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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 09:50

NOUS ATTEINDRONS L’HORIZON

 

Version française – NOUS ATTEINDRONS L’HORIZON – Marco Valdo M.I. – 2017

d’après la version italienne AFFERANDO L’ORIZZONTE de Lorenzo Masetti

d’une chanson catalane « Agafant l’horitzó » de Txarango – 2017

 

 

 

 

 

 

Agafant l’horitzó’ (NOUS ATTEINDRONS L’HORIZON) est un morceau que Txarango a composé pour soutenir le oui au référendum en Catalogne, pour un oui de changement. La chanson a reçu la collaboration de Gemma Humet, d’Aspencat, de Cesk Freixas, de Les Kol·lontai (Montse Castellà, Sílvia Comes, Meritxell Gené et Ivette Nadal) et Ascensa Fureur. 

Le texte est inspiré au refrain final du thème ’Article 1,1’ de Cesk Freixas et à de vers d’Ovidi Montllor. Du monde de la musique, nous ne resterons pas avec les mains inertes. Parce que recommencer de zéro , c’est une opportunité pour reconstruire tous les aspects de notre société. Parce que nous rêvons qu’un autre monde est possible, nous savons qu’il est nécessaire de changer tout.

 

Ce site est par nature contre les nationalismes, et nous ne voulons pas prendre le parti du nationalisme catalan contre le nationalisme espagnol. Cependant, nous voulons réaffirmer notre soutien au droit de tout peuple de décider de son propre futur, s’il le désire même à travers une indépendance qui – comme dit cette chanson – soit un premier pas pour changer le système entier. Et surtout nous condamnons les mesquines tentatives du gouvernement réactionnaire de Rajoy d’arrêter à travers les intimidations judiciaires et la répression policière un légitime processus démocratique d’autodétermination.

 

 

 

Commençons mon cher Lucien l’âne par une conversation contre la guerre entre deux membres des Canzoni contro la Guerra ; dialogue que j’ai pris la peine de traduire, car il intéresse toute l’Europe d’aujourd’hui et plus encore, de demain. Ensuite, nous irons de notre petit dialogue maïeutique.

 

 

On a donc : B.B. et Lorenzo qui confrontent leurs opinions sur ce qui se passe en Catalogne et à Barcelone que chantait Boris Vian.

 

 

 

 

 
 
 

Conversation contre la Guerre

 

La Catalogne est déjà une communauté autonome, comme toutes les autres régions d’Espagne.

 

Je pense que cette revendication de l’indépendance est une volonté nationaliste et égoïste, stérile et porteuse seulement de nouvelles frontières et de difficultés, au fond « léghiste » (comme la Ligue du Nord, en Italie), pour nous comprendre.

 

Toutefois, ensemble à toutes les autres communautés autonomes, la Catalogne aurait pu forcer l’État à une révision constitutionnelle dans un sens plus fédéral, surtout sous le profil fiscal. En démocratie certains objectifs, s’ils se veulent légitimes et consolidés, s’atteignent à travers des négociations et des accords et pas par des épreuves de force.

 

Cela dit, la réaction violente du gouvernement espagnol est honteuse, mais dans la droite ligne où ce gouvernement a toujours été même après le franquisme : un gendarme autoritaire toujours concentré rabattre les différentes poussées centrifuges.(B.B. – 1/10/2017 – 14:16)

 

 

Je ne suis absolument pas d’accord avec l’assimilation de l’indépendantisme catalan au « léghisme » (italien). Historiquement l’indépendantisme catalan, comme le basque, le breton, le corse et dans une certaine mesure même, le sarde ont été et sont des mouvements de gauche, inclusifs et pas xénophobes. Ensuite, il y a aussi certainement des motivations moins idéalistes, vu que la Catalogne est une des régions les plus riches de l’Espagne, même si depuis quelques années, elle a été frappée comme le reste de l’Europe du Sud par une crise économique très grave. Il suffit de penser que le front des partis catalans en faveur du oui inclut un parti bourgeois de centre droit comme l’ex-Convergència Unió et la gauche d’Esquerra Republicana. Mais en dehors des partis, je pense que c’est un mouvement populaire que nous ne pouvons pas taxer de racisme. Au fond, Barcelone a été l’unique parmi les grandes villes européennes à organiser une manifestation en faveur de l’accueil des roms au lieu de défilés aux flambeaux contre les roms. Et les gens qui participaient à cette manifestation étaient dans une large mesure les mêmes qui manifestent pour l’indépendance ; donc, les accuser de léghisme me semble vraiment déplacé. 

Il convient de dire que si nous sommes arrivés à ce point c’est à cause du refus absolu du gouvernement espagnol de traiter et de dialoguer. Probablement avec un gouvernement moins autoritaire et moins centraliste, on serait arrivé à un accord dans un sens plus fédéraliste ou à un référendum concerté qui dans une situation plus conciliante aurait vu sans doute les Catalans choisir de rester à l’intérieur de l’Espagne. 

Par ailleurs, la question n’était pas pour ou contre l’indépendance, mais celle de la possibilité de pouvoir voter. Je voudrais voir ce qu’aurait écrit El País, si au Venezuela, la « dictature chaviste » avait envoyé la police séquestrer les urnes pour empêcher le référendum de l’opposition. (Lorenzo – 1/10/2017 – 18:23)

 

 

 

 

Je n’ai certainement pas taxé les indépendantistes catalans de xénophobie et de racisme, c’est ton interprétation personnelle de ce que j’ai dit. J’ai utilisé « léghiste » une seule fois et entre des guillemets.

Je réaffirme cependant que, à mon avis, les indépendantistes catalans (qui ne représentent pas la majorité de cette communauté) sont des nationalistes et des populistes. Et moi personnellement j’abhorre les deux choses, avec les frontières et les référendums qui en sont l’expression.

 

Il n’y a pas un nationalisme et un populisme mauvais – celui de droite – et un nationalisme et un populisme bon – celui de gauche.

 

Et ensuite, au bout du compte, cette indépendance catalane, c’est une velléité que même ceux qui la soutiennent ne savent comment elle pourra jamais fonctionner. Seulement l’énième multiplication de règles, de lois, de taxes et de centres décisionnels.

Salutations (B.B. – 1/10/2017 – 20:19)

 

 

Mille excuses B.B, mais l’indépendance catalane fonctionnerait exactement comme tous les autres États, comme ont fonctionné dans les vingt-cinq dernières années par exemple la Slovénie, la Slovaquie, la République Tchèque, la Lettonia, le Montenegro, etc. Il est clair que ce ne serait pas la solution à tous les problèmes, mais elle fonctionnerait plus ou moins, avec sa dose d’injustices, de répression, de lois, de taxes, de corruption, peut-être un tantinet moins, parce que pour arriver au niveau de la monarchie borbonica gouvernée par les post-franquistes de Rajoy, il en faudrait ! (Lorenzo – 1/10/2017 – 21:13)

 

 

Ça ne fonctionnera pas, car ensuite arriveront les Basques et tous les autres pour demander la même chose. Ce serait un grand foutoir qui aurait pu être géré en renforçant une organisation fédérale.

 

Mais ensuite, je me demande, de gauche quel sens y a-t-il à aspirer à un énième petit État quand l’Ennemi de toujours, le Capital, fonctionne au niveau global, en se foutant des frontières qui sont réservées seulement aux hommes et, en particulier, aux derniers et plus désespérés et sans défense ?

 

Excuse-moi, mais j’ai vraiment des difficultés à choisir entre le nationalisme de gauche du Puigdemont et celui post-fasciste de Rajoy… (B.B. – 1/10/2017 – 21:58)

 

 

Eh bien, Puigdemont n’est même pas de gauche, c’est plus ou moins un démocrate-chrétien. Mais parmi ceux qui chantent « Cara al sol » en défendant l’intouchabilité de l’Espagne sacrée et les gens qui pacifiquement font la queue pour voter et sont matraqués, je sais bien de quel côté je suis(lorenzo – 1/10/2017 – 22:21)

 

 

Lorenzo, t’es-tu aperçu qu’aujourd’hui, on est le 1 octobre 2017 et pas le 26 janvier 1939 ? (B.B. – 1/10/2017 – 22:36)

 

 

Eh bien moi, oui, je m’en suis aperçu. Il faudrait aussi que s’en aperçoivent ces gens-là ces gens ici… (les partisans de Rajoy qui font le salut fasciste en chantant « Cara al sol »). (Lorenzo – 1/10/2017 – 22:52)

Dialogue Maïeutique

 

 

Souviens-toi, Lucien l’âne mon ami, les Espagnols ne voulaient pas nous laisser notre indépendance et nous, nous avons réussi à nous débarrasser de ces Grands d’Espagne et leurs sbires qu’envoyait le Roi Philippe (en espagnol Felipe), disait Till Uylenspiegel. Ce même Philippe de la chanson Till et Philippe :

 

« Inerte, sec, revêche, sans émotion,
Philippe, fils de Carolus Quintus
Confit en dévotions.
Philippe se signe à l'Angélus. »

 

Auparavant, ces Espagnols avaient fait de grands massacres et de grands bûchers ; ils avaient ravagé toutes nos régions.

