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14 décembre 2023 4 14 /12 /décembre /2023 20:01

LE ROSARITO (ÔTEZ LE VOILE)

 

Version française – LE ROSARITO (ÔTEZ LE VOILE) – Marco Valdo M.I. – 2023

d’après la version italienne de Riccardo Gullota – TOGLITI IL VELO 2023

d’une chanson persane (Iran) – "Roosarito" (روسریتو) - Mehdi Yarrahi – 2023


 

 

FILLE DE PERSE

Sandrine Paillard - 2023


 


 

Mehdi Yarrahi et Roosarito


 

L’artiste de 41 ans a publié vendredi 24 août 2023 une chanson intitulée "Roosarito", qui signifie "ton voile" en farsi. Mehdi Yarrahi, chanteur pop iranien, a été arrêté le lundi 28 août par la police, après qu’il a sorti cette chanson contre le port obligatoire du voile. La veille, Mizan Online, le site du pouvoir judiciaire iranien, avait annoncé qu'une procédure judiciaire avait été ouverte contre le chanteur "après la sortie d'une chanson illégale qui défie la morale et les coutumes de la société islamique".

Il a publié cette chanson "Roosarito", qui signifie "ton voile" en farsi, pour exprimer son soutien au mouvement de protestation qui a fait suite au meurtre de Mahsa Amini par la police des mœurs en septembre de l’année dernière. Le clip de trois minutes reprend le slogan du mouvement de protestation : "Femme, vie, liberté". Le chanteur y appelle les Iraniennes à "retirer leur foulard" et la vidéo contient elle-même des séquences dans lesquelles on peut voir des femmes en train de danser les cheveux découverts. Mehdi Yarrahi, "arrêté sur ordre du procureur de Téhéran", selon Mizan, a demandé à ses fans de ne pas s’en faire, affirmant sur X être "le cauchemar de ce juge". "Continuons à parler de l'anniversaire du meurtre de Mahsa Amini", a-t-il ajouté sur le réseau social. Les femmes iraniennes sont de plus en plus nombreuses à faire fi du code vestimentaire depuis le début des manifestations contre le régime des mollahs. Cependant, les autorités iraniennes ont annoncé en avril dernier l'installation de caméras dans les rues du pays pour sanctionner les femmes qui ne porteraient pas le voile.



LE VOILE EN IRAN


 

روسری [rousary], hijab en arabe, est le voile que les femmes musulmanes doivent porter sur la tête en public. L'obligation de porter le voile n'est pas strictement inscrite dans le Coran, qui la mentionne dans quelques sourates pour la recommander. Elle est plutôt prescrite par la doctrine islamique, avec quelques différences entre les différentes écoles. Il n'y a pas de consensus univoque sur son caractère obligatoire par rapport à la signification attribuée au symbole. Le besoin de séparation, qui rappelle la fonction du sacré dans d'autres cultures, s'est ensuite doublé d'autres significations, telles que l'identité dans un sens anti-occidental. Actuellement, les pays qui imposent légalement aux femmes de porter le voile en public sont l'Iran et l'Afghanistan.

 

Les protestations pacifiques des femmes iraniennes contre le port obligatoire du voile et les manifestations dans les lieux publics sans voile ont abouti à une série d'attaques violentes et d'arrestations par la police iranienne depuis le 27 décembre 2017. Masha Amini, une Kurde de 22 ans, est décédée le 15 septembre 2022 des suites des blessures qu'elle a subies de la part de la police religieuse pour avoir porté le voile de manière inappropriée. Des manifestations de masse ont éclaté, des femmes de tous âges sont descendues dans la rue en se coupant les cheveux, en brûlant leur foulard ou en l'agitant. Les manifestations, qui se sont répandues comme une traînée de poudre dans les 31 provinces de l'Iran, semblent avoir mis le régime en grande difficulté en déclenchant une vague de répression sans précédent. Des informations fiables font état de 530 manifestants tués, de plus de 19 000 arrestations et de 1 280 manifestations.


Des manifestations de solidarité au cri du slogan kurde " femmes, vie et liberté "/ zan, zendegi, azadi [آزادی زندگی زن ] et " À bas le dictateur "/ marg bar diktator [مرگ بر دیکتاتور] ont été organisées à l'étranger pour demander le durcissement des sanctions contre l'Iran.

En décembre 2022, le pouvoir judiciaire a annoncé qu'il avait exécuté deux manifestants par pendaison.

En janvier 2023, deux autres manifestants sont pendus.

Les chefs d'accusation sont habituels : "inimitié contre Dieu"/ محاربة [muharebeh] et "corruption dans le pays"/ افساد-ا فل ارز [efsad-e fel arz] . Le code pénal iranien est fondé sur la charia. Le chapitre 7, divisé en trois sections, comprend les articles 183 à 196, qui traitent de la répression des deux crimes susmentionnés.

 

Une note officielle datée du 27 mars 2023 et publiée par le ministère de l'intérieur à Téhéran réaffirme que l'obligation du hijab pour les femmes est "l'un des fondements de la civilisation de la nation iranienne" et qu'"il n'y aura aucune tolérance à l'égard des principes et des règles religieuses et des valeurs traditionnelles". Le régime, par l'intermédiaire de ses représentants les plus modérés, avait promis d'abolir la police des mœurs, mais en juillet dernier, les fameuses patrouilles chargées de veiller à l'application de la loi islamique ont repris du service.

 

Depuis le 15 avril 2023, environ un million de messages ont été envoyés aux femmes pour les avertir qu'elles doivent s'abstenir de conduire pendant une certaine période si elles sont prises par des caméras de surveillance sans voile dans la voiture (technologie chinoise de reconnaissance faciale). Le renforcement des sanctions a conduit, entre avril et juin, à 108 000 inculpations pour violation de l'obligation de porter le voile et à la confiscation de 2 000 voitures. Mais cela ne suffit pas.

Le "projet de loi pour le soutien de la culture de la chasteté et du hijab", qui n'a pas encore été approuvé par le parlement, prévoit une série de restrictions aux droits des femmes qui transgressent la loi. Les mesures comprennent des amendes insupportables (8 000 dollars, une somme énorme en Iran, ou l'emprisonnement), la confiscation des téléphones portables, la confiscation des voitures et l'interdiction de conduire. Des sanctions encore plus graves sont prévues : déductions de salaire, exclusion des services bancaires, licenciement et emprisonnement pouvant aller jusqu'à cinq ans en cas de "collusion avec des services de renseignement et de sécurité étrangers".

 

L'Occident suit l'évolution de la situation avec un vif intérêt : la question des droits civils en Iran est inextricablement liée à la politique internationale du régime, aux lourdes sanctions auxquelles l'Iran est soumis, à la mauvaise situation économique et à la situation délicate au Moyen-Orient. Aujourd'hui, plus qu'avant, l'Iran joue un rôle clé dans l'évolution de la situation en Syrie et au Liban. À ces facteurs d'instabilité s'ajoutent une détente "inquiétante" avec des pays arabes traditionnellement hostiles et le soutien militaire de l'Iran à la Russie. On peut donc comprendre, au moins en partie, pourquoi les protestations légitimes et vibrantes contre un régime anachronique et despotique n'ont pas trouvé un écho important dans les classes moyennes et chez les travailleurs.

 

Dernières nouvelles de Mehdi Yarrahi

 

Le compositeur Mehdi Yarrahi, très populaire en Iran, a récemment sorti la chanson Roosarito en souvenir de Masha Amini, un an après son assassinat.

Il a été dénoncé le 27 août 2023 par les autorités à la justice iranienne pour avoir sorti cette chanson appelant les femmes à retirer leur voile. Le lendemain, 28 août, il a été placé en détention.

 

[Riccardo Gullotta].


 

 

 

IRAN : VICTIME DE MARIAGES FORCÉS ET D'ABUS, UNE AUTRE FEMME EST SUR LE POINT D'ÊTRE PENDUE


 

À l'heure où nous écrivons ces lignes (le 13 décembre à neuf heures du matin), on ne sait pas encore si l'exécution prévue de Samira Sabzian a eu lieu. Condamnée à mort sur la base du principe de Qisas (vulgairement : loi du talion) pour le meurtre de son mari, Samira est en prison depuis dix ans. Victime - à l'âge de quinze ans - d'un mariage forcé (ainsi que de violences domestiques), mère de deux enfants, son nom viendrait s'ajouter à celui d'au moins 17 femmes (celles connues, mais le chiffre est certainement en deçà de la réalité) exécutées en 2023. Plus encore - 16 avérées - en 2022.

Selon le code pénal islamique, les personnes accusées de "meurtre intentionnel" sont soumises au Qisas, quelles que soient les intentions ou les circonstances dans lesquelles le meurtre a eu lieu.

À ce stade, les proches de la victime ont le choix entre trois options : demander l'exécution effective de la personne condamnée, le "dieh" (obtention d'une somme d'argent en échange du sang versé) ou accorder le pardon. Dans ce cas, les grands-parents des enfants de Samira ont demandé qu'elle soit pendue.

