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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 16:36

Mon Vieux Léo

Chanson française – Mon Vieux Léo – Marco Valdo M.I. – 2008-2015

 

 

Et si tu peux

Encore un peu

Jouer du piano

Au cœur du néant

Tu te plais sûrement

Mon vieux Léo.

 

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, c’était il y a déjà quelques années… Je venais de découvrir les Chansons contre La Guerre… Autrement dit, c’était en 2008 et c’était une de mes premières tentatives, disons, d’écriture de chanson. J’avais eu l’idée de faire une chanson, une parodie déjà. Et une parodie de Georges Brassens et je te le dis tout net, je n’avais pas pu aboutir. J’avais donc laissé la chose en plan.

 

 

Et alors, pourquoi me racontes-tu ça ? J’imagine que tu as dû retrouver cette chanson inachevée et sans doute, as-tu essayé de la mener à son terme…

 

 

C’est exactement ça et comme tu le penses bien, vu qu’on en parle ici, j’ai dû réussir à la terminer. Mais je ne dirai pas combien de fois je l’ai reprise – une vieille chaussette ne l’a pas été autant, modifiée, recommencée, réécrite… Une montagne de papier griffonnée, raturée, barrée, sursaturée de corrections, de biffures… Et maintenant que je l’ai finie, j’en suis bien content, même si…

 

 

Tu m’en vois ravi, dit Lucien l’âne en tressautant pour simuler la joie, sauf que je ne sais toujours pas de quelle chanson il s’agit, de quelle autre chanson elle est une parodie, de quel auteur elle s’inspire et in fine, de qui ou de quoi elle parle. Ça fait beaucoup, tu l’admettras.

 

 

J’admets, j’admets, Lucien l’âne mon ami. Et je te livre le secret tout à trac. Son titre est fixé et on ne pourrait – tu vas le comprendre tout de suite – en donner un autre. C’est « Mon Vieux Léo », une canzone où il est question de Léo Ferré. C’est, comme je te l’ai dit, une parodie d’une chanson de Georges Brassens : « Le vieux Léon » (1953) et elle a comme trame une histoire que j’ai inventée, à savoir que Georges Brassens, reprenant son vieux Léon, s’adresse à Léo Ferré par-delà le temps de façon très amicale et l’interpelle à propos de son grand saut dans le rien ou sur le rocher (étant Monaco où on l’a ramené d’Italie) et la vie d’artiste qu’il peut y mener avec les autres anarchistes exilés là-bas dans le néant. Mais pour les anarchistes, l’exil est une seconde nature. Il lui demande (Georges à Léo) si les anars ont enfin fait un mauvais sort à la guerre et il lui donne des nouvelles d’ici.

 

 

Je verrais bien le père Valdu reprenant une telle parodie… Ce devrait être dans ses cordes de guitare et vocales… Juste pour dire, évidemment. Cela étant, il faudrait sans doute un de ces jours que tu insères « Le vieux Léon » de Tonton Georges dans les Chansons contre la Guerre, car tout comme La Vie d’Artiste de Ferré, cette chanson manque cruellement au tableau. Enfin, je t’avoue que je suis très impatient de découvrir cette parodie et je me réjouis hautement déjà, rien qu’à l’idée. Voyons-la et reprenons notre tâche ; tissons, tissons le linceul de ce vieux monde mortel, mortifère, morbide et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Ça fait maintenant

Près de vingt-cinq ans
Mon vieux Léo
Que tu es parti
Chanter au pays
Des arnarcos.
Parti serein
Voir si les copains
Du bref été
Étaient contents
De se marrer
Dans le néant.
Plus de vingt-ans
Depuis le temps
Que tu es allé
Guincher au bal
Phénoménal
Des révoltés.
Léo, mourir

N’est pas finir.
Léo, j’espère
Que tu as trouvé
Dans ce désert
La liberté.

 

 

C’est une erreur
Mais les rêveurs
De la grande vie
Au grand jamais
On ne leur permet
De fantaisie.
Et toi, tu as dû
T’en aller ailleurs
L’esprit rageur
Sans avoir vu
Revenir jamais
Le joli mois de mai.
Mais les copains
Viendront demain
Les rangs serrés
En rigolant
Et tout fringants
De te retrouver.
Et dans les cœurs
Où pousse la fleur
De l’anarchie
Il fait ma foi
Beaucoup moins froid
Qu’à la Bastille.


Depuis l’ami

Que d’Italie

On t’a ramené

On n’a pas cessé

De faire partout

Les quatre cents coups.

Et on gueulait
Tant qu’on pouvait
À l’unisson

Et dans les prisons 
De la Pianosa
À la Santé
Nombre d’amis
Derrière les murs gris
Furent enfermés
Nul sans surprise
N’a oublié 
Le temps des cerises.

Et les bons amis
Sont restés à l’écart
Des gens de partis.

À t’écouter
Nous rechanter
Graine d’ananar
Tous ces anars
Ont le cœur gros
Mon vieux Léo.

 

Comment ç’est-y
Chez les amis
Autour de toi.
Les libertaires
Ont-ils déjà
Tué la guerre
Et le pinard
Du Père Peinard
Est-il meilleur
D’être partagé
En amitié
Et de grand cœur.
Et s’il t’arrive

Qu’une fée vive

Se laisse approcher
C’est sûr alors
Que tu as trouvé l’Âge d’or

Sur ce rocher
Et si tu peux
Encore un peu
Jouer du piano
Au cœur du néant
Tu te plais sûrement
Mon vieux Léo.

 

 
Mon Vieux Léo
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Marco Valdo M.I.
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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 10:20

LE TRAVAIL FATIGUE

 

 

Version française – LE TRAVAIL FATIGUE – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson italienne – Lavorare stanca – Il Teatro degli Orrori – 2015

 

 

Tout le monde sait que 

Finmeccanica fait de l'argent 

Avec les armes

 

 

Ce serait fantastique

De se retrouver chef du monde
Et de voir les choses à sa mode,
De se sentir en sécurité,
De se sentir chez soi.
Un appartement est inutile,
Une famille est inutile.
Ne nous cachons plus en pleine journée,
Ni de la lumière de la mer.
Nous combattrons une autre fois 

Hors des tranchées.
Ce serait fantastique.
Travailler fatigue.
Travailler tue.

Tout le monde sait que 

Finmeccanica fait de l'argent 

Avec les armes
Et nous ici à aimer nos enfants
Mais quel sens ça a ?
Ce serait fantastique
De ne pas voir la fin du mois 

En chaque Saint jour que 

L'Éternel agaçant concède à nos vies inutiles 
Si je ne m'étais jamais marié 

Et je n'avais pas eu d'enfants, 

Pas un, même.
J'aurais tant de temps, 

Mais tant de temps 

Pour ne plus rien faire.

Ce serait fantastique
De se retrouver chef du monde
Et de voir les choses à sa mode, 
De se sentir chez soi.


Certes, ce ne serait pas mal de se lever

À midi et ne pas devoir chaque matin rencontrer

Un contremaître affolé et toujours affairé.
Dieu sait peut-être pourquoi.
Pour prendre soin de soi
Et descendre boire un café,
Acheter un quotidien
Pour connaître les derniers scandales du pays qui
Ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change jamais.

