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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 11:09

LE PERROQUET

 

Version française – LE PERROQUET – Marco Valdo M.I. - 2017

Chanson italienne - Il pappagallo - Sergio Endrigo – 1973

Texte de Vinícius De Moraes, Sergio Endrigo, Sergio Bardotti
Musi
que de Luis Enriquez Bacalov et Sergio Endrigo

 

 

 

 

En 1973, Endrigo collabore avec De Moraes à un disque qui raconte douze chansons pour enfants consacrées aux animaux, dont quelques traductions de chansons brésiliennes.

 

Comme le rappelle Vito Vita, « Le Perroquet », est cependant seulement en apparence une chanson pour enfants, mais qui en réalité, parle figurativement du Brésil, dans cette période de féroce dictature militaire (« Perroquet brésilien, Ton Brésil maintenant est loin.Toi, tu es né libre, Mais tu as oublié Que tu es né libre ! »), et ce n’est pas un hasard, si le morceau a été reproposé par Alessio Lega.

 

 

Dialogue maïeutique

 

Tu vois, Lucien l’âne mon ami, cette fois, je t’apporte la version française d’une chanson italienne, écrite par un poète, musicien, chanteur brésilien Vinicius De Moraes avec un chanteur italien, Sergio Endrigo ; elle parle d’un perroquet vert à l’œil jaune, connu dans le monde sous le nom de perroquet du Brésil et la chanson en fait une mascotte, un symbole, une allégorie, une métaphore.

 

Oh, mais je le connais ce perroquet vert à l’œil jaune et crois-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, il cause, il cause, comme disait Laverdure, qui en était un. J’ai l’idée qu’il parle beaucoup et même, beaucoup trop, surtout la fois où il s’était posé sur ma tête tandis que je déambulais pour me causer plus commodément, mais si près de mes oreilles, si sensibles. Quelle cacophonie! À ce propos, laisse-moi te conter une histoire vraie qui est arrivée à un Koweïtien qui avait eu l’idée saugrenue d’importer un perroquet vert à l’œil jaune qui parle si bien. Comme tu le sais, cette sorte de perroquet est particulièrement douée ce qu’elle entend et pour se souvenir longtemps e ce qu’elle entend et pour le répéter fidèlement et obstinément. C’est ainsi que cet homme a failli finir en prison du fait que le perroquet répétait à l’épouse du Monsieur tous les mots d’amour que le mari volage disait à la servante. Madame a donc porté plainte et comme au Koweit, on ne badine pas avec l’amour, l’adultère y est considéré comme un délit et poursuivi comme tel. Le perroquet a répété une fois de plus tout au juge. Finalement, tout s’est bien terminé pour Monsieur qui ne fut pas condamné, sans doute moins bien pour le couple et on ne connaît pas le destin ultérieur du perroquet. Mais cela dit, quand même, je le trouve fort sympathique ce volatile et pour un oiseau de son espèce, assez joli, malgré ce bec étrange tout courbé.

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, ce perroquet sympathique en cache un autre, bien inquiétant au regard de ce qui se passe actuellement au Brésil. Je m’explique : mais avant d’aller vers ce qui se passe aujourd’hui là-bas, il faut d’abord noter deux ou trois choses relative à la chanson elle-même : l’année où elle a été écrite, son auteur et le fait qu’elle parle de ce perroquet. Il faut aussi commencer par les couleurs du perroquet et de son œil, qui sont – dit la chanson – le vert et le jaune et sont par ailleurs, les couleurs du Brésil lui-même ; ce qui explique le choix de cet élégant psittacidé comme fétiche.

 

Dans le fond, dit Lucien l’âne, pourquoi pas un perroquet ? Ça se justifie pleinement, car dans les forêts de ce grand pays, ils sont nombreux. On peut considérer que c’est leur pays ; ce serait moins évident pour le Groenland et puis, j’ai un faible pour son œil cerclé de jaune, j’aimerais bien en avoir de pareils.

 

Soit, Lucien l’âne mon ami, je te verrai dorénavant avec un œil cerclé de jaune et si tu le veux, je t’imaginerai couvert de plumes vertes et même, rouges ou bleues. Tu seras tout chou. Tu seras l’âne vert à l’œil jaune. C’est décidé ! Maintenant, j’en reviens à notre chanson et d’abord à Vinicius de Moraes, qui est un poète, chanteur brésilien en l’exil ; et ensuite, à l’année où elle a été écrite : 1973. Où en était-on au Brésil à cette époque-là ? Faisons court : le Brésil se débattait en plein dans les « années de plomb » auxquelles il était soumis depuis 1968, une période de terreur d’État comparable à ce qui se passe actuellement en Turquie (mais pas seulement en Turquie), où les artistes, les fonctionnaires, les policiers, les militaires, les étudiants, les travailleurs, les paysans, les syndicalistes, les opposants en tous genres sont surveillés et poursuivis jusqu’à l’étranger, arrêtés, torturés, mis en prison ; souvent même, liquidés. Parallèlement à cela, le pays connaît une espèce de croissance toxique et une corruption galopante, surtout parmi les plus hauts dirigeants. Curieusement, après une transition moins oppressante et moins oppressive entre les années 1980 et maintenant, le Brésil recommence à développer pareil régime. Certes, les militaires – en tant que tels ne sont plus au pouvoir, mais pour le reste, on est dans une même ambiance de misère accrue, d’exploitation renforcée, de triomphalisme des gens au pouvoir, de répression et de terreur systématiques.

 

Halte-là, Marco Valdo M.I., on n’est pas ici pour faire un cours d’histoire contemporaine ou même, un reportage sur tel ou tel pays ; on veut juste présenter une chanson et d’après ce qui vient d’être raconté, on voit combien elle est à nouveau d’actualitéMais nous le savons que ce genre de situation se répète infiniment dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres sans discontinuer. Cependant, reprenons notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde dictatorial, mensonger, corrompu, ambitieux, avide, délirant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Quel chouette perroquet !
Tout vert, l’œil jaune.
Que fais-tu, que veux-tu ?
Tu parles, parles, parles, parles.
Je parle, parle, parle, parle.
Quel chouette perroquet !
Tout vert, l’œil jaune.
Quel chouette perroquet !
Je parle, parle, parle, tu sais.
Tout vert, l’œil jaune,
Qu’il est chouette ce perroquet !

 

Quel triste perroquet !
Tout vert, l’œil jaune.
Que faire quand tu es triste ?
Chante, chante comme un coquelet.
Je chante, chante, chante, chante,
Je suis un perroquet triste,
Toujours seul comme un coquelet.
Je suis un triste perroquet,
Je chante, chante, chante, mais

Toujours seul comme un coquelet,
Je suis un triste perroquet.

 

Perroquet, quel malheur !
Tu es vieux et tu es un enfant
De tant et tant d’ans,
Un enfant de cent 
ans.
Je pleure et je ris, je ris et je pleure.
Perroquet, quel malheur !
J’ai cent ans et je suis un enfant,
Perroquet, 
quel malheur !
J’ai cent ans et je suis enfant,
Perroquet, 
quel malheur !

 

 

Perroquet brésilien,
Ton Brésil maintenant est loin.
T
oi, tu es né libre, 
Mais tas oublié
Que tu es né libre !
Tu l’as oublié !
Tu parles fort et t
penses peu,
Perroquet brésilien.
Tu 
l’as oublié,
Tu parles fort et 
tu penses peu,
Perroquet brésilien.