 

J’entends des voix d’Indiens d’Amérique, ajoute Lamme Goedzack.

 

Moi, j’entends les voix des réfugiés de 1936-39 et tous ceux qui en payèrent le prix dans les années suivantes, dit Marco Valdo M.I.

 

Et moi, dit Lucien l’âne, j’ai souvenir de l’écrasement de Barcelone par les Bourbons d’Espagne vers 1700, le roi d’Espagne s’appelait Philippe (en espagnol : Felipe). Encore un Felipe – Philippe ; ces rois Philippe sont des calamités.

 

Cet asservissement de la Catalogne à l’Espagne est une longue histoire qu’on tente de passer sous silence et qui qu’on le veuille ou non, ressort toujours. Et je me demande bien ce qui justifie la domination de tel ou tel État sur telle ou telle population, sauf peut-être l’éternelle revendication des riches et des puissants de conserver leurs privilèges, leurs pouvoirs et leurs possessions. Et puis, je comprends les gens de Catalogne qui veulent – comme bien des Basques, des Galiciens… – se débarrasser du centralisme madrilène, qui fleure encore toujours la vieille Espagne, celle des Bourbons, du Royaume et de Franco.

 

Pour l’instant, dans le cas d’une indépendance nouvelle ou retrouvée – dans n’importe quelle région d’Europe, on aura un pouvoir à la place d’un autre, mais il n’est sans doute pas nécessaire et surtout sous les formes que l’on connaît actuellement, lesquelles résultant principalement de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres. Donc, dans l’immédiat, la vraie question, dit Lucien l'âne, pour nous qui voyons les choses d’ici et maintenant, du fond d’une des réserves indiennes de Wallonie, est d’articuler les bons niveaux de décision.

 

Exactement, dit Marco Valdo M.I. On aurait nettement tendance à imaginer une Europe (niveau assez général en attendant de n’avoir plus qu’une humaine nation), des régions (niveau suffisant) et une solide réduction de l’emprise des États nationaux, ou carrément, la disparition de ces vieilles structures héritées du XIXe siècle, qui ne semblent plus du tout adaptées au réel, comme des costumes surannés et usés aux entournures.

 

Oh, dit Lucien l’âne, quel mal y aurait-il à laisser les gens vivre comme ils l’entendent et quel mal y aurait-il à démantibuler ces vieilles structures issues d’ambitions anciennes pour les remplacer par des dispositions nouvelles, plus conformes au réel contemporain et sans doute aussi, libératoires de vieilles turpitudes et génératrices de pestilences et de rancœurs. Il s’agirait de combiner des entités plus petites, plus cohérentes dans un système (sans aucun doute plus) complexe au niveau le plus général (possible, comme disait Candide).

 

Il est évident que (et je survole à peine à titre exemplatif ; chacun complétera dans son aire habituelle) à première vue : les Bretons, les Basques, les Occitans, les Catalans, les Wallons, les Flamands, les Bruxellois… ont exprimé des souhaits d’autonomie et il serait bien d’y donner suite avant qu’on en vienne à plus d’ébullition. Il y faut de la souplesse.

 

En somme, aménager les pouvoirs pour permettre aux hommes d’organiser leur vie. Cela évitera aux voisins de se comporter en ennemis et incitera – bien au contraire – à des rapprochements de bonne entente, fondées cette fois sur la liberté. Les relations de bon voisinage sont incontournables si l’on veut que les routes conduisent encore quelque part et ces relations ne peuvent exister que dans une entente pacifique fondée sur l’autonomie de tout qui la réclame. Dans les temps qui viennent, les vieux pays, héritages de forfaitures passées, n’arriveront plus à régenter les gens de force et de plus, leur utilité s’évapore à vue d’œil, tout comme leur pertinence.

 

Il s’agit de donner de l’air à l’ensemble d’autant plus que le dit-ensemble (Europe ?) risque bien de ne pas se ressembler d’ici quelque temps et deux ou trois migrations plus loin.

 

Pour le reste, Lucien l’âne mon ami, toi, moi et les autres, on continuerait notre vie de grain de sable. Vamos a la playa… et tissons le linceul de ce vieux monde oppresseur, envahisseur, dominateur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Nous avons le futur, nous avons la mémoire,

Du feu dans les mains pour tisser l’histoire.

Nous avons fait un long chemin jusqu’ici :

Vivre veut dire prendre parti.

 

Nous ne voulons pas de flounous ne voulons pas reculer

Nous ne venons pas ici agiter des drapeaux

Nous comptons sur toi, à présent il ne faut pas se tromper

Un jour pour recommencer à nouveau

 

Gens de la mer, des fleuves et des montagnes,

Nous aurons tout et nous parlerons de la vie.

Gens de mer, de fleuves et de montagnes,

Nous aurons tout et nous parlerons de la vie.

 

Allons loin, nous serons nombreux à pousser ;

Qui sème la rébellion, récolte la liberté !

La peur ne nous fait pas peur. Demain, aujourd’hui sera nôtre,

Toi et moi, nous atteindrons l’horizon.

 

Ici et maintenant, c’est le moment du peuple !

Il ne sera pas à nous, si on n’y est pas tous aujourd’hui

Pour toi, pour moi, pour notre peuple.

Vivre veut dire prendre parti.

 

 

 

Nous ne résoudrons pas tous les problèmes du monde,

Nous n’avons pas toutes les solutions,

Mais nous venons avec notre courage et nos rêves

Et de nos mains, nous referons notre monde.

 

Rien pour nous, tout pour les autres.

Nous incendierons la peur et le racisme.

Qui travaille la terre, la mérite !

Le gouvernement obéit, le peuple commande !

 

Nos mains sont notre richesse,

Qui connaît la machine doit conduire.

Créer, construire une conscience populaire,

Notre devise : vivre libres ou mourir.

 

Gens de la mer, des fleuves et des montagnes,

Nous aurons tout et nous parlerons de la vie.

Gens de mer, de fleuves et de montagnes,

Nous aurons tout et nous parlerons de la vie.

 

Nous serons la lumière, nous serons nombreux à l’unisson.

Nous sommes le futur et la joie,

La peur ne vaincra pas.

Toi et moi, on atteindra l’horizon !

 

Gens de la mer, des fleuves et des montagnes,

Nous aurons tout et nous parlerons de la vie.

Gens de mer, de fleuves et de montagnes,

Nous aurons tout et nous parlerons de la vie.

 
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Published by Marco Valdo M.I.
3 octobre 2017 2 03 /10 /octobre /2017 17:12

Barcelone

Chanson française – Barcelone – Boris Vian – 1958


LE RETOUR DU CAUDILLO

 

 

 

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, qui se souvient de la chanson Barcelone de Boris Vian ?

 

Je n’en sais trop rien, répond Lucien l’âne. Mais c’était une chanson nostalgique.

 

J’ai bien envie, reprend Marco Valdo M.I., en marge des événements actuels, de la dédier aux participants de la grande corrida. Spécialement, les derniers mots, allez savoir à qui ils s’adressent.

« Dès demain, 
Tous les deux, nous irons vers la vie. 
Barcelone !
Sur le port, dans le vent qui se lève, 
Je vois vivre mon rêve, 
Barcelone ! »

 

J’ai mon idée personnelle sur la question, dit Lucien l’âne. Quant à nous, comme certains là-bas, nous tisserons le linceul de ce vieux monde au bras rigide, à la matraque prompte, au sourire carnassier et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Barcelone !
Des pavés, du soleil, des visages ;
Un été plein d’images 
Et de fleurs,
Barcelone !
Dans le port, un bateau qui s’amarre, 
Le bourdon des guitares 
Et mon cœur. 
J’ai revu
Cette rue sous le ciel de septembre ;
J’ai revu 
La fenêtre grillée de sa chambre ; 
Jours trop courts, 
Le vent chaud caressait nos visages 
Et l’amour 
Nous jetait des étoiles au passage.
Barcelone ! 
Souvenir de nos nuits haletantes, 
D’un été qui me hante. 
Barcelone !

 

 

Ce matin, 
Je reviens dans la rue douce et triste ; 
Le chemin 
M’a mené jusqu’au banc de jadis 
Et soudain 
Te voilà, c’est bien toi ; rien n’existe. 
Dès demain, 
Tous les deux nous irons vers la vie. 
Barcelone !
Sur le port, dans le vent qui se lève, 
Je vois vivre mon rêve, 
Barcelone !

Barcelone
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Published by Marco Valdo M.I.
29 septembre 2017 5 29 /09 /septembre /2017 20:59
L’ANNONCIATION

 

Version française – L’ANNONCIATION – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – AnnunciazionePrimo Levi – 1979‎

 

 

 

 

Musique du compositeur espagnol Luis de Pablo Costales, second mouvement de son œuvre pour orchestre et chœur masculin, intitulée « Passion » (2006), basée sur des textes de Primo Levi et dédiée à la mémoire d’Antonio José, compositeur originaire de Burgos, fusillé par les franquistes en 1936.

 

Passio, Orchestre Symphonique National de la RAI dirigé par Gianandrea Noseda et choeur masculin du Théâtre Royal de Turin, dirigé par Claudio Marino Moretti, avec Georg Nigl (baryton et récitant), Roberto Balconi (contre-ténor).

