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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 22:52

PSAUME 

 

DE CHEZ NOUS ET DES ÉMIGRANTS

 

 

 

 

Version française – PSAUME DE CHEZ NOUS ET DES ÉMIGRANTS – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson italienne – Salmo alla casa e agli emigranti – Rocco Scotellaro – 1952


In “L'universo contadino e l'immaginario poetico di Rocco Scotellaro”, de Giovanni Battista Bronzini, Edizioni Dedalo, 1987.
Dans la section intitulée « Quaderno a cancelli » d
recueil « È fatto giorno. 1940-1953 », Milan, Mondadori, 1954.

 

 

 

Le Jules César sur la route de l'émigration de l'après-guerre
Direction : de Naples, Gênes vers Rio de Janeiro, Buenos Aires

 

 

Après avoir vu ses compatriotes s'embarquer à Naples, Rocco Scotellaro, s'est posé le problème de la forme poétique la plus apte à exprimer l'angoisse de qui voit se répéter l'exode biblique. Il le résolut par le psaume : « Épique : sonne faux, maintenant. Élégie : c'est trop facile. Ode : pour qui et quoi ? Sonnet : il faut de la paix et beaucoup de jours d'incubation, pas des rimes, du fait. Chanson : je suis seul. Discours : idem. Epicedio (chant funèbre en présence du mort ; en français, parfois, thrène, mais en fait, le thrène (treno en italien) se chante en l'absence du mort) : les morts sont froids. Psaume : je suis en train d'y arriver, mais l'inconnu est lointain. Allons pour une sorte de Psaume… »


 

Face à la misère croissante, les campagnes d'Italie se dépeuplent et des millions de « paysans » (dans la chanson compatriotes) émigrent. Nous sommes vers 1950 et cette hémorragie dure depuis des dizaines d'années. C'est là un des effets amplifié de la période fasciste et de la politique nataliste couplée à l'effondrement économique résultant de l'autarcie et de la guerre.

Pour Rocco Scotellaro, ce dépeuplement pose un double problème.


 

Mais pour commencer, je pense qu'il est bon de rappeler qui est Rocco Scotellaro…


 

C'est ce que j'allais faire. Donc, Rocco Scotellaro est une personne hors du commun et en même temps, c'est un de ces pauvres gens du Sud ; en l'occurrence, la Lucanie. Personne hors norme, il va se faire la voix des sans-voix, la voix des siens, la voix de ces éternels taiseux, ces taciturnes que sont les « terroni », les « braccianti », les « somari », peu importe le nom qu'on leur donne. Cela va l'amener à parcourir un itinéraire de vie à double voie : celle du combat politique contre les partisans de l'immobilisme, essentiellement les « grands propriétaires » et leurs obligés et celle, plus forte, plus intime, de la poésie. La première de ces voies le conduira à assumer le rôle de maire socialiste de sa ville : Tricarico ; la seconde fera de lui un des poètes les plus poignants de la condition paysanne, un homme qui souffrira de la mort lente de ce monde où il est né et a toujours vécu. Il y a chez Rocco Scotellaro un attachement à son monde tout entier tenu dans les « argiles » lucaniens.


 

Dis-moi maintenant, parle-moi maintenant, Marco Valdo M.I. mon ami, de ce poème, de cette chanson…


 

J'y viens. J'y viens. En premier, comme tu as pu le comprendre de la petite citation de Rocco Scotellaro rapportée ci-dessus, il s'agit là d'un psaume : chose héritée de la poésie grecque de l'antiquité. Un chant psalmodié, c'est-à-dire (ici) une lamentation à caractère collectif, qui en principe, est accompagnée ou soutenue par une musique instrumentale. L'instrument, du moins à l'origine, est le psaltérion – un instrument à cordes, muni d'une caisse de résonance ; on le dit ancêtre du clavecin.

 

 

Oui, oui, dit Lucien l'âne en souriant. J'en ai déjà entendu jouer ; c'était aux temps où Athènes rêvait, bien avant le cinéma muet.

 

 

J'en reviens à Rocco Scotellaro et à ce Psaume. Tout d'abord, le titre. En italien, c'est : « Salmo alla casa e agli emigranti » et j'ai donné un titre français : « PSAUME DE CHEZ NOUS ET DES ÉMIGRANTS ». En deux mots, « alla casa » signifie littéralement « à la maison », ce qu'on traduit aussi par « chez soi ». Mais, vois-tu Lucien l'âne mon ami, c'est un psaume à vocation collective et ni la maison, ni le chez soi ne rendaient cela. Alors, j'ai trouvé ce « chez nous » qui inclut aussi le psalmiste – i.e. Rocco Scotellaro lui-même, bien qu'il n'ait pas l'intention d'émigrer. Ce psaume est aussi « aux émigrants ». Car cette émigration est en fait un malheur. Non seulement, elle est un malheur en elle-même, mais en plus, elle crée du malheur. D'une part, l'émigration – pour la plupart des gens – n'est pas un voyage d'agrément, un départ souhaité ou désiré, sauf par désespérance ; elle résulte d'une situation malheureuse, tellement malheureuse qu'il faut fuir. Ainsi, pour résumer : on n'émigre pas par plaisir ; généralement, il faut des circonstances extrêmes pour abandonner son pays et les siens. Si l’émigration est un malheur, résulte d'un malheur, elle en crée aussi d'autres. Je cite pêle-mêle : la désertification du pays, la pénibilité du « voyage » (il suffit de regarder ce qui se passe actuellement aux entrées de l’Europe…) et le destin souvent très difficile à l'arrivée. En plus, et c'est un des thèmes évoqués par le Psaume, les émigrants laissent derrière eux un monde en ruines. Voilà ce que raconte cette chanson.


 

Bien. Découvrons ce psaume et ensuite, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde enclin aux migrations, incohérent, absurde et cacochyme.


 


 

Heureusement !


 


 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.


 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Courbés vers la terre, à la petite porte rongée de la maison,
Nous sommes ses enfants et la porte est chargée d'autres sudations,
Et la terre, notre portion, pue et flaire.

Ils me tuent, m'arrêtent, je mourrai de faim, étouffé
Car vent et poussière, sous la porte, brûlent la gorge ;
Aucune autre femme ne m'aimera, éclatera la guerre,
Croulera la maison, mourra maman et mes amis, je perdrai .

Mon pays va se dépeuplant, sans chansons embarquent 
Avec leurs trousseaux de chemises et de culottes, mes compatriotes.
Vont-ils attraper l'anneau ? Comme dans le jeu,
Sur des mulets bardés de couvertures, et avec leurs pertuisanes,
En file tendue sur le chemin, le jour de Saint Pancrace ?