Selon Iran Human Rights, la femme a été transférée hier à l'isolement dans la prison de Gharchak à Varamin (province de Téhéran). Espérant le pardon de la famille de son mari, Samira avait renoncé à voir ses deux enfants (actuellement âgés de 17 et 10 ans) pendant toute la durée de sa détention dans le couloir de la mort (dix ans). En vain, semble-t-il.

 

Gianni Sartori (13/12/2023)


 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Lucien l’âne mon ami, c’est à la demande de Grand-Mère – celle qui, dans notre voyage en Zinovie, nous entretient régulièrement de ce que lui disent les filles de Perse ( voir Les Filles de Là-bas) – qu’on devra cette version française de cette chanson iranienne en langue persane ainsi que les informations qui l’accompagnent – celles signées de Riccardo Gullota et celles, terribles, rapportées par Gianni Sartori.

 

Moi, dit Lucien l’âne, par égard à toutes ces femmes écrasées par l’injuste domination des hommes, par égard à ces filles de Perse (voir pour commencer L’Éternité et suivre la piste où les Filles de Perse et Grand Mère font de régulières incursions pour faire entendre leurs voix) et d’ailleurs et aux supplices et aux humiliations qu’imposent la religion et les usages traditionnels, je demande à toutes les femmes du monde de rejeter avec dégoût le voile, le foulard et tous les déguisements et comportements imposés par les délires religieux. Et surtout, qu’elles ne se laissent plus prendre aux propos vertueux et mensongers qui veulent les convaincre de ce que la prison mentale volontaire et la soumission à des volontés extraterrestres qui en résulte constituent une façon digne de vivre sa vie. Et tant qu’à dire mon avis, il me paraît que tous les hommes devraient en faire autant.

 

Pour en venir à la chanson, dit Marco Valdo M.I., peut-être paraîtra-t-elle au premier regard une chanson d’amour et en cela, elle ne devrait pas poser de problème aux religieux, puisque le dénouement des cheveux se ferait dans la plus stricte intimité et dans le respect des règles conjugales, chose qui serait plutôt recommandée. Alors, la question se pose de savoir pourquoi le régime religieux dictatorial et brutal l’a interdite et poursuit le chanteur Mehdi Yarrahi. Les dernières nouvelles dont je dispose disent « Le 19 septembre, Mehdi Yarrahi est inculpé pour « activités de propagande », « incitation à la corruption », « production et diffusion de contenu contraire à la moralité et à la décence publiques » et « encouragement » à commettre des crimes. Après un mois et demi en prison, il a été libéré sous caution le 18 octobre 2023. Je n’ai pas de nouvelles plus récentes le concernant. Donc, pourquoi avoir interdit une chanson en apparence si peu « publique », si peu « politique » ? Tout simplement car elle véhicule, et combien, un message caché, celui que les femmes d’Iran et d’ailleurs ne comprennent que trop bien aux yeux et aux oreilles du pouvoir. Et puis, ces cheveux dénoués dans une intimité, une fois chantés et diffusés à tous les vents d’Iran ont rapidement atteint le niveau d’un hymne de libération, d’un chant de combat contre le régime oppresseur de la dictature religieuse, qui prétend régenter jusqu’aux cheveux des filles. Et le pouvoir n’aime vraiment pas ça. Alors, il réprime ; au besoin, il tue.

 

Je pense, dit Lucien l’âne, que pour ce petit dialogue, il est temps de conclure. Alors, d’abord rappelons notre sentence : « La peste soit des religions et des religieux » et puis, tissons le linceul de ce vieux monde libidineux, religieux, obséquieux, visqueux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 

 

Le soleil se couche, ôtez votre voile !

Votre parfum emplit l'air, ôtez votre voile !

Ôtez votre voile, donnez vie à vos cheveux.

Ah Ah !

N'ayez pas peur, amour, riez, protestez contre les larmes !

Ôtez votre voile, laissez couler vos cheveux.

Ah Ah !

N'ayez pas peur, amour, riez, protestez contre les larmes !

La danse de vos rousses tresses, ma gorge nouée, tous vos cheveux,

Ah Ah !

Mon visage mouillé capte vos vœux.

Ôtez votre voile, à l'air clair et frais,

Ah Ah !

N'ayez pas peur, amour, dansez,

Ôtez votre voile, à l'air clair et frais,

Sans hésiter pour un baiser.

Ah Ah !

Ôtez votre voile, à l'air clair et frais,

N'ayez pas peur, amour, dansez,

Sans hésiter pour un baiser.

Le ciel couvert est bleu

Devant vous, tout bleu

Ah Ah !

Laissez vos cheveux retomber,

Laissez-les, vague sur vague, se noyer,

Tirez le rideau, le ciel se réjouira ;

Plus jamais, la nuit ici ne tombera.

Le soleil c'est vous, la nuit jamais ne tombera.

La la la lalalala la la

La la la lalalala la la la

La la la lalalala la la


 

 

FILLE DE PERSE  Sandrine Paillard - 2023

FILLE DE PERSE Sandrine Paillard - 2023

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Published by Marco Valdo M.I.
13 décembre 2023 3 13 /12 /décembre /2023 19:54
 
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jeudi 29 décembre 2022

Tout un Style

https://chansonsdumonde.blogspot.com/2022/12/tout-un-style.html

 

 

 

Tout un Style

 

 

Chanson française — Tout un Style Marco Valdo M.I. — 2022

 

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

Épisode 90

 

 

 

 

 

 

PIERRE LE GRAND

 

Boris Koustodiev — 1911

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Ah, dit Lucien l’âne, on dirait que tu te lances dans la mode ou dans la décoration ; c’est très contemporain. Enfin quand même, d’où vient ce titre digne d’un magazine et pour le moins, inattendu ici.

 

On dirait, Lucien l’âne mon ami, on dirait, mais ce n’est pas du tout de mode, de décoration, d’architecture ou que sais-je encore qu’il s’agit. En fait, c’est juste une allusion à un passage de la chanson et au style de vie instillé en Zinovie, un style qui y rend la vie intenable.

 

Un style instillé, soit, répond Lucien l’âne, mais par qui ? Et quel style ?

 

Bonnes questions, Lucien l’âne mon ami, et la chanson y répond en plusieurs étapes. Avant d’aller plus loin, j’insiste sur un point essentiel, une précaution à prendre, en quelque sorte : c’est qu’il faut absolument garder à l’esprit que toutes ces réflexions sont celles d’une voix – celle du Veilleur de Nuit – venue de l’intérieur de la Zinovie. Donc pour répondre à tes questions, il faut prendre les éléments à divers endroits de la chanson, regrouper ces divers vers pour s’y retrouver. Pour le style, c’est celui du « Guide et de son gouvernement » , c’est-à-dire d’« Eux ».

 

« Vivre en Zinovie ? Facile à dire, vivre !

Mais vivre où ? Comment ? Avec qui ?

Avec eux ? C’est à peine survivre.

Ils instillent leur style de vie,

Toujours, à toute la Zinovie. »

 

Ah, dit Lucien l’âne, il s’agit de pratiquer l’art combinatoire.

 

C’est exactement ça, répond Marco Valdo M.I., et qui plus est, on peut le faire en considérant comme une seule chanson l’ensemble de ce voyage en Zinovie et en combiner les éléments pour chercher les réponses à ses questions et engendre de nouvelles recherches. C’est un peu comme dans les Chansons contre la Guerre (CCG) elles-mêmes, ou dans un dictionnaire, une encyclopédie – Wiki, par exemple.

 

Je pense même, dit Lucien l’âne, que c’est ainsi que fonctionne la science tirée en avant par la curiosité, par le pourquoi ? Et par le Et si ? Dès lors, maintenant, qui sont ces « Eux », comment ils agissent, quel est leur but final ?

 

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., qui ils sont et comment ils agissent et rançonnent cette malheureuse Zinovie, c’est ce qu’expliquent les deux dernières strophes :

 

« En Zinovie, l’État est l’affaire officielle

D’une puissante organisation criminelle ;

Le pouvoir est aux mains de cette bande

Cupide de médiocres gangsters. »

 

Quant au but final, il est clairement établi : c’est la domination infinie par une infinie expansion de la race zinovienne.

 

Hoho, dit Lucien l’âne, on a déjà entendu ce refrain-là. C’est une idée de bon à rien qui, en finale, conduit à une lamentable catastrophe et à des massacres et des crapuleries gigantesques. C’est un refrain exécrable et celui qui l’entonne est un malade mental gravement atteint. À mon sens, il faudrait l’empêcher d’agir en l’internant ou en l’éliminant de l’une ou l’autre manière, lui et sa bande de frappadingues. Décidément, tissons le linceul de ce monde mégalomane virusé, vérolé, pestiféré, fêlé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Vivre en Zinovie ? Facile à dire, vivre !

Mais vivre où ? Comment ? Avec qui ?

Avec eux ? C’est à peine survivre.