LE PERROQUET
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Published by Marco Valdo M.I.
18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 14:34

Le Cri

 

Chanson française – Le Cri – Marco Valdo M.I. – 2017

 

 

 

 

Quand j’ai écrit cette chanson, c’était en 2005 ; c’était une chanson léviane, tirée de L’Orologio (La Montre, un roman de Carlo Levi) ; depuis, elle avait dormi dans mes cartons. Quoi qu’il en soit, ce que je veux en dire aujourd’hui, Lucien l’âne mon ami, c’est que je ne pensais pas, à ce moment-là, qu’elle anticipait certains événements que l’on voit de nos jours. On n’avait pas encore pris l’habitude de voir des cinglés du prophète foncer avec des camions et des automobiles dans les gens qui se promènent. Je ne l’imaginais pas, cette chanson, comme un écho aux cris des femmes dans les rues piétonnes où foncent des véhicules guidés par des débiles inspirés par le Tout-Puissant, sorte de crétins majuscules, atteints d’un grotesque délirium. C’est en découvrant les images des derniers ahurissants exploits de ces malades mentaux que je me suis rappelé cette chanson qui raconte tout simplement le cri d’une femme écrasée par une automobile.

 

Donc, Marco Valdo M.I. mon ami, si je comprends bien, cette canzone ne rapporte pas tel ou tel événement de l’actualité, mais plutôt fait écho à la douleur de quelqu’un qui est frappé par un véhicule et le lien est précisément cette douleur absurde.

 

C’est un peu ça, Lucien l’âne mon ami, en raison-même du fait qu’elle n’en parle pas directement, en raison-même du non-dit, en raison du silence qu’elle observe sur les faits-divers qu’on peut voir sur toutes les télévisions, avec tout le remue-ménage qui les entourent, la chanson renvoie au plus profond de l’affaire, à l’absurdité fondamentale de ces gestes de folie religieuse. Car sans le mépris des autres qui est enseigné par la religion, comme au fond des choses le font toutes les religions pour lesquelles il y a d’un côté, les élus ; de l’autre, les quoi ? Les riens ?

 

Marco Valdo M.I. mon ami, moi qui ai croisé tant de gens depuis si longtemps, moi qui me souviens d’avoir vu les croisés de la première croisade massacrer sur le chemin de Jérusalem, mais dans les villes d’Europe et en premier lieu, peut-être était-ce pour se faire la main, les Juifs, moi qui ai souvenance des massacres perpétrés par des croyants de toutes sortes de religions, ornées ou non d’un Dieu emblématique – car je te le rappelle, les religions n’ont aucun besoin d’un ou de plusieurs Dieux pour exister ; un prophète illuminé suffit (car le prophétisme est le berceau de tous les totalitarismes), moi donc, je te le dis : on n’en finira pas de si tôt avec le délire engendré par la croyance ; n’y a-t-il pas un « delirium credens » ? Ceci tient à la nature de la croyance, laquelle ne repose sur rien de réel, elle est fantasmatique et n’est en rien confrontable à la réalité ; pour elle, le réel ne compte pas et si réel, il y a, il faut l’adapter à elle, la croyance ; tout doit s’y soumettre. Ce qui est à l’évidence, absurde et cause des plus grandes folies. Mais je me suis éloigné de la chanson…

 

Pas du tout, Lucien l’âne mon ami, c’est ce qui est derrière cette chanson : la douleur engendrée par l’absurdité. Quant à la chanson, elle énonce dans sa sécheresse le déroulement d’un accident. Rien de plus, rien de moins. C’est d’autant plus terrifiant, un peu comme ce tableau du peintre norvégien Edvard Munch, tableau qui porte le même titre. Un récit plus verbeux aurait sans doute dédramatisé la chose, il aurait sans doute dévié, dilué l’horreur et la douleur compassionnelle. C’est, à mon sens – outre la nécessité de rencontrer certain goût du sensationnel (le sensationnel est ce qui procure de la sensation, c’est-à-dire de l’émotion, denrée recherchée par nombre de gens), le but des récits mélodramatiques en paroles ou en images.

 

Quant à nous, dit Lucien l’âne, toi comme moi, on se contenterait de l’énoncé des faits et quoi qu’il en soit, nous reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde croyant, mélodramatique, émotif, infantile et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Des freins crissent

Un bruit de vitres cassées

Un seul cri

Un hurlement de femme

 

Sur la rue

Pleine de gens

Qui courent dans la

Même direction

Celle du cri

De la femme

 

Au croisement

En un moment

Tous rassemblés

Fourmilière multicolore

Qui court dans la

Même direction :

Celle du cri

De la femme

 

A terre luisent

Des bouts de verre

Au chahut

Succède un silence

Absolu

Après le cri

De la femme.

 

Un mètre

Devant la voiture

Sur le pavé

Une forme claire :

Une femme

La femme du cri.

 

Tête sur le trottoir

Corps sur la rue

Immobile, sur le dos

Jupe sur le ventre

Relevée

Cuisses nues,

Horriblement blanches

Quelle belle fille !

Morte

La femme d’un seul cri.

Le Cri
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Published by Marco Valdo M.I.
17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 08:41

Giacinto

 

Chanson française – Giacinto – Marco Valdo M.I. – 2017

 

 

 

 

 

Giacinto est une canzone léviane, une canzone tout droit issue de L’Orologio (La Montre), un roman hautement poétique et tout aussi hautement politique de Carlo Levi. Cette canzone peut se chanter de diverses façons : on peut imaginer une chanteuse ou un chanteur; on peut aussi imaginer un duo. En somme, il y a beaucoup de possibilités et on peut même se passer de musique. La musique est déjà dans le texte, la musique est dans la poésie.

Giacinto, comme on le verra, a un gros problème dans l’existence et son métier n’arrange rien : il est serveur. Il est serveur, mais Giacinto a les pieds plats; ça ne l’aide pas.

 

 

D’accord, la chose est certainement intéressante, mais quel rapport avec les Chansons contre la Guerre, où caser une pareille chanson ? J’aimerais assez que tu me l’expliques, mon ami Marco Valdo M.I., car moi, je ne connais pas la canzone en question. En fait, il n’y a que toi qui sais.

 

Peut-être, peut-être, ça dépend. Vois-tu, Lucien l’âne, mon ami, il faut parfois prendre son temps pour dire les choses. C’est comme ça quand on cause. Ce fut aussi comme ça pour cette canzone léviane. J’ai longtemps hésité à la considérer comme une chanson contre la guerre. Et finalement, j’y suis arrivé. Oh, ce n’est pas évident, mais Giacinto, comme je l’ai dit, a vraiment un gros problème dans l’existence et son métier n’arrange rien.

 

Bien sûr, mais quand même, ne fais pas trop durer le plaisir, car moi, je voudrais bien connaître cette histoire de Giacinto.

 

Alors, voilà. Donc, Giacinto est un serveur, serveur dans un restaurant et, il fait ce métier, qui se pratique essentiellement debout en stationnant et en marchant, sur et malgré ses pieds plats. N’en ris pas, l’âne Lucien mon ami, les pieds plats sont une calamité chez les humains adultes. À tel point qu’ils étaient une cause de réforme du temps du service militaire.

 

Surtout chez les fantassins, dit Lucien l’âne. On marchait beaucoup dans les rangs militaires en ce temps-là.

 

Justement, tu mets le doigt – un doigt d’âne bien saboté – sur le point douloureux. Pour te donner une idée, le pied plat, c’est en quelque sorte la fourbure du cheval et bien entendu, celle de l’âne. Comme sans doute tu le sais, à force, la fourbure peut conduire à une forme d’abattement de l’animal qui peut arriver à un tel point que l’animal ne peut plus se lever. Et pendant des années et sans doute, toute sa vie ou presque, faire le métier de serveur avec des pieds plats, c’est un véritable calvaire. Et pourquoi le fait-il ce métier d’esclave, notre Giacinto ? Tout simplement, car il n’a pas le choix. Tout comme le paysan, le mineur, l’ouvrier, le manœuvre, les domestiques n’ont pas le choix. Comme pour eux, l’impératif est de travailler, car il faut bien qu’il vive.