Même vous, pères de la terre, vous partez laissant Ljour sous la porte plus noir que la fumée noire.
Que
lle lumière avez-vous léguée à vos enfants
Quand ils se retireront le soir ?

 

 

 

NOTE
(*) le jeu de l'anneau pendant la fête de San Pancrazio (« qui arrache, debout sur le mulet, l'anneau avec une longue perche, reçoit en prix un anneau d'or ») sert à « indiquer la disproportion entre le danger de tomber et le prix », la même disproportion inhérente dans l'acte d'émigrer, en laissant tout pour un destin obscur et inconnu…

 

 

PSAUME   DE CHEZ NOUS ET DES ÉMIGRANTS
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Marco Valdo M.I.
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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 23:47

Till, le roi Philippe et l'âne

Chanson française – Till, le roi Philippe et l'âne – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 9

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

 

 

 

 

Till sur son âne, toute la ville, traversa 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la neuvième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les huit premières étaient, je te le rappelle :

 

 

01 Katheline la bonne sorcière (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe (Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique(Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame (Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! (Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till (Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till (Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée (Ulenspiegel – I, XXXVIII)

Je profite de l'occasion pour faire remarquer cette numérotation particulière que je viens d'introduire : (Ulenspiegel – I, I), laquelle signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l'édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d'où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

 

C'est une fort bonne idée, dit Lucien l'âne. Je me demandais d'ailleurs comment savoir où trouver tous ces renseignements… Pour le reste que dit la chanson…

 

 

Comme tu t'en souviens certainement, Till et Philippe – il s'agit du roi Philippe – ont un rôle capital et antagoniste dans le récit imaginé par Charles De Coster, il y a près de 150 ans, déjà. Ils sont les deux pôles qui vont orienter toute cette histoire, elle-même assez complexe, tant elle entremêle de récits, de personnages et d'événements divers. On peut la lire de mille façons, sans doute. Mais ici, dans Ulenspiegel le Gueux, il s'agit essentiellement de l'affrontement entre le pouvoir et la liberté ; il est question aussi du véritable combat que mène l'Église contre la libre-pensée. Quant à Till et Philippe, ils seront cette fois encore les acteurs principaux. J'ai dit « cette fois encore », car il t'en souviendra, la première fois qu'on les mit en présence ici, c'était pour leurs naissances respectives et la chanson s'intitulait : « Till et Philippe ». Revoici donc une nouvelle rencontre, mais elle est bien différente, car Till et Philippe vont se voir et même, se parler.

 

 

Si c'est bien la rencontre à laquelle je pense, je crois bien que c'était à Anvers et figure-toi, que j'étais moi-même présent et bien placé pour en connaître.

 

 

Je me disais justement que ce devait être toi, cet âne qui accompagnait Till dans ses déambulations anversoises. Je pensais en écrivant cette chanson que cette entrée de Till à Anvers sur le dos d'un âne semblait avoir inspiré le peintre ostendais James Ensor pour son Entrée du Christ à Bruxelles, scène elle-même manifestement aussi liée à l'Entrée du Christ à Jérusalem, toujours sur le dos d'un âne.

 

 

J'y étais, j'y étais… Dans tous les cas, on ne saurait nier l'importance de l'âne en cette folle journée. Personnellement, j'en ai gardé un merveilleux souvenir. On a traversé la ville de part en part et je me vois encore allant rigolard avec Till sur mon dos et le valet qui court à mes côtés, tenant la bride. Et puis, ce qui s'est finalement passé sur la place avec tous ces gens.

 

 

Écoute, Lucien l'âne mon ami, laisse-moi quelques instants pour recadrer cette scène d'anthologie et en exposer les tenants et les aboutissants. Au début, on a donc, d'un côté, Till qui joue au fou à Bois-le-Duc, d'où sa réputation l'avait précédé jusqu'à Anvers, d'où on envoya le chercher. D'autre part, on a Philippe – entretemps, marié à la Reine d'Angleterre est devenu roi consort, sans aucun pouvoir personnel, ne « régnant » que par l'entremise de sa femme. Un fait difficile à accepter pour un Très Grand d'Espagne… Il s'en est d'ailleurs plaint à son père Charles Quint et ce dernier lui a promis qu'il se retirera bientôt et lui cédera sa place. En attendant, Philippe fait le tour de ses futures possessions. Il est reçu en grande pompe partout et partout, il promet ce qu'on voudra et qu'il en tiendra pas. Son entrée à Anvers condense donc toute cette équipée. Mais à Anvers, c'est le sens de la chanson, Till va lui montrer en même temps qu'au peuple assemblé combien leur jeu de dupes est ridicule et fonctionnez sur une immense crédulité (du peuple) et sur une immense hypocrisie (du futur roi). Et la chanson raconte fort bien tout ça…

 

 

Alors, passons à la chanson et puis, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde prometteur de beaux jours, d'avenirs radieux, de paradis futurs, crédule, croyant et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

« Pèlerin pèlerinant ne peut follier de séjour

Seulement par auberges et chemins »

Être fou, je veux bien, mais sans aucun détour

Car pluie ou soleil, chez moi, me ramène mon destin.

 

Philippe, triste roi consort d'Angleterre,

S'en vînt visiter son prochain héritage :

Hainaut, Brabant, hollande, Zélande et Flandres.

Il vivait à ce moment en son plus bel âge.

 

Froid était son royal visage

Roide était sa tête louche

Étroit son torse et torses ses jambes

Roide son parler pâteux de laine en bouche

 

Partout ce ne fut que festoiement

Partout il jura de maintenir les libertés civiles

Mais on vit bien à Bruxelles son faux serment

Sa main se croqua soudain sur l'évangile.

 

À Anvers, pour un triomphe et force fêtes,

On dépensa tant et plus et plus encore.

Pour le roi, on fit carnavals et cortèges.

Rien n'y fit, Philippe tirait une tête de mort.

 

La ville fit quérir un fol à Bois-le-Duc.

Connais-tu un tour pour faire rire Philippe le roi ?

Heer Markgrave, j'en tiens plus d'un trempé dans le suc.

Que comptes-tu faire ? Voler en l'air, une fois.

 

Par les rues, les places, les carrefours, on clama

Sonnant clairons, battant tambours, à haute voix

Aux signorkinnes, aux signorkes, on annonça

Le fol Ulenspiegel sur la place volera.

