle du Pérou ou de la Martinique ? Ou d’ailleurs, mais nécessairement, d’un pays où poussent les bananes qui sont des pays chauds, très chauds pour ce que j’en sais, car sur les rivages que j’ai fréquentés par ici, il n’y en avait pas, sauf à titre de curiosité.


 

En effet, Lucien l’âne mon ami, la banane est un fruit résolument exotique ; mais, il y a aussi une excellente raison d’en faire une version française, car si la banane est née en Afrique, la chanson est absolument polonaise. C’est ce qui lui donne toute son originalité.


 

Une chanson sur la banane polonaise ?, tu m’en diras tant, Marco Valdo M .I. mon ami. J’ai beaucoup de mal à le concevoir ; j’avais le souvenir que la Pologne était plutôt la patrie des pommes.


 

Arrête, Lucien l’âne mon ami, ne t’emballe pas, je vais tout t’expliquer. D’abord, laissons de côté la banane et parlons de la chanson. Je voudrais dire un mot à propos de la chanson polonaise et de celui – Krzysiek Wrona – qui fait ce travail de nous les faire connaître en langue originale et de les traduire en italien, ce qui me donne la possibilité d’en présenter des versions en langue française. Tout ce truchement, même s’il est lent, est bénéfique. Je trouve fascinant de pouvoir ainsi découvrir ces territoires inconnus et jusque-là, inaccessibles.


 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est fantastique et je ne peux qu’abonder dans ton sens ; on connaîtra ainsi tous ces pays dont nous parlent toutes ces chansons. Mais si tu veux bien revenir à la banane. Je me souviens d’ailleurs qu’il n’a pas toujours été facile d’en avoir des bananes ; des fois même, il n’y en avait pas, même en Amérique où tout est pléthorique, comme le disait une chanson de 1923 « Yes! We Have No Bananas » (Frank Silver et Irving Cohn), qu’il faudrait regarder de plus près, car elle a toute une histoire elle aussi.


 

Sans doute, reprend Marco Valdo M.I., mais pour ce qui est de la banane polonaise, je veux dire la chanson « Banan », elle aurait pu s’intituler : La véridique histoire d’une banane, car, elle suit exactement cet itinéraire biographique depuis la cueillette jusqu’à l’étal du commerçant quelque part en Pologne. Elle retrace ce parcours et elle fait surgir certains paradoxes et dénonce certaines iniquités que je te laisse découvrir. Tout comme la guerre de la banane où les enjeux sont terribles. La banane est au cœur d’un affrontement international qui est un aspect de cette Guerre de cent Mille Ans que les puissants et les riches font aux faibles pour accroître leur emprise, multiplier leurs profits, écraser toute concurrence, éteindre toute conscience et liquider toute résistance à leurs lubies. La seule remarque à faire à ce sujet, c’est que la la banane que l’on trouve dans les commerces ne vient pas principalement d’Afrique, mais des exploitations vivrières des compagnies américaines d’Amérique latine, où les conditions de travail sont épouvantables.


 

Oh, je sais, dit Lucien l’âne, ces histoires de bananes sont fort complexes et la guerre de la banane est intercontinentale ; de toute façon, nous les ânes, on ne mange pas de bananes. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde incohérent, complexe, exploiteur et cacochyme


 

Heureusement !


 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 

La banane croît, croît, croît

Dans un village du Libéria.

Elle est encore verte ;

Tout le village la surveille.

On la met dans la caisse,

Le vélo tient à peine,

Car les accessoires coûtent.


 

La banane voyage, voyage

Sur le vélocipède.

Le négociant va

Pour les achats

Dans la brousse du Libéria

Tant que le vélo roule.

Il transporte ses deux caisses.


 

À présent la banane dans sa caisse

Grimpe sur le porte-bagage

D’une vieille Willys

Ou d’une Peugeot,

Restes des guerres et des embrouilles

Où les Yankees et les mangeurs de grenouilles

Ont fait du sale boulot.

 


 

La banane dans sa caisse

Est déjà moins verte ;

Avec son chargement de quarante caisses,

La voiture avance à peine

Et l’habile colonisateur

Fait tourner le moteur

Au pétrole d’Arabie ou de Perse.


 

Dans le port, la banane passe

De la voiture au conteneur ;

Des gens la chargent

Qui voulaient vivre au paradis,

Mais pour eux, c’est râpé :

Ce marché est contrôlé

Par quatre compagnies.


 

Ah, comme elle est douce la chair de la banane ;

En bouche, elle se mue en moelleuse mousse.

Je la veux tout de suite.

Elle a été cueillie par le singe

Noir comme l’asphalte

Qui l’a transportée sur son vélo.

