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2 octobre 2023 1 02 /10 /octobre /2023 17:48
Don Quichotte défend l'Europe

 

Chanson française - Don Quichotte défend l'Europe – Marco Valdo M.I. – 2023
 

 

 

DON QUICHOTTE ET LE CHAR DE LA MORT

André Masson – 1935

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Vois, Lucien l’âne mon ami, comme le temps passe, comme le monde va de façon claudicante. Il y a dix ans, j’avais proposé ici une canzone intitulée « Don Quichotte sauve l'Europe ». À ce moment, on se demandait : « Qui donc a réveillé le Chevalier à la triste figure d'un si long sommeil ? Qui ou quoi ? Est-il, comme je le crois, accompagné de Sancho et de son âne, monte-t-il Rossinante ? »
 

Ah, dit Lucien l'âne, c’était une bonne question et sans doute, n’est-elle pas sans retentir aujourd’hui. On s’inquiétait d’une main-mise de l’Allemagne qui alors semblait au comble de la prospérité et de l’arrogance. L’oreille tinta au Chevalier errant de la Mancha... Rossinante hennit, le plat à barbe tomba et à son tour, se réveilla Sancho, qui réveilla son âne...

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., c’était une bonne question, mais il se fait qu’une aube nouvelle s’est levée, toute pleine de nuit et de brouillard ; elle s’est levée à l’Est comme il se doit. Une aube sombre et triste et massacrante et perverse à souhait ; elle se nourrit de mensonge et d’indécence, elle déverse ses crimes sur le continent, elle s’engraisse de guerre et l’ogresse révèle petit à petit son appétit dévorant. Elle mange les terres voisines, elle mange les gens et ces gens-là, ce sont des gens qui se revendiquent être des gens d’ici. On ne peut les laisser au risque de laisser le barrage s’effondrer et d’être à notre tour inondés.

 


Oui, poursuit Lucien l'âne, dans la vallée inondée résonnent les trompes de la mort.


En effet, Lucien l’âne mon ami, ton oreille ne t'a pas trompé... C'est l'écho de cet appel que l'on entend maintenant... Tout comme, certainement, il a réveillé l'Homme de la Manche, son acolyte Sancho, le plat à barbe et l’âne... Et regarde, le grand Don Quichotte remonte Rossinante et s’en va là-bas combattre les chars de la Mort, avant qu’il ne soit trop tard, pense-t-il. Il veut, montrant sa lance, de sa seule présence (et de celle de Sancho et de celle de l’âne et de celle du plat à barbe) faire reculer en leur tanière les cohortes altières de l’envahisseur – en italien : l’invasore. C’est l’histoire que raconte cette nouvelle canzone : « Don Quichotte défend l'Europe ».

 

Oui, dit Lucien l’âne, cette aube pâle, ce feu pâle à l’horizon, c’est celle dont parle la chanson italienne qui dit :

 

« Stamattina mi sono alzato
E ho trovato l'invasor.

Ce matin, je me suis levé

Et j’ai trouvé l’envahisseur. »

 

Et, continue Marco Valdo M.I., Don Quichotte a raison et nous devrions, toi et moi, comme lui, comme Sancho, comme Rossinante, comme l'âne et comme le plat à barbe affirmer clairement qu’il ne convient pas de laisser l’invasore-envahisseur rester dans les territoires qu’il a déjà envahis et que ce conquérant devrait commencer par jeter à terre toutes ses armes et rentrer chez lui se jeter des cendres sur la tête. Il lui faudra aussi quémander la paix, demander pardon pour toutes les horreurs qu’il a commises et bien évidemment, indemniser tous les dommages qu’il a causés. Il serait correct aussi qu’il rapatrie tous ses colons - sauf évidemment, ceux qui souhaiteraient rester sur place et s’assimiler au pays où ils vivent. Il paraît normal que l’accapareur restitue tout ce qu’il a emporté, qu’il libère les prisonniers et rende les enfants déportés à leurs parents. En plus, il lui faudra verser d’énormes indemnités afin de s’amender. Enfin, il lui faudra considérablement se démilitariser - sur terre, sur mer et dans les airs - de sorte à ne plus constituer un risque pour les autres pays, pour l’espèce humaine entière, pour le monde entier et singulièrement, pour les pays voisins.

 

C’est pas drôle ce qui va arriver aux envahisseurs, dit Lucien l’âne, mais enfin, leur Guide l’a cherché, il l’a voulu et c’est lui qui a ordonné à ses sbires d’envahir le pays voisin et qui avait d’ailleurs fait pareil antérieurement. Un précédent Guide, en fait le Grand Guide, avait poussé jusqu’au milieu de l’Europe et avait asservi les populations qui y vivaient ; le Guide actuel en a contacté une malsaine nostalgie. En fait, c’est une vilaine habitude locale. Et quand il dit qu’il agit pour défendre l’intégrité, passée, présente et future de l’Empire, je me demande qui pourra le croire du simple fait que personne n’aurait l’idée saugrenue d’aller l’envahir. Et pour quoi en faire, d’ailleurs ?

 

J’ajoute, dit Marco Valdo M.I., qu’un pays qui abandonne l’idée farfelue de grandeur, un peuple qui se contente d’exister trouve par là-même la paix et la possibilité de connaître le bonheur de vivre. Je veux dire de vivre tout simplement ; un monde où chacun sans crainte, sans angoisse peut vivre sa vie comme elle vient, comme elle va, avec ses hauts, avec ses bas, d’un bout à l’autre comme il se doit et certes, pas toujours simple, pas toujours facile, pas toujours gaie, pas toujours triste, la vie, quoi !

 

Et ça suffit bien comme ça, dit Lucien l’âne. Un jour entraîne l’autre de la naissance au trépas. Parfois, il y a des surprises, parfois, il y a des joies et parfois, il n’y en a pas. Au bout du conte, trois petits tours et puis s’en va. Et moi, pauvre de moi, vivre ma vie, je n’ai jamais fait que ça et même dans les ennuis, même dans les pires tracasseries, j’ai toujours été heureux et je ne me souviens même pas de tout le temps passé. Maintenant, il me tarde de nous remettre à notre tâche quotidienne et à tisser le linceul de ce vieux monde encombré de chars d’assaut, de missiles, d'hommes prétentieux, ambitieux, impérieux, présomptueux, avide et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Voyez ce qu'ils font aux Ukrainiens,
Ils le feront à tous demain.
Ô Sancho, mon serviteur, mon brave ami,
On ne peut laisser faire
ces bandits.

Seigneur, je sais combien votre bras est vigoureux,
Je connais votre générosité et votre courage,
Mais ces ennemis-là sont des bêtes en rage,
Pour défendre les gens, faisons de notre mieux !

Je vois là-bas un
Guide de carrière
Avachi dans son fauteuil, il guigne par ici.
Rossinante,
faisons face à l'ennemi !
Ô Sancho, mon serviteur, couvre mes arrières.

Seigneur, je vous conjure, refrénez votre cœur !
Votre lance valeureuse ne peut rien, ni votre ardeur
Contre cette
pléthorique armée blindée.
Il nous faut d'urgence une autre idée.

Je m'en vais de ce pas interpeller ce
Guide ubuesque,
Car je suis moi, Don Quichotte, seigneur de la Mancha
Et j'ai l'honneur d'être le défenseur de la belle Europe.
Non, mille fois non, on ne peut laisser faire ça !

Monseigneur, écoutez, l
e Burlesque vous répond.
Je suis
le Guide de toutes les Russies et le Petit Père
Et la voix du Seigneur parle en moi au plus profond,
Demain, tout le monde m'obéira de l'océan jusqu'à la mer.

Ô Sancho, mon serviteur, mon brave ami,
Cette ambition cachée, on la connaît depuis longtemps déjà ;
C'était celle d'
Igor, des Nicolas, de celui qui leur succéda,
L’homme à la moustache qui
affama les pays.

Tudieu, le Burlesque éructe en entendant cela.
Il dit que s’il rêve d'Igor, de Pierre et des Nicolas,
Le petit homme, foi de menteur, il ne le connaît pas,
Qu'
il ne porte pas de moustache et qu'il ne vous craint pas.

Ô Sancho, mon serviteur, mon brave ami,
Dis-lui, à ce
t envahisseur, de rendre aux gens
Tout ce qu'
il leur a pris, lui et les cupides de son pays,
Qu'
il cesse de fracasser l'Europe et ses enfants.

Monseigneur, l
e Guide se gausse,
Il se marre, il ricane, il ricasse,
Il se dit le plus fort, le plus puissant
Et
il entend s’emparer de tout le continent.

Ô Sancho, mon serviteur, mon brave ami,
Dis à ce
mégalomane, que je ne puis laisser faire,
Qu'il me faudra lui passer ma lance par le travers ;
En un mot comme en cent, l
e clouer au pilori.