 

Till sur son âne, toute la ville, traversa

En robe cramoisie donnée par la commune.

Till et son âne, ornés de grelots et de soie,

Saluèrent bien bas le roi sur son estrade.

 

Till sur le toit, corneille sur la corniche,

Battait l'air de ses bras, mais il ne volait pas.

Là, il déclara à la foule et au roi :

Je me croyais seul fou, la ville en est pleine.

Till, le roi Philippe et l'âne
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Marco Valdo M.I.
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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 23:00

LIBRE

 

Version française – LIBRE – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson italienne – Il Libero – Nomadi – 1993

 

 

Tous se cherchent et ne se trouvent pas ; 

Mais

Ne se trouvent jamais. 

 

 

 


Normalité, folie, déviance sont seulement des mots vides, insensés. L'hypocrisie de celui qui n'accepte pas une manière différente d'être existe …

 

Ils lui ont enlevé son permis au motif, bien sûr,
Qu'il est entré dans le buffet avec sa voiture.
Lui ne se rend pas, il ne s'avoue pas vaincu du tout,
Il est fou.

 

Il n'a pas envie de résister à sa folie 
Dans son refuge commode, il se justifie.
Ne me forcez pas à travailler,

Je ne supporte pas d’être critiqué.

 

Il est resté ici, il n'a pas été militaire ;

Il ne supportait pas de dire : « À vos ordres !  ».

Il voyage par l'esprit, il se sent
Voler dans son voyage en dedans.

 

Appelez-la folie, si ça vous plaît.
Ce monde lui fait horreur et il le fuit.
Il se cache sous le lit

Et il ne se repent jamais.


Ils font des détours pour le confondre ;
Il n'est pas facile de les avoir, ils sont madrés ;
Mais avec quelque extravagance,
Il les forcera à renoncer.


Il ne va pas travailler car un fou ne peut pas ;

Si on lui offre un emploi,

Il répond : « Non ! Je n'en veux pas !», 
Il voyage par l'esprit, il se sent
Voler dans son voyage en dedans.
Fou sera celui qui

Ne comprend pas la folie 
De ne pas avoir su regarder autour de soi ; 
Mais quelle différence ?

Si dans le noir, tous se cherchent

Mais

Ne se trouvent pas ;

Mais
Ne se trouvent jamais.

Il n'est pas hors de la norme.
Sur son bulletin de vote ,
Il dessine des femmes nues 
À la poitrine ferme.
Ça ne lui va pas de juger. 
Il est libre. Il est léger.

 

Il ne doit pas, il ne s'essouffle pas, 
Il ne grossit pas, c'est un fou.
À ce jeu, il ne se prête pas ;
Ça ne lui va pas de faire le fou ;
Il est peut-être fou, mais idiot, il ne l'est pas.


Ils lui ont enlevé ses papiers
Car il n'est pas d'usage de laisser 
Circuler quelqu'un comme lui, 
Il voyage avec l'esprit,

Il lui semble qu'il se sent
Voler dans son voyage en dedans.

Fou sera celui qui

Ne comprend pas la folie 
De ne pas avoir su regarder autour de soi, 
Mais quelle différence

Si dans le noir, tous se cherchent

Mais

Ne se trouvent pas ; 
Ne se trouvent jamais.

Mais quelle différence si dans le noir
Tous se cherchent et ne se trouvent pas ; 
Mais

Ne se trouvent jamais. 
Non jamais.

 

Mais quelle différence si dans le noir
Tous se cherchent et ne se trouvent pas ;

Mais
Ils ne se trouvent jamais. 
Non jamais.

 
 
 
LIBRE
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Marco Valdo M.I.
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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 21:48

DANSE DU FOU

(POUR FRANCO MASTROGIOVANNI)

 

Version française – DANSE DU FOU (POUR FRANCO MASTROGIOVANNI) – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Ballo del matto (per Franco Mastrogiovanni) – Luca Ricatti – 2015

 

 

 

Francesco Mastrogiovanni, diFranco
Le maître (d'école) le plus haut du monde
Assassiné à l'hôpital

 

 

 

 


Toutes les fois que je chante en public «  Il ballo del matto » (le Bal du Fou)je prends quelques minutes pour raconter l'aventure de Franco Mastrogiovanni. Avant tout parce qu'en effet, si on ne connaît pas l'histoire, la chanson paraît un brin obscure. Et ensuite car c'est un événement qui doit être raconté.Dès lors, il est juste que j'écrivquelques lignes ici.
Pour commencer, Francesco Mastrogiovanni, diFranco, n'était pas du tout un fou. Iétait instituteur. De lui, ses élèves disaient qu'il était l’instituteur le plus haut du monde. Ce devait être une personne à l’intelligence vive, curieuse, très sensible. Sa nièce, la journaliste Grazia Serra, m'a écrit qu'elle était heureuse qu'on écrive des chansons pour se remémorer son oncle, parce qu'il « vivait de musique ». Et il aimait les livres. Et ensuite il avait de toujours des sympathies anarchistes. Pour les forces de l'ordre c'était un « anarchiste reconnu », définition qui pour eux équivaut à dire qu'il était une sorte de pestiféré. La peste de la libre pensée. C'est peut-être vraiment sa liberté de pensée qui est à l'origine des mésaventures qui ont marqué sa vie.


À l'été de 1972, à Salerne, il se retrouva involontairement avec deux copains anarchistes  dans une bagarre avec quelques militants de FUAN, association de jeunesse du Mouvement Social Italien (pour les plus jeunes : le MSI était un parti d'extrême droite, guidé par Giorgio Almirante ). Par malheur, la bagarre finit très mal : son ami Giovanni Marini poignarde à mort Carlo Falvella, pour défendre Mastrogiovanni, qui s'était pris un coup de couteau. En n'ayant aucune responsabilité dans la mort du néofasciste, Franco fit plusieurs mois de prison, avant être absous. Pour les forces de l'ordre, il restera toujours un dangereux subversif.
En 1999, il finit de nouveau en prison pour l'indicible faute d'avoir contesté une amende. Il fa
llut le procès en appel pour qu'il soit absous et dédommagé pour injuste détention. Et pour ne rien manqueril subit deux Traitements Sanitaires Obligatoires (TSO), en 2002 et en 2005.Suite à tout ce qui a subiil semble que Franco ait développé une vraie phobie pour les uniformes. Malgré quelques périodes de dépression, de toute façon, il vit une vie normale, travaille pendant l'année, va en vacances, l'été.


En 2009, il va passer les vacances dans le Cilento. La nuit du 30 juillet, il traverse en voiture la zone piétonnière de la commune de Pollica. Les agents de police signalent qu'il a provoqué un incident, ce qui n'est pas vrai. Mais cela suffit pour que le maire, Angelo Vassallo, signe l'autorisation d'une énième TSO (internement psychiatrique). Il pense que si quelqu'un est qualifié de « subversif bien connu » et a déjà subi deux TSO (internements), il est finalement très facile de penser qu'il a fait un acte fou, même s'il s'est seulement trompé route.

Le matin suivant Franco Mastrogiovanni est à la mer, à l'établissement de bains qui fréquente. Les agents de police arrivent subitement sur lui, ils l'ont aperçu en route et ils se sont lancés à sa poursuite. Il refuse de se livrer et dit au gérant de l'établissement : « S'ils me conduisent à l'hôpital de Vallo della Lucania, ils me tuent. » Ensuite il s'enfuit et il se jette à la mer. À terre, il y a les forces de l'ordre, les Gardes Côte et je ne sais pas combien d'infirmiers.
Lorsque à la fin, épuisé, il sort de l'eau et se rend aux hommes en uniforme, son unique forme de protestation consiste à chanter des chansons anarchistes.


Ils l'emmènent à l'hôpital San Luca de Vallo della Lucania, le sédatisent, ils le lient à un lit et le laissent là. Pour environ quatre-vingt-dix heures. Franco se regimbe, demande de l'aide, saigne des poignets. Mais rien à faire, pendant presque quatre jours, on le laisse dans cet état. Sa nièce Grazia – raconte-t-elle – va demander pouvoir le voir, ils refusent, on ne peut pas.
Dans la chambre où il a été mis Franco, il y a une caméra de sécurité. La caméra filme tout. Elle filme son agonie, elle filme le personnel soignant qui passe à côté de lui, elle filme la mare de sang sous le lit. Et elle filme sa mort.


Il y a eu un procès de premier degré avec des condamnations. Maintenant, c'est le procès d'appel. L'avocat de la défense a soutenu que Mastrogiovanni devait être contenu pour défendre sa santé. Jugez vous-mêmes.


De cette histoire, les mass media ont très peu parlé. Car Franco était anarchiste et les anarchistes, on le sait, sont imprésentables. Car des TSO (internements psychiatriques) et des maladies mentales, il n'est pas bien de parler à la TV. Car l'autorisation à TSO (d'internement), c'est Angelo Vassallo , qui l'a signée, lequel est considéré comme un héros (lorsqu'il fut assassiné à son tour par des tueurs inconnus), et qu'il n'est pas bien de raconter des histoires qui font tache sur la mémoire des héros. Pour tout ceci ou peut-être d'autres raisons, du cas Mastrogiovanni, on a parlé très peu. Et alors de temps en temps, quelque chanteur lui dédie une chanson. Je l'ai fait aussi.

 

 


Chansons dédiées à Franco Mastrogiovanni:

Mastrogiovanni d
'Alessio Lega
Ottantadue ore d
e Pierpaolo Capovilla
Canzone per Francesco d
e Davide Gastaldo
Ballo del matto (per Franco Mastrogiovanni) d
e Luca Ricatti

 

La mort s'est vêtue de blanc
Sans vergogne, elle ment.
Elle porte une blouse étroite
Et un stéthoscope pend sur sa poitrine.


La mort s'est vêtue de blanc
Qui lie et serre fortement
En poche un papier timbré
Qui enferme là celui qui est oublié.

 

La mort s'est vêtue de blanc.
Elle prescrit le tourment,
Elle impose la contention,
Elle signe la persécution.


C'est un abus de puissance,
C'est l'arrogance, c'est la suffisance
De celui qui sait en user
Sous couvert d'autorité.


Où est-il le fou,
Mais qu'a-t-il fait ?
Dans les vagues de la mer, il s'est réfugié. 
Voilà le fou
Mais qu'a-t-il fait ?
On ne sait pas, mais il faut l'arrêter.

Vienne une vague faire le bourreau ;
Que libre encore, il puisse se noyer.
J'aime mieux penser qu'il meurt dans l'eau
Que dans un hôpital enfermé.

Vienne une vague faire le bourreau
Que libre encore, il puisse se noyer.
J'aime mieux le penser mort dans l'eau
Que dans un hôpital assassiné.

De blanc se vêt la mort
Qui écrase même le plus fort.
Elle a un badge sur la poitrine
Et dispense la morphine.


Il est maintenant obligatoire
D'oublier cette histoire
Et beaucoup s'y sont pliés
Par respect de l'autorité.

Où est-il le fou,
Mais qu'a-t-il fait ?
Dans les vagues de la mer, il s'est réfugié. 
Voilà le fou
Mais qu'a-t-il fait ?
On ne sait pas, mais il faut l'arrêter.

Vienne une vague faire le bourreau
Que libre encore, il puisse se noyer.
J'aime mieux le penser mort dans l'eau
Que dans un hôpital prisonnier.

Vienne une vague faire le bourreau
Que libre encore, il puisse se noyer.
J'aime mieux le penser mort dans l'eau
Que dans un hôpital assassiné.

 


La mort s'est vêtue de blanc
Sans vergogne, elle ment.
Elle porte une blouse étroite
Et un stéthoscope pend sur sa poitrine.

DANSE DU FOU (POUR FRANCO MASTROGIOVANNI)
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Marco Valdo M.I.
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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 17:57

LA SÉCHERESSE


Version française – LA SÉCHERESSE – Marco Valdo M.I. – 2015

D'après la traduction italienne de Maria Luisa Scippa.

d'une chanson pugliese (italienne) – La siccità – Matteo Salvatore - 1970

 

 


Je guettais le ciel, la pluie n'est pas tombée
Et pas une larme pour mouiller la terre.
Le vent brûlant l'a toute séchée.

 

 

Je l'avais déjà traduite une fois [[38880]], mais cette version-ci est bien meilleure.

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 

 

Tous mes efforts se sont liquéfiés ;
J'ai semé le blé et je ne l'ai pas récolté.
Tout mon travail est gaspillé
Et l'infâme destin m'a condamné.


J'ai perdu toutes mes espérances :
Au fond du puits, s'en sont allées.
Ma fiancée, je la voyais en souffrance,
Tout le jour la tête penchée.
Je guettais le ciel, la pluie n'est pas tombée
Et pas une larme pour mouiller la terre.
Le vent brûlant l'a toute séchée.