 

C’est tout simplement un destin de bête de somme, tout comme celui de l’âne, par exemple, dit Lucien l’âne en opinant des deux oreilles. Tu sais, cet âne qui tourne indéfiniment une meule ou celui que l’on charge comme un baudet, ne font certainement pas ce travail par plaisir. Certes, l’âne a bon dos, mais il ne faut pas exagérer quand même.

 

De plus, Lucien l’âne mon ami, considère ceci : son appellation de « serveur » rappelle furieusement son état, celui de « serf ». Faut voir comment les gens, certaines gens, traitent un serveur. Avec quelle morgue, quelle indifférence, quelle condescendance, ils s’adressent à lui, le commandent, lui donnent des ordres. Et on le houspille, on le presse, on l’engueule, on le méprise. Cependant, le serveur doit se taire, sourire, dire merci. Comme je te l’ai dit, il n’a pas le choix, car il faut bien qu’il vive. Le voilà rabaissé, le voilà amoindri, écrasé, à un tel point que même sa vie intime en est détruite. Et comment pourrait-il se défendre, il n’a même pas cette force collective qu’on peut voir parfois à l’œuvre dans les grandes entreprises, dans les usines, dans les mines et dans les campagnes et qui déborde parfois dans les rues, sur les boulevards, sur les places. Lui, en plus de tout, il est tout seul, tout seul à affronter la vie et l’exploitation qu’on fait de lui et d’elle. Ainsi, la Guerre de Cent Mille Ans s’abat aussi sur ces personnages qui passent souvent inaperçus dans notre société.

 

Ah, voilà, j’ai compris. Bref, Giacinto endure une souffrance terrible, il meurt au travail, mais lentement, quotidiennement, silencieusement. Appelons-la cette vie de mort, si tu veux bien, Marco Valdo M.I., de la couleur de bien des ânes, appelons-la : la mort grise.

 

Oui, c’est une bonne façon de l’appeler : la mort grise, celle qu’on ne voit pas dans le brouillard des jours gris. Oh, tu sais, ceux qu’elle frappe, il suffit de lever le regard dans les rues, dans les trains, les bus, les métros, dans les couloirs des grandes administrations, dans les halls des entreprises, dans les magasins. Partout, partout, on la voit gravée dans les visages. C’est une tueuse discrète ; elle n’est même pas pressée ; elle prend son temps, elle ronge et ronge et ronge jusqu’à ce que mort s’ensuive. L’épuisement, le désespoir, une étrange fatigue ; parfois, c’est le cœur qui lâche, parfois c’est l’homme qui lâche.

 

Mais, il est temps de conclure et de reprendre notre travail, notre effort, notre tâche, celle que nous faisons pourtant en souriant, en riant, en chantant et tissons le linceul de ce monde triste, gris, terne, épuisant, épuisé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 
 
Giacinto

Se précipite

Et

Offre

Une chaise

À une table libre

Giacinto est serveur

 

 

Bas

Plutôt gras

Visage rond

Peau humide

Et

Luisante

Cheveux noirs

Yeux fourbes

Pieds plats

Giacinto

Se précipite

Avec ses pieds plats

Avec ses pieds plats

 

 

Giacinto

Dans son métier

Devine

Évalue

Les clients

 

 

Dans son métier

Giacinto

Se précipite

Avec ses pieds plats

Avec ses pieds plats

 

 

Giacinto

Dans son métier

Y a pas de mal

Fait le serveur

 

Giacinto

Le serveur

Dit que

Les femmes

Ne lui plaisent pas

Les femmes

Quelle épouvante ! Comment faire ?

 

 

Dans son métier

Giacinto

Se précipite

Avec ses pieds plats

Avec ses pieds plats

 

 

Giacinto

Le serveur

Dit que

Les femmes

Ne lui plaisent pas

Mais quelle femme pour lui ?

Mieux vaut le faire seul

 

 

Giacinto

Se précipite

Vers les femmes

Avec ses pieds plats

Avec ses pieds plats

Giacinto
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Published by Marco Valdo M.I.
16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 16:44

Fanny

 

Chanson française – Fanny – Marco Valdo M.I. – 2017

 

 

 

 

 

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, un portrait de femme, une femme telle qu’elle est vue par un de ses soupirants, un de ses anciens amants, peut-être ; ou simplement, une femme telle qu’un certains hommes dans certaines conditions peuvent la rêver. Un songe, une idée, un idéal, une idéale. Évidemment, on se demande si de ce portrait, on tire le portrait d’une certaine femme ou celui d’un certain genre de femme.

 

Moi, à le lire, je me demande, s’il est vraiment possible que de telles personnes existent chez les humains, demande Lucien l’âne un peu interloqué. D’un autre côté, il est vrai que j’ai entendu dire qu’il existait des ânesses très calmes et très rondes et douces et assez nonchalantes et pour tout dire, passives ou placides. Je dois pourtant à la vérité de dire que moi, les ânesses, je ne les fréquente pas beaucoup ; je ne sais trop quoi leur dire et elles ne me disent de toute façon, rien. Mais alors là, rien du tout. Il faut dire aussi que je suis un âne un peu particulier et d’un âge outrageusement canonique et même, au-delà de ces saintes normes. Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, excuse-moi, je t’ai interrompu.

 

Ce n’est pas bien grave, Lucien l’âne mon ami, car, comme tu le sais, nous avons tout le temps. Pour ce qui est de cette femme qui s’appelle Fanny, je ne pourrais te dire grand-chose d’autre que ce qui est dit dans la chanson. Cependant, malgré son extrême sobriété, on peut tirer plus qu’on l’imagine de ce petit texte. Ainsi, en apparence, le physique, le mental et la psychologie de Fanny vont de pair. Est-ce l’un qui entraîne l’autre ? Ou l’inverse ? Ou une symbiose ?

 

Pour répondre à cette question, Marco Valdo M.I. mon ami, il faudrait probablement pouvoir remonter à son enfance et connaître également sa vie, sa famille, les lieux où elle a vécu, etc. Il y faudrait tout un roman, une chanson comme celle-ci ne pourrait y suffire.

 

Effectivement, Lucien l’âne mon ami, c’est pour cela que la chanson a cette forme caricaturale. Et puis, il n’est pas sûr que cette Fanny-là existe ; elle pourrait être une poupée, une marionnette.

 

Peut-être, Marco Valdo M.I. mon ami, est-elle un rêve, un fantasme, une obsession. N’est-ce pas le genre de rêve, de personnage imaginaire qu’un prisonnier longtemps tenu à l’écart de la vie réelle avec ses rencontres, ses relations, ses contacts et tout son univers de sensations, de sensualités, de sentiments, d’émotions et d’envies pourrait poursuivre des heures, des nuits, des jours entiers ?

 

Évidemment, Lucien l’âne mon ami, qu’un homme longtemps privé de contacts et de relations affectives et mis dans l’impossibilité d’en avoir, se met à compenser ce manque en puisant des éléments dans ses souvenirs, dans ses affects anciens, dans ses moments passés pour se construire à l’aide de ces matériaux dématérialisés, de ces bribes et morceaux de réel enfui, d’immatériel et d’intangible, un monde fantasmé.

 

On dirait, Marco Valdo M.I. mon ami, que tu décris la façon dont un croyant édifie un paradis, dont il se construit un Dieu et toutes les imaginations qui l’accompagnent.