Let's take a low cost flight and low profile sneak away from them all.
Fuir Varese en gobant les apéritifs.
Fuir Caserte à toutes jambes.
Aller dans ce pays à l'autre bout du monde où le ciel ne finit jamais,
Où l'océan en tempête est 

Si beau, car j'ai peur de te regarder dans les yeux 

Et de te dire que je t'aime 

Encore plus peut-être que ma première amie.
Fuyons un pays qui ne change pas, car il ne veut pas changer
Qui ne change pas car il ne veut pas.

Il ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas, ne change pas.


Mais, peut-être bien que oui ou que non.
Il pourrait bien tomber
Que sais-je moi ?
Il pourrait pleuvoir.


Ce serait fantastique
De se retrouver chef du monde
Et de voir les choses à sa mode,
De se sentir en sûreté,
De se sentir chez soi.
Ce serait fantastique
Et de voir les choses à sa mode, 
De se sentir chez soi.
Ce serait fantastique.

 
 
 LE TRAVAIL FATIGUE
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Marco Valdo M.I.
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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 22:18

CHANSON DE LA BASILICATE

 

Version française – CHANSON DE LA BASILICATE – Marco Valdo M.I. – 2015

D’après la version italienne

D’une chanson napolitaine – Canzone della Basilicata – Eugenio Bennato – 1980

 

 

Et quand on y va une nuit de lune

Que de loin, une voix appelle

Ne l’écoutez pas, c’est une strige

 

 

 


« La Basilicate était un des thèmes musicaux qui m’étaient demandés, et concernait justement le paysage, peut-être plus précisément le paysage comme il apparaît à qui vient de Naples.
Naquit une mélodie qui accompagnait les panoramiques sur ces vallées et sur ces collines, une musique pour ces terres décrites par le peintre lettré Carlo Levi qui y séjourna en confinement politique et qui, en peintre, la décrivit dans son roman Le Christ s’est arrêté à Eboli.

À la musique, j’ajoutai un texte, que j’écrivis immédiatement après pour souligner la civilisation de ces gens qui dans l’Histoire n’avaient jamais fait la guerre à personne, mais l’avait toujours subie chez eux au cours des invasions et des dominations qui s’étaient succédés au long des siècles.

 

Et si je cite la ville de Turin n’est pas la Turin des intrigues de Cavour, mais le sommet du triangle industriel qui dans l’après-guerre accueillait des légions de paysans recyclés en ouvriers, mais en même temps toujours des culs terreux, sur les chaînes de montage des usines et des ateliers. »



(Eugenio Bennato "Brigante se more - viaggio nella musica del Sud", Coniglio editore, 2010)

 

 

Et qu’est-ce que j’en sais de la Basilicate ?
On dit que le Christ n’y est jamais venu
Et s’est arrêté avant cette terre.
Et qu’est-ce que j’en sais de la Basilicate ?
C’est une histoire ou un lointain mythe
Qu’on oublie à peine les a-t-on entendus.


À celui qui veut venir sur cette terre
Où la douleur n’est pas péché
Où ne peut jamais exister la guerre
Car la paix n’y a jamais été.

Et quand on y va de jour sur cette terre
Par les routes serpentent sous le soleil,
On y entend le pas de la tarentelle.

Et quand on y va une nuit de lune
Que de loin, une voix appelle
Ne l’écoutez pas, c’est une strige

Et avant cette terre
Un ange s’est arrêté
Et le temps s’est arrêté 
Mais le diable est arrivé.
Il y a le rouge du soir,

Il y a la cheminée et le noir.
On naît à Matera
Et à Turin, on mourra.

CHANSON DE LA BASILICATE
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Marco Valdo M.I.
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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 16:22

Tuez les hérétiques, leurs femmes et 

 

leurs enfants !

 

Chanson française – Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 11

 

 

 

 

Marie et Philippe

 

Un joyeux couple royal

 

 

 

 

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LII)

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la onzième canzone de l’histoire de Till

 

 le Gueux. Les dix premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière  (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe (Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique (Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame (Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! (Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till (Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till (Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée (Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne (Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée (Ulenspiegel – I, LI)

 

 

« Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants. », quel est le grand macabre qui énonce de pareilles horreurs ? Ne serait-ce pas encore une fois Charles le sanguinaire, dit Lucien l’âne en relevant sa queue en point d’interrogation. Ou alors, peut-être, son fils Philippe ?

 

De fait, tu ne te tropes pas du tout, Lucien l’âne mon ami, il s’agit bien de ces deux-là. Oh, ils ne sont sans doute pas les seuls à avoir ce genre d’idées ; l’espèce court le monde depuis longtemps et elle s’y répand encore aujourd’hui. Cependant, ce titre reflète bien l’esprit de ces rois catholiques. L’Église et les supposés souhaits de sa divinité en sont la suprême autorité.

Il y a entre ceux-ci et celle-là un jeu subtil ; à savoir qui va tirer profit de l’autre. Mais à terme, comme elle joue une pièce éternelle ; entre les rois et l’Église, c’est toujours l’Église qui finit par gagner. C’est du moins la conviction profonde qui la maintient en place.

 

 

Finalement, à t’entendre, Marco Valdo M.I. mon ami, les rois ou les pouvoirs temporels sont en quelque sorte les bedeaux du monde.

 

 

On peut dire ainsi les choses. Maintenant, j’en reviens à la canzone en commençant par la fin, où Charles dit :

« Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants.

Vous ferez bien, car de cela, Dieu sera ravi. »

Ce qui me semble conclure ce point.

 

 

Oui mais, la chanson, que raconte-telle ?

 

 

Cette chanson, Lucien l’âne mon ami, précédemment, est une sort de mise en scène de deux lettres. Une de Philippe à Charles et la réponse dudit à Philippe. Si tu t’en souviens, on en avait déjà touché un mot précédemment dans la neuvième chanson de ce cycle : «  Till, le roi Philippe et l’âne  » quand Philippe se plaignait à son père de son destin de « roi consort ». Cette fois, on a droit au détail de sa récrimination. Bref, ça se passe mal entre Philippe, mari de Marie Tudor, et les Anglais. Véritablement, il n’en peut plus et toute la puissance espagnole qu’il mettra en œuvre plus tard ne pourra renverser cet état de leurs relations. Elle s’épuisera comme sa grande Armada sur les brisants des côtés anglaises.

 

Donc, Philippe se plaint de son sort à son père Charles et que répond ce dernier ? Je suis très curieux de le savoir, insiste Lucien l’âne en se dandinant.

 

Avant de te faire connaître la réponse de Charles, laisse-moi, Lucien l’âne mon ami, attirer ton attention sur les exécrables relations qui – en plus du reste – meublent les jours et les nuits du couple royal. Voici ce qu’en dit Philippe :

« Et la Reine, ma femme est stérile

Et jalouse et farouche et gloute d’amour.

Elle me poursuit nuit et jour. »

Et en plus, on le sait, il ne la trouve pas jolie, pas à son goût et ne rêve que de lui échapper. Pour un peu, on le plaindrait. Si ce n’était le goût qu’il partage avec elle de massacrer les hérétiques et autre manifestation de sa folie sadique, qu’on avait déjà croisée dans son enfance (voir La Guenon Hérétique ), il aime jouer de la musique (et quelle musique !) sur un clavecin de son invention où à l’aide d’un fer rouge, il fait miauler les chats. Et, tiens-toi bien, il trouve cette pratique normale.

 

 

Il n'est pas le seul… D’autres cinglés s’y sont essayé dans ces temps barbares avec ce qu’on connaît sous le nom d’ « orgues à chats » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Orgue_%C3%A0_chats) ...

