Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 21:59
MANDURA

 

Version française – MANDURA – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Mandura – Daisy Lumini – 1975

 

Paroles de Beppe Chierici
Musi
que de Daisy Lumini

 

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, toi qui as parcouru de tes petits pas noirs et paisibles le monde depuis tant et tant de temps, tu as dû rencontrer souvent des gens plongés dans des atmosphères terrifiantes, des hommes écrasés par la crainte et tu dois donc bien connaître le sujet de la chanson de Mandura que je viens de mettre en langue française.

 

Peut-être, Marco Valdo M.I. mon ami, peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Je ne pourrai répondre à ta question que quand tu m’auras dit de quoi parle cette chanson.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, et je ne m’attendais à rien d’autre de toi. Tu es un âne intelligent, je le sais et je le dis ; mais, tu n’es pas un devin ; cela, je le sais aussi. Je me demande cependant si tes pieds si vaillants t’ont un jour mené au pays de Mandura, qui est – comme tu le sais certainement – là-bas quelque part en Éthiopie, une de ces régions où l’on parle (quand on parle, ce qui – tu le verras dans la canzone – n’est pas établi pour toujours avec certitude) le nilotique depuis la plus haute Antiquité ; un pays d’où provient la légende que rapporte la chanson.

 

Ah bien, l’Éthiopie, le nilotique, tout ça là-bas au fin fond de l’Afrique, sans doute m’y suis-je promené et je t’avoue que je ne me souviens pas particulièrement de Mandura. Il faut cependant se dire que les gens de Mandura ne doivznt pas me prendre en grippe pour autant. Oui, oui, dit Lucien l’âne, qu’ils ne prennent pas ombrage de ce manque de souvenirs les concernant, mais il y a tant de lieux et tant de gens dans le monde et tant des moments dans une existence et comme on commence à le savoir dans notre société, la faculté d’oubli est une nécessité et même une des fonctions essentielles de la mémoire ; surtout dans mon cas ; c’est le revers de la médaille de mon infinitude relative, car nul ne sait quand j’ai commencé, nul ne sait quand je finirai. Bref, concernant la nécessité de l’oubli, c’est facile à comprendre. Il y a d’abord un point de vue que je qualifierai de logistique, on ne peut pas plus entasser les souvenirs dans un cerveau que des choses dans un entrepôt. Aussi grand soit-il, un entrepôt a des limites et si on peut maximiser l’entreposage, cela passe par des aménagements spécifiques et des dépenses énergétiques (par exemple, pour empiler, stocker rationnellement) et par un triage, une mise en ordre pour pouvoir retrouver les divers éléments. Tout cela aussi suppose une dépense d’énergie qui a également ses limites. Comme disait ma grand-mère, il y des limites à tout. Cela dit, tu n’as pas répondu à mon attente ; je ne sais toujours pas ce que raconte la chanson.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, je ne t’ai pas encore dit ce que raconte cette chanson. Ce qu’elle raconte est finalement assez simple, si on s’en tient au premier niveau de lecture. C’est l’histoire d’un pays – en l’occurrence, Mandura, qui est sous la coupe d’un souverain qui est convaincu qu’il faut imposer son autorité par la force et la terreur. Il le fait si bien et si fort que le pays vit dans une ambiance de suspicion et de répression permanente et qu’il donne au roi le surnom de Peur. Dans ce pays, la population entière n’ose plus parler car, murmure-t-elle « les murs ont des oreilles ». Elle se réfugie dans le silence, Mandura devient mutique et s’éloigne totalement de ce royaume de Peur, si bien ou si mal que quand la guerre éclate, il n’y pas un habitant pour défendre le royaume et le roi.

 

 

 

Eh bien, Marco Valdo M.I., me voilà renseigné sur le sens général de la chanson, mais il m’a semblé que tu avais en tête d’autres éléments.

 

Bien sûr, Lucien l’âne mon ami, puisque je te l’avais laissé entendre. J’avais pensé et je le pense encore d’ailleurs que l’aventure du roi Peur – lequel est tout le contraire du roi Pausole de plaisante mémoire, rappelait assez celle qu’a connue l’Italie durant le fascisme et n’eût été la volte-face opérée en pleine course, le royaume d’Italie se serait trouvé proprement défait. On pourrait également l’appliquer à l’Allemagne nazie dont l’effondrement fut complet ou d’une certaine manière à l’Union Soviétique qui a proprement implosé, elle aussi. On pourrait chercher d’autres exemples ; je songe au régime de Salazar, qu’une chanson fit se dissoudre ou à la Roumanie de Ceaucescu. J’aurais assez idée de voir là une sorte de parabole à usage assez général.