 

On dirait, Lucien l’âne mon ami, mais finalement, c’est assez juste et c’est ainsi que l’homme, apeuré par le vide ou la taille incommensurable de l’univers qui l’entoure, peuple le monde de créatures fantomatiques. Elles n’ont sans doute d’autre réalité que son imaginaire et servent à donner une forme à ses peurs. Pour en revenir à Fanny et à sa passivité, on ne trouve de curieux exemplaires dans notre monde actuel ; j’ai vu passer dans la presse récemment l’histoire de ce Japonais, citoyen du pays du Soleil Levant, qui s’était mis en ménage avec une poupée à taille humaine et l’emmenait pique-niquer les dimanches d’été ; par ailleurs, on annonce pour bientôt les femmes-robots, les robots-femmes ou les robotes (on trouvera également l’équivalent mâle), conçues pour tenir compagnie et chérir ces messieurs (ou ces dames).

 

Où donc s’arrêtera le flot de l’amour ?, dit Lucien l’âne en souriant de toutes ses grandes dents. Mais de ce fait, notre Fanny est un modèle, une anticipation, un prototype. Et finalement, pourquoi pas, si ça peut désennuyer et désangoisser ceux qui s’y attachent, grand bien leur fasse. Quant à nous, nous avons assez de notre tâche et alors, reprenons-la et tissons le linceul de ce vieux monde aphasique, aboulique, apeuré et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Je l’ai trouvée

Et maintenant

Je l’ai perdue

Fanny

 

 

Fanny est une femme

Merveilleuse

Elle est elle

Énorme

Toute blanche

Tendre

Accueillante

D’une passivité

Absolue

 

 

Je l’ai trouvée

Et maintenant

Je l’ai perdue

Fanny

 

 

Fanny reste muette

Elle ne bouge pas

Elle se laisse embrasser

Et

T’engloutit

Elle prend tout

Fanny

Merveilleuse Fanny

Bien et mal

Avec son grand

Corps blanc

Plein

De mamelles

Elle t’engloutit

Elle se laisse embrasser

 

 

Je l’ai trouvée

Et maintenant

Je l’ai perdue

Fanny

Fanny est une femme

Merveilleuse

Elle est elle

Énorme

Toute blanche

Tendre

Accueillante

D’une passivité

Absolue

 

 

Je l’ai trouvée

Et maintenant

Je l’ai perdue

Fanny

Fanny passivité.

 

 

Fanny
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Published by Marco Valdo M.I.
15 août 2017 2 15 /08 /août /2017 15:58
GIORDANO BRUNO

Version française – GIORDANO BRUNO – Marco Valdo M.I. – 2017

 

Chanson italienne – Giordano Bruno – Rocco Rosignoli – 2015

 

les lointaines vapeurs

De son frère, ce volcan napolitain

Qui illuminait mes peurs.

 

 

 

Giordano Bruno est assurément un personnage fascinant, on en avait déjà parlé dans une autre chanson italienne qui portait le même titre . Mais il me semble, Lucien l’âne mon ami que tu l’avais en son temps rencontré, si ma mémoire ne me trompe pas.

 

Certes, Marco Valdo M.I. mon ami, tu as raison sur toute la ligne ; c’est quasiment un sans-faute. J’ai, en effet, rencontré le Nolan sur les routes de ses exils d’abord quand il fut de Naples vers Rome et quand il fut de Rome vers Venise ; nous avons longé ensemble les Apennins, puis de Ligurie en Piémont, revenant dans la Plaine padane, on s’en fut à Venise. Déjà à ce moment, Bruno avait rejeté l’habit de Dominique. Plus tard, il fit un tour d’Europe : on le vit à Chambéry, à Genève, à Lyon, à Toulouse, à Paris, à Londres, à Oxford, à Wittenberg, à Francfort, à Zurich. Il bougeait beaucoup et comme tu peux le voir à la lecture, il fréquenta des lieux suspects d’hérésie. C’était curiosité du monde, comme il me le disait lui-même lors de ces interminables marches où je l’accompagnais. Finalement, il commit l’erreur fatale de rentrer en Italie.

 

Fatale, dit Marco Valdo M.I., et naïve, pour ne pas dire, téméraire, car il avait sous-estimé la hargne et la vindicte de l’Église et de la Papauté. Il s’était cru hors d’atteinte à Venise, mais la République, où déjà la raison d’État étouffait la raison, le remit aux sbires du Pape. Une fois entre leurs serres, il était perdu. L’Église clamant sa magnanimité et sa clémence, essaya de le faire revenir sur ses opinions, de désavouer sa libre pensée – trop spéculative, trop scientifique et trop sujette à l’immanence pour les gardiens des dogmes. Imagine, Lucien l’âne mon ami, que ce penseur avait jeté aux orties la cosmologie de Ptolémée et la Terre, comme centre du monde, qu’il avait adopté la cosmologie de Copernic en faisant de la même Terre un simple planète de l’astre solaire et il avait poussé au-delà des conclusions de Copernic. Le pire, c’est qu’il l’enseignait et qu’il l’écrivait. L’eût-il gardé pour lui, le pape aurait pu faire semblant de ne pas le savoir et de l’oublier. Mais il avait une conception du monde qui voyait l’Infini, l’Univers et les Mondes – toutes choses indicibles ; il voyait d’innombrables soleils, un monde infini de Terres, un espace qui s’étendait où le ciel en tant que tel n’existait plus. Le Ciel, il mettait le ciel hors-jeu et ajoute à tout ça qu’il envisageait sans frémir d’autres mondes habités, mieux ou pires que le nôtre, avec des êtres, mieux ou pires que nous. Tout ça soulevait des questions subsidiaires : quid de la Création ? Et des récits sacrés ?, dont la réponse était redoutable. Et puis, sans doute pire encore, il donnait le primat à l’intellect, à la raison, à l’intelligence sur la croyance et la foi. Décidément, si j’avais été Pape, j’aurais décrété que cet hérétique était vraiment impardonnable.

 

Pour moi, Marco Valdo M.I., mon ami, comme tu le sais et je suis persuadé que c’est ton cas pareillement, je me tamponne le coquillard de ce que pense ou ne pense pas tel Dieu ou telle Église ou tel ou tel prélat et tant qu’il garde ses ruminations pour lui, grand bien lui fasse. La seule chose que je relève dans cette histoire de Bruno est cette incroyable malveillance qui a frappé – au travers de Bruno – la libre pensée, la liberté de pensée et le libre discours. Ce qui me révulse, c’est la chape de plomb que les religions et les religieux font peser sur le monde et les vivants. C’est là un des aspects de la Guerre de Cent Mille Ans qu’on oublie un peu trop souvent de souligner.

 

Je te rejoins totalement sur ce point, Lucien l’âne mon ami. La question est pourquoi, pour quelles raisons veulent-ils étouffer la liberté de penser, la libre pensée ? À mon sens, si on veut la supprimer, l’éradiquer, et cela dans tous les domaines, c’est tout simplement, car elle est le premier révélateur de l’iniquité du monde ; c’est tout simplement, car elle est le moyen par le quel on découvre et on comprend comment et pourquoi les riches font la guerre aux pauvres. Et comprendre ça, c’est commencer à se révolter et à s’appliquer à ne plus accepter le monde tel qu’il est, tel que les riches et les puissants aimeraient qu’il soit et qu’il reste.

 

Et, justement, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est ce que toi et moi, nous nous efforçons de faire en tissant le linceul de ce vieux monde cupide, avide, ambitieux, mortel, crédule et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


Par les Mondes des ciels infinis ,
Par les Terres infinies, j’ai traversé
Au pas de course ma vie
Cherchant cette sérénité que j’ai esquivée.

Des villes qui renaissaient de signes,
De flammes que l’esprit fomentait
Que des hommes crucifiés, impies et indignes,
dans le dogme, la pensée il emprisonnait,

Et mes mots comme un pari
Qu’on ne peut plus remanger, une fois dit.
Une marque sur ma peau dénonce
Les jours de prisons qu’ici, je décompte.