Écoute-moi, G
uide, abominable immonde,
Tu nous
fais un insupportable monde.
Au nom des pacifiques, un chevalier te défie,
Don Quichotte de la Mancha,
au nom de la vie.

Seul avec son Rossinante, son plat à barbe et sa lance,
Suivi d'un écuyer benêt et d'un âne plus idiot encore.
Il a l'appui de son roi, d'Albion
et de la France,
Qu'il
résiste et mes chars le laisseront pour mort.

Et Sancho, révolté, crie aux échos

Don Quichotte n'est pas seul !
Il n'est pas seul ! Il n'est pas seul !
Il a les
gens d'Europe avec lui.

Le Chevalier à la triste Figure se lève alors et répond :
La
conscience doit-elle disparaître ?
Va-t-on s’incliner face à un maître ?
Je suis seul
ici, mais nous sommes des millions.
 

Je vous parle sans peur et sans gloire,
Je vous dis que rien n'est perdu.
Les diktats ne nous ont jamais convaincus
Et
déjà se disloque le mirage de votre victoire.
 
Cette guerre
doit se limiter à votre territoire,
Il vous faut reculer avant qu'il ne soit trop tard.

Annexer l’Europe n'est pas votre destin.
Tels que nous sommes, nous sommes l'Europe de demain.

Et chaque jour, avec Rossinante, mon plat à barbe et moi,
Sancho, son âne, les gens d'
Europe, on viendra
Jeter aux Enfers le rêve
d’Empire et de Grande Nation
Et
nous tisserons le linceul de votre Grande Illusion.

 

DON QUICHOTTE ET LE CHAR DE LA MORT  André Masson – 1935

DON QUICHOTTE ET LE CHAR DE LA MORT André Masson – 1935

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Published by Marco Valdo M.I.
30 septembre 2023 6 30 /09 /septembre /2023 11:04
CHANSON TZIGANE

 

Version française – CHANSON TZIGANE – Marco Valdo M.I. - 2023

d’après la traduction italienne - UNA CANZONE ROM – Riccardo Gullotta – 2023

d’une chanson russe Цыганская песня (Tsyganskaja pesnja) - Vladimir Semënovič Vysotskij / Владимир Семёнович Высоцкий - 1968
Paroles et musique : Vladimir Semënovič Vysotskij

 

CAMPEMENT TZIGANE

LES ROULOTTES - Vincent Van Gogh - 1888

 

 

 

La tristesse pèse comme un rocher,

Pourquoi chaque mot fait-il mal de nos jours ?

Un troupe de tziganes campe à l’entour

Et comme des violons, les peupliers,

 

Comme des violons, les peupliers chantonnent.

La-la-la-la-la, la-la-la-la, la-la-la-la-la !

Comme une guitare, la terre sonne.

La-la-la-la-la, la-la-la-la, la-la-la-la-la !

 

Dans la mare, je noie mon chagrin ; puis, je m’envole ;

Dans la steppe, les feux et les flammes m'appellent.

Mon cœur et ma chemise sont lacérés.

Ohé, tziganes, venez m’aider !

 

Je bois le fût jusqu’au bois !

La-la-la-la-la, la-la-la-la, la-la-la-la-la !

Chantez tziganes, chantez pour moi !

La-la-la-la-la, la-la-la-la, la-la-la-la-la !

 

Les violons me réveillent à nouveau,

Toute la végétation fleurit.

Qu’on me condamne ou non, il fait beau.

Avec vous, tziganes, je revis !

 

Tu ne m'auras pas, nœud coulant !

La-la-la-la-la, la-la-la-la, la-la-la-la-la !

Chantez, tziganes, la pluie des champs !

La-la-la-la-la, la-la-la-la, la-la-la-la-la !

 

CAMPEMENT TZIGANE  LES ROULOTTES - Vincent Van Gogh - 1888

CAMPEMENT TZIGANE LES ROULOTTES - Vincent Van Gogh - 1888

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Published by Marco Valdo M.I.
28 septembre 2023 4 28 /09 /septembre /2023 17:55

 

Les Oies cendrées

 

Chanson française — Les Oies cendrées — Marco Valdo M.I. — 2023


 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 


 

Épisode 159

 

 

 

L'EXIL DES OIES

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

La précédente canzone, Lucien l’âne mon ami, était entièrement constituée d’un monologue de Grand-Mère qui n’est autre, je le rappelle, qu’une des voix qui hantent notre voyage en Zinovie. La singularité de son intervention tient au fait qu’elle parle des filles de là-bas, c’est-à-dire en l'occurrence de la Perse, qui sont soumises à des lois, des règlements directement dictés par les religieux.

 

Autant dire tout de suite, remarque Lucien l'âne, que ces dispositions sont carrément ignobles et complètement absurdes et terriblement oppressantes.

 

Exactement, répond Marco Valdo M.I., en plus il s'agit d'un fardeau supplémentaire qui frappe les femmes lesquelles écopent aussi des interdictions et autres sanctions qui pèsent sur les hommes.

 

Oh, dit Lucien l'âne, je pense que Grand-Mère avait bien raison de rappeler ces évidences et de faire écho aux pénibles conditions que certaines religions réservent aux filles en Perse et ailleurs.

 

Cependant, cette fois, Lucien l’âne mon ami, la canzone, intitulée « Les Oies cendrées » revient en Zinovie pour montrer la situation du trouvère ; une situation exemplaire de tous les gens de Zinovie qui, comme les filles de Perse, entrent progressivement en révolte (au départ, une révolte intériorisée et silencieuse avant de déborder dans les rues et d’affronter le pouvoir) contre le régime et le Guide. Ceci, au passage, montre combien ces destins des filles de Perse et des gens de Zinovie ont en commun.

 

Ah, dit Lucien l’âne, l’oppression est toujours semblable à elle-même et toujours elle engendre la révolte.

 

Mais ce n’est pas tout, reprend Marco Valdo M.I., car la canzone explore aussi, via le trouvère, la question de l’exil considéré comme une solution pour échapper au système, même s’il faut en avoir l’opportunité et les moyens et la situation de ceux qui sont condamnés à rester dans le pays pour diverses raisons : emprisonnement, détention en camp, internement psychiatrique et bien sûr, le manque de moyens.

Ensuite, Grand-Mère insiste à nouveau – ce sont les deux dernières strophes – et elle a raison de le faire, sur les brimades réservées aux filles de là-bas.

 

Oui, dit Lucien l’âne, elle a raison. Tout comme il est exact que l’exil est une voie qu’il n’est pas toujours possible d’emprunter. Mais laissons méditer la chanson. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde totalitaire, absolutiste, délirant, autoritaire et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 


 

Un jour, Grand-Mère, dit le trouvère,

On entre comme ça en rébellion

Sans trop savoir quoi faire,

Chacun pour soi, sans illusion.

On rêve de sortir du désert,

On songe à fuir l’enfer,

Comment échapper au mirage fielleux,

Au nuage hypnotique de l’avenir radieux.

Sans faire d’histoires, sans barguigner,

J’ai écrit mes histoires, sans imaginer

Qu’ici en Zinovie, toute critique

Est, par nature, un crime politique.

 

Vague après vague, à l’inverse de la mer,

Les émigrants fuient le radieux mirage.

Ils découvrent de lointains rivages,

Ils accostent d’autres terres.

L’exil est sans doute une punition

Préférable au camp ou à la prison.

Ainsi, comme chaque année,

En bandes, les oies cendrées,

Les gens d’ici s’en vont

Vivre ailleurs leurs ambitions.

Certains songent parfois à revenir.

Moi, je n’ai jamais pu partir.

 

Grand-Mère dit : Les filles de là-bas,

Elles aussi du pays ne peuvent partir.

Avec constance, elles doivent mentir.

La chair est triste quand on la bat

Et La barbe du Guide intimide

Un peu, un moment, les plus timides.

Il leur faut baisser les yeux ;

Il leur faut cacher leurs cheveux.

En elles, couve la résolution

D’être soi sous le voile,

De lever les yeux aux étoiles,

Malgré la religieuse révolution.

 

Les filles de là-bas rêvent à

Se maquiller après le bain,

Aimer simplement comme ça,

Se promener main dans la main,

Habiter seule, avoir son chez-soi

Ou bêtement avoir un chien.

À tout ça, elles n’ont pas droit.

Dans ce monde si malsain,

Les filles de là-bas ont la volonté voilée,

Clandestine, obstinée de protester,

Contre cette assommante société,

Et le désir têtu de vivre la vie volée.