Vous voyez, c’est mal parti

Partout, pour tout, pour toute la société.

Ils s’immiscent dans tout, sans restriction.

En Zinovie, on ne peut leur échapper,

Ils infectent la pensée, la réflexion.

Ils imposent leur loi sans recours.

Ils instillent leur style de vie,

Toujours, à toute la Zinovie.

Les fuir est un voyage sans retour.

 

Que faire ? Que faire ? Que faire ?

Dans la rue, selon mes habitudes,

Je promenais angoisse et solitude.

En fait, il n’y a rien à y faire.

Réaliste rêveur impuissant,

Je ne peux rien changer aux événements.

Qui voudrait d’un débris de poivrot ?

Le Guide et son gouvernement,

Préfèrent les ivrognes idiots

À d’intelligents opposants.

À peine sorti du boulot,

Je me réfugie au caboulot.

 

En Zinovie, l’État est l’affaire officielle

D’une puissante organisation criminelle ;

Elle tient en ses mains les commandes

Et tous les hauts fonctionnaires.

Le pouvoir est aux mains de cette bande

Cupide de médiocres gangsters.

Pour être ministre, il faut casquer ;

Pour être député, il faut verser ;

Pour les titres, pour les grades, il faut payer ;

Pour échapper au service, il faut douiller.

En Zinovie, tout est affaire de pots-de-vin.

En Zinovie, c’est un pillage sans fin.

 

Pour asseoir notre domination

Et renforcer notre expansion,

Le Guide a d’incroyables prétentions,

Ses voies sont impénétrables,

Il se veut héritier d’une civilisation

Entre toutes admirable.

Le Guide se veut le héraut d’une race :

La Zinovienne, la sienne, la nôtre,

Si différente de toutes les autres.

Il a en retrouvé les traces

Dans le lointain passé historique,

Jusqu’au fin fond du paléolithique.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 6: Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; 071. Épisode : Un Conflit avec l’Étranger ; 072 : Petit Manuel de Survie ; 073. La Banalité ; 074. La Ligne de Conduite ; 075 : Les Femmes de Zinovie ; 076. La Légende ; 077 : Le Devoir sacré ; 078 : Les nouveaux Soldats ; 079 : Bruit de Fond ; 080 : Une résistible Ascension ; 081 : La Zone interdite ; 082 : Les Pommes ; 083 : La Normalité ; 084 : L’Autorisation ; 085 : L’Exclusion ; 086. Quelle Affaire ?; 087 : Le Vase vide ; 088. Introspection ; 089. Le Pays gris

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Published by Marco Valdo M.I.
13 décembre 2023 3 13 /12 /décembre /2023 19:50

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vendredi 30 décembre 2022

COMME LES HIRONDELLES
https://chansonsdumonde.blogspot.com/2022/12/comme-les-hirondelles.html
COMME LES HIRONDELLES

 


Version française — COMME LES HIRONDELLES — Marco Valdo M.I. — 2022

Chanson italienne — Come le rondiniChiara Patronella — 2017

 

 

 

LA MORT ET LA FEMME

 

Marevna — 1917


 

 

Dialogue Maïeutique

 

Tu vois, Lucien l’âne, quand on crée la version française d’une chanson, on est confronté à l’imaginaire d’une autrice ou d’un auteur, qui eux-mêmes sont mis en face des cheminements de leur imagination. En sorte que, finalement, il y a superposition des imaginations. On pourrait certainement évoquer la dérivation poétique, à la manière dont un bateau dérive sur l’océan poussé par un courant, tiré par le vent, égaré par les idées du capitaine.

 

Comme j’entends, dit Lucien l’âne, on est très loin de la traduction technique ou scientifique, dans lesquelles ce genre de dérive est assurément à proscrire ; là, il s’agit de trouver et d’employer le mot juste, sans trop se soucier de la sensation finale, de l’émotion et de ce genre de choses. Il s’agit d’être concret et pratique, il s’agit aussi d’être précis.

 

Ainsi, reprend Marco Valdo M.I., la version de la chanson — chose a priori poétique — se doit d’être elle-même poétique et de faire place à l’imagination initiale et la transposant en une imagination nouvelle et forcément différente, même si elle s’efforce de transposer au plus juste. C’est un peu comme un violon qui tenterait de transposer le bruit du vent. Je note au passage que les mots et surtout dès lors de façon quasi-exponentielle, les suites complexes de mots divergent d’une langue à l’autre ; reste aussi qu’il faudrait connaître comment les mots — pour chaque mot de sa propre langue — sonnent dans la tête de l’auteur d’origine.

 

Tout ça pour dire quoi ?, demande Lucien l’âne. Qu’est-ce que ça a à voir avec la chanson et les hirondelles ?

 

Tout, Lucien l’âne mon ami, tout. D’abord, il ne t’échappe pas que ces hirondelles sont à la fois des hirondelles, oiseaux migrateurs, et des humains, eux-mêmes migrateurs. C’est d’ailleurs ce qui constitue la plus grande partie de la chanson. Il s’agit de fuir une guerre, de traverser une mer, un océan, de se réfugier quelque part et de peut-être repartir.

 

Je crois comprendre, dit Lucien l’âne, qu’il y a autre chose.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, et je pense que c’est l’essentiel qui arrive tout à la fin : le choix de la mort. Bon ou mauvais choix ? La mort peut apaiser bien des tourments et on ne peut le savoir qu’en l’expérimentant. Peut-être en dialoguant avec elle ou avec lui, puisque Pratchett, par exemple, considère que Mort est un homme ou à tout le moins, un être masculin.

 

À mon avis, dit Lucien l’âne, ça dépend comment on le regarde ; Mort est peut-être un émule d’Éon. Je parle de ce chevalier, chevalière du temps de Louis XV, allez savoir. En tout cas, impossible de le vérifier comme on le fit à la mort du Chevalier d’Éon ; Mort n’est qu’un squelette vivant.

 

Arrêt, Lucien l’âne mon ami, cette divagation. Je reviens à la chanson, qui même si elle est bonne fille, n’apprécie pas trop d’être ainsi bousculée. Cependant, elle aurait bien tort, car quand même, je lui ai donné une seconde vie par-delà la mort qu’elle souhaitait.

 

Oui, sans doute, dit Lucien l’âne. En attendant, la situation des émigrés et des réfugiés est épouvantable et l’accueil qu’on leur fait souvent détestable. Dès lors, tissons le linceul de ce vieux monde tourmenté, inhospitalier, exécrable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 


 

J’avais une maison sans fenêtres

Où, dehors, j’entendais les bombes.

J’avais peur pour tous les êtres

Quand sonnaient les trombes.


 

Il y avait des soldats en uniforme,

Des hommes aux allures de bêtes ;

Les uns jouaient à viser les têtes,

Les autres s’effondraient sans forme.


 

Un beau jour, quelqu’un dit : « Partons ! »

Sur la commode, j’ai pris l’argent.

En donnant des coups, ils hurlaient « Allons ! »,

Je pleurais et je tremblais comme un enfant.


 

Les pieds nus vers une barcasse,

Dans un sac, j’emportais mon petit.

Dans le froid glacial, la neige nous prit ;

Les pierres seules faisaient notre paillasse.


 

Mais j’étais sûre de ce voyage

Vers le nouveau monde. Maintenant,

Il fallait seulement un peu de courage ;

La mer s’endormirait lentement.


 

Mais je voulais le faire ce voyage

Vers le nouveau monde. Maintenant,

Il fallait seulement un peu de courage ;

La mer s’endormirait lentement.


 

Quelque chose avait foiré,

Le nouveau monde avait des barrières.

Tous en file alignés et listés,

On n’avait pas l’air d’être leurs frères.


 

Des kilomètres et la fatigue de ce mirage

Pour se réveiller derrière un grillage

Et pas possible d’être acceptés,

On nous dit chaque jour : « Vous repartirez ».


 

Je voulais la vie des hirondelles fières,

Libres par-dessus les frontières,

Libres par-dessus la terre entière,

Sans souci des couleurs ou des barrières.


 

Je voulais la vie des hirondelles fières

Et libres par-dessus les frontières.

Mieux vaut maintenant la mort

Que dans ces prisons, une minute encore !

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Published by Marco Valdo M.I.
13 décembre 2023 3 13 /12 /décembre /2023 19:44

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mercredi 4 janvier 2023

L’État unique

 

https://chansonsdumonde.blogspot.com/2023/01/letat-unique.html

 

 

 

L’État unique

 

 

Chanson française — L’État unique Marco Valdo M.I. — 2023

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 

 

Épisode 91

 

 

 

 

 

 

 

 

EUGÈNE ZAMIATINE

 

 

 

Boris Koustodiev — 1923

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

L’État unique, dit Marco Valdo M.I., c’est bien évidemment la Zinovie étendue à toute la Terre, ainsi que le précise la chanson.

 

« La Zinovie future, c’est sûr, triomphera.