 

Soit, dit Lucien l’âne, on devrait en trouver beaucoup de tels épisodes dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour assurer leur domination et leur pouvoir ; de toute façon on ne va pas en faire un plus gros fromage ; il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde terrorisé, brutal, oppressif et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Dans une nation du nom de Mandura 
Vivait un souverain, Peur était son nom.
Certes, ce n’était pas son vrai nom,
Mais on se souvient seulement de ce nom -là.

 

L’histoire ne dit pas qui l’a ainsi nommé.
Cependant, ce surnom est approprié
Et je veux bien parier
Que c’est la population qui lui a donné.

 

Ce triste sire répétait à ses courtisans :
« Être sévère est le lot des rois et des présidents !
Croyez-moi, pour gouverner, c’est sûr,
Il faut un tempérament de chef et la poigne dure. »

 

Il disait à ses ministres, « Il ne sert à rien de discuter,
Le peuple doit se laisser guider.
Si on ne le gronde pas, il fait des caprices
Et s’il ne vous craint pas, il manigance. »

 

Il pensait, un sujet, c’est comme un enfant.
Ce n’était pas de peuple, mais de populace
Qu’étaient qualifiés les habitants
Par leur roi Peur, l’homme sans face.

 

Il promulguait des lois pour tous et pour tout
Et même sur la façon de couper le chou,
Et sur comment parler, se vêtir, chanter
Et gare à qui osait regimber.

 

Avec les ans à Mandura, il arriva une chose
Vraiment incroyable et très pénible :
La peur terrifiait tant les gens,
Que chaque habitant devint balbutiant.

 

À la parole, il y avait de tels freins
Que rapidement, tout le monde s’est tu.
Et qui n’articule pas, c’est bien connu
En moins que rien, muet devient.

 

À Mandura, on ne pouvait plus parler
Et les enfants grandissaient sans trouver
Quelqu’un qui leur enseigne le bien et le mal,
En quoi l’homme est différent de l’animal.

 

« Qui ne dit mot consent », pensait le roi Peur
« Un peu de discipline, ma foi, c’est bon. 
Cette populace est plus muette qu’un poisson ;
Si j’ai été fort dur, c’est pour leur bonheur. »

 

Ainsi ce souverain à force d’être sévère
Réduisit le peuple à un troupeau 
Et quand les voisins déclarèrent la guerre,
Sous terre, le peuple se réfugia aussitôt.

 

Peur perdit son royaume et paya amèrement
Le fait d’avoir méprisé les gens,
Le fait que le roi de Mandura,
Au peuple, la peur seule inculqua.

 

 

Ici se termine ma chanson ;
Espérons que soit claire sa leçon :
Q
ue ce n’est pas la sévérité
Qui forge la personnalité.

MANDURA
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 20:15

LE BAL À LAÏKA

– Ballade de la balade cosmique de Laïka

 

Version française – Le Bal à Laïka – Ballade de la balade cosmique de Laïka – 2017

Chanson italienne – La ballata di Laika – Daisy Lumini – 1975

 

Paroles de Beppe Chierici
Musi
que de Daisy Lumini

 

 

 

 

 

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une jolie chanson pour une jolie petite chienne martyr, qui fut en 1957, la première personne dans l’espace. Je sais, je sais, il aurait fallu dit le premier être vivant biologique, issu de la Terre… Mais, j’aime mieux Personne, ça rappelle l’Odyssée – du moins en français et puis, elle le mérite bien. Elle a ouvert la voie à l’humanité vers les étoiles et une éventuelle immortalité. Donc, la première personne dans l’espace à taquiner les comètes ; elle y mourut après quelques heures, de surchauffe et de stress ou l’inverse.

Pour cette mission à portée universelle, on l’avait capturée à Moscou où elle vivait peinarde dans la rue et on l’avait formée en vue de cet exploit, dont – comme bien l’on pense – elle se serait volontiers passée.