 

 

 

 

 

 

LA ZINOVIE


 

Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :


 

 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; Épisode 71 : Un Conflit avec l’Étranger ; Épisode 72 : Petit Manuel de Survie ; Épisode 73 : La Banalité ; Épisode 74 : La Ligne de Conduite ; Épisode 75 : Les Femmes de Zinovie ; Épisode 76 : La Légende ; Épisode 77 : Le Devoir sacré ; Épisode 78 : Les nouveaux Soldats ; Épisode 79 : Bruit de Fond ; Épisode 80 : Une résistible Ascension ; Épisode 81 : La Zone interdite ; Épisode 82 : Les Pommes ; Épisode 83 : La Normalité ; Épisode 84 : L’Autorisation ; Épisode 85 : L’Exclusion ; Épisode 86 : Quelle Affaire ? ; Épisode 87 : Le Vase vide ; Épisode 88 : Introspection ; Épisode 89 : Le Pays gris ; Épisode 90 : Tout un Style ; Épisode 91 : L’État unique ; Épisode 92 : Le Veilleur de Nuit ; Épisode 93 : Le Questionnaire ; Épisode 94 : Le Roi des Rats ; Épisode 95 : Si tu veux la Paix ; Épisode 96 : Les Vieilles et la Guerre ; Épisode 97 : L’Étoile filante ; Épisode 98 : La Guerre nécessaire ; Épisode 99 : Les Méditations ; Épisode 100 : La Guerre des Boutons ; Épisode 101 : Hurler avec les Loups ; Épisode 102 : Les Cantines éternelles ; Épisode 103 : L’Homme debout ; Épisode 104 : Les Nouveaux Cerisiers ; Épisode 105 : La Logique du Soldat Mort ; Épisode 106 : Les Fuites ; Épisode 107 : Les Ratures ; Épisode 108 : Les Lombrics philosophiques ; Épisode 109 : Les Réservistes ; Épisode 110 : La Logique de la Paix ; Épisode 111 : Le Citoyen et le Régime ; Épisode 112 : Les Ennemis extérieurs ; Épisode 113 : L’Oiseau de Feu ; Épisode 114 : Le Rêve du Guide ; Épisode 115 : Le Bourbier atomique ; Épisode 116 : L’Exilé ; Épisode 117 : La Journée ordinaire ; Épisode 118 : Les Commandeurs ; Épisode 119 : Sainte et Martyre ; Épisode 120 : La Patrie en Danger ; Épisode 121 : Les Églantiers sauvages ; Épisode 122 : Le Temps restant ; Épisode 123 : L’Invincible Armée ; Épisode 124 : L’Explorateur ; Épisode 125 : La Mémoire ; Épisode 126 : Souvenirs du Vieux Temps ; Épisode 127 : La Pauvreté chaleureuse ; Épisode 128 : Du Village à la Ville ; Épisode 129 : À l’École de la Capitale ; Épisode 130 : Le meilleur Élève ; Épisode 131 : Le Rire doux ; Épisode 132 : Les belles Jambes ; Épisode 133 : La Guerre et la Paix ; Épisode 134 : Le Moyen Âge ; Épisode 135 : Roman ; Épisode 136 : L’Aventure guerrière ; Épisode 137 : L’Âme de la Guerre ; Épisode 138 : Les Illusions perdues ; Épisode 139 : Contes et Mécomptes ; 140. Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule ; 157. L’Art naïf ; 158. Les Filles de là-bas

L'EXIL DES OIES

L'EXIL DES OIES

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Published by Marco Valdo M.I.
24 septembre 2023 7 24 /09 /septembre /2023 16:37
ANNOUCHKA

 

Version française – ANNOUCHKA – Marco Valdo M.I. - 2023

d’après la traduction italienne de Riccardo Venturi

d’une chanson polonaise – Annuszka - Szymon Podwin - 2022



 

 

ANNOUCHKA A RENVERSÉ L'HUILE

2011

 

 

« – Là, vous exagérez. Pour moi, par exemple, je sais à peu près exactement ce que je vais faire ce soir. Évidemment, si dans la rue Bronnaïa, une tuile me tombe sur la tête…

 

– Jamais une tuile ne tombera par hasard sur la tête de qui que ce soit, interrompit l’étranger avec un grand sérieux. Vous, en particulier, vous n’avez absolument rien à craindre de ce côté. Vous mourrez autrement.

 

– Vous savez sans doute exactement comment je mourrai ? s’enquit Berlioz avec une ironie parfaitement naturelle, acceptant de suivre son interlocuteur dans cette conversation décidément absurde. Et vous allez me le dire ?

 

– Bien volontiers, répondit l’inconnu.

 

Il jaugea Berlioz du regard, comme s’il voulait lui tailler un costume, marmotta entre ses dents quelque chose comme : « Un, deux… Mercure dans la deuxième maison… la lune est partie… six – un malheur… le soir – sept… », puis, à haute voix, il annonça gaiement :

– On vous coupera la tête !

Stupéfié par cette impertinence, Biezdomny dévisagea l’étranger avec une haine sauvage cependant que Berlioz demandait en grimaçant un sourire :

– Ah ! bon ? Et qui cela ? L’ennemi ? Les interventionnistes ?

– Non, répondit l’autre. Une femme russe, membre de la Jeunesse communiste.

– Hum…, grogna Berlioz, irrité par cette plaisanterie de mauvais goût, excusez-moi, mais c’est peu vraisemblable.

– Excusez-moi à votre tour, répondit l’étranger, mais c’est la vérité. Ah ! oui, je voulais vous demander ce que vous comptiez faire ce soir, si ce n’est pas un secret.

– Ce n’est pas un secret. Je vais d’abord rentrer chez moi, rue Sadovaïa, puis, à dix heures, j’irai présider la réunion du Massolit.

– C’est tout à fait impossible, répliqua l’étranger d’un ton ferme.

– Et pourquoi ?

Clignant des yeux, l’étranger regarda le ciel que des oiseaux noirs, pressentant la fraîcheur du soir, zébraient d’un vol rapide, et répondit :

– Parce qu’Annouchka a déjà acheté l’huile de tournesol. Et non seulement elle l’a achetée, mais elle l’a déjà renversée. De sorte que la réunion n’aura pas lieu. »

 

Extrait de Mikhaïl Boulgakov LE MAÎTRE ET MARGUERITE, p.p. 19-22


Pour expliquer un peu mieux cette chanson de Szymon Podwin, il faut rappeler un célèbre roman russe, si célèbre que peu de gens l'ont lu jusqu'au bout (comme c'est généralement le cas pour tous les romans russes, je n'ai encore rencontré personne - moi y compris - qui soit allé jusqu'au bout de "Guerre et Paix" ou de "Crime et Châtiment"). Je parle du "Maître et Marguerite" de Mikhaïl Boulgakov (Мастер и Маргарита), écrit (et dans différentes éditions) entre 1928 et 1940, au plus fort de la terreur stalinienne. Il n'a été publié qu'entre 1966 et 1967, de surcroît dans une version "expurgée" non négligeable ; en 1967, la première traduction italienne (par Vera Dridso) a été publiée par Einaudi, avec une préface et des notes du grand russophile Vittorio Strada.

Au début de ce "roman du Diable", dans le premier chapitre (intitulé "Ne parlez jamais aux étrangers"), Satan apparaît à Moscou (Union soviétique).
Deux écrivains rencontrent un type qui parle bien russe, mais avec un accent quelque peu étranger (Bezdomnyj le prend, oui, pour un Polonais) ; une conversation intéressante s'ensuit. À ce moment précis, en effet, une brave femme, Annouchka ("l'Annina", en somme), a déjà acheté une bouteille d'huile de tournesol et, en marchant, en a renversé sur les rails du tramway. L’écrivain Berlioz, après l'étrange conversation avec l'inconnu, glisse sur l'huile renversée par Annouchka au moment où le tramway passe, qui lui arrache la tête.
Il faut savoir que, depuis, la phrase russe : Aннушка уже купила масло ! "Annouchka a déjà acheté l’
huile !" est pratiquement passée en proverbe. Cela signifie que, quelque part, un événement apparemment insignifiant est sur le point de changer le cours de l'histoire.

...

Ainsi, toute l'histoire du séjour insensé de Satan à Moscou, de ses sbires et du chat Béhémoth a pour origine une dame qui a versé de l'huile de tournesol sur les rails du tramway. A partir de là, on comprend, je l'espère, un peu mieux le sens de cette chanson de Szymon Podwin dans laquelle Annouchka a déjà versé de l'huile et un type, un type qui s'appelle Vladimir Poutine, a déjà commencé la guerre. Ensuite, ce qui doit arriver arrivera en gardant à l'esprit, bien sûr, comme le contributeur anonyme (en fait, très anonyme) nous l'indique, que cette chanson a été composée moins d'un mois après l'attaque de Poutine sur l'Ukraine, avec toutes les craintes d'une attaque directe sur la Pologne qui l'accompagnent. [RV]

 

 

 


Ce qui doit arriver, arrivera, c’est certain ;

C'est le cours inévitable du destin :

Tache de sang sur la nappe fragile.

Annouchka a déjà renversé l'huile.

 

Vladimir fredonne sa haine

En écho à la rengaine.