Dans la paix de l’État unique

Sur toute la Terre, elle instaurera

Avec ses rues et ses boulevards droits,

Une harmonie urbaine géométrique… »

 

Il faut donc comprendre quoi exactement ?, demande Lucien l’âne. Il y a là une ambition démesurée, excessive. La Zinovie entendrait-elle ramener sous sa tutelle directe l’ensemble de la population mondiale ? Ce serait donc là le véritable objectif du Guide ?

 

 

Sans doute, répond Marco Valdo M.I., du moins, c’est ce qu’affirme la voix anonyme qui rapporte les slogans du Guide :

 

« Vive notre merveilleuse Patrie !

Vive la grandiose Zinovie ! »

 

De fait, raisonne Lucien l’âne, avec de pareils mots d’ordre et une grande armée, il y a de quoi s’inquiéter et comme je l’ai déjà dit, il y a des précédents et tous ont mené à la catastrophe. Le dernier en date avait fait des ravages énormes et des dizaines de millions de morts, sans compter les mutilés, dont certains étaient de véritables morts-vivants.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., l’ambition de domination de la Zinovie – tant qu’il y aura des Guides – est mégalomane et démentielle. Mais revenons à la chanson où il est une chose essentielle, primordiale : l’apparition soudaine d’un mystérieux Z, écrivain,

 

« De Z l’écrivain, vous saurez cela aussi… »

 

Un Z qui apparemment ne peut être précisé davantage pour la même raison que s’impose en Zinovie l’anonymat des voix.

 

Oui, s’interroge Lucien l’âne, un écrivain désigné par Z, sans doute l’initiale de son patronyme qui doit être autre que Zinoviev. Je me demande qui ça peut bien être et puis aussi pourquoi il est évoqué par la voix, peut-être celle du Veilleur de Nuit lui-même ou d’un de ses interlocuteurs ou un des buveurs impénitents du caboulot.

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, c’est probablement la voix d’un de ceux-là qui commence ici dans la chanson un voyage dans le voyage et comme on le verra, d’un voyage dans le temps. Et doublement :

— D’abord, car l’écrivain Z est forcément antérieur au propos rapporté ; en fait, il s’agit d’Eugène Zamiatine et de son livre, que visite la chanson, « Nous autres », publié à Paris en 1920 en langue russe (Мы) ; il est interdit dès 1923 en Union soviétique. L’écrivain Zamiatine lui aussi sera interdit de vivre au pays et a réussi à repartir in extremis dès 1931 en émigration à Paris, où il meurt subitement en 1937. Il avait 53 ans. Il avait réclamé cet exil dans une lettre à Staline, où il disait :

 

« Pour moi, en tant qu’écrivain, être privé de la possibilité d’écrire équivaut à une condamnation à mort. Les choses ont atteint un point où il m’est devenu impossible d’exercer ma profession, car l’activité de création est impensable si on est obligé de travailler dans une atmosphère de persécution systématique qui s’aggrave chaque année. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, n’était-ce pas lui, ce Zamiatine auteur de cette pièce « La Puce » interdite et retirée des théâtres en 1927, dont nous avons déjà causé dans Les Puces et j’avais déjà aussi entendu parler de lui comme un successeur de H.G. Wells et un prédécesseur de George Orwell. Du coup, je pensais bien qu’il s’agissait de ce roman « Nous autres ».

 

En effet, répond Marco Valdo M.I., et s’il avait été immédiatement interdit, c’est bien parce qu’il traçait un portrait du régime et surtout, de son futur terriblement véridique.

 

 

Ah, dit Lucien l’âne, comme disait ta grand-mère : « Il n’y a que la vérité qui blesse. »

 

Et puis, reprend Marco Valdo M.I., comme annoncé :

— Ensuite, c’est un voyage dans le temps futur et un futur diablement lointain :

 

« Selon le Guide, dans deux millénaires,

Après avoir gagné la longue guerre… »

 

et le monde qu’il annonce est affolant, régenté qu’il est par les Tables, mais je te le laisse découvrir par la chanson.

 

Ah, dit Lucien l’âne, lançons-nous à la découverte du monde par la chanson, voilà qui me plaît comme projet. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde chaotique, désordonné, brouillon et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

De Z l’écrivain, vous saurez cela aussi

Et vous saurez tout des Tables,

Régentes de nos heures innombrables.

Oui, tous les matins, c’est ainsi :

Avec exactitude, à la même heure,

Nous comme les voix d’un chœur

Précis, comme un seul numéro,

D’un bond, on se lève aussitôt ;

Nous tous, comme une seule main,

À la seconde, on met en bouche le pain.

Nous, au même moment, tous pareils,

Bel ensemble, on s’abandonne au sommeil.

 

Selon le journal, le Guide a décrété :

Il nous appartient de soumettre

À notre joug bienfaisant tous les êtres

Encore en l’état sauvage de liberté.

Notre devoir est de les forcer

À être et à vivre heureux.

Pour cela, il faut composer

Des poèmes, des chants généreux

Vantant notre État splendide,

Ses réalisations et son Guide.

Vive notre merveilleuse Patrie !

Vive la grandiose Zinovie !

 

Après l’hiver viendra le printemps,

Avec le vent reviendra le beau temps,

Avec le bleu du ciel joli

À la suave profondeur nacrée,

Avec le redoux, les lèvres sucrées

Des femmes frémissent en fruits confits

Du ballet, de la musique, de la beauté.

Elles se cambrent sous le soleil majestueux

Des revues militaires, des mystères religieux.

Gloire, gloire à l’invincible uniformité.

La bouche rosit, on lève la tête ;

On marche, on marche le cœur en fête.

 

Selon le Guide, dans deux millénaires,

Après avoir gagné la longue guerre,

La Zinovie future, c’est sûr, triomphera.

Dans la paix de l’État unique

Sur toute la Terre, elle instaurera

Avec ses rues et ses boulevards droits,

Une harmonie urbaine géométrique,

Formée de la multitude mathématique

Des numéros en rangs symétriques.

On ne verra plus ces foules chaotiques

Grouillant de gens, de rumeurs et d’animaux,

De couleurs, de bruits, de cris et d’oiseaux.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 6: Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; 071. Épisode : Un Conflit avec l’Étranger ; 072 : Petit Manuel de Survie ; 073. La Banalité ; 074. La Ligne de Conduite ; 075 : Les Femmes de Zinovie ; 076. La Légende ; 077 : Le Devoir sacré ; 078 : Les nouveaux Soldats ; 079 : Bruit de Fond ; 080 : Une résistible Ascension ; 081 : La Zone interdite ; 082 : Les Pommes ; 083 : La Normalité ; 084 : L’Autorisation ; 085 : L’Exclusion ; 086. Quelle Affaire ?; 087 : Le Vase vide ; 088. Introspection ; 089. Le Pays gris ; 090. Tout un Style

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13 décembre 2023 3 13 /12 /décembre /2023 19:40

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mercredi 4 janvier 2023

  NUAGES NOIRS

https://chansonsdumonde.blogspot.com/2023/01/nuages-noirs.html

 

 

NUAGES NOIRS

 

Version française — NUAGES NOIRS — Marco Valdo M.I. — 2022

Chanson allemande — Schwarze WolkenBoigruB — 2021

 

 

 

 

 

 

L’ORAGE SUR LE VILLAGE

Johann Heinrich Bürkel – 1838

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Étrange, Lucien l’âne mon ami, comme les chansons sont quelquefois, prémonitoires ou semblent écrites pour des événements postérieurs à leur création.

 

Oui, dit Lucien l’âne, on l’avait déjà remarqué que la chanson semble ainsi anticiper les temps futurs et il faut sans doute constater qu’il en va de même pour la poésie en général comme pour le roman. C’est d’autant plus vrai quand il s’agit de romans d’anticipation, mais pas seulement. J’imagine que tu dis ça, car tu penses que c’est spécialement le cas de cette chanson allemande de 2021.

 

En effet, répond Marco M.I., ces nuages noirs ont des airs de météorologie historique. Comme on sait, les nuages noirs sont des annonciateurs d’orage dans les endroits où ils passent. Écrits et créés en 2021, ils décrivent avec de troublants détails ce qui se passe en 2022 à l’horizon de l’Allemagne. Par exemple, on peut voir ce qui a frappé l’Ukraine presque toute l’année dernière — comme disait Boris Vian : les journaux étaient pleins de cauchemars. Je cite les premières lignes de cette première strophe de la chanson Nuages Noirs :

 

« Nuages noirs au firmament,

Il pleut des cendres, brûle la terre ;

Dans les fosses se décomposent les enfants

Dévorés par les rats et les vers ;

La mort putride diffuse son odeur douce »

 

Et le refrain a tous les airs d’être adressé à un habitant d’Odessa ou d’un autre lieu de ces coins-là, qui a dû fuir et se réfugier loin de chez lui :

 

« Seul sur la plage, vous regardez la mer en silence

De vos yeux pleins de désir et d’indolence.

