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17 novembre 2023 5 17 /11 /novembre /2023 19:23

 


 


 

La Guerre des Boutons


 


 

Chanson française — La Guerre des Boutons Marco Valdo M.I. — 2023


 


LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 

 

Épisode 100


 

 


 

LA GUERRE DES BOUTONS

Mon livre « ne s’adresse ni aux petits enfants,

ni aux jeunes pucelles »

(Louis Pergaud) — 1911 

 

À voir aussi : La Guerre des Boutons

 


Sur blogger : 3 février 2023

https://chansonsdumonde.blogspot.com/2023/02/la-guerre-des-boutons.html

 


 


 


 

 

Dialogue Maïeutique

 

C’est curieux, Lucien l’âne mon ami, comme parfois, on arrive au titre d’une chanson. C’est évidemment, car c’est le cas pour celle-ci — La Guerre des Boutons — que je t’en parle. Bien sûr, ce titre lui-même est déjà un peu étrange, mais il correspond à un argument traité par la chanson, même si on ne le trouve qu’à la fin, il est essentiel :

 

« Avant en Zinovie, on avait des lance-pierres ;

Puis, des arcs, des fusils, des canons.

À présent, on va faire la guerre,

Faire la guerre des boutons. »

 

De fait, dit Lucien l’âne, de nos jours, le monde à tendance à se couvrir de boutons, ce qui est un effet du progrès ; on commande presque tout en poussant sur un bouton.

 

Pour en revenir à mon propos, reprend Marco Valdo M.I., au début, la chanson devait s’intituler « Le pire Ennemi ». C’était certainement un bon titre, qui trouvait son argument au début du texte :

« En Zinovie, le pire ennemi du Guide

C’est son propre peuple. »

 

Mais la Guerre des boutons ouvrait des perspectives multiples en raison de sa polysémie. Suis mon explication. En premier, il a le sens déjà évoqué de « bouton de commande » ; ensuite, il y a l’idée des boutons que fait venir une maladie, une infection, un virus ; enfin, il y a que je me suis souvenu du roman de Louis Pergaud : « La Guerre des Boutons » ; un roman un peu ancien — il date de 1911 — mais toujours follement amusant et très riche de sens.

 

Voilà qui est dit, observe Lucien l’âne, mais encore ?

 

Mais encore ?, reprend Marco Valdo M.I., je résume :

— Strophe 1 : Elle examine le rapport du Guide au peuple et les moyens de « réguler » cette relation. Le Guide se rappelle les méthodes d’un ancien Guide.

— Strophe 2 : Elle fait état d’une catastrophe dans une usine et des mesures prises pour circonscrire l’« incident ».

— Strophe 3 : Face à l’inquiétude générale, amplifiée par le caractère « nucléaire » de l’incident, le Guide tente un discours rassurant qui ne fait qu’accroître la tension.

— Strophe 4 : C’est la strophe où apparaît la Guerre des Boutons ; une guerre qui — une fois de plus — sera la dernière, mais la voix anonyme (peut-être celle du veilleur de nuit), sceptique quant aux intentions du Guide et fondamentalement pacifique, pose la question de la résistance :

 

« Et si on refuse, qu’est-ce qu’il se passera ? »

 

Halte, s’exclame Lucien l’âne, car je vois que tu est prêt à nous faire d’autres développements et même, à gloser sur la glose. Il est vrai que ces chansons s’y prêtent et qu’il y a toujours quelque chose à en dire, mais il nous faut finir ici et reprendre notre tâche. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde infernal, terrorisé, boutonneux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

En Zinovie, le pire ennemi du Guide

C’est son propre peuple.

Entre eux, c’est le vide.

C’est un infernal couple.

Comment réguler cette nation ?

L’ancien Guide avait cette opinion :

Pour imposer des changements,

Rien de tel que la répression,

Surveiller, terroriser la population,

Envoyer en prison, mettre dans les camps,

Coffrer des millions de gens,

Et en fusiller régulièrement.

 

 

À l’usine, s’est produit l’autre jour,

Un incident fortuit indicible

On a mis des troupes tout autour

Du lieu de ce drame invisible.

D’étranges soldats sont arrivés

En fantômes ou en Martiens déguisés.

De parler de l’affaire, on interdit ;

On arrête les fauteurs de bruits.

On boucle toute la région,

On cantonne toute la population,

On parachute des médicaments,

Des vivres, des secours urgents.

 

L’usine partiellement nucléaire,

Civile à vocation militaire,

L’usine avait carrément explosé.

On déclara l’incident sans danger.

La Zinovie apprit ainsi

À localiser la contamination,

À combattre les effets d’une explosion,

Dans le futur, on protégera le pays.

Pour convaincre l’opinion,

Le Guide dit : nous, on s’en tirera,

Aucune armée n’a une telle préparation,

Les autres n’en réchapperont pas.

 

Avant en Zinovie, on avait des lance-pierres ;

Puis, des arcs, des fusils, des canons.

À présent, on va faire la guerre,

Faire la guerre des boutons.

Le Guide seul détient le gros bouton ;

Il pousse et tous les petits boutons

S’allument, clignotent et déclenchent

L’offensive de la dernière manche.

En Zinovie, tout dépend des boutons.

On en a partout, même à la maison ;

Chacun doit pousser sur son bouton à soi.

Et si on refuse, qu’est-ce qu’il se passera ?

 

LA ZINOVIE


 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ;

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Published by Marco Valdo M.I.
17 novembre 2023 5 17 /11 /novembre /2023 19:19

 


 

LA LIBERTÉ DE RIRE

 

Version française — LA LIBERTÉ DE RIRE — Marco Valdo M.I. — 2023

Chanson italienne — La libertà di ridere Giorgio Gaber — 1967

Paroles et musique : Giorgio Gaber

 

 

 

 

AMOUR et BONHEUR

 

Marx — 1949

Sur blogger : 5 février 2023

https://chansonsdumonde.blogspot.com/2023/02/la-liberte-de-rire.html

 

 

Et juste pour rire : Ray Charles et les Blues Brothers

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Non seulement, dit Lucien l’âne, il faut prendre la liberté de rire de tout, de rien, car c’est une vraie liberté que de rire ; mais aussi, le rire est la liberté, d’autant plu si vous riez du rire de la liberté. Sans aucun préjugé, le rire a les dents blanches et de nuit, il phosphore ; et puis, le rire des têtes morts que chantait Léo Ferré dans une de ses chansons infernales : « Thank you, Satan ! ». Il est vrai que le rire et la liberté ont toujours eu une réputation satanique.

 

À ce propos, du rire, je veux dire, dit Marco Valdo M.I., il y a d’autres chansons qui s’en revendiquent ou qui y invitent. Celle d’Henri Tachan : « Rire » et celle de Pierre Dac et Francis Blanche, un fameux duo de rigolos, qui avaient pris « Le Parti d’en rire ».

 

Sans doute est-ce ta discrétion qui t’empêches de t’autociter, Marco Valdo M.I. mon ami. Alors, je vais le faire pour toi et signaler cette chanson où tu disais déjà :

 

« On peut rire de tout ;

Le rire rend heureux.

On doit rire de tout :

Ne pas rire, c’est mourir un peu. »

 

Elle s’intitulait « Le Rire de Charlie ». On n’en dira pas plus et tissons le linceul de ce vieux monde tristounet, mélancolique, raseur, brutal et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Les enfants demandent,

Les hommes espèrent,

Les partis promettent,

Les prêtres prient, les prêtres.

 

Vous qui êtes sérieux, peut-être,

Vous ne savez pas qu’il y a

La liberté de rire

De tout ce qu’il vous plaira,

La liberté de rire

Même de ce que vous n’avez pas

 

La liberté de rire,

Rire plus qu’il est permis ;

La liberté de rire

De tous ces soucis.

 

Les enfants grandissent,

Les hommes meurent,

Les partis mutent,

Prient les prêtres.

 

Vous qui êtes triste, peut-être

Vous ne savez pas qu’il y a

La liberté de rire

De tout ce qu’il vous plaira,

La liberté de rire

Même de ce que vous n’avez pas.

 

La liberté de rire,

Rire plus qu’il est permis ;

Vous ne pouvez pas ne pas rire

De tous ces ennuis.

 

La liberté de rire, la liberté de rire,

La liberté de rire, la liberté de rire…

 

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Published by Marco Valdo M.I.
16 novembre 2023 4 16 /11 /novembre /2023 15:32

 


 

Hurler avec les Loups


 


 

Chanson française — Hurler avec les LoupsMarco Valdo M.I. — 2023


 


 

101. HURLER AVEC LES LOUPS — 101. Hurler avec les Loups


Sur Blogger - 7 février 2023


 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 


 


 

LA ZINOVIE


 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; 071. Épisode : Un Conflit avec l’Étranger ; 072 : Petit Manuel de Survie ; 073. La Banalité ; 074. La Ligne de Conduite ; 075 : Les Femmes de Zinovie ; 076. La Légende ; 077 : Le Devoir sacré ; 078 : Les nouveaux Soldats ; 079 : Bruit de Fond ; 080 : Une résistible Ascension ; 081 : La Zone interdite ; 082 : Les Pommes ; 083 : La Normalité ; 084 : L’Autorisation ; 085 : L’Exclusion ; 086 : Quelle Affaire ? ; 087 : Le Vase vide ; 088. Introspection ; 089. Le Pays gris ; 090. Tout un Style ; 091. L’État unique ; 092. Le Veilleur de Nuit ; 093. Le Questionnaire ; 094. Le Roi des Rats ; 095. Si tu veux la Paix ; 096. Les Vieilles et la Guerre ; 097. L’Étoile filante ; 098. La Guerre nécessaire ; 099. Les Méditations ; 100. La Guerre des Boutons


 


 

Épisode 101


 


 


 




 

LE GUIDE


 

Rasim Babayev Azer — 1976

Dialogue Maïeutique


 

Je pense bien, Lucien l’âne mon ami, que tu n’as pas dans ta caboche d’âne l’idée saugrenue que cette chanson « Hurler avec les Loups » va raconter l’histoire d’un monsieur allant tout nu les nuits de pleine lune dans une clairière au fond d’une forêt pour, à quatre pattes en levant la tête vers l’astre glacé se mettre à hurler avec des loups de passage en une sorte de sabbat épique.