 

Je me souviens de cette histoire et de cette jeune chienne à qui finalement, ils donnèrent le nom de Laïka. Un joli nom, je trouve, pour une chienne lancée à la conquête du ciel.

 

Moi aussi, Lucien l’âne mon ami, je trouve ce nom joli d’autant plus qu’il m’a permis ce titre en forme de calembour qui fleure bon la Russie. Un titre qui à lui seul résume toute l’aventure. Car, comme on le sait, la balalaïka est cet instrument traditionnel de musique russe, une sorte de banjo ou de guitare triangulaire qui dans la Russie profonde, souvent anime le bal.

 

À propos de bal à Laïka, dit Lucien l’âne en souriant un peu, la pauvre chienne a dû se seriner cet air du Veau d’Or, tiré du Faust de Gounod où le chœur répète le « Et Satan conduit le bal » du baryton soliste.

 

Cela n’est pas dit dans la chanson, susurre Marco Valdo M.I., où c’est Laïka elle-même qui raconte son destin et qui nous dit ce qu’elle en pense. Je voudrais ajouter une précision quant à ma version française où j’ai introduit un dernier petit quatrain, qui ne figurait pas dans la version italienne, un petit final que je te laisse découvrir.

 

Alors allons le découvrir et saluons Laïka, héroïne malgré soi, puis reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde plein de rivalité, de précipitation et de concurrence, ambitieux, absurde et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Je suis Laïka, une petite chienne blanche.
Je vivais à quatre pattes et comme un chien,
Je m’acharnais sur les chats et le matin
Jusque dans le poulailler, je coursais les poules.
Si je voyais un beau chien sur la route,
Je ressentais une soudaine émotion,
Car même, nous les bêtes,
On éprouve du sentiment, de la passion.

 

Je ne pouvais pas me plaindre vraiment ;
Avec moi, on se comportait humainement.
Ma ration, dans ma gamelle,
Était là toujours abondante et ponctuelle.
Je ne comprenais pas les humains.
Je les entendais soupirer :
Putain, la vie ici, quelle vie de chien,
Alors que moi, je vivais bien.

 

Un beau jour, on m’a conduite
Dans un endroit blinquant et très imposant.
Je fus traitée comme si j’étais malade,
Mais moi, j’étais plein d’allant.
On me colla sur la peau des machins
Reliés à des écrans incolores
Où passaient des programmes barbants :
des ondes, des zigzags, des bips sonores

 

Cet attirail sur ma peau m’embêtait ; 
Notre langue à nous les chiens,
C’est l’aboi et furieuse, j’aboyais. 
« Gentille Laïka ! », répondaient les humains.

Un jour, ils m’ont mise dans une fusée.
Au moment du décollage,
J’étais folle de rage
D’être utilisée comme cobaye.

 

Je ne suis pas une petite précieuse,
Mais on m’en fit encore de belles :
À une vitesse vertigineuse,
Ils me lancèrent dans le ciel

Mourir toute seule,
Là-bas au loin dans ma capsule.
Alors je compris les dédains abyssaux 
Où les hommes tiennent les animaux.

 

À Moscou, sur une place,

On m’a élevé un monument.
Quel honneur pour un chien sans race

D’être ainsi mis en avant,
Mais si j’avais pu
Exprimer mon opinion,
Je n’aurais jamais voulu
Être le cobaye d’une si folle ambition.

 

Les hommes veulent à tout prix
L’aventure, le succès et la gloire.
Nous les bêtes, rester à notre place,
Ça nous va très bien aussi.

Si j’avais survécu à cette balade,

J’aurais organisé un bal, une grande fiesta,

J’aurais fait une belle ballade,

Sur un air de balalaïka.

LE BAL À LAÏKA
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 22:23

Nicolas le Civil et le Héros militaire

 

Chanson française – Marco Valdo M.I. – 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Tu te souviens certainement, Lucien l’âne mon ami, de cette Maison des Morts à Séville en Espagne en 1937 où était emprisonné l’écrivain hongrois A.K., condamné à mort par la Haute Cour militaire de Malaga, tribunal fantoche des franquistes, ces nationalistes espagnols, qui faisaient la guerre « civile » à la République espagnole. Avec l’appui des troupes fascistes italiennes (il y avait là 50 000 italiens) et les nazis allemands (ce sont des avions allemands qui ont bombardé Guernica) – qui répétaient une manière de générale, comme on dit au théâtre. La passivité des démocraties a assuré la victoire des nationalistes en 1939. On connaît la suite : invasion de la Pologne, invasion de l’Albanie, etc. Plus de 40 000 000 de morts.