Ne vous retournez pas, regardez devant vous :

Vous avez perdu tout, derrière vous, laissé tout. »

 

On dirait bien, dit Lucien l’âne. Je ne sais pas si ces Allemands qui ont créé cette chanson avaient la prémonition de cette guerre d’Ukraine, mais on dirait vraiment qu’il en est ainsi et je pense savoir pourquoi. Je te le dirai tout à l’heure, mais poursuis ton idée.

 

Et, reprend Marco Valdo M.I., la dernière strophe est encore plus éclairante et tout aussi pleine d’effroi. Et puis, elle met les points sur les i ; elle dénonce les coupables, elle les décrit, elle expose leur façon de faire, leur manière d’être et leur fondamentale malignité, leur insondable bassesse et leur cruelle perversité :

 

« À la nuit, ils rodent et se répandent alors

Commandos d’assassins, escadrons de la mort,

En groupe, de maison en maison, pas à pas,

Ils enlèvent ceux qu’ils n’épargnent pas.

La haine efface leurs scrupules. »

 

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est ce que l’on constate tous les jours dans tous les journaux. Ces gens-là sont incivils, immoraux, ce sont des bêtes idiotes et brutales. Avant de conclure, je vais te dire pourquoi – à mon sens – la chanson parfois – celle-ci certainement – annonce avec tant de justesse certains événements ultérieurs et c’est tout simplement parce que ces événements, ces comportements sont quasiment des archétypes, des schémas profonds de certaines séquences de la vie et de l’histoire humaine. Ainsi ce que les Russes font actuellement à l’Ukraine est très semblable à ce qu’ils y ont fait antérieurement, à ce que les troupes nazies (allemandes celles-là) y ont fait, à ce que les Russes ont fait en Tchétchénie, en Afghanistan, à ce qu’ils font en Syrie et qu’ils feraient ailleurs si on les laissait faire. Voilà pour l’actualité de la chanson. Quant à nous tissons le linceul de ce vieux monde puant, putréfiant, putréfié, pourrissant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

Nuages noirs au firmament,

Il pleut des cendres, brûle la terre ;

Dans les fosses se décomposent les enfants

Dévorés par les rats et les vers ;

La mort putride diffuse son odeur douce ;

Les épidémies et la famine sévissent ;

Enveloppés dans de puantes couvertures

Malades et vieux crèvent dans d’obscures encoignures

 


Seul sur la plage, vous regardez la mer en silence

De vos yeux pleins de désir et d’indolence.

Ne vous retournez pas, regardez devant vous :

Vous avez perdu tout, derrière vous, laissé tout.


À la nuit, ils rodent et se répandent alors

Commandos d’assassins, escadrons de la mort,

En groupe, de maison en maison, pas à pas,

Ils enlèvent ceux qu’ils n’épargnent pas.

La haine efface leurs scrupules.

Ils enferment, ils massacrent, ils acculent

Dos au mur, ceux qui ne sont pas partis,

À devenir hors-la-loi dans leur propre pays.

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13 décembre 2023 3 13 /12 /décembre /2023 19:33

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jeudi 5 janvier 2023

MON CHAT

https://chansonsdumonde.blogspot.com/2023/01/mon-chat.html

 

 


 

MON CHAT

 

Version française — MON CHAT — Marco Valdo M.I. — 2023

d’après la version italienne — Il mio Gatto — de Riccardo Venturi

d’une chanson en milanais — El me gatt — Ivan Della Mea — 1962


 

 

MAKHNO

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, comme on peut le voir, cette chanson italienne originaire de Milan, là-bas au milieu de la grande plaine alluviale du Nord, intitulée « El me gatt », littéralement « Le mien chat », écrite et chantée d’abord par son auteur Ivan Della Mea a perduré au-delà de bien des années, reprise par toute une série d’artistes et non des moindres. Un de ses premiers auditeurs fut Umberto Eco qui la catalogua comme « Archétype ; je ne sais si lui-même la chanta. Un chanteur, auteur-compositeur à ses heures, Alessio Lega qui continue à lui donner sa voix, l’avait désignée comme la première chanson d’animalisme militant de l’histoire. Je ne sais s’il a raison. Ce que je sais, c’est ce que Brassens promettait comme vengeance à ceux qui fouettent, blessent, tuent, crèvent, éventrent, bref, font du mal aux chats.

 

« Qu’il boive mon vin, qu’il aime ma femme,
Qu’il fume ma pipe et mon tabac,
Mais que jamais — mort de mon âme !,
Jamais il ne fouette mes chats.
Quoique je n’aie pas un atome,
Une ombre de méchanceté,
S’il fouette mes chats, il y a un fantôme
Qui viendra le persécuter.
S’il fouette mes chats, il y a un fantôme
Qui viendra le persécuter. »

 

Oh oui, dit Lucien l’âne, et il le disait très solennellement dans cette chanson qu’il avait appelée « Le Testament » et comme on le voit, cette vengeance aurait été ce qu’elle devait être selon ce que disait ta grand-mère : « La vengeance est un plat qui se mange froid ». J’ajouterais en plusieurs fois. Dans de telles circonstances, le persécuté (ici, ç’aurait été la persécutée) n’en aurait plus dormi jusqu’à la fin de sa vie et ce n’aurait été que justice.

 

À propos de justice, dit Marco Valdo M.I., la chanson en parle et l’enfant s’en plaint de la justice :

 

« La justice a tort :

Car mon chat est mort

Et cette Ninetta vit encore. »

 

L’enfant s’en plaint et il n’a pas tort, car d’une part, personne du côté de la justice n’a cherché à poursuivre l’assassin du chat et de l’autre, tout ce que le pouvoir a fait, c’est faire la chasse à l’enfant et le mettre en prison. Prévert, environ trente avant, dénonçait déjà cette chasse à l’enfant et cette mise en prison des enfants. Il ne t’aura pas échappé qu’on en trouve un vers mot pour mot dans la chanson : « Ils m’ont appelé bandit, voyou, voleur, chenapan ».

 

Comme je le sais, Marco Valdo M.I., tu es l’auteur de la chanson qui défend l’égalité des humains et des animaux et qui affirme les droits universels des uns et des autres et même, plus généralement, de tous les êtres vivants — y compris les plus petits animalcules, y compris la biosphère elle-même. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore, ils peuvent en trouver le texte en de multiples langues sous le titre « Déclaration universelle des Droits de l’Âne ». Concluons ainsi et tissons le linceul de ce vieux monde ignorant, stupide, injuste et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 

Allongé au milieu des jardins,

Il voyait le ciel de ses yeux morts de chat.

Allez savoir quel est l’infâme crétin

Qui a crevé le ventre de mon chat.


Il était beau, il était sympathique :

Noir et blanc, une beauté, magnifique.

Si j’attrape celui qui l’a frappé…

Je lui briserai le cul à coups de pied.

 

Mes amis m’ont dit : « C’était la Ninetta,

Celle à la petite jambe tordue.

Dans les jardins hier matin, on l’a vue

Avec un couteau à la main guetter le chat. »

 

Un sale caractère, un visage épouvantable,

Et un gros nez de chamelle,

Une traînée vraiment pitoyable,

Tous les enfants se moquent d’elle.


Via Savona, je l’ai attendue.

Après midi, quand elle est revenue,

J’ai suivi cette infirme ingambe,

J’ai frappé sur sa bonne jambe.

 

J’ai entendu un crac d’os brisés,

Elle est tombée à terre comme ça,

Et elle criait : « Oh mamma mia ! »

J’ai eu peur, j’ai décampé.


Jirai dormir à la maison de correction.

Piazza Filangieri au numéro deux, à Milan,

Ils m’ont appelé bandit, voyou, voleur, chenapan,

Moi, je suis convaincu d’avoir raison.

 

Braves gens, comprenez-moi :

Je me fous de cette Ninetta,

Mais la justice a tort,

Car cette Ninetta vit encore

Et mon chat est mort.

 

La justice a tort :

Car mon chat est mort

Et cette Ninetta vit encore.

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13 décembre 2023 3 13 /12 /décembre /2023 19:22

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samedi 7 janvier 2023

Le Veilleur de Nuit

https://chansonsdumonde.blogspot.com/2023/01/le-veilleur-de-nuit.html

 

Le Veilleur de Nuit

 

 

Chanson française — Le Veilleur de Nuit Marco Valdo M.I. — 2023

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

Épisode 92


 

 

 

NIKOULINE ET CHOUYDINE

 

Boris Strakhov — 1995

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Donc, dit Marco Valdo M.I., les voix continuent à se faire entendre. Ce sont des bouts de conversation entre Zinoviens. Depuis quelques épisodes, on est dans un caboulot où nous a entraînés le veilleur de nuit. Il est à une table, dans un coin au sein d’un groupe qui s’est constitué fortuitement et par affinités ; il discute avec un autre Zinovien excentrique comme lui. L’un dit ci, l’autre dit ça. Allez savoir qui dit ça ?

 

C’est bien là le problème, dit Lucien l’âne, pour ceux dont le métier est de savoir qui dit quoi à qui, surtout dans la cohue des files, des arrêts de bus, des magasins, des bistrots et des autres endroits où se rassemblent les buveurs.