Puis, il y eut Venise et la lagune calme,
Qui me piégea comme un rat
Entre les épices et la soie.
Après, ce fut un tonnerre qui éclate.

Comme un éclair éclatant, pourtant ce sont huit ans,
Ce furent huit ans, qui en valaient cent
Et ils me demandaient compte de mes boniments ;
Mais quand je parle, jamais je ne mens.

Campo dei Fiori, Champ des fleurs, on dirait un jour de fête,
Un champ de flammes où mes cris se sont tus.
Je ne pense pas à ce que je laisse ou à ce qui reste,
Je ne demande pas ce que pense qui me tue.

Je ne pense pas à cette croix que j’ai devant moi,
Tandis que mon corps cuit et mon gras coule,
Comme cela arriva à d’autres, à tant d’autres,
Qui, comme moi, avaient fauté par la parole.

Mercure me vole de son aile,
Revient ma pensée au léger vent
De la montagne au nom de Cigale,
Qui, enfant, m’ombrageait quand

Tendant le doux raisin à ma main,
Elle m’indiquait les lointaines vapeurs
De son frère, ce volcan napolitain
Qui illuminait mes peurs.

Montagne de feu, tas de braises
Et laisse-moi froid, et la Cigale enserre
Mes derniers baisers à ta pierre
Alors que me vole l’aile de Mercure.

GIORDANO BRUNO
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Published by Marco Valdo M.I.
11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 14:53

Antonio

 

Chanson française – Antonio – Marco Valdo M.I. – 2017

 

 

 

Antonio ?

Comme Tonio,

 

Il y en a plein.

 

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une nouvelle chanson léviane – autrement dit, si tu t’en souviens, une chanson inspirée des récits de Carlo Levi. Je ne pourrais plus te dire si elle est tirée de « L’Orologio » ou du « Quaderno a cancelli ». En tout cas, elle ne vient ni de ma relecture de « Paura della Libertà », ni de celle que j’ai faite il n’y a pas si longtemps de « Cristò si è fermato a Eboli » ; elle s’intitule « Antonio ». Elle aurait pu s’intituler aussi bien Giovanni, Roberto, Silvio, Fortunato ou Francesco, mais voilà, elle s’intitule Antonio. En fait, cet Antonio est une sorte de silhouiette quelconque, un personnage qualunquiste, un « Nobody », un inconnu, cet inconnu du coin qu’on connaît de vue. Peut-être est-ce un « fanullone », un bon à rien ou alors, un honnête citoyen. Allez savoir avant d’avoir réfléchi à ce que raconte la chanson.

 

Bref, Marco Valdo M.I. mon ami, si je résume ton propos, c’est une chanson qui parle d’un dénommé Antonio.

 

Exactement, Lucien l’âne mon ami, et cet Antonio est un portrait vivant de l’Italien moyen tel qu’il est décrit par Carlo Levi et cet Antonio est la personnalisation de ces braves gens qui font la base de la société, ce fondement social qui aime sa tranquillité et être maître chez soi. Cette population extrêmement nombreuse, majoritaire et de loin dans le pays est celle qui porte et maintient au pouvoir celui qui lui apporte certaines assurances et dont elle imagine qu’il lui est dévoué. Cet homme de la base est vu, non pas dans ce rôle politique de supporter de l’autorité, de la discipline et de l’ordre, mais bien dans sa vie plus intime, dans sa vie familiale, dans son domaine où il est le maître, dans son rôle de maître de maison, de chef de famille.

 

C’est assez inhabituel dans la chanson, cette façon de considérer les choses, dit Lucien l’âne en hochant le front. J’ai même l’impression qu’elle n’est pas habituelle ailleurs non plus.

 

Et ton impression est bonne, Lucien l’âne mon ami. Elle est inhabituelle et on comprendra tout de suite pourquoi. En fait, elle impose de réfléchir au lien entre la façon individuelle de vivre sa vie au quotidien, en tant que cellule sociale et la façon d’agir au niveau le plus général. Ainsi, ce protectionnisme familial est le pendant et le moteur du protectionnisme national. La façon dont Antonio considère sa femme et son fils – un diminutif de lui-même : Antonino, dont il se juge maître souverain de son foyer est le mécanisme fondamental de la société fasciste ou de toute société conservatrice et réactionnaire. Évidemment, la chanson ne fait pas de théorie socio-politique et elle entend encore moins enfourcher mon dada du lien entre le comportement individuel et l’adhésion ou le refus du système. Elle ne l’évoque qu’en creux, comme un négatif photographique laisse deviner ce que serait la photographie imprimée. Ceci elle le laisse entendre et qui voudra comprendre comprendra.

 

Mais, dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, tu faisais déjà des « canzones lévianes », il y a dix ans. Pourquoi en viens-tu à parler d’Antonio à présent ?

 

Ta remarque est juste, Lucien l’âne mon ami. La raison de ce retour d’Antonio est tout simplement que je viens de retrouver la version d’origine que j’avais écrite à cette époque où j’étais plongé dans ma période Carlo Levi, où je le traduisais intensément. Ce n’est d’ailleurs pas la seule que j’ai retrouvée. Cependant, cette version-ci est assez différente de la précédente ; en fait, je l’ai entièrement repensée et je l’ai réécrite.

 

Allons donc à la rencontre de cet Antonio et ensuite, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde plein d’Antonios, respectueux, violemment conservateur, décidément réactionnaire et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Certainement, vous le connaissez,

Vous l’avez souvent croisé, Antonio,

Le voisin de palier.

S’imaginer Antonio ?

Comme Tonio,

Il y en a des milliers.

 

Il s’est marié,

Il a pris femme, Antonio,

Il habite le quartier.

Une femme, Antonio ?

Comme Tonio,

Il y en a des milliers.

 

C’est un père respecté.

Une femme et

Un fils, nommé Antonino.

Un fils, Antonio ?

Comme Tonio,

Il y en a des milliers.

 

Il est heureux d’être marié :

Sa fidèle petite femme à son côté

Et son petit Antonino.

Une femme et un fils, Antonio ?

Comme Tonio

Il y en a des milliers

 

On écrirait un livre entier

Sur un type comme Antonio,

L’homme régnant sur son foyer.

Le roi du foyer, Antonio ?

Comme Tonio,

Il y en a des milliers.

 

 

Antonio surveille son bien,

Sa fidèle petite femme qui l’aime bien

Et Antonino qui bat des mains.

Qui bat des mains, Antonio ?

Comme Tonio,

Il y en a plein.

 

Dans sa maison, dans son jardin,

Antonio est un maître, un souverain.

Un maître, un souverain,

Antonio ?

Comme Tonio,

Il y en a plein.

 

Au-dehors, il se tient bien.

Il lève le bras, il lève la main,

Il fait le salut romain.

Antonio ?

Comme Tonio,

Il y en a plein.

Antonio
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Published by Marco Valdo M.I.
10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 20:49
NORDEST
 

Version française – NORDEST – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne (Veneto Goriziano) – Nordest – Francesco Pelosi – 2016

 

 

GORICA - GORIZIA- GÖRZ 
1900

 

 

 

 

Francesco Pelosi : originaire de Parme, né le jour de la Toussaint de l’orwellienne 1984, haut d’environ deux mètres, nanti d’une paire de rouflaquettes dignes du Risorgimento, une voix qui décape, excellent guitariste et capable de chanter et d’écrire dans tout dialecte italien d’Aoste au Cap Passero. En synthèse. De quelque temps déjà, il fait partie de ce qu’informellement j’appelle la « Banda degli Incliti & Sommersi Cantautori Italiani del XXI Secolo – Bande des Auteurs-compositeurs italiens du XXI Siècle glorieux & méconnus », une bande décidément mobile et variable ; ainsi, on croise Pelosi de Parme en trio avec Lega et Giromini, avec Giromini et Rocco Rosignoli, tout seul, parfois, il y a l’autre Rocco (Marchi) qui joue de tout comme Otto et Barnelli (à propos, un « salut » éternel à ce dernier) y compris de cet instrument dont j’ai découvert qu’on l’appelle « diamonica », mais que je persiste à nommer « pippòfono - pipophone», et ainsi de suite.

