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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 21:03

LA VALISE (anonyme)

 

 

Version française – LA VALISE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne - La valigia – Anonyme – s.d.

 

 

 

 

 

Qu'elle pèse la valise avec laquelle part l'émigrant.

 

 

 

 

 

Provenant de la Sardaigne, il s'agit d'un chant de l'immigration des mineurs qui allèrent travailler en Belgique. Je l'ai trouvé sur un site belge, où il a été inséré par le CASI, le Centre d'Action Sociale de Molenbeek. (http://www.kontrarie.be/repertorium.php?page=34)

(Riccardo Venturi)

 

 

La valise, la valise, s'il y a bien un objet qui illustre l'immigration, c'est la valise. La vieille valise, sans roulettes, généralement en carton, enfin, celle qu'on porte à bout de bras. En découvrant cette valise de La Tresca, il m'est revenu à la mémoire, outre les histoires racontées par les immigrés, une autre chanson italienne où il était question de « la valise », dont j'avais fait une version française, il y a quelque temps déjà. C'était une chanson de Gianni Rodari. Puis j'ai un peu cherché dans le labyrinthe et j'en ai trouvé d'autres encore sur le même thème :

une valise anonyme [[997]],

 

J'ai donc pris la peine de les mettre en français, puisque l'une renvoie à l'autre et inversement.

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 

 

Qu'elle est belle la valise du marchand de canons.

Il parcourt le monde en première classe, il achète et il vend

La la la, la la la, la-a

Qu'elle brille la valise du politicien en tournée

Sur son dossier en d'autres langues, est écrit ton destin.

 

Qu'elle pèse la valise avec laquelle part l'émigrant.

Il porte le politique et le marchand sur son dos.

 

Seulement au bout d'un long voyage, il trouvera des camarades

Exploitation et oppression sont le ciment de l'union.

Ne permets pas qu'un grenier cache ta valise ;

Elle a porté tant de rage pour changer la face du monde.

 

 
LA VALISE (anonyme)
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Marco Valdo M.I.
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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 20:30

LA VALISE

 

Version française – LA VALISE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – La valigia La Tresca – 2013


Texte CCempella –

Musique S. Belardi, C.Giuliani, S.Possieri

 

 

 


Elle n'est pas grosse, elle ne pèse pas la valise de l'émigrant.
Maman donne-moi cent lires ; je veux aller en Amérique.

 

 

 

 

 

La valise, la valise, s'il y a bien un objet qui illustre l'immigration, c'est la valise. La vieille valise, sans roulettes, généralement en carton, enfin, celle qu'on porte à bout de bras. En découvrant cette valise de La Tresca, il m'est revenu à la mémoire, outre les histoires racontées par les immigrés, une autre chanson italienne où il était question de « la valise », dont j'avais fait une version française, il y a quelque temps déjà. C'était une chanson de Gianni Rodari. Puis j'ai un peu cherché dans le labyrinthe et j'en ai trouvé d'autres encore sur le même thème :

une valise anonyme [[997]],

 

J'ai donc pris la peine de les mettre en français, puisque l'une renvoie à l'autre et inversement.

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.


Elle n'est pas grosse, elle ne pèse pas… la valise de l'émigrant
Un peu de terre du village… pour ne pas rester 
coincé en voyage
Un vêtement, un pain, 
un rêve et un fruit… et c'est tout
Mais le coeur non, je ne l'ai pas 
emporté… dans la valise, il n'est pas entré


Adieu, mon pays, adieu,
Amis et rêves adieu,
À la mer, je dis adieu.


Adieu, mes plages et la lune, adieu,
À toi qui attends, je dis,
Je dis : je reviendrai.

 

Ce train que fera pas d'arrêt
M'emmènera loin
Mais un jour, je reviendrai.


Mon père avec mes frères
Sont déjà tous partis
Et je ne les ai plus vus


Adieu, mon pays, adieu,
Amis et rêves adieu,
À la mer, je dis adieu.

 

Adieu, mes plages et la lune, adieu,
À toi qui attends, je dis,
Je dis : je reviendrai.


Elle n'est pas grosse, elle ne pèse pas la valise de l'émigrant.
Elle n'est pas grosse, elle ne pèse pas la valise de l'émigrant.

Maman donne-moi cent lires ; je veux aller en Amérique.

Maman donne-moi cent lires ; je veux aller en Amérique.

Maman donne-moi cent lires ; je veux aller en Amérique.

Maman donne-moi cent lires ; je veux aller en Amérique.

LA VALISE
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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 09:19

LES CINQ CANARDS

 

 

Version française – LES CINQ CANARDS – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Le cinque anatre – Francesco Guccini – 1978 – 

 

Paroles et musique de Francesco Guccini

 

 

 

 

Cinq canards en vol contre le soleil voilé,

Contre le soleil voilé… 


« Les cinq canards sont un hymne à la résistance, à l'anticonformisme, à la liberté personnelle ; derrière une écorce de noir et brumeux darwinisme de façade se cache en effet la lutte pour la vie, pour la dignité, pour une existence juste et finalement satisfaisante. […] Un texte qui superficiellement ressemble peu à ceux qui l'ont précédé. Mais dans ce vol, dans ce dernier vol du canard survivant, il y a toute la conscience têtue que nous cherchons depuis toujours, cette impression sincère de justice éternelle qui accompagne seulement celui qui se sait du bon côté, continuant à lutter, malgré tout, avec rage et sentiment.