 

 

 

 

Quant à la réponse de Charles son père, elle va vite le rassurer. D’entrée de jeu, Charles lui annonce qu’il va bientôt lui céder la place et ce n’est pas peu de choses. Tout un empire et de plus hors d’Angleterre. Philippe sera Roi d’Espagne… Et Charles de conclure : « Entretemps, tuez les hérétiques... ».

 

 

Voilà un père et un fils qui s’entendent comme larrons en foire pour régler leur problème de succession. Ce serait chose bien rassurante s’ils n’étaient l’un et l’autre de dangereux fanatiques, attachés à réduire par le fer, l’eau et le feu toute liberté de conscience et au-delà de pensée. Car ce sont là gens d’Inquisition qui vont jusque dans le plus intime de la vie quotidienne tenter d’imposer (à peine de tortures et de mort) la vraie foi, le règne du Christ par l’entremise de son Église (catholique, apostolique et romaine). Et, on n’est pas encore débarrassés hic et nunc (ici et maintenant)et dès lors, pour notre part, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde inféodé, croyant, crédule, catholique et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Monsieur et père, écrivait Philippe,

Il me déplaît de devoir vivre en ce pays

Où pullulent comme puces, chenilles et sauterelles

Ces hérétiques que notre Mère l’Église honnit.

 

Ici, je ne suis pas le roi

Mais tout bonnement le mari de la Reine

Et ces gens se moquent de moi,

Du Pape et de notre Mère l’Église souveraine.

 

On m’insulte, on me dit parricide,

Prêt à frapper votre Majesté pour hériter.

Ce sont là des propos méchants et acides.

Longue vie et long règne à votre Majesté !

 

On invente, on calomnie, on médit, on dit aussi

Que par le feu, je torture les chats pour mon plaisir.

Et ces gens sont si assotés d’animaux en ce pays

Qu’ils me reprochent jusqu’à cet innocent loisir.

 

Et la Reine, ma femme est stérile

Et jalouse et farouche et gloute d’amour.

Elle me poursuit nuit et jour.

Je souffre parmi cette engeance incivile.

 

Monsieur et fils, répondait Charles,

Vos ennuis sont grands, soyez patient.

Apprenez que bientôt vous attend

La couronne ; vous savez de quoi je parle.

 

Je suis vieux, goutteux maintenant.

Il devient temps de céder aux jeunes gens.

À Metz, j’ai perdu quarante-mille soldats

J’ai fui devant Saxe et je ne m’en remets pas.

 

Alors, Monsieur et fils, je suis d’avis

De vous laisser mes royaumes. Entretemps,

Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants.

Vous ferez bien, car de cela, Dieu sera ravi.

Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants !
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Marco Valdo M.I.
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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 18:19

VERS LE SOLEIL

 

 

Version française – VERS LE SOLEIL – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson tialienne – Verso il sole – Eugenio Bennato – 2007

Album: "Sponda sud"

 

Et quand elle part, elle vole vole nuit et jour.

Afrique Europe, Europe Afrique et retour

 

 


 

 

 

Une très belle chanson de liberté, une métaphore de toutes les migrations vers nord dans notre royaume occidental. Avec l'espoir de rentrer un jour, comme les hirondelles… vers le soleil, au-delà de toutes les frontières qui ne devraient pas exister pour les humains comme elles n'existent pas pour les hirondelles

 

 

 

Quand elle vole dessus les déserts,
Qu'elle survole les pistes des caravanes,
Et par-dessus des villes de mer,

S'élance telleune musique. 
Quand elle file au-dessus les ports,

Suivant une direction toujours pareille
Vers le sud ou vers le nord,
Vers le pôle ou vers le soleil.

Et moi, je voudrais être
Cette hirondelle qui vole
Et qui là-haut toujours reste
Même quand elle se repose
Sur le toit d'une bâtisse,
Sur une tour ou un clocher,
Ou sur un fil électrique,
Toujours prête à s'en aller.


Et quand elle part, elle vole vole nuit et jour.
Afrique Europe, Europe Afrique et retour
Et moi qui de mon œil occidental la regarde,
Moi qui me sens si libre de penser,
Je n'aurai jamais toute la liberté
De cette hirondelle qui s'envole libre .

 

Ae ae nimwambie nani
Sirisangu wuehe nimwambie nani.

 

Cette hirondelle qui vole
À la force des ailes
Pour rejoindre toute seule
Sa plus lointaine parentèle.
Telle une musique s'élance encore
Suivant une direction toujours pareille
Vers le sud ou vers le nord
Vers le pôle ou vers le soleil.


Et moi, je voudrais être
L'hirondelle qui va légère
Au-delà de l'orage
Au-delà de la frontière
Et fatiguée de voler
Reste là-haut pour deviner
De quel côté le vent est tourné
Et quand il est temps de s'en aller.

 

Et quand elle part, elle vole vole nuit et jour.
Afrique Europe, Europe Afrique et retour
Et moi qui de mon œil occidental la regarde,
Moi qui me sens si libre de penser,
Je n'aurai jamais toute la liberté
De cette hirondelle qui s'envole libre .


Ae ae nimwambie nani
Sirisangu wuehe nimwambie nani
Sina baba wuala sina mama
Sirisangu wuehe nimwambie nani.

 

Quand elle vole dessus les déserts
Qu'elle survole les pistes des caravanes
Et par-dessus des villes de mer

Telle une musique s'élance 
Quand elle file au-dessus les ports

Mon âme suit une direction toujours pareille
Vers le sud ou vers le nord
Vers le pôle ou vers le soleil.

VERS LE SOLEIL
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Marco Valdo M.I.
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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 21:02

LIÉ À TOI

 

 

Version française – LIÉ À TOI – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Legato a te – Simone Cristicchi – 2007

Paroles et musique de Simone Cristicchi
Dans son album intitulé « Dall'altra parte del cancello » (De l'autre côté de la grille
)

 

Mon corps est une feuille fragile,

Que sous les draps, je cache,

Et il me reste bien peu à dire.

Je voudrais être libre de finir.

 

 

 

 

Mais Marco Valdo M.I., "LIÉ À TOI", voilà encore une fois un titre bien étrange. Sans doute, peux-tu me l'expliquer…

 

 

Sûrement, Lucien l'âne mon ami et je vais le faire à l'instant-même. Ce titre « Lié à toi », qui est la traduction littérale de l'italien : « Legato a te » dit exactement ce qu'il doit dire. Le tout est de savoir qui le dit et pourquoi. En fait, il s'agit d'un homme extrêmement malade et depuis très longtemps paralysé - Piergiorgio Welby (né en 1945 et mort volontairement en 2006). En fait, la canzone est construite sur la situation où cet homme s'adresse à machine qui le maintient artificiellement en vie ; à laquelle donc il est lié. D'où, ce titre de « Je suis lié à toi ».

 

 

Je commence à comprendre. Dis-moi si je me trompe : cet homme doit souffrir énormément et sans doute, est-il ainsi maintenu en vie contre son gré, conter sa volonté, contre sa liberté et contre sa dignité.