 

Certes pas, répond Lucien l’âne, mais je me demande par contre de quoi il s’agit vraiment. Disons que je connais l’expression usuelle que je soupçonne venir de loin, d’un lointain passé où les loups étaient encore en balade dans les bois de nos contrées, et que j’en sais le sens. Hurler avec les loups veut dire se joindre à un groupe, une bande, un parti… qui s’en prend agressivement à une personne ou un groupe moins nombreux et a priori plus faible.


 

C’est bien ça, reprend Marco Valdo M.I. et comme le suggère (ironie !) George Orwell « Il faut toujours hurler avec les loups… C’est la seule manière d’être en sécurité. ». C’est plus sûr et on le comprend mieux encore si on relie cette réflexion au fait attesté par la sagesse populaire qui dit que les loups ne se mangent pas entre eux.


 

Oui, répond Lucien l’âne, mais ils essayaient de manger les ânes et mal leur en prenait d’ailleurs : les morsures les déchiraient et les coups de sabots et les ruades leur fracassaient les mâchoires. Les ânes sont des êtres pacifiques ; ils fuiraient bien, mais les loups les poursuivent. Alors, les doux équidés contraints à se défendre avec vigueur n’hésitent pas à user de violence. Mais je suppose que la chanson dit d’autres choses…


 

En effet, Lucien l’âne mon ami, il y a une voix assez philosophique qui s’efforce de faire saisir ce qu’est la vie en Zinovie, vue par le Zinovien de base. Comment est-elle ? C’est la première strophe. Ensuite, on trouve un discours shakespearien, une paraphrase d’Hamlet disant : « Être, ou ne pas être, c’est la question… Mourir, dormir ; dormir : par chance rêver ; oui, tel est le remède. », mais différente dans sa réponse ainsi :


 

« La question vivre ou ne vivre pas

S’impose à chaque moi.

Question de mort ou de vie :

Comment vivre sa vie en Zinovie ?

À ces infernaux combats,

Moi, je ne veux pas être mêlé.

Aussi vrai que la Terre est ronde,

Mon moi à moi, je veux le garder

Tant que je suis au monde. »


 

Et pour la dernière strophe, on retrouve les loups et la façon de les affronter quand on est un citoyen zinovien.


 

Maintenant, dit Lucien l’âne, il nous faut conclure. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde tracassant, vide, triste, moche et cacochyme.


 

Heureusement !


 


 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 

En Zinovie, on se triture toujours

Les méninges. On se dit chaque jour :

Qu’est-ce ici que la vie ?

Comment décrire notre vie ?

Elle est si triste, elle est si moche.

On retourne nos poches,

Qu’est-ce qu’on y voit ? Le vide.

Dans les magasins, le vide.

Dans nos ventres, le vide.

Dans nos têtes, le vide.

Partout, le vide

Et demain, le vide.


 

À chacun ses questions,

À chacun selon sa condition.

Les princes ont leurs ennuis,

Les bouffons ont leurs soucis.

Si on n’est pas un fils de roi

Errant dans un château danois,

La question vivre ou ne vivre pas

S’impose à chaque moi.

Question de mort ou de vie :

Comment vivre sa vie en Zinovie ?

L’avenir est un pari stupide

Que remplit de vide le Guide.


 

Je rumine cette question

Comme un prince danois se pose

Cette interrogation morose :

Être ou ne pas être un pion,

Un petit bout de bois

Poussé du bout du doigt

Sur l’échiquier de l’État.

À ces infernaux combats,

Moi, je ne veux pas être mêlé.

Aussi vrai que la Terre est ronde,

Mon moi à moi, je veux le garder

Tant que je suis au monde.


 

En Zinovie, on vit avec les loups.

La horde chasse les édentés,

Elle ne peut les supporter.

Vivre au milieu des loups,

Sans hurler avec eux,

Sans se prêter à leurs jeux,

C’est leur tendre le cou.

Et quand on vit avec les loups,

Il faut montrer les dents

Et mordre de temps en temps,

Et hurler beaucoup.

C’est comme ça, c’est tout.

 

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Published by Marco Valdo M.I.
16 novembre 2023 4 16 /11 /novembre /2023 10:51

 

 

Les Hybrides de la Foi

 

Chanson française — Les Hybrides de la Foi — Marco Valdo M.I. — 2023


 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 


 

Épisode 172

 

 

 

 

FEMME HOMME IRAN

 

Mural - Téhéran

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Lucien l’âne mon ami, on en viendra à ce curieux titre un peu plus tard, car la canzone commence par une intervention de la Grand-Mère laquelle, à son ordinaire, relaie les propos des filles d’Iran qui, cette fois, font état du destin et du quotidien des hommes de leur entourage. Ces filles entendent montrer que si les filles de Perse subissent de plein fouet les brutalités grossières du régime, ce dernier n’épargne pas leur contemporains masculins.

 

« Les filles de Perse parlent du destin

Et du quotidien de leurs hommes

Surveillés de près comme elles... »

 

Excellente idée qu’elles ont eue, Marco Valdo M.I. mon ami, de mettre en avant le destin fait aux hommes dans ce monde théocratique et totalitaire, où l’impératif religieux écrase la vie humaine et la réduit à un long exercice de culte. Et même si le fondement de la dictature religieuse repose en premier lieu sur l’humiliation des filles et des femmes, ramenées à la posture d’animaux domestiques, ces filles d’Iran démontent ainsi le système où les femmes sont données en esclaves à des hommes eux-mêmes soumis aux exigences des barbus enturbannés, comme les dénomme la canzone.

 

Et maintenant, dit Marco Valdo M.I., j’en viens aux « hybrides de la foi et de la révolution » :

 

«  ces barbus jamais rassasiés,

Ces fanatiques de la mort publique,

Ces nervis d’une république sadique.

Ces hybrides de la foi et de la révolution

Appliquent la violence et les exécutions. »

 

Ce sont les composants (au sens chimique) essentiels de cette république sadique, comme les décrivent avec netteté ci-dessus les filles de Perse. Ce qui est important aussi à remarquer, c’est ce qu’elles disent du « peuple » et de sa complicité avec le pouvoir et ses agents.

 

« Et le peuple avide de derniers supplices

Chaque jour est le complice

De ces assassins enturbannés... »

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est malheureux, mais il me faut confirmer cette ignominie populaire, car je l’ai constatée dans tous les régimes totalitaires. Les peuples fonctionnent en tant que masse, agissent en meute et hurlent avec les loups, participent volontiers aux curées. C’est d’ailleurs sur ce comportement collectif d’approbation, de soumission et de soutien inconditionnel que s’appuient tous les dictateurs, le tout baignant dans une sauce théologique ou idéologique, ce qui est finalement la même chose.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., et n’échappent à cette torpeur hypnotique que de rares individus qui s’efforcent de réveiller chez leurs contemporains le sens moral et le réflexe de dignité en démontrant les exactions et les escroqueries des gens du pouvoir. C’est ce que fait le trouvère :

 

« Sans pouvoir, sans protection,

Voué à l’obscurité, à la dérision,

Je suis à présent le trouvère.

Pas tout à fait inutile,

Je diffuse aux coins de la ville

Mes conceptions libertaires. »

 

Arrêtons là, dit Lucien l’âne, on n’est pas censé être des plus exhaustifs ; tout ce qui importe est de commenter un peu la chanson. Sinon, on n’en finirait pas d’aller de digressions en digressions. C’est le rôle de la pensée vagabonde, errante et de la rumination secrète de qui a écouté ou lu la chanson de réfléchir. Quant à nous, tissons à présent le linceul de ce vieux monde total, totalisant, totalitaire, brutal, idiot, sadique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Grand-Mère dit : Ce matin,

Les filles de Perse parlent du destin

Et du quotidien de leurs hommes

Surveillés de près comme

Elles et contraints à s’incliner,

À se plier aux rites d’autrefois,

À subir les méfaits de la foi,

À se mouvoir, à se traîner

Sans jamais laisser deviner

Leur hostilité aux gardiens de la loi.

Comme les filles, ils sont arrêtés,

Emprisonnés, torturés, éliminés.

 

Et le peuple avide de derniers supplices

Chaque jour est le complice

De ces assassins enturbannés,

De ces barbus jamais rassasiés,

De ces fanatiques de la mort publique,

De ces nervis d’une république sadique.

Ces hybrides de la foi et de la révolution

Appliquent la violence et les exécutions.

Les jeunes hommes de là-bas,

Eux qu’aimaient les filles,

N’en reviendront pas

De cet absurde jeu de quilles.

 

Nous aussi, on est réduit à ça

Et ça ne s’arrange pas,

Dit le soldat. Avec la guerre,

On peut tout juste se taire.

Trouvère, écrivain sans écriture,

Littérateur littéraire sans littérature,

À des auditeurs évanescents,

À quelques rares passants,

À un méli-mélo d’inconnus,

À des oreilles trop bien tendues,

Je conte ici, là, au coin des rues,

Par bribes, mes épisodes décousus.

 

J’aimais et je savais travailler,

J’aime toujours philosopher.

J’ai pratiqué la logique,

J’ai réfléchi en scientifique,

De mon métier, ils m’ont chassé.

Le temps des découvertes est passé,

Sans pouvoir, sans protection,

Voué à l’obscurité, à la dérision,

Je suis à présent le trouvère.

Pas tout à fait inutile,

Je diffuse aux coins de la ville

Mes conceptions libertaires.