Il est trop tard pour qu’on recule,

Annouchka a déjà renversé l'huile.


Le sang courra comme une armée : rouge !

En larmes de boue sur le val de terre,

Plus d'un Leonid mourra ici seul.

Annouchka a déjà renversé l'huile.

 

La frontière au matin, ils franchiront

Avec canons, chars, missiles

Et les carburants brûleront.

Annouchka a déjà renversé l'huile.

 

Le bal s’ouvre, la danse de la mort va commencer,

Et Volodya s’en ira en captivité

Et comme son père en Afghanistan finira débile.

Annouchka a déjà renversé l'huile.

 

Avant que le cercle ne se boucle,

La boîte de Pandore va s’ouvrir,

Et le monde entier va souffrir :

Annouchka a déjà renversé l'huile.


Et Ivan roulera sur la terre meuble,

Une fleur, hors de son œil, poussera

Et sa mère ne le saura même pas :

Annouchka a déjà renversé l'huile.

 

La crise mondiale va éclater,

La Volinie et la Podolie vont brûler

Et le Kremlin cramera de cette étincelle.

Annouchka a déjà renversé l'huile.

ANNOUCHKA A RENVERSÉ L'HUILE

ANNOUCHKA A RENVERSÉ L'HUILE

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23 septembre 2023 6 23 /09 /septembre /2023 18:11
LES CHATS DES CARGOS

 

Version française – LES CHATS DES CARGOS – Marco Valdo M.I. - 2023
d’après la version italienne de Gian Piero Testa – Le Gatte dei mercantili – 2010

d’une chanson grecque - Οι γάτες των φορτηγών (I gátes ton fortigón ) - Xembarki / Ξέμπαρκοι – 1986, poème de Νίκος Καββαδίας - Nikos Kavvadìas - 1934.

 

 

 

 

LE CHAT TIGRÉ

 

Henri Rousseau, dit Le Douanier Rousseau – 1872
 

 

 

La condamnation biblique du travail s'est abattue sur l'humanité et frappe même les animaux innocents : pauvres ânes, chevaux, bœufs, chiens, dromadaires, lamas, etc. Personne ne pense, cependant, qu'il reviendrait aussi aux chats de travailler. Pourtant, ils ont été recrutés sur les navires, pour éliminer les colonies de rats. Une fois embarqués, ils ne débarquaient plus jamais. À Venise, la loi les obligeait à être là, et des sanctions étaient prévues pour le capitaine défaillant. Sur les navires marchands en fer, les chats contractaient une maladie professionnelle, liée à la poussière de rouille, que l'on appelle en Grèce "lamarina" ; et "lamarina" signifie "tôle". La maladie de la tôle, donc. Je ne connais pas l'équivalent en italien et j'aimerais le savoir. Le poète néo-grec Nikos Kavvadìas (1910 - 1975), qui a passé presque toute sa vie sur des navires, en tant que mousse, marin et opérateur radio, a dédié ce poème émouvant aux chats des navires marchands. À un moment donné, ceux-ci devenaient fous et devaient être impitoyablement jetés par-dessus bord. Une des plus grandes douleurs pour les marins, qui adoraient les chats embarqués en leur compagnie. (gpt)

 

 

 

 

 

 

Sur les cargos, il y a toujours un chat ;

Les marins l'adorent, sans savoir pourquoi.

Quand ils quittent leur quart, fatigués,

À leurs jambes, il court se frotter.

 

Quand le soir, la mer tangue de partout,

Et, comme à la guerre, sautent les verrous,

Quand à la proue règne un silence sinistre et tourmenté,

C’est une douce compagnie pour les marins ballottés.

 

Autour de son cou, ils mettent un collier de cuivre

Amulette contre la maladie de la mer,

Mais jamais, ils ne parviennent à faire

Fuir « lamarina » létale, la mort noire.

 

Les yeux félins coulent électrisés,

L’eau noire l’attire contre sa volonté,

Le chat fol miaule contre l’horreur

Et les matelots tristes pleurent.


Juste avant sa mort, un marin,

Familier de ces terribles destins,

Regarde au fond de ses yeux pers

Et jette le félin au creux de la mer.

 

Et les marins, au cœur fier, vont à l’arrière

Se cacher et leurs cœurs se serrent,

Remplis de l’amertume affreuse

De la perte de la présence chaleureuse.


 


 

LE CHAT TIGRÉ   Henri Rousseau, dit Le Douanier Rousseau – 1872

LE CHAT TIGRÉ Henri Rousseau, dit Le Douanier Rousseau – 1872

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22 septembre 2023 5 22 /09 /septembre /2023 18:48

 

 

Les Filles de là-bas

 

Chanson française — Les Filles de là-bas — Marco Valdo M.I. — 2023


LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

Épisode 158

 

 

 

 

FILLE DE PERSE

 

Maryam Hashemi - 2011

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Lucien l’âne mon ami, on sait comme sont les grands mères, parfois, elles prennent la parole et il n’y a pas moyen de les arrêter dans leur propos.

 

Oh oui, dit Lucien l’âne, et dans ce cas, il vaut mieux les laisser dire ce qu’elles ont à dire.

 

C’est ce qui se passe ici, dit Marco Valdo M.I., personne, ni le trouvère, n’interrompt son discours. Il n’y a d’ailleurs pas de raison, car ce qu’elle déclare est fort intéressant. Donc, Grand Mère, qui était déjà intervenue plusieurs fois antérieurement, dit son fait ainsi :

 

« Grand-mère dit soudain :

On n’est pas seuls dans le pétrin.

En Perse là-bas et ailleurs en Orient,

L’avenir n’est ni radieux, ni riant.

Depuis leur Grandiose Révolution,

Tout est prétexte à punition. »

 

Remarque, commente Lucien l’âne, que ça se tient avec toutes les canzones précédentes qui relataient la vie en Zinovie après la Grandiose Révolution et puis, il est encore d’autres pays où les gens subissent les suites d’une espérance effondrée, mal menée et l’instauration d’une réalité détestable.

 

Cette vérité générale établie, continue Marco Valdo M.I., Grand Mère expose le sort plus détestable encore des filles et des femmes dans le régime d’une religion aux pensers malsains, qui ajoute l’abjection à l’ignoble ; par exemple :

 

« L’homme est un animal politique ;

La femme est un animal domestique. »

 

et où « femmes et filles ... marchent voilées, tête baissée. »

 

Elle rappelle quand même un point commun aux deux nations – la Zinovie et la Perse : « Chez nous aussi, les langues sont coupées. » Tel est le début.

 

Et pour la suite ?, demande Lucien l’âne.

 

Les deux dernières strophes sont spécifiques, répond Marco Valdo M.I. Ainsi, l’une dénonce la situation des étudiantes et l’autre celle des petites (et moins petites) filles qu’on marie de force ainsi qu’il est de coutume dans la religion locale.

 

La peste soit des religions et des religieux, dit Lucien l’âne. Quant aux Guides qu’on les arrête, qu’on les juge et qu’on les enferme avec les autres cinglés du genre. Allons, respirons un bon coup et tissons le linceul de ce monde encensé, insensé, nauséeux, nauséabond et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 


 

 

 

 

Grand-mère dit soudain :

On n’est pas seuls dans le pétrin.

En Perse là-bas et ailleurs en Orient,

L’avenir n’est ni radieux, ni riant.

Depuis leur Grandiose Révolution,

Tout est prétexte à punition.

Comme ici, ils ont un Guide

Aux principes des plus rigides.

Épiées partout et à toute heure,

Aux femmes, il s’en prend.

Règlement de compte avec sa maman ?

La bouche des filles goûte la peur.

 

Grand-mère dit : en Perse là-bas

En Orient, le Guide mollah,

Incarnation de la nation,

Prêche une autre religion.

Rien de ce qui est humain

N’échappe à ses pensers malsains.

L’homme est un animal politique ;

La femme est un animal domestique.

Le Guide, vrai contempteur de la vie,

En veut aux femmes et aux filles :

Elles marchent voilées, tête baissée.

Chez nous aussi, les langues sont coupées.

 

En Orient, au pays des mollahs,

À l’entrée de l’école, il y a

Le grand portail pour tout le monde

Et la petite porte pour les étudiantes.

On les fouille, pratique humiliante.

Sans doute, ces filles sont trop girondes.

Tenues sous le poids de la tradition,

Sans voile, elles ne sont rien.

Sans voile, comment agiter les mains ?

Où donc commence la trahison ?

Hamlet, dis-nous, être soi-même,

N’est-ce pas là le suprême blasphème ?

 

Grand-Mère chante 

Cette chanson charmante.

Nous n’irons plus au bois,

Les filles sont voilées ;

Les hommes que voilà

Se les ont réservées.

Quelle grandiose stupidité

D’imposer aux filles la virginité.

Quelle glorieuse sainteté

D’étouffer la liberté !

Ah, quelle sombre folie

Frappe les petites filles !

 


 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA ZINOVIE


 

Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :


 

 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; Épisode 71 : Un Conflit avec l’Étranger ; Épisode 72 : Petit Manuel de Survie ; Épisode 73 : La Banalité ; Épisode 74 : La Ligne de Conduite ; Épisode 75 : Les Femmes de Zinovie ; Épisode 76 : La Légende ; Épisode 77 : Le Devoir sacré ; Épisode 78 : Les nouveaux Soldats ; Épisode 79 : Bruit de Fond ; Épisode 80 : Une résistible Ascension ; Épisode 81 : La Zone interdite ; Épisode 82 : Les Pommes ; Épisode 83 : La Normalité ; Épisode 84 : L’Autorisation ; Épisode 85 : L’Exclusion ; Épisode 86 : Quelle Affaire ? ; Épisode 87 : Le Vase vide ; Épisode 88 : Introspection ; Épisode 89 : Le Pays gris ; Épisode 90 : Tout un Style ; Épisode 91 : L’État unique ; Épisode 92 : Le Veilleur de Nuit ; Épisode 93 : Le Questionnaire ; Épisode 94 : Le Roi des Rats ; Épisode 95 : Si tu veux la Paix ; Épisode 96 : Les Vieilles et la Guerre ; Épisode 97 : L’Étoile filante ; Épisode 98 : La Guerre nécessaire ; Épisode 99 : Les Méditations ; Épisode 100 : La Guerre des Boutons ; Épisode 101 : Hurler avec les Loups ; Épisode 102 : Les Cantines éternelles ; Épisode 103 : L’Homme debout ; Épisode 104 : Les Nouveaux Cerisiers ; Épisode 105 : La Logique du Soldat Mort ; Épisode 106 : Les Fuites ; Épisode 107 : Les Ratures ; Épisode 108 : Les Lombrics philosophiques ; Épisode 109 : Les Réservistes ; Épisode 110 : La Logique de la Paix ; Épisode 111 : Le Citoyen et le Régime ; Épisode 112 : Les Ennemis extérieurs ; Épisode 113 : L’Oiseau de Feu ; Épisode 114 : Le Rêve du Guide ; Épisode 115 : Le Bourbier atomique ; Épisode 116 : L’Exilé ; Épisode 117 : La Journée ordinaire ; Épisode 118 : Les Commandeurs ; Épisode 119 : Sainte et Martyre ; Épisode 120 : La Patrie en Danger ; Épisode 121 : Les Églantiers sauvages ; Épisode 122 : Le Temps restant ; Épisode 123 : L’Invincible Armée ; Épisode 124 : L’Explorateur ; Épisode 125 : La Mémoire ; Épisode 126 : Souvenirs du Vieux Temps ; Épisode 127 : La Pauvreté chaleureuse ; Épisode 128 : Du Village à la Ville ; Épisode 129 : À l’École de la Capitale ; Épisode 130 : Le meilleur Élève ; Épisode 131 : Le Rire doux ; Épisode 132 : Les belles Jambes ; Épisode 133 : La Guerre et la Paix ; Épisode 134 : Le Moyen Âge ; Épisode 135 : Roman ; Épisode 136 : L’Aventure guerrière ; Épisode 137 : L’Âme de la Guerre ; Épisode 138 : Les Illusions perdues ; Épisode 139 : Contes et Mécomptes ; 140. Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule ; 157. L’Art naïf

sode 87 : [[65035]] ; Épisode 88 : [[65048]] ; Épisode 89 : [[65075]] ; Épisode 90 : [[65093]] ; Épisode 91 : [[65119]] ; Épisode 92 : [[65123]] ; Épisode 93 : [[65140]] ; Épisode 94 : [[66011]] ; Épisode 95 : [[66033]] ; Épisode 96 : [[66049]] ; Épisode 97 : [[66052]] ; Épisode 98 : [[66071]] ; Épisode 99 : [[66082]] ; Épisode 100 : [[66089]] ; Épisode 101 : [[66100]] ; Épisode 102 : [[66103]] ; Épisode 103 : [[66115]] ; Épisode 104 : [[66137]] ; Épisode 105 : [[66149]] ; Épisode 106 : [[66162]] ; Épisode 107 : [[66183]] ; Épisode 108 : [[66193]] ; Épisode 109 : [[66209]] ; Épisode 110 : [[66226]] ; Épisode 111 : [[66229]] ; Épisode 112 : [[66233]] ; Épisode 113 : [[66238]] ; Épisode 114 : [[66248]] ; Épisode 115 : [[66257]] ; Épisode 116 : [[66272]] ; Épisode 117 : [[66282]] ; Épisode 118 : [[66305]] ; Épisode 119 : [[66313]] ; Épisode 120 : [[66315]] ; Épisode 121 : [[66322]] ; Épisode 122 : [[66334]] ; Épisode 123 : [[66340]] ; Épisode 124 : [[66352]] ; Épisode 125 : [[66370]] ; Épisode 126 : [[66381]] ; Épisode 127 : [[66397]] ; Épisode 128 : [[66418]] ; Épisode 129 : [[66423]] ; Épisode 130 : [[66430]] ; Épisode 131 : [[66444]] ; Épisode 132 : [[66450]] ; Épisode 133 : [[66787]] ; Épisode 134 : [[66794]] ; Épisode 135 : [[66799]] ; Épisode 136 : [[66813]] ; Épisode 137 : [[66825]] ; Épisode 138 : [[66834]] ; Épisode 139 : [[66865]] ; Épisode 140 : [[66879]] ; Épisode 141 : [[66890]] ; Épisode 142 : [[66903]] ; Épisode 143 : [[66923]] ; Épisode 144 : [[66934]] ; Épisode 145 : [[66942]] ; Épisode 146 : [[66944]] ; Épisode 147 : [[66959]] ; Épisode 148 : [[66967]] ; Épisode 149 : [[66975]] ; Épisode 150 : [[66983]] ; Épisode 151 : [[67017]] ; Épisode 152 : [[67035]] ; Épisode 153 : [[67040]] ; Épisode 154 : [[67077]] ; Épisode 155 : [[67111]] ; Épisode 156 : [[67114]] ; Épisode 157 : [[67128]] ;

 FILLE DE PERSE   Maryam Hashemi - 2011

FILLE DE PERSE Maryam Hashemi - 2011

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Published by Marco Valdo M.I.
19 septembre 2023 2 19 /09 /septembre /2023 19:44

ARRÊT CARDIAQUE

Version française - ARRÊT CARDIAQUE – Marco Valdo M.I. - 2023

d’après la traduction italienne de Riccardo Venturi - Arresto cardiaco - 2023

d’une chanson anglaise – Cardiac Arrest - Madness - 1982

 

 

L'HOMME AU MELON

(La Décalcomanie) - René Magritte - 1966


 

Deux mots du traducteur (Riccardo Venturi)

 

Comme j’ai fait cette expérience, je vis avec cinq stents en el corazón et je suis sorti de l'hôpital, pour la énième fois, il y a seulement quelques jours, et je peux vous garantir que, parmi les milliers de traductions que j'ai faites pour ce site, c'est la première que j'ai faite en faisant le geste classique et superstitieux d'appliquer soigneusement une main sur mes parties basses. En somme, comme on dit : traduire en me touchant les couilles, voilà tout. Cela dit, les analogies s'arrêtent là : par un groupe appelé "Madness, Madness", nous assistons à l'arrêt cardiaque et à la mort d'un employé typique de la City londonienne, un de ceux qui ont un chapeau melon, un parapluie, des journaux et les mots croisés du Times. Et là, je dois dire qu'il y avait une touche de couilles supplémentaire, étant donné mon habitude de faire des mots croisés en tram, il est vrai un peu plus difficiles que les mots croisés du Times. Je me suis consolé en résolvant l'énigme qui s'est posée in articulo mortis à ce malheureux Londonien d'il y a plus de quarante ans, qui ne trouvait pas le mot de sept lettres : c'était "c-a-r-d-i-a-c", qu'il avait manifestement confondu avec "Cadillac". Et l'on voit ici que la chanson est bien datée, car à présent, il serait sûrement en train de pianoter sur son smartphone. Une vie consacrée à l'entreprise, à la réunion, aux problèmes de travail... et puis ce maudit cœur qui arrête de fonctionner un matin, et peut-être qu'il n'avait même jamais fumé... ils lui ont dit de ne pas s’en faire, et merde au travail, saloperie... [RV].

 

 

 

 

Le journal à la main,

Le melon sur la tête,

À l'arrêt de bus, il s’arrête.

Avec ses contemporains

Dans la file d'attente,

Il se languit de son lit.

Le premier bus fera son affaire,

Il a tant à faire.

Il doit se dépêcher,

Il doit se trouver une place,

S’asseoir à une place

Pour reposer ses pieds fatigués.

 

Encore dix minutes pour arriver,

Les mots croisés sont presque terminés.

Les derniers jours, ils ont été difficiles

Et loin d'être si rigolos.

Son esprit s’égare de son domicile

Vers son bureau, sa chaise et son boulot.

Il est content de l'entreprise,

Il y est bien traité.

Il songe au mot de sept lettres

Commençant et se terminant par « C

Comme une grosse voiture américaine

Mais sans D ». Pas de veine !

Le bus doit se mettre en route ;

Le chauffeur prend son temps,

Je vais être en retard, je m’en doute.

Oh là là, que va dire le président ?

Maintenant, reprends-toi,

Ne t’énerve pas.

 

Ne t’inquiète pas,

Ça ne presse pas.

C'est un beau printemps,

Tout roule convenablement.

Suivre l’avis des médecins :

Profiter de la vie,

Ils connaissent leur partie,

Ce ne sont pas des gamins.

 

On n’arrivera jamais à ce train ;

Me voilà dans le pétrin,

Il y a une réunion ce matin ;

C'est bien ma chance, oh putain !

Dans sa poche, il cherche hagard

À pêcher son mouchoir,

La sueur sur son col coule,

Lentement, les secondes s'écoulent.

Il aspire l'air chaud, il a froid,

Cette douleur-là ne passe pas ;

Dire un seul mot, il ne peut pas.

Il chuchote frénétiquement,

Personne ne l’entend.

Et sa femme et les enfants ?

De moi, ils sont tous dépendants.



Nous sommes vraiment désolés

On avait dit de ne pas vous presser

Maintenant, il n’est plus temps,

Vous avez tardé trop longtemps.

On pensait avoir été clairs,

On vous a dit toutes nos peurs.

Vous avez joué et par malheur,

On ne peut plus rien faire.

L'HOMME AU MELON  (La Décalcomanie) - René Magritte - 1966

L'HOMME AU MELON (La Décalcomanie) - René Magritte - 1966

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Published by Marco Valdo M.I.
18 septembre 2023 1 18 /09 /septembre /2023 13:10

 

 

L’Art naïf

 

Chanson française — L’Art naïf — Marco Valdo M.I. — 2023

 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 


 

Épisode 157

 

 

 

 

L'HARMONIE

 

Alexey Ivanovich Novikov - 2015

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Je ne sais ce que les gens en pensent, Lucien l’âne mon ami, mais pour moi, l’art naïf, tout comme l’art monumental, est un poison, une arme vicieuse quand il est engagé au service du décervelage généralisé. C’est assurément le cas en Zinovie, comme le soutient le trouvère.

 

« En Zinovie, dit le trouvère,

L’art naïf est bien noté.

Art de masse, direct, élémentaire,

Il hait abominablement l’individualité.

Folklorique, populaire, très grand,

L’art monumental ment monumentalement. »

 

Oui, dit Lucien l’âne, il est temps de dire deux mots de l’exploitation de l’art par certains régimes.

 

C’est singulièrement le cas en Zinovie, dit Marco Valdo M.I., où beaucoup d’artistes, quasiment tous – pratiquent un art servile, quand ils ne sont pas contraints à produire un art esclave. Dans tous les cas, c’est un art conformiste, je veux dire conforme aux exigences et aux directives du régime, relais des desiderata du Guide. Je rappelle – car c’est utile – que le Guide se veut la plus haute incarnation du peuple.

 

Voilà assez pour la réflexion théorique, dit Lucien l’âne. Maintenant, que chante la canzone ?

 

D’abord, Lucien l’âne mon ami, je voudrais attirer ton attention sur le petit jeu de réminiscences musicales qui parsème la chanson. Ceci dit, comme à l’ordinaire, elle se décline en quatre temps.

Premier temps : un morceau d’art naïf, infantilisant à souhait, mais éclairant sur sa propre nature. Pour la réminiscence, on se reportera à «  La Chanson du bébé  », tirée des Péchés de Vieillesse (1857-1868) de Gioachino Rossini.

 

Deuxième temps : ce temps énonce la collusion entre l’art et le régime, l’art ramené au niveau de l’idéologie. Le trouvère ajoute l’irréductible haine du régime à l’égard de l’individualité, clairement visible dans sa démarche et ses formes artistiques.

 

Troisième temps : c’est au travers d’un bal que se dessine la relation entre le Guide (régime, pouvoir…) et la population énamourée, entichée, hypnotisée par son chef. Au passage, pour la réminiscence, on reconnaît « La Valse à Mille Temps » de Jacques Brel.

 

« Toujours le guide ouvre le bal.

La jeune première volontaire

Gênée – sa robe tombe mal –

Sourit d’une large bouche fière.

Au premier temps de la danse,

Dans les bras du Guide, quel émoi !... »

 

Quatrième temps : Là, le trouvère – sur l’air du « Manège » de Jean Constantin ; on peut aussi écouter Édith Piaf, en version féminine et plus compréhensible – s’en prend directement au Guide et à ses manœuvres louches de séduction et dénonce son ambition démente de conquête mondiale.

 

« Le Guide fait tomber les têtes,

Le manège ici, c’est lui.

On est toujours à la fête

Quand le Guide sourit.

Il veut conquérir le monde,

Dans son délire, il ne veut que ça,

La Terre n’est pas assez ronde

Pour étourdir un tel malfrat. »

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, voyons tout ça et tissons le linceul de ce vieux monde chahuté, bousculé, méprisé, déliquescent et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 


 


 


 


 

Tic tac, tic tac, tactique

Juste un clic et ça claque.

Mieux vaut un petit clic

Qu’une grande claque.

Clic clac, flic flac,

Cric, crac , fric frac.

Plic, ploc, tchic et tchac.

Miche mache, micmac.

Tik tok, tic tac,

Truc troc, tric trac,

Brique broc, ric rac,

Nanan nounou, nic nac.

 

En Zinovie, dit le trouvère,

L’art naïf est bien noté.

Art de masse, direct, élémentaire,

Il hait abominablement l’individualité.

Folklorique, populaire, très grand,

L’art monumental ment monumentalement.

Vrai, sincère, menteur, faux,

Toujours par les autorités

Approuvé, sanctifié, exalté,

Patriotique, sans vice, sans défaut,

Embaumé, historique, national,

Il mène le peuple ébloui au bal.

 

Toujours le guide ouvre le bal.

La jeune première volontaire

Gênée – sa robe tombe mal –

Sourit d’une large bouche fière.

Au premier temps de la danse,

Dans les bras du Guide, quel émoi !

Au deuxième temps de la danse,

La danseuse fait déjà un faux pas.

Au troisième temps de la danse,

La nausée lui serre l’estomac.

Et la guerre en cadence bat

Bat la mesure, un, deux trois…

 

Le Guide fait tomber les têtes,

Le manège ici, c’est lui.

On est toujours à la fête

Quand le Guide sourit.

Il veut conquérir le monde,

Dans son délire, il ne veut que ça,

La Terre n’est pas assez ronde

Pour étourdir un tel malfrat.

Moi qui ne suis qu’un poète,

Un petit homme sans droit,

Je voudrais changer de planète

Pour fuir ce mec-là.

 

 

 

 

 

 

LA ZINOVIE


 

Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :


 

 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; Épisode 71 : Un Conflit avec l’Étranger ; Épisode 72 : Petit Manuel de Survie ; Épisode 73 : La Banalité ; Épisode 74 : La Ligne de Conduite ; Épisode 75 : Les Femmes de Zinovie ; Épisode 76 : La Légende ; Épisode 77 : Le Devoir sacré ; Épisode 78 : Les nouveaux Soldats ; Épisode 79 : Bruit de Fond ; Épisode 80 : Une résistible Ascension ; Épisode 81 : La Zone interdite ; Épisode 82 : Les Pommes ; Épisode 83 : La Normalité ; Épisode 84 : L’Autorisation ; Épisode 85 : L’Exclusion ; Épisode 86 : Quelle Affaire ? ; Épisode 87 : Le Vase vide ; Épisode 88 : Introspection ; Épisode 89 : Le Pays gris ; Épisode 90 : Tout un Style ; Épisode 91 : L’État unique ; Épisode 92 : Le Veilleur de Nuit ; Épisode 93 : Le Questionnaire ; Épisode 94 : Le Roi des Rats ; Épisode 95 : Si tu veux la Paix ; Épisode 96 : Les Vieilles et la Guerre ; Épisode 97 : L’Étoile filante ; Épisode 98 : La Guerre nécessaire ; Épisode 99 : Les Méditations ; Épisode 100 : La Guerre des Boutons ; Épisode 101 : Hurler avec les Loups ; Épisode 102 : Les Cantines éternelles ; Épisode 103 : L’Homme debout ; Épisode 104 : Les Nouveaux Cerisiers ; Épisode 105 : La Logique du Soldat Mort ; Épisode 106 : Les Fuites ; Épisode 107 : Les Ratures ; Épisode 108 : Les Lombrics philosophiques ; Épisode 109 : Les Réservistes ; Épisode 110 : La Logique de la Paix ; Épisode 111 : Le Citoyen et le Régime ; Épisode 112 : Les Ennemis extérieurs ; Épisode 113 : L’Oiseau de Feu ; Épisode 114 : Le Rêve du Guide ; Épisode 115 : Le Bourbier atomique ; Épisode 116 : L’Exilé ; Épisode 117 : La Journée ordinaire ; Épisode 118 : Les Commandeurs ; Épisode 119 : Sainte et Martyre ; Épisode 120 : La Patrie en Danger ; Épisode 121 : Les Églantiers sauvages ; Épisode 122 : Le Temps restant ; Épisode 123 : L’Invincible Armée ; Épisode 124 : L’Explorateur ; Épisode 125 : La Mémoire ; Épisode 126 : Souvenirs du Vieux Temps ; Épisode 127 : La Pauvreté chaleureuse ; Épisode 128 : Du Village à la Ville ; Épisode 129 : À l’École de la Capitale ; Épisode 130 : Le meilleur Élève ; Épisode 131 : Le Rire doux ; Épisode 132 : Les belles Jambes ; Épisode 133 : La Guerre et la Paix ; Épisode 134 : Le Moyen Âge ; Épisode 135 : Roman ; Épisode 136 : L’Aventure guerrière ; Épisode 137 : L’Âme de la Guerre ; Épisode 138 : Les Illusions perdues ; Épisode 139 : Contes et Mécomptes ; 140. Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule

L'HARMONIE   Alexey Ivanovich Novikov - 2015

L'HARMONIE Alexey Ivanovich Novikov - 2015

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17 septembre 2023 7 17 /09 /septembre /2023 17:30
SANTA AGUEDA – SAINTE AGATHE

 

Version française - SANTA AGUEDA – SAINTE AGATHE – Marco Valdo M.I. - 2023

d’après la traduction italienne de Riccardo Venturi

d’une poésie Santa Agueda de Voltairine de Cleyre - 1898

 

 

MICHELE ANGIOLILLO

face au Conseil de Guerre - 1897

 

 

 


À cheval entre les XIXe et XXe siècles, les anarchistes italiens représentèrent véritablement la terreur pour les puissants européens ; la célèbre phrase "nous ne nous laisserons pas intimider",tant aimée du magnus de service qui a reçu un écrit sur le mur, une petite lettre ou une cathédrale de Milan sur le nez, ne fonctionnait pas beaucoup à l'époque. Et comment qu’ils étaient intimidés ? En fait, ils se chiaient dessus. Et contre les rois et les tyrans éclatait dans la rue..." ; les répressions féroces, pas rarement, dans toute l'Europe faisaient partir l’anarchiste décidé une vendetta sauvage et, en cela, les anarchistes italiens furent vraiment au premier rang, une véritable "excellence italienne", pour paraphraser une expression qui est elle aussi très à la mode aujourd'hui. Commença, probablement, Giovanni Passannante et son attentat (à peine plus qu'une égratignure) contre Umberto I en 1878. Puis les noms les plus fameux : Sante Caserio, Luigi Lucheni (ou Luccheni) et, évidemment, Gaetano Bresci - celui qui fit un peu plus qu'une égratignure à Umberto Ier. Rois, impératrices, premiers ministres français sont tombés sous les coups des anarchistes de chez nous ; il faut y ajouter aussi un premier ministre espagnol. Un premier ministre espagnol ?

Le fait est que, parmi toutes ces "excellences" anarchistes, ce fait est probablement resté le moins connu. Puisque, comme on le sait, ce site traite principalement de l'histoire à travers des chansons et de la musique, qu’un tel fait soit presque oublié on el voit aussi par le fait que, lorsqu'on cherche des chansons (populaires ou d'auteur) sur cet événement, on reste les mains vides. Des chansons sur Caserio et Gaetano Bresci, il y en a plus ou moins autant qu’on en veut, mais sur Michele Angiolillo ? Et pourtant, lui aussi était anarchiste, lui aussi élimina un puissant, et pourtant lui aussi finit sa courte vie par une condamnation à mort - et vu que c’était en Espagne, avec cette méthode d'exécution particulière et terrible qu'était la garrotte ou le garrot, « el garrote vil ». Rien.
Voulant en parler un peu,
on adonc recourir à la seule composition en vers qui en parle : un poème. L’a écrit une poétesse et militante anarchiste et féministe américaine, Voltairine de Cleyre. Ainsi, pour entendre un peu parler du geste d'un anarchiste de vingt-six ans de Foggia, il faut se servir d’un poème écrit en anglais peu après le fait, et qui - du moins à pour ce qu’on en sait - n'a jamais été mis en musique ni traduit en italien. Le présent ne peut rien mettre en musique, mais au moins le faire connaître un peu. Mais procédons par ordre.

Nous sommes en 1896, deux ans après que le boulanger Sante Caserio, un anarchiste de vingt ans de Motta Visconti (Milan), a envoyé le président de la République française, Marie François Sadi Carnot, dans l'autre monde - si tant est qu'il y ait un autre monde, finissant guillotiné peu après (le 16 août), et quatre ans avant qu'un autre anarchiste italien, le tisserand Gaetano Bresci, 31 ans, de Coiano di Prato (Florence), décide de quitter Paterson, où il était émigré. En Espagne, en ce 1896, advint l'un des événements malheureusement typiques de ces années : le 7 juin, une bombe est lancée à Barcelone lors de la procession religieuse du Corpus Domini. Moururent douze personnes et il y eut 45 blessées graves. La police, évidemment, a immédiatement attribué ce grave attentat à un anarchiste non identifié (qui par ailleurs ne fut jamais identifié). Le résultat fut, comme d'habitude, une vague de répression policière impitoyable contre les anarchistes, les communistes, les socialistes et les républicains espagnols, tous dans le chaudron.

Il s'ensuivit le célèbre procès de Montjuïc : environ 300 révolutionnaires espagnols furent emprisonnés dans la forteresse de Montjuïc (ou "Montjuich") et torturés à répétition pour extorquer des confessions. La répression a été ordonnée en personne par le premier ministre de l'époque, Antonio Cánovas del Castillo, chef du "Parti libéral-conservateur", principal auteur de la restauration monarchique en Espagne en 1874 et partisan déclaré de l'esclavage des Noirs, en particulier des Cubains. Cuba était encore une colonie espagnole, la dernière restante du continent sud-américain, et Cánovas del Castillo s'est illustré par la répression sanglante de la rébellion menée par José Martí en 1895.

Sur les trois cents détenus de la forteresse de Montjuïc, quatre-vingt-sept furent jugés, tandis que les récits des tortures et des sévices infligés aux prisonniers circulaient largement dans la presse de toute l'Europe. À l'issue du procès, huit accusés sont condamnés à mort et cinq d’entre eux furent effectivement garrottés. Plusieurs autres ont été condamnés à de longues peines de prison et d'autres encore ont été déportés vers la colonie de Río de Oro, dans l'actuel Sahara occidental.
 

Né à Foggia le 5 juin 1871, Michele Angiolillo Lombardi était imprimeur et avait émigré en Angleterre pour y travailler. À l’époque des faits de Montjuïc, il travaillait à Londres à la "Typographia", une institution peu connue puisqu'il s'agissait en fait de la section de la British Printer's Union réservée aux émigrants étrangers. Le 30 mai 1897, Angiolillo, avec au moins dix mille autres personnes, participa à une manifestation organisée au centre de Trafalgar's Square pour protester contre la répression brutale des travailleurs ordonnée en Espagne par Cánovas del Castillo. Le leader du mouvement d'opinion était l'anarchiste anglais Joseph Perry, et deux anarchistes de premier plan prirent la parole au cours de la manifestation : le Cubain Fernando Tarrida del Mármol et Charles Malato, qui était français mais d'ancienne origine napolitaine (son grand-père avait été commandant en chef de l'armée du dernier roi Bourbon de Naples). Apparemment, ce fut Charles Malato qui demanda, depuis la scène, qui serait disposé à venger les personnes mortes sous le régime de Cánovas.

Après la manifestation, Michele Angiolillo a rencontré personnellement deux victimes espagnoles de la répression, un certain Oller et Francisco Gana. Tous deux avaient été emprisonnés et torturés à Montjuïc, et souffraient de terribles blessures. L'anarchiste allemand Rudolf Rocker, qui était également présent, a écrit plus tard ce témoignage :

"Ce soir-là, lorsque Gana nous a montré ses membres rétrécis et les cicatrices laissées sur tout son corps par la torture, nous avons compris que c'était une chose de lire ces choses dans les journaux, et une autre de voir et d'entendre en personne ce qui s'était passé, directement des victimes. Nous sommes restés pétrifiés et plusieurs minutes se sont écoulées avant que quelqu'un ne se hasarde à dire quelque mot d'indignation. Seul Angiolillo ne dit rien. Peu après, il s'est levé, a dit un au revoir laconique et a quitté la maison. C'est la dernière fois que je le vis".