 

Et comment donc, Marco Valdo M.I. mon ami, que je m’en souviens de ces deux chansons : La Maison des Morts et « Espagne 1937 ». Ce n’est pas pour me vanter, mais certaines fois, j’ai de la mémoire. Mais si tu m’en parles, il doit bien y avoir une raison qui serait une troisième canzone qui compléterait la trilogie ibérique.

 

Exact, Lucien l’âne mon ami, tu as tapé dans le mille. La canzone qui vient compléter ce que tu appelles ma trilogie ibérique s’intitule « Nicolas le Civil et le Héros militaire » – comme tu peux le remarquer, si Nicolas a un nom, une personnalité propre, le Héros militaire, comme il se doit, est anonyme ; c’est un « elkerlijk » militaire, c’est n’importe quel héros, n’importe quel militaire au moment où il se transforme en héros ; c’est le personnage du héros militaire, c’est une figure. Cette histoire est aussi tirée du Testament espagnol d’A.K. Elle est bâtie sur un dialogue qui a , comme le nôtre, cette fonction maïeutique – accoucheuse de vérité dont usait volontiers Socrate, chose que tu pourrais confirmer, toi qui le croisa, en ce temps-là.

 

Effectivement, je le confirme, dit Lucien l’âne en hochant son large front. C’est ce même dialogue qu’entretiennent plus tard Dante et Virgile, l’Oncle Toby et le caporal Trim, Jacques le fataliste et son maître, Don Quichotte et Sancho, etc. C’est une excellente manière de faire progresser un raisonnement que de le mitonner sur le mode de la conversation. Donc, il y a un dialogue entre Nicolas le Civil et le Héros militaire. Mais encore ?

 

Sache, Lucien l’âne mon ami, que Nicolas le civil est un jeune homme – il a à peine 17 ans, condamné à mort lui aussi tout comme l’était A.K. et sache également que Nicolas n’aime pas du tout cette idée de mourir, il préfèrerait vivre et, dit-il, apprendre à lire.

Quant au Héros militaire, lui aussi, va bientôt mourir ; il ne le sait pas et aucun tribunal n’a explicitement décidé sa condamnation et de plus, il n’est même pas en prison ; mais une chose est certaine, il doit mourir précisément pour devenir un héros (et plus tôt sera le mieux) ; ça, c’est pur le principe et il va mourir réglementairement, car il est militaire.

Et ces deux-là débattent de la vie et de la mort et de l’idée qu’on peut s’en faire et de la conception qu’on peut en avoir selon qu’on est civil ou militaire ; quand on est civil et qu’on rêve d’apprendre à lire et quand on est militaire et qu’on rêve de mourir en héros.

Et dans la canzone, il y a les petits refrains à envergure variable qui déclinent métaphoriquement les états de la vie ; pas ceux de la mort qui elle ne mange pas de pain ; elle dévore les hommes, les femmes, les enfants et les animaux.

 

Note mon ami Marco Valdo M.I. qu’elle est patiente la mort. Elle ne commence à réclamer sa part qu’au moment où la vie s’en va. Cela dit, il vaudrait mieux pur tous – civils et héros, que les héros meurent entre eux sans déranger les civils et le fassent dans un monde qui leur serait propre, en quelque sorte, ils mourraient entre héros dans une aimable confrérie, pleine de congratulations. Ils pourraient organiser des compétitions de morts glorieuses, à qui serait le plus méritant, le plus audacieux, le plus téméraire, que sais-je, le plus héroïque et décerner des médailles en or, en argent, en bronze et pourquoi pas même, en chocolat. Quant à nous, Marco Valdo M.I., nous qui ne sommes pas de héros, nous qui ne sommes que des bêtes de somme (en italien : somari), nous braves tâcherons, il nous faut continuer notre œuvre infime et tisser le linceul de ce vieux monde héroïque, militaire, nationaliste, grandiloquent, thanatocole, thanatophore, thanatophile et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Pouvez-vous imaginer d’être mort ?

Avant d’être nés, on était tous morts.