 

 

 

LA ZINOVIE

 

Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :


 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; Épisode 71 : Un Conflit avec l’Étranger ; Épisode 72 : Petit Manuel de Survie ; Épisode 73 : La Banalité ; Épisode 74 : La Ligne de Conduite ; Épisode 75 : Les Femmes de Zinovie ; Épisode 76 : La Légende ; Épisode 77 : Le Devoir sacré ; Épisode 78 : Les nouveaux Soldats ; Épisode 79 : Bruit de Fond ; Épisode 80 : Une résistible Ascension ; Épisode 81 : La Zone interdite ; Épisode 82 : Les Pommes ; Épisode 83 : La Normalité ; Épisode 84 : L’Autorisation ; Épisode 85 : L’Exclusion ; Épisode 86 : Quelle Affaire ? ; Épisode 87 : Le Vase vide ; Épisode 88 : Introspection ; Épisode 89 : Le Pays gris ; Épisode 90 : Tout un Style ; Épisode 91 : L’État unique ; Épisode 92 : Le Veilleur de Nuit ; Épisode 93 : Le Questionnaire ; Épisode 94 : Le Roi des Rats ; Épisode 95 : Si tu veux la Paix ; Épisode 96 : Les Vieilles et la Guerre ; Épisode 97 : L’Étoile filante ; Épisode 98 : La Guerre nécessaire ; Épisode 99 : Les Méditations ; Épisode 100 : La Guerre des Boutons ; Épisode 101 : Hurler avec les Loups ; Épisode 102 : Les Cantines éternelles ; Épisode 103 : L’Homme debout ; Épisode 104 : Les Nouveaux Cerisiers ; Épisode 105 : La Logique du Soldat Mort ; Épisode 106 : Les Fuites ; Épisode 107 : Les Ratures ; Épisode 108 : Les Lombrics philosophiques ; Épisode 109 : Les Réservistes ; Épisode 110 : La Logique de la Paix ; Épisode 111 : Le Citoyen et le Régime ; Épisode 112 : Les Ennemis extérieurs ; Épisode 113 : L’Oiseau de Feu ; Épisode 114 : Le Rêve du Guide ; Épisode 115 : Le Bourbier atomique ; Épisode 116 : L’Exilé ; Épisode 117 : La Journée ordinaire ; Épisode 118 : Les Commandeurs ; Épisode 119 : Sainte et Martyre ; Épisode 120 : La Patrie en Danger ; Épisode 121 : Les Églantiers sauvages ; Épisode 122 : Le Temps restant ; Épisode 123 : L’Invincible Armée ; Épisode 124 : L’Explorateur ; Épisode 125 : La Mémoire ; Épisode 126 : Souvenirs du Vieux Temps ; Épisode 127 : La Pauvreté chaleureuse ; Épisode 128 : Du Village à la Ville ; Épisode 129 : À l’École de la Capitale ; Épisode 130 : Le meilleur Élève ; Épisode 131 : Le Rire doux ; Épisode 132 : Les belles Jambes ; Épisode 133 : La Guerre et la Paix ; Épisode 134 : Le Moyen Âge ; Épisode 135 : Roman ; Épisode 136 : L’Aventure guerrière ; Épisode 137 : L’Âme de la Guerre ; Épisode 138 : Les Illusions perdues ; Épisode 139 : Contes et Mécomptes ; 140. Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule ; 157. L’Art naïf ; 158. Les Filles de là-bas ; 159. Les Oies cendrées ; Épisode 160 : Les Grondements ; 161. L’État de Guerre ; 162. Comme autrefois ; 163. Traîtres à la Nation ; 164. Les Journalistes ; 165. Le Clown sénile ; 166 : Exils ; 167 : Écoutez les Gars ; 168. L’Acide nostalgique ; 169. Les Chaussettes roses ; 170. La Régurgitation ; 171 : Parlez-moi de la Paix

  FEMME HOMME IRAN   Mural - Téhéran

FEMME HOMME IRAN Mural - Téhéran

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Published by Marco Valdo M.I.
11 novembre 2023 6 11 /11 /novembre /2023 15:09

 

 

 

Parlez-moi de la Paix

 

Chanson française - Parlez-moi de la Paix – Marco Valdo M.I. - 2023

Parodie de L’Orage – Georges Brassens – 1960


 


 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 


 

Épisode 171

 

 

 

LA FILLE

 

Vladimir Aleksandrovich Serov- 1958

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Le trouvère, Lucien l’âne mon ami, a fait une chanson. Sans doute en avait-il fait beaucoup avant, mais pour celle-ci, il a volontairement ouvert une parenthèse – autrement dit, une insertion d’un développement complémentaire du récit du voyage en Zinovie. Pour ça, il s’en est allé chercher une chanson de Tonton Georges et en a fait une parodie. Revoici donc la parodie qui revient dans nos vies. Parodie, je le rappelle, est au sens premier, celui qu’il faut entendre ici, un couplet, une strophe – par extension, une chanson, un texte – fait , refait, développé, composé sur un air connu – et par extension encore, sur un texte, un discours, un discours, une épopée, une légende, une saga, un récit connu.

 

Je savais bien tout ça avant que tu le dises, répond Lucien l’âne, d’autant qu’on en a déjà rencontré souvent dans les Chansons contre la Guerre et que c’est même une tradition, un usage très ancien. C’est comme ça qu’on faisait dans le temps. On prenait une chanson, une musique, un air connu et on mettait un nouveau texte dessus ; et vogue la galère. J’en tiens pour mémoire L’Internationale faite sur l’air de La Marseillaise avant de recevoir sa propre musique, mais ça se faisait bien avant ; je me souviens de parodies dans la Grèce antique et même, aux temps des pharaons du côté de Memphis ou de Thèbes. Et puis, Riccardo Venturi, toi-même et d’autres avez commis un certain nombre de parodies, lesquelles sont en somme également des exercices de style et en ce qui te concerne renvoient à l’évidence à Queneau. En fait, le style, le genre ( Pop, rock, etc) est tout simplement une multiplication de la parodie. Un premier, un inventeur a fait ça, et tous les autres ont fait comme « ça » ; c’est quasiment darwinien, c’est le mécanisme de l’évolution. Et puis, ainsi, on pourrait même imaginer en Zinovie à l’intention du Guide une parodie de la chanson de Brassens intitulée « Le Fossoyeur ». En ne changeant qu’un seul mot, elle commencerait ainsi :

 

« Dieu sait que je n’ai pas le fond méchant,
Je ne souhaite jamais la mort des gens,
Mais si l’on ne mourait plus,
Je crèverais de faim sur mon talus,
Je suis un pauvre dictateur. »

 

Holà, Lucien l’âne mon ami, tu me donnes une de ces suggestions… Je te remercie beaucoup d’autant qu’il y a pas mal de Guides qui pourraient profiter de la leçon. Mais la canzone d’aujourd’hui, si elle est est de la même veine et emprunte au même auteur se réfère à une autre chanson de Georges Brassens, à savoir L’Orage, qu’elle parodie consciencieusement.

 

Eh bien, alors ?, demande Lucien l’âne.

 

Voilà, l’autre jour, Lucien l’âne mon ami, en écrivant La Régurgitation, j’avais indiqué que la dernière strophe était en grande partie une parodie de la première strophe de L’Orage de Brassens. C’est de cette première mouture que je suis parti pour faire cette parodie entière-ci. Sur le fond, elle peut se résumer ainsi : « Faites la paix, pas la guerre ».

 

Ho ho, dit Lucien l’âne, ça me semble de toute actualité. Cependant, tout le monde ou presque n’a plus que ça à la bouche ces jours-ci, mais c’est une sentence pour l’éternité – du moins tant qu’il y aura des hommes et des femmes. C’est ce que je retire de mon expérience millénaire. Je me souviens qu’il y a trois mille ans, c’était au temps d’Akhenaton ou de Ramsès, on faisait déjà le siège de Gaza et déjà, les habitants mourraient de soif et de faim. C’est une très vieille histoire et c’est dire si la question risque d’être longue encore à régler.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., depuis il y a eu les croisades et mille massacres religieux et du côté d’ailleurs, du côté où le soldat de la Zinovie dans la grande plaine à la terre noire est envoyé jouer les kamikazes, les massacres continuent depuis presque deux ans maintenant. Et que s’il faut entendre ce que dit la Grand-Mère du côté de la Perse, c’est principalement aux filles qu’ils s’en prennent ces déments. À ce sujet, tu as parfaitement raison en parodiant Molière : « La peste soit des religions et des religieux ». Cela dit, j’insère ici le texte complet de la chanson de Tonton Georges pour que tu puisses voir la différence entre l’original et la parodie.


« L’Orage - Georges Brassens - 1960

 

 

Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps,

Le beau temps me dégoûte et me fait grincer les dents,

Le bel azur me met en rage,

Car le plus grand amour qui me fut donné sur terre

Je le dois au mauvais temps, je le dois à Jupiter,

Il me tomba d’un ciel d’orage.

 

Par un soir de novembre, à cheval sur les toits,

Un vrai tonnerre de Brest, avec des cris de putois,

Allumait ses feux d’artifice.

Bondissant de sa couche en costume de nuit,

Ma voisine affolée vint cogner à mon huis

En réclamant mes bons offices.

 

« Je suis seule et j’ai peur, ouvrez-moi, par pitié,

Mon époux vient de partir faire son dur métier,

Pauvre malheureux mercenaire,

Contraint de coucher dehors quand il fait mauvais temps,

Pour la bonne raison qu’il est représentant

D’une maison de paratonnerres. »

 

En bénissant le nom de Benjamin Franklin,

Je l’ai mise en lieu sûr entre mes bras câlins,

Et puis l’amour a fait le reste !

Toi qui sèmes des paratonnerre’ à foison,

Que n’en as-tu planté sur ta propre maison ?

Erreur on ne peut plus funeste…

 

Quand Jupiter alla se faire entendre ailleurs,

La belle, ayant enfin conjuré sa frayeur

Et recouvré tout son courage,

Rentra dans ses foyers faire sécher son mari

En me donnant rendez-vous les jours d’intempérie,

Rendez-vous au prochain orage.