 

Cette chanson du bon Francesco est en fin du compte une fable amère, qui veut nous faire réfléchir sur ce qui est juste et ce qui est faux ; il semble nous dire avec son habituel rythme compassé et éclectique, avec ce sourire ironique que nous redisons à des lèvres serrées, que « les choses justes le sont par définition », sans subterfuges, sans duperies, sans sourires hypocrites ou haussements d'épaules indifférents.

 

« Cinq canards volent plein sud » ; ainsi commence cette persuasive métaphore de l'existence. Un texte linéaire, coulant, qui se sert d'une histoire de douleur, de mort et de survie pour en raconter une autre, encore plus belle, encore plus délicate ; dans le vol incessant et infatigable des cinq canards se révèle la détermination granitique de tous ceux qui ont toujours perdu, mais jamais cessé de voler.Car les hommes, comme les canards, tombent. Mais la mémoire non : la mémoire reste. »
(« 
Les cinq canards. Darwinisme, utopie, résistance et liberté : tout dans une chanson magnifique et oubliée », de Johnny Felice, in Sottobosco.info)



Cinq canards vont plein sud :
Bien avant le temps, l'hiver est arrivé.
Cinq canards en vol contre le soleil voilé,
Contre le soleil voilé…

 

Aucun bruit sur la taïga,
Un éclair un instant et une morsure cruelle :
Quatre canards en vol et tombe une proie 
Et une proie tombe...

Quatre canards vont plein sud :
Lointaine est la terre qui les nourrit,
Autant la terre qui les nourrira et l'hiver arrive déjà 
Et l'hiver arrive déjà …

 

Le jour semble ne finir jamais ;
Dans le vent, 
blanche et aveugle, la neige sifflait:

Trois canards volent d'un vol lourd maintenant
D'un vol lourd maintenant…


À quoi ils pensent, personne le saura :
L'hiver et la grande plaine ne pensent rien
Et rien, le gel qui brise le sol d'un cri qui dure,
D'un cri qui dure… 

Et le troupeau va, va plein sud.
Il n'existe plus rien si ce n'est le sommeil et la faim :
Deux canards vont plein sud qu'ils voient maintenant ,
Plein sud qu'ils voient maintenant… 

Cinq canards allaient plein sud :
Peut-être ne verra-t-on qu'un seul arriver,
Mais son vol dit qu'il faut voler,
Qu'il faut voler,
Qu'il faut voler,
Qu'il faut voler…

 

 

 

 

 

LES CINQ CANARDS
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Marco Valdo M.I.
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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 18:30

Coupez les pieds !

 

Chanson française – Coupez les pieds ! – Marco Valdo M.I. – 2015

 

 

Ulenspiegel le Gueux – 5

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

 

 

JUSTE POUR MONTRER DE QUOI IL S'AGIT...

 

 


Quelle horreur encore me contes-tu, Marco Valdo M.I. mon ami ? Mais qui donc pousse de tels hurlements et pour quelle raison et pour quel supplice ?

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, il s'agit bien de ça. D'un supplice à la raison insignifiante. Et le condamné, les pieds brûlés sous la torture est mené clopin-clopant dans un nid de flammes. Quant à la raison de pareille déraison, on la connaît : les moines ne voulaient pas payer un sculpteur de son travail – une statue de la Madone que ces va-nu-pieds avaient commandée. Alors, l'artiste avait d'un coup de son ciseau, défiguré la Vierge qu'il venait de terminer. Ils le dénoncèrent comme iconoclaste ; après l'avoir copieusement torturé comme il est d'usage dans les tribunaux de la répression catholique – pour faire avouer le condamné ou que sais-je, on lui brûle la plante des pieds avant de le faire aller à pieds à sa mort.

 

 

On comprend qu'il hurle : « Coupez les pieds ! » ; il parle des siens. Quelle horreur ! Et quelle considération voudrait-on qu'on ait pour cette catholicité, capable de telles atrocités ?

 

 

Et puis, Lucien l'âne mon ami, là ne s'arrête pas cette paradisiaque cruauté. On lie ce brave sculpteur – comme fit Philippe de la Guenon Hérétique  – à un poteau placé au milieu du cercle de feu fait de bottes de paille et de fascines croisées… Sa mort est certaine. Il ne peut s'échapper. Il tire sur sa chaîne pour y échapper, mais sa mort en est juste ralentie – il n'en criera que plus longtemps et comme il est dit dans la chanson, Philippe aime beaucoup cette musique, ce chant de l'hérétique.

 

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, combien cruel et délirant est ce prince qui tolère, qui encourage de pareilles insanités.

 

 

Et puis, je n'en ai encore rien dit, mais comme souvent dans les récits de Charles De Coster (comme on sait, ce roman est composé d'une série de courts récits qui se suivent, sans nécessairement avoir un lien direct entre eux), il y a une sorte de contre-chant, une histoire parallèle où en réponse à l'agonie de l'iconoclaste, une autre agonie déroule son film. C'est l'agonie de la reine Marie que tous, et en premier lieu, son mari Philippe le sadique, et même jusqu'à sa suivante, son amie, chargée de veiller sur elle, la duchesse d'Albe, tous abandonnent pour aller assister au spectacle de l'homme incendié. Curieux divertissement…

 

 

C'est pire que ce que je n'aurais jamais osé imaginer.

