Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 18:55

La Queue du Chat

 

Chanson française – La Queue du Chat – Les Frères Jacques – 1956

Paroles et musique : Robert Marcy – 1948

 

 

Les agités du vocal à la Nuit des musées à Agde (14/05/2010) : https://www.youtube.com/watch?gl=BE&v=XEi1bsc95CY

 

 

 

 

 

 

Première du journal Le Temps, Genève, 15/11/23

 

 

 

 

Bruxelles qui est, entre autres choses, la ville qui nous a vu naître, était ces jours-ci, disent les autorités et les médias, en état de siège et quasiment paralysée par l’effroi qui venait de s’abattre sur elle. Enfin, le temps de saison s’installait avec les pluies et les froids prémonitoires des gels et des neiges de l’hiver prochain. Il était temps pour assurer le refroidissement des brassins de lambic. Une peur impalpable imprégnait jusqu’aux brouillards grisouillards ; il régnait une espèce de terreur indéfinissable, qui troublait l’ordre des choses. Il fallait que quelqu’un réagisse… Les chats, qui sont des animaux terriblement pacifiques et casaniers, d’intenses dormeurs qui n’aiment pas le bruit et qui détestent la bêtise, les chats, dis-je, sont entrés en résistance contre ces tracasseries et ont déclenché une salve nourrie de photos d’humour.

 

 

Ah, l’humour, toujours, l’humour !, dit Lucien l’âne en tremblant sur ses quatre pieds d’âne aux sabots plus noirs que l’ennui. Et, Marco Valdo M.I. mon ami, je peux te dire que ce n’est qu’un début et que peu de choses résistent longtemps à l’acide comique.

 

 

Tu comprendras dès lors qu’il était plus que temps de rendre un discret hommage à ces aimables et subtils félidés qui se sont toujours moqué des Dieux, qui sont des inventions des hommes et des prophètes, qui en sont les inventeurs.

 

 

C’est une excellente raison pour aimer les chats, dit Lucien l’âne admiratif, car ces gens-là m’ont toujours cassé les oreilles et elles sont grandes. Mais, dis-moi, Marco Valdo M.I., j’ai bien entrevu que la chanson parle des chats ou d’un chat, mais peux-tu m’en dire plus ?

 

Une voix dit : « Miaou, me voilà ! »
Je suis Jésus...

 

 

 

Évidemment. Comme tu pourras le constater, le héros principal de la chanson, le protagoniste est un chat ; n’importe quel chat, comme Jésus qui ronronne ici à côté de moi. L’autre, l’anti-héros, c’est une sorte de Prophète, de devin, un « médium », seul détenteur (la chose va de soi) de la Vérité, lequel pratique avec le plus austère sérieux son religieux office au cours duquel il invoque l’Esprit et l’invite à paraître aux yeux des croyants rassemblés. Comme tu le verras en dépit de l’incroyable crédulité des sectateurs du médium, officiant de cette curieuse messe, le Saint Esprit n’apparaît pas à ses appels rituels et à chaque essai manqué, il rejette la faute sur le chat qui passe à ce moment à proximité et parmi les fidèles. Finalement, le médium, sûr de sa précieuse connaissance du monde de l’Esprit, chasse le chat. Et, « savez-vous ce qui arriva ? », comme dit Voltaire à propos de Fréron, ce fut le chat l’emporta car…

 

 

Car… quoi ?, demande Lucien l’âne très haletant.

 

 

Car, je te cite la fin de la chanson : « Car l’Esprit s’était caché là
Dans la queue du… dans la queue du… dans la queue du chat. »

 

 

Que voilà une belle histoire et je suis très content que tu aies eu l’idée de rendre cet hommage aux chattes, aux chats et aux chatons. Voyons dont toute la chanson et la splendide interprétation des Frères Jacques, puis reprenons, en riant encore, notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde hanté par les Esprits, perclus de Prophètes, ennuyé par les Dieux et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Et en vérité, dit Jésus :
"l’Esprit s’était caché là

Dans la queue du... dans la queue du... dans la queue du chat."

 

 

 

 

Le médium était concentré.

L’assistance était convulsée.
La table, soudain, a remué
Et l’Esprit frappeur a frappé.

Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Qui vous électrise,
Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Qui a fait ce bruit-là.
Non, l’Esprit n’est pas encore là,
Unissons nos fluides
Et recommençons nos ébats
Que le chat gâcha.

Puis un souffle étrange a passé,
Une ombre au mur s’est profilée,
L’assistance s’est mise à trembler
Mais le médium a déclaré ...

Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Qui vous électrise,
Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Qui a fait ce bruit-là.
Non, l’Esprit n’est pas encore là,
Unissons nos fluides
Et recommençons nos ébats
Que le chat gâcha.


Alors en rond, on se remit
Et puis, on attendit l’Esprit,
Quand une dame poussa un cri
En disant : "Je le sens, c’est lui !"

Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Qui vous électrise,
Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Que pensiez-vous là.
Non, l’Esprit n’aurait pas fait ça,
Vous n’avez pas de fluide.
Le médium alors se fâcha
Et chassa le chat.

Une voix dit : « Miaou, me voilà ! »
Quelle drôle de surprise
Car l’Esprit s’était caché là
Dans la queue du... dans la queue du... dans la queue du chat.

 

 

 

La Queue du Chat
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 18:54

Fais ta prière, Tom Dooley

 

 

Chanson française, tirée de la chanson étazunienne : Tom Dooley – 

 

 

Fais ta prière, Tom Dooley – Philippe Clay – 1958.



Interprétations diverses :

 

Les Compagnons de la chanson : https://www.youtube.com/watch?v=oRxUZbudNSg

Philippe Clay : https://www.youtube.com/watch?v=7o4Io47KIbs voir : 00:53:31 « Fais ta prière Tom Dooley » - Philippe Clay

 

 

 

Tom Dula, alias Tom Dooley

Ainsi cette condamnation reposait sur des cancans… 

Sans doute, fallait-il un coupable masculin… 

 

 

Fais ta prière, Tom Dooley… Singulier parcours d’une chanson qui raconte une histoire qui s’est passée il y a un siècle et demi en Caroline du Nord. Une chanson qui vit le jour là-bas, sans doute née des ruminations d’un poète local, peu de temps après que Tom Dula, qu’il nomma phonétiquement Tom Dooley (prononciation tout aussi locale), fut pendu. Une chanson qui relate une énorme erreur judiciaire…

 

 

Mais dis-moi Marco Valdo M.I. mon ami, en quoi ce parcours serait si singulier ?

 

 

Mais, Lucien l’âne mon ami, il l’est à plus d’un titre. En premier lieu, parce que j’ai voulu insérer la version française avant même de retrouver la version originale : Tom Dooley de Alan Lomax et Frank Warner, popularisée par le Kingston Trio vers 1958… Mais je trouvais singulier de commenter en français la version anglo-américaine. Dès lors, j’ai commencé à travailler cette version française et cela m’a amené à insérer la version des Kingston, comme tu l’as vu.  