 

Cette annonce de l’ange à la mère de Hitler, très belle et très violente – et peu connue – poésie de Primo Levi, presque une réécriture et encore plus féroce que son autre célèbre « anti-Annonciation », « Il canto del corvo » - « Le Chant du Corbeau » .

 

« Il y a un peu plus de dix ans, j’avais acheté les œuvres complètes de Primo Levi (Einaudi). J’ignorais qu’il avait écrit aussi des poésies. Lorsque je les connus, ce fut une rencontre éblouissante. Je m’identifiai autant au contenu qu’à sa manière de concevoir, narrer le « fait poétique » : clair, familier, presque prosaïque – sans renoncer au lyrisme agressif, accusateur sans démagogie, d’un pessimisme transcendantal. Il me rappelait le Goya le plus dur, celui qui semble considérer le projet humain comme une faillite, condamné à l’horreur et à la stupidité, mais capable de distiller quelques gouttes d’une soudaine beauté.

 

J’ai sélectionné quelques poèmes et j’ai laissé passer du temps. L’occasion se présenta grâce à la RAI. Le résultat a été Passion (On aurait pu l’appeler aussi « Passion selon Levi », mais il est mieux ne pas donner de noms : les textes sont éloquents). J’ai choisi Ladri, Annunciazione, Canto dei ‎morti invano, La mosca e Carichi pendenti. Après beaucoup de réflexion, je les ai adaptés pour un grand orchestre, un chœur masculin et deux solistes : un baryton et un contre-ténorL’œuvre se divise en quatre parties. La première est composée de Portico, Ladri, Transizione, Annunciazione ; la deuxième du Canto dei morti invano ; la troisième de La mosca ; la quatrième et dernière de Portico e Carichi pendentiIl y a environ quarante minutes de musique, peut-être un peu plus.

 

La présence du drame dans Passion est évidente ; je n’ai pas écrit cinq œuvres inutilement. Mais Passion n’est pas une musique théâtrale, elle n’accompagne pas une péripétie imaginaire. C’est – inutile le dire – une de plus ambitieuses parmi mes dernières œuvres, même si je tendrais à dire qu’elles le sont toutes, chacune à sa manière : autrement, pourquoi les écrire ? Mais Passion l’est particulièrement, aussi bien pour le texte qui est mis en musique, que pour l’engagement requis.

 

J’ai dédié Passion à la mémoire d’Antonio José, compositeur de Burgos, victime des atroces crimes commis pendant les premiers jours de l’insurrection fasciste, qui détruisit la Seconde République espagnole (fusillé par les rebelles le 11 octobre 1936 à Estépar, près de Burgos). Il laissa une œuvre inachevée, peu connue et rarement jouée, certainement pas en raison de son démérite : son talent en herbe ne fait aucun doute. Il pourrait sans doute être un des infinis « morts en vain » qui, à travers le texte de Primo Levi, chantent dans Passion. » (Luis de Pablo).

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Je suppose, Lucien l’âne on ami, que tu sais ce qu’est une « annonciation » et sans doute, as-tu déjà croisé des annonciations au cours de tes innombrables pérégrinations.

 

Certes, Marco Valdo M.I. mon ami, j’ai déjà vu des annonciations et pour réponde à ta question, je sais que l’annonciation est aussi appelée – dans le langage des Chrétiens et même plus spécifiquement, des catholiques et des orthodoxes – l’annonce faite à Marie, qui donna un titre à une pièce de théâtre (par ailleurs, assez déjantée) ou pour d’autres, s’inspirant à une autre source tout aussi patristique, il y aurait eu plutôt une annonce faite à Joseph.

 

En somme, Lucien l’âne mon ami, au train où cela va, il faudra ouvrir dans les journaux bien informés une rubrique des « Petites Annonciations » ; ainsi, moyennant une petite rétribution, on pourrait ainsi annoncier mille choses et des naissances futures pour parer à toute éventualité ; toute gestation pourrait ainsi être couverte par le Saint-Esprit.

 

En effet, reprend Lucien l’âne, mais je te dis tout de suite que ce sont là des récits anciens et fantasmatiques, assez semblables dans leur substance à des contes de grand-mères ou à des histoires à dormir debout. Évidemment, tout bien considéré, quand on est un âne et qu’on a quatre jambes et de jolis sabots, dormir debout est une chose assez naturelle ; mais c’est une expression humaine et là, la chose est plus invraisemblable.

 

Pour en revenir un instant à cette pièce de théâtre, cette Annonce faite à Marie, célèbre et célébrée encore aujourd’hui, je ne voudrais pas laisser passer cette évocation sans souligner que son auteur était très nettement atteint de folie mystique et d’une forte propension à délirer et à développer une logorrhée enthousiaste à la gloire du fascisme et du franquisme. Boris Vian avait d’ailleurs la même répugnance à l’égard de cet auteur, à propos duquel il écrivit :

« Je suis né par hasard, le 10 mars 1920 à la porte d’une maternité, fermée pour cause de grève sur le tas. Ma mère, enceinte des œuvres de Paul CLAUDEL (c’est depuis ce temps-là que je ne peux plus le blairer), en était au treizième mois et ne pouvait attendre le Concordat. »

Outre son penchant pour l’autoritarisme et son gâtisme précoce et jamais démenti, le dénommé Claudel fut assez infâme à l’égard de sa sœur Camille, sculptrice de haut vol, qui mourut de faim à l’asile après 30 ans d’enfermement.

 

Ce sont en effet, Lucien l’âne mon ami, des contes à dormir debout. A-t-on jamais vu un ange se mêler d’obstétrique ? Une apparition jouer les devins ? Bref, tout ça est invraisemblable et n’est que faribole et parabole, mais – et c’est là que je veux en venir – tout à fait dans la tradition, autrement dit dans la transmission de la légende dans une certaine communauté à vocation religieuse. C’est à ces mécanismes manipulateurs, mis en place par les raconteurs d’historiettes troubles et mythiques que fait référence la chanson.

Comme l’indique son titre, elle est une « annonciation » et comme pour toutes les « annonciations », il y a un ange, une sorte de postier céleste ou un garçon télégraphiste, un « postino », un « postman » qui aurait traversé une ou deux galaxies avec son message crypté sous le bras.

 

Et au fait, Marco Valdo M.I. mon ami, ce message a une certaine importance et que dès lors, cette « annonciation » n’est pas anodine. Sinon pourquoi cette chanson ?

 

C’est exactement ce que je me préparais à te dire, Lucien l’âne mon ami, si tu ne l’avais exprimé avant moi. Il faut cependant commencer par présenter l’auteur et dévoiler ce qui a marqué sa vie de façon indélébile. Il s’agit de Primo Levi qui jeune homme encore, un jeune homme juif italien arrêté en 1943, déporté à Auschwitz, d’où il reviendra. Tout le reste de sa vie, il va donner de la voix contre le nazisme, le fascisme et toutes ces sortes de choses. Il va aussi débusquer les origines du monstre qui depuis tant de temps s’en prend aux Juifs car, comme tu le sais, le phénomène n’est pas neuf : les pogroms sont choses anciennes.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ils furent parmi les premières actions de la Première croisade, sur le chemin de l’aller, sans doute les croisés voulaient-ils se faire la main.

 

Et cette « Annonciation », je parle de la chanson, dit Marco Valdo M.I., a précisément cet objectif : débusquer les origines du monstre, du moins, d’une de ses incarnations majeures. La parabole raconte l’annonce faite à Klara, la mère du futur Adolf Hitler. Pour le reste, voir la chanson. Elle use de la même dérision que celle dont usait, par exemple, Erika Mann avec son « Der Prinz von Lügenland » – « Le Prince de Menterie ».

 

Voyons donc cette histoire chantée et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde où vit encore la bête immonde et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Ne t’effraye pas, femme, de mon aspect sauvage :
Je viens de très loin, en un vol rapide ;
Les tourbillons ont ébouriffé mes plumes.

 

Je suis un ange, pas un oiseau de proie ;
Mais pas celui de vos peintures d’autrefois
Venu annoncer un autre maître, un autre roi.

 

Je viens te porter la nouvelle, mais attend, que se calment
L’essoufflement, l’horreur du noir et du vide.
En toi sommeille celui qui ravagera le monde ;
Tu le cajoleras, mais ce n’est encore qu’une larve.

 

Il aura l’art des mots et des yeux de maquignon,
Il prêchera l’abomination, tous le croiront.
Baisant ses traces, ils le suivront en rangs,
Extatiques et féroces, chantants et saignants.

 

Il portera ses menteries aux frontières les plus lointaines,
Il évangélisera par le juron et la pendaison.
Il dominera par la terreur, il craindra les poisons
Dans l’eau des sources et dans l’air des grandes plaines ;
Il verra des pièges dans les yeux clairs des nourrissons.

 

Avide encore de massacre, il mourra léguant sa semence infâme.
Tel est le germe qui croît en toi. Réjouis-toi, femme.