 

 

Lucien l'âne mon ami, laisse-moi t'interrompre une dernière fois, pour te dire que ce genre de spectacle… sur certains écrans des jours d'à présent, on peut en voir tout autant ; d'autres gens recommencent à croire aux vertus de l'horreur. Ainsi s'en va le monde : d'un pouvoir l'autre, d'une religion l'autre, d'un fanatisme l'autre…

 

 

Marco Valdo M.I. mon ami, tu avais bien raison avec ton antienne : « Fanatiques de tous les pays (et j'ajoute : de tous les temps), calmez-vous ! ». Malheureusement, ils sont durs de la comprenure, ces gens-là. Et puis, comment les rendre intelligents ? Comme disait Tonton Georges : « Le Temps ne fait rien à l'affaire » Enfin, reprenons notre tâche et tissons le suaire de ce vieux monde sadique, religieux, brutal, imbécile et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Coupez les pieds ! Coupez les pieds !

Philippe entendait fort bien crier ;

Il aimait beaucoup cette musique ;

Pour lui, c'était le chant de l'hérétique.

 

Le sculpteur aux pieds brûlants

Hurlait encore au milieu des flammes.

Dans les douleurs de l'enfer le voyant

Grâce ! criaient les bonnes dames.

 

Et pendant ce temps-là, la reine Marie

Suait, frissonnait sur le sol, glacée.

Sentant venir sa mort et s'en aller sa vie,

La mère de Don Carlos pleurait désespérée.

 

Coupez les pieds ! Coupez les pieds !

Un chien aboie à la mort, pensait la reine.

Le sculpteur, fier encore, tirait sur sa chaîne.

Il se mourut soudain, asphyxié.

 

La reine Marie périt dans le vacarme

De ce sculpteur qu'on assassine.

Suivant la prédiction de Katheline,

Philippe semait la mort, le sang et les larmes.

 

 

 
Coupez les pieds !
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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 20:24

L'USINE

Version française – L'USINE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – La fabbrica – Andrea Sigona – 2011

 

 

 

40 ans, 8 heures tous les jours.

La sirène en bas à l'usine donnait le départ 

 

 

 


40 ans, 8 heures tous les jours.
La sirène en bas à l'usine donnait le départ ;
Avec ma sueur, des luttes et de dégoût, j'ai défendu
Les intérêts des miens.

Il y avait du vert et des prés à Sesto San Giovanni ;
De douces saisons, du vin et des étoiles à toucher.
Il y avait l'hiver au chaud de nos maisons
Et le printemps et tout à recommencer.


Pour nous, c'était tout ou rien qui le sait ;
Au fond, cette vie nous plaisait.
Pour nous, il n'y avait rien, mais ce tout était là
À la mesure de la terre et des hommes.


Puis, les décapeuses et le progrès vinrent
Rénover ce ciel sans plus ce vert.
Puis, vinrent les multinationales
Directrices d'un ciel qui ne brille plus.

Moi je me rappelle encore Sesto San Giovanni.
Je me rappelle les trains et les cent pas à la station,
Ses bonnes gens, les familles, les ouvriers
Et nos rêves liés à une boîte de carton.

 

 

Pour nous, c'était, tout ou rien, qui le sait
Cette vie, au fond, nous plaisait.
Pour nous, c'était rien, mais ce tout était là
À la mesure de la terre et des hommes,
À la mesure de la terre et des hommes.

L'USINE
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Marco Valdo M.I.
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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 20:42

SANTA MADONA DU BALLON ROND

 

Version française – SANTA MADONA DU BALLON ROND – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Santa Maria del pallone – Modena City Ramblers – 1996

 

 

 

Regardez et priez Santa Madona ! Regardez et achetez Santa Madona !Regardez et votez Santa Madona !
Sa
nta Madona du Ballon rond.

(d'après Paulo Ito)

 

 

 

 


Le pays qui reçoit les Mondiaux ne voit pas d'un bon œil, la FIFA. Il y a une protestation qui court sur les murs, et qui saute vite à l’œil. Le message est clair : la Coupe du Monde, selon les auteurs des murales, ne nourrira pas les Brésiliens et il n'améliorera pas leur condition économique. La compétition, en somme, sera une affaire seulement pour les puissants du football. Est emblématique, de ce point de vue, le graffiti qui a pour protagoniste un symbole de la nation, Pelé, qui met la maille « verdeoro » et entretemps serre un sac plein d'argent, peint comme s'il était un bandit. Et a fait bruit, les derniers jours, aussi l’œuvre de Paulo Ito, sortie sur le mur d'une école de São Paulo: elle représente un enfant en larmes qui à la place de la nourriture, sur le plat, a un ballon. Les manifestations contre la FIFA, entretemps, ne se calment pas,. La dernière samedi passé, à São Paulo, dans lequel les manifestants ont demandé des investissements dans le système sanitaire et dans l'éducation plutôt que dans l'imminent tournoi de football.


par Pier Luigi Pisa – La Repubblica – 29/5/2014

 

 

 

C'est un opium qui mêle à l'encens la sueur 
Pour fermer les yeux et chasser les tracas
Les bougies et le match, les saints et les olas
Sont une extase mystique, elle ravit le cœur.
Un peuple prie Santa Madona.
Il a besoin d'un guide et maintenant, il demande protectionÀ celle qui voit, pourvoit et protège des tracas.
Sa
nta Madona du Ballon rond.