 

 

Soit, mais dis-moi… Que raconte-t-elle cette chanson ?

 

 

En fait, elle raconte une double mort : celle d’une jeune fille, Laura Foster, assassinée et celle de Tom Dula, alias Tom Dooley, son fiancé, qu’on a pendu. Leur histoire est simple. Tom Dula, un jeune homme très prisé des jeunes femmes du village et qui avait eu des « affaires » avec certaines, était amoureux de Laura et juste avant de partir à la guerre dans les rangs des Sudistes (Confédérés), lui avait promis le mariage. Au retour dans l’Happy Valley (Vallée heureuse), comté de Wilkes, Caroline du Nord, il retrouve la jeune Laura (18 ans) et ils décident de quitter en douce le pays pour aller se marier ailleurs. Un grand matin, ils s’échappent chacun de son côté pour se retrouver à l’écart du village, emportant juste un petit bagage. Tom l’attend en vain et n’ose revenir au village. Soit elle n’a pas voulu le suivre, soit elle a un empêchement… On retrouvera, des semaines plus tard, Laura dans un ravin… Nettement assassinée ; elle a un trou dans le dos, fait par un grand couteau.

 

 

Assassinée ? Par qui ?

 

 

Là commence l’aventure de Tom Dula. Au début, il n’est pas là pour se défendre. On finit par l’arrêter et il nie avec obstination, jusqu’au bout, d’être l’assassin. Face à la potence, il dira encore : « Vous voyez cette main. Elle n’a pas touché un cheveu de cette femme ».

 

 

D’accord, il nie. Mais la plupart des assassins nient aussi, au début. Qu’est-ce qui prouve qu’il était innocent ?

 

 

D’accord, mais je te renvoie la question : qu’est-ce qui prouve qu’il est coupable ? Car vois-tu, normalement, les choses vont dans ce sens-là. Il faut prouver la culpabilité. Et cela n’a pas été fait. Les seuls éléments contre lui sont les déclarations des deux cousines de la morte, dont – tiens-toi bien, l’une – Anne – était amoureuse de Tom, mariée à un fermier plus âgé et folle de jalousie en ce qui concerne Tom et sa sœur Pauline, qui avait aussi « connu » Tom, et qui avait des comptes à régler avec sa sœur. Curieusement, lors de l’enquête, les deux sœurs connaissaient (elles étaient les seules) l’endroit où se trouvait le cadavre de leur cousine Laura.

 

 

Ainsi cette condamnation reposait sur des cancans…

 

 

Sans doute, fallait-il un coupable masculin… Cela dit, Tom a refusé d’avouer un crime qu’il n’a pas commis et on ne disposait d’aucune preuve contre lui. En plus, une sorte de référendum populaire, opéré dans la région à cette époque, avait acquitté Tom Dula de toute charge. Alors, sous la pression de certains journaux de New-York, on alla jusqu’à recommencer le procès dans un autre comté… Il fut alors condamné à la pendaison.

 

 

Dès lors, si on avait respecté le jury populaire… Dès lors, si – comme il est de règle civilisée – le doute doit profiter à l’accusé… Ce serait bien une erreur judiciaire impardonnable.

 

 

En effet, c'est une erreur judiciaire impardonnable. C'est une nouvelle affaire Calas, mais il n’y avait pas de Voltaire à l’horizon. Ainsi, la chanson a joué son rôle dans les combats pour l’abolition de la peine de mort, comme d’autres chansons. Par exemple, celle concernant Caryl Chessman ou Sacco et Vanzetti ou comme le roman de Vernon Sullivan (I Shall spit on your graves) , que Boris Vian écrivit directement en français sous le titre « J’irai cracher sur vos tombes » https://fr.wikipedia.org/wiki/J'irai_cracher_sur_vos_tombes. Roman où le pendu était un nègre blanc. On avait la pendaison facile dans le Sud des Zétazunis. Je ne sais si c'est encore le cas aujourd’hui.

 

 

Bon, eh bien, il nous reste à poster la version originale, à découvrir la version française et à reprendre ensuite notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde injuste, empli de jalouses et de jaloux, d’assassins et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 


Fais ta prière Tom Dooley,
Ça peut toujours servir.
Fais ta prière Tom Dooley,
Demain tu vas mourir.


Devant ton verre de rhum,
Dans le matin blafard,
Tâche au moins d’être un homme
Avant le grand départ.
Fais ta prière Tom Dooley,
C’est tout ce qu’on peut t’offrir.
Fais ta prière Tom Dooley,
Demain tu vas mourir.


Quand au lever du jour,
On viendra te chercher,
Pardonne à ton amour,
C’est lui ton seul péché.
Fais ta prière Tom Dooley,
Avant de t’endormir.
Fais ta prière Tom Dooley,
Demain tu vas mourir.


Fais ta prière Tom Dooley,
Y a plus rien d’autre à faire.
Fais ta prière Tom Dooley
Pour éviter l’enfer.
Tu vas enfin revoir
Celle que tu aimais trop,
Emporte au moins l’espoir
De mieux l’aimer là-haut.
Fais ta prière Tom Dooley,
Demain tu vas mourir.
Fais ta prière Tom Dooley,
Pour toi tout va finir.


Fais ta prière Tom Dooley,
C’est la dernière mon vieux.
Fais ta prière Tom Dooley,
Après bye, bye, adieu.

 

 

 

Fais ta prière, Tom Dooley
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 11:27

UN BLASPHÉMATEUR

 

(derrière chaque blasphème, il y a un jardin enchanté)

 

Version française - UN BLASPHÉMATEUR (derrière chaque blasphème, il y a un jardin enchanté) – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Un Blasfemo (dietro ogni blasfemo c’è un giardino incantato) – Fabrizio de André – 1971

 

 

 

 

Ils me traitèrent d’abord de délinquant

Ils n’avaient pas de loi contre le blasphème.

Plus tard, ils m’internèrent comme insensé.

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici pour L’Asino, animal athée et blasphémateur, une chanson sur mesure – que j’avais traduite il y a déjà 5 ans. Elle s’intitule Un Blasphémateur, dans la version française et Un Blasfemo en italien. Elle vient de loin : des USA, où le poète Edgar Lee Masters la publia dans son Anthologie de Spoon River vers 1915.

Je l’offre – cette version française de la version italienne de Fabrizio De André, mais aussi de la version anglo-américaine d’Edgard Lee Master, afin de le mettre en garde contre les fous déments, adorateurs de tout et de n’importe quoi, idolâtres ou non de n’importe quel(s) dieu(x), inventé(s) par d’autres maniaques à leur intention. Ces imbéciles pullulent sur cette Terre et sont de parfaits assassins.