Je m’empiffrerai dans mon studio.


 

Le ramassage des , maintenant,

C’est l’affaire des enfants.

Ils mettent dans un sac ce qu’ils trouvent,

De temps en temps, ils mangent un morceau.

Affamés, ils n’ont pas la force

De leur père qui les surveille,

Ployant sous la caisse qui pèse sur son dos.


 

Le quai nettoyé,

Les câbles d’acier

Un à un, tous les conteneurs tirent,

Ils chargent le navire

Qui, de plus, marche au pétrole

Et rejette le trop-plein à la mer

Où dans la boue grasse, les oiseaux s’enferrent.


 

Le bateau vogue déjà

Loin du Sénégal, il s’en va.

Où sévit une infernale sécheresse

Et où plusieurs petits puits

Qui datent d’avant la guerre,

Les moteurs à sec, sans pétrole,

Ne peuvent pas pomper.


 

Déjà, le Danemark est contourné,

Skagerrat, Kattegat sont passés.

En route, le navire s’est ravitaillé

Avec l’argent envoyé par la société.

Reste la mer Baltique à traverser,

Car, à Gdynia, notre belle cité,

Le navire est arrivé.


 

À Gdynia, sur le port,

Des grues portuaires encore.

La banane a mûri dans sa caisse

Les portefaix du port

Qui viennent de gagner leur grève

Pour sauver le quatorzième salaire

Ont daigné décharger la marchandise.


 

Du quai zébré, dans le conteneur,

La banane dans sa caisse

Part dans un train qui roule

À l’électricité et au pétrole

Pour la région lointaine

De Masovie ou d’ailleurs,

Sans s’arrêter, il va sans peine.


 

Ah, comme elle est douce la chair de la banane ;

En bouche, elle se mue en moelleuse mousse.

Je la veux à l’instant.

Ce qui est bon, le sait mon enfant

Qui en mange trois à la fois.

Il n’aime plus les pommes maintenant.

Je vais en acheter tout un tas.


 

Mais à la jonction de la grande voie,

D’une énorme grue, encore une fois

S’écoule le flot de bananes

Dans un camion après l’autre

Qui s’en vont vers les petites villes

En labourant le nouveau bitume,

Payé par l’Union Européenne.


 

Les financements de l’Union

Permettent de nouvelles routes

Et soutiennent la civilisation

Qui vient des mêmes gens

Qui ont conquis l’Afrique

Le Christ à la main,

Se goinfrant tels des vampires humains.


 

La banane est désormais jaune et belle.

L’attendent tant et tant de camionnettes ;

Du conteneur avec un élévateur,

On monte la banane

Sur la galerie d’un transporteur.

Toutes les mains restent propres,

Personne n’est en sueur.


 

Et maintenant la banane s’en va

À l’entrepôt du voisinage,

D’où l’emporte

Dans sa boutique, l’épicière

Et là, sur l’éventaire,

Mesdames et Messieurs, Messieurs dames,

C’est à n’y pas croire, à n’y pas croire !


 

Il est moins cher d’acheter cette banane

Qu’une pomme polonaise

Non loin de Grójec, le verger de la Pologne,

C’est à n’y pas croire, à n’y pas croire !

C’est une chose stupéfiante :

À quatre euros, les pommes ;

À deux euros, les bananes.


 

Ah, comme elle est douce la chair de la banane ;

En bouche, elle se mue en moelleuse mousse.

Je la veux à l’instant.

Moi, je vais m’en débarrasser,

J’achèterai un bélier.

Et je briserai ce marché

Car j’y suis déterminé !


 

La banane croît, croît, croît

Dans un village du Congo, cette fois.

Elle est encore verte

Tout le pays la surveille.

Il la met dans la caisse,

Son vélo tient à peine,

Car les accessoires coûtent.


 

LA BANANE
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Published by Marco Valdo M.I.
23 juillet 2019 2 23 /07 /juillet /2019 16:51

 

 

 

Je serai toujours moi

 

 

 

Lettre de prison 38

15 juillet 1935

 

 

 

 

Ne vous en faites pas !

Je serai toujours moi.

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Lucien l’âne mon ami, je te rappelle qu’à la différence des ânes qui se promènent toujours à poils, les humains, gens fragiles, se vêtent et se chaussent ; ils se lavent aussi. Du moins, la plupart d’entre eux et la plupart du temps. Mais, évidemment, il y a des exceptions. Il leur faut donc – à la plupart – tout un équipement adapté.

 

Oui, je sais tout cela, dit Lucien l’âne, mais encore ?