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, tu as raison. Cependant, si les murs ont des oreilles et même beaucoup d’oreilles fureteuses, beaucoup d’yeux curieux, les citoyens ont depuis longtemps compris cette situation évidente et savent fort bien comment se protéger de leurs autorités. Et s’il faut bien qu’ils vivent et que comme la plupart des humains, ils aiment la parlote, la discussion, la confidence et qu’ils finissent ainsi toujours par dire des choses qui leur passent par la tête ou qui leur tiennent à cœur, ils s’arrangent pour que tout se passe sous le couvert de l’anonymat chaotique des lieux composites et par essence, eux-mêmes anonymes.

Mais enfin, dit Lucien l’âne, à la longue, ce doit être pénible de vivre dans la clandestinité alors qu’en principe, on est chez soi.

 

C’est vrai, dit Marco Valdo M.I., et comme on va le voir, il y a des moments où soudain ça éclate, où ça déborde. C’est le cas ici pour le veilleur de nuit qui pousse une gueulante de révolte. Son malaise mène son mal-être à une intensité insupportable.

 

« J’en ai marre, j’en ai jusque-là !

J’aimerais ne plus rien voir de tout ça,

J’aimerais être heureux d’être en vie… »

 

Et voilà, il déballe. Il déballe des choses sur le Guide :

 

« À présent, les cauchemars du Guide

Nous menacent du vide

Et de siècles de malédiction. »

 

sur les pères fondateurs :

 

« À l’origine, dans un lointain passé,

Ces sévères barbus sentencieux

Ces glorieux maîtres audacieux,

Ont contrefait la vérité. »

 

et dénonce sans fard l’état de l’État :

 

« Cette société fondée sur le crime

Est pure déréliction,

Disparition de la promesse ultime. »

 

Houla, dit Lucien l’âne, il y va vraiment fort.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., mais en paroles, car il se lamente aussi d’une certaine impuissance :

 

« Écrire des livres sans lendemain,

À quoi bon ? L’espoir est un poison.

Changer de Guide, changer de décor ?

À quoi bon ? Nul ne peut changer de corps. »

 

et s’il met le doigt dans la plaie, il reste assez circonspect quant à l’avenir :

 

« La Zinovie s’enfoncera

Encore plus à fond dans l’ordure.

L’humanité trouvera

Une issue. La chose est sûre.

Ça prendra des années et des années… »

 

Pour finir, un petit coup de projecteur sur la réminiscence voulue du refrain de la chanson de Jacky, de Jacques Brel :

 

« Être bien une heure seulement,

Être bien au moins une fois,

Être bien un jour, une semaine, un mois.

Être bien toute ma vie durant. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, je l’avais reconnue comme celle où tu parodies Aragon, repris par Léo Ferré dans Est-ce ainsi que les hommes vivent ? :

 

« Changer de Guide, changer de décor ?

À quoi bon ? Nul ne peut changer de corps.

De longtemps, l’utopie nous trahit

Dans des rêveries diurnes de paradis. »

 

et plus subtile à déceler quand même, cette mémoire de Charles Cros, intitulée En Cour d’Assises :

 

« Je suis l’expulsé des vieilles pagodes

Ayant un peu ri pendant le Mystère ;

Les anciens ont dit : Il fallait se taire

Quand nous récitions, solennels, nos odes. »

 

que la chanson rappelle disant :

 

« Ces génies, en immortels rhapsodes,

Psalmodiaient solennels leurs odes. »

 

Maintenant, je propose d’en rester là et de laisser place à la chanson qui a encore tant de choses à dire, tant de secrets à révéler. Tissons alors le linceul de ce vieux monde menteur, vantard, fantomatique, roué, retors, roublard et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

J’en ai marre, j’en ai jusque-là !

J’aimerais ne plus rien voir de tout ça,

J’aimerais être heureux d’être en vie,

D’être en liberté, ici, en Zinovie ;

Boire un coup, si j’ai envie ;

Avoir à manger, peu, mais assez ;

Être au chaud, à peu près habillé ;

Profiter de temps en temps de la vie :

Être bien une heure seulement,

Être bien au moins une fois,

Être bien un jour, une semaine, un mois.

Être bien toute ma vie durant.

 

Quelle vie, quelle existence !

Ici, on vit mal à l’avance

De vivre plus mal encore demain.

La joie à venir est déception,

Écrire des livres sans lendemain,

À quoi bon ? L’espoir est un poison.

Changer de Guide, changer de décor ?

À quoi bon ? Nul ne peut changer de corps.

De longtemps, l’utopie nous trahit

Dans des rêveries diurnes de paradis.

Rien, ni personne ne changera :

L’avenir radieux adviendra !

 

Ces génies, en immortels rhapsodes,

Psalmodiaient solennels leurs odes.

À l’origine, dans un lointain passé,

Ces sévères barbus sentencieux

Ces glorieux maîtres audacieux,

Ont contrefait la vérité.

À présent, les cauchemars du Guide

Nous menacent du vide

Et de siècles de malédiction.

Cette société fondée sur le crime

Est pure déréliction,

Disparition de la promesse ultime.

 

Les voies mystérieuses de l’histoire

Sont longues, lentes et noires.

La Zinovie s’enfoncera

Encore plus à fond dans l’ordure.

L’humanité trouvera

Une issue. La chose est sûre.

Ça prendra des années et des années,

Moi, j’ai construit cette société bornée.

C’était effroyable, on était implacable.

Combien ont souffert ? Combien ont péri ?

Je n’en dors plus, c’est épouvantable.

Alors, je suis veilleur de nuit.

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 6: Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; 071. Épisode : Un Conflit avec l’Étranger ; 072 : Petit Manuel de Survie ; 073. La Banalité ; 074. La Ligne de Conduite ; 075 : Les Femmes de Zinovie ; 076. La Légende ; 077 : Le Devoir sacré ; 078 : Les nouveaux Soldats ; 079 : Bruit de Fond ; 080 : Une résistible Ascension ; 081 : La Zone interdite ; 082 : Les Pommes ; 083 : La Normalité ; 084 : L’Autorisation ; 085 : L’Exclusion ; 086. Quelle Affaire ?; 087 : Le Vase vide ; 088. Introspection ; 089. Le Pays gris ; 090. Tout un Style ; 091. L’État unique

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Published by Marco Valdo M.I.
13 décembre 2023 3 13 /12 /décembre /2023 12:14

 

 

 

L’Éternité

 

Chanson française – L’Éternité – Marco Valdo M.I. – 2023

 

 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 


 

Épisode 178

 

 

 

 

LES LONGS CHEVEUX
Mai Trung Thu - 1946
 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

L’Éternité, dit Lucien l’âne, mon ami, voilà un bien grand mot pour intituler une canzone.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., et plus encore quand je t’aurai dit la réminiscence qui m’y a conduit. La voici, faite de briques et de broques, et de mémoire, recomposition partielle du Tombeau d’Edgar Poe, poème assez ancien que Stéphane Mallarmé rendit public en 1876.

 

« Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change…

Le siècle épouvanté de n’avoir pas connu

Que la mort triomphait dans ces voix étranges. »

 

Mais cette reconstitution, toute partielle qu’elle soit, évoque les voix de ce voyage en Zinovie.

 

J’ai un peu l’impression, suggère Lucien l’âne, que ça voyage pas mal dans tes remembrances (terme aux senteurs rimbaldiennes) que quelque chose cherche à « donner un sens plus pur aux maux de la tribu ».

 

Bien vu, Lucien l’âne mon ami, mais venons-en à la canzone où bien sûr, le soldat parle de la guerre et de celui qui n’en reviendra plus. Je vois ton regard, mais je tiens à ce singulier, car la réalité est qu’on s’en va un à la fois, par centaines de milliers, si ce n’est – allez savoir ! – par millions :

 

« martyrs pour l’éternité.

Et même si on ne revient plus,

Faire la guerre est ardu. »

 

Ohlala, s’exclame Lucien l’âne, elle sent encore la réminiscence ta canzone avec ce « ... même si on ne revient plus... », qui m’a tout l’air de fleurer l’Aragon. Je l’entends encore ici chanté par Barbara ou Léo Ferré : « Tu n’en reviendras pas ».

 

Et, le trouvère enchaîne, continue Marco Valdo M.I., deux strophes où il déclame l’impossible situation de la Zinovie et la décomposition qui la ronge. Avec cette fois encore, une réminiscence, mais de Bertolt Brecht cette fois, qu’on entend à la fin d’Arturo Ui : « Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde ». À ceci près qu’elle a changé de lieu , changé de camp, changé de maître. Elle apparaît ainsi :

 

« En Zinovie, la terre est encore féconde

Et elle vous entretient tout un monde. »

 

À l’entendre, dit Lucien l’âne, on dirait que le Guide lui-même a enfourché cette cavale démente et sur son dos, agrippé de toutes ses mains à sa crinière, il se précipite dans l’éternité.