 

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 


Cette chanson du grand Fabrizio De André parle d’un blasphémateur, une personne convaincue que Dieu, s’il existe, non seulement n’est pas bon comme on croit communément, mais, au contraire, il s’est comporté de manière inique et mauvaise contre l’être humain, sa créature : il l’a en fait condamné à vivre dans l’inconscience (« comme un idiot ») en le privant de la connaissance du bien et du mal; s’apercevant ensuite que l’homme avait mangé justement le fruit de l’arbre de la connaissance, préoccupé de ce qu’il avait inventé le Temps (les saisons) et la Mort pour le limiter. Les hommes qui pensaient et soutenaient de telles choses n’avaient pas une vie facile Le blasphémateur meurt en fait sous les coups de deux gardiens – dans l’original de Edgar Lee Masters, il y avait un seul gardien (un infirmier traduit Pivano), mais la substance ne change pas – dans l’asile où il était interné.

 

Plus jamais je ne m’inclinai, même sur une fleur

Je ne rougis plus à voler l’amour

Dès le moment où l’Hiver me convainquit que Dieu

N’aurait pas rougi de me voler le mien.

Ils m’arrêtèrent un jour à cause des femmes et du vin,

Ils n’avaient pas de loi pour punir un blasphémateur,

Ce n’est pas la Mort qui me tua, mais deux gardiens bigots

M’arrachèrent l’âme à force de coups.

 

Car je dis que Dieu embrouilla le premier homme,

Le contraint à mener une vie d’idiot,

Dans le jardin enchanté il le contraint à rêver,

à ignorer que dans le monde, il y a le bien, il y a le mal.

Quand il vit que l’homme allongeait la main

Pour lui voler le mystère d’une pomme interdit

Par peur que désormais il n’eut plus de maîtres

Il l’arrêta par la mort, il inventa les saisons.

 

Et s’il y eut deux gardiens pour lui stopper la vie,

C’est justement ici sur terre, la pomme interdite,

Quelqu’un ici pour nous l’a inventée, et pas Dieu

Elle nous contraint à songer à un jardin enchanté,

Elle nous contraint à songer à un jardin enchanté.

 

 

 

 

WENDELL P. BLOYD
Poème de Edgar Lee Masters - 
1915

 

Version française - WENDELL P. BLOYD – Marco Valdo M.I. – 2010

 

 

Ils me traitèrent d’abord de délinquant

Ils n’avaient pas de loi contre le blasphème.

Plus tard, ils m’internèrent comme insensé.

Là, je fus battu à mort par un gardien catholique

Mon crime était le suivant :

Je disais que Dieu mentait à Adam et le destina

À une vie de fou.

En ignorant que le mal était dans le monde autant que le bien.

Et quand Adam couillonna Dieu en mangeant la pomme

Et vit clair dans son mensonge,

Dieu le vira de l’Éden pour l’empêcher de cueillir

le fruit de l’immortalité.

Par le Christ, gens sensibles,

Voici ce que dit Dieu lui-même à ce propos dans le livre de la Genèse :

« Et le Seigneur Dieu dit ; voyez l’homme

Est devenu un d’entre nous. » (Un peu d’envie, voyez-vous)

« Pour connaître le bien et le mal » (le mensonge du « Tout le monde il est bon » exposé au jour)

« Et maintenant de peur qu’il avance sa main et prenne

Aussi le fruit de l’arbre de la vie et mange et vive pour toujours.

Voilà pourquoi le Seigneur Dieu le chassa du jardin d’Éden »

(la raison pour laquelle Dieu crucifia Son Propre Fils

Est je crois de rejeter ce maudit pastis, car il Lui ressemble trop.)

 

 

 UN BLASPHÉMATEUR
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 19:13

Y CROIRE ?

 

Version française – Y CROIRE ? – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Credici – Cristiano De André – 2013

Musique de Fabio Ferraboschi et Cristiano De André
Te
xte de Oliviero Malaspina, Fabio Ferraboschi et Cristiano De André

 

 

 

 

Y CROIRE ?
le troupeau de brebis ... 
vers les alpages célestes.



Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson qui pose la question de la croyance et de la croyance à plusieurs niveaux ou en plusieurs pouvoirs qui entendent mener les gens par le bout du nez ou jouer les bergers et conduire le troupeau de brebis humaines vers les alpages célestes.

 

 

Encore un de ces sujets difficiles à mettre en chanson…

 

 

C’est, en effet, une chanson difficile et de ce fait, difficile à comprendre ; je voyais bien les mots, les phrases, mais le sens m’en échappait. Dès lors, comme tu sais, pour pouvoir la comprendre, il m’a fallu en faire ma propre version française. Ce n’est qu’en passant par ce chemin difficultueux que souvent, j’arrive à percer le sens de chansons généralement chargées de poésie. Ce ne fut pas aisé. Déjà le titre posait problème : il est très amphibologique, à tout le moins. Ainsi, j’ai longtemps tourné autour et ce n’est qu’en finale que je me suis aperçu que le texte de la chanson en italien ne comportait aucune ponctuation, ce qui épaississait encore le mystère. Ainsi, Credici peut être un indicatif : « Tu y crois. » ; un impératif : « Crois-y !  » ou un interrogatif : « Y crois-tu ? », mais peut légitimement être transposé en français par un infinitif : « Y croire. Y croire ! Ou Y croire ? ». Comme tu le verras, j’ai choisi cette forme neutre, qui a le mérite de s’adresser à tous, locuteur ou chanteur, y compris. Cependant, il me restait à définir le sens exact de cet « Y croire ». Et ce n’est qu’après avoir établi un texte en français que j’ai pu m’orienter. C’est du moins le sens de ma version. Pour formuler la chose de façon explicite, je dirais : « Et tu y crois, toi ? » ou « Faut-il y croire ? ».

 

 

Je vais t’aider… Moi, je dirais : « Peux-tu y croire ? » ou « Peut-on y croire ? » à ces gens, à ces puissants… Et là, si l’on songe un instant que ce pourrait, tous comptes faits, bien être un épisode de La Guerre de Cent Mille Ans, que les riches et les puissants font aux pauvres afin de multiplier leurs richesses, d’accroître leur pouvoir, de renforcer leur domination, d’asseoir sur des bases plus fermes l’exploitation, alors, la chanson devient lumineuse.

 

 

C’est bien ce que j’ai pensé en faisant le choix d' « Y Croire » et ce que j’ai découvert en l’ayant fait. Le reste est licence poétique.

 

 

Fort bien. Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde encombré de puissants, perverti par l’Église, étouffé par les médias et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


Qui a cru

Aux mensonges des bouches aliénées aux monnaies, 
Aux mots d’un pouvoir qui s’incline aussitôt face à un plus rapace, 
Qui en trente ans de sous-culture médiatique entre canaux et cannaies ;
À ces langues avides des marchés
Qui pour leurs frasques
Ont vendu le Pays au pire Moyen-Âge
À moins que ce ne soit encore préhistoire
Ce parler sans écouter et ne pas avoir de mémoire… 

Y croire ? Y croire ? 
Les nouveaux chefs ont des faces toujours plus dures.
Tous habillés de noir métallisé comme leurs voitures.


Y croire ?