 

À partir de ce jour je n’ai plus baissé les yeux,

J’ai consacré mon temps à contempler les cieux,

À regarder passer les nues,

À guetter les stratus, à lorgner les nimbus,

À faire les yeux doux au moindre cumulus,

Mais elle n’est pas revenue.

 

Son bonhomme de mari avait tant fait d’affaires,

Tant vendu ce soir-là de petits bouts de fer,

Qu’il était devenu millionnaire

Et l’avait emmenée vers les cieux toujours bleus,

Des pays imbécile où jamais il ne pleut,

Où l’on ne sait rien du tonnerre.

 

Dieu fasse que ma complainte aille, tambour battant,

Lui parler de la pluie, lui parler du gros temps

Auxquels on a tenu tête ensemble,

Lui conter qu’un certain coup de foudre assassin

Dans le mille de mon cœur a laissé le dessin

D’une petite fleur qui lui ressemble… »

 

Si on arrêtait ici, dit Lucien l’âne, je pense qu’on a assez introduit cette chanson du trouvère. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde pernicieux, périlleux, parodieux, parodique, parodiaque, parodial, parodif, partial, parturient et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Parlez-moi de la paix et non pas des combats,

Les combats me dégoûtent et me trouent l’estomac,

L’odeur des bombes me met en rage,

Car le plus grand bonheur ici sur cette Terre,

On le doit à la paix et jamais à la guerre.

Je n’ai jamais aimé les carnages.

 

Par un soir de printemps, là-bas au-dessus des toits,

Un déluge de flammes, hors du ciel, éclata,

Alluma les feux d’artifice.

Sursautant dans sa couche au milieu de la nuit,

Le pays tout entier cria à l’ennemi :

« Le ventre de la mort vous compisse ! »

 

On est seul, on a peur, tout se met à trembler ;

On appelle au secours, le monde va s’écrouler.

C’est encore pire que le tonnerre.

Un chambard plus méchant que le plus mauvais temps

Assourdit et déchire les tympans,

On dirait un vieil ours en colère.

 

En maudissant le nom des cinglés assassins,

On rêva de lieux sûrs sous nos traversins

Et le destin fasse le reste !

Vous qui lancez des bombes et brisez les maisons,

Déversez donc chez vous votre propre poison,

Gardez pour vous votre peste !

 

Quand la guerre ira se faire entendre ailleurs,

La vie ayant enfin surmonté ses douleurs

Et redessiné tout son visage,

Revenue dans ses foyers faire sécher son pays,

Laissera derrière elle toutes ces intempéries

Et refera son paysage.

 

À partir de ce jour, tout ira beaucoup mieux,

On consacrera son temps à rebâtir nos lieux,

À remettre sur pieds nos maisons,

À refaire nos écoles, à resemer nos champs

À chanter en chœur le plus beau de nos chants

Et colorer nos beaux horizons.

 

L’ennemi hagard, égaré dans son enfer,

À court de conscrits et de bouts de fer,

Rentrera penaud en ses terres.

Il s’ira réfugier dans les pays lointains

Dans les espaces vides de ses confins

Où il entretient la misère.

 

Et notre complainte aille tambour battant,

Dire au monde notre paix, lui parler de la guerre

À laquelle on a tenu tête ensemble,

Conter comme les foudres de l’assassin

Au cœur de la mémoire, vont laisser le dessin

D’une sainte horreur qui lui ressemble.

 

 

 

 

 

 

LA ZINOVIE


 

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Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule ; 157. L’Art naïf ; 158. Les Filles de là-bas ; 159. Les Oies cendrées ; Épisode 160 : Les Grondements ; 161. L’État de Guerre ; 162. Comme autrefois ; 163. Traîtres à la Nation ; 164. Les Journalistes ; 165. Le Clown sénile ; 166 : Exils ; 167 : Écoutez les Gars ; 168. L’Acide nostalgique ; 169. Les Chaussettes roses ; 170. La Régurgitation

LA FILLE  Vladimir Aleksandrovich Serov- 1958

LA FILLE Vladimir Aleksandrovich Serov- 1958

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Published by Marco Valdo M.I.
9 novembre 2023 4 09 /11 /novembre /2023 17:04

 

La Régurgitation

 

Chanson française — La Régurgitation — Marco Valdo M.I. — 2023


 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

Épisode 170

 

 

 

FUIR L'ORAGE

 

Charles Cottet - 1904

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Parfois, Lucien l’âne mon ami, il est difficile de voir et de comprendre en quoi une chanson est une chanson contre la guerre. Par exemple, les chansons patriotiques ou celles qui magnifient la résistance à un envahisseur. En fait, on pourrait résumer la position de ces dernières au slogan paradoxal de « Guerre à la guerre ! ».

 

Crier « Guerre à la guerre ! » est en effet paradoxal, dit Lucien l’âne. C’est une question délicate, un sujet périlleux comme celui de la « guerre juste ».

 

Pas vraiment, dit Marco Valdo M.I., car il faut d’abord délimiter l’espace, le type, le genre et pourquoi pas, le but – ouvertement avoué ou dissimulé par des euphémismes d’État – de la guerre dont on parle.

 

Qu’est-ce que c’est qu’un euphémisme d’État, demande Lucien l’âne.

 

Eh bien, rien ne vaut un exemple, dit Marco Valdo M.I. ; donc, par exemple, un pays envahit le pays voisin – c’est bien une guerre, mais il appelle cette guerre une « opération militaire spéciale » ou une action de police intérieure. C’est ça un euphémisme d’État.

 

En somme, dit Lucien l’âne, c’est un mensonge pur et dur, c’est une escroquerie.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., c’est une manière de margoulin. Donc, ici, pour les chansons contre la guerre, dans le slogan de « Guerre à la guerre », le sens de la guerre est clair, il s’agit de la guerre brutale et militaire. Elle se veut destructrice, assassine et conquérante. Dans ce cas, on sait de quoi il est question. La guerre est une déstabilisation d’une situation de vie plus ou moins équilibrée : des gens vivent tranquillement entre eux et avec leurs voisins et soudain, il y a rupture de ce pacifique consensus. Évidemment, une rupture unilatérale et armée d’un certain état de paix couvert par un certain accord. La ruine de la paix, de la paix commune, c’est là que commence la guerre

 

Et Dieu dans tout ça ?, demande Lucien l’âne.

 

Oh, dit Marco Valdo M.I ;, la plupart du temps, c’est un facteur aggravant, c’est un vrai boulet. C’est le prétexte et le dopant de la guerre. Certes, on invoque la paix en son nom, mais il convoque la guerre, il la promeut, il la sanctifie. Il renforce les élans d’agressivité. On a vu ça tout au travers de l’histoire.

 

C’est exact, dit Lucien l’âne, j’en ai souvent été le témoin et mes oreilles, qui sont longues, en vibrent encore.

 

Mais, reprend Marco Valdo M.I., pour en revenir à la canzone, c’est le soldat qui en chante le plus nettement. Il le fait d’une façon qui rappelle certaine chanson de Brassens, opportunément intitulée L’orage.

 

« Parlez-moi de la paix et non pas du combat,

Le combat me dégoûte, me retourne l’estomac,

L’horreur des bombes me met en rage,

Car le plus grand bonheur ici sur la Terre,

On le doit à la paix et jamais à la guerre.

Je n’ai jamais aimé l’orage. »

 

C’est normal que le soldat en parle, dit Lucien l’âne. C’est son quotidien de ces temps-ci. Et pour le reste ?

 

En premier, répond Marco Valdo M.I., la Grand-Mère relaie les propos de son amie qui détaille (un peu) la situation « là-bas », c’est-à-dire en Perse où l’oppression qui pèse sur les gens commence par la rigoureuse séparation, qui rappelle quasiment l’apartheid ou la discrimination raciale, qui est impose entre les hommes et les femmes.

 

« Le Guide bâtit le monde du désespoir :

Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre ;

Les hommes en blanc, les femmes en noir. »

 

Toujours, dit Lucien l’âne, ce « diviser pour régner ». C’est un principe de terreur.

 

Tu ne penses pas si bien dire, Lucien l’âne mon ami, quand tu évoques la terreur. Voici ce dit l’amie de Grand-Mère :

 

« Là-bas, le Guide ordonne l’exécution publique

Des éléments opposés à sa République.

Là-bas, on liquide par milliers ces gens ;

On se débarrasse des mécréants. »

Ensuite, c’est le trouvère qui parle du fonctionnement de l’oppression en Zinovie, de comment on asservit – sans le dire ouvertement, par une ruse perverse – toute une population.

 

« Ces citoyens sont forcés à l’avilissement,

Complices des crimes et des reniements,

Spectateurs des procès et des condamnations

Que le pouvoir diffuse à la télévision.

La conscience, noyée par cette régurgitation,

Sombre dans le vide, poussée à la soumission. »

 

Puis, il montre la voie pour en sortir :

 

« Le seul moyen d’échapper à cette pourriture

Est de soigner la langue de la cité,

Et de préserver chacun sa personnalité,

Cette irréductible individualité

Qui fait croître en nous l’humanité. »

 

Par chance, dit Lucien l’âne, il y a toujours cette « irréductible individualité », sans quoi on n’aurait plus que des peuples-troupeaux. Dès lors, tissons le linceul de ce vieux monde caduque, cabot, cabotin, cabossé, chaotique, carnassier et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Là-bas, dit mon amie, dit la Grand-Mère,

Le Guide bâtit le monde du désespoir :

Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre ;

Les hommes en blanc, les femmes en noir.

L’homme enfermé dans la famille,

Hormis sa mère, ses sœurs, ses filles,

Ne peut toucher les mains d’une femme,

Encore moins l’embrasser sans psychodrame.

Là-bas, le Guide ordonne l’exécution publique

Des éléments opposés à sa République.

Là-bas, on liquide par milliers ces gens ;

On se débarrasse des mécréants.

 

Voyez-vous, la population de Zinovie

Se départage en deux catégories :

Les hommes du Guide, les geôliers

Entièrement dévoués au Président.