 

Tout est à l'arrêt, tout dort ; ce soir, tout est effacé.
C'est une drogue légère et on oublie le passéDes voleurs, des brigands, des gros et des légers.
Quand arrive le prêtre, tout est 
pardonné.
L'homme en capuchon allume un chandelier,
Il sourit pour le peuple de la télévision.Regardez, achetez et votre Dieu adorez !
Sa
nta Madona du Ballon rond.

 

C'est un scandale, l'arrière taclé le centre-avant ;
Quel enthousiasme des foules pour un dribble foudroyant.Une révérence au ralenti, Notre Père est sur le coup francEt à la fin, tous prêts pour la processionEn tête du cortège, l'homme au capuchon ;Il a écrit un nouvel article de la constitution.Regardez et priez Santa Madona !Regardez et achetez Santa Madona !Regardez et votez Santa Madona !
Sa
nta Madona du Ballon rond.

SANTA MADONA DU BALLON ROND
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Marco Valdo M.I.
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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 10:12

Gand, La Dame

 

Chanson française – Gand, La Dame – Marco Valdo M.I. – 2015

 

 

Ulenspiegel le Gueux – 4

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

 

 

 

Prise par la ruse et punie par les armes,

Gand ne parla plus et ne put plus se défendre.

(Gand vers 1560 - d'après Lucas De Heer)

 

 


Si la chose t'intéresse, Lucien l'âne mon ami, voici la suite de cette histoire de Till le Gueux et de cette confrontation entre les gens d'ici et les armées d'ailleurs. Cette fois, dans le roman qui m'inspire, Charles De Coster raconte la prise et la destruction de la Ville de Gand par Charles-Quint. C'est un des prodromes de ce qui va ne faire que s'amplifier tout au long du siècle : l'affrontement entre les Espagnols et les habitants des Pays Bas. Cette chanson relate un moment des prémices de la Guerre des Gueux et aussi, un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans, à savoir l'élimination progressive des villes libres au profit d’États de plus grande envergure, préludes eux-mêmes aux États nationaux du XIXiéme siècle.

 

 

Allons, allons, Marco Valdo M.I. mon ami, ne t'égare pas dans l'Histoire. Il ne s'agit quand même que d'une chanson…

 

 

Je t'assure, Lucien l'âne mon ami, que ceci ne nous éloigne pas de notre sujet. Bien au contraire, c'est un simple résumé qui permet un décryptage de cette chanson. Elle le mérite et elle en a bien besoin. Je veux juste donner quelques indications, mais si tu veux en savoir plus, il te faudra faire les mêmes recherches que moi. Ce qui n'est pas désagréable du tout, je te le dis. Cependant, je n'entends pas, rassure-toi, commenter pédantesquement ligne par ligne cette chanson. Je ne suis pas ici pour jouer au professeur. Il en existe d'excellents qui font ça très bien. Je ne souhaite pas leur couper l'herbe sous les pieds. Une expression que tu devrais comprendre aisément et qui n'a pas besoin (elle) d'explication.

 

 

J'apprécie assez cette ironie ad asinum et je comprends fort bien cette expression où il est question d'herbe et de pieds. Je me demande si ce n'est pas un âne qui l'a inventée. Maintenant, c'est le moment de tes explications… Mais en bref.

 

 

La première va te surprendre, car elle est d'un ordre linguistique. As-tu déjà entendu parler du génitif saxon ?

 

 

Bien sûr. Il existe en allemand, en anglais, en néerlandais et sans doute, en flamand et dans d'autres langues. Mais encore ?

 

 

Eh bien, Lucien l'âne mon ami, j'en ai glissé un dans ce texte, mais c'est un génitif saxon tel qu'il est pratiqué encore aujourd'hui à Bruxelles. Ma tante Ghislaine, qui était d'origine montoise mais vivait à Bruxelles, racontait la stupéfaction qu'elle éprouva devant le récit d'un incident entre chien et chat. Ce récit est très court, il disait : « Le docteur son chien a mordu la madame son chat », ce qui veut dire : « Le chien du docteur a mordu le chat de la dame ». C'est exactement la construction, qu'on trouve au premier quatrain :

« Gand, la dame, refusa de verser

À l'Empereur son fils, le tribut demandé. »

 

Sur ce, je reviens à mes autres explications et à la Ville de Gand vers 1540. À la suite de luttes internes entre les métiers, d'un côté et les marchands, de l'autre, Charles-Quint avait imposé à Gand son autorité et par ailleurs, il réclamait des sommes considérables. Au passage, je te rappelle que Charles est né à Gand en 1500, ce qui explique cette histoire de mère et de fils dans la chanson. Donc, Gand, déjà saignée par les précédents souverains, refuse de payer le tribut et entre en révolte, ou l'inverse. On est en 1538. Le temps pour Charles-Quint, empereur de son état, de terminer d’autres guerres, de rassembler ses armées, d'obtenir le passage par terre à travers les Pyrénées et la France – François Ier le lui accorde en 1539 – et voilà, trois mois plus tard – fin janvier 1540 ou début février, Charles-Quint aux portes de Gand dont les bourgeois n'avaient pas voulu préparer la défense en faisant appel aux milices, c'est-à-dire aux métiers… Résultat, l'Empereur entre en ville et c'est la saignée – dans tous les sens possibles : morts, pillages, destructions, impôts. La libre Gand est désarmée, ses fortifications détruites et elle est réduite au rang de ville sous tutelle.