 

Pelosi Francesco de Parme est l’auteur de cette chanson qui, du premier coup, a enlevé le premier prix au 23e Concours National « Giovanna Daffini », avec cette motivation précise : « 1er Prix (« Trophée Giovanna Daffini », semble un peu une course cycliste d’amateurs mais bon) pour le texte « Nordest », magistrale interprétation accompagnée d’une palette sonore de forte suggestion ». Je reprends ceci de l’opuscule + CD délivré à Motteggiana (MN) le 4 juin passé 2017 à l’occasion de la remise des prix, un dimanche déjà torride de ce très torride été et un peu plus qu’une heure avant me parvenait la nouvelle de la mort de Lorenzo Bargellini. Mise à part la « palette sonore », le Concours dédié à Giovanna Daffini dans son pays natal est très important, et cela fait comprendre à la perfection face à quoi nous sommes. Sans compter le fait pas du tout secondaire que lors de certains des dimanches estivaux asphyxiants, il est bon d’avoir Pelosi devant parce qu’il réussit à donner de l’ombre à tous, même à moi qui ne suis certes pas un petit nain.

Le texte de la chanson est en dialecte vénéto-goricien (je le spécifie, vu que je présume qu’il existe aussi un dialecte slovène parlé de ce côté), pour lequel Francesco Pelosi s’est fait aider par le goricien Michel Torrisi. Malheureusement, aucun vidéo de la chanson n’est pour l’instant disponible et de ce fait, nous demandons une aide, s’il nous lità Pelosi lui-même. Et ici il me plaît dévoiler la surprise : en réalité, Pelosi, eh bien oui, nous l’avions déjà présent dans ce site et depuis le 2010, caché dans les replis de La vie s’écoule, la vie s’enfuit, la célèbre chanson situationniste de Raoul Vaneigem dont Francesco Pelosi est l’auteur d’une version italienne qu’il chante toujours et pour laquelle avons eu une intéressante et amusante dissertation à propos de la célèbre « datation situationniste » et des encore plus célèbres « ouvriers belges en grève » [parmi lesquels « ouvriers belges en grève figuraient également des employés, des étudiants, des enseignants, dont Raoul Vaneigem, par exemple ; ladite grève étant insurrectionnelle, générale et dura un mois, ce qui laisse plus que le temps nécessaire pour écrire une chanson et la possibilité de la ressortir en publication des années plus tard»Je dis ça afin de nourrir un peu plus la « fameuse dissertation ».MVMI]

 

La chanson est accompagnée une traduction en italien courant qui est reprise de l’opuscule/CD. Cependant, naturellement, il y a davantage encore. Étant donné le désir, exprimé dans le texte même, de vouloir la chanter « en dialecte, en ladin, en furlan, en allemand, en slovène », nous nous déclarons prêts à donner un coup de main à Francesco pour faire advenir son souhait. En dialecte, ce l’est déjà en allemand nous y avons pourvu nous-mêmes, pendant que pour le ladin, le furlan et le slovène, on verra e qu’on pourra faire… [RV]

 

Dialogue maïeutique

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson sur le Nordest…

 

Lequel ?, dis-moi Marco Valdo M.I. mon ami, car des Nord Est, il y en a beaucoup. Serait-ce le Nordeste brésilien qui a la taille d’une demi-Europe ? Celui de Chine, celui d’Inde, ou que sais-je encore ? Ou plus modeste, le Nord-Est de la France à deux pas de chez nous ?

 

Arrête-toi, Lucien l’âne mon ami, ne t’emballe pas ainsi. Si tu m’avais laissé finir ma phrase, tu le saurais déjà. Comme c’est une chanson italienne, comme c’est un chanteur italien, il s’agit tout simplement du Nordest italien, un territoire d’une superficie qui n’est pas aussi gigantesque que le Nordeste brésilien, mais un lieu qui recèle une histoire lourde et douloureuse, celle que raconte la chanson ou plus exactement,celle qu’elle évoque n’étant qu’une chanson et pas un savant traité d’histoire politique. En deux mots, c’est cette région au nord-est de Venise, qui partage sa frontière avec la Slovénie actuelle, elle-même partie de l’ancienne Yougoslavie. La région où se trouve Gorice, qui en italien se dit Gorizia, cette ville maudite qu’est la Gorizia de la chanson, intitulée « Ô Gorizia, sois maudite ! ». Souviens-toi de ce qu’elle disait et de ce que disaient les commentaires à son sujet. Je n’en dirai pas plus cette fois. Il me faut juste ajouter une petite parenthèse supplémentaire en ce qui concerne le Vajont et Longarone, où outre tous les massacres militaires, outre l’« urbicide » qui frappa Gorizia après la guerre (la population d’origine chuta de 35000 à environ 3000 habitants) et la politique d’italianisation forcée menée par les fascistes et poursuivie depuis, il faut aussi noter le malheur supplémentaire qui frappa le Nordest le jour où la montagne s’effondra et où le contenu du barrage du Vajont descendit dans la vallée et balaya, notamment, Longarone.

 

Comme si la bêtise humaine ne suffisait pas, dit Lucien l’âne.

 

En effet, répond Marco Valdo M.I. ; cependant, cette chanson est aussi une « chanson douce » qui parle, murmure, susurre par-delà les frontières et les déchirures et pour mieux dire, en appelle au poète frioulan qu’était Pier Paolo Pasolini :

 

Je voudrais te laver dans l’eau la plus fraîche de mon pays :
« Fontaine d’amour rustique,

Il n’y a pas d’eau plus fraîche
Que celle de mon pays ».

 

Il est temps de conclure ; alors, Marco Valdo M.I. mon ami, une fois encore faisons notre tâche infiniment longue, aussi longue que le malheur, car elle durera tant qu’il y aura la guerre, et tissons le linceul de ce vieux monde malade des frontières, nationaliste, myope, détestable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Je chante une douce chanson pour toi
Qui dans le Nordest, es née,
Je voudrais la chanter, en ladin, en dialecte
Du Frioul-Vénétie-Julienne, en allemand, en slovène.
Mais 
mon cœur me dit : « Montagne, bois,
Plateau, lagune et plaine »,
Mon cœur me raconte la terre volée,
Me raconte ton visage
Qui l’a consolée.

 

La Grande Guerre m’a pris mes fils,
Elle m’a pris mes montagnes et tes yeux.
La Grande Guerre m’a pris 
mon nom,
Ma terre, ma langue et tes yeux.

 

Et toi qui te vêts du nom du vent
Du nom du vent
Qui de la Carnie court à Venise,
Monte au Tyrol et descend vers Gorice,
Qui t’appelles comme le crépuscule,
Qui voit Trieste de la mer,
De l’ombre de vin qui baise la rage
El’allume,
El’allume.

 

La Grande Guerre m’a pris mes fils,
Elle m’a pris mes montagnes et tes yeux.
La Grande Guerre m’a pris 
mon nom,
Ma terre, ma langue et tes yeux.

Et de quelle autre façon, pourrais-je te chanter,
Toi qui au Nordest es née ?
Avec tout ce sang qui tonne

De la Yougoslavie, du Vajont à Longarone,
De cent ans et plus de séparation et de tranchées,
D’une vie pour toujours à la frontière,
Toujours étrangère, toujours étrangère,
Je voudrais te laver dans l’eau la plus fraîche de mon pays :
« Fontaine d’amour rustique,

Il n’y a pas d’eau plus fraîche
Que celle de mon pays ».

 

La Grande Guerre m’a pris mes fils,
Elle m’a pris mes montagnes et tes yeux.
La Grande Guerre m’a pris 
mon nom,
Ma terre, ma langue et tes yeux.
Et tes yeux,

Et tes yeux.

NORDEST
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9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 21:06
ALEP SYRIACON VALLÉE
 

Version française – ALEP SYRIACON VALLÉE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Alep Syriacon Valley – Beppe Chierici – 2017

 

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, les nouvelles fraîches de la dernière guerre en cours…

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, je t’arrête tout de suite. Il vaudrait mieux pour la stricte précision des choses dire : une des dernières guerres en cours. Et cela pour deux raisons au moins : d’une part, car à ma connaissance, il y a plusieurs guerres encours : Syrie, Irak, Afghanistan, Libye, Soudan, Congo et toutes celles dont je ne souviens pas à l’instant ; d’autre part, à mes yeux, il n’y a qu’une seule guerre en cours et depuis fort longtemps, c’est la Guerre des guerres, la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour maintenir leur pouvoir, étendre leur domination, multiplier leurs possessions et faire fructifier leurs investissements et leur patrimoine.

 

Encore une fois, Lucien l’âne mon ami, tu parles d’or et tu fais parler la raison. Ceci dit, la canzone même si en effet, ce n’est pas de la dernière guerre qu’il est question, raconte l’histoire d’une guerre particulière, d’un épisode particulier de la grande guerre que tu évoques sous le nom de Guerre de Cent Mille Ans [[7951]]. Donc, cette chanson nous donne des nouvelles fraîches de la bataille qui s’est livrée en Syrie (d’ailleurs continue) entre divers belligérants et l’affrontement se fait en massacrant les populations locales – principalement. Des populations qui n’en peuvent, mais. Aux yeux de la chanson et aux nôtres pareillement, peu importe de savoir qui se bat contre qui, l’essentiel est ce formidable gâchis que constituent pour les populations humaines (et accessoirement, animales) ces exterminations systématiques. Pour ce qui est d’Alep, il n’en reste plus grand-chose (60 % du bâti a été détruit) et sans doute, comme toujours, finalement, on la reconstruira.

 

On peut le penser, dit Lucien l’âne, on finit toujours par reconstruire, même si on ne peut jamais refaire les habitants détruits ou éliminés par les intempéries guerrières. Maintenant, Marco Valdo M.I. mon ami, une dernière chose : j’aimerais savoir un peu ce que signifie cet étrange titre.

 

Lucien l’âne mon ami, je vais essayer de répondre à ton interrogation et te dire ce que cette chanson évoque pour moi. Il me paraît qu’il s’agit d’une concaténation imaginaire de deux univers : Alep, une énorme ville syrienne (plus de deux millions et demi d’habitants) et la Silicon Vallée, une vallée californienne, celle où prospère la civilisation digitale étazunienne. Pour le détail, voir le dernier couplet de la canzone.

 

Ainsi, je ferai, Marco Valdo M.I. mon ami. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde malade de la tête, massacreur, riche, trop riche et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Les hommes sont tous pareils pour le soleil,
Où qu’ils se tiennent sur la planète.
Pour les étoiles et pour le ciel, c’est pareil
Qu’on soit cultivé ou analphabète.
Mais dans notre monde,

La ronde n’est pas ronde.
Les humains comme nous

Sont égaux seulement dans la mort.
Pour la vie et pour le sort,

Ils ne le sont pas du tout.
 

L’Homo Sapiens est un problème,
Un complexe théorème :
C’est un loup, c’est une agnelle,
C’est Gengis-Khan ou Raphaël.
C’est Akhenaton, c’est Homère,
C’est Mozart, c’est Luther.
Albert Einstein ou Mandela,
Pol-Pot, Staline ou Videla,
Une paysanne sans terre,
Dieu de paix ou dieu de guerre.

 

Un Homme Nouveau, aujourd’hui, 
Est arrivé la gueule ouverte 
Faire de la Terre sa tanière ,
Il la veut pour lui tout seul, à tout prix.
C’est le roi de la finance,
C’est lui qui mène la danse.
Par Internet, il agit
Et comme cela, il nous possède,
Avec le Réseau qui séduit,
Il sait tout et il voit tout.

 

L’Homo Novus fonce sans répit :
Il se fout complètement du droit,
Il pense seulement au profit
Et se jette tête baissée dans le combat.
Celui qui s’oppose à lui, celui qui le fuit,
En une seconde, il le détruit.
Et rien ne sert de le critiquer,
C’est perdre son temps que de lui parler.
Sa devise est : « Toujours plus riches !
Et que les pauvres se pendent ! »

 

Internet, Google, Facebook
Ont créé les vautours noirs
Qui d’Alep et de son souk
Ont fait des abattoirs ;
Et d’un peuple sans histoire
Ont détruit le territoire.
Plus d’enfants, ni de balançoires,
Dans les rues courent les loups et les hyènes…
Et puis, des bombes et encore des bombes…
Et toujours des tombes et encore tombes.

 

Dans Alep, et du bazar et du caravansérail
Pourtant légendaires,
Les assassins et les mercenaires
N’ont pas fait le détail.
Des églises et des mosquées,
Où devrait exister la fraternité.
Ils ont fait des tranchées
De barbaries et de massacres
Et puis, des bombes et encore des bombes…
Et toujours des tombes et encore tombes.

 

Dans Alep, il n’y a pas de Dieu,
Il n’y a pas de paix, il n’y a pas de vie.
Fini le chrétien ! Fini le juif,
Finis les sunnites et les chiites !
Monuments et œuvres d’art, quelle farce !
Sont immolés au dieu Mars.
D’Alep et son histoire,
Reste seulement la mémoire.
Et puis, des bombes et encore des bombes…
Et toujours des tombes et encore tombes.

 

Zuckerberg, Page et Cook,
Les philanthropes de mon chose,
Reconstruiront sans ambages
Une Alep nouvelle éclose.
Les robots commanderont
Et les idiots applaudiront.
Tout alors sera virtuel
Dans la capitale nouvelle 
Ça va de soi, renommée
ALEP – SYRIACON – VALLÉE.

 

ALEP SYRIACON VALLÉE
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Published by Marco Valdo M.I.
2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 10:35


LE CONDAMNÉ À MORT

 

Version française – LE CONDAMNÉ À MORT – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Il condannato a morte – Beppe Chierici – 1970

 

 

 

 

 

 

La Cattiva Erba (Contro la guerra e le armi) est un album de 1970 de Beppe Chierici et Daisy Lumini qui rassemble 15 chansons en italien, fruits de traductions et réinterprétations de poèmes et chansons qui vont d’Archiloque et Lao Tseu à Antoine à travers plus que 2500 ans d’histoire. Je crois que le titre plaisait particulièrement à Beppe Chierici, vu qu’il l’a réutilisé récemment pour un album sur Brassens.
Le thème de la guerre, de son inutilité, de la douleur des mères ou des femmes qui attendent le retour est récurrent, incluant quelques morceaux très anciens, in ne peut cependant s’attendre des invectives contre la guerre.

Ce disque est malheureusement introuvable, s’il n’y avait eu Flavio Poltronieri qui nous en a fourni une copie, avec les bruits du vinyle inclus dans les morceaux, de ce LP sorti en 1970, nous n’aurions jamais réussi à le trouver. L’édition est fort dépareillée, et privée des textes que nous avons dû par conséquent transcrire à l’écoute. En ce qui concerne par contre les textes originaux, quelques-uns étaient déjà présents sur le site des CCG, d’autres nous les avons trouvés et insérés, d’autres encore, nous ne savons pas vraiment comment les trouver, vu qu’il n’est parfois pas clair de définir la langue originale, nous les donc avons temporairement attribués alternativement à Beppe Chierici ou Daisy Lumini, selon l’auteur de la musique.