Les gens du commun, les prisonniers

Anesthésiés, hypnotisés par les écrans.

Ces citoyens sont forcés à l’avilissement,

Complices des crimes et des reniements,

Spectateurs des procès et des condamnations

Que le pouvoir diffuse à la télévision.

La conscience, noyée par cette régurgitation,

Sombre dans le vide, poussée à la soumission.

 

Alors, dit le trouvère, les affidés

Pour faire de chacun un des leurs

Pénètrent les espaces privés,

Formatent les cerveaux et les cœurs,

Imposent leurs gestes et leur manière,

Répandent les mots et les tournures

De leur langage vernaculaire.

Le seul moyen d’échapper à cette pourriture

Est de soigner la langue de la cité,

Et de préserver chacun sa personnalité,

Cette irréductible individualité

Qui fait croître en nous l’humanité.

 

Soudain, le soldat se lève et chante.

Ne croyez pas que la guerre m’enchante.

La mort rode là-bas ; là-bas, diffuse,

Comme les rats, la mort fuse et ruse.

Les gargouillements des combats

Remontent des senteurs d’abats.

Parlez-moi de la paix et non pas du combat,

Le combat me dégoûte, me retourne l’estomac,

L’horreur des bombes me met en rage,

Car le plus grand bonheur ici sur la Terre,

On le doit à la paix et jamais à la guerre.

Je n’ai jamais aimé l’orage.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA ZINOVIE


 

Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :


 

 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; Épisode 71 : Un Conflit avec l’Étranger ; Épisode 72 : Petit Manuel de Survie ; Épisode 73 : La Banalité ; Épisode 74 : La Ligne de Conduite ; Épisode 75 : Les Femmes de Zinovie ; Épisode 76 : La Légende ; Épisode 77 : Le Devoir sacré ; Épisode 78 : Les nouveaux Soldats ; Épisode 79 : Bruit de Fond ; Épisode 80 : Une résistible Ascension ; Épisode 81 : La Zone interdite ; Épisode 82 : Les Pommes ; Épisode 83 : La Normalité ; Épisode 84 : L’Autorisation ; Épisode 85 : L’Exclusion ; Épisode 86 : Quelle Affaire ? ; Épisode 87 : Le Vase vide ; Épisode 88 : Introspection ; Épisode 89 : Le Pays gris ; Épisode 90 : Tout un Style ; Épisode 91 : L’État unique ; Épisode 92 : Le Veilleur de Nuit ; Épisode 93 : Le Questionnaire ; Épisode 94 : Le Roi des Rats ; Épisode 95 : Si tu veux la Paix ; Épisode 96 : Les Vieilles et la Guerre ; Épisode 97 : L’Étoile filante ; Épisode 98 : La Guerre nécessaire ; Épisode 99 : Les Méditations ; Épisode 100 : La Guerre des Boutons ;

 

 

Épisode 101 : Hurler avec les Loups ; Épisode 102 : Les Cantines éternelles ; Épisode 103 : L’Homme debout ; Épisode 104 : Les Nouveaux Cerisiers ; Épisode 105 : La Logique du Soldat Mort ; Épisode 106 : Les Fuites ; Épisode 107 : Les Ratures ; Épisode 108 : Les Lombrics philosophiques ; Épisode 109 : Les Réservistes ; Épisode 110 : La Logique de la Paix ; Épisode 111 : Le Citoyen et le Régime ; Épisode 112 : Les Ennemis extérieurs ; Épisode 113 : L’Oiseau de Feu ; Épisode 114 : Le Rêve du Guide ; Épisode 115 : Le Bourbier atomique ; Épisode 116 : L’Exilé ; Épisode 117 : La Journée ordinaire ; Épisode 118 : Les Commandeurs ; Épisode 119 : Sainte et Martyre ; Épisode 120 : La Patrie en Danger ; Épisode 121 : Les Églantiers sauvages ; Épisode 122 : Le Temps restant ; Épisode 123 : L’Invincible Armée ; Épisode 124 : L’Explorateur ; Épisode 125 : La Mémoire ; Épisode 126 : Souvenirs du Vieux Temps ; Épisode 127 : La Pauvreté chaleureuse ; Épisode 128 : Du Village à la Ville ; Épisode 129 : À l’École de la Capitale ; Épisode 130 : Le meilleur Élève ; Épisode 131 : Le Rire doux ; Épisode 132 : Les belles Jambes ; Épisode 133 : La Guerre et la Paix ; Épisode 134 : Le Moyen Âge ; Épisode 135 : Roman ; Épisode 136 : L’Aventure guerrière ; Épisode 137 : L’Âme de la Guerre ; Épisode 138 : Les Illusions perdues ; Épisode 139 : Contes et Mécomptes ; 140. Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule ; 157. L’Art naïf ; 158. Les Filles de là-bas ; 159. Les Oies cendrées ; Épisode 160 : Les Grondements ; 161. L’État de Guerre ; 162. Comme autrefois ; 163. Traîtres à la Nation ; 164. Les Journalistes ; 165. Le Clown sénile ; 166 : Exils ; 167 : Écoutez les Gars ; 168. L’Acide nostalgique ; 169. Les Chaussettes roses

FUIR L'ORAGE   Charles Cottet - 1904

FUIR L'ORAGE Charles Cottet - 1904

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Published by Marco Valdo M.I.
7 novembre 2023 2 07 /11 /novembre /2023 09:51

  

Les Chaussettes roses

 

Chanson française — Les Chaussettes roses — Marco Valdo M.I. — 2023


 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 


 

Épisode 169

 

 

 

ÉMOIS

 

Mikhail Fyodorovich Nikonov – 1980

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

C’est à chaque fois, dit Lucien l’âne, une irrésistible tentation de t’interroger à propos du titre de la canzone. C’est évidemment encore le cas cette fois où « Les Chaussettes roses » forment un titre des plus énigmatiques pour une chanson contre la guerre, car le rose – surtout appliqué à des chaussettes – n’est pas une particularité de l’habillement et de la panoplie des militaires et des guerriers.

 

Ce n’est pas moi, Lucien l’âne mon ami, qui te contredirai sur ce point. Alors, pourquoi un tel titre ? Que viennent faire là ces chaussettes roses ? Un premier coup d’œil à la chanson n’éclaire pas trop. Il faut prendre le temps de lire et celui de réfléchir. D’abord, qui dit quoi ? Ce sont les voix des filles de Perse répercutées par la Grand-Mère ; elles disent :

 

« Nous sommes à vie des morts-vivants.

Que pensez-vous de nos chaussettes roses ?

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, dans un monde, dans une société où les filles doivent se voiler la tête, dissimuler leur visage et se cacher le corps dans de longues, larges et informes robes, où les filles doivent s’annihiler en tant que telles, où la loi des mâles religieux les empêche d’être elles-mêmes, mettre des chaussettes roses est un acte de résistance, une marque d’insoumission, une affirmation de soi, une protestation colorée contre un destin d’indignité, une œillade à l’humanité.

 

Et le trouvère enchaîne, dit Marco Valdo M.I., dans une diatribe parallèle à l’encontre de tout univers totalitaire et il indique la manière de se comporter – semblable à celle que doivent adopter les filles de Perse – pour survivre dans un pareil capharnaüm de brimades. Il donne ainsi les raisons de son exclusion du monde zinovien et de sa volonté de n’y pas retourner et de poursuivre sa voie hors des grands chemins routiniers.

 

Et que dit le soldat, demande Lucien l’âne.

 

Oui, en effet, le soldat est à nouveau là, dit Marco Valdo M.I., et cette fois, il parle de la vie dans la tranchée :

 

« là-bas, sur place,

La guerre est d’un ennui mortel.

La tranchée n’a rien d’un hôtel,

Encore moins d’un palace.

C’est un trou au milieu de nulle part. »

 

Ce qu’il dit, Marco Valdo M.I. mon ami, me rappelle ce que disaient les poilus d’un autre temps, d’une autre guerre…

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., j’en sais quelque chose, c’était la guerre de mes aïeux : un a passé la guerre dans une mine de sel en Silésie ; l’autre, dans les tranchées de l’Yser.

 

Halte-là, s’écrie Lucien l’âne , on ne va pas refaire La Guerre de 14-18. Tissons le linceul de ce vieux monde pieux, pervers, totalitaire et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Grand-Mère annonce : les filles de Perse

Vivent en deuil, le cœur en perce.

Des anges barbus et noirs les bercent

D’injonctions perverses.

Les martyrs héroïques couverts de roses

Étouffent nos vies, volent nos destins,

Nous sommes de toutes petites choses.

Nos mémoires équarries, nos émois clandestins,

Notre souffle, nos rires indisposent.

Les guerres, elles, tuent en un instant,

Nous sommes à vie des morts-vivants.

Que pensez-vous de nos chaussettes roses ?

 

Rien de pire, dit le trouvère

Qu’un univers totalitaire.

Vaut mieux se cacher, se taire,

Marcher les pieds de travers.

Respirer précautionneusement

À petits coups l’air ambiant.

Il n’y a aucun mérite

À participer aux réunions,

Accompagner la foule aux exécutions,

Accomplir les rituels et les rites,

À être, malgré soi, complices

Des interrogatoires, des procès, des supplices.

 

C’est pour avoir refusé tout ça, dit le trouvère

Qu’on m’a jeté à terre

Et je ne pourrai revenir en arrière

Sans renier ma vie entière.

Je n’aime pas la trahison,

Je ne pourrais plus me regarder.

On m’a chassé de ma maison

Et je ne peux y retourner

Jouer un rôle d’étranger

Dans mon vieux costume étriqué.

Mon passé me pousse dans les reins

Hors des grands chemins.

 

Le soldat dit : là-bas, sur place,

La guerre est d’un ennui mortel.

La tranchée n’a rien d’un hôtel,

Encore moins d’un palace.

C’est un trou au milieu de nulle part.