 

 

Bien merci, Marco Valdo M.I. mon ami, mais je t'en prie arrête-toi là dans tes explications. Ce que je voudrais dire, de mon côté, et sans doute tu pourras me le confirmer (ou me démentir), c'est qu'il me semble que tu ne racontes pas ici toutes les histoires que la légende attribue à Till et pas toutes celles que raconte Charles De Coster.

 

 

Pour cela, Lucien l'âne mon ami, tu as parfaitement raison. Cependant, je te ferai remarquer que je n'entends pas raconter la légende de Thyl Ulenspiegel, mais bien l'histoire de Till le Gueux ; ce qui, tu en conviendras, n'est pas la même chose. Je ne retiens des aventures narrées par De Coster que celles qui intéressent Till en tant que personnage historique et en quelque sorte, politique. Comme cela a dû certainement t'apparaître jusqu'ici. Till est en fait la figure emblématique des pauvres et l'autre, Philippe II, celle des riches. Ceci replace cette saga dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour les mieux asservir, pour étendre leurs privilèges, pour multiplier leurs richesses, pour assurer leur domination…

 

 

Ah, je me disais bien qu'il devait y avoir une explication à cette façon de voir et de raconter l'histoire de Till le Gueux.

 

 

Cela dit, Lucien l'âne mon ami, Charles De Coster a procédé de la même manière. En fait, pour pouvoir développer son Thyl Ulenspiegel et lui donner son rôle et sa stature de « héros », et d'en faire un roman d'une certaine taille, se référant à une longue tradition, qui de L'Âne d'Or passe par Don Quichotte, il s'est appuyé sur un roman du XVIième siècle allemand (Ein kurtzweilig Lesen von Dyl Ulenspiegel, geboren uß dem Land zu Brunßwick, wie er sein leben volbracht hat... (Un ouvrage amusant sur Till l'Espiègle, né dans le pays de Brunswick, comment il a mené sa viequi se composait d'anecdotes populaires, telles qu'on pouvait s'en raconter dans les foires, les marchés, sur les routes, dans les tavernes, les auberges, les villages et les villes de ce temps. Ce sont ces anecdotes qui se sont répandues dans toute une assez vaste région (Rhin, Meuse, Escaut). De Coster y a ajouté certains épisodes plus « politiques » qui ont donné à son Thyl toute sa puissance et ce sont ceux que je reprends. Un dernier mot rapidement pour noter une certaine parentéentre Till le Gueux et l'Arlequin amoureux, tous deux « sujets » de l'Empereur, tous deux errant au travers de l'Europe d'alors.

 

 

On peut y ajouter Chveik le soldat et aussi, Oscar Matzerath, le héros du Tambour de Günter Grass. Enfin, concluons et reprenons notre tâche et tissons à nouveau le linceul de ce vieux monde plein de souverains, de répression, d'exactions, de ruines et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Déjà ruinée, exsangue et révoltée

Gand, la dame, refusa de verser

À l'Empereur son fils, le tribut demandé.

Charles dit : elle sera rudement châtiée.

 

La bastonnade d'un fils est plus dure

Au dos de sa mère

Que la sanglante blessure

Faite par une main étrangère.

 

Bon prince, François au Long-Nez

Laissa passer Charles et ses armées.

Entre souverains, il faut bien s'entraider.

Ainsi, l'Empereur franchit les Pyrénées.

 

Enfin, Charles-Quint vînt au travers de la France.

Avec quatre mille chevaux et dix fois plus de fantassins.

Il entra dans Gand, la bourgeoise, presque sans résistance.

Il lui infligea le plus terrible chagrin.

 

Ses sbires s'en furent partout en ville

On vit des postes militaires et des rondes peu civiles.

Alors seulement, Charles prononça la sentence.

Le peuple de la cité était puni pour désobéissance.

 

Il fit raser toutes les défenses :

Les murs, les tours, les portes.

Il abolit toutes les libertés.

Pour enrichir l'Espagne, tout fut confisqué.

 

Prise par la ruse et punie par les armes,

Gand ne parla plus et ne put plus se défendre.

Roelandt, la grande cloche, vit pendre

À son battant, celui qui avait donné l'alarme.

Gand, La Dame
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Marco Valdo M.I.
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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 23:04

La Guenon Hérétique

 

 

Chanson française – La Guenon Hérétique – Marco Valdo M.I. – 2015

 

 

Ulenspiegel le Gueux – 3

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

 

 

L'an 1575, la ville nommée Oudewater fut le huitième jour d'août prise par force des Espagnols et tous les habitants d'icelle mis à mort sans distinction de sexe et d'âge.

 

 

 

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, quel beau titre que cette Guenon hérétique…

 

Malheureusement, Lucien l'âne mon ami, cette pauvre guenon hérétique va connaître le sort qui attend généralement les hérétiques ; elle finira en martyr.

 

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, que voilà une bien triste chanson.

 

Triste et effrayante, elle l'est et plus encore qu'il n'y paraît. En deux phrases d'abord, un aperçu de l’histoire qu'elle raconte. Charles-Quint rentre de la guerre en Espagne et de retour en son palais de Valladolid, fait mappeler son fils Phlippe, lequel ne se manifeste pas. Il lui faut l'aller chercher où ce prince et futur roi d'Espagne se terre. Ou – son père et l'archevêque, qui lui sert de tuteur, le découvrent dans un coin sombre perdu au fond du palais. Dans la pièce, liée à un piquet, la guenon hérétique achève de se consumer.

 

Mais c'est vraiment épouvantable, cette histoire, dit Lucien l'âne en raclant le sol d'un noir sabot. Comment peut-on s'en prendre pareillement à une petite bête, sans défense. C'est un sadique, ce Philippe.

 

Un sadique et un futur roi catholique qui, quand il régnera, se livrera aux pires exactions afin d'éteindre les velléités d'indépendance et aussi, l'esprit de liberté de conscience qui enflammait les provinces du Nord. De cela, on en saura plus bientôt, car c'est précisément le sujet du roman de Charles De Coster. On est en plein dans les guerres de religion et l'Espagne, où est née l'Inquisition, sera à la pointe dans la répression et la Contre-Réforme. Elle le sera encore quatre siècles plus tard…Et de ce côté-ci de l'Europe, on s'en souvient encore…

 

Et on a bien raison, dit Lucien l'âne et foi d'âne, il importe de se garder tous les fanatismes. « Fanatiques de tous les pays, calmez-vous ! », telle est notre antienne. Alors, vive la chanson et à bas ce vieux monde religieux, inconscient, incendiaire et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

L’empereur Charles de guerre s'en revînt,

En son palais d'Espagne, un beau matin.

Mande son fils saluer son père.

Philippe refuse, il n'aime que livres et prières,

 

Se tenir seul dans le noir

Toujours rodant dans les couloirs.

Longtemps, avec l’archevêque, son père le chercha

Dans un réduit des plus sombre, il le trouva.

 

Un local de terre battue qu'éclaire une lueur pâle.

Un pieu en son milieu s'orne

D'une guenon petite et mignonne,

Cadeau d'un roi des Indes occidentales.

 

Sa bouche béante criait la mort

Et sa face terrifiait plus que son corps.

L'odeur des poils brûlés sentait l'enfer.

La guenon avait tant souffert.

 

L'infant Philippe tapi dans le fond

De noir vêtu suçait un citron,

Songeant qu'un jour, bon prince catholique,

Il fera par milliers rôtir les hérétiques.

 
La Guenon Hérétique
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Marco Valdo M.I.
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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 20:02

Till et Philippe

 

 

Chanson française – Till et Philippe – Marco Valdo M.I. – 2015

 

 

Ulenspiegel le Gueux – 2

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

 

 

« Ik ben ulen spiegel » 
– 
« Je suis votre miroir »

 

 

 

Évidemment… Évidemment, Lucien l'âne mon ami, je n'ai pas pu – pour une fois – résister à mon goût caché (généralement) de me plonger dans un dictionnaire afin de vérifier certain mot qui m'est venu à l'esprit, la bouche, à la plume, à la pointe ou au bout des doigts, selon que je le pense, le parle, l'écrive (au stylo ou au crayon) ou le tape au clavier. À la suite de cette exploration savante, je ne résisterai pas à l'envie d'expliquer (une fois n'est pas coutume) un vers, mais un seul, de cette canzone. Même si elle mériterait bien elle aussi qu'on s'y attarde. Notamment dans ce parallèle entre le futur Gueux et le futur roi d'Espagne. Mais de cela, il en sera question tout au long de cette légende de Till le Gueux, car c'en est le principe moteur, comme le Ying et le Yang pour certaine philosophie chinoise, comme le blanc et le noir en photographie, comme le oui et le non dans les questionnaires ou le zéro et le un en informatique… Principe binaire définissant ici les deux pôles de ce moment de la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que fut la Guerre des Gueux, où l'on tortura, brûla, assassina, massacra, éventra à qui mieux mieux les pauvres gens de par ici.

 

 

Ne m'embrouille pas encore une fois et dis-moi quel est donc ce vers si mystérieux…

 

 

Mystérieux, je ne dis pas. Je dirais plutôt mystifiant ou mystificateur. D'ailleurs, le voici ; s'agissant de Till, il dit :

« Il se gausse, c'est un zwanzeur. »

Ce que je m'empresse de traduire en français standard contemporain – au passage, remarque qu'une langue qui perd ses mots ou l'usage de ses mots entre en déliquescence. Comme tu le vois, mon propos est tout à l'inverse (alla rovescio). Donc, je traduis le français en français : « Il se moque, c'est un blagueur » ou « Il raconte des craques, c'est un fouteur de gens » ou « Il dit des conneries, il se fout du monde »… On pourrait en ajouter bien des autres. Mais il s'agit de Till et de rendre hommage à Charles De Coster, son très mortel auteur – tous deux zwanzeurs émérites. Car, et il convient que cela se sache, De Coster avait formulé le projet et avait finalement tenu la gageure d’introduire dans ce roman baroque, dans cette épopée burlesque (mais pas seulement), tous les néologismes et les mots qui lui passaient par la tête (et il y en avait beaucoup), y compris ceux que de savantes têtes dénonçaient comme vocables patoisants, localement usités, mais à déconseiller fortement. C'est le cas du « zwanzeur », qui selon le Dictionnaire vivant de la langue française(http://dvlf.uchicago.edu/mot/zwanzeet surtout, le Centre national de ressources Textuelles et Lexicales (http://www.cnrtl.fr/definition/zwanze ), remonterait au néerlandais « zwans : queue; membre viril », etc (se reporter à la notice du Centre National de ressources textuelles...). Mais ce n'est pas tout. Il me faut avouer également que j'ai trouvé fort plaisante la conjonction de ce zwanzeur avec « gausse », car (toujours selon la notice), ce serait André GOOSSE qui aurait fait connaître zwanze, zwanzer et zwanzeur aux érudits du français.