 

 

C'est exactement tout cela à la fois. Dans sa vie vivante, au temps où il disposait de lui-même, où ce n'était pas une machine qui l'obligeait à vivre, c'était un artiste-peintre, un poète et un militant politique. Bref, un homme créatif et actif. De ce fait, avec ce même courage, cette même volonté, il va se battre pour exiger qu'on le libère de la machine, pour qu'on le laisse s'en aller ailleurs… Dans le néant. Il va remuer ciel et terre et se trouver confronté à des gens qui au nom de principes abscons, sans jamais avoir été eux-mêmes dans sa situation, vont tout faire pour l'empêcher de finir sa vie et vouloir lui imposer de vivre au rythme de la machine ou plus exactement, des machines : un respirateur artificiel, une sonde alimentaire et le reste. Or, Welby savait ce qu'il voulait et l'a fait savoir jusqu'au bout du bout. Il interpella jusqu'au Président de la République italienne… Qui s'est dit ému… Voilà pour Piergiorgio Welby (né en 1945 et mort volontairement en 2006). Il y a un autre acteur capital dans cette histoire, un anesthésiste, le Docteur Mario Riccio, qui va devenir son allié de la dernière heure. Il va contre des milliers d'exaltés (en bonne santé physique, ceux-là ; pour le mental, on s'interroge encore), chauffés à blanc par l'Église catholique (encore elle…), aider le mourant à se débarrasser de la machine et à mourir comme un être humain digne. Eh bien, ce médecin va être vilipendé par ces fanatiques et ensuite, poursuivi… Ils vont essayer de le faire condamner pour meurtre. Il sera cependant acquitté. Le tribunal estimera qu'il avait « le devoir d'assister le malade »… Sous-entendu, la décision finale revenant à ce dernier.

 

 

Chez nous, les ânes, cela ne se passerait pas, car il n'y a pas de machine, mais comme on dit dans le titre d'un roman d'Horace Mac Coy  (https://fr.wikipedia.org/wiki/Horace_McCoy) : « On achève bien les chevaux ». Et forcément, cela se fait aussi pour les ânes.

 

 

Note, Lucien l'âne mon ami, que dans ton cas personnel, le problème ne se posera jamais… Par contre, on le fait pour les chiens, les chats, les canaris, les perroquets et cela ne pose aucun problème.

 

 

En effet, c'est ce qui me fait dire que certain ont plus de compréhension pour un animal que pour un humain. Si on n'était nous-mêmes, on en arriverait presque à désespérer… Enfin, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde totalitaire, religieux, fanatique, hautement stupide et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Tu es froide pourtant tu es la seule qui me donne de la chaleur,
Mais tu ne réussis à rien maintenant contre ma douleur.
Avec le temps, j'ai appris à te haïr, si seulement tu avais un cœur,
Tu me laisserais-tu m'en aller, tu me laisserais m'en aller… ailleurs.


Car je vis, je respire de jour, de nuit.
À toi, il te plaît de me regarder endormi
Tandis que je rêve d’étendues de blé et de fleurs loin d'ici
Mais je ne peux pas vivre, sans toi.
Je n'arrive pas à vivre, lié à toi.

 

Mon corps est une feuille fragile,

Que sous les draps, je cache,

Et il me reste bien peu à dire.

Je voudrais être libre de finir.


Tu es l'unique certitude de mon souffle,
Tant que je survis, tu es ma seule confidente.
Je ne peux plus accepter leurs défauts,
Tant de mots inutiles, tant de stupides mots…


Je vis, de jour, de nuit. Je respire.
On entend le silence du monde.
Une douleur insondable sans raison m'étouffe
Mais je ne peux pas vivre, sans toi ;
Je n'arrive pas à vivre, lié à toi.


Mon corps est une feuille fragile,
Que sous les draps, je cache,
Et il me reste bien peu à dire.
Je voudrais être libre de finir.

 

Mon corps est une feuille fragile,
Que sous les draps, je cache.

LIÉ À TOI
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Marco Valdo M.I.
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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 22:29

La Cigogne et la Prostituée

Chanson française – La Cigogne et la Prostituée – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 10

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

 

(Ulenspiegel – I, LI)

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel :

La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

 

 

(Ulenspiegel – I, LI)

 

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d'où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

 

 

Il n'est habile à toi qu'on aime, cigogne m'amie,

De planer dans le ciel comme l'épervier qu'on maudit.

 

 

 

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la dixième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les neuf premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière  (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe  (Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique  (Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame  (Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds !  (Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till  (Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till (Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée  (Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l'âne (Ulenspiegel – I, XXXIX)

 

 

Oh, dit Lucien l'âne en balançant les oreilles en guise d'interrogation, voilà un bien étrange titre, du genre de ceux que tu as l'usage de faire rien que pour intriguer le lecteur, j'imagine. Que viennent donc faire ici ces deux étranges personnages dans cette histoire ? Et surtout, qui sont-elles, cette cigogne et cette Prostituée ?

 

 

J'y viens tout de suite. Je vais commencer par cadrer ces deux personnes, à la manière des photographes sur les plaques de l'ancien temps. Je dis ces deux personnes, remarque-le bien, car ce sont deux personnes, mais ce ne sont pas des êtres humains. La première dont je vais t’entretenir, c'est la cigogne. Comme tu le sais sans doute et même, ce qui est probable, comme tu l'as déjà vu, c'est un grand oiseau aux longues pattes et au long bec. Mais, c'est aussi dans les traditions de nos pays, l'oiseau qui apporte le bonheur, l'oiseau qui apporte l'enfant à sa naissance.

 

 

Et dans son bec, encore bien, dit Lucien l'âne.

 

 

En effet et je conseille de tenir toutes ces caractéristiques dans un coin de ta mémoire d'âne. Quant à la Prostituée, je te ferai d'abord remarquer la majuscule et le qualificatif : la Grande Prostituée. Ils ont leur importance, comme tu vas le voir. Car il ne s'agit pas de n'importe quelle prostituée, d'une de ces prostituées anonymes, d'une femme de rencontre, que sais-je encore… même si elle se vend à tous ceux qui lui proposent de l'argent… ou de l'or. Cette Grande Prostituée, ainsi nommée par les Réformés, c'est l'Église catholique, apostolique et romaine (ÉCAR) ; celle des Papes de Rome.

 

 

Voilà le pourquoi de ce titre, mais il reste que tu ne m'as pas encore dit ce qu'elles venaient faire dans cette chanson…

 

 

Ce sont des personnages complexes. Et d'abord, la cigogne. La chanson raconte son arrivée dans le ciel, puis dans la maison de Claes et Soetkin, les parents de Till. En fait, cette cigogne va devenir un membre de la famille, vivre dans la maison, accompagner l'homme au champ et la femme à la cuisine… et son rôle d'oiseau de bon augure va se révéler dans la seconde partie de la canzone quand Claes, ruiné, va voir venir une fortune, qui lui est envoyée par son frère Josse. Et c'est ici qu'on distingue en fond de toile l'ombre de la Grande Prostituée… Josse l'ermite est devenu luthérien, s'est réfugié en Allemagne et ne pouvant venir lui-même, il a dépêché un messager – à l'allure tellement sévère que Soetkin l'appelle : votre Mélancolie.

 

 

C'est assez joli, dit Lucien l'âne…

 

 

Et votre Mélancolie est bien évidemment un Bonhomme ; là, c'est moi qui lui ai donné ce joli nom en référence aux Cathares et autres réformateurs des siècles antérieurs : Pauvres de Lyon, Vaudois, Béguins, Patarins, Tisserands… Et c'est avec l'arrivée de ce Messager mélancolique que se noue le drame terrible qui conduit à la mort Claes. Ainsi annoncé par le dernier vers de la canzone :

« On va nous brûler tertous ; Bonhomme, ne parlez pas si haut ! », phrase prémonitoire que lance la prudente Soetkin.