Dans la brume d’un monde à part,

Courbés, à genoux, debout,

On passe nos jours dans la boue.

Où s’en vont nos pensées ?

Au loin, comme les oies cendrées,

Elles fuient les tirs meurtriers

Sans jamais se retourner.

 

 

 

 

ÉMOIS   Mikhail Fyodorovich Nikonov – 1980

ÉMOIS Mikhail Fyodorovich Nikonov – 1980

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Published by Marco Valdo M.I.
5 novembre 2023 7 05 /11 /novembre /2023 12:22

 

 

L’Acide nostalgique

 

Chanson française — L’Acide nostalgique — Marco Valdo M.I. — 2023


 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 


 

Épisode 168

 

 

 

LE GUIDE

 

Enrico Baj - 1972

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Qu’est donc cet acide nostalgique ?, demande Lucien l’âne.

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, tout d’abord, il faut prendre en compte le fait que c’est un acide. Un acide dans un sens général, commun, c’est-à-dire une substance qui détruit ou à tout le moins, réduit ce à quoi on l’applique. Ici, c’est un acide d’une gamme particulière, c’est un acide moral qui agit sur la pensée, la conscience, l’intelligence, la personnalité… On en connaît tout une série. Cette sorte d’acide peut être patriotique, nationalique, bellique, folklorique, cosmique, comique, humoristique et bien entendu, nostalgique.

 

Ce qui veut dire ?, demande Lucien l’âne.

 

Ce qui veut sire, répond Marco Valdo M.I., que la nostalgie (de la grandeur et de la puissance zinovienne d’antan) va détruire ou réduire la pensée, l&a conscience, l’intelligence, la personnalité… des gens de Zinovie. En gros, le Guide et sa propagande leur fait accroire à une Grande Histoire Patriotique, exceptionnelle, gigantesque, formidable, à un destin fantastique, universel, à une mission historique, à la nécessaire venue d’une Empire millénaire, une domination du monde qui durerait mille ans.

 

J’ai déjà entendu ça quelque part, dit Lucien l’âne.

 

Certes, dit Marco Valdo M.I., c’est un phénomène récurrent. Et donc, cela crée chez les gens de Zinovie, une dépression mentale profonde qui se mue en un sentiment terrible d’infériorité quand le rêve délirant se met en balance avec la réalité. C’est ce que le trouvère appelle la maladie historique. En clair, le gap est immense entre l’Histoire racontée et le réel. Il est aisé de comprendre que plus l’Histoire racontée est grandiose plus la réalité objective sera médiocre et choquante, plus le sentiment d’infériorité se développera. Plus ceux qui se laissent prendre aux sirènes du Guide et adhèrent à ses visions suivent ce chemin de la gloire, plus grande sera leur colère face à leur réalité médiocre et plus ils auront recours au mythe de leur grandeur pour compenser cet effondrement mental. C’est un système dynamique, une sorte de trou noir qui avale toute lucidité.

 

Cet autoillusionnisme est pervers et extrêmement dangereux, dit Lucien l’âne. En fait,, il égare, fait perdre les repères et rend fou. C’est le fondement du fanatisme.

 

C’est bien ça, dit Marco Valdo M.I., mais heureusement, tous les Zinoviens ne sont pas dupes. Ici, à la suite du trouvère, le soldat exprime nettement son désaccord avec ce genre de dérive patriotico-impériale.

 

Fort bien, dit Lucien l’âne. Mais que devient Grand-Mère ? Qu’en pense-t-elle ?

 

Rassure-toi, dit Marco Valdo M.I., Grand-Mère intervient dans le débat et elle aussi fait état de la guerre, la guerre comme processus infini.

 

Oui, dit Lucien l’âne, la guerre est sans doute une caractéristique de l’espèce humaine, tout comme son aptitude au génocide. Ce sont de vilains défauts.

 

Certes, dit Marco Valdo M.I., et pour en revenir à Grand-Mère, comme d’autres fois, elle fait passer le message à propos du destin effroyable des filles de Perse en butte à la loi inique : « le délirant règlement » qu’imposent les religieux.

 

Ah, dit Lucien l’âne, elle a raison Grand-Mère de ne pas lâcher le morceau, car la persécution des filles, dictée par les religieux – La peste soit des religions et des religieux - est à la base de tous les fanatismes viriloïdes. Suffit pour l’instant, tissons à présent le linceul de ce vieux monde viril, virileux, virilé, virilant, virilien, virilâtre, viriloïde, virilosé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Je cause, je cause, je cause,

C’est tout ce que je sais faire.

C’est la moindre des choses

Pour être trouvère.

Les gens de Zinovie pour la plupart

Sont drogués à l’Histoire.

Discours glorieux, slogans héroïques,

Ils souffrent de la maladie historique,

D’un ravageur sentiment d’infériorité,

De la nostalgie acide d’un passé

Grandiose, magnifique, inventé.

Leur Histoire est un produit frelaté.

 

Moi, dit le soldat, c’est comme ça.

La guerre, c’est pas mon affaire

Je déteste la guerre, je ne l’aime pas.

On m’a condamné à la faire.

Si je pouvais, je ne retournerais pas

La faire, cette putain de guerre.

Si le Guide compassé, ridicule,

Se pavanant comme à son ordinaire,

Vient ici, tempête et gesticule,

Nous, on l’attrape par le col

Et ni une, ni deux, on le bascule,

Tout Guide qu’il est, sur le sol.

 

La guerre, la guerre, la guerre,

Cent, mille fois recommencée !

Ces guerres, dit Grand-Mère,

Sont des absurdités légendaires.

Il y a là-bas une autre guerre,

Là-bas, la guerre est une destinée.

Depuis le temps des pharaons,

Ils ont la guerre à la maison

Tant leurs dieux sont méchants.

Et les vies des pauvres gens,

Les pauvres vies s’arrêtent là

Et nul n’y peut quoi que ce soit.

 

Les filles de Perse doivent être vierges,

Tel est le délirant règlement.

La milice arrête régulièrement

Et emmène les jeunes vierges

Subir des tests de virginité

Pour confirmer cette sotte pureté.

On les interroge, on les brutalise,

On les bat, on leur fait confesser

Des fautes pas commises.

Alors enfin, on les fait fouetter.

Les chanceuses fuient ce pays insensé,

Les autres sont contraintes de rester.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA ZINOVIE


 

Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :


 

 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; Épisode 71 : Un Conflit avec l’Étranger ; Épisode 72 : Petit Manuel de Survie ; Épisode 73 : La Banalité ; Épisode 74 : La Ligne de Conduite ; Épisode 75 : Les Femmes de Zinovie ; Épisode 76 : La Légende ; Épisode 77 : Le Devoir sacré ; Épisode 78 : Les nouveaux Soldats ; Épisode 79 : Bruit de Fond ; Épisode 80 : Une résistible Ascension ; Épisode 81 : La Zone interdite ; Épisode 82 : Les Pommes ; Épisode 83 : La Normalité ; Épisode 84 : L’Autorisation ; Épisode 85 : L’Exclusion ; Épisode 86 : Quelle Affaire ? ; Épisode 87 : Le Vase vide ; Épisode 88 : Introspection ; Épisode 89 : Le Pays gris ; Épisode 90 : Tout un Style ; Épisode 91 : L’État unique ; Épisode 92 : Le Veilleur de Nuit ; Épisode 93 : Le Questionnaire ; Épisode 94 : Le Roi des Rats ; Épisode 95 : Si tu veux la Paix ; Épisode 96 : Les Vieilles et la Guerre ; Épisode 97 : L’Étoile filante ; Épisode 98 : La Guerre nécessaire ; Épisode 99 : Les Méditations ; Épisode 100 : La Guerre des Boutons ; Épisode 101 : Hurler avec les Loups ; Épisode 102 : Les Cantines éternelles ; Épisode 103 : L’Homme debout ; Épisode 104 : Les Nouveaux Cerisiers ; Épisode 105 : La Logique du Soldat Mort ; Épisode 106 : Les Fuites ; Épisode 107 : Les Ratures ; Épisode 108 : Les Lombrics philosophiques ; Épisode 109 : Les Réservistes ; Épisode 110 : La Logique de la Paix ; Épisode 111 : Le Citoyen et le Régime ; Épisode 112 : Les Ennemis extérieurs ; Épisode 113 : L’Oiseau de Feu ; Épisode 114 : Le Rêve du Guide ; Épisode 115 : Le Bourbier atomique ; Épisode 116 : L’Exilé ; Épisode 117 : La Journée ordinaire ; Épisode 118 : Les Commandeurs ; Épisode 119 : Sainte et Martyre ; Épisode 120 : La Patrie en Danger ; Épisode 121 : Les Églantiers sauvages ; Épisode 122 : Le Temps restant ; Épisode 123 : L’Invincible Armée ; Épisode 124 : L’Explorateur ; Épisode 125 : La Mémoire ; Épisode 126 : Souvenirs du Vieux Temps ; Épisode 127 : La Pauvreté chaleureuse ; Épisode 128 : Du Village à la Ville ; Épisode 129 : À l’École de la Capitale ; Épisode 130 : Le meilleur Élève ; Épisode 131 : Le Rire doux ; Épisode 132 : Les belles Jambes ; Épisode 133 : La Guerre et la Paix ; Épisode 134 : Le Moyen Âge ; Épisode 135 : Roman ; Épisode 136 : L’Aventure guerrière ; Épisode 137 : L’Âme de la Guerre ; Épisode 138 : Les Illusions perdues ; Épisode 139 : Contes et Mécomptes ; 140. Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule ; 157. L’Art naïf ; 158. Les Filles de là-bas ; 159. Les Oies cendrées ; Épisode 160 : Les Grondements ; 161. L’État de Guerre ; 162. Comme autrefois ; 163. Traîtres à la Nation ; 164. Les Journalistes ; 165. Le Clown sénile ; 166 : Exils ; 167 : Écoutez les Gars

 LE GUIDE   Enrico Baj - 1972

LE GUIDE Enrico Baj - 1972

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Published by Marco Valdo M.I.
2 novembre 2023 4 02 /11 /novembre /2023 19:37

 

 

Écoutez les Gars

 

Chanson française — Écoutez les Gars — Marco Valdo M.I. — 2023


 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 


 

Épisode 167

 

 

 

UN BEL ÉTÉ

 

Amir Nuriakhmetovich Mazitov – 1970 ca.