Quoi ?

Avant de mourir, on est tous vivants.

Ne me demandez-pas pourquoi,

C’est évident.

 

Il y a du pain blanc

Hier, demain, maintenant

 

Après, on est tous morts.

C’est vrai, mais alors

Pourquoi avoir peur de la mort ?

Moi, je n’ai pas peur de la mort.

J’ai juste peur de mourir,

Dit Nicolas, c’est trop tôt.

 

Il y a du pain noir,

On peut garder espoir.

 

Moi, c’est le contraire

Dit le futur héros militaire.

Je n’ai pas peur de tuer,

Je n’ai pas peur de mourir, non plus.

C’est simple. On tue et ils ne vivent plus.

C’est simple : j’aime tuer.

 

Il y a du pain gris

On a parfois des amis.

 

 

J’aime tuer.

J’aime la mort.

Pourquoi ? Car je suis fort.

Quand on est tueur ou officier,

La mort est notre métier.

Nous sommes exercés, on est dressés.

Nous savons comment

Mourir réglementairement.

 

Il y a du pain blanc

Il y a du pain noir

Hier, demain, maintenant

On peut garder espoir

 

Nicolas avait dix-sept ans.

Nicolas n’est pas mort élégamment

Il n’était pas exercé, évidemment

Et pas pressé non plus de mourir.

La mort ne lui plaisait pas tellement :

Il rêvait d’apprendre à lire.

 

Il y a du pain blanc

Il y a du pain noir

Il y a du pain gris

Hier, demain, maintenant

On peut garder espoir

On a parfois des amis.

Nicolas le Civil et le Héros militaire
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 19:44

EXERCICES POUR LA PAIX

 

Version française – EXERCICES POUR LA PAIX – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne (Florentin) – Rasponi per la pace – Lello Vitello – 2005

 

 

 

 

 

Une singulière pétition qui propose de se masturber pour la paix :


Masturbate for peace
Using self love to end conflict
http://www.masturbateforpeace.com

 

Dialogue maïeutique

 

Lucien l’âne mon ami, je viens de terminer la version française d’une chanson de notre ami Lello Vitello, une parmi tant et tant d’autres qu’il a chantées et créées, et je suis persuadé qu’elle va beaucoup t’amuser. Enfin, la vérité me commande de dire que cette chanson est la version en florentin (faite par Lello Vitello) de la version en livournais ( I DIECI GIORNI DI RASPONI, faite par Riccardo Venturi) d’une chanson en anglais étazunien : The 10 days of wanking.

En tout cas – et ne va pas mal interpréter mes paroles, j’ai eu beaucoup de plaisir à la faire cette version française, surtout en pensant à ceux qui m’ont précédé. Cependant, malgré l’engagement prôné par Lello et Riccardo à manifester pour la paix, je n’ai rencontré par ici aucun manifestant de ce type dans les rues de nos cités.

 

Forcément, dit Lucien l’âne en riant. Tous ceux qui s’y essayent sont rapidement coffrés et même souvent, condamnés. La lutte pour la paix est bien difficile.

 

C’est bien mon impression, dit Marco Valdo M.I. songeur. C’est aussi le cas aux USA d’où est venue cette canzone. Si la chose intéresse, on peut aller voir le site qui est consacré à cette noble mission et à cette méthode de faire progresser cette bonne cause. (http://www.masturbateforpeace.com).

Pour ta gouverne et ton amusement, j’y ai relevé quelques questions et les réponses y afférentes. Les voici :

 

Pensez-vous que se masturber pour la paix changera quelque chose ?

Difficile à savoir, mais il y a une chose certaine. Les gens se masturbent de toute façon, alors pendant qu’ils le font, ils peuvent aussi bien avoir une petite pensée pour la paix.

 

Est-il possible de se masturber autant de fois pour la paix ?

Probablement.

 

Puis-je prendre du Viagra pour agir plus encore pour la bonne cause ?

Discutez-en avec votre médecin avant de prendre les médicaments et prévoyez une dose suffisante de lubrifiant.

 

Je me masturbe habituellement ; dois-je me masturber plus souvent pour montrer mon engagement ?

Non. Pensez seulement à la paix chaque fois que vous vous masturbez et encouragez vos amis à faire de même.

 

Tout ceci est fort bien, dit Lucien l’âne en hