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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 21:30

La messe du Pape, le pardon de Till et les florins de l’Hôtesse

 

Chanson française – La messe du Pape, le pardon de Till et les florins de l’Hôtesse – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Ulenspiegel le Gueux – 12

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LIII)

 

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

 

Je viens ici parler au pape Jules Trois...

Aussi, dit Jules, pèlerin pèlerinant, je te bénis.

Maintenant, il te faut payer ton pardon écrit.

 

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la douzième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les onze premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)

11.Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)

 

 

Comme habituellement, Lucien l’âne mon ami, tu pousses des cris d’orfraie rien qu’en voyant le titre de la canzone et que tu me demandes de t’en expliquer le sens, je vais commencer par là. On devrait gagner du temps. Comme tu l’as vu, ce titre est un triptyque, c’est-à-dire un titre à trois temps, comme une valse :

Premier temps : La messe du Pape

Deuxième temps : Le pardon de Till

Troisième temps : Les florins de l’Hôtesse.

Ce sont les éléments principaux de la chanson, mais ce tempo provient d’ailleurs.

 

 

En effet, ça me rappelle quelque chose, mais je n’arrive pas à savoir exactement quoi. Veux-tu bien m’éclairer…

 

 

Je vais le faire et la chose est assez amusante. Ce quelque chose, dont tu parles, est une expression populaire de nos régions qui désigne une personne avide qui veut tirer profit de tout, jusqu’au dernier centime. Cette expression prend également la forme d’un triptyque et elle se formule ainsi. S’agissant de cette personne, on dit qu’elle veut « le beurre, l’argent du beurre et les fesses de la crémière ».

 

C’est beaucoup demander, dit Lucien l’âne en riant aux éclats. Par ailleurs, il me semble aussi reconnaître dans le premier couplet le début de certaine autre chanson.

 

 

Bon sang, tu as l’oreille, Lucien l’âne mon ami. C’est bien le début, presque mot pour mot, de L’Histoire du Soldat [[7366]] de Charles-Ferdinand Ramuz, mise en musique par Igor Stravinski, quand le soldat 

« a marché beaucoup marché

S’impatiente d’arriver

Parce qu’il a beaucoup marché. »

 

Ce qui est le cas de notre « pèlerin pèlerinant » de Till.

 

 

N’est-ce pas là, Marco Valdo M.I. mon ami, cette même chanson dont tu uses comme exemple quand tu réponds à ceux qui disent que tes chansons n’ont pas de musique, que ce sont les musiciens qui sont en retard ?

 

 

Bien sûr et c’est un bon exemple. Je voudrais souligner encore – bien que d’ordinaire j’évite de le faire – le début du deuxième couplet pour faire ressortir cette quasi-citation de Gilles Vigneault. Va voir sa chanson :

Mon Pays [[40597]] et spécialement, ce passage :

« Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’envers
D’un pays qui n’était ni pays ni patrie
Ma chanson ce n’est pas une chanson, c’est ma vie... »
Et une fois encore, ce n’est pas un hasard. En fait, ces citations renvoient aux chansons d’où elles sont extraites et à tout l’univers qu’elles impliquent.

 

 

Mais, Marco Valdo M.I. mon ami, dis-moi la chanson, parle-moi d’elle. Comment est-elle faite ?

 

 

Concrètement, cette chanson se compose de deux dialogues : le premier entre Till et son hôtesse et le deuxième, entre Till et le Pape Jules Trois.

Entre les deux, Till se rend à la messe du Pape à Saint-Jean du Latran et il s’arrange pour se faire remarquer (chaque fois que le Pape présente l’hostie ou le calice, Ulenspiegel, qui s’est placé bien en vue, lui tourne le dos ostensiblement), afin de parler au pape, obtenir le pardon papal (moyennant finances, une allusion au commerce des indulgences et à la vénalité de l’Église), de gagner son pari avec l’hôtesse (les cent florins qu’elle lui a promis s’il parle au Pape) et enfin, de pouvoir retourner chez lui (voir le Pape et obtenir son pardon était la condition de son retour).

 

 

Voilà donc, l’air de rien une chanson fondamentale de cet opéra-récit, comme tu l’appelles. Till est parvenu au bout de son voyage de pèlerin pèlerinant. Il ne lui reste plus qu’à rentrer.

 

 

C’est exact. Cependant, il y a quand même plus dans cette chanson en apparence anecdotique. c’est la façon dont Till qui ne croit ni à Dieu, ni à Diable, mais est obligé d’obtenir le pardon du Pape, va répondre lorsque le-dit Pape va l’interroger et comment il va ruser face à l’autorité ecclésiastique. Sans jamais se déjuger sur le fond, remarque-le bien.

 

 

C’est en effet un grand numéro d’équilibriste. Une leçon de choses, très concrète, pour tous ceux qui – en ce temps-là ou maintenant ou demain, à Rome, ici ou ailleurs – devront vivre dans une société imprégnée de religion, de politiquement correct, de conformisme. Imagine que certains – fidèles, croyants, sectateurs, ici et maintenant, dans l’Europe de ce siècle, en sont à réclamer des lois réprimant le blasphème (mais je ferai remarquer à propos du blasphème qu’il ne saurait être question de flétrir ou d’insulter quelque chose qui n’existe pas) et d’autres interdisant la critique des religions et des religieux. C’était précisément contre tous ces interdits, contre toutes ces lois scélérates, contre toutes ces restrictions à la liberté de pensée, de parole, d’écriture, de conscience, d’examen que Till le Gueux se battait. Quant à nous, Marco Valdo M.I. mon ami, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde religieux, superstitieux, croyant, crédule, insupportable et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Pèlerin, pèlerinant ayant longtemps pèleriné,

Pèlerin, pèlerinant à Rome est arrivé.

Une belle et bonne hôtesse a rencontré :

D’où viens-tu, toi qui as tant pèleriné ?

 

Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est la terre

Où l’on sème la graine d’illusions,

D’espérances folles et de promesses en l’air.

Une terre fumée de religions.

 

Je viens ici parler au pape Jules Trois.

Parler au pape, mamma mia, moi, je ne sais pas.

Sais-tu seulement comme il vit, sais-tu comme il est ?

Paillard et dissolu, il est. Je le connais.

 

Je m’en vais le voir de ce pas, je m’en vais lui parler.

Je te dis ça sans me vanter.

Si tu le fais, cent florins, je te donnerai.

C’est comme si je les avais déjà gagnés.

 

Pour gagner les florins de son hôtesse,

Till s’en alla voir le Pape à la messe.

Le Pape levait le calice, Till tournait le dos.

Le Pape levait l’hostie, Till tournait le dos.

 

À force de singeries, le Pape le remarqua ;

Il le fit chercher par quatre robustes soldats.

Le Pape lui demanda : quelle est ta foi ?

La même que mon hôtesse qui partage la vôtre, une fois.

 

C’est fort bien, ma foi. Mais à quoi, à quoi

À quoi donc, en vérité, pèlerin, tu crois ?

Je crois ce que vous croyez que je crois.

Pourquoi tournais-tu le dos à la Sainte Croix ?

 

Pèlerin pèlerinant encore, la regarder, je ne pouvais pas.

Aussi, dit Jules, pèlerin pèlerinant, je te bénis.

Maintenant, il te faut payer ton pardon écrit.

Till prit le pardon, les florins de l’hôtesse et de Rome, s’en alla.

La messe du Pape, le pardon de Till et les florins de l’Hôtesse
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Marco Valdo M.I.
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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 21:39

IL N'Y A PLUS D'AMÉRIQUE


Version française – IL N'Y A PLUS D'AMÉRIQUE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Nonc’è più l’America – Piero Ciampi – 1990

 

 

 

Jean-louis Lebris de Kerouac, alias Jack Kerouac

 

 

L'Amérique n'existe plus, le temps passe. 
Alors, pour l'Amérique, oui, il y avait les soutes pleines d'âmes
Et maintenant, elles reviennent en arrière avec un sourire amer.

 

 

Il n'y a plus d'Amérique

 

 

Le naufragé, perçu le jet, moulina du bras
Lançant un cri inhumain en appel
Le poing levé, replia la tête sur le tronc,
Les jambes écartées dans une prière inconnue
En concentrant en lui des milliards d'unité, de volonté
Gisant inactives dans l'univers,
Il les ramassa, et il se projeta avec la vitesse du silence dans le jet, dans le jet ;

 

Ce fut ainsi que l'Amérique resta seule.

 

 

Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique,
Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique ;

 

 

Il n'y a plus.

 

 

Entre temps cet enfant que je vis serré serré contre son père dans Bowery Street
Tous ivrognes, regardés et aimés de personne, de personne, de personne

 

 

Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique,
Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique ;

 

 

Il n'y a plus.

 


Albert Camus disait que l'Amérique est une colonie de sinistrés mentaux
Alberto Moravia avec ses lesbiennes (et son astuce) dit que l'Amérique est le pays du destin
Entretemps, on m'a tué Jack Kerouac à 47 ans après qu'il ait écrit Les Souterrains…

 

 

Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique,
Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique ;

 

 

 

Il n'y a plus.

IL N'Y A PLUS D'AMÉRIQUE
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Marco Valdo M.I.
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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 23:28

UNE FEMME

 

Version française – UNE FEMME – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Una donna – Il Teatro degli Orrori – 2015

 

 

 

L'élimination systématique des Yazidis (pour commencer… et ensuite à qui le tour ?), c'est la logique de l'édification d'une sous-humanité et de son corollaire : d'une surhumanité.


L’actualité. Une femme parle : « Mais regarde, tu les vois, mon ami, ce sont des réfugiés, ils fuient une mort certaine et nous ici à nos petites affaires, et toi, femme, la beauté de ton sourire parle de ton courage, sa douceur est un drapeau ». Dans le livret , c’est l’unique texte qui manque, à sa place il y a une photo. « J’ai vu la photo d’une fille et suis remonté à la source, nous l’avons achetée à une agence irakienne. C’est une fille yazida de quatorze ans en fuite de l’Isis avec ce qui reste de sa famille, elle porte un kalashnikov que lui a donné l’Unité de Protection du peuple kurde pour la protéger. Le clic la cueille alors qu’elle se tourne, cueille son regard extraordinaire : dans cette photo il y a la contemporanéité. Il ne parle pas seulement du drame des réfugiés, de cette incroyable migration. Il parle même de nous, de nos égoïsmes, de notre indifférence. Pour ceci j’ai mis seulement l’image : le texte est cette fille ».



Ah, mon ami Lucien l’âne, vois ma perplexité. Je viens de faire une version française d'une chanson italienne d'un groupe dont le nom est en soi tout un programme : « Il Teatro degli Orrori » - Le Théâtre des Horreurs et un nom tout à fait pertinent en ce qui concerne notre « monde ». C'est un groupe musical actuel et la chanson est de cette année 2015. Et comme tu l'as pu voir dans le mot du commentateur italien, il y a une liaison directe entre cette chanson et « l'actualité ». Même si, l'actualité, on s'en fout.


On s'en fout ? Que veux-tu dire ?, toi que je vois te préoccuper constamment, au jour le jour, des histoires humaines, de ce qui se passe dans ce foutu monde.


Eh bien, je veux tout simplement indiquer que ce grand dégueuloir d'informations en continu et ce matraquage cervical permanent doivent être évités comme la peste. Et spécialement dans leurs versions audios et audio-visuelles qui paralysent, pétrifient toute capacité de réflexion – en raison-même de leur soi-disant immédiateté (un leurre, puisque précisément, comme ce sont les médias par excellence, ils médiatisent), de leur instantanéité (effective, celle-là), de leur caractère répétitif hypnotique et de l'éparpillement de la pensée qu'ils créent par l'atomisation de la relation du réel. En fait, contrairement à ce que son apparence laisse supposer, l'écran n'est pas un miroir neutre, une fenêtre ouverte sur le monde ou la radio, une oreille attentive. Ce sont plutôt des machines à décerveler ; tel est leur caractère intrinsèque, quelle que soit la bonne volonté de ceux qui travaillent à alimenter ces machinesPour mieux me faire comprendre, je dirai : c'est dans leur nature. Il suffit de voir comment ils sont obligés de saucissonner le monde – en de minuscules tranches. Elles débitent la réalité en rondelles d'informations. Je m'arrête là, sinon…


Sinon ?, s'écrie Lucien l'âne, arrêté lui aussi subitement dans son élan réflexif… Sinon, tu n'en finirais jamais avec cette parenthèse. Quand tu te laisses entraîner, on voit bien où tu démarres, mais on ne sait jamais quand tu vas aboutir…


Et en finale, je ne parlerai jamais de la canzone, dont je te rappelle (ici, je raccroche au train) qu'elle s'intitule Una donna, Une Femme. Une femme en fuite, avec un fusil-mitrailleur à l'épaule. Elle fuit les tueurs, violeurs, sadiques, croyants, déments de l'État islamique. Et l'image le laisse penser aussi : le cas échéant, elle fera usage de son fusil. Tel est la signification de cette photo et de son regard.


J'espère bien, dit Lucien l'âne, qu'elle ne devra pas en arriver là.


Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Mais, en réfléchissant, on ne peut s'empêcher de penser qu'elle aurait pu être juive quelque part en Pologne, en Lituanie ou en Ukraine vers 1943, au temps des Einsatzgruppen (https://fr.wikipedia.org/wiki/Einsatzgruppen)Je ne prends évidemment pas cette référence par hasard.


J'imagine assez. Je te connais bien, Marco Valdo M.I. mon ami, et je sais ta cohérence. Dès lors, dis-moi…


J'ai choisi ce retour anachronique car j'entends signifier qu'on se trouve en présence de deux États totalitaires absurdes et qu'à bien des égards, cet État islamique est comparable à l'État nazi. Un des traits communs les plus marquants est cette manie de l'administration, de l'enregistrement, de la « systématique » dans le massacre (et pas seulement). Il y a là des émules d'Adolf Eichmann (https://fr.wikipedia.org/wiki/Adolf_Eichmann). Sans doute, sont-ils pires encore à bien des égards. Ainsi, Brecht avait raison : « le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde ». On est en présence d'une logique tout à fait similaire d'élimination ou d'esclavagisation de populations entières, en l'occurrence, les Yazidis, une population kurde présente dans les montagnes de l'Asie mineure depuis des milliers d'années (on parle de plus de 6000 ans) parce que Kurdes, parce que Yazidis. L'élimination systématique des Yazidis (pour commencer… et ensuite à qui le tour ?), c'est la logique de l'édification d'une sous-humanité et de son corollaire : d'une surhumanité.


Un telle élimination , en français, ça s'appelle un génocide. Il me semble d'ailleurs, à moi qui ne suis qu'un âne, que c'est là une pratique assez courante parmi les humains. En vrac, je cite (et forcément, j'en oublie et sans doute, beaucoup) : les Arméniens, les Héréros, les Roms, les Rwandais, les Juifs, les Amérindiens, les Inuits, les Biafrais, les Tasmaniens… Sans oublier les espèces animales. Là, on ne compte même plus celles qui ont été totalement éliminées. Le tout selon des modalités diverses et à des époques différentes. Je me demande, mais ce n'est pas ma spécialité, s'il existe une histoire des génocides (des génocidés et des génocidaires), car on devrait pouvoir dégager des points communs à toutes ces guerres humanicides.


Maintenant, j’en viens à une question qui touche au binôme guerre et paix. Il me plaît de définir la guerre comme une agression et la paix comme une manière de vivre sans pratiquer l'agression. Mais ça ne résout pas le problème pour celui qui est agressé. Ici, dans la canzone, cette jeune femme, cette jeune fille yazida. Sa réponse au problème est double : un, face à la guerre, fuyons. Excellente solution quand on peut le faire et si on en a les moyens, y compris financiers. Mais comme tu le sais, la plupart des gens n'ont ni la possibilité de s'échapper, ni les finances. Sinon…


Sinon ?, demande Lucien l'âne abruptement.


Sinon, deux : quand il n'y a plus d'échappatoire, il faut faire face et on doit passer à la résistance, puis ensuite, quand ce sera possible, à l'élimination de l'agresseur. Telle est la voie de la paix. Une précision s'impose cependant : un agresseur est considéré comme éliminé à partir du moment où il a été écarté du lieu de l'agression et qu'il n'est plus en état d'agresser.


En quelque sorte, dit Lucien l'âne en hochant son large front, il convient d'éviter le génocide à rebours. Voyons cette canzone et reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde assassin, massacreur, génocidaire et cacochyme.



Heureusement !

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Une femme, une fille prête à donner tout ce qu’elle a sans réserve. En échange de rien.
Une femme, une fille sans réserve ; en échange 
de rien.
Mais regarde, regarde, regarde, 
ce n’est pas n’importe quelle image, observe bien autour la route de poussière et cette femme marche seule, tenant par la main un enfant, elle semble pressée, qui sait où elle va ? Qui sait pourquoi toi par contre tu t’es arrêté à me regarder pour un instant comme si tu me connaissais et m’aimais bien; peut-être cette mitraillette sur mon dos a une seule parole, comme le monde qui tourne, comme ton destin, le monde qui virle destin.


Moi, je ne sais pas décrire ce sentiment où il m’arrive de te penser près de moi, mais tu es si lointaine et tant en danger que tu pourrais mourir.
Tu pourrais mourir

Et me vient une tristesse, une amertume si grande que je voudrais pleurer crier disparaître pour toujours

 

Une femme, une fille
Prête à donner tout ce qu’elle a, sans réserve, en échange de rien.
Une femme, une fille, ses espérances en échange de rien.


Je ne sais pas décrire ce sentiment qui me vient de vouloir t’embrasser fort comme si nous étions,

Depuis tant de temps, des amis très proches.
Nous, nous ne nous abandonnerons jamais, mais jamais.
Nous, nous ne nous abandonnerons jamais, mais jamais.
Nous, nous ne nous abandonnerons jamais.

 

Mais regarde, regarde, regarde, tu les vois, mon ami, ce sont des réfugiés, ils fuient une mort certaine et nous ici à nos petites affaires, et toi, femme, la beauté de ton sourire parle de ton courage, sa douceur est un drapeau rouge déplié au vent, autre chose que les nénettes qui défilent, tu t’es arrêtée un instant pour me regarder avec ton arme à l’épaule.

Tu as une seule parole, comme le monde qui tourne, comme ton destin.

UNE FEMME
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Marco Valdo M.I.
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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 19:29

La Religieuse

 

Chanson française – La Religieuse – Georges Brassens – 1969

Paroles et musique : Georges Brassens

 

Interprétations :

Philippe Sarrouy et les 3 mirlitons : https://www.youtube.com/watch?v=AJL3ZekCjfY

 

 

Il paraît que, dessous son gros habit de bure,

Elle porte coquettement des bas de soie,

Festons, frivolités, fanfreluches, guipures,

Enfin tout ce qu’il faut pour que le diable y soit.

 

 

 

Mais que donc viendrait faire une religieuse dans les Chansons contre la Guerre ?

 

Y être ou ne pas y être ? Telle est la question. Tel est le dilemme… D’abord, ce n’est pas n’importe quelle religieuse. C’est la sœur de Fernande.

 

 

Voyez-vous ça, la sœur de Fernande. D’accord. Mais encore ?

 

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, si la brave Margot (faudra aussi la présenter aux CCG, qui font semblant de l’ignorer) découvrait son corsage et inspirait ainsi tous les gars du village, cette religieuse incarne à elle seule tous les fantasmes des enfants de chœurs, des ecclésiastiques et même, qui lui résisterait ?, du Christ et des auditeurs de la chanson. C’est une Mélanie à rebours ; elle incendie les cierges sans même les toucher.

 

 

Et bien entendu aussi, dit Lucien l’âne en brayant comme un zèbre en rut, ceux des interprètes et même, celui de l’auteur de la canzone. Une sacrée gaillarde que cette sœur ! D’une certaine manière, elle me fait penser à cette autre nonne dont, par l’entremise de Georges Brassens encore, Victor Hugo racontait la terrible aventure ; celle dont le Père Hugo disait :

 

« Comme si, quand on n’est pas laide
On avait le droit d’épouser Dieu ».

 

 

Eh bien évidemment, pour répondre à la question rituelle de savoir si la chanson a sa place ici, j'affirme qu'elle a toute sa place dans les chansons contre la guerre, dans la mesure où il y a là comme un parfum de libération de la femme, une liberté du corps et une sensualité peu compatibles avec les normes canoniques. Sauf, si, comme je le vois à tes yeux égrillards, on songe à d’autres canons ; et de fait, comme tu le verras, c’est ce qu’on appelle par ici et maintenant un « canon ». Et puis, mettre la corne à la tête du Christ, même en hypothèse, cela aurait valu le bûcher, il y a peu de temps encore.

 

Évidemment ! Je peux même te garantir qu’on en a torturé pour moins que ça.

 

 

Bref, sous ses airs de Sainte Nitouche, cette canzone est un brûlot anticlérical, dicté, diront certains, par le diable lui-même ou en tout cas, par un mauvais esprit.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, arrête-toi là ! Pour un peu, ils vont nous envoyer un exorciste. Ce n'est pas qu'ils me font peur ces chasseurs de diables, mais ils m'horripilent tant que j'en ai le poil tout retourné. Enfin, écoutons la chanson, rions et reprenons notre tâche et tissons le suaire de ce vieux monde religieux, clérical, superstitieux, collet monté et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Tous les cœurs se rallient à sa blanche cornette,
Si le chrétien succombe à son charme insidieux,
Le païen le plus sûr, l’athée le plus honnête
Se laisseraient aller parfois à croire en Dieu.
Et les enfants de chœur font tinter leur sonnette …


Il paraît que, dessous sa cornette fatale
Qu’elle arbore à la messe avec tant de rigueur,
Cette petite sœur cache, c’est un scandale !
Une queue de cheval et des accroche-cœurs.
Et les enfants de chœur s’agitent dans les stalles …


Il paraît que, dessous son gros habit de bure,
Elle porte coquettement des bas de soie,
Festons, frivolités, fanfreluches, guipures,
Enfin tout ce qu’il faut pour que le diable y soit.
Et les enfants de chœur ont des pensées impures …


Il paraît que le soir, en voici bien d’une autre !
A l’heure où ses consœurs sont sagement couchées
Ou débitent pieusement des patenôtres,
Elle se déshabille devant sa psyché.
Et les enfants de chœur ont la fièvre, les pauvres …


Il paraît qu’à loisir elle se mire nue,
De face, de profil, et même, hélas ! de dos,
Après avoir, sans gêne, accroché sa tenue
Aux branches de la croix comme au portemanteau.
Chez les enfants de chœur le malin s’insinue…

 

Il paraît que, levant au ciel un œil complice,
Elle dit: "Bravo, Seigneur, c’est du joli travail !"
Puis qu’elle ajoute avec encor plus de malice :
"La cambrure des reins, ça, c’est une trouvaille !"
Et les enfants de chœur souffrent un vrai supplice …


Il paraît qu’à minuit, bonne mère, c’est pire :
On entend se mêler, dans d’étranges accords,
La voix énamourée des anges qui soupirent
Et celle de la sœur criant "Encore ! Encore !"
Et les enfants de chœur, les malheureux, transpirent …


Et monsieur le curé, que ces bruits turlupinent,
Se dit avec raison que le brave Jésus
Avec sa tête, hélas ! déjà chargée d’épines,
N’a certes pas besoin d’autre chose dessus.
Et les enfants de chœur, branlant du chef, opinent …


Tout ça, c’est des faux bruits, des ragots, des sornettes,
De basses calomnies par Satan répandues.
Pas plus d’accroche-cœurs sous la blanche cornette
Que de queue de cheval, mais un crâne tondu.
Et les enfants de chœur en font, une binette …


Pas de troubles penchants dans ce cœur rigoriste,
Sous cet austère habit, pas de rubans suspects.
On ne verra jamais la corne au front du Christ,
Le veinard sur sa croix peut s’endormir en paix,
Et les enfants de chœur se masturber, tout tristes ...

La Religieuse
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Marco Valdo M.I.
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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 18:37

L’Île Saint Louis


Chanson française – L’Île Saint Louis – Léo Ferré – 1948

Texte et Musique : Francis Claude – Léo Ferré (1948)

Biographie du coauteur : Francis Claude https://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Claude

Interprétations :

 

 

 

Si l’on a trop de vague à l’âme,

Mourir un peu n’est pas partir.

Quand on est île à Notre-Dame,

On prend le temps de réfléchir.

 

Voici une chanson éminemment poétique, dont on pourrait se demander ce qu'elle vient faire dans les Chansons contre la Guerre. On pourrait faire valoir que c'est une chanson d'émigration et d'une émigration ratée, puisqu'en finale, elle revient à son point de départ. Mais le principal argument n'est pas celui-là.

 

 

Quel est -il dès lors, dit Lucien l'âne un peu interloqué ?

 

 

Mais, ajoute Marco Valdo M.I., tout simplement celui qui veut que les meilleures chansons contre la guerre sont des chansons qui n'en parlent pas, ce sont des chansons de paix. Cependant, pour revenir à l'argument premier, c'est curieux, mais il me semble que le destin de pas mal des émigrés, réfugiés, personnes déplacées, fuyards contemporains est ou sera précisément celui-là de fuir un endroit avec dans la tête une « île au trésor » qui s'est noyée depuis longtemps… C'est un destin tout à fait tragique… Heureux encore quand on peut rentrer dans son pays de départ. Il reste la leçon de la chanson qui dit : le large ne vaut pas le port…

 

 

Je sais. Rien n'est plus épouvantable. Fuir, mais où ? Camus avait raison. Globalement, ce monde est absurde, plongé qu'il est irrémédiablement dans sa Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux plus faibles pour asseoir leur domination, étendre leur pouvoir, renforcer leur exploitation et accroître leurs richesses. Et face à ça, seul l'être vivant (qui ne peut quand même pas attendre la fin de cette guerre absurde) en vivant sa vie, sa simple vie quotidienne de grain de sable sur une plage, parvient à lui donner un sens obstiné. Mais trêve de philosophie, écoutons la chanson et reprenant noter tâche, tissons le linceul de ce vieux monde absurde, suicidaire, dément et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 


L’île Saint Louis en ayant marre
D’être à côté de la Cité,
Un jour a rompu ses amarres
Elle avait soif de liberté.
Avec ses joies, avec ses peines
Qui s’en allaient au fil de l’eau,
On la vit descendre la Seine.
Elle se prenait pour un bateau.

Quand on est une île,
On reste tranquille
Au cœur de la ville,
C’est ce que l'on dit
Mais un jour arrive,
On quitte la rive,
En douce, on s’esquive
Pour voir du pays.

De la Mer Noire à la Mer Rouge,
Des îles blanches aux îles d’or,
Vers l’horizon où rien ne bouge,
Point n’a trouvé l’île au trésor.
Mais tout au bout de son voyage,
Dans un endroit peu fréquenté,
On lui raconta le naufrage :
L’île au trésor s’était noyée.

Quand on est une île,
On vogue tranquille
Trop loin de la ville
Malgré ce qu’on dit,
Mais un jour arrive
Où, l’âme en dérive,
On songe à la rive
Du bon vieux Paris.

L’île Saint Louis a de la peine.
Du pôle Sud au pôle Nord,
L’océan ne vaut pas la Seine,
Le large ne vaut pas le port.
Si l’on a trop de vague à l’âme,
Mourir un peu n’est pas partir.
Quand on est île à Notre-Dame,
On prend le temps de réfléchir.

Quand on est une île,
On reste tranquille
Au cœur de la ville,
Moi je vous le dis.
Pour les îles sages,
Point de grands voyages,
Les livres d’images
Se font à Paris.

L’Île Saint Louis
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Marco Valdo M.I.
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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 16:36

Mon Vieux Léo

Chanson française – Mon Vieux Léo – Marco Valdo M.I. – 2008-2015

 

 

Et si tu peux

Encore un peu

Jouer du piano

Au cœur du néant

Tu te plais sûrement

Mon vieux Léo.

 

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, c’était il y a déjà quelques années… Je venais de découvrir les Chansons contre La Guerre… Autrement dit, c’était en 2008 et c’était une de mes premières tentatives, disons, d’écriture de chanson. J’avais eu l’idée de faire une chanson, une parodie déjà. Et une parodie de Georges Brassens et je te le dis tout net, je n’avais pas pu aboutir. J’avais donc laissé la chose en plan.

 

 

Et alors, pourquoi me racontes-tu ça ? J’imagine que tu as dû retrouver cette chanson inachevée et sans doute, as-tu essayé de la mener à son terme…

 

 

C’est exactement ça et comme tu le penses bien, vu qu’on en parle ici, j’ai dû réussir à la terminer. Mais je ne dirai pas combien de fois je l’ai reprise – une vieille chaussette ne l’a pas été autant, modifiée, recommencée, réécrite… Une montagne de papier griffonnée, raturée, barrée, sursaturée de corrections, de biffures… Et maintenant que je l’ai finie, j’en suis bien content, même si…

 

 

Tu m’en vois ravi, dit Lucien l’âne en tressautant pour simuler la joie, sauf que je ne sais toujours pas de quelle chanson il s’agit, de quelle autre chanson elle est une parodie, de quel auteur elle s’inspire et in fine, de qui ou de quoi elle parle. Ça fait beaucoup, tu l’admettras.

 

 

J’admets, j’admets, Lucien l’âne mon ami. Et je te livre le secret tout à trac. Son titre est fixé et on ne pourrait – tu vas le comprendre tout de suite – en donner un autre. C’est « Mon Vieux Léo », une canzone où il est question de Léo Ferré. C’est, comme je te l’ai dit, une parodie d’une chanson de Georges Brassens : « Le vieux Léon » (1953) et elle a comme trame une histoire que j’ai inventée, à savoir que Georges Brassens, reprenant son vieux Léon, s’adresse à Léo Ferré par-delà le temps de façon très amicale et l’interpelle à propos de son grand saut dans le rien ou sur le rocher (étant Monaco où on l’a ramené d’Italie) et la vie d’artiste qu’il peut y mener avec les autres anarchistes exilés là-bas dans le néant. Mais pour les anarchistes, l’exil est une seconde nature. Il lui demande (Georges à Léo) si les anars ont enfin fait un mauvais sort à la guerre et il lui donne des nouvelles d’ici.

 

 

Je verrais bien le père Valdu reprenant une telle parodie… Ce devrait être dans ses cordes de guitare et vocales… Juste pour dire, évidemment. Cela étant, il faudrait sans doute un de ces jours que tu insères « Le vieux Léon » de Tonton Georges dans les Chansons contre la Guerre, car tout comme La Vie d’Artiste de Ferré, cette chanson manque cruellement au tableau. Enfin, je t’avoue que je suis très impatient de découvrir cette parodie et je me réjouis hautement déjà, rien qu’à l’idée. Voyons-la et reprenons notre tâche ; tissons, tissons le linceul de ce vieux monde mortel, mortifère, morbide et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Ça fait maintenant

Près de vingt-cinq ans
Mon vieux Léo
Que tu es parti
Chanter au pays
Des arnarcos.
Parti serein
Voir si les copains
Du bref été
Étaient contents
De se marrer
Dans le néant.
Plus de vingt-ans
Depuis le temps
Que tu es allé
Guincher au bal
Phénoménal
Des révoltés.
Léo, mourir

N’est pas finir.
Léo, j’espère
Que tu as trouvé
Dans ce désert
La liberté.

 

 

C’est une erreur
Mais les rêveurs
De la grande vie
Au grand jamais
On ne leur permet
De fantaisie.
Et toi, tu as dû
T’en aller ailleurs
L’esprit rageur
Sans avoir vu
Revenir jamais
Le joli mois de mai.
Mais les copains
Viendront demain
Les rangs serrés
En rigolant
Et tout fringants
De te retrouver.
Et dans les cœurs
Où pousse la fleur
De l’anarchie
Il fait ma foi
Beaucoup moins froid
Qu’à la Bastille.


Depuis l’ami

Que d’Italie

On t’a ramené

On n’a pas cessé

De faire partout

Les quatre cents coups.

Et on gueulait
Tant qu’on pouvait
À l’unisson

Et dans les prisons 
De la Pianosa
À la Santé
Nombre d’amis
Derrière les murs gris
Furent enfermés
Nul sans surprise
N’a oublié 
Le temps des cerises.

Et les bons amis
Sont restés à l’écart
Des gens de partis.

À t’écouter
Nous rechanter
Graine d’ananar
Tous ces anars
Ont le cœur gros
Mon vieux Léo.

 

Comment ç’est-y
Chez les amis
Autour de toi.
Les libertaires
Ont-ils déjà
Tué la guerre
Et le pinard
Du Père Peinard
Est-il meilleur
D’être partagé
En amitié
Et de grand cœur.
Et s’il t’arrive

Qu’une fée vive

Se laisse approcher
C’est sûr alors
Que tu as trouvé l’Âge d’or

Sur ce rocher
Et si tu peux
Encore un peu
Jouer du piano
Au cœur du néant
Tu te plais sûrement
Mon vieux Léo.

 

 
Mon Vieux Léo
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Marco Valdo M.I.
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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 10:20

LE TRAVAIL FATIGUE

 

 

Version française – LE TRAVAIL FATIGUE – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson italienne – Lavorare stanca – Il Teatro degli Orrori – 2015

 

 

Tout le monde sait que 

Finmeccanica fait de l'argent 

Avec les armes

 

 

Ce serait fantastique

De se retrouver chef du monde
Et de voir les choses à sa mode,
De se sentir en sécurité,
De se sentir chez soi.
Un appartement est inutile,
Une famille est inutile.
Ne nous cachons plus en pleine journée,
Ni de la lumière de la mer.
Nous combattrons une autre fois 

Hors des tranchées.
Ce serait fantastique.
Travailler fatigue.
Travailler tue.

Tout le monde sait que 

Finmeccanica fait de l'argent 

Avec les armes
Et nous ici à aimer nos enfants
Mais quel sens ça a ?
Ce serait fantastique
De ne pas voir la fin du mois 

En chaque Saint jour que 

L'Éternel agaçant concède à nos vies inutiles 
Si je ne m'étais jamais marié 

Et je n'avais pas eu d'enfants, 

Pas un, même.
J'aurais tant de temps, 

Mais tant de temps 

Pour ne plus rien faire.

Ce serait fantastique
De se retrouver chef du monde
Et de voir les choses à sa mode, 
De se sentir chez soi.


Certes, ce ne serait pas mal de se lever

À midi et ne pas devoir chaque matin rencontrer

Un contremaître affolé et toujours affairé.
Dieu sait peut-être pourquoi.
Pour prendre soin de soi
Et descendre boire un café,
Acheter un quotidien
Pour connaître les derniers scandales du pays qui
Ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change jamais.

Let's take a low cost flight and low profile sneak away from them all.
Fuir Varese en gobant les apéritifs.
Fuir Caserte à toutes jambes.
Aller dans ce pays à l'autre bout du monde où le ciel ne finit jamais,
Où l'océan en tempête est 

Si beau, car j'ai peur de te regarder dans les yeux 

Et de te dire que je t'aime 

Encore plus peut-être que ma première amie.
Fuyons un pays qui ne change pas, car il ne veut pas changer
Qui ne change pas car il ne veut pas.

Il ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas.


Mais, peut-être bien que oui ou que non.
Il pourrait bien tomber
Que sais-je moi ?
Il pourrait pleuvoir.


Ce serait fantastique
De se retrouver chef du monde
Et de voir les choses à sa mode,
De se sentir en sûreté,
De se sentir chez soi.
Ce serait fantastique
Et de voir les choses à sa mode, 
De se sentir chez soi.
Ce serait fantastique.

 
 
 LE TRAVAIL FATIGUE
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Marco Valdo M.I.
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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 22:18

CHANSON DE LA BASILICATE

 

Version française – CHANSON DE LA BASILICATE – Marco Valdo M.I. – 2015

D’après la version italienne

D’une chanson napolitaine – Canzone della Basilicata – Eugenio Bennato – 1980

 

 

Et quand on y va une nuit de lune

Que de loin, une voix appelle

Ne l’écoutez pas, c’est une strige

 

 

 


« La Basilicate était un des thèmes musicaux qui m’étaient demandés, et concernait justement le paysage, peut-être plus précisément le paysage comme il apparaît à qui vient de Naples.
Naquit une mélodie qui accompagnait les panoramiques sur ces vallées et sur ces collines, une musique pour ces terres décrites par le peintre lettré Carlo Levi qui y séjourna en confinement politique et qui, en peintre, la décrivit dans son roman Le Christ s’est arrêté à Eboli.

À la musique, j’ajoutai un texte, que j’écrivis immédiatement après pour souligner la civilisation de ces gens qui dans l’Histoire n’avaient jamais fait la guerre à personne, mais l’avait toujours subie chez eux au cours des invasions et des dominations qui s’étaient succédés au long des siècles.

 

Et si je cite la ville de Turin n’est pas la Turin des intrigues de Cavour, mais le sommet du triangle industriel qui dans l’après-guerre accueillait des légions de paysans recyclés en ouvriers, mais en même temps toujours des culs terreux, sur les chaînes de montage des usines et des ateliers. »



(Eugenio Bennato "Brigante se more - viaggio nella musica del Sud", Coniglio editore, 2010)

 

 

Et qu’est-ce que j’en sais de la Basilicate ?
On dit que le Christ n’y est jamais venu
Et s’est arrêté avant cette terre.
Et qu’est-ce que j’en sais de la Basilicate ?
C’est une histoire ou un lointain mythe
Qu’on oublie à peine les a-t-on entendus.


À celui qui veut venir sur cette terre
Où la douleur n’est pas péché
Où ne peut jamais exister la guerre
Car la paix n’y a jamais été.

Et quand on y va de jour sur cette terre
Par les routes serpentent sous le soleil,
On y entend le pas de la tarentelle.

Et quand on y va une nuit de lune
Que de loin, une voix appelle
Ne l’écoutez pas, c’est une strige

Et avant cette terre
Un ange s’est arrêté
Et le temps s’est arrêté 
Mais le diable est arrivé.
Il y a le rouge du soir,

Il y a la cheminée et le noir.
On naît à Matera
Et à Turin, on mourra.

CHANSON DE LA BASILICATE
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Marco Valdo M.I.
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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 16:22

Tuez les hérétiques, leurs femmes et 

 

leurs enfants !

 

Chanson française – Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 11

 

 

 

 

Marie et Philippe

 

Un joyeux couple royal

 

 

 

 

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LII)

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la onzième canzone de l’histoire de Till

 

 le Gueux. Les dix premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière  (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe (Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique (Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame (Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! (Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till (Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till (Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée (Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne (Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée (Ulenspiegel – I, LI)

 

 

« Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants. », quel est le grand macabre qui énonce de pareilles horreurs ? Ne serait-ce pas encore une fois Charles le sanguinaire, dit Lucien l’âne en relevant sa queue en point d’interrogation. Ou alors, peut-être, son fils Philippe ?

 

De fait, tu ne te tropes pas du tout, Lucien l’âne mon ami, il s’agit bien de ces deux-là. Oh, ils ne sont sans doute pas les seuls à avoir ce genre d’idées ; l’espèce court le monde depuis longtemps et elle s’y répand encore aujourd’hui. Cependant, ce titre reflète bien l’esprit de ces rois catholiques. L’Église et les supposés souhaits de sa divinité en sont la suprême autorité.

Il y a entre ceux-ci et celle-là un jeu subtil ; à savoir qui va tirer profit de l’autre. Mais à terme, comme elle joue une pièce éternelle ; entre les rois et l’Église, c’est toujours l’Église qui finit par gagner. C’est du moins la conviction profonde qui la maintient en place.

 

 

Finalement, à t’entendre, Marco Valdo M.I. mon ami, les rois ou les pouvoirs temporels sont en quelque sorte les bedeaux du monde.

 

 

On peut dire ainsi les choses. Maintenant, j’en reviens à la canzone en commençant par la fin, où Charles dit :

« Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants.

Vous ferez bien, car de cela, Dieu sera ravi. »

Ce qui me semble conclure ce point.

 

 

Oui mais, la chanson, que raconte-telle ?

 

 

Cette chanson, Lucien l’âne mon ami, précédemment, est une sort de mise en scène de deux lettres. Une de Philippe à Charles et la réponse dudit à Philippe. Si tu t’en souviens, on en avait déjà touché un mot précédemment dans la neuvième chanson de ce cycle : «  Till, le roi Philippe et l’âne  » quand Philippe se plaignait à son père de son destin de « roi consort ». Cette fois, on a droit au détail de sa récrimination. Bref, ça se passe mal entre Philippe, mari de Marie Tudor, et les Anglais. Véritablement, il n’en peut plus et toute la puissance espagnole qu’il mettra en œuvre plus tard ne pourra renverser cet état de leurs relations. Elle s’épuisera comme sa grande Armada sur les brisants des côtés anglaises.

 

Donc, Philippe se plaint de son sort à son père Charles et que répond ce dernier ? Je suis très curieux de le savoir, insiste Lucien l’âne en se dandinant.

 

Avant de te faire connaître la réponse de Charles, laisse-moi, Lucien l’âne mon ami, attirer ton attention sur les exécrables relations qui – en plus du reste – meublent les jours et les nuits du couple royal. Voici ce qu’en dit Philippe :

« Et la Reine, ma femme est stérile

Et jalouse et farouche et gloute d’amour.

Elle me poursuit nuit et jour. »

Et en plus, on le sait, il ne la trouve pas jolie, pas à son goût et ne rêve que de lui échapper. Pour un peu, on le plaindrait. Si ce n’était le goût qu’il partage avec elle de massacrer les hérétiques et autre manifestation de sa folie sadique, qu’on avait déjà croisée dans son enfance (voir La Guenon Hérétique ), il aime jouer de la musique (et quelle musique !) sur un clavecin de son invention où à l’aide d’un fer rouge, il fait miauler les chats. Et, tiens-toi bien, il trouve cette pratique normale.

 

 

Il n'est pas le seul… D’autres cinglés s’y sont essayé dans ces temps barbares avec ce qu’on connaît sous le nom d’ « orgues à chats » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Orgue_%C3%A0_chats) ...

 

 

 

 

Quant à la réponse de Charles son père, elle va vite le rassurer. D’entrée de jeu, Charles lui annonce qu’il va bientôt lui céder la place et ce n’est pas peu de choses. Tout un empire et de plus hors d’Angleterre. Philippe sera Roi d’Espagne… Et Charles de conclure : « Entretemps, tuez les hérétiques... ».

 

 

Voilà un père et un fils qui s’entendent comme larrons en foire pour régler leur problème de succession. Ce serait chose bien rassurante s’ils n’étaient l’un et l’autre de dangereux fanatiques, attachés à réduire par le fer, l’eau et le feu toute liberté de conscience et au-delà de pensée. Car ce sont là gens d’Inquisition qui vont jusque dans le plus intime de la vie quotidienne tenter d’imposer (à peine de tortures et de mort) la vraie foi, le règne du Christ par l’entremise de son Église (catholique, apostolique et romaine). Et, on n’est pas encore débarrassés hic et nunc (ici et maintenant)et dès lors, pour notre part, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde inféodé, croyant, crédule, catholique et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Monsieur et père, écrivait Philippe,

Il me déplaît de devoir vivre en ce pays

Où pullulent comme puces, chenilles et sauterelles

Ces hérétiques que notre Mère l’Église honnit.

 

Ici, je ne suis pas le roi

Mais tout bonnement le mari de la Reine

Et ces gens se moquent de moi,

Du Pape et de notre Mère l’Église souveraine.

 

On m’insulte, on me dit parricide,

Prêt à frapper votre Majesté pour hériter.

Ce sont là des propos méchants et acides.

Longue vie et long règne à votre Majesté !

 

On invente, on calomnie, on médit, on dit aussi

Que par le feu, je torture les chats pour mon plaisir.

Et ces gens sont si assotés d’animaux en ce pays

Qu’ils me reprochent jusqu’à cet innocent loisir.

 

Et la Reine, ma femme est stérile

Et jalouse et farouche et gloute d’amour.

Elle me poursuit nuit et jour.

Je souffre parmi cette engeance incivile.

 

Monsieur et fils, répondait Charles,

Vos ennuis sont grands, soyez patient.

Apprenez que bientôt vous attend

La couronne ; vous savez de quoi je parle.

 

Je suis vieux, goutteux maintenant.

Il devient temps de céder aux jeunes gens.

À Metz, j’ai perdu quarante-mille soldats

J’ai fui devant Saxe et je ne m’en remets pas.

 

Alors, Monsieur et fils, je suis d’avis

De vous laisser mes royaumes. Entretemps,

Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants.

Vous ferez bien, car de cela, Dieu sera ravi.

Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants !
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Marco Valdo M.I.
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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 18:19

VERS LE SOLEIL

 

 

Version française – VERS LE SOLEIL – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson tialienne – Verso il sole – Eugenio Bennato – 2007

Album: "Sponda sud"

 

Et quand elle part, elle vole vole nuit et jour.

Afrique Europe, Europe Afrique et retour

 

 


 

 

 

Une très belle chanson de liberté, une métaphore de toutes les migrations vers nord dans notre royaume occidental. Avec l'espoir de rentrer un jour, comme les hirondelles… vers le soleil, au-delà de toutes les frontières qui ne devraient pas exister pour les humains comme elles n'existent pas pour les hirondelles

 

 

 

Quand elle vole dessus les déserts,
Qu'elle survole les pistes des caravanes,
Et par-dessus des villes de mer,

S'élance telleune musique. 
Quand elle file au-dessus les ports,

Suivant une direction toujours pareille
Vers le sud ou vers le nord,
Vers le pôle ou vers le soleil.

Et moi, je voudrais être
Cette hirondelle qui vole
Et qui là-haut toujours reste
Même quand elle se repose
Sur le toit d'une bâtisse,
Sur une tour ou un clocher,
Ou sur un fil électrique,
Toujours prête à s'en aller.


Et quand elle part, elle vole vole nuit et jour.
Afrique Europe, Europe Afrique et retour
Et moi qui de mon œil occidental la regarde,
Moi qui me sens si libre de penser,
Je n'aurai jamais toute la liberté
De cette hirondelle qui s'envole libre .

 

Ae ae nimwambie nani
Sirisangu wuehe nimwambie nani.

 

Cette hirondelle qui vole
À la force des ailes
Pour rejoindre toute seule
Sa plus lointaine parentèle.
Telle une musique s'élance encore
Suivant une direction toujours pareille
Vers le sud ou vers le nord
Vers le pôle ou vers le soleil.


Et moi, je voudrais être
L'hirondelle qui va légère
Au-delà de l'orage
Au-delà de la frontière
Et fatiguée de voler
Reste là-haut pour deviner
De quel côté le vent est tourné
Et quand il est temps de s'en aller.

 

Et quand elle part, elle vole vole nuit et jour.
Afrique Europe, Europe Afrique et retour
Et moi qui de mon œil occidental la regarde,
Moi qui me sens si libre de penser,
Je n'aurai jamais toute la liberté
De cette hirondelle qui s'envole libre .


Ae ae nimwambie nani
Sirisangu wuehe nimwambie nani
Sina baba wuala sina mama
Sirisangu wuehe nimwambie nani.

 

Quand elle vole dessus les déserts
Qu'elle survole les pistes des caravanes
Et par-dessus des villes de mer

Telle une musique s'élance 
Quand elle file au-dessus les ports

Mon âme suit une direction toujours pareille
Vers le sud ou vers le nord
Vers le pôle ou vers le soleil.

VERS LE SOLEIL
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Marco Valdo M.I.
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