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Écoutez les gars, commence Marco Valdo M.I., est une expression courante qui indique que celui qui réclament ainsi l’attention se trouve dans un groupe assez restreint où tout ce monde se trouve plus ou moins en pays de connaissance. C’est une manière de planter le décor. Ainsi, on sait que ce n’est ni un meeting, ni une assemblée, ni rien qui de près ou de loin aurait un caractère officiel ou d’une réunion organisée. C’est un monde informel, plus ou moins spontané, assez libre de ses discussions et bon enfant comme il en surgit au coin des rues. Bref, on discutaille et chacun peut y aller de son mot.

 

Ah, dit Lucien l’âne, je connais ça ; c’est assez convivial. On apprend bien des choses dans ces endroits-là. Voyons voir, dis-moi. Qui est là ? Qui dit quoi ?

 

Eh bien, répond Marco Valdo M.I., le premier à intervenir est le soldat qui raconte comment, contraint et forcé, le civil qu’il était s’est retrouvé avec un fusil à la main à contempler des essaims de mouches bourdonnant sur des cadavres. Écoute voir ça :

 

« Suivez-nous qu’ils ont dit.

Et prenez votre barda.

Deux jours après, j’avais un fusil.

Le lendemain, sus à l’ennemi.

Alors, j’ai vu les trous et les morts

Et les mouches sur les corps. »

 

Ce bruit bruissant des mouches, dit Lucien l’âne, je le connais, je l’ai entendu tellement souvent et je ne te dis pas l’odeur.

 

Ensuite, continue Marco Valdo M.I., après le soldat, c’est au tour du trouvère de lancer son « Écoutez les gars, les filles, les mères » pour dire sa misère d’ostracisé, l’abandon où le laissent ses anciens amis.

 

« Je vais, je viens, je vis banni,

Confiné, méprisé, ostracisé,

Évité par mes anciens amis. »

 

Il adresse alors au groupe, à la conscience du groupe, un message de combat un peu paradoxal où il propose d’encourager la folie impériale du Guide pour hâter sa fin.

 

« De notre souffle, à vous, à moi

Gonflons les voiles du Guide

Et poussons l’Empire dans le vide. »

 

Dans le fond, dit Lucien l’âne, ce n’est peut-être pas une mauvaise idée.

 

Et puis, reprend Marco Valdo M.I., c’est au tour de la Grand-Mère de réclamer : « Écoutez les gars... » et d’attirer malgré le brouhaha l’attention sur le chant des filles d’Iran.

 

« Les filles de Perse disent au vent

La nausée qui étouffe l’Iran. »

 

Moi, dit Lucien l’âne, ces filles-là me font penser aux sirènes légendaires.

 

Et tu ne te trompes pas, dit Marco Valdo M.I., car écoute ça comme elles chantent la chanson des lumières contre la terreur des ténèbres :

 

« Écoutez le chant de ces belles voix,

Le chant des belles filles, les voix

Des chœurs des filles de là-bas.

Certaines mortes déjà, sans corps,

Chantent sans voile, rêvent encore,

Étoiles par-dessus les frontières,

D’un nouveau siècle de lumières. »

 

Et nombre d’entre elles, parquées dans les prisons de la religieuse république y perdent les belles heures de leur vie sans y perdre le goût de la vie à recommencer.

 

« Au long des jours perdus.

On n’en finit pas de penser.

À ce qui aurait pu être,

À ce qui aurait pu naître

Et qui n’a pas été.

Et nos cœurs déchirés

Aspirent encore au bel été. »

 

Me voilà tout bouleversé par cette tendre complainte, dit Lucien l’âne. Que la peste soit des religions et des religieux ! Allons tissons le linceul de ce vieux monde pieux, pillard, pillé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Le soldat dit : Écoutez-moi les gars.

Ils m’ont cherché chez moi,

J’étais encore au lit,

Je rêvais d’un lointain pays,

Eh bien, j’ai été servi.

Je n’ai pas eu le choix,

Suivez-nous qu’ils ont dit

Et prenez votre barda.

Deux jours après, j’avais un fusil.

Le lendemain, sus à l’ennemi.

Alors, j’ai vu les trous et les morts

Et les mouches sur les corps.

 

Écoutez les gars, les filles, les mères,

Vous êtes le public de ma misère,

Dit le trouvère, mon exil est ici.

À vous, je conte ma vie et mes soucis.

Je vais, je viens, je vis banni,

Confiné, méprisé, ostracisé,

Évité par mes anciens amis.

Dans ce pays angoissé

Où l’air manque déjà,

De notre souffle, à vous, à moi

Gonflons les voiles du Guide

Et poussons l’Empire dans le vide.

 

Grand-Mère dit : Écoutez les gars,

Écoutez le chant de ces belles voix,

Le chant des belles filles, les voix

Des chœurs des filles de là-bas.

Certaines mortes déjà, sans corps,

Chantent sans voile, rêvent encore,

Étoiles par-dessus les frontières,

D’un nouveau siècle de lumières.

Punies d’être en vie,

Punies de vouloir la vie,

Les filles de Perse disent au vent

La nausée qui étouffe l’Iran.

 

Du fond du monde délirant

Des prisons de Téhéran,

Vivre, oh, seulement vivre,

Libres de lire nos livres.

On panse nos songes pendus,

Au long des jours perdus.

On n’en finit pas de penser.

À ce qui aurait pu être,

À ce qui aurait pu naître

Et qui n’a pas été.

Et nos cœurs déchirés

Aspirent encore au bel été.


 

 

 

 

 


 

 

 

 

LA ZINOVIE


 

Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :


 

 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; Épisode 71 : Un Conflit avec l’Étranger ; Épisode 72 : Petit Manuel de Survie ; Épisode 73 : La Banalité ; Épisode 74 : La Ligne de Conduite ; Épisode 75 : Les Femmes de Zinovie ; Épisode 76 : La Légende ; Épisode 77 : Le Devoir sacré ; Épisode 78 : Les nouveaux Soldats ; Épisode 79 : Bruit de Fond ; Épisode 80 : Une résistible Ascension ; Épisode 81 : La Zone interdite ; Épisode 82 : Les Pommes ; Épisode 83 : La Normalité ; Épisode 84 : L’Autorisation ; Épisode 85 : L’Exclusion ; Épisode 86 : Quelle Affaire ? ; Épisode 87 : Le Vase vide ; Épisode 88 : Introspection ; Épisode 89 : Le Pays gris ; Épisode 90 : Tout un Style ; Épisode 91 : L’État unique ; Épisode 92 : Le Veilleur de Nuit ; Épisode 93 : Le Questionnaire ; Épisode 94 : Le Roi des Rats ; Épisode 95 : Si tu veux la Paix ; Épisode 96 : Les Vieilles et la Guerre ; Épisode 97 : L’Étoile filante ; Épisode 98 : La Guerre nécessaire ; Épisode 99 : Les Méditations ; Épisode 100 : La Guerre des Boutons ; Épisode 101 : Hurler avec les Loups ; Épisode 102 : Les Cantines éternelles ; Épisode 103 : L’Homme debout ; Épisode 104 : Les Nouveaux Cerisiers ; Épisode 105 : La Logique du Soldat Mort ; Épisode 106 : Les Fuites ; Épisode 107 : Les Ratures ; Épisode 108 : Les Lombrics philosophiques ; Épisode 109 : Les Réservistes ; Épisode 110 : La Logique de la Paix ; Épisode 111 : Le Citoyen et le Régime ; Épisode 112 : Les Ennemis extérieurs ; Épisode 113 : L’Oiseau de Feu ; Épisode 114 : Le Rêve du Guide ; Épisode 115 : Le Bourbier atomique ; Épisode 116 : L’Exilé ; Épisode 117 : La Journée ordinaire ; Épisode 118 : Les Commandeurs ; Épisode 119 : Sainte et Martyre ; Épisode 120 : La Patrie en Danger ; Épisode 121 : Les Églantiers sauvages ; Épisode 122 : Le Temps restant ; Épisode 123 : L’Invincible Armée ; Épisode 124 : L’Explorateur ; Épisode 125 : La Mémoire ; Épisode 126 : Souvenirs du Vieux Temps ; Épisode 127 : La Pauvreté chaleureuse ; Épisode 128 : Du Village à la Ville ; Épisode 129 : À l’École de la Capitale ; Épisode 130 : Le meilleur Élève ; Épisode 131 : Le Rire doux ; Épisode 132 : Les belles Jambes ; Épisode 133 : La Guerre et la Paix ; Épisode 134 : Le Moyen Âge ; Épisode 135 : Roman ; Épisode 136 : L’Aventure guerrière ; Épisode 137 : L’Âme de la Guerre ; Épisode 138 : Les Illusions perdues ; Épisode 139 : Contes et Mécomptes ; 140. Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule ; 157. L’Art naïf ; 158. Les Filles de là-bas ; 159. Les Oies cendrées ; Épisode 160 : Les Grondements ; 161. L’État de Guerre ; 162. Comme autrefois ; 163. Traîtres à la Nation ; 164. Les Journalistes ; 165. Le Clown sénile ; 166 : Exils

UN BEL ÉTÉ   Amir Nuriakhmetovich Mazitov – 1970 ca.

UN BEL ÉTÉ Amir Nuriakhmetovich Mazitov – 1970 ca.