 

 

Ce petit intermède terminé, nous diras-tu ce qu'il y a dans la chanson ?

 

 

Mais je l'ai déjà dit… Il s'agit tout simplement de la présentation des deux héros de l'histoire, car comme dans toute bonne pièce, nouvelle, légende, épopée, saga ou dans n'importe quel (bon) roman, il convient de présenter les personnages. J'ajouterai cependant et c'est mon dernier vers (pour ce soir), qu'il y a là une explication – mais directement donnée par De Coster – de l'étrange surnom de Till et sa signification. Car il veut dire quelque chose cet Ulenspiegel… et on trouve cela dans la canzone, au dernier vers.

 

 

Et bien, allons voir ce dernier vers, découvrir ces protagonistes et leur contraste et puis, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde binaire, divisé, empli d'assassins, de dévots sadiques et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Le fils du charbonnier Claes croissait en malice ;

Pluie, neige ou soleil tapant, il dansait.

Le rejeton impérial dolent traînait sa peau lisse

Dans les longs corridors noirs du palais.

 

Dans la chaleur de l'été triomphant,

Philippe étendait son corps frissonnant.

Mal au ventre, à la tête, aux mollets,

Loin des jeux de son âge le tenaient.

 

Mon homme, où est notre Till, maintenant ?

Till a quitté la maison depuis trois jours.

Avec les chiens vagabonds, il court.

Femme, notre enfant n'a que neuf ans.

 

Charles dit : Mon fils, il te faut rire et t'amuser.

Je n'aime point jouer, dit Philippe.

Charles dit : Mon fils, il te faut courir et sauter.

Je n'aime point bouger, dit Philippe.

 

Till éclaire les tristes mines de ses sauteries ;

Il enchante la compagnie de ses gamineries ;

Il fait des niches, c'est un amuseur ;

Il se gausse, c'est un zwanzeur.

 

Inerte, sec, revêche, sans émotion,

Philippe, fils de Carolus Quintus

Confit en dévotions.

Philippe se signe à l'Angélus.

 

À la belle, Till prend deux baisers ; au moine, deux patards.

Au clerc enflé, au soudard étonné, au vieillard encorné,

Pour un peu de cuivre, Till dit leurs quatre vérités.

Puis, il dit : « Ik ben ulen spiegel » – « Je suis votre miroir ». 

Till et Philippe
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Marco Valdo M.I.
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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 20:51

Katheline, la bonne sorcière

 

 

Chanson française – Katheline, la bonne sorcière – Marco Valdo M.I. – 2015

 

 

Ulenspiegel le Gueux – 1

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

 

 

 

 

 

 

Proclamation solennelle tirée de la harangue du hibou Bubulus Bubb :

 

« De quoi vit votre politique depuis que vous régnez sur le monde ? D'égorgements et de tueries.

Moi, hibou, le laid hibou, je tue pour me nourrir et nourrir mes petits. Je ne tue point pour tuer. Si vous me reprochez de croquer un nid de petits oiseaux, ne pourrais-je pas vous reprocher le carnage que vous faites de tout ce qui respire ?

Poète criard, tu tapes à tort et à travers sur ceux que tu appelles bourreaux…. Tu n'es pas prudent… Il est de gens qui ne te pardonneront point… tes personnages principaux sont des imbéciles ou des fous, sans en excepter un : ton polisson d'Ulenspiegel prend les armes pour la liberté de conscience ; son père Claes meurt brûlé vif pour affirmer ses convictions religieuses ; sa mère Soetkin se ronge et meurt de suite de la torture… »

 

 

Lucien l'âne mon ami, il m'est venu l'autre jour, je ne sais plus trop à quelle occasion, ou plutôt, je ne le sais que trop bien, car c'est là une idée qui depuis si longtemps me trotte dans la tête… il m'est venu l'idée de raconter en chansons, comme je l'ai fait pour d'autres histoires, les aventures picaresques de Till le Gueux, mieux connu sous le nom de Till Ulenspiegel, telle qu'elle fut narrée de façon si extraordinaire par le bon Charles De Coster (http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_De_Coster), dont ainsi nous prendrons l'erre.

 

Oh, je me souviens très bien mon ami Marco Valdo M.I. à quelle occasion récente on doit cette décision et c'était celle de la mise en parallèle de l'Asino romain, cette revue qui me tient tant à cœur et l'Uylenspiegel, une revue du même tabac anticlérical, publiée à Bruxelles au milieu du XIXième siècle, où Charles De Coster fit ses armes.

 

Donc voilà établie l'origine de cette nouvelle épopée, que n’aurait pas désavouée Jacques Brel, lui qui incarna un superbe Don Quichotte, par exemple. J'ai voulu ce Till sans doute pour les mêmes raisons que son romancier-auteur auquel, comme De Coster le fit lui aussi de légendes et de récits antérieurs, j'ai emprunté tant et plus ; on le constatera. Comme il se doit, je ferai Till à mon image, plus ouvertement lui-même que dans les légendes allemandes, flamandes et même, chez De Coster. Je lui laisserai montrer que sa gueuserie est une des figures de l'anarchie et son combat pour la liberté de conscience, la pratique d'un athéisme irréductible.

Si certains, oppresseurs en diable, criminels insignes se vantaient d'avoir Dieu avec eux et il y en a encore de ces jours… Nous – toi, moi et Till, sommes tout simplement sans dieu, sans religion d'aucune sorte. Car : il n'y a que comme ça que nous respirons, que hop là, nous vivons.

 

Il me paraît que tu te lances là dans un projet grandiose. Souviens-toi que Charles De Coster mit dix longues années à écrire – sur la petite table de sa chambre, à côté de son lit de fer, le cul sur une simple chaise – son Till…

 

 

Je ne l'ignore pas. Mais d'autre part, je n'ai pas la prétention de faire une œuvre de l'amplitude et de la hauteur de celle de De Coster, qui fit là un des chefs d’œuvre de la littérature mondiale et de plus, en le sachant. Je me contenterai de suivre sa trace et de-ci de-là, la marquer d'une chanson, « car ça m'amuse, car ça m'amuse... ».

 

 

Soit. Mais dis-moi un peu pourquoi tu as donné comme titre à la première chanson de la série : « Katheline, la bonne sorcière »…

 

 

Alors là, je le sais, au moins en partie. D'abord, parce que chez De Coster, Katheline est celle qui met au monde Till et tu connais mon goût pour les naissances, à commencer par celle de Tristram Shandy. Ensuite, et c'est le titre qui l'indique : c'est un titre quasiment sorti de Brassens : mettons en parallèle : Margoton, la jeune bergère … et cette Katheline, la bonne sorcière… Et ce n'est pas tout, puisque, comme on le sait, la sorcière est un personnage central du « Christ s'est arrêté à Eboli » et de la peinture de Carlo Levi… La sorcière, je le rappelle, est pour Carlo Levi est, et pour moi aussi, l'image de la Mère Universelle, de la femme qui prend soin de tous, dont l'Église catholique a voulu brouiller l'image en inventant la Madone… et en brûlant les sorcières. Et enfin, Katheline, la bonne sorcière, renouant avec l'Antiquité grecque renvoie à Cassandre (https://fr.wikipedia.org/wiki/Cassandre), annonçant les dangers à venir. C'est un personnage très complexe.

 

 

Je commence à m'en rendre compte. Je suis, j'ai grand plaisir à le dire, diantrement heureux que tu donnes une place à Till, car – comme je l'ai croisé à plusieurs reprises dans toutes ses aventures, je l'ai porté sur mon dos… c'est vraiment un gars sympathique, empli d'une honnête impertinence. Je me réjouis déjà de la suite. Cela dit, revenons à notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde où l'on vénère les Madones et où l'on déconsidère les sorcières, gloria, gloria pour Katheline et toutes ses sœurs de par le monde…, ce vieux monde plein de religions excédentaires, de divinités superfétatoires, de dieux impotents et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Dans le même empire

Où le soleil jamais

Ne se couchait,

Deux enfançons naquirent.

 

À Damme en Flandre, aux aubépines

Ulenspiegel, fils de Claes, vit le jour

Dans les bras de Katheline,

La bonne sorcière aux doigts de velours,

 

Avec la marque du diable à l'épaule,

Petit point noir sur le destin.

Chanteclair hélait ses poules,

Le jour s'étirait au matin.

 

Katheline la bonne sorcière

Apportait l'angélique, le fenouil et le thym;

Toutes les herbes de la terre,

Toutes les herbes, mais pas de florins.

 

Lamme, Lamme, chasse, chasse,

Par ici, par ici, le poisson.

Lamme, Lamme, chasse, chasse,

Brochets, anguilles, carpes et gardons.

 

Et le poisson de la rivière

Miracle se changea en florins

Et Katheline la bonne sorcière

En fit du miel, du lait et du pain.

 

Quoi, quoi, qu'as-tu vu,

Katheline, bonne sorcière ?

Fauchant les hommes, j'ai vu, j'ai vu

Les spectres aux yeux de pierre.

 

À Charles l'empereur, exactions, crimes, horreurs,

À Claes le charbonnier, bon vivant et travailleur,

Succéderont Philippe le bourreau

Till grand docteur en joyeux propos.

 

L'infant Philippe, roi devenu.

J'ai vu, j'ai vu de mes yeux de sorcière

Les filles mises vives en terre

Violées en leurs corps nus.

 

Ulenspiegel ne mourra pas, rira de la sottise,

Courra le monde, toujours défiant la bêtise.

En haut, les mangeurs de peuple, frelons de l'enfer ;

En bas, les victimes, ainsi disait Katheline la bonne sorcière.

 

Dans le même empire

Où le soleil jamais

Ne se couchait,

Deux enfançons naquirent.

 Katheline, la bonne sorcière
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Marco Valdo M.I.
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