Qu’ainsi le rouge est moins rouge et le noir toujours plus noir. 
Ne la sens-tu pas cette décadence ? Cette odeur de Bas-Empire ?


Espérons qu’ils soient bannis de l’histoire
Sans une page, une ligne et sans mémoire. 

Et maintenant que vous avez mis à genoux ces braves gens,
Des ouvriers, des paysans des pêcheurs qui de toujours ont cherché à vous donner le meilleur mais jamais considérés en rien

Et où toi chère mère Église, maintenant de toutes la plus enceinte, 
Toi qui, avec ta CEI, ton IOR, ton Opus Dei,
Nous montre comment tu es à la sainte messe de ta caste,

Ton Christ te récompensera de sa compassion immense.


Y croire ? Y croire ?


Les nouveaux chefs semblent tous des Al Capone
Tous vêtus du même costume rayé,
Et avec l’armée des sauveurs
Sortent des banques, entrent dans les ministères.


Y croire ?


Qu’ainsi le rouge est moins rouge et le noir toujours plus noir. 
Ne la sens-tu pas cette décadence ? Cette odeur de Bas-Empire ? 


Espérons qu’ils soient bannis de l’histoire
Sans une page, une ligne et sans mémoire. 

Et nous serons tous ensemble 
Dans une course face au soleil
Avec la force et l’émotion 
Dans une embrassade de paroles
Et puis le grain sera lumière 
Et le pain sera paix 
Dans une envie d’infini 
Ainsi libres d’aimer

La valeur du rien, n’y pas croire.

 

 

 
Y CROIRE ?
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 21:41

À PROPOS DE L’INFANTICIDE MARIE FARRAR

 

Version française – À PROPOS DE L’INFANTICIDE MARIE FARRAR – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – Von der Kindsmörderin Marie Farrar – Bertolt Brecht – 1922

 

 

 

 

Mais vous, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère

Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

 

 

 


Poème de Bertolt Brecht, du recueil intitulé « Hauspostille » publié en 1927.
Tr
ès difficile mettre en musique un poème du genre, pourtant certains ont essayé
L’acteur Giuseppe Di Mauro, par exemple, la récite sur des musiques de Fabrizio De André et de Jean Sibelius.
On trouve même un disque de Sylvia Zangenberg, classé dans le genre folk, dans lequel apparaît ce titre.



La pauvreté, la solitude, le corps encore jeune déjà marqué par la misère, une espèce d’amour, une tentative ratée d’avortement, l’accouchement dans la solitude, dans l’abandon et dans le désespoir les plus complets, l’infanticide, la condamnation de la « société civile », la prison et la mort… 
Un splendide et terrible po
ème sur lequel il y a bien peu à dire… Il faut seulement le lire ou l’écouter… 

 

 


Marie Farrar, née en avril, mineure,
Sans signe distinctif, rachitique, orpheline
Sans antécédents judiciaires

tué un enfant de cette manière :
Elle dit qu’elle a déjà au deuxième mois
Chez une femme dans un lieu caché
Essayé de l’avorter par deux fois
Dans la douleur, mais ça n’a pas marché.
Mais vous, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

Elle a cependant, payé tout de suite 
Ce qui a été convenus’est corsetée plus fort
Elle a bu de l’alcoolavalé du poivre 
Mais ça n’a fait que l’épuiser plus encore.
Son corps gonflait à vue d’œilil été
Aussi fort abîmé, par les fréquentevaisselles.
Elle-même, alors encore grandi, dit-elle.
Elle a prié Marie, elle a beaucoup espéré.
Vous aussi, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

Mais les prières n’arrangeaient rien, d’évidence.
On en attendait aussi beaucoup. Comme elle était alors plus grosse
La tête lui tournait au matin. Souvent, elle avait des suées,
Des angoisses aussi, à l’autel agenouillée.
Mais elle a gardé secrète sa condition
Jusqu’au moment de la naissance.
Ça a été, car personne n’a eu la prescience
Qu’elle, sans charme, puisse succomber à la tentation.
Et vous, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

Ce jour-là, dit-elle, en lavant les escaliers
Tôt le matin, comme des pointes
Entra un clou dans son ventre. Ça la faisait trembler.
Toutefois, elle réussit à garder la douleur secrète.
Toute la journée, tout en pendant le linge
Elle se cassa la tête ; alors, elle comprit
Qu’elle allait accoucher, et soudain, elle sentit
Un serrement autour du cœur. Elle rentra tard chez elle.
Mais vous, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.


On l’appela encore une fois, quand elle était couchée :
La neige était tombée, et elle devait balayer.
Ça dura jusqu’onze heures. Ce fut une longue journée.
À la nuit tombée, elle put enfin accoucher.
Et elle mit au monde, dit-elle, un fils.
Le fils était pareil aux autres fils.
Mais elle n’était pas, comme les autres mères, quoique -
Il n’y ait aucune raison pour que je la méprise.
Vous aussi, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

Ainsi laissez-moi donc conter

Comment ce fils a été fait.
(Elle voulait, dit-elle, ne rien cacher)
Afin qu’on voie, comment je suis et comment tu es.
Elle dit est qu’ à peine au lit, elle fut d’une nausée

Fortement frappée, et isolée
Elle n’a pas compris, ce qui devait arriver
Avec un effort elle se maîtrisa, pour ne pas crier.
Et vous, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

 

Avec ses dernières forces, dit-elle, encore
De sa chambre qui était une vraie glacière
Elle s’est traînée aux toilettes et là alors

(elle ne sait plus quand), elle a accouché sans manières
Au petit matin. Elle était, dit-elle,
Tout à fait perdue, elle a à ce moment
À moitié engourdie déjà, pu à peine tenir l’enfant
Car il neigeait jusque dans les toilettes.
Et vous, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

 

 

Alors, entre la chambre et les toilettes – avant, dit-elle,
Il ne s’était rien passé – l’enfant

Se mit à pleurer, ça l’a tellement choquée, dit-elle,
Qu’elle l’avait frappé des deux poings, aveuglément
Sans arrêt, jusqu’à ce qu’il soit calme, dit-elle.
Ensuite, elle a encore gardé le mort au lit
Tout contre elle pour le reste de la nuit
Et l’a dissimulé le matin dans la buanderie.
Mais vous, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.


Marie Farrar en avril, née ;
À la prison de Meissen, décédée ;Mère d’enfant unique, condamnée ;
Vous démontre les défauts de toute créature.Vous qui accouchez confortablement dans des lits propres
Et nommez « béni » votre ventre d’accouchée,
Ne condamnez pas la faible affligée 
Car sa faute était lourde, mais grande sa détresse.C’est pourquoi, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

 

 
À PROPOS DE L’INFANTICIDE MARIE FARRAR
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 21:30

La messe du Pape, le pardon de Till et les florins de l’Hôtesse

 

Chanson française – La messe du Pape, le pardon de Till et les florins de l’Hôtesse – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Ulenspiegel le Gueux – 12

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LIII)

 

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

 

Je viens ici parler au pape Jules Trois...