La sécheresse est plus amère que la guerre.

 


J'ai perdu ma bien-aimée ; 
Morte, dans son cercueil, s'en est allée. 
Maudite soit cette sécheresse, 
Puisse le monde entier en être accablé, 
Maudite soit cette sécheresse, 
Puisse le monde entier sombrer.

LA SÉCHERESSE
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Marco Valdo M.I.
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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 20:22

SOLDAT

Version française – SOLDAT – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Soldato – Nomadi – 2004

 

Lorsque je l'ai entendue, parmi les diverses images évoquées, me sont revenus à l'esprit quelques photogrammes de Fahrenheit 9/11 de Michael Moore… J'ai pensé aux soldats pas de métier, de toute façon…

 

Dieu sait comme elle était belle

 

Au travers d'un verre de rhum ou de whisky,

La vie d'un soldat est seulement un détail,

Quelque chose d'indistinct qui vit

Dans un bref intervalle,

Un fragment un éclat du temps

Qui ne suffit pas pour lui dire adieu pourtant.

Dieu sait comme elle était belle et riait.

Chaque raison a sa guerre,

Prends le tort et reste et elle riait.

Dieu sait comme elle était belle.

 

Au travers d'un reportage télé,

La vie d'un soldat est un uniforme flambant.

Une photo, si orgueilleux, si gai,

Il pose près de sa maman avec son nouveau vêtement.

Un fragment, un éclat du temps

Qui ne suffit pas pour lui dire adieu pourtant.

Dieu sait comme elle était belle et riait.

Chaque raison a sa guerre.

Prends le tort et reste et elle riait.

Chaque raison a sa guerre.

Prends le tort et reste et elle riait.

Dieu sait comme elle était belle.

 

À travers un verre de fine,

La vie d'un soldat est seulement un détail,

Quelque chose indistinct qui passe

Dans un bref entracte, une faille,

Un fragment, un éclat du temps,

Qui ne suffit pas pour lui dire adieu pourtant.

Dieu sait comme elle était belle et riait,

Chaque raison a sa guerre.

Prends le tort et reste et elle riait,

Chaque raison a sa guerre.

Prends le tort et reste et elle riait,

Chaque raison a sa guerre.

Prends le tort et reste et riait,

Dieu sait comme elle était belle.

SOLDAT
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Marco Valdo M.I.
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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 12:03

ET NOUS, QUE FAISONS-NOUS ?

Version française – ET NOUS, QUE FAISONS-NOUS ? – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Noi che facciamo?Rocco Scotellaro – 1946

 

Poème de Rocco Scotellaro, publié en avril 1949 d’abord sur le « New York Times Magazine » et puis, sur l’« Avanti ».

Ensuite dans le recueil intitulé « È fatto giorno. 1940-1953 », publié en 1954, l’année qui suit la mort du poète. 
Mis en musique par le groupe Têtes de Bois dans leur disque intitulé « Avanti Pop » de 2007, le morceau s'intitule « Rocco et ses frères ». Malheureusement je n'en ai pas trouvé le texte ... mais le morceau bénéficie de la partecipation d’ « Il Coro dei Lucani » (Choeur des Lucains), constitué de Rocco De Rosa, Rocco Papaleo, Canio Loguercio, Ulderico Pesce et de Claudio Santamaria.

 

 

 

 

 


Et nous, que faisons-nous ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment dire, Lucien l’âne mon ami, combien Rocco Scotellaro est important à mes yeux et combien il est important pour la poésie, mais pas seulement… On peut y ajouter la chanson et aussi, le monde « au-delà d’Eboli », ce monde qui préexistait à l’influence du monde urbain (venu de l’Urbs) et de sa civilisation christiano-étatique. Car la voix de Rocco vient de là et c’était une voix qui prenait la parole contre l’immobilisme des territoires de Lucanie. Ceci m'impose une petite citation de Carlo Levi, qui de retour à Aliano – après la guerre découvre le nouveau monde se substituant à l’ancien : « … mi vienne incontro tutto il nuovo che andava nascendo in quella realtà, una storia chi cresceva come le persone o le piante che non contradicono, per le nuove foglie, la loro natura.

Questo nuovo ebbe per me un aspetto e un nome : il piccolo biondo e lentigginoso di unragazzo, che aveva in sé la qualità per essere, e lo fu, un gran poeta, il poeta della libertà contadina : Rocco Scotellaro ». Insiem a lui, una generazione di giovani, e un popolo intero che prendeva, nell’azione quotidiana, conscienza di esistere. » (Carlo Levi, Ritorno in Lucania in Le Tracce della memoria, Donzelli, Roma, 2002. pp. 127-128) et en français (le mien) : « … vînt à ma rencontre tout le nouveau qui naissait dans ce réel, une histoire qui croissait comme les personnes ou les plantes qui ne contredisent pas, par leurs nouvelles feuilles, leur propre nature.

Ce nouveau eut pour moi un aspect et un nom : le petit visage blond et parsemé d’éphélides d’un jeune homme, qui avait en lui la qualité pour être, et il le fut, un grand poète, le poète de la liberté paysanne : Rocco Scotellaro. Avec lui, une génération de jeunes, et un peuple entier qui prenait, dans l’action quotidienne, conscience d’exister. »

 

Tu imagines bien, Marco Valdo M.I. mon ami, que ce monde-là, je l’ai parcouru longuement et que je le connais bien. c’est mon monde, mais aussi celui de Till, de Sancho, des ânes et des sorcières : toutes figures de mon panthéon.

 

Ce sont aussi les figures du mien et mutatis mutandis, de celui de Rocco Scotellaro et de Carlo Levi, car on ne peut séparer ces deux amis et ces deux complices dans la défense des pauvres « somari » de Lucanie et d’ailleurs. Maintenant, je voudrais un peu parler de Rocco pour ceux qui ne le connaissent pas. De Rocco, mais pas seulement, comme tu vas le voir. On oublie un peu vite dans notre univers d’amplification électronique et de voix digitales, que le poète – en l’occurrence : Rocco Scotellaro – est véritablement la voix humaine, la voix des humains, la voix porteuse de la pensée, de l’émotion et du sentiment. Ainsi en allait déjà l’aède Homère, ainsi en a-t-il été de Rocco et son aura précède de beaucoup sa fin tragique. Rocco Scotellaro vient d’un monde analphabète, de ce monde des sans-voix, des perpétuels écrasés, des sempiternels méprisés… de ces « braccianti » (ces « bras ») que les sergents recruteurs des maîtres (des « padroni ») louaient à bon prix sur les places de village ; un peu comme à la criée. Pour les mener ensuite aux champs comme un troupeau.

 

La chose se voit encore aujourd’hui, même en Italie mais parmi les « somari » contemporains, on a mêlé les « sans papiers », les « réfugiés », les « immigrés »… en une sorte d’esclavage précaire. Toutes bêtes de somme et souvent, d’une autre couleur. Mais au fond, c’est pareil.

 

J’ajouterais volontiers : pas seulement en Italie. Toute l’Europe cherche cette main d’œuvre à bas prix, ces êtres « discount » et elle cherche à justifier pareille vilenie à coups de dispositions réglementaires. Pour en venir à la canzone elle-même, et singulièrement à son titre, il me paraît que cette question : « Et nous, que faisons-nous ? » (« Noi, che facciamo ? ») se pose à chacun tous les jours. Elle est un impératif de vie. Et ce n'est pas une question en l’air. On en voit tout de suite la portée si on la replace, comme le fait Rocco Scotellaro, dans cet affrontement continu qui se trouve au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] ; cette guerre que depuis des temps immémoriaux, les riches font aux pauvres pour asseoir leur domination par la peur, pour assurer leurs richesses par la loi du plus fort, pour étendre leurs privilèges par la persuasion et perpétuer l’exploitation qu’ils font des hommes et du monde par la propagande.  

 

Je ne peux qu’approuver Rocco Scotellaro et son interrogation, même si elle est angoissante, même si elle révèle combien cette condition des pauvres est difficile à renverser. Ce « Que faisons-nous ? » sonne comme un appel urgent à la fin de l’acceptation du monde tel qu’il est et tel qu’on veut le maintenir – tous pouvoirs confondus et tous alliés. Ainsi, il importe que nous reprenions notre tâche et que nous tissions le linceul de ce vieux monde méprisant, dominé, épuisé, morbide et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Ils nous ont crié la croix protège les maîtresPour tout ce qui arrive et même pour les chutesQui vont glissant sur les argiles.

Et nous, que faisons-nous ?

 

Muets, nous nous tenons, à l’aube, 
Sur les places pour être achetés
Le soir, le retour en files,
Encadrés par des cavaliers.
Ce sont nos camarades, la nuit,
Au bivouac, tous couchés avec les brebis.

 

Et nous, que faisons-nous ?

 

Nous ne pouvons pas nous grouper pour chanter,
Ni même nous lire les feuillets imprimés
Où on écrit du bien de nous !

Nous sommes les faibles des années lointaines
Quand les bourgs périrent dans les flammes
Du Château ruiné.
Nous sommes les fils des pères enchaînés.


Et nous, que faisons-nous ?


Nous sommes encore appelés
Frères dans les Églises
Mais vous avez votre chapelle
Personnelle d’où vous nous regardez.

Et cessez de nous toiser
Cessez de nous menacer
Même les troupeaux du corral s'échappent
Pour un brin perdu dans la neige.

Vous sentiriez notre dureté
Le jour où nous viendrons armés

Dans ce même château en ruines.
Même les troupeaux cassent les barrières
À cause de vous qui vous armez de votre rage.

Et nous, que faisons-nous ?

Pendant ce temps, nous chantons la chanson
De votre rédemption.
Car votre pouvoir nous entraîne
À l’abîme, au précipice.
Nous sommes les pauvres
Sages brebis de nos maîtres.

 

 

ET NOUS, QUE FAISONS-NOUS ?
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Marco Valdo M.I.
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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 21:23

LE MUSSOLINI

 

Version française – LE MUSSOLINI – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – Der Mussolini – D.A.F. (Deutsch-Amerikanische Freundschaft) – 1981

 

 

Écrite par Robert Görl e Gabriel "Gabi" Delgado-López Célèbre simple extrait de l’album “Alles ist gut”
 


Hitolini et Mutler

 

Connais-tu cette danse qui s’appelle : le Mussolini ? Et cette autre qui se nomme : l’Adolf Hitler ? Ou encore, celle baptisée : le Jésus-Christ ? Mais, Lucien l’âne mon ami, je vois ton œil troublé et je te sens un peu perturbé par le fait que j’ai mis ces danses au masculin. Je te comprends ; cependant, il y a des exemples de danses dont le nom est masculin : le tango ou le rock, par exemple et puis, les personnages auxquelles elles se réfèrent sont masculins eux aussi.

 

Oui, oui, c’est exact. La Hitler, la Mussolini ou la Jésus-Christ auraient sonné bizarrement aux oreilles et singulièrement, à mes oreilles d’âne si sensibles. Cela dit, je n’ai jamais entendu parler d’elles et a fortiori, je ne les ai jamais dansées. Remarque que j’utilise le féminin pour en parler, mais c’est une nécessité, si on veut les distinguer des personnages dont elles portent le nom. En tous cas, elles me paraissent fort étranges et à propos, comment les danse-t-on ?

 

À vrai dire, je n’en sais rien non plus. On agite le derrière, on tourne, on s’agenouille, on tape dans les mains… sans doute en suivant une cadence. A-t-on une cavalière ? Ou sont-ce là de ces danses où l’on se trémousse en solo. Peu importe, l’essentiel est ailleurs. Il est dans le texte. Ces danses allemandes décrivent en réalité le fonctionnement de la société dans laquelle elles ont été conçues. Et comme la chanson date d’il y a un tiers de siècle, on pourrait croire qu’elle n’a plus de lien avec le monde présent. Que nenni ! Et elle ne concerne pas seulement son pays d’origine, en raison-même de l’expansion du rêve d’Otto, elle a tendance à s’imposer à l’ensemble des pays englobés dans la Grande Europe, ultime réalisation continentale du Grand Pays, imaginé, rêvé, projeté, espéré et voulu par le Chancelier.

 

Il y a là matière à réflexion… Même si pour l’instant, une certaine confusion semble vouloir brouiller le paysage. Enfin, nous verrons bien la suite ; mi, je ne suis pas devin. Mais quand même, on devrait faire quelque chose et de ce fait, il me semble qu’il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde dansant, oscillant, balançant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 


Mettez-vous à genoux

Tapez dans vos mains

Bougez les hanches
Et dansez le Mussolini
Dansez le Mussolini
Dansez le Mussolini

 

Tournez à droite,
Tapez dans vos mains
Faites l’Adolf Hitler
Dansez l’Adolf Hitler
Dansez l’Adolf Hitler
Dansez l’Adolf Hitler

 

Et maintenant le Mussolini
Agitez votre derrière
Agitez votre derrière
Tapez dans vos mains
Dansez le Jésus-Christ
Dansez le Jésus-Christ
Dansez le Jésus-Christ


Mettez-vous à genoux
Tournez-vous à droite
Tournez-vous à gauche
Tapez dans vos mains
Dansez l’Adolf Hitler
Dansez le Mussolini
Et maintenant le Jésus-Christ
Et maintenant le Jésus-Christ
Et maintenant le Jésus-Christ

Tapez dans vos mains

Dansez le communisme

Maintenant le Mussolini

Et maintenant à droite

Et maintenant à gauche.

Dansez l’Adolf Hitler

Dansez l’Adolf Hitler
Dansez le Mussolini

Dansez le Mussolini

Dansez le Jésus-Christ
Agitez votre derrière
Balancez vos hanches
Tapez dans les mains
Dansez le Jésus-Christ
Dansez le Jésus-Christ
Et maintenant le Mussolini
Et maintenant l’Adolf Hitler
Donnez-moi la main
Donnez-moi la main

 


Et dansez le Mussolini
Dansez le communisme 
Dansez le communisme 
Et maintenant le Mussolini 
Et maintenant le Mussolini 
Et maintenant l’Adolf Hitler 
Et maintenant l’Adolf Hitler 
Et maintenant le Jésus-Christ
Et maintenant le Mussolini
Et maintenant le communisme
Et maintenant l’Adolf Hitler
Et maintenant le Mussolini 
Et maintenant le Mussolini 
Faites le Mussolini
Dansons l’Hitler 
Dansons l’Hitler 
Et mettez-vous à genoux
Bougez les hanches
Tapez dans les mains
Et dansez le Jésus-Christ…

LE MUSSOLINI
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Marco Valdo M.I.
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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 22:00

Katheline suppliciée

 

Chanson française – Katheline suppliciée – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 8

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

 

 

 

 

Il l’attacha sur le banc de torture.

Il versa l’eau chaude dans l’estomac.

 

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la huitième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les sept premières étaient, je te le rappelle :

 

04. Gand, la Dame 

06. Exil de Till 

07. En ce temps-là, Till

 

 

Je ne l’avais pas oublié… Mais voyons ce que tu as à dire de la huitième…

 

 

La huitième raconte l’histoire atroce du supplice de Katheline, la bonne sorcière, celle-même qui mit au monde de ses mains, Till et de son ventre, Nelle. Peut-être, t’es-tu posé la question de savoir pourquoi, parmi ceux qui l’aimaient bien, on l’appelait dans son village, Katheline, la bonne sorcière. Tout simplement, car c’en était une. Une vraie. Non pas qu’elle entretînt des relations diaboliques – tu sais comme moi et comme tout un chacun que c’est une impossibilité du simple fait que ni Diable, ni Dieu n’existent, mais on l’appelait ainsi, car elle soignait les bêtes et les gens par les simples, c’est-à-dire par les plantes – une méthode héritée d’une sagesse ancienne. Je t’ai déjà parlé de la sorcière telle qu’elle était dans les sociétés paysannes et de son rôle tout à fait essentiel de sage-femme, de soigneuse, de guérisseuse, de conseillère et de consolatrice.

 

Oh, ce n’est pas à moi que tu dois expliquer ce que sont les sorcières, ni pourquoi l’Église, qui entendait prendre leur place, s’est acharnée à vouloir les éliminer par tous les moyens. Elle alla jusqu’à inventer la Vierge et le culte marial…

 

 

Donc, comme tu le sais aussi et comme tout un chacun le devine, il existe des gens idiots, bêtes et malveillants, rongés par l’envie et l’avidité et pour qui tous les moyens sont bons pour faire de l’argent. Y compris, comme tu le verras ici, au détriment de leurs voisins ou d’une brave femme.

 

Oh, j’ai vu souvent cela et j’ai vu beaucoup de gens en souffrir. L’envie est une bête sournoise et méchante, je le sais bien.

 

Si tu sais cela, tu vas comprendre la suite. Katheline avait soigné les bêtes d’un fermier et celles d’un autre fermier, voisin du premier. Les animaux de l’un furent guéris ; par malheur, une vache du second périt. Et ce dernier accusa Katheline d’avoir tué sa vache par des procédés diaboliques. Évidemment, il n'en était rien, mais le mensonge porta et Katheline fut arrêtée sous l’accusation de sorcellerie, une des pires qui soit.

 

Je t’interromps, car je veux dire que ce type est une ordure…

 

En effet. Je continue mon récit. Il faut savoir que dans la justice de l’époque, telle que l’imposait l’Église, il fallait que le coupable avoue son crime. Cela partait d’une bonne intention et d’un bon sentiment ecclésiastique : l’aveu était le premier pas vers la repentance et la repentance mène au pardon et au salut. C’est d’ailleurs encore aujourd’hui le mécanisme fondamental de la confession et de l’absolution qui en découle. Donc, pour en quelque sorte aider l’accusé à faire ce premier pas vers le salut, on le torturait avec pas mal de sérieux, de technique et de raffinement. Ensuite, il ne restait plus qu’à le condamner soit à la peine de mort, généralement agrémentée de nouvelles tortures, soit à un supplice, le tout en place publique. Il fallait bien impressionner les foules et les tenir dans une atmosphère de peur. Le supplice qu’on inflige à Katheline est terrible (on lui pose sur le crâne de l’étoupe et on lui incendie ainsi la tête) et elle est tellement meurtrie par ces tortures à rallonge qu’elle est devenue folle et comme, avec ses pieds brûlés (c'était une des tortures précédentes), elle est incapable de marcher, ils l’emmènent en chariot hors du territoire de Damme pour l’exil auquel ils l’ont, en plus, condamnée.

 

Que voilà de braves gens ! Ils ont vraiment tout fait pour sauver Katheline de l’emprise du diable. Encore que je ne pense pas que le feu et les flammes dussent l’effrayer beaucoup… Quelle bande de sadiques ! Et dire que ça se passait ici quelque part… Mais sûrement, le supplice imbécile qu’ils infligent à Katheline n'était qu’une goutte dans l’océan de douleurs, de tortures et de massacres qui va submerger l’Europe (sans compter l’Amérique…) de ce temps-là. Tu fais bien Marco Valdo M.I., mon ami, de relater ces épouvantables événements, car la folie humaine, surtout quand elle est institutionnalisée, est redoutable et est toujours prête à se réveiller. Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde inquisitorial, délateur, envieux, avide, sadique et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Katheline la bonne sorcière, en ce temps-là,

Par des simples et sans prières

Sauva de la mort sans autres manières

Les animaux d’un fermier de l’endroit.