L'ANNONCIATION
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Published by Marco Valdo M.I.
26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 16:14
UN BILLET POUR SIRIUS

 

Version française – UN BILLET POUR SIRIUS – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Biglietto per Sirio – Roberto Brivio – 1969

Paroles de Paola Pallottino

Album "13 canzoni di fantascienza"

 

 

 

 

 

 

Hum, ceci serait ma contribution n°1000 aux CCG/AWS…
Au début, j’ai pensé poster quelque chose qui 
n’avait rien à y voir (ou presque), une chanson pour hurler ma rage contre toutes les grandes et petites guerres qui polluent notre monde et nos vies… une chanson pour opposer à la haine et à l’horreur que je respire quotidiennement l’unique antidote que je connaisse : l’amour… Mon choix donc était tombé sur ce très beau et très grand poète et amoureux qui a été, au contraire, qu’est (déjà, le Venturi, qui le connaît bien, est sûr qu’il est ressuscité avec d’autres de son gabarit…) Piero Ciampi... J’aurais voulu hurler avec lui "Vaffanculo!" – « Va te faire foutre !  », le va te faire foutre d’un "uomo asociale" – un « homme asocial », un "strano uomo che può frequentare solo te"...« étrange homme qui peut te fréquenter seulement »…

 

Puis, j’ai regardé par la fenêtre, et il pleut à verse… Il m’arrive le vacarme d’une kermesse organisée par l’association locale des commerçants, où il semble que les gens s’amusent seulement à applaudir les centaures qui dégazent, vrombissent et détonnent avec leurs bolides… Ensuite j’ai regardé autour de moi, et j’étais seul… De l’appartement du dessus, m’arrive le chambard de cette salope de voisine qui, tête de linotte ignorante, manquant du moindre sens du respect et des règles de cohabitation civile, a décidé de ne m’accorder aucun répit, ni de jour ni de nuit… 

Ainsi, je suis très énervé par l’amour… Je me réserve son nectar pour des jours meilleurs, que j’espère moins maussades et moins bruyants qu’aujourd’hui… Il me reste ma colère et la certitude de vouloir être ailleurs, loin de tout être humain, sur une autre planète, encore plus asocial que Piero…

 

Donc, comme contribution au n°1000, j’ai choisi cette très brève, la misanthropiquissime, asocialissime, fantastique chanson de science-fiction de Roberto Brivio qui, par parenthèse, est sur la même longueur d’onde que les CCG et pas un peu… Salut, salut, je m’en vais sur l’étoile plus brillante du système solaire ! Je suis désolé pour ceux qui restent… Dès que possible je vous ferai savoir ma nouvelle adresse postale…

 

Parmi ses multiples activités, le « Gufo » (« Hibou », membre du groupe « I Gufi »), Roberto Brivio a trouvé le temps de publier une poignée de disques, parmi lesquels figure « 13 chansons de science-fiction » de 1969. Une de ces chansons, « Billet pour Sirio », fut écrite par Paola Pallottino, autre artiste polyédrique : écrivaine, historienne de l’art, illustratrice et parolière, autrice de chansons comme "4 marzo 1943"« 4 Mars 1943 » et "Il gigante e la bambina" « Le géant et l’enfant » de Lucio Dalla. 

 

 

 

Un billet aller
Pour la planète Sirius
Je m’en vais de ce monde
Et je n’y reviendrai plus.

 

Un billet aller
Pour un voyage presque éternel
Mai, juin, la ritournelle
L’automne, l’hiver, le printemps, l’été.

 

Un billet aller…
Après vous aurez
Guerres, massacres et dictatures,
Faim, infarctus et vomissures.

 

 

Un billet aller…
Et si je devais m’
ennuyer
À la longue-vue, je vous regarderais
En riant et sans regrets.

UN BILLET POUR SIRIUS
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Published by Marco Valdo M.I.
24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 17:50
SI PAS MAINTENANT QUAND ?

 

Version française – SI PAS MAINTENANT QUAND ? – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Se non ora quando? – Primo Levi – 1982

Musique d’Andrea Poliniinterprétée l’Orchestra Bequadro

 

 

 



Nous sommes les moutons du ghetto, vous nous reconnaissez ?

Tondus pendant mille ans, à l’offense résignés.
Nous sommes les 
tailleurs, les copistes et les voix
Flétries à l’ombre de la Croix.
Maintenant, nous 
connaissons les sentiers des bois,
Nous avons appris à tirer, et 
nous tirons droit.

 

Si je ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ?
Si pas ainsi, comment ? Et si pas maintenant, quand ?

 

Nos frères sont montés dans les airs
Par les cheminées de Sobibór et de Treblinka,
Ils se sont creusé une tombe en l’air.
Nous seuls avons survécu
Pour l’honneur de notre peuple perdu,
Pour le témoignage et la vendetta.

Si je ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ?
Si pas ainsi, comment ? Et si pas maintenant, quand ?

 

Nous sommes les fils de David et les obstinés de Massada.
Chacun de nous a en poche la pierre
Qui le front de Goliath brisa.
Frères, fuyons l’Europe des tombes,
Allons ensemble vers la terre
Où nous serons des hommes parmi les autres hommes.

 

 

Si je ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ?
Si pas 
ainsi, comment ? Et si pas maintenant, quand ?

SI PAS MAINTENANT QUAND ?
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Published by Marco Valdo M.I.
23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 20:31

UN AMOUR DE 750 000 ANS

 

Version française – UN AMOUR DE 750 000 ANS – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – 750 000 anni fa…l’amore – Banco del Mutuo Soccorso – 1972

Texte de Francesco Di Giacomo et Vittorio Nocenzi
Musique de Vittorio Nocenzi
Album : Darwin !


Homo Antecessor - La soirée en famille

 

 

Mil neuf cent septante-deux, c’était le quaternaire, période Olocene. Textes de Vittorio Nocenzi et de Francesco Di Giacomo, musique de Vittorio Nocenzi. Chant de Francesco Di Giacomo, de Siniscola, Thiniscòle en sarde nuorese, un nom d’origine probablement nuragique. Album : Darwin ! , avec le point d’exclamation. Un album entièrement dédié à l’évolution humaine, à l’évolution physique et psychique dans la préhistoire très lointaine qui, on le comprend de tous les morceaux, annonce l’aujourd’hui sans solution de continuité. Darwin ! est un album qui, dans le presque nouveau-né rock progressif italien, se retrouva d’un coup au sommet du monde, et ce n’est pas une exagération : le Banco del Mutuo Soccorso a été un band progressif parmi les plus grands de toute la planète, et il n’y a pas que moi pour le dire et basta. Le morceau n° 3 du côté B de l’album est cette incroyable chanson, et qu’on comprenne bien que je ne suis pas certainement pas habitué à jouer de l’hyperbole et de l’incroyable. Une histoire d’amour d’il y a septcentcinquantemilleans, et vu que nous sommes précis, la plaine ionienne du Pléistocène Moyen. La plaine s’appelle « Ionienne » car, géologiquement, les sédiments de la période sont particulièrement évidents sur la côte italienne de la Mer Ionienne. 

 

Il y a septcentcinquantemilleans, selon la science, vivait du côté de l’Atapuerca d’aujourd’hui , en Espagne, des hominidés d’une sorte intermédiaire entre l’Homo Georgicus et l’Homo Heidelbergensis dite Homo Antecessor. Dans le site d’Atapuerca, on a retrouvé environ 80 fragments osseux, parmi lesquels le mieux conservé est une mâchoire appartenant à un individu de dix ans d’âge. Il semble que l’Homo Antecessor était plutôt robuste, avec une taille entre 1,60 m et 1,80 m, et un poids qui pouvait atteindre les 90 kg. Sa capacité crânienne était d’environ 1000/1150 cm³ contre les 1350 cm³ de l’homme moderne. L’Homo Antecessor était déjà droitier, chose qui le diversifie des singes. Il avait une capacité auditive semblable à cette de l’Homo sapiens, et on présume qu’il était déjà en mesure d’utiliser d’un langage au moins symbolique, et qu’il était capable de raisonner.

 

En 1972, Francesco Di Giacomo et Vittorio Nocenzi ne pouvaient pas encore savoir ce qu’il en est du Quaternaire Olocène. Les découvertes d’Atapuerca autour de l’Homo Antecessor sont récentes, elles remontent à 1994 et 1995. Il peut se faire que les « 750 000 ans », auxquels ils firent remonter leur histoire d’amour, avaient été simplement inventés. L’ hominidé d’il y a 750 000 ans n’était pas du tout un grand singe sans raison, il était déjà glabre, et sa lèvre n’était déjà plus inerte, elle pouvait déjà dire ou exprimer quelque chose. Peu importe ; tout ceci n’ajoute et n’enlève rien à la chanson du Banco del Mutuo Soccorso, qui est peut-être l’unique chanson au monde où ce très humain désir d’amour, et d’amour physique, est daté d’une époque aussi lointaine. Avec mon célèbre frère aîné, qui en 1972, avait déjà dix-sept ans (j’en avais neuf), ça fait 45 ans que je connais cette chanson et cet album, dont j’ai encore une cassette originale terriblement éculée : ma préhistoire, en somme, maintenant. Il me déplaisait de ne pas la voir ici cette histoire d’amour du Moyen Pléistocène d’où, j’en suis certain, Francesco Di Giacomo, Homo Digiacomensis, faisait en quelque sorte partie avec sa voix catapultée dans le monde d’aujourd’hui peut-être de ce lointain. Et avec son humanité merveilleuse, avec sa discrétion, avec son intelligence. Si je devais dire quel artiste italien me manque davantage, il serait parmi les premiers.

 

Toujours selon la science, l’Homo Antecessor pratiquait gaiement le cannibalisme. Peut-être si l’individu de la chanson avait réalisé son désir de posséder la belle Mulier Antecessor au corps clair et aux larges flancs. Peut-être, qui sait, s’il ne l’aurait pas mangée, ou été mangé par elle. Comme, au fond, settecentocinquantamila ans après. Bonne écoute, en ce dernier jour d’été, ou premier d’automne, comme vous voulez. [At-XXI]

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Comme tu as pu l’entendre et le comprendre des explications données par l’A.T. XXI (l’athée du 21e siècle ?), c’est une histoire d’amour assez antique. Peut-être tellement antique que, même toi, Lucien l’âne mon ami, tu n’étais pas encore né quand elle s’est produite – oui, oui, même si ce n’est pas vraiment ce que dit la chanson, elle s’est produite ; il fallait bien, sinon comment cette espèce d’homos se serait-elle reproduite ? On ne peut quand même pas y voir la main du Saint-Esprit ou je ne sais quelle Immaculée Conception ; ce sont fariboles bonnes pour d’ignares pudibonds. Cela dit, 750 000 ans, c’est quand même une fameuse période.

 

Eh bien, Marco Valdo M.I. mon ami, nous les ânes, on était déjà là et comme l’Homo en question, nous étions un peu plus rudes et un peu moins, comment dire, civilisés (?) qu’à présent. On tenait plus de l’onagre que du baudet domestiqué qu’on rencontre parfois. Cependant, rassure-toi, même si j’ai gardé certaines de mes habitudes anciennes, nous les ânes, on ne s’est jamais mangé entre nous et de façon générale, on n’a jamais mangé d’animaux, fussent-ils des « homos ». L’inverse, malheureusement, n’est pas vrai. Ainsi, nous nous tenions vraiment à l’écart de cette espèce cannibale et carnivore. On savait se défendre, tu peux me croire ; d’ailleurs, on est toujours là et moi en particulier, même si, bien des sous-espèces asines sont en voie de disparition, comme bien d’autres sur cette planète que l’humanité est en train de détruire.

 

Sais-tu, Marco Valdo M.I. mon ami, que le Coran traite les athées d’onagres épouvantés. Ça me paraît être une vaste carabistouille, cependant, il est vrai que les ânes, les hémiones et les onagres sont des athées têtus et bien décidés à le rester. Ce n’est pas pour rien que les paysans de Lucanie disaient : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari », ce que je traduirais volontiers par « Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme ». Autrement dit, notamment, des ânes.

 

Maintenant que penses-tu, Lucien l’âne mon ami, de la réflexion de Lorenzo ?

 

Oh, dit Lucien l’âne, moi, je veux bien en penser quelque chose, mais au fait, il me faudrait d’abord savoir ce que dit Lorenzo.

 

Certes, tu as raison, Lucien l’âne mon ami. Eh bien, Lorenzo dit ceci : « Il serait bien de demander à Marco Valdo M.I. si ce morceau se déroule à une époque précédente à la Guerre de cent mille ans ou si La Guerre de Cent mille ans doit être retrodatée ?

 

Pour moi, dit Lucien l’âne et j’imagine que pour toi aussi, la réponse est simple. Il y a 750 000 ans, la Guerre de Cent Mille Ans n’avait pas encore commencé. Tout simplement, car les riches n’existaient pas ; il n’y avait que des Homos Antecessors ou peut-être, des Homos Erectus. Pour ces Homos, les choses étaient plus simples; à l’époque, on ne prenait pas le temps d’accumuler; on mangeait tout de suite le pauvre qui vous tombait sous la dent. Il faut dire que la vie était plus courte et que du coup, on n’avait pas le temps de faire de la richesse, ni même, de développer une société d’exploitation. En gros, chez les Homos de l’époque, on ne pensait qu’à manger et sans doute également, à se reproduire.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, mes pensées vont dans le même sens que les tiennes, même si personnellement, je n’ai pas vécu à cette époque légèrement éloignée.

En fait, je pense que le chiffre de 100 000 ans est trop petit ; quand je l’ai énoncé la première fois, il voulait simplement dire beaucoup, vraiment beaucoup. Mais ce pourrait aussi bien être un million ou un milliard. Qui sait ? Et puis, nul ne sait exactement quand elle a vraiment commencé cette Guerre. Bien sûr, comme tu l’as fait, on peut fixer les conditions minimales pour qu’elle existe : en gros, il faut de la richesse considérée comme l’accumulation de choses et considérée comme désirable, il faut aussi de l’ambition, il faut une bonne dose d’avidité, de ladrerie, un manque total d’intelligence du monde. Quant à sa durée dans le futur, on ne pourra pas la vérifier. Enfin, je le pense ; sauf toi peut-être, mais de toute façon, tu ne pourras jamais nous en informer. En résumé, on ne peut fixer exactement ni la date où elle a commencé, ni la date où elle finira. Il est donc assez improbable qu’on puisse en donner la durée avec précision. Dans ces conditions, en l’absence de recherches pour mettre à jour des données plus précises, on peut garder l’expression « Guerre de Cent Mille Ans », tout en sachant ce que ça recouvre.

 

Soit, Marco Valdo M.I. mon ami. Adoptons cette idée ; de toute façon, on pourra toujours la reconsidérer ; il n’y aura aucun inconvénient à le faire. En attendant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde accumulateur, ambitieux, peu respectueux de la vie des espèces, destructeur de la planète et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Déjà le soleil dans l’eau s’enfouit,
Ton sein danse, tu remontes la vallée
Avec ton troupeau aux puits
Désaltérer tes lèvres séchées …
Corps étendu aux larges flancs,
Je suis dans l’ombre à te regarder.
Te posséder, te posséder, oui te posséder !

 

Et je retiens mon souffle,
Si tu me voyais, tu fuirais…
Et dans la terre, je prends
L’argile rouge pour cacher mon visage,
Mais je voudrais, juste un instant, 
Te serrer contre moi ici sur ma poitrine,
Mais je ne peux pas, tu fuirais, tu me fuirais !

 

Te posséder, je ne peux pas, je ne peux pas,
Je ne peux pas, tu fuiras.
Te posséder, moi je ne peux pas…
Même pour une seule fois.

 

Si être mienne tu voulais,
De gouttes d’eau, ton sein je couvrirais,
Sous tes pieds, j’étendrais
Des voiles de vent et des feuilles 
Corps clair aux larges flancs,
Je te porterais dans le vert des champs
Et je danserais, je danserais avec toi sous la lune.

 

Je le sais, mon esprit veut
Mais ma lèvre inerte, dire ne peut.
Le ciel devient tout noir,
Tu t’éloignes, reste encore à boire…
Mienne vraiment ! Ah, si c’était vrai !
Mais que suis-je, moi ? Un grand singe,
Sans raison, sans raison, sans raison,
Tu fuirais, tu fuirais,

 

Ugrand singe ! 
Ugrand singeugrand singe, sans raison !
Tu fuirais
 !

UN AMOUR DE 750 000 ANS
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Published by Marco Valdo M.I.
21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 13:00
Juste un homme

 

Chanson française – Juste un Homme – Marco Valdo M.I. – 2017

 

 

 

 
Juste un homme

 

Petite notice récapitulative : il y a un certain temps, en deux temps en 2005 et en 2009, j’avais écrit, puis publié une chanson intitulée « Sto benissimo ! Je vais très bien ! » Je l’ai parcourue récemment et il m’est apparu qu’elle ne disait qu’une partie des choses ; je l’ai donc revue, j’y ai ajouté une dernière tranche et j’en ai fait une chanson nouvelle avec un titre nouveau « Juste un homme », qui n’est pas sans donner une réponse contemporaine à la question de Primo Levi : « Se questo è un uomo » – « Si c’est un homme », car c’est la même question qui se pose ici ; et aussi, à son autre question « Se non ora, quando ? » – « Si pas maintenant, quand ? », qui doivent être réinsérée dans le courant du temps et être posées à tous les niveaux de la Guerre de Cent Mille Ans, même et surtout aux niveaux les plus modestes, les plus minuscules, à l’intérieur-même de l’être ; comme on le sait, cette Guerre a mille facettes, cette Guerre trouve ses prolongements jusque dans la vie quotidienne. Nous sommes à l’ère de la généralisation de la devise libérale : « Arbeit macht frei ! ».

 

On connaît tous de ces gens, de ces athlètes du travail, de ces marathoniens de l’effort, de ces acharnés de l’activité, de ces malades atteints d’un cancer du lucre, de ces accros de la calculette, du téléphone et de l’ordinateur, de ces stakhanovistes du capital, de ces fétichistes de l’action et des bourses, de ces obsédés du rendement et de ces tueurs de coûts qui s’agitent tellement qu’ils suent le « burnout ». Au passage, je rappelle cette élégante expression coloniale : « faire suer le burnous » qui exprimait finement qu’il fallait faire crever de travail les Maghrébins, qu’il convenait d’exploiter au maximum le personnel indigène. Paradoxalement, en dépit de la disparition des colonies, cette loi d’airain est de plus en plus appliquée là-bas dans le Sud, mais aussi, ici, aux « nouveaux travailleurs » de notre ère de prospérité déséquilibrée.

 

Il faut reconnaître également que pour assurer la croissance éternelle, ces messieurs s’appliquent à eux-mêmes ces tourments jusqu’à s’y brûler les ailes et le reste. Précisément, en angliche, « Burn out ». Un esprit espiègle y entendrait : « Burnes out », traduction : génitoires à sec, couilles plates et il ne se tromperait pas, me susurre mon ami Jean, médecin de son état.

 

Ces gens-là, Monsieur, se soignent à l’autoconviction, à l’autoconditionnement : Je vais bien, je vais très bien, disent-ils, et ils en meurent. Enfin, s’ils n’en meurent pas tous tout de suite (et c’est bien dommage!), tous en sont frappés là où disait l’esprit espiègle.

 

Le travailleur de base (ancien ou nouveau), lui, fait moins de chichi. Il maintient la façade, sous peine de perdre son emploi, mais il sait qu’il est toujours éreinté par un travail qui dans le meilleur des cas, l’indiffère et qu’à la vérité, la plupart du temps, il déteste.

Et puis, un jour, la bulle éclate et il crie la vérité : Je suis mal, très mal. Ils me prennent pour un élément, pour une chose, pour un rouage. Ici, il crie : « je ne suis pas un élément, je ne suis pas une pièce d’auto, un morceau de radiateur ».

 

C’est le début d’une libération; elle commence par la dénonciation, elle naît dans la haine et finit dans l’affirmation de soi, dans la révélation de la conscience d’être un homme, dans l’idée qu’il y va de la dignité, de la conscience et de la vie elle-même.

Alors, s’achève le temps des plaît-il maître, ainsi finit le temps des courbettes et de l’acceptation.

 

Du coup, notre personnage va mieux, beaucoup mieux et le refrain soudain devient vérité : il va très bien, benissimo. Mais c’est encore une illusion, induite par la nécessité de donner une « bonne image de soi », de développer un nouveau versant de la « méthode Coué », où le placebo est remplacé par des incantations. Là s’arrêtait la version ancienne ; elle s’y arrêtait ironiquement, c’était évident.

Mais il convient parfois de mettre des points sur des « i » et de dire le « non-dit », le « sous-entendu », car il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre et on ne voit que ce qu’on veut bien voir ou que ce qu’on veut ne pas se dissimuler. À l’échelon de la personne, se pose alors une question de santé mentale et surgit la nécessité de la vérité regardée en face et de l’acte de libération. C’est la seule voie possible de guérison.

 

 

Et là, commence la révolte : « Non siamo più cose, ma protagonisti ! » « Ne soyons plus des choses, mais des protagonistes ! » ; c’est une sentence de résistance énoncée par Carlo Levi dans le premier bulletin de la Filef (Fédération internationale [italienne] des Travailleurs et de leurs familles), dont il était le fondateur. Avec ce cri de révolte, l’esclave prend le chemin de la résistance ; il ne le quittera plus. Il redevient alors « Juste un homme ».

Peut-être, un jour, au passage, au détour d’un sentier, près d’un étang nommé Walden, rencontrera-t-il un promeneur ou une sorte de coureur des bois, qui le confirmera dans sa nouvelle dignité d’homme libre.

 

Ora e sempre : Resistenza !

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 

 

Très bien ! Très bien !

Je vais très bien !

Je le dis ! Je le dis !

Je le suis ! Je le suis !

Mais ce n’est pas vrai,

Ce n’est pas vrai !

Je vais mal, très mal !

Je suis normal !

Je suis un élément ! Un bon élément !

Qu’ils disent. En somme,

Bien calculé : Un bon élément !

Au lieu de dire homme,

D’user du mot personne,

Ils disent élément !

Pour eux, on est une chose anodine,

Une machine,

Un radiateur,

Ou un morceau de moteur.

 

 

Au lieu d’hommes,

Ils veulent des éléments.

Plus des hommes,

Des éléments, des documents,

Documents, documents,

Plus des hommes

Des documents,

Des documents,

Nous sommes en somme,

Des objets, des instruments,

Mais plus des hommes,

Rien que du néant.

Je les hais, je les hais,

Ces monstres !

Ces monstres et leurs secrets,

Je les hais !

Ce sont de vrais monstres.

Je les hais ! Je les hais !

 

Très bien ! Très bien !

Je vais très bien !

Je le dis ! Je le dis !

Je le suis ! Je le suis !

Très bien ! Très bien !

Je vais très bien !

Je le dis ! Je le dis !

Je le suis ! Je le suis !

Mais ce n’est pas vrai,

Ce n’est pas vrai !

Je vais mal, très mal !

Très mal ! Très mal !

C’est normal,

Je suis normal !

C’est évident, en somme :

Je ne suis plus un homme.

Je suis un instrument,

Juste un élément.

 

Pas très bien ! Pas trop bien !

Je ne vais pas trop bien !

Du lundi au lundi !

Je le dis ! Je le dis !

Très mal ! Très mal !

Je vais très mal !

Je le sais ! Je le sens !

Je le sens ! Je le ressens !

Ça doit cesser !

Ça doit changer !

Fini d’accepter !

Fini de m’incliner !

Je redeviens un homme,

Seulement un homme.

C’est évident en somme :

J’ai des bras, j’ai des mains,

Je suis un être humain,

Juste un homme !

Juste un homme
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Published by Marco Valdo M.I.
19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 18:14

La Ruka sanglante

 

Chanson française – La Ruka sanglante – Marco Valdo M.I. – 2017

Canzone léviane tirée du récit de Carlo Levi : Una casa di legno sulla strada ( in Il pianeta senza confini, Donzelli, 2003).

 

 

 

Qui a tiré ? Qui a tué ?

Le crépuscule rosit le volcan,

Le soir fraîchit l’étang.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, il te faudra me dire d’abord et avant tout, ce que signifie ce titre ou plus exactement, me rappeler ce qu’est une « ruka ». J’ai comme dans le fond de ma mémoire l’idée qu’il devrait s’agir d’une maison indienne ou quelque comme ça.

 

Je m’attendais, Lucien l’âne mon ami, à ce que tu me fasses, d’entrée de jeu, une pareille demande. J’ai le plaisir de t’informer du fait qu’une ruka est bien, comme tu t’en souviens opportunément, une habitation, une maison dans la langue des Mapuches, lesquels sont des Amérindiens qui vivent essentiellement pour certains d’entre eux (environ 1,5 million) au Chili et pour d’autres (environ 300 000) en Argentine. L’histoire que rapporte la canzone se passe d’ailleurs quasiment sur la frontière entre les deux pays avec en toile de fond la Cordillère des Andes et le volcan Lanín. Laisse-moi te dire tout de suite que ce peuple, présent près de la Cordillère andine depuis environ 8000 à 9000 ans, serait bien plus nombreux aujourd’hui, si on ne l’avait pas systématiquement massacré. Comme tu le sais, le massacre est un des bienfaits de la colonisation, un des grands apports des civilisations. Cette mise au pas des Mapuches, même s’il faut souligner qu’elle ne s’est pas faite sans mal pour les colonisateurs en raison de la forte résistance mapuche, continue aujourd’hui ; leur combat pour la survie et pour un développement digne et acceptable de leur culture se poursuit encore aussi. Voilà qui plante le décor de la canzone.

 

Je vois de quoi il s’agit, répond Lucien l’âne. Je vois même de qui il s’agit, car tout âne que je suis, j’ai voyagé et j’ai même un moment, il y a déjà longtemps, traîné mes sabots dans cette fameuse cordillère et j’y ai croisé les Mapuches. Cependant, je ne sais toujours pas ce que raconte ta canzone, ni d’où elle t’est venue.

 

D’abord, Lucien l’âne mon ami, je voudrais faire une dernière réflexion générale relativement aux Mapuches et à leur histoire récente. En fait, on dispose de fort peu d’éléments. C’est sans doute un reflet du statut qu’on entend donner à cette population, même s’il s’agit d’un peuple relativement peu nombreux. Ce que j’ai pu trouver ici et là, ce sont des notices d’« opérateurs touristiques », ce qui ramène les Mapuches au statut d’attraction dans le genre des parcs naturels. En ce sens, ils connaissent le sort des populations amérindiennes (pour se limiter aux Amériques) du Nord et du Sud, des Inuits aux ex-Manekenks et autres Fuégiens – je dis « ex », car il n’y en a plus, comme tous les habitants amérindiens de la Terre de Feu, qui l’habitaient depuis 10 000 ans, ils ont fait l’objet d’une liquidation systématique, un véritable et volontaire ethnocide. Partout, que ce soit dans les zones de colonisation anglophone, hispanique ou portugaise, les populations originaires, du moins celles qui ont survécu, sont socialement et culturellement marginalisées, quand on ne les cantonne pas dans des réserves. On les enduit de folklore et on les noie dans le tourisme où on leur laisse généralement des rôles de faire-valoir de l’industrie touristique. À la longue, épuisées et assommées, elles finissent par se satisfaire de ces miettes de civilisation. Ces êtres humains sont une des attractions du grand jardin zoologique qu’est notre Terre, quand ce n’est pas les figurants d’un parc à safari humain que les bonnes âmes ramènent à sa version photographique ; il est vrai aussi que notre monde a fortement tendance à se réduire à ses images. Pour en venir maintenant à la chanson, elle rapporte un épisode de l’histoire mapuche, un épisode minuscule, juste une sorte de fait-divers qui s’insère dans la séculaire tentative des paysans mapuches de récupérer leurs terres – au moins, en partie et la réaction musclée des propriétaires fonciers, qu’il vaudrait mieux appeler les « expropriateurs fonciers », bref, les latifundistes. C’est l’histoire d’une « toma », une récupération qui tourne mal et on suit – par la chanson – l’enquête. D’où je l’ai tirée ? C’est une histoire léviane, un récit de voyage de Carlo Levi. C’est te dire que ce fait-divers exemplaire n’est pas récent. Carlo Levi était allé au Chili en 1972 au temps où Salvador Allende, médecin et ami du poète Pablo Neruda comme lui, était président du Chili.

 

Oui, Marco Valdo M.I. mon ami, je me souviens de ce président du Chili qui avait inspiré tant d’espoir aux gens et pas seulement, au Chili. C’est d’ailleurs probablement une des raisons fondamentales de son assassinat le 11 septembre 1973, assassinat qui fut le début d’une longue tragédie.

 

Donc, Lucien l’âne mon ami, cette chanson recoupe celle de Salvamort, celle du syndicaliste sicilien Salvatore Carnevale, où il est question également de l’occupation de terres latifundiaire et de récupération des terres par les paysans.

 

J’imagine que si on voulait approfondir le sujet, on trouverait des séquences du même genre dans la plupart des pays du monde, car, vois-tu Marco Valdo M.I. mon ami, ces mouvements de paysans se retrouvent partout au cœur de cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour asseoir leur domination et accroître leurs richesses et de mémoire d’âne antique, elle n’a jamais cessé. Alors, il ne nous reste qu’à accomplir notre devoir et à tisser le linceul de ce vieux monde colonisateur, expropriateur, voleur, propriétaire et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Au milieu de la place du village,

L’herbe est verte.

Sur les maisons sans étage,

Les mousses sont vertes.

Dans la haute vallée,

Sous le soleil de la matinée,

Jusque sous les crêtes, l’air,

L’air lui-même est vert.

La route grimpe, serpentine,

Vers la frontière encore un moment.

Là-bas en Argentine,

On voit le triangle blanc du volcan.

Ici, c’est toujours le Chili,

Le Pays d’Allende et de Neruda.

Ici, pour la terre, le paysan se bat,

Le Mapuche récupère ce qu’on lui a pris.

Au Fundo Carén, cette nuit-là,

On perpétra

Une occupation, une toma.

Je ne sais rien. Nada ! Nada !

Je n’ai rien vu,

Je n’ai rien entendu.

Je n’étais pas là.

Personne n’était là,

Sauf la peur.

La peur sœur du malheur,

La peur est toujours là.

Elle compte les heures.

Terrée au coin du bois,

C’est un loup qui n’existe pas.

La ruka est en bois,

Une ruka minuscule, rudimentaire.

À terre, planches et terre,

Deux louches, des cuillères,

Un pilon et le chien.

Un tronc d’arbre se consume,

Toute la maison s’enfume.

La fumée tourne entre les parois,

Elle monte au trou du toit.

Dans ce monde mystérieux,

Quand on est vieux,

On compte son âge à partir de cent.

La vieille Mapuche a cent-trois ans.

Entre les arbres, dans le pré,

Une vache, un cheval paissent indifférents.

Que s’est-il passé ? Qui a tué ?

Des cochons courent dans le champ.

Un lièvre traverse le sentier.

Au Fundo Carén, pour une terre,

L’événement fut mortel et sanglant.

Violence des paysans ?

Violence des propriétaires ?

C’était une toma, c’est certain.

Il était cinq heures du matin :

Dix-sept paysans sont arrivés

Pour occuper la terre ;

En face, trente propriétaires,

Trente amis armés,

Propriétaires fonciers.

Ils ont tiré pour chasser

Les paysans dans le pré.

Qui a tiré ? Qui a tué ?

Un propriétaire s’est exilé

Vite en Argentine, il est passé.

Qui a tiré ? Qui a tué ?

Le crépuscule rosit le volcan,

Le soir fraîchit l’étang.

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Published by Marco Valdo M.I.
16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 20:29

La Pizzeria lucana de New-York

 

Chanson française – La Pizzeria lucana de New-York – Marco Valdo M.I. – 2017

Canzone léviane tirée du récit de Carlo Levi : La pizzeria lucana ( in Il pianeta senza confini, Donzelli, 2003).

 

 

 

 

 

 

Souvent, Lucien l’âne mon ami, je me demande ce que deviennent les émigrés.

 

Les émigrés ?, répond Lucien l’âne. Quels émigrés ? Depuis le temps que je marche, j’en ai croisé des milliers et des milliers. De quels émigrés veux-tu me parler ?

 

Lucien l’âne mon ami, tu as raison de poser ainsi la question. On ne sait trop de qui ou de quoi on parle quand on parle d’émigration. Le colon est un émigré, l’envahisseur est un émigré, le cadre d’affaires est un émigré, le fonctionnaire lui-même est souvent un émigré. Il y a des émigrés riches et des émigrés misérables. Il y en a qui courent après la belle vie ; il en est qui fuient la mort. Enfin, je veux parler de ceux qui ont survécu à la route dangereuse qui les entraînait vers une autre vie. Je veux parler de ceux qui ont eu l’opportunité de vivre une autre vie et qui d’une certaine manière, ont pu la vivre suffisamment bien pour en tirer quelque contentement et parfois, quelque fierté. C’est, comme tu le verras, ce que raconte cette « Pizzeria lucana ».

 

Oh, dit Lucien l’âne en balançant le tronc, des comme ça, des ex-émigrés contents de leur sort en émigration, il y en a, la chose est certaine et c’est heureux. Pour beaucoup d’entre eux, qu’ils l’avouent ou non, c’était d’ailleurs le but de leur émigration.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I, c’est le but souvent inavouable de l’émigration : fuir un pays, une région, une nation qui ne vous a laissé que peu ou pas de place, peu ou pas d’espoir ou pire encore, qui ne vous laissa pour tout avenir que l’angoisse, la misère et chez certains, que la mort – par la soif, la faim, la maladie ou l’assassinat.

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est souvent comme ça et à propos d’assassinat, quand il y en a beaucoup à la fois, on parle de massacres et quand il y en a plus encore, on parle de génocide.

 

Cependant, Lucien l’âne mon ami, même dans le plus grand massacre, dans le pire des génocides, disons dans l’ultime anthropocide planétaire, on tue ou on est tué un à la fois.

 

En effet, dit Lucien l’âne un peu sarcastique, assassinat, génocide, meurtre, ethnocide, anthropocide, géocide : les humains ont de ces mots pour distinguer le degré des choses ; ils ont aussi des moyens très diversifiés et souvent, sophistiqués pour les réaliser. Certes, ils n’ont pas encore expérimenté les deux derniers assassinats de masse, mais sait-on jamais ?

 

Ainsi, dit Marco Valdo M.I., finalement, il n’y a souvent pas d’autre voie que cette route vers l’inconnu. C’est une question de survie ou dit autrement, de vie ou de mort. On peut voir la chose d’un point de vue collectif, massif, avec un regard lointain ; on peut traiter l’émigration comme un phénomène général et alors, elle relève des lois des grands nombres. Tant de milliers, tant de millions. C’est la vie appréhendée par la statistique. Sans doute faut-il le faire, mais ce n’est pas le but de la chanson. Elle, elle s’intéresse aux choses, aux gens de plus près. C’est une vision rapprochée, ramenée à la loi des petits nombres, à la petitesse de la vie que tous indistinctement nous menons. La loi des petits réduit les grandeurs à son échelle. C’est le lieu du minuscule et du terre à terre ; de la vie quand elle rend compte d’elle-même à elle-même ; ici aussi, c’est la loi de l’unicité. Mais, cette canzone raconte l’émigration dans le temps ; elle évoque deux moments où à des années d’intervalle, un visiteur (en l’occurrence, Carlo Levi), dans le même quartier de New-York, dans la même pizzeria lucana (en français, lucanienne, de Lucanie, cette région qui correspond à la plante du pied de la Botte), retrouve Frank – sans doute à l’origine, Franco ou Francesco – Ancona, un émigré ou ex-émigré, patron de la pizzeria. Une pizzeria qui signe sa relative prospérité, la relative réussite de son émigration. Une émigration réelle, probablement sans retour, ni espoir de retour. Si Frank est devenu américain (étazunien, en vérité ; new-yorkais), il ne sera jamais un « Americano » plastronnant sur la piazza di Matera ; il n’est jamais rentré au « pays » depuis quarante ans qu’il l’avait quitté.

 

Et, conclut Lucien l’âne, des émigrés comme lui, il y en a des milliers, des millions. D’ailleurs, où que tu ailles dans n’importe quelle ville du monde, il y aura toujours une pizzeria.

 

Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Dans la jungle très

Ordonnée de ses quartiers,

Entre les arbres de sa forêt,

New-York égare l’étranger.

Les repères pour l’orienter

Sont un gratte-ciel, un néon,

Une publicité, un pont,

Une bâtisse en briques,

Ancienne, antique,

Quasi-préhistorique.

L’étranger est déjà passé

Là, dans le passé.

Il le sait, il le sent

Dans l’air, les odeurs, les visages.

Les gestes des passants

Refont les rues d’un village.

Il avait vécu un temps

Dans le quartier en 47.

Treize ans auparavant,

Entre la 59 et la 7.

Des Italiens, des Mexicains,

Des Japonais, des Portoricains,

Un vieil antiquaire :

Un quartier populaire.

Dans ces rues peu prisées,

On vivait à l’année,

Le temps d’un permis ;

Puis, on s’en allait dans le pays.

C’était un lieu de traverse,

Une enfilade de petites maisons,

De modestes commerces.

On entendait le son des chansons.

C’était un été chaud,

Humide comme un été.

Dans un vieil immeuble du quartier,

Je logeais tout en haut.

En montant l’escalier,

À chaque palier,

Par les portes ouvertes des appartements,

Je voyais des hommes assis,

Leurs pieds sur la table, leurs dos suants,

Leurs verres posés à terre, à moitié remplis.

Dans cette oisive torpeur

Ronflaient les familles,

Écrasées par la touffeur

De la ville endormie.

 

 

À présent, tout était différent

De hauts immeubles avaient remplacé

Les petites maisons d’avant.

On avait rasé, on avait balayé le passé.

Nouvelles couleurs, nouvelles façades,

Nouveaux bars, nouveaux commerces.

Pourtant, dans l’air flottait

Un effluve, un goût d’antan,

Quelque chose d’identique imprégnait

Le soleil couchant.

À l’angle de la 59,

Trônait la pizzeria de Frank Ancona,

Un établissement illuminé, neuf

À douter que c’était bien elle, là.

Incertain, j’entrais d’un pas ;

Déjà un homme venait vers moi,

En agitant ses mains au bout de ses bras.

Moi, je ne le reconnaissais pas.

Il me tutoya aussitôt,

Il criait : « Carlo, tu es revenu !

C’est long, treize ans.

Après tant de temps,

On ne t’attendait plus. »

C’était le patron de la Pizzeria Lucana,

C’est Frank Ancona de Matera.

Treize ans auparavant, j’étais venu

Un peu par hasard

Dans cette salle triste, vide, un soir.

Au bar, un homme écoutait, l’œil perdu,

Tassé dans la chaleur

Une musique syncopée,

Une voix chaude et désespérée,

Qui coulait d’un haut-parleur.

Le patron vint converser avec moi.

Il me racontait de vieilles légendes de Matera,

Le comte Tramontano

Et les révoltes des paysans.

Il était né cinquante ans plus tôt,

C’était le dernier enfant

D’une famille nombreuse de Matera.

Il parlait encore le dialecte régional

Avec l’accent natal.

Ce soir, il raconte son pays

Et il me sert les « scunzilli »

Qui font la gloire de la Pizzeria lucana
De Frank Ancona de Matera.

 

La Pizzeria lucana de New-York
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Published by Marco Valdo M.I.
10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 10:50

Les Routes parfumées

 

Chanson française – Les Routes parfumées – Marco Valdo M.I. – 2017

 

 

 

 

 

 

 

Décidément, Marco Valdo M.I. mon ami, les titres de tes canzones sont souvent bien étranges ou assez inattendus. Celui-ci est porteur d’une poésie lointaine qui me ravit tellement. On a comme une sensation d’immenses espaces un peu déserts et où le vent ramasse en un parfum unique le thym, la menthe, le pin, la rose et l’odeur puissante de la lavande et du mimosa. Ça sent le chardon et l’ortie en fleurs, mille couleurs envahissent ma bouche et mille saveurs tourbillonnent en ma pauvre tête d’âne soudain éwaré. D’où peuvent-elles bien venir tes routes parfumées que j’ai l’impression de sillonner depuis l’aube des siècles ?

 

Elles viennent, Lucien l’âne mon ami, via Carlo Levi, tout droit d’un poète du Sud, d’un poète mort trop vite et trop tôt, qui s’appelait de son vivant et qu’on appellera encore ainsi maintenant Rocco Scotellaro. Oui, ce même Rocco qui rejaillit au cinéma sous le titre de Rocco et ses frères. Rocco était cet homme à jamais jeune, qui par ses camarades des champs, ses amis de ces quasi-déserts, couverts parfois de blé, parfois d’oliviers, parfois de rien et de pierres blanches se morfondant sous le soleil, fut, au sortir de la guerre, au moment de la récupération par ces paysans sans terre des terrains incultes que les riches propriétaires laissaient dépérir, porté à la tête de la ville de Matera. Il soufflait encore un vent d’espoir en ces temps-là. Rocco Scotellaro, en plus d’être jeune, en plus d’être poète, avait eux yeux des notables l’immense défaut d’être socialiste. Il se monta alors une conspiration, une cabale venue des églises, qui répandit la médisance, la calomnie, le mensonge, l’insinuation, la dénonciation et ces mauvaises voix, colportées malignement de clocher en clocher, l’envoyèrent en prison. Après avoir lu à ses codétenus, qui en redemandaient, Cristò si è fermato a Eboli, qui racontait leur vie et ses propres poésies qui la chantaient aussi, Rocco en sortit assez vite, il avait fallu le libérer ; l’accusation était insoutenable. Cependant, en prison, cet homme jeune et pauvre, qui marchait sans chaussettes dans ses uniques souliers, contracta une tuberculose qui l’emporta ; il n’avait même pas 30 ans.

 

Dis-moi, Marco Valdo M.I., j’ai connu Rocco, j’ai marché avec lui dans les collines, j’ai entendu sa récitation et je les ai aimés, moi, Lucien l’âne, ses poèmes, parle-moi encore de ses mots de Rocco.

 

Les poésies de Rocco sont bien plus parfumées encore que l’évocation ici ironique et dérisoire des routes de la modernité. Il conviendrait d’ailleurs de remplacer dans les écoles les cours de religion par des cours de dérision. Cela aurait plus de sens.

 

Oui, sans doute, mais que dit-elle d’autre la canzone ? Est-ce toujours ce voyage à l’intérieur du monde de notre ami le prisonnier ?, demande Lucien l’âne aux yeux noirs de soleil.

 

Que veux-tu que ce soit d’autre, mon ami l’’âne Lucien ? On ne peut jamais jeter l’ancre dans cette navigation intérieure où l’on traverse la mer des enfers en voguant sur les plateaux pierreux et blanchis par les lumières insensées du grand midi. Celui qui baisse la tête, celui qui entre dans le jeu de ce monde frelaté est dans la position du joueur, assuré d’une seule certitude : celle de toujours perdre.

 

Finalement, dit Lucien l’âne révolté, la seule manière de vivre est de se tenir encore et toujours à l’écart de ce monde vil et cacochyme et de lui tisser inlassablement son linceul jusqu’à sa complète disparition.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 
 

 

 

Sans scrupules et sans respect,

Ils avancent comme les criquets.

Après leur passage, nuage de malheur,

Il ne reste ni un brin d’herbe ni une fleur,

Mais seulement des trous, des ravins,

Une Lune qui tourne en vain,

Une horloge sans passé.

Des entreprises, des agences, des sociétés

Animent le monde pour cacher le malheur,

Simulent et vendent du bonheur

Et diffusent de rassurantes comédies

Pour transformer en jeu la tragédie

Et peindre les ruines de vives couleurs,

Travestissements et leurres.

 

Ils imposent cette guerre,

Il nous faut la faire

Cette espèce de guérilla,

Dans les villes et dans les bois,

Partout, par tous les temps ;

La bataille dure depuis si longtemps.

Plus le pouvoir est immense,

Plus s’étend son impuissance.

Le monde est fait désormais de routes,

De routes pour tous ! Des routes

Belles, attrayantes, merveilleuses routes parfumées

D’un perpétuel week-end de plage ensoleillée,

Couvertes de papiers sales, de plastic et de cannettes

Qui submergent la planète.

 

 

Buvons ensemble une tasse emplie de vin !,

Tant de jours sans pain, tant de nuits sans fin,

Nous avons fait tant de chemin ensemble,

Comme des chevaliers du Temple

Qui combattent sans même plus savoir pourquoi,

Chrétiens ou sarrasins liés par cette folie de la foi,

Où chacun court à sa perte.

Ni héros ni soldat dans les caillasses désertes

Qui conduisent aux villages d’antan

Où pendant le jour, on rencontre de rares paysans ;

Où la nuit, quand les esprits vacillent,

Le chien veille sur les brebis endormies,

Car même les troupeaux cassent les barrières

Et sur nos sentiers, on ne revient pas en arrière !

Les Routes parfumées
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Published by Marco Valdo M.I.

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