 

C’est bien ça, sans aucun doute, dit Marco Valdo M.I. ; maintenant, comme nous avons l’habitude de l’entendre, la Grand-Mère vient relayer – et qui le ferait ici, si elle ne le faisait pas – les voix des filles de Perse en butte aux délires brutaux des ayatollahs et des mollahs. L’oppression dans ces coins-là où sévissent ces gens-là est telle que :

 

« Dociles, croyant et craignant Allah !,

En fleurs noires de l’obsession,

Les filles doivent s’évanouir

Et les hommes en troupeau s’épanouir. »

 

Il faut dire, murmure Lucien l’âne, que depuis les temps et les temps que j’avance de mes pas lents, de ma cadence qui frappe sur le pavé, depuis tous les gens et tous les pays que j’ai vus et croisés, j’ai sans cesse cherché le grand havre de paix où me poser et je ne l’ai jamais trouvé à durer suffisamment pour emplir une éternité ou deux. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde bougon, grognon, ronchon, ronchonneur, rogneux, hargneux, tigneux, teigneux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Avec ou sans la guerre,

Dit tout haut le trouvère,

La population de Zinovie

Ne digère pas la démocratie

À la sauce spéciale de la nation.

Le Guide invente tout le temps

Les lois spéciales du Président.

Peu lui importe la composition

Du pouvoir et des institutions,

Le Guide seul compte vraiment.

Un peuple, un discours, un Président

Et l’éternité comme ambition.

 

Hé soldat, comment va la guerre ?

Ohlala, dit le soldat, ça ne va pas.

Il n’est pas facile de la faire.

Ça ne va pas, comme ça doit.

Bien sûr, on est les plus forts,

Bien sûr, on est les plus nombreux.

Bien sûr, même si on est morts,

On est glorieux et victorieux,

Et bien sûr, on reçoit l’identité

De martyrs pour l’éternité.

Et même si on ne revient plus,

Faire la guerre est ardu.
 

Qu’est-ce qu’on peut y faire ?

Face à tout ça, dit le trouvère,

On aurait besoin d’un réverbère

Pour en voir une vue claire.

Si la Zinovie est en son intimité

Un grand corps abandonné

Se décomposant lentement sur sa couche.

Il empuante l’atmosphère et vicie l’air ;

Il nourrit les charognes, les rats et les vers,

Il enchante et réjouit les mouches.

En Zinovie, la terre est encore féconde

Et elle vous entretient tout un monde.

 

Grand-Mère dit : En Perse, les filles disent :

La brise d’été et l’hiver venu, le vent de bise

Leur content la touffeur et la froideur

Des jours infinis du monde meilleur

Imposé à toute la population

Par les mollahs, par les ayatollahs

Au son sinistre de leurs prédications.

Les femmes, les hommes ne comptent pas.

Dociles, croyant et craignant Allah !,

En fleurs noires de l’obsession,

Les filles doivent s’évanouir

Et les hommes en troupeau s’épanouir.

 

 

 

 

 

 

 

LA ZINOVIE


 

Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :


 

 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; Épisode 71 : Un Conflit avec l’Étranger ; Épisode 72 : Petit Manuel de Survie ; Épisode 73 : La Banalité ; Épisode 74 : La Ligne de Conduite ; Épisode 75 : Les Femmes de Zinovie ; Épisode 76 : La Légende ; Épisode 77 : Le Devoir sacré ; Épisode 78 : Les nouveaux Soldats ; Épisode 79 : Bruit de Fond ; Épisode 80 : Une résistible Ascension ; Épisode 81 : La Zone interdite ; Épisode 82 : Les Pommes ; Épisode 83 : La Normalité ; Épisode 84 : L’Autorisation ; Épisode 85 : L’Exclusion ; Épisode 86 : Quelle Affaire ? ; Épisode 87 : Le Vase vide ; Épisode 88 : Introspection ; Épisode 89 : Le Pays gris ; Épisode 90 : Tout un Style ; Épisode 91 : L’État unique ; Épisode 92 : Le Veilleur de Nuit ; Épisode 93 : Le Questionnaire ; Épisode 94 : Le Roi des Rats ; Épisode 95 : Si tu veux la Paix ; Épisode 96 : Les Vieilles et la Guerre ; Épisode 97 : L’Étoile filante ; Épisode 98 : La Guerre nécessaire ; Épisode 99 : Les Méditations ; Épisode 100 : La Guerre des Boutons ; Épisode 101 : Hurler avec les Loups ; Épisode 102 : Les Cantines éternelles ; Épisode 103 : L’Homme debout ; Épisode 104 : Les Nouveaux Cerisiers ; Épisode 105 : La Logique du Soldat Mort ; Épisode 106 : Les Fuites ; Épisode 107 : Les Ratures ; Épisode 108 : Les Lombrics philosophiques ; Épisode 109 : Les Réservistes ; Épisode 110 : La Logique de la Paix ; Épisode 111 : Le Citoyen et le Régime ; Épisode 112 : Les Ennemis extérieurs ; Épisode 113 : L’Oiseau de Feu ; Épisode 114 : Le Rêve du Guide ; Épisode 115 : Le Bourbier atomique ; Épisode 116 : L’Exilé ; Épisode 117 : La Journée ordinaire ; Épisode 118 : Les Commandeurs ; Épisode 119 : Sainte et Martyre ; Épisode 120 : La Patrie en Danger ; Épisode 121 : Les Églantiers sauvages ; Épisode 122 : Le Temps restant ; Épisode 123 : L’Invincible Armée ; Épisode 124 : L’Explorateur ; Épisode 125 : La Mémoire ; Épisode 126 : Souvenirs du Vieux Temps ; Épisode 127 : La Pauvreté chaleureuse ; Épisode 128 : Du Village à la Ville ; Épisode 129 : À l’École de la Capitale ; Épisode 130 : Le meilleur Élève ; Épisode 131 : Le Rire doux ; Épisode 132 : Les belles Jambes ; Épisode 133 : La Guerre et la Paix ; Épisode 134 : Le Moyen Âge ; Épisode 135 : Roman ; Épisode 136 : L’Aventure guerrière ; Épisode 137 : L’Âme de la Guerre ; Épisode 138 : Les Illusions perdues ; Épisode 139 : Contes et Mécomptes ; 140. Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule ; 157. L’Art naïf ; 158. Les Filles de là-bas ; 159. Les Oies cendrées ; Épisode 160 : Les Grondements ; 161. L’État de Guerre ; 162. Comme autrefois ; 163. Traîtres à la Nation ; 164. Les Journalistes ; 165. Le Clown sénile ; 166 : Exils ; 167 : Écoutez les Gars ; 168. L’Acide nostalgique ; 169. Les Chaussettes roses ; 170. La Régurgitation ; 171 : Parlez-moi de la Paix ; 172 : Les Hybrides de la Foi ; 173 : L’Espace infini du Temps ; 174 : Les Chiens enragés ; 175 : Les Lombrics de Darwin ; 176 : Gare au Gorille en Zinovie ; 177. Le Dictateur

LES LONGS CHEVEUX  Mai Trung Thu - 1946

LES LONGS CHEVEUX Mai Trung Thu - 1946

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Published by Marco Valdo M.I.
8 décembre 2023 5 08 /12 /décembre /2023 16:38

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samedi 14 janvier 2023

 
Le Questionnaire
 

 https://chansonsdumonde.blogspot.com/2023/01/le-questionnaire.html

 

Le Questionnaire

 

 

Chanson française — Le Questionnaire Marco Valdo M.I. — 2023

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

Épisode 93


 

 

 

 

 

 

L’ÂGE DE LA PIERRE

 

 

 

Nicolas Roerich — 1911

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Malgré l’hiver qui frappe la Zinovie, dit Marco Valdo M.I., le voyage se poursuit. Cette fois, il sera question d’un questionnaire.

 

Brrr, dit Lucien l’âne, je sais combien il peut faire froid là-bas, mais rien ne nous oblige à rester dehors et puis, quel rapport avec ce questionnaire ?

 

Rien d’immédiat, dit Marco Valdo M.I., mais il fallait bien commencer la conversation quelque part et quand même moins de moins dix degrés, c’est quand même froid, c’est un temps à ne pas coucher dehors et là-bas comme ici, il est commode de parler du temps.

« Une discussion normale,

On parle de la pluie, du temps

Pour passer un moment. »

 

Comme ça, sans raison ?, demande Lucien l’âne.

 

Non, non, répond Marco Valdo M.I., je vais expliquer ça point par point ou plutôt, strophe par strophe, car la strophe est le pas de la chanson laquelle tout naturellement dès lors avance pas à pas. Je synthétise :

— un : on (dixit le Veilleur de Nuit, sans doute) est dans un caboulot.

— deux : sa voix (sans doute) répond à des questions posées par une autre voix.

— trois : sa voix détaille le questionnaire.

— quatre : réflexion sur la vérité.

Le tout prononcé par des voix qui se répondent ; ce qui implique et impose de bien les distinguer.