 

Un bœuf, trois moutons, un cochon

Mais pas la vache de celui-là

Mal lui en prit, car le félon

De jeter des sorts l’accusa.

 

Accusation sans fondement et infâme.

On arrêta la bonne femme.

On la condamna à avouer ;

Par la torture, à avouer.

 

Le bourreau la mit nue et la rasa.

Il l’attacha sur le banc de torture.

Il versa l’eau chaude dans l’estomac.

Katheline vomit tant et tant de vomissure.

 

Avoue : tu es une sorcière.

Je n'avoue rien. j’aime les bêtes.

j’ai soigné la vache par des remèdes.

Avoue : tu es une sorcière.

 

Tu me voulus pour épouse dans le temps.

Pourquoi viens-tu si tard ?

Le nombre sacré tue ceux qui veulent m'avoir.

Le greffier dit : elle est folle, maintenant.

 

À Damme, le juge condamna Katheline

À avoir la tête brûlée et un exil de trois ans.

Sur la tête rasée de Katheline, on mit les étoupes.

Elles brûlèrent longtemps, longtemps.

 

Katheline gémit, pleura, cria, hurla ;

Dessus sa tête, enfin, les flammes cessèrent.

On détacha Katheline la bonne sorcière

Et hors de la ville, sur un chariot, on la mena.

 

 

 
Katheline suppliciée
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Marco Valdo M.I.
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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 21:32

BERCEUSE DU CONTREBANDIER

Version française – BERCEUSE DU CONTREBANDIER – Marco Valdo M.I. – 2015

d'après la version italienne tirée de Lago di Como on the Blog

d'une chanson en lombardo « laghèe » – Ninna nanna del contrabbandiere – Davide Van De Sfross – 1999

 

 

 

 

 

Papa a déjà son sac sur le dos

Plein de tant de choses

 

 

 

 

 

Lucien l'âne mon ami, ce soir, je t'offre une berceuse. Cette berceuse esst une version française d'une version italienne d'une chanson en laghée, langue des montagnes et des lacs que chérit l'excellent Davide Van de Sfroos, qui est aussi l'auteur de l'étonnant Fils de Guillaume Tell [[21743]].

 

Une berceuse, quelle idée merveilleuse. J'adore les berceuses. Et j'aime aussi beaucoup ce fils de Guillaume Tell.

 

À mon avis, tu n'es pas le seul. Cependant, en italien, les berceuses s'appellent des « ninna nanna », une onomatopée très évocatrice qu'on a envie de reproduire telle qu'elle en français, mais…

 

Mais quoi donc, Marco Valdo M.I. mon ami ?

 

Mais justement, je m'y suis cassé les dents.Car, figure-toi, Lucien l'âne mon ami, ces ninna nanna et il y en a des tas, sont parmi les canzones celles où je peine le plus à trouver une version française qui ait l'air d'une berceuse. Car comment traduire, transposer une allitération, ou des mots qui changeant de langue changent de configuration. Traitée littéralement, une ninna nanna n'a rien d'une berceuse. Il m'a donc fallu tenter le grand saut… En voici le résultat.

 

Je vois et c'est pas mal du tout. Je vois surtout que tu as repris des bouts de comptines françaises et aussi que tu en as utilisé certaines ficelles. Mais ça tient la route. Formellement. Quant à ce que raconte la canzone, peux-tu en dire un peu.

 

Eh bien, comme le titre l'indique, c'est une histoire qui se passe en montagne, pays de contrebande, dans une petite maison d'un de ces minuscules villages et quelqu'un, une grande sœur, un grand frère endort un petit gars en lui serinant l'histoire de son père qui exerce la nocturne profession de contrebandier. Tu sais, Lucien l'âne mon ami, la misère montagnarde ne laissait pas tellement d'autres choix aux gens des hauts alpages. La vie est dure en altitude, les hivers sont longs et les ressources limitées. Alors, on compense par la contrebande dans les pays de frontière et tant que les frontières ont du sens. Ou alors, on devient douanier. Donc, là-bas, on passait du tabac, tant que le prix du tabac en Suisse était plus bas qu'en Italie. Ici aussi, on passait le tabac, le vin, l'alcool entre la France et nos régions. Ici, on se pourchassait en voiture ; là-haut, les contrebandiers passaient à pied ou parfois, avec un âne (comme nous pourrions le faire…), avec de grands sacs sur le dos et quarante kilos de marchandises.

 

Si j'ai bien saisi, ce type de contrebande pédestre ne se pratique plus… J'ai même entendu dire que les villages où vivaient les « contrebandiers » (en fait des paysans montagnards) sont dépeuplés à présent. Comme bien de campagnes aussi… Où sont donc passés les paysans ? Cela dit, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde plein de frontières, d'États, de barrières et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Fais dodo, Colas, petit frère

Fais dodo, t'auras du gâteau

Fais dodo et rêve à ton père

Fais dodo, tu seras grand bientôt.



Fais dodo, l'enfant, fais dodo
Papa a déjà son sac sur le dos
Et il grimpera dans la nuit...
Prie la lune qu'on ne le prenne pas, prie
Prie l'étoile d'éclairer où il va, prie
Prie le chemin de le ramener ici, prie

Fais dodo, Colas, petit frère

Fais dodo, t'auras du gâteau

Fais dodo et rêve à ton père

Fais dodo, tu seras grand bientôt.


Fais dodo, mon enfant, fais dodo

Papa a déjà son sac sur le dos
Plein de tant de choses
Dedans, il y a son courage
Dedans, il y a sa peur terrible
Et les mots qu'il ne peut dire...


Fais dodo, Colas, petit frère

Fais dodo, t'auras du gâteau

Fais dodo et rêve à ton père

Fais dodo, tu seras grand bientôt.

 

 

Fais dodo, mon enfant, fais dodo

Tu rêves d'un sac sur ton dos

Pour grimper derrière ton père...
Dans cette vie où on vit de fraude

Dans cette vie où on rêve de fraude

Dans cette nuit où on prie en fraude

On prie le Seigneur à voix basse...
Avec son sac où la croix dépasse.

Fais dodo, Colas, petit frère

Fais dodo, t'auras du gâteau

Fais dodo et rêve à ton père

Fais dodo, tu seras grand bientôt.

 

BERCEUSE DU CONTREBANDIER
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