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Published by Marco Valdo M.I.
30 octobre 2023 1 30 /10 /octobre /2023 18:33

 

Exils

 

Chanson française — Exils — Marco Valdo M.I. — 2023


 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 


 

Épisode 166

 

 

 

EXILS

Mikhail Ivanovich Avilov - 1930 ca

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

L’exil, commente Marco Valdo M.I., est une chose fort différente selon qu’on l’impose comme punition ou qu’on le choisisse comme solution ultime à une situation intenable. C’est à cette dernière catégorie que fait allusion le soldat :

 

« On nous massacre par devant,

On nous assassine par derrière.

Pour sûr, on serait bien contents

D’un exil sur un autre continent,

N’importe où sur la Terre entière. »

 

Je le comprends, dit Lucien l’âne ; en pareil cas, on serait tous contents. Ce pendant, j’ai comme l’idée que la population toute entière d’un grand pays ne pourrait – même si elle en avait l’envie – partir en exil. Pour aller où ? Et faire quoi ?

 

Évidemment, répond Marco Valdo M.I., l’exil extérieur n’est pas possible pour tout le monde, on l’avait déjà dit antérieurement dans ce voyage. Et l’exil à l’étranger n’est pas la panacée universelle non plus, car il engendre chez certains émigrés le sentiment pesant de la nostalgie. Il reste alors l’exil intérieur qui est la solution à laquelle certains ont recours et c’est singulièrement le cas du trouvère, mais – comme il l’évoquait lui-même et peut-être y reviendra-t-il un de ces jours – elle impose une vie cachée et une continuelle errance.L’exil intérieur choisi ou imposé par les circonstances suppose une vie clandestine. Pour ce qui est du confinement, qui est la forme punitive de l’exil intérieur, il s’apparente à l’emprisonnement et à la mise en camp de détention ou en camp de travail.

 

Oui, je vois, dit Lucien l’âne. C’est l’arrêt domiciliaire à distance. N’était-ce pas ce confinement qui a conduit Carlo Levi à Aliano ?

 

Oui, en effet, dit Marco Valdo M.I., mais je n’en ai pas fini avec la canzone, car les deux dernières strophes que raconte la Grand-Mère rapportent les souvenirs de filles de Perse qui ont rompu avec le pays d’origine et vivent une nouvelle existence à l’étranger ; elles ont d’ailleurs l’air d’être satisfaites de leur exil. Enfin, tu te feras une idée en lisant ce qu’elles racontent. Et maintenant, une dernière explication nécessaire ; elle concerne les deux derniers vers de la canzone, vraiment très mystérieux, qui disent :

 

« Peut-on manger le poulet qu’on a violé ?

Non, mais on peut le vendre au marché. »

 

  Je me demande, dit Lucien l’âne, quel est l’esprit tordu qui se pose ce genre de questions.

 

Je vais te le dire tout à l’heure, répond Marco Valdo M.I., ces deux vers font référence aux écrits du grand Guide local qui développe des considérations étranges quant à la manière dont on peut – en réalité, selon lui, on doit – se comporter en Perse – pour commencer, avant d’être étendue au reste du monde. C’est une sorte de traité de morale théologique. Pour les deux vers, la question qu’il prétend résoudre est la suivante : un homme peut-il pour satisfaire ses besoins sexuels violer un poulet ? À cela, le Guide répond : Oui. Le problème prend alors une autre tournure et se pose la question suivante : L’homme, qui a violé le poulet, peut-il le manger ?

 

Oh, dit Lucien l’âne, grave dilemme. Et quelle est la réponse de l’auguste Guide ?

 

En fait, répond Marco Valdo M.I., l’ayatollah, car c’en est un, répond fermement : « Non ! », mais bon prince, il ajoute que quelqu’un d’autre – à condition qu’il ne soit pas de la famille de l’homme qui a violé le poulet – peut manger l’animal. Il n’est pas précisé s’il peut le manger vivant. C’est ce que la canzone traduit par « peut être vendu au marché ».

 

Au fait, demande Lucien l’âne, est-ce qu’on peut savoir le titre de l’ouvrage qui contient de si judicieuses réflexions ?

 

Certes, répond Marco Valdo M.I., il s’agit d’un ouvrage intitulé : « Les Principes religieux, sociaux, philosophiques et politiques de l’ayatollah Khomeini ».

 

Voilà qui éclaire ma lanterne magique, dit Lucien l’âne, mais quand même, je réitère ma sentence, inspirée de Molière : La peste soit des religions et des religieux ! Cela étant, tissons le linceul de ce monde dément, croyant, délirant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Nous, on n’en peut plus non plus

Dit le soldat, de faire cette guerre

Éclair qui se traîne et n’en finit plus.

À trois cent mille, on passe la frontière.

On s’en allait conquérir sans coup férir.

Il s’agissait de triompher, pas de périr.

Déjà, on décède par brigades entières.

On nous massacre par devant,

On nous assassine par derrière.

Pour sûr, on serait bien contents

D’un exil sur un autre continent,

N’importe où sur la Terre entière.

 

Le trouvère dit : il y a deux exils.

L’exil ici, l’exil là-bas.

Peu importe quel autre endroit,

Ailleurs, c’est le vrai exil.

Dans ce monde, tout est nouveau,

Il faut réapprendre à exister,

Il faut apprendre à parler,

Il faut se trouver un boulot.

On ne peut vraiment s’installer.

La mémoire devient notre ennemie,

On remâche l’herbe de nostalgie.

L’espoir de rentrer taraude l’exilé.

 

Grand-Mère dit : Les enfants de Perse

En exil, après quelques ans, disent

Des gens du pays d’antan :

Chez eux, ils, là-bas, avant,

C’est un monde brumeux,

Le pays oublié des vieux

Souvenirs, un rêve délétère.

Lieu bruissant de chants guerriers,

Chahuté de marches militaires,

Où sévissent d’étranges policiers,

Imposant aux filles de curieuses lois

Au nom du Guide de là-bas.

 

Dans ce monde des lois éternelles.

Cet univers d’agressivité perpétuelle,

Où l’infraction à l’ordre moral

Justifie le pouvoir inquisitorial,

Punies pour des lacets de couleur,

Punies pour avoir couru dans la cour,

Punies pour avoir sucé une douceur,

Punies pour vouloir vivre au jour,

Un orteil visible, une mèche de cheveux,

Les jeunes filles vendues aux vieux,

Peut-on manger le poulet qu’on a violé ?

Non, mais on peut le vendre au marché.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA ZINOVIE


 

Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :


 

 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; Épisode 71 : Un Conflit avec l’Étranger ; Épisode 72 : Petit Manuel de Survie ; Épisode 73 : La Banalité ; Épisode 74 : La Ligne de Conduite ; Épisode 75 : Les Femmes de Zinovie ; Épisode 76 : La Légende ; Épisode 77 : Le Devoir sacré ; Épisode 78 : Les nouveaux Soldats ; Épisode 79 : Bruit de Fond ; Épisode 80 : Une résistible Ascension ; Épisode 81 : La Zone interdite ; Épisode 82 : Les Pommes ; Épisode 83 : La Normalité ; Épisode 84 : L’Autorisation ; Épisode 85 : L’Exclusion ; Épisode 86 : Quelle Affaire ? ; Épisode 87 : Le Vase vide ; Épisode 88 : Introspection ; Épisode 89 : Le Pays gris ; Épisode 90 : Tout un Style ; Épisode 91 : L’État unique ; Épisode 92 : Le Veilleur de Nuit ; Épisode 93 : Le Questionnaire ; Épisode 94 : Le Roi des Rats ; Épisode 95 : Si tu veux la Paix ; Épisode 96 : Les Vieilles et la Guerre ; Épisode 97 : L’Étoile filante ; Épisode 98 : La Guerre nécessaire ; Épisode 99 : Les Méditations ; Épisode 100 : La Guerre des Boutons ; Épisode 101 : Hurler avec les Loups ; Épisode 102 : Les Cantines éternelles ; Épisode 103 : L’Homme debout ; Épisode 104 : Les Nouveaux Cerisiers ; Épisode 105 : La Logique du Soldat Mort ; Épisode 106 : Les Fuites ; Épisode 107 : Les Ratures ; Épisode 108 : Les Lombrics philosophiques ; Épisode 109 : Les Réservistes ; Épisode 110 : La Logique de la Paix ; Épisode 111 : Le Citoyen et le Régime ; Épisode 112 : Les Ennemis extérieurs ; Épisode 113 : L’Oiseau de Feu ; Épisode 114 : Le Rêve du Guide ; Épisode 115 : Le Bourbier atomique ; Épisode 116 : L’Exilé ; Épisode 117 : La Journée ordinaire ; Épisode 118 : Les Commandeurs ; Épisode 119 : Sainte et Martyre ; Épisode 120 : La Patrie en Danger ; Épisode 121 : Les Églantiers sauvages ; Épisode 122 : Le Temps restant ; Épisode 123 : L’Invincible Armée ; Épisode 124 : L’Explorateur ; Épisode 125 : La Mémoire ; Épisode 126 : Souvenirs du Vieux Temps ; Épisode 127 : La Pauvreté chaleureuse ; Épisode 128 : Du Village à la Ville ; Épisode 129 : À l’École de la Capitale ; Épisode 130 : Le meilleur Élève ; Épisode 131 : Le Rire doux ; Épisode 132 : Les belles Jambes ; Épisode 133 : La Guerre et la Paix ; Épisode 134 : Le Moyen Âge ; Épisode 135 : Roman ; Épisode 136 : L’Aventure guerrière ; Épisode 137 : L’Âme de la Guerre ; Épisode 138 : Les Illusions perdues ; Épisode 139 : Contes et Mécomptes ; 140. Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule ; 157. L’Art naïf ; 158. Les Filles de là-bas ; 159. Les Oies cendrées ; Épisode 160 : Les Grondements ; 161. L’État de Guerre ; 162. Comme autrefois ; 163. Traîtres à la Nation ; 164. Les Journalistes ; 165. Le Clown sénile

EXILS  Mikhail Ivanovich Avilov - 1930 ca

EXILS Mikhail Ivanovich Avilov - 1930 ca

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Published by Marco Valdo M.I.

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