Aussi, dit Jules, pèlerin pèlerinant, je te bénis.

Maintenant, il te faut payer ton pardon écrit.

 

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la douzième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les onze premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)

11.Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)

 

 

Comme habituellement, Lucien l’âne mon ami, tu pousses des cris d’orfraie rien qu’en voyant le titre de la canzone et que tu me demandes de t’en expliquer le sens, je vais commencer par là. On devrait gagner du temps. Comme tu l’as vu, ce titre est un triptyque, c’est-à-dire un titre à trois temps, comme une valse :

Premier temps : La messe du Pape

Deuxième temps : Le pardon de Till

Troisième temps : Les florins de l’Hôtesse.

Ce sont les éléments principaux de la chanson, mais ce tempo provient d’ailleurs.

 

 

En effet, ça me rappelle quelque chose, mais je n’arrive pas à savoir exactement quoi. Veux-tu bien m’éclairer…

 

 

Je vais le faire et la chose est assez amusante. Ce quelque chose, dont tu parles, est une expression populaire de nos régions qui désigne une personne avide qui veut tirer profit de tout, jusqu’au dernier centime. Cette expression prend également la forme d’un triptyque et elle se formule ainsi. S’agissant de cette personne, on dit qu’elle veut « le beurre, l’argent du beurre et les fesses de la crémière ».

 

C’est beaucoup demander, dit Lucien l’âne en riant aux éclats. Par ailleurs, il me semble aussi reconnaître dans le premier couplet le début de certaine autre chanson.

 

 

Bon sang, tu as l’oreille, Lucien l’âne mon ami. C’est bien le début, presque mot pour mot, de L’Histoire du Soldat [[7366]] de Charles-Ferdinand Ramuz, mise en musique par Igor Stravinski, quand le soldat 

« a marché beaucoup marché

S’impatiente d’arriver

Parce qu’il a beaucoup marché. »

 

Ce qui est le cas de notre « pèlerin pèlerinant » de Till.

 

 

N’est-ce pas là, Marco Valdo M.I. mon ami, cette même chanson dont tu uses comme exemple quand tu réponds à ceux qui disent que tes chansons n’ont pas de musique, que ce sont les musiciens qui sont en retard ?

 

 

Bien sûr et c’est un bon exemple. Je voudrais souligner encore – bien que d’ordinaire j’évite de le faire – le début du deuxième couplet pour faire ressortir cette quasi-citation de Gilles Vigneault. Va voir sa chanson :

Mon Pays [[40597]] et spécialement, ce passage :

« Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’envers
D’un pays qui n’était ni pays ni patrie
Ma chanson ce n’est pas une chanson, c’est ma vie... »
Et une fois encore, ce n’est pas un hasard. En fait, ces citations renvoient aux chansons d’où elles sont extraites et à tout l’univers qu’elles impliquent.

 

 

Mais, Marco Valdo M.I. mon ami, dis-moi la chanson, parle-moi d’elle. Comment est-elle faite ?

 

 

Concrètement, cette chanson se compose de deux dialogues : le premier entre Till et son hôtesse et le deuxième, entre Till et le Pape Jules Trois.

Entre les deux, Till se rend à la messe du Pape à Saint-Jean du Latran et il s’arrange pour se faire remarquer (chaque fois que le Pape présente l’hostie ou le calice, Ulenspiegel, qui s’est placé bien en vue, lui tourne le dos ostensiblement), afin de parler au pape, obtenir le pardon papal (moyennant finances, une allusion au commerce des indulgences et à la vénalité de l’Église), de gagner son pari avec l’hôtesse (les cent florins qu’elle lui a promis s’il parle au Pape) et enfin, de pouvoir retourner chez lui (voir le Pape et obtenir son pardon était la condition de son retour).

 

 

Voilà donc, l’air de rien une chanson fondamentale de cet opéra-récit, comme tu l’appelles. Till est parvenu au bout de son voyage de pèlerin pèlerinant. Il ne lui reste plus qu’à rentrer.

 

 

C’est exact. Cependant, il y a quand même plus dans cette chanson en apparence anecdotique. c’est la façon dont Till qui ne croit ni à Dieu, ni à Diable, mais est obligé d’obtenir le pardon du Pape, va répondre lorsque le-dit Pape va l’interroger et comment il va ruser face à l’autorité ecclésiastique. Sans jamais se déjuger sur le fond, remarque-le bien.

 

 

C’est en effet un grand numéro d’équilibriste. Une leçon de choses, très concrète, pour tous ceux qui – en ce temps-là ou maintenant ou demain, à Rome, ici ou ailleurs – devront vivre dans une société imprégnée de religion, de politiquement correct, de conformisme. Imagine que certains – fidèles, croyants, sectateurs, ici et maintenant, dans l’Europe de ce siècle, en sont à réclamer des lois réprimant le blasphème (mais je ferai remarquer à propos du blasphème qu’il ne saurait être question de flétrir ou d’insulter quelque chose qui n’existe pas) et d’autres interdisant la critique des religions et des religieux. C’était précisément contre tous ces interdits, contre toutes ces lois scélérates, contre toutes ces restrictions à la liberté de pensée, de parole, d’écriture, de conscience, d’examen que Till le Gueux se battait. Quant à nous, Marco Valdo M.I. mon ami, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde religieux, superstitieux, croyant, crédule, insupportable et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Pèlerin, pèlerinant ayant longtemps pèleriné,

Pèlerin, pèlerinant à Rome est arrivé.

Une belle et bonne hôtesse a rencontré :

D’où viens-tu, toi qui as tant pèleriné ?

 

Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est la terre

Où l’on sème la graine d’illusions,

D’espérances folles et de promesses en l’air.

Une terre fumée de religions.

 

Je viens ici parler au pape Jules Trois.

Parler au pape, mamma mia, moi, je ne sais pas.

Sais-tu seulement comme il vit, sais-tu comme il est ?

Paillard et dissolu, il est. Je le connais.

 

Je m’en vais le voir de ce pas, je m’en vais lui parler.

Je te dis ça sans me vanter.

Si tu le fais, cent florins, je te donnerai.

C’est comme si je les avais déjà gagnés.

 

Pour gagner les florins de son hôtesse,

Till s’en alla voir le Pape à la messe.

Le Pape levait le calice, Till tournait le dos.

Le Pape levait l’hostie, Till tournait le dos.

 

À force de singeries, le Pape le remarqua ;

Il le fit chercher par quatre robustes soldats.

Le Pape lui demanda : quelle est ta foi ?

La même que mon hôtesse qui partage la vôtre, une fois.

 

C’est fort bien, ma foi. Mais à quoi, à quoi

À quoi donc, en vérité, pèlerin, tu crois ?

Je crois ce que vous croyez que je crois.

Pourquoi tournais-tu le dos à la Sainte Croix ?

 

Pèlerin pèlerinant encore, la regarder, je ne pouvais pas.

Aussi, dit Jules, pèlerin pèlerinant, je te bénis.

Maintenant, il te faut payer ton pardon écrit.

Till prit le pardon, les florins de l’hôtesse et de Rome, s’en alla.

La messe du Pape, le pardon de Till et les florins de l’Hôtesse
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 21:39

IL N'Y A PLUS D'AMÉRIQUE


Version française – IL N'Y A PLUS D'AMÉRIQUE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Nonc’è più l’America – Piero Ciampi – 1990

 

 

 

Jean-louis Lebris de Kerouac, alias Jack Kerouac

 

 

L'Amérique n'existe plus, le temps passe. 
Alors, pour l'Amérique, oui, il y avait les soutes pleines d'âmes
Et maintenant, elles reviennent en arrière avec un sourire amer.

 

 

Il n'y a plus d'Amérique

 

 

Le naufragé, perçu le jet, moulina du bras
Lançant un cri inhumain en appel
Le poing levé, replia la tête sur le tronc,
Les jambes écartées dans une prière inconnue
En concentrant en lui des milliards d'unité, de volonté
Gisant inactives dans l'univers,
Il les ramassa, et il se projeta avec la vitesse du silence dans le jet, dans le jet ;

 

Ce fut ainsi que l'Amérique resta seule.

 

 

Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique,
Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique ;

 

 

Il n'y a plus.

 

 

Entre temps cet enfant que je vis serré serré contre son père dans Bowery Street
Tous ivrognes, regardés et aimés de personne, de personne, de personne

 

 

Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique,
Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique ;

 

 

Il n'y a plus.

 


Albert Camus disait que l'Amérique est une colonie de sinistrés mentaux
Alberto Moravia avec ses lesbiennes (et son astuce) dit que l'Amérique est le pays du destin
Entretemps, on m'a tué Jack Kerouac à 47 ans après qu'il ait écrit Les Souterrains…

 

 

Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique,
Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique ;

 

 

 

Il n'y a plus.

IL N'Y A PLUS D'AMÉRIQUE
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 23:28

UNE FEMME

 

Version française – UNE FEMME – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Una donna – Il Teatro degli Orrori – 2015

 

 

 

L'élimination systématique des Yazidis (pour commencer… et ensuite à qui le tour ?), c'est la logique de l'édification d'une sous-humanité et de son corollaire : d'une surhumanité.


L’actualité. Une femme parle : « Mais regarde, tu les vois, mon ami, ce sont des réfugiés, ils fuient une mort certaine et nous ici à nos petites affaires, et toi, femme, la beauté de ton sourire parle de ton courage, sa douceur est un drapeau ». Dans le livret , c’est l’unique texte qui manque, à sa place il y a une photo. « J’ai vu la photo d’une fille et suis remonté à la source, nous l’avons achetée à une agence irakienne. C’est une fille yazida de quatorze ans en fuite de l’Isis avec ce qui reste de sa famille, elle porte un kalashnikov que lui a donné l’Unité de Protection du peuple kurde pour la protéger. Le clic la cueille alors qu’elle se tourne, cueille son regard extraordinaire : dans cette photo il y a la contemporanéité. Il ne parle pas seulement du drame des réfugiés, de cette incroyable migration. Il parle même de nous, de nos égoïsmes, de notre indifférence. Pour ceci j’ai mis seulement l’image : le texte est cette fille ».



Ah, mon ami Lucien l’âne, vois ma perplexité. Je viens de faire une version française d'une chanson italienne d'un groupe dont le nom est en soi tout un programme : « Il Teatro degli Orrori » - Le Théâtre des Horreurs et un nom tout à fait pertinent en ce qui concerne notre « monde ». C'est un groupe musical actuel et la chanson est de cette année 2015. Et comme tu l'as pu voir dans le mot du commentateur italien, il y a une liaison directe entre cette chanson et « l'actualité ». Même si, l'actualité, on s'en fout.


On s'en fout ? Que veux-tu dire ?, toi que je vois te préoccuper constamment, au jour le jour, des histoires humaines, de ce qui se passe dans ce foutu monde.


Eh bien, je veux tout simplement indiquer que ce grand dégueuloir d'informations en continu et ce matraquage cervical permanent doivent être évités comme la peste. Et spécialement dans leurs versions audios et audio-visuelles qui paralysent, pétrifient toute capacité de réflexion – en raison-même de leur soi-disant immédiateté (un leurre, puisque précisément, comme ce sont les médias par excellence, ils médiatisent), de leur instantanéité (effective, celle-là), de leur caractère répétitif hypnotique et de l'éparpillement de la pensée qu'ils créent par l'atomisation de la relation du réel. En fait, contrairement à ce que son apparence laisse supposer, l'écran n'est pas un miroir neutre, une fenêtre ouverte sur le monde ou la radio, une oreille attentive. Ce sont plutôt des machines à décerveler ; tel est leur caractère intrinsèque, quelle que soit la bonne volonté de ceux qui travaillent à alimenter ces machinesPour mieux me faire comprendre, je dirai : c'est dans leur nature. Il suffit de voir comment ils sont obligés de saucissonner le monde – en de minuscules tranches. Elles débitent la réalité en rondelles d'informations. Je m'arrête là, sinon…


Sinon ?, s'écrie Lucien l'âne, arrêté lui aussi subitement dans son élan réflexif… Sinon, tu n'en finirais jamais avec cette parenthèse. Quand tu te laisses entraîner, on voit bien où tu démarres, mais on ne sait jamais quand tu vas aboutir…


Et en finale, je ne parlerai jamais de la canzone, dont je te rappelle (ici, je raccroche au train) qu'elle s'intitule Una donna, Une Femme. Une femme en fuite, avec un fusil-mitrailleur à l'épaule. Elle fuit les tueurs, violeurs, sadiques, croyants, déments de l'État islamique. Et l'image le laisse penser aussi : le cas échéant, elle fera usage de son fusil. Tel est la signification de cette photo et de son regard.


J'espère bien, dit Lucien l'âne, qu'elle ne devra pas en arriver là.


Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Mais, en réfléchissant, on ne peut s'empêcher de penser qu'elle aurait pu être juive quelque part en Pologne, en Lituanie ou en Ukraine vers 1943, au temps des Einsatzgruppen (https://fr.wikipedia.org/wiki/Einsatzgruppen)Je ne prends évidemment pas cette référence par hasard.


J'imagine assez. Je te connais bien, Marco Valdo M.I. mon ami, et je sais ta cohérence. Dès lors, dis-moi…


J'ai choisi ce retour anachronique car j'entends signifier qu'on se trouve en présence de deux États totalitaires absurdes et qu'à bien des égards, cet État islamique est comparable à l'État nazi. Un des traits communs les plus marquants est cette manie de l'administration, de l'enregistrement, de la « systématique » dans le massacre (et pas seulement). Il y a là des émules d'Adolf Eichmann (https://fr.wikipedia.org/wiki/Adolf_Eichmann). Sans doute, sont-ils pires encore à bien des égards. Ainsi, Brecht avait raison : « le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde ». On est en présence d'une logique tout à fait similaire d'élimination ou d'esclavagisation de populations entières, en l'occurrence, les Yazidis, une population kurde présente dans les montagnes de l'Asie mineure depuis des milliers d'années (on parle de plus de 6000 ans) parce que Kurdes, parce que Yazidis. L'élimination systématique des Yazidis (pour commencer… et ensuite à qui le tour ?), c'est la logique de l'édification d'une sous-humanité et de son corollaire : d'une surhumanité.


Un telle élimination , en français, ça s'appelle un génocide. Il me semble d'ailleurs, à moi qui ne suis qu'un âne, que c'est là une pratique assez courante parmi les humains. En vrac, je cite (et forcément, j'en oublie et sans doute, beaucoup) : les Arméniens, les Héréros, les Roms, les Rwandais, les Juifs, les Amérindiens, les Inuits, les Biafrais, les Tasmaniens… Sans oublier les espèces animales. Là, on ne compte même plus celles qui ont été totalement éliminées. Le tout selon des modalités diverses et à des époques différentes. Je me demande, mais ce n'est pas ma spécialité, s'il existe une histoire des génocides (des génocidés et des génocidaires), car on devrait pouvoir dégager des points communs à toutes ces guerres humanicides.


Maintenant, j’en viens à une question qui touche au binôme guerre et paix. Il me plaît de définir la guerre comme une agression et la paix comme une manière de vivre sans pratiquer l'agression. Mais ça ne résout pas le problème pour celui qui est agressé. Ici, dans la canzone, cette jeune femme, cette jeune fille yazida. Sa réponse au problème est double : un, face à la guerre, fuyons. Excellente solution quand on peut le faire et si on en a les moyens, y compris financiers. Mais comme tu le sais, la plupart des gens n'ont ni la possibilité de s'échapper, ni les finances. Sinon…


Sinon ?, demande Lucien l'âne abruptement.


Sinon, deux : quand il n'y a plus d'échappatoire, il faut faire face et on doit passer à la résistance, puis ensuite, quand ce sera possible, à l'élimination de l'agresseur. Telle est la voie de la paix. Une précision s'impose cependant : un agresseur est considéré comme éliminé à partir du moment où il a été écarté du lieu de l'agression et qu'il n'est plus en état d'agresser.


En quelque sorte, dit Lucien l'âne en hochant son large front, il convient d'éviter le génocide à rebours. Voyons cette canzone et reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde assassin, massacreur, génocidaire et cacochyme.



Heureusement !

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Une femme, une fille prête à donner tout ce qu’elle a sans réserve. En échange de rien.
Une femme, une fille sans réserve ; en échange 
de rien.
Mais regarde, regarde, regarde, 
ce n’est pas n’importe quelle image, observe bien autour la route de poussière et cette femme marche seule, tenant par la main un enfant, elle semble pressée, qui sait où elle va ? Qui sait pourquoi toi par contre tu t’es arrêté à me regarder pour un instant comme si tu me connaissais et m’aimais bien; peut-être cette mitraillette sur mon dos a une seule parole, comme le monde qui tourne, comme ton destin, le monde qui virle destin.


Moi, je ne sais pas décrire ce sentiment où il m’arrive de te penser près de moi, mais tu es si lointaine et tant en danger que tu pourrais mourir.
Tu pourrais mourir

Et me vient une tristesse, une amertume si grande que je voudrais pleurer crier disparaître pour toujours

 

Une femme, une fille
Prête à donner tout ce qu’elle a, sans réserve, en échange de rien.
Une femme, une fille, ses espérances en échange de rien.


Je ne sais pas décrire ce sentiment qui me vient de vouloir t’embrasser fort comme si nous étions,

Depuis tant de temps, des amis très proches.
Nous, nous ne nous abandonnerons jamais, mais jamais.
Nous, nous ne nous abandonnerons jamais, mais jamais.
Nous, nous ne nous abandonnerons jamais.

 

Mais regarde, regarde, regarde, tu les vois, mon ami, ce sont des réfugiés, ils fuient une mort certaine et nous ici à nos petites affaires, et toi, femme, la beauté de ton sourire parle de ton courage, sa douceur est un drapeau rouge déplié au vent, autre chose que les nénettes qui défilent, tu t’es arrêtée un instant pour me regarder avec ton arme à l’épaule.

Tu as une seule parole, comme le monde qui tourne, comme ton destin.

UNE FEMME
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 19:29

La Religieuse

 

Chanson française – La Religieuse – Georges Brassens – 1969

Paroles et musique : Georges Brassens

 

Interprétations :

Philippe Sarrouy et les 3 mirlitons : https://www.youtube.com/watch?v=AJL3ZekCjfY

 

 

Il paraît que, dessous son gros habit de bure,

Elle porte coquettement des bas de soie,

Festons, frivolités, fanfreluches, guipures,

Enfin tout ce qu’il faut pour que le diable y soit.

 

 

 

Mais que donc viendrait faire une religieuse dans les Chansons contre la Guerre ?

 

Y être ou ne pas y être ? Telle est la question. Tel est le dilemme… D’abord, ce n’est pas n’importe quelle religieuse. C’est la sœur de Fernande.

 

 

Voyez-vous ça, la sœur de Fernande. D’accord. Mais encore ?

 

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, si la brave Margot (faudra aussi la présenter aux CCG, qui font semblant de l’ignorer) découvrait son corsage et inspirait ainsi tous les gars du village, cette religieuse incarne à elle seule tous les fantasmes des enfants de chœurs, des ecclésiastiques et même, qui lui résisterait ?, du Christ et des auditeurs de la chanson. C’est une Mélanie à rebours ; elle incendie les cierges sans même les toucher.

 

 

Et bien entendu aussi, dit Lucien l’âne en brayant comme un zèbre en rut, ceux des interprètes et même, celui de l’auteur de la canzone. Une sacrée gaillarde que cette sœur ! D’une certaine manière, elle me fait penser à cette autre nonne dont, par l’entremise de Georges Brassens encore, Victor Hugo racontait la terrible aventure ; celle dont le Père Hugo disait :

 

« Comme si, quand on n’est pas laide
On avait le droit d’épouser Dieu ».

 

 

Eh bien évidemment, pour répondre à la question rituelle de savoir si la chanson a sa place ici, j'affirme qu'elle a toute sa place dans les chansons contre la guerre, dans la mesure où il y a là comme un parfum de libération de la femme, une liberté du corps et une sensualité peu compatibles avec les normes canoniques. Sauf, si, comme je le vois à tes yeux égrillards, on songe à d’autres canons ; et de fait, comme tu le verras, c’est ce qu’on appelle par ici et maintenant un « canon ». Et puis, mettre la corne à la tête du Christ, même en hypothèse, cela aurait valu le bûcher, il y a peu de temps encore.

 

Évidemment ! Je peux même te garantir qu’on en a torturé pour moins que ça.

 

 

Bref, sous ses airs de Sainte Nitouche, cette canzone est un brûlot anticlérical, dicté, diront certains, par le diable lui-même ou en tout cas, par un mauvais esprit.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, arrête-toi là ! Pour un peu, ils vont nous envoyer un exorciste. Ce n'est pas qu'ils me font peur ces chasseurs de diables, mais ils m'horripilent tant que j'en ai le poil tout retourné. Enfin, écoutons la chanson, rions et reprenons notre tâche et tissons le suaire de ce vieux monde religieux, clérical, superstitieux, collet monté et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Tous les cœurs se rallient à sa blanche cornette,
Si le chrétien succombe à son charme insidieux,
Le païen le plus sûr, l’athée le plus honnête
Se laisseraient aller parfois à croire en Dieu.
Et les enfants de chœur font tinter leur sonnette …


Il paraît que, dessous sa cornette fatale
Qu’elle arbore à la messe avec tant de rigueur,
Cette petite sœur cache, c’est un scandale !
Une queue de cheval et des accroche-cœurs.
Et les enfants de chœur s’agitent dans les stalles …


Il paraît que, dessous son gros habit de bure,
Elle porte coquettement des bas de soie,
Festons, frivolités, fanfreluches, guipures,
Enfin tout ce qu’il faut pour que le diable y soit.
Et les enfants de chœur ont des pensées impures …


Il paraît que le soir, en voici bien d’une autre !
A l’heure où ses consœurs sont sagement couchées
Ou débitent pieusement des patenôtres,
Elle se déshabille devant sa psyché.
Et les enfants de chœur ont la fièvre, les pauvres …


Il paraît qu’à loisir elle se mire nue,
De face, de profil, et même, hélas ! de dos,
Après avoir, sans gêne, accroché sa tenue
Aux branches de la croix comme au portemanteau.
Chez les enfants de chœur le malin s’insinue…

 

Il paraît que, levant au ciel un œil complice,
Elle dit: "Bravo, Seigneur, c’est du joli travail !"
Puis qu’elle ajoute avec encor plus de malice :
"La cambrure des reins, ça, c’est une trouvaille !"
Et les enfants de chœur souffrent un vrai supplice …


Il paraît qu’à minuit, bonne mère, c’est pire :
On entend se mêler, dans d’étranges accords,
La voix énamourée des anges qui soupirent
Et celle de la sœur criant "Encore ! Encore !"
Et les enfants de chœur, les malheureux, transpirent …


Et monsieur le curé, que ces bruits turlupinent,
Se dit avec raison que le brave Jésus
Avec sa tête, hélas ! déjà chargée d’épines,
N’a certes pas besoin d’autre chose dessus.
Et les enfants de chœur, branlant du chef, opinent …


Tout ça, c’est des faux bruits, des ragots, des sornettes,
De basses calomnies par Satan répandues.
Pas plus d’accroche-cœurs sous la blanche cornette
Que de queue de cheval, mais un crâne tondu.
Et les enfants de chœur en font, une binette …


Pas de troubles penchants dans ce cœur rigoriste,
Sous cet austère habit, pas de rubans suspects.
On ne verra jamais la corne au front du Christ,
Le veinard sur sa croix peut s’endormir en paix,
Et les enfants de chœur se masturber, tout tristes ...

La Religieuse
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 18:37

L’Île Saint Louis


Chanson française – L’Île Saint Louis – Léo Ferré – 1948

Texte et Musique : Francis Claude – Léo Ferré (1948)

Biographie du coauteur : Francis Claude https://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Claude

Interprétations :

 

 

 

Si l’on a trop de vague à l’âme,

Mourir un peu n’est pas partir.

Quand on est île à Notre-Dame,

On prend le temps de réfléchir.

 

Voici une chanson éminemment poétique, dont on pourrait se demander ce qu'elle vient faire dans les Chansons contre la Guerre. On pourrait faire valoir que c'est une chanson d'émigration et d'une émigration ratée, puisqu'en finale, elle revient à son point de départ. Mais le principal argument n'est pas celui-là.

 

 

Quel est -il dès lors, dit Lucien l'âne un peu interloqué ?

 

 

Mais, ajoute Marco Valdo M.I., tout simplement celui qui veut que les meilleures chansons contre la guerre sont des chansons qui n'en parlent pas, ce sont des chansons de paix. Cependant, pour revenir à l'argument premier, c'est curieux, mais il me semble que le destin de pas mal des émigrés, réfugiés, personnes déplacées, fuyards contemporains est ou sera précisément celui-là de fuir un endroit avec dans la tête une « île au trésor » qui s'est noyée depuis longtemps… C'est un destin tout à fait tragique… Heureux encore quand on peut rentrer dans son pays de départ. Il reste la leçon de la chanson qui dit : le large ne vaut pas le port…

 

 

Je sais. Rien n'est plus épouvantable. Fuir, mais où ? Camus avait raison. Globalement, ce monde est absurde, plongé qu'il est irrémédiablement dans sa Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux plus faibles pour asseoir leur domination, étendre leur pouvoir, renforcer leur exploitation et accroître leurs richesses. Et face à ça, seul l'être vivant (qui ne peut quand même pas attendre la fin de cette guerre absurde) en vivant sa vie, sa simple vie quotidienne de grain de sable sur une plage, parvient à lui donner un sens obstiné. Mais trêve de philosophie, écoutons la chanson et reprenant noter tâche, tissons le linceul de ce vieux monde absurde, suicidaire, dément et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 


L’île Saint Louis en ayant marre
D’être à côté de la Cité,
Un jour a rompu ses amarres
Elle avait soif de liberté.
Avec ses joies, avec ses peines
Qui s’en allaient au fil de l’eau,
On la vit descendre la Seine.
Elle se prenait pour un bateau.

Quand on est une île,
On reste tranquille
Au cœur de la ville,
C’est ce que l'on dit
Mais un jour arrive,
On quitte la rive,
En douce, on s’esquive
Pour voir du pays.

De la Mer Noire à la Mer Rouge,
Des îles blanches aux îles d’or,
Vers l’horizon où rien ne bouge,
Point n’a trouvé l’île au trésor.
Mais tout au bout de son voyage,
Dans un endroit peu fréquenté,
On lui raconta le naufrage :
L’île au trésor s’était noyée.

Quand on est une île,
On vogue tranquille
Trop loin de la ville
Malgré ce qu’on dit,
Mais un jour arrive
Où, l’âme en dérive,
On songe à la rive
Du bon vieux Paris.

L’île Saint Louis a de la peine.
Du pôle Sud au pôle Nord,
L’océan ne vaut pas la Seine,
Le large ne vaut pas le port.
Si l’on a trop de vague à l’âme,
Mourir un peu n’est pas partir.
Quand on est île à Notre-Dame,
On prend le temps de réfléchir.

Quand on est une île,
On reste tranquille
Au cœur de la ville,
Moi je vous le dis.
Pour les îles sages,
Point de grands voyages,
Les livres d’images
Se font à Paris.

L’Île Saint Louis
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article