 

 

Si tu veux bien, Marco Valdo M.I. mon ami, cette chanson met en place les personnages et les événements futurs… C'est une sorte de Cassandre… De ce fait, il nous faudra patienter comme dans les feuilletons, comme dans les grands romans et en attendant, reprenons notre tâche et tissons, comme les Canuts, ces pauvres tisserands de Lyon, le suaire de ce vieux monde prostitué, croyant, conformiste et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Claes avait reçu en paiement

L'arbalète d'un sergent.

Il avait des pigeons et les aimait.

De son arbalète, sur les buses, il tirait.

 

Un grand oiseau tournoyait dans le ciel du soir

Claes ne voyait là-haut qu'un point noir.

Il lâcha le carreau et dans sa cour, la cigogne tomba.

Méchant, tu as tué l'oiseau porte-bonheur et Soetkin pleura.

 

Il n'est habile à toi qu'on aime, cigogne m'amie,

De planer dans le ciel comme l'épervier qu'on maudit.

Laisse-toi guérir par nos mains amies.

Ainsi, doucement choyée, la cigogne se remit.

 

Et le grand oiseau mangeait tant et plus

Et le poisson du canal pêché pour elle.

Elle suivait Claes comme un chien fidèle

Et touchait de son bec, de Soetkin le ventre dodu.

 

Les mauvais jours étaient revenus.

Sur une patte, soignant son aile,

La cigogne les regardait manger les fèves.

Alors, arriva le messager inconnu.

 

Béni soit votre Mélancolie, mon homme est au champ.

Sans pain, elle l'attendait ; Claes arriva chantant.

Vive mon frère Josse le bon ermite !

La cigogne a dit vrai, je t'invite.

 

Voilà du pain, du beurre, de la bière et du vin.

Voilà des jambons, des pâtés, et voilà du boudin.

Nelle et Katheline ont été dire à Josse mon frère

Nos tracas, nos tourments, notre grande misère.

 

Et le Bonhomme messager m'a dit tantôt :

Le Pape est avide d'or et vend les choses sacrées.

Les hérétiques suivent la Grande Prostituée,

On va nous brûler tertous ; Bonhomme, ne parlez pas si haut !

 
 
La Cigogne et la Prostituée
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Marco Valdo M.I.
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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 13:59

L'HYMNE DE LA CANAILLE OU MARCHE DES REBELLES

 

 

 

Version française – L'HYMNE DE LA CANAILLE OU MARCHE DES REBELLES – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – L'inno della Canaglia, o Marcia dei ribelli – Pietro Gori – 1891


Texte dPietro Gori
Su
r l'air de l'Inno dei LavoratoriMusique de Carlo della Giacoma

 

 

 

 

Vive le soleil de l'Anarchie,

Tout en paix et tout amour.

Allons alors à la bataille ! …

Vaincre ou mourir,

Debout, sainte canaille,

C'est la chanson de l'avenir.

 

 

 

 

 

 

« L'écrit de Pietro Gori, qui apparaît dans le volume Battaglie et comme sous-titre porte Marcia dei ribelli, en réalité est beaucoup plus long que le chant connu jusqu'à présent et il a été écrit à Milan, dans la prison de San Vittore, le 17 Juillet 1891 où Gori se trouvait enfermé pour une condamnation à dix jours. Le texte que nous rapportons, plus complet, provient de deux sources d'archives différentes qui le certifient comme original. Une de ces sources est Procure Générale de Rome qui ordonna 'la séquestration de l'autre publication intitulée Inno della canaglia - Marcia dei ribelli dont on joint au présent une copie pour le délit repris aux articles 247 et 246 du Code Pénal'. Gori lui-même rappelle l'événement : 'Un soir de juillet 1891, la Questure de Milan pensa à sauver les institutions. Une bande d'amis (hélas, c'étaient des anarchistes !) traversait le Cours pour se rendre à prendre une glace des plus économiques qui se puisse imaginer… elle coûtait 10 centimes ! Tout à coup, nous tomba dessus un inspecteur de PS (Police d'État) avec sa grande écharpe, résonne une sonnerie de trompette. Cinq de mes compagnons et moi , nous sommes saisis avec la délicatesse bien connue de celui qui a eu à faire avec la police italienne : ils nous conduisent à la Questure ; ils nous poursuivent en justice en urgence ; et deux jours après le magistrat, qui, parmi ses autres belles connaissances de Procédure pénale, sait qu'il ne doit pas cracher dans le plat où il mange, nous condamne à dix jours d’arrêt aux termes des articles 5 et 6 loi de PS et 434 Code Pénal ; en nous refusant même la liberté sous caution.'  » (Catanuto/Schirone, et 2009, pp. 69/70)

 

 

 

 

Ô frères de travail, compagnons de misère,
Qui aux lâches héros de l'or,
Donnez vos bras et vos forces;
Ô sœurs d'effort,
Ô compagnes de chaînes
Nées dans les tourments et dans les peines,
Et grandies dans la douleur.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,

Marchons, sans peur !
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

 

Nous fécondons la terre ;
Sueur et pleurs, nous versons 
Pour orner de riches parures

Cette infâme civilisation.
Les mines et les ateliers,
Les rizières, les champs, les océans,
Nous ont vu peiner
Pour le bonheur des puissants.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,

Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

Les patrons nous ont volé
Notre salaire et notre vie,
Tout le bonheur, ils nous ont ôté,
Tout espoir et toute envie.
Nos sœurs, ils ont séduites
Ou par la faim, ils les ont obligées,
Puis abandonnées ensuite,
Sans pain et déshonorées.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,

Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.


Les messieurs nous ont promis
Lois équitables et douce affection
Et les prêtres nous ont dit
Qu'au ciel, la joie nous aurons.
Et entre-temps sur cette terre
Pour nous pauvres, c'est l'enfer ;
Pour les riches, la joie profonde,
Dans la vie et dans la tombe.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,

Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.


Quand nous demandions le pain et la science
Ils nous jetèrent au visage
Insultes, menaces et dédain
Nous refusant la science et le pain .
Quand rebelles au joug austère,
Nous oubliâmes les prières,
Ils nous ont entrouvert leurs prisons
Et rebelles en vain, nous pestons.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,

Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

 

Quand nous descendîmes dans la rue,
Des frères armés pour la guerre
Vinrent affronter les colères

De nos frères mutinés.
Tandis que les riches des palais,
Pour qui nous les avons édifiés,
Sans remords et sans pitié,
Nous ont fait mitrailler.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,

Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.


Chantons et levons le bras
Contre les lâches et les rois ;
Rebellons-nous face aux absurdités
D'une hypocrite société.
Au-delà des mers et par-delà les monts
Tenons nos bataillons serrés,
Sus, combattons, combattons
Pour notre humanité.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,

Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

 

Levons nos enseignes,
Agitons nos drapeaux ;
Les étendards noir et rouge
De notre vaillant âge nouveau.
Combattons pour la justice
Avec l'ardeur de l'espérance,
Pour l' humaine fraternité,
Pour l' humaine liberté.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,

Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

 

Combattons tant qu'un opprimé
Sous le poids de la croix
Élève vers sa faible voix
Tant qu'un oppresseur pourra régner.
Que bien haut le soleil lumineux brille
De l'Idéal solennel pour toujours…
Vive le soleil de l'Anarchie,
Tout en paix et tout amour.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,

Debout, sainte canaille,

C'est la chanson de l'avenir.

L'HYMNE DE LA CANAILLE OU MARCHE DES REBELLES
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Marco Valdo M.I.
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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 17:53

HYMNE DES TRAVAILLEURS

 

(CHANT DE GUERRE)

 

 

 

Version française – HYMNE DES TRAVAILLEURS (CHANT DE GUERRE) – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson italienne (sur l'air de la Marseillaise) – Inno dei lavoratori (Canto di guerra) – Pietro Gori – 1892

 

Chanson écrite par Pietro Gori dans la prison de San Vittore, à Milan, arrêté pour sa participation à la manifestation du Premier mai pendant lequel, comme il arriva tous les ans dans la décennie 1888-1898, il avait éclaté le énième affrontement dur entre les travailleurs et la police.

 

 

 

 

Vois, Lucien l'âne mon ami, ceci est un chant de combat, écrit par Pietro Gori sur l'air de la Marseillaise… en 1892, soit un siècle après la chanson des volontaires de l'Armée du Rhin, des paysans, des ouvriers - les fameux citoyens - appelés « Aux armes ! » pour assurer leur autodéfense et créer un avenir de liberté, d'égalité et de fraternité. Un avenir qui se fait certes encore attendre et donne toute leur obsédante actualité à ces chansons.

 

Il vaut la peine, je le pense bien, de prendre connaissance de ces chants anciens. 

 

Même si leur langue est celle d'un autre temps et impose de lire attentivement, avec tout le recul nécessaire, le texte original. Il s'agit d'apprendre à lire dans sa propre langue et de se réapproprier ses mots. C'est un effort, peut-être… Mais quel bénéfice on en tire en finale. Mieux connaître sa langue, c'est aussi mieux se connaître, mieux penser.

 

Et cela entraîne loin du bêtisme bêtifiant des petits et des grands écrans… C'est aussi une des raisons pour lesquelles il me plaît de saluer les Chansons contre la Guerre et ceux qui les ont conçues. Cela dit, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde infantile, gâteux, bêtifiant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Ô prolétaires qui vendez bras et pensée
Aux rois tyrans de l'or, prenez
Les armes pour la justice et la vérité.

Relevez vos têtes obstinées.
Le vieux monde déjà croule en ruines
Et à l'horizon monte l'aurore
Où l'idée rebelle marche marche
Aux armes les miséreux, l'heure est arrivée ! …

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons

L'égalité
L'humaine fraternité

Et la sainte liberté.

Et la sainte liberté.

Nous avec nos longues sueurs par les plaines et les vallons
Nous fécondons les blonds champs de moisson.
Nous, pour le ventre de messieurs avides 
Nous travaillons le ventre vide.
Nous fabriquons leurs palais magnifiques
Et nous avons à peine un grenier, une mansarde.
L’oisiveté des riches aurait joie et aise
Et nous, honte et misère et de tristes cambuses.

 

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons

L'égalité
L'humaine fraternité

Et la sainte liberté.

Et la sainte liberté.

 

Messieurs, elle devient trop amère
Votre coupable boisson et elle nous brûle la bouche.
Le calice est plein, l'heure est solennelle
Et la mesure du chagrin déborde.
Aux armes, aux armes, hérauts inquiétants
Et détruisons cette vorace oppression.
Ô vaillants travailleurs, ô forts bataillons,
Pour la grande rébellion, en avant ! …


Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons

L'égalité
L'humaine fraternité

Et la sainte liberté.

Et la sainte liberté.


Si nous fûmes toujours patients et courtois
Face à chacune de vos impitoyables menaces,
Patrons honnêtes, paisibles bourgeois
Avancez et regardons-nous en face.
Il y a tant de temps qu'opprimés, exploités
Tristes, nous ravalâmes les douleurs et les peines
Mais désormais voyez, nous nous sommes comptés ;
Nous sommes forts et nombreux et nous brisons nos chaînes.


Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons

L'égalité
L'humaine fraternité

Et la sainte liberté.

Et la sainte liberté.

Notre ouvrage méticuleux a habillé

De pourpre et d'or vos dames.
Pour vous, nous créâmes par un dur métier
Les vases et les cristaux lumineux de vos dîners
Mais sous le vent glacé de l'hiver,

Vont tristes et mal fagotées, nos femmes.
Martyrs condamnées vives à l'enfer,
Elles tremblent de froid, chaque jour les affame.


Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons

L'égalité
L'humaine fraternité

Et la sainte liberté.

Et la sainte liberté.

Nous arpentons les océans immenses
En défiant la colère de mille tempêtes
Et nous vous rapportons de lointains rivages
Des bijoux et des étoffes ornées de gemmes
Et entre temps vous par des menaces et des promesses
Vous avez violé et nos sœurs et nos filles
Et nous couards courbant nos échines, 
Nous offrons des richesses à qui nous vole la vie.


Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons

L'égalité
L'humaine fraternité

Et la sainte liberté.

Et la sainte liberté.


Lorsque les nations seront sœurs
Et les vieilles haines jetées et détruites
Une famille de bons et de sages cœurs
Bénéficiera des choses par tous produites.
Il n'y aura plus qui paressant s'empiffre et dévore
À côté de celui qui se fatigue pour produire.

Pour tous pain, travail et amours libres.

Plus jamais les ténèbres, mais la science, mais la lumière.


Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons

L'égalité
L'humaine fraternité

Et la sainte liberté.

Et la sainte liberté.

Plus de maîtres ni de serviteurs, mais entre égaux

Des mains fraternellement données,
Des idées d'amour, de grands tableaux,
Des pensées par le seul humanisme éclairées 
Et passera sur la libre terre
Un souffle pur de calme et de vie.
Plus jamais l'atroce chanson de la guerre,
Mais la joie immense, mais la paix infinie.


Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons

L'égalité
L'humaine fraternité

Et la sainte liberté.

Et la sainte liberté.


Et seulement alors parmi les pures et belles
Mélodies du joyeux jeune siècle
À nos pieds, nous jetterons la hache
Pour contempler la danse du monde
Et avec le flambeau levé, chantant
L'hymne entonné le jour des colères
Parmi les splendeurs de ce jour mémorable,
Nous saluerons le radieux avenir.


Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons

L'égalité 
L'humaine fraternité

Et la sainte liberté.

Et la sainte liberté.

 

 
HYMNE DES TRAVAILLEURS  (CHANT DE GUERRE)
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Marco Valdo M.I.
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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 18:55

La Marseillaise

 

Chanson française – Claude Joseph Rouget de Lisle – 1792

 

 « noï non siamo cristiani, siamo somari », il n'y a pas l'ombre d'une hésitation : Primum vivere.