 

Perchè quei cannoni? (Antoine) - Nenia (dalla guerra dei trent’anni) - Eravamo tre compagni - Compianto popolare - Il soldato morto in terra straniera - Alla guerra chi ci va - Il soldato dormiente (Rimbaud) - La guerra è truccata (Boris Vian) - Contro la guerra e le armi (Lao Tsu) - Lo scudo perduto (Archiloco) - Non avremo mai la pace, fratello? (Oliver De Magny) - Il condannato a morte - il testamento - Il malcontento del soldato - Torna da in guerra un soldato

 

Deux petites remarques complémentaires :

 

Il vaut vraiment la peine d’aller voir et entendre « Le Condamné à mort » [[7849]] de Jean Genet et sans hésitation dans l’interprétation d’Hélène Martin (1962). Jacques-Deric Rouault, quelque part sur Internet (son site Rastell Toull, en réalité) dit à propos d’Hélène Martin ces mots confondants de vérité et qui recoupent complètement mes propres sentiments :

« Hélène Martin  Une fois, il y a longtemps, je l’ai entendu chanter « Le Condamné à Mort » de Jean Genet. Je dis bien une fois, et je ne sais plus ni où ni quand. Mais cette chanson m’est restée gravée à vie, avec le nom de son interprète ! »

 

Le commentateur italien dit que Beppe Chierici devait chérir ce titre « La Cattiva Erba », « vu qu’il l’a réutilisé récemment pour un album sur Brassens ». On ne saurait entièrement le suivre sur ce point et il me paraît honnête de rétablir l’ordre des choses. La Mauvaise Herbe [[2673]] de Georges Brassens a été enregistrée en 1954 et devait dater d’avant encore ; celle de Beppe Chierici date de 1970.

 

Ainsi Parlait Lucien Lane

 

 

 

Le conseil de guerre,
Debout, lut la sentence
Et à être fusillé
Hélas, il m’a condamné.

 

Lié et poussé,
On me mena sur la place.
Le peloton était composé

De mes compagnons d’armes.

Ô vous mes frères,
Ils vous ont fait devenir
Mes bourreaux. Je vous pardonne
Mais ne me faites plus languir.

 

Quand mon corps criblé
Dans la poussière sera tombé,
Faites parvenir je vous prie

Cette lettre à ma mie.


Avec quel soin diligent,
Je t’écris ces lignes.
Par les routes de Provence,
Tu iras sans moi dorénavant.

 

Délaisse
Notre serment d’amour
Et demande à un autre toujours
Ma jeunesse.

 

 
LE CONDAMNÉ À MORT
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Published by Marco Valdo M.I.
27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 17:10

GRIGNES CONTRE LA GUERRE

 

Version française – GRIGNES CONTRE LA GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Pernacchie contro la guerra – Franco Trincale – s.d. (circa 1970)

 

 

 


Tu vois, Lucien l’âne mon ami, comme à l’ordinaire, ce titre te semble bizarre et certainement, il l’est.

 

En effet, Marco Valdo M.I., mon ami, ce titre est bizarre et comme à l’ordinaire, j’aimerais que tu me l’expliques.

 

Il est bizarre et je vais te l’expliquer, mais avant, Lucien l’âne mon ami, je me dois de te signaler qu’il aurait été encore plus bizarre si j’avais tenté de le traduire – disons, littéralement – de l’italien. Cela aurait donné quelque chose comme : « Prouts contre la guerre », mais des prouts faits avec la bouche en esquissant une grimace avec les lèvres ou en sortant la langue. Note en passant que des « langues contre la guerre » n’auraient pas eu meilleur effet.

 

Oui, sans doute, dit Lucien l’âne en ouvrant des yeux éberlués. C’eût été un peu trop amphibologique ; personne n’y aurait rien compris.

 

Maintenant, reprend Marco Valdo M.I. qui avait été interrompu, venons-en au titre que j’ai choisi et à ce mot « Grigne » qui t’intrigue. Qu’est-ce qu’une grigne ? Une grigne, sache-le si tu ne le sais pas déjà, est une grimace, un plissement du visage autour de la bouche, qui signifie une dérision, un mépris, un désappointement, une dépréciation, une amertume. Pour donner le sens du mot italien « pernacchia », il faut y ajouter le bruit d’un souffle, comme un vent sonore sorti de la bouche, sans qu’il puisse être confondu avec le rot, qui a des origines plus alimentaires, étant un trop plein de gaz surgi de l’œsophage. Traduisons : un prout simulé par la bouche. Figure-toi que je ne suis pas le seul à avoir rencontré cette difficulté d’expression en français. Ainsi, Georges Feydeau, qui en matière de prouts théâtraux peut passer pour un expert, avait exprimé l’équivalent français de « pernacchia » (on était en 1914) en disant : « Il faisait prouter ses lèvres ».

 

À propos de Prout, dit Lucien l’âne très amusé, j’ai bien ri quand on m’a conté ce congrès de géographes, où les géographes de langue française ont refusé catégoriquement de changer le nom du fleuve Prout, qui coule en Europe centrale sur près de 1000 kilomètres et qui sert de frontière moldavo-roumaine ; ces géographes primesautiers trouvaient cette dénomination trop drôle.

 

Ces géographes sont des farceurs, continue Marco Valdo M.I. et en ce qui me concerne, comme tu le vois, pour rendre le sens de pernacchia en français, j’ai choisi grigne, qui signifie un pli du visage, une grimace pour marquer le mécontentement, la tristesse aussi. Bref, à ton œil scintillant à ton front noir comme une étoile de première grandeur sur le coup de minuit, je vois que tu as compris.

 

Je résume, dit Lucien l’âne, cette chanson, ce sont des grimaces de mécontentement, lancées à la figure de la guerre et elles sont les bienvenues. Célébrons-les et par la même occasion, trinquons à Trincale. Maintenant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde triste, méprisable, belligérant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien l’âne.

 

 

 

Un homme dans le monde est mort,
Hier au soir est mort,
Mort de faim, dans la mine est mort. 
Le travail l’a tué,
La faim l’a tué ;
Il y a déjà trop de morts sans la guerre,
Il y a déjà trop de morts par toute la Terre.

 

Ce ne sont pas les médailles,
Ce n’est pas la mitraille,
Ce sont les canailles 
Qui font les héros,

Qui font les héros.

 

La guerre est un crime,
La guerre est une crétine,
C’est une manœuvre ultime,
C’est une grande rapine.

 

Dans le monde, un homme 
Mourra demain.
Il faut le sauver maintenant,
Il doit rester vivant.
De guerre, ni de faim

Il ne doit mourir,
Dans le monde, un homme 
Est déjà condamné.
Où qu’il se trouve, il faut le sauver. 
C’est un être humain,
C’est un être sacré,
Jamais plus la guerre demain !

 

Ce ne sont pas les médailles 
Qui font la paix.
Meurt un homme, 
Peut-être toi, sait-on jamais ?
Réplique par des grignes,
Réponds par des rires,
Ne fais pas la guerre !
C’est toi qu’on met en terre.

 

Ce ne sont pas les médailles,
Ce n’est pas la mitraille,
Ce sont les canailles 
Qui font les héros,

Qui font les héros.

 

La guerre est un crime,
La guerre est une crétine,
C’est une manœuvre ultime,
C’est une grande rapine.

 

 
GRIGNES CONTRE LA GUERRE
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