 

Michele Angiolillo se procura une fausse identité de reporter pour le journal "Il Popolo", sous le nom d'Emilio Rinaldini. Si Bresci quitte Paterson pour se rendre en Italie, Angiolillo quitta Londres pour se rendre en Espagne, en passant par Paris et Bordeaux. Une fois à Madrid, il apprit que le Premier ministre Cánovas del Castillo avait décidé d'aller passer les eaux à la station thermale de Santa Águeda (ou "Sainte Agathe"), près de Mondragón, dans le Pays basque de Guipúzcoa. Le 8 août 1897, Angiolillo trouve Cánovas tranquillement assis sur un banc de la station thermale et le tue sur le coup. La femme de Cánovas assiste à la scène et lui crie : "Assassin ! Assassin !"; calmement, Angiolillo s'incline devant la dame et lui dit : "Je vous demande pardon, Madame. Je vous respecte en tant que femme, mais je regrette que vous ayez été l'épouse d'un tel homme".
 

Lors du procès qui suivit immédiatement, Angiolillo déclara qu'il ne se considérait pas comme un assassin, mais comme un bourreau qui avait administré la justice. Au sujet de sa victime, Cánovas del Castillo, il dit, entre autres choses, qu'il incarnait parfaitement l’avidité de la bourgeoisie et la tyrannie du pouvoir. Après l'assassinat, Angiolillo se fit arrêter sans résistance et nia avec force que d'autres fussent impliqués dans la tentative d'assassinat ; mais il existe des preuves tout à fait plausibles qu'un nationaliste portoricain, Ramón Emeterio Betances, avait fourni une assistance logistique à Angiolillo en Espagne, allant même jusqu'à lui remettre de l'argent. Non seulement, il semble que le dessein initial d'Angiolillo était d'assassiner deux jeunes membres de la maison royale espagnole (parmi eux, l'héritier du trône), et que c'est justement Betances qui l'en a dissuadé, en suggérant Cánovas comme objectif.

Michele Angiolillo, imprimeur anarchiste de Foggia, finit ses jours le 20 août 1897, douze jours seulement après les faits : encore un jour du mois d'août, comme Caserio trois ans plus tôt. Il fut garrotté dans la cour de la prison de Vergara, au Pays basque, par le bourreau officiel du Royaume d'Espagne, Gregorio Mayoral Sendino.

En Italie, ce fait passa généralement sous silence. Probablement, l'écho de l'affaire Sante Caserio et des émeutes anti-italiennes qui suivirent en France était encore trop frais ; on tendit à taire le fait qu'une fois de plus, un anarchiste italien avait pris sur lui la tâche de se venger d'un puissant. C'est pourquoi il n'y a pas de composition à ce sujet, du moins à ma connaissance. D'après les recherches effectuées jusqu'à présent, les échos de l'attentat contre Cánovas del Castillo ne se retrouvent même pas dans des poèmes espagnols similaires. Ce n'est peut-être pas un hasard si le seul écho certain, le poème de Voltairine De Cleyre, provienne des États-Unis : non seulement les États-Unis étaient le refuge de tant et tant d’anarchistes européens, et en particulier d'Italiens et d'Espagnols, mais il y avait aussi une situation politique particulière à Cuba, une colonie espagnole qui, seulement un an plus tard, avec la guerre américano-espagnole, obtiendrait l'"indépendance" (façon de parler, bien sûr) grâce à l'intervention armée américaine et à la défaite de l'Espagne. L'Espagne, à l'époque, était l'ennemie naturelle des États-Unis, et Cánovas, un colonialiste acharné, était vu comme une figure à abattre.

Dans la presse américaine, le geste de Michele Angiolillo a donc été largement répercuté et généralement perçu favorablement, noobstant qu’il s’agissait d’un anarchiste. Le "New York Times" a même publié la nouvelle de l'exécution d'Angiolillo avec des mots de soutien, affirmant qu'il était mort courageusement, en prononçant le mot "Germinal" assis sur la garrotte, avant que le bourreau ne lui donne le tour de vis fatal. Le "NYT" précisa également que l'Espagne avait complètement étouffé l'affaire.

Tout cela, évidemment, ne devait pas beaucoup intéresser Voltairine De Cleyre (1866-1912), la militante et activiste qu'Emma Goldman elle-même considérait comme "l'anarchiste la plus douée et la plus brillante que l'Amérique ait jamais produite". Autrice de chroniques, de reportages, de poèmes, d'essais politiques et théoriques, défenseuse de l'action directe et porteuse d'un féminisme radical. Pour Voltairine De Cleyre, seule l'action directe était un outil véritablement efficace de révolution sociale ; ce fut pour cela qu’elle se fit promotrice d’un "anarchisme sans adjectif".
 

Nous avons parlé de chansons, ou plutôt de chansons possibles et introuvables, sur le geste à moitié oublié de Michele Angiolillo. Parmi les gestes individualistes, ce n'était certainement pas le plus populaire, même s'il semble que son "Germinal !" final ait au moins contribué à en faire un prénom que pas mal de parents anarchistes ou socialistes ont donné à leurs enfants à l'époque (je n'ai pas d'enfants, mais j'avoue qu'un hypothétique "Germinal Venturi" ne m'aurait pas déplu ; et, si ce fut une fille, pourquoi pas, une Emma Voltairine...). Pourtant, un écho, même ténu, semble exister, en ce qui concerne la musique : le groupe de black metal Dawn Ray'd, basé à Liverpool, ouvertement anarchiste et antifasciste (une exception notable dans le monde du black metal), a tiré son nom d'un vers du poème de Voltairine De Cleyre dédié à Michele Angiolillo.

Ainsi se termine cette page consacrée à Michele Angiolillo et à sa vengeance. J'entreprendrai prochainement la traduction du poème de Voltairine de Cleyre, ce qui n'est pas chose aisée. L'espoir, pas si mal dissimulé, est que, tôt ou tard, Michele Angiolillo aura lui aussi sa chanson, avec plus d'un siècle de retard. [RV].


 


 



 


 


 



 


 

Sainte Agathe, toi que maudit

La présence d’un démon en homme travesti,

Bénie sois-tu, car coula sur tes pierres

Le sang du vampire nourri de tortures amères ;

Le long de tes rues, l'éclair a éclaté,

"Touché !", d'un œil à l'autre, traversé,

Bien que tes lèvres aient dit "tué", et que toutes tes portes

Tendues de noir, faisaient une moquerie grimaçante.

Bénie sois-tu ! le cri partit de toi :

"La vengeance aime, le renoncement hait,

Et la justice frappe : le tortionnaire mourra ;"

Sur son chemin, le tueur aux nerfs d'acier se tait.

"Et tous deux brûleront ensemble », unis dans la lumière

L'un dans la nuit rouge et l’inconsommable enfer ;

L’autre, le front clair et les pieds posés sur l'enfer.

Philadelphie, At 1898.

 


 

MICHELE ANGIOLILLO  face au Conseil de Guerre - 1897

MICHELE ANGIOLILLO face au Conseil de Guerre - 1897

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17 septembre 2023 7 17 /09 /septembre /2023 12:17

L’ARBRE DE L’OUBLI

 

Version française - L’ARBRE DE L’OUBLI – Marco Valdo M.I. - 2023

Chanson chilienne (espagnol) - El árbol del olvido – Victor Jara - 1970

 

Texte du poète uruguayen Fernán Silva Valdés

Musique d’Alberto Ginastera

In: "Canto Libre" - 1970

 



VICTOR JARA

 

Mural - Barrio Brasil, Santiago, Chili
 

 

Víctor Lidio Jara Martínez est né à San Ignacio, province de Ñuble (Chili), le 28 septembre 1932 et a été assassiné par les militaires à Santiago (Chili), le 16-17 septembre 1973. Chanteur populaire chilien et cantautor, homme de théâtre, metteur en scène et professeur de théâtre universitaire reconnu. Emprisonné, torturé, assassiné lors du coup d'État fasciste du 11 septembre 1973 à Santiago.

 

 

 

 

 

Dans mon pays, il y a un arbre,

C’est l’arbre de l’oubli, l’arbre

Auquel, amour, vont les chansons

Désattrister les cœurs moribonds.

 

Pour ne pas penser à toi toujours,

Sous l'arbre de l'oubli, amour,

Je me suis couché une nuit,

Et je me suis endormi.

 

De ce rêve, je me suis réveillé,

J'ai de nouveau pensé à toi amour,

J’avais oublié de t'oublier amour,

Quand je m’étais couché.

 

VICTOR JARA   Mural - Barrio Brasil, Santiago, Chili

VICTOR JARA Mural - Barrio Brasil, Santiago, Chili

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