 

 

Version Marthe Chenal 1915 : https://www.youtube.com/watch?v=pks2kV6EjG0

Version « La vie en rose » : http://www.youtube.com/watch?v=EIzzugI7Tdo

Version Roberto Alagna : http://www.youtube.com/watch?v=fqZ4GQ5ZPME

Version officielle – par une chorale militaire : https://www.youtube.com/watch?v=QY8tdnqdPwI

Version chantée par Mireille Mathieu : https://www.youtube.com/watch?v=SIxOl1EraXA

Histoire de la Marseillaise : http://www.youtube.com/watch?v=H9UIIlutkxg

Version Django Reinhardt : http://www.youtube.com/watch?v=QyjJ3ThpRkA

Version Groupe Oberkampf : 1984 : http://www.youtube.com/watch?v=i1ORXrQ6r9k

Version Marseillaise Greame Allwright : http://www.youtube.com/watch?v=OPMWD29OyVg

Version Catherine Ribeiro : http://www.youtube.com/watch?v=sb98k32vlzo

 

 

 

S'il y a bien une chanson contre la guerre, Lucien l'âne mon ami, c'est la Marseillaise et je suis fort étonné de ne pas la trouver ici dans la page d'accueil, juste à côté de L'Internationale. Avec toutes ses traductions. Non seulement, c'est une chanson contre la guerre et les envahisseurs, mais c'est aussi, un chant revendiqué par les révolutionnaires de tous pays. Wiki remarque d'ailleurs ceci : « La Marseillaise a été traduite dans pratiquement toutes les langues du monde, comme chant révolutionnaire et de résistance, notamment dans les camps de concentration nazis. » Elle joue d'ailleurs encore aujourd'hui un rôle très important dans la mémoire de la Révolution française et dans celle des droits de l'homme qui y furent conquis et instaurés. Il suffit d'écouter une fois cette Marseillaise pour comprendre qu'elle prend aux tripes populaires et qu'elle exalte en réalité – dans son langage de 1792 – le triptyque essentiel : Liberté-Égalité-Fraternité, que les paysans et les ouvriers de la France d'alors ont imposé au fronton de tous les bâtiments publics de France et comme devise de la République, même si cela ne plaît pas aux riches et aux puissants.

 

 

Et s'il n’en restait que cela : la Marseillaise et ces principes, ce serait encore grandiose, dit Lucien l'âne en relevant le front.

 

 

Je rappelle – à toutes fins utiles – que je ne suis pas Français, dit Marco Valdo M.I. ; ça a une certaine importance, comme tu vas le voir. Cependant, le français est ma langue, c'est dans cette langue que vit ma culture et donc cette Marseillaise n'est pas pour moi un hymne officiel d'une République à présent abâtardie. Pour moi, la Marseillaise est cette chanson qui a bouleversé bien des peuples, qui a nourri l'imaginaire de bien des révoltés… et qui le fera encore.

 

 

Je pense que tu as raison et l'Internationale a connu le même destin ; elle fut ramenée de chant révolutionnaire français à hymne national soviétique. Et révolution pour révolution : un destin aussi trahi est advenu à la Révolution russe qui fut capturée, violée, bafouée, maquillée, phagocytée vampirisée, et in fine, revendue à perte par les tsars particratiques qui se sont succédés jusqu'aujourd'hui. Tout ça n'empêche pas  l’Internationale d'être encore aujourd'hui un chant qui a sa place dans la Guerre de Cent Mille Ans et d'être revendiquée comme tel par les révoltés … Un destin similaire a touché la révolution mexicaine, les chemises rouges de Garibaldi…

 

 

En effet, Lucien l'âne mon ami, et il en va de même de la Marseillaise. On a beau vouloir en faire un hymne officiel pour l'anesthésier, elle reste ce qu'elle est : un magnifique appel à l'autodéfense populaire. Et puis, un peu de réflexion amène à voir que la Marseillaise – d'abord Chant des volontaires de l'Armée du Rhin – n'est pas un chant de militaires, elle n'a rien de pompeux ou de guindé ; et certainement, rien de soumis à une autorité. C'est un chant de gens du peuple, de paysans, d'artisans, d'ouvriers partis volontairement à la guerre pour défendre leur république, pour défendre le peu de dignité et de liberté qu'ils venaient de conquérir, choses que les puissants et les riches détestaient au plus haut point. Il s'agissait tout simplement de résister à un étranglement, à une lapidation, à une croisade. Qu'ils se soient ensuite fait avoir, qu'ils aient été roulés dans la farine, qu'ils aient été trahis, qu'ils se soient fait enfermer à nouveau dans les lois des puissants, tout cela ne remet pas en cause le caractère libératoire de leur combat et de leur chant.

 

 

Si je t'ai bien compris, reprend Lucien l'âne, dans cette Marseillaise, il s'agit d'autodéfense et de résistance – Ora e sempre, Resistenza ! 

 

 

Exactement et ce n'est donc pas parce que les riches et les nantis l'ont mise dans une cage dorée d'hymne national que la Marseillaise devrait leur être abandonnée. Il nous revient à notre tour de prendre sa défense et de lui rendre sa place parmi les chansons de résistance et de révolte. C'est d'ailleurs un hymne national assez étrange, si on le compare à ceux de ses principaux voisins, cette Marseillaise fait décidément mauvais genre, elle vous a un parfum révolutionnaire, elle sent la canaille.

 

 

C'est vrai, dit Lucien l'âne, elle au moins, elle ne fait pas l'apologie des rois et des puissants, elle ne veut pas avec l'aide de Dieu sauver le roi ou la reine (God save the King, the Queen...), elle ne prétend pas dominer le monde ou l'océan (Rule, Britannia!), elle n'entend pas être « au-dessus de tout et de tous dans le monde » (Deutschland über alles in der Welt), c'était le rêve d'Otto ; en fait, il s'agit d'une partie de l'hymne allemand qui heureusement n'est plus officiellement d'actualité ; mais qui le fut très longtemps et à présent encore, il y a des nostalgiques. Il y a donc une aberration dans les Chansons contre la Guerre à ne pas donner sa place à la Marseillaise… À l'égal de l'Internationale, dont elle est d'ailleurs la source d'inspiration.

 

 

Parfois, dit Marco Valdo M.I., certains hypocrites s'insurgent contre son caractère sanguinaire et ce « sang impur abreuve nos sillons » les chatouille… Mais ce « sang impur » n'abreuverait jamais les sillons, s'il n'était venu jusque là avec des intentions criminelles. ce sang impur, impur car criminel, n'est rien d'autre que celui des envahisseurs et des armées des monarques de toute l'Europe, venus châtiés ces insolents gens du peuple. Si on veut transposer l'expression en d'autres lieux et d'autres temps, par exemple, ce sang impur rien d'autre et pour des raisons criminelles analogues que celui des troupes félonnes de Franco en Espagne, des SS de Kesselring en Italie, des miliciens de la République de Salò, des troupes des colonisateurs en tous genres et de tous temps. Il faut savoir parfois de quel côté on se place … Soit du côté des tueurs, soit du côté des gens qui se défendent contre ces bandes sanguinaires. Comme tu le vois, la Marseillaise, c'est le chant des partisans, le chant des gens du peuple, des paysans contre les armées professionnelles, contre les troupes mercenaires ou contre les croisades… Toute l'Amérique latine voit, depuis longtemps, cet affrontement entre les populations (généralement paysannes ; ouvrières où il y a des ouvriers) et les armées « nationales » au service de l'étranger. Pour parler comme Ulenspiegel, la Marseillaise, c'est un chant des Gueux.

 

 

Il me vient à l'idée, Marco Valdo M.I., que pour comprendre cela, il suffit que l'on songe un instant à l'Asie et au Moyen-Orient… Imagine que certains se mettent à chanter la Marseillaise en Arabie Saoudite ou en Syrie, ou… les Kurdes, par exemple.

 

 

La Marseillaise, c'est le chant de la Révolution française à ses débuts. C'est la réponse des paysans et des ouvriers à l'agression préparée, planifiée, organisée et déclenchée par les puissants et les riches dans le but d'éradiquer ce mauvais exemple de libération populaire. Il leur faut écraser cette hérésie républicaine et sociale afin d'empêcher toute contagion. Car, vois-tu Lucien l'âne mon ami, il faut replacer la Marseillaise dans son cadre réel, c'est-à-dire la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres afin de conserver leur domination, de poursuivre l'exploitation, de faire croître leurs richesses et de pérenniser leurs privilèges, de restaurer et de maintenir l'ordre établi.