 

Rien, répond Marco Valdo M.I., si ce n’est que c’est le début de la chanson. J’admets que c’est assez banal, mais la vie est faite pour sa plus grande part de choses fort banales – et la vie du prisonnier, plus encore. De plus, comme notre bon Dr. Levi ne sait toujours pas où il va être confiné, il lui faut bien dire quelque chose dans sa lettre, il lui faut parler d’autre chose. Sinon, que dire dans une lettre, que faire dire à la feuille blanche ? Et c’est ainsi qu’on sort de la banalité des propos quand Carlo Levi, qui était médecin, qui s’était voulu peinte et l’était assurément, par un détour inattendu révèle ses débuts d’écrivain. Pour un peu, je dirais qu’on assiste à la naissance de l’écrivain au travers de son travail suspendu de peintre ; dès lors, il n’y a rien d’étonnant à ce que Carlo Levi écrira avec des images et des couleurs à la manière d’un peintre ; littéralement, il voit le monde. Il dit dans sa lettre :

 

« La peinture… fait de paroles des couleurs en écrivant des sons. »

 

Quel mélange des sens ! En somme, dit Lucien l’âne, pour Levi, l’écriture, c’est faire de la peinture avec des mots des sons et créer un univers visuel avec des sons transcrits en code. J’ai comme l’idée que pour lui, les mots sont des couleurs.

 

Exactement, dit Marco Valdo M.I. ; et c’est une fameuse découverte pour le peintre privé de peinture. ; toute une aventure, mais différente pourtant :

 

« Écrire est une autre aventure

Que la peinture. »

 

Il ne pensait pas si bien dire, ajoute Lucien l’âne, car son aventure en littérature, son voyage en écriture, qui commence avec son « Christ s’est arrêté à Eboli » – le Christ, mais pas Carlo Levi – fera presque oublier le peintre et ces centaines de toiles.

 

On voit là, poursuit Marco Valdo M.I., soudain surgir d’un néant qui lui est imposé, le Carlo Levi qui sera écrivain, journaliste et à sa manière, ethnographe, anthropologue, sociologue – une tout autre manière de peindre. Mais, certainement, il était conscient de ce qui se passait, quand il dit :

 

« Je ne suis pas expert en écriture.

J’écris comme je peins :

Un jour un mot, un autre le lendemain.

Si ça dure,

Je ferai un livre, c’est sûr. »

 

Et, il avait tout autant conscience de sa propre cohérence, indestructible, de sa personnalité, de son individualité :

 

« Ne vous en faites pas !

Dans le pire des cas,

Où que ce soit

Qu’on m’enverra,

Je serai toujours moi. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, on le disait « solaire » et comme on peut tous s’en persuader sans peine, on ne peut enfermer le soleil.

 

C’est, Lucien l’âne mon ami, une bonne façon de comprendre ce titre « Je serai toujours moi », dont j’invite chacun à faire sa devise. C’est le sens de l’homme libre face à l’enrégimentement tant prisé par le régime, par tous les régimes.

C’est le sens de la dignité qui le mènera à résister, résister encore durant tout le temps où fleurit le fascisme. Victor Hugo disait la même chose :

 

« J’accepte l’âpre exil, n’eût-il ni fin ni terme,
Sans chercher à savoir et sans considérer

...
S’il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! »

(Jersey, 2 décembre 1852)

 

Et nous, conclut Lucien l’âne, moins solaires, fort banals, mais obstinés quand même, nous tissons le linceul de ce vieux monde enrégimenté, obéissant, majoritaire et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Outre le maillot, une tenue de toile,

Des shorts blancs, des chaussures de toile,

Des objets de toilette, ma blouse de peintre,

Le minimum indispensable

Qui ne prenne pas de place.

 

Il ne faut pas vous inquiéter,

Quand je saurai la décision

Pour la relégation,

Je vous télégraphierai.

Ainsi, vous saurez.

 

En attendant, je rédige

Mon livre sur la peinture

Et même, sur d’autres choses.

Écrire est une autre aventure

Que la peinture.

 

Miracle de mon incarcération,

Avec du papier et un crayon,

La peinture interdite

Fait de paroles manuscrites

Des couleurs en écrivant les sons.

 

Je ne suis pas expert en écriture.

J’écris comme je peins :

Un jour un mot, un autre le lendemain.

Si ça dure,

Je ferai un livre, c’est sûr.

 

Ne vous en faites pas !

Dans le pire des cas,

Où que ce soit

Qu’on m’enverra,

Je serai toujours moi.

 

Je serai toujours moi
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Published by Marco Valdo M.I.

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  • : Carnet de chansons contre la guerre en langue française ou de versions françaises de chansons du monde
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