 

Ah, dit Lucien l’âne, moi, je veux bien, mais j’aimerais que tu décryptes un peu.

 

Dans le fond, reprend Marco Valdo M.I., c’est assez simple. Il n’y a que deux interlocuteurs : le Veilleur de Nuit (sans doute) et l’interrogateur (un agent des services – sans doute aussi). Parfois, l’un s’adresse à l’autre directement ; parfois, la voix du Veilleur (sans doute) s’adresse à une assistance non précisée : les auditeurs, les gens.

 

Je vois, dit Lucien l’âne.

 

Maintenant, dit Marco Valdo M.I., je voudrais faire une réflexion à propos de ce questionnaire, qui est assez singulier :

 

« Je, [Nom, prénom, date de naissance

Nationalité, âge, lieu de résidence]

Donne les renseignements suivants

Concernant

[Nom, prénom, date de naissance

Nationalité, âge, lieu de résidence].

[Est-il — oui/non — homosexuel ?

Détourne-t-il — oui/non — des mineurs ?] »

 

Il est véritablement d’une nature particulière liée à cette culture de la délation qui sévit en Zinovie ; clairement, c’est un questionnaire qui vise à faire dénoncer les habitants les uns par les autres. Évidemment, ça crée une fameuse ambiance de vie. Par ailleurs, il s’agit d’imposer la domination par un régime de peur et de suspicion permanentes, un monde de mouche à oreille.

 

Question temps, ce doit être une atmosphère des plus malsaines, dit Lucien l’âne.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I.; maintenant, je dois dire qu’il m’a rappelé un autre célèbre questionnaire qui fut le thème central d’un remarquable roman d’Ernst von Salomon, intitulé dans sa version française « Le Questionnaire », publié en 1951 en allemand sous le titre « Der Fragebogen ». La différence entre les deux questionnaires permet de mieux situer celui de la chanson. Ernst von Salomon raconte l’histoire du « questionnaire » que les services militaires américains faisaient remplir par les Allemands (essentiellement des SS et des nazis présumés criminels) internés au camp de Dachau après la fin de la guerre. Il s’agissait de faire le tri, ce qui visait à déceler les nazis criminels parmi les prisonniers. Il s’agissait de pratiquer une épuration (afin de dénazifier le pays) avant de rendre ces gens à la vie civile. Par ailleurs, ce régime de mouchardage permanent, cette atmosphère de dénonciation était également celle qui a régné durant tout le régime nazi.

 

Je comprends, dit Lucien l’âne, ce que cette comparaison des deux situations, de ces deux questionnaires, montre : celui dont parle Salomon visait à débusquer des criminels de guerre et l’autre, celui dont parle la chanson vise à réprimer des civils ordinaires dans leur vie quotidienne. Ce n’est évidemment pas pareil. Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde délatoire, dénonciatoire, vexatoire, mouchardeur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Pour préserver l’avenir

Et la grandeur zinovienne,

Le Guide a décrété de revenir

Aux valeurs anciennes.

La misère est moins triste à table

Et la population anonyme des poivrots,

Calfeutrée en tas au sein du bistrot,

Se sent beaucoup plus respectable.

Le caboulot s’est empli de gens,

De tout un ramassis perturbateur

De braillards, de buveurs bruyants,

De grognements, de jurons, de puanteur.

 

À peine une connaissance, pas un ami.

De quoi parlez-vous avec lui ?

Je ne sais pas, de choses banales :

Des potins, des ragots, des on-dits

Des échos sans suite, des bruits,

Une discussion normale,

On parle de la pluie, du temps

Pour passer un moment.

Nous, de toute façon,

On connaît toutes vos affaires.

Voici le questionnaire,

Répondez-y avec attention.

 

Je, [Nom, prénom, date de naissance

Nationalité, âge, lieu de résidence]

Donne les renseignements suivants

Concernant

[Nom, prénom, date de naissance

Nationalité, âge, lieu de résidence].

[Est-il — oui/non — homosexuel ?

Détourne-t-il — oui/non — des mineurs ?]

Ce questionnaire est une horreur,

Un formulaire d’un ennui mortel.

Faut choisir entre l’échafaud

Et dormir dans un lit bien chaud.

 

Nos chefs sont tous semblables.

Comment distinguer entre nos responsables ?

Peu importe qui est destitué ;

Peu importe qui est nommé.

Quand un Guide perd sa place,

Un autre Guide le remplace.

Le mensonge de la vérité officielle

Embaume la poubelle.

La vérité est fille sans façons

Difficile d’en faire des contrefaçons.

La vérité vraie est vite interdite,

En Zinovie, elle disparaît aussitôt dite.

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Published by Marco Valdo M.I.
8 décembre 2023 5 08 /12 /décembre /2023 13:42

 

AVE MARIE

 

Version française – AVE MARIE – Marco Valdo M.I. - 2023

Chanson italienne – Ave MariaMargherita Vicario – 2023

 

 

 

 

LUCHA MARIA,

MENINA DE TEHUACAN

 

Frida Kahlo - 1942
 

Un retour en grand style de Margherita Vicario, auteur-compositeur-interprète et actrice, qui annonce et en présente un projet spécial, synthèse parfaite de sa grande polyvalence : SHOWTIME (produit par Island Records - Universal Music Italy, Metatron, Dade). Il s'agit d'un podcast dont l'objectif est de raconter au public - en compagnie de divers invités -certains des thèmes les plus controversés et débattus de l'actualité et de la nouvelle musique.
 

L'invitée spéciale du podcast est l'écrivain, vulgarisatrice et chercheuse Carlotta Vagnoli, qui explore les facettes du féminisme contemporain avec Margherita Vicario de manière ironique et en même temps analytique. On retrouve le même ton dans AVE MARIA, le morceau pop subversif produit par Dade, toujours aux côtés de Margherita, qui suit et complète le premier chapitre de SHOWTIME.


MARGHERITA VICARIO PRESENTA IL NUOVO PROGETTO "SHOWTIME": UN PODCAST E NUOVA MUSICA CON IL SINGOLO "AVE MARIA"  - Inside Music


 


 


 


Si quelqu'un pense avoir gâché sa vie,

Maintenant, levez la main.

Il n'y a personne, je l’imaginais bien,

Car se l'avouer à soi-même, on n’en a pas envie.


 

Moi par exemple,

J’apprends à donner une voix au silence

Et presque toujours, il me semble

J'ai un serpent que j'aime dans ma poitrine.


 

Je suis pleine de poison et je vais grand train,

Même si je ne sais pas pourquoi.

Prenez-moi la main, emmenez-moi loin,

Changez les lois.


 

Ave Marie !

En pleine disgrâce,

Emportez-moi

Dans vos bras !


 

Ave Marie !

Les larmes sur mon visage

Ne sont pas un mensonge,

J'ai besoin de…


 

Priez plus fort, je ne vous entends pas !

Mais vous y croyez ou pas ?

Mettez un peu de sentiment là

Ou moi, je n'y suis pas.


 

Celui-là qui dit qu'en tant que femme,

Je devrais faire un fils pour être heureuse,

Est celui-là même qui, plusieurs fois,

Sous ma jupe a mis la main et m'a ôté la voix.


 

Comme c’était notre nature

De demander pardon pour chaque péché.

Dommage, si j'avais eu une mitraillette,

Il serait maintenant une belle fleur dans un pré.


 

Pleine de poison et je suis ma piste,

Même si je ne sais pas pourquoi.

Moi, je suis et j’existe,

Moi, je pense et je résiste,

Moi, même sans toi.


 

Ave Marie !

En pleine disgrâce,

Emportez-moi

Dans vos bras !


 

Ave Marie ! 

Les larmes sur mon visage

Ne sont pas un mensonge,

J'ai besoin de…


 

Priez plus fort, je ne vous entends pas

Mais vous y croyez ou pas ?

Mettez un peu de sentiment là

Ou moi, je n'y suis pas.


 

Si vous avez soif, buvez ;

Et si vous avez faim, mangez ;

Si vous ça vous va, venez,

Quelqu'un vous accueillera.

Si vous êtes mal, appelez ;

Si vous avez peur, croyez ;

Si vous ne retombez pas sur vos pieds,

Ici, personne ne vous écoutera.


 

Priez plus fort, je ne vous entends pas !

Mais vous y croyez ou pas ?

Mais vous y croyez ou pas ?


 

Ave Marie !

En pleine disgrâce,

Emportez-moi

Dans vos bras !


 

Ave Marie !

Les larmes sur mon visage

Ne sont pas un mensonge,

J'ai besoin de…


 

Priez plus fort, je ne vous entends pas

Mais vous y croyez ou pas ?

Mettez un peu de sentiment là

Ou moi, je n'y suis pas.

 

LUCHA MARIA,  MENINA DE TEHUACAN   Frida Kahlo - 1942

LUCHA MARIA, MENINA DE TEHUACAN Frida Kahlo - 1942

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Published by Marco Valdo M.I.

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