 

 

On ne saurait mieux la décrire. Ainsi, la Marseillaise est un chant pacifique. En fait, ce que les petites gens, la valetaille comme ils disaient dans les cours, voulaient, c'est de pouvoir tout tranquillement vivre leur vie. La question est centrale pour les Chansons contre la Guerre : fallait-il vraiment que ces gens qui avaient mis fin au servage, conquis leur dignité humaine – eux qu'on considérait du haut comme des bêtes et souvent moins encore, et qui souhaitaient simplement une société libre, égalitaire et fraternelle, fallait-il qu'ils se laissent à nouveau « domestiquer » ? Et ma réponse d'âne est tout carrément : Non !

 

Évidemment, quelle autre réponse peut-on honnêtement envisager ? La Marseillaise, il faut voir ce qu'elle dit et surtout, à qui elle dit. On ne saurait incriminer l'agressé – ici, les petites gens de France afin de gommer la responsabilité de l'agresseur. Et l'agresseur, le tueur, le massacreur, la bande d'assassins et de prédateurs n'est pas celui chante la Marseillaise, ce sont ceux à qui elle s'adresse. Il ne faut pas confondre les époques : au moment où se conçoit la Marseillaise, la Révolution française n'est pas encore infectée d'ambitions impériales. Cela ne viendra que par la suite. Et pour comprendre la suite, Lucien l'âne mon ami, il me semble qu'il convient de lire La Ferme des Animaux de George Orwell. Il va se produire, ce qui s'est produit dans toutes les révolutions jusqu'à aujourd'hui : les plus avides prendront le pouvoir. Ceci jette un autre regard sur la révolution française et la Marseillaise : la libération populaire va être congelée, avalée, domestiquée, exploitée par la réaction des riches, anciens et nouveaux, revenus ou parvenus. Après la grande marée, il y eut le ressac terrible et trompeur. Oh, ce n'est pas la paix qu'il amène, ce retour au calme. Bien au contraire, il impose l'écrasement de tous les espoirs.

 

Et le résultat pour les petites gens, comme dit Boris Vian, on vit comme ça jusqu'à la prochaine fois. Tout à l’heure, on évoquait ici les Kurdes. Appliquons un instant à ce cas contemporain et singulièrement, par exemple, aux femmes de Kobané. Doivent-elles, elles qui vivaient pacifiquement et qui ne souhaitaient que vivre tranquillement leur vie quotidienne, doivent-elles au nom du pacifisme se laisser violer, assassiner, esclavager par l'envahisseur ? Autrement dit : oui ou non, ont-elles le droit à l'autodéfense, c'est-à-dire à faire ce que précisément propose la Marseillaise ? À mes yeux d'âne, ma « noï non siamo cristiani, siamo somari », il n'y a pas l'ombre d'une hésitation : Primum vivere.

Certains, me dira-t-on, fuient et bien évidemment, c'est une excellente solution quand on peut l'appliquer. Fuir, là-bas fuir à condition qu'il y ait un refuge accessible quelque part et qu'on eait le temps et les moyens. On le voit bien avec les émigrants actuels sur les routes de Turquie et d'Europe. Les paysans pauvres n'ont pas pu fuir… Et puis, où donc auraient-ils pu fuir ces paysans de France ? Chez leurs agresseurs ? Dans les bras de l'envahisseur ? Là-bas où les riches et les nobles avaient trouvé refuge et avaient constitué les armées qui venaient les massacrer ? Il suffit de se mettre un instant dans pareille situation pour crier aussi : « Aux armes, citoyens ! »

 

Je le pense aussi, Lucien l'âne mon ami, il n'y a pas d'autre solution. Cela dit, poursuivons. Comme tu le sais, on a rajouté deux couplets aux 6 couples originels. Et pour percevoir le caractère particulier de chant populaire de la Marseillaise, il suffit de voir combien ces couplets rajoutés (les deux derniers et surtout le dernier, dit le chant pour les enfants) sont faibles, d'un autre ton, patriotards et hautement stupides. Eux ont une allure officielle et tentent de dévier le sens vers ce pâté d'alouettes qu'est l'union nationale autour des concepts d'Honneur, de Patrie et d'une France momifiée et repliée sur elle-même et ses institutions. Regarde bien, Lucien l'âne mon ami, ce glissement de sens et remarque que ce sont les seuls couplets qui font appel à ces hochets… Il est d'ailleurs question en hauts lieux de faire une Marseillaise émasculée, châtrée, affadie ; neutre, en quelque sorte, plus présentable, plus politiquement correcte, plus « soft », plus BCBG. En fait, et c'est bien la preuve de son caractère populaire, ils ne l'ont toujours pas digérée, cette chanson et sa révolution. Pour le reste, les autres couplets, ils valent pour n'importe quel homme dans le monde qui lutte pour sa libre dignité… d'où qu'il soit et contre qui il lutte. En ce sens, elle est proche de l'Internationale, car pour la Marseillaise aussi, il n'y a qu'une seule nation, une seule Patrie (au sens premier, de lieu paternel) : la Terre sans frontières.  

 

 

Et puis, je m'étonne d'ailleurs que tu n'aies pas présenté cet argument, il y a déjà plein de Marseillaises dans les CCG… plein d'autres, mais pas l'originale, celle qui leur a donnée vie à toutes… Et comment savoir en quoi, pourquoi et comment ? Et comment comprendre que des auteurs, des révoltés s'en inspirent, si l'on ne connaît pas la Marseillaise d'origine, celle de Rouget de Lisle ? Enfin, l'omission est réparée et nous pouvons reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde plein de frontières, d'envahisseurs, de paysans en révolte et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Allons enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie
L'étendard sanglant est levé,

L'étendard sanglant est levé.
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras
Égorger vos fils, vos compagnes !

 

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

 

Que veut cette horde d'esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers dès longtemps préparés ?

Ces fers dès longtemps préparés ?
Français, pour nous, ah ! quel outrage !
Quels transports, il doit exciter !
C'est nous qu'on ose méditer
De rendre à l'antique esclavage !

 

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

 

Quoi ! des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers !

Terrasseraient nos fiers guerriers !
Grand Dieu ! par des mains enchaînées
Nos fronts sous le joug se ploieraient
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées !

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

 

Tremblez, tyrans et vous perfides
L'opprobre de tous les partis,
Tremblez ! vos projets parricides
Vont enfin recevoir leurs prix !

Vont enfin recevoir leurs prix !
Tout est soldat pour vous combattre,
S'ils tombent, nos jeunes héros,
La terre en produit de nouveaux,
Contre vous tout prêts à se battre !

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

 

Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups !
Épargnez ces tristes victimes,
À regret s'armant contre nous.

À regret s'armant contre nous.

Mais ces despotes sanguinaires,
Mais ces complices de Bouillé,
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !

 

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

 

Amour sacré de la Patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs
Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs !

Combats avec tes défenseurs !
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !

 

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

 

« Couplets des enfants »

 

Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n'y seront plus,
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus

Et la trace de leurs vertus
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

Enfants, que l'Honneur, la Patrie
Fassent l'objet de tous nos vœux !
Ayons toujours l'âme nourrie
Des feux qu'ils inspirent tous deux.

Des feux qu'ils inspirent tous deux. 
Soyons unis ! Tout est possible ;
Nos vils ennemis tomberont,
Alors les Français cesseront
De chanter ce refrain terrible :

 

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !

La Marseillaise
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Marco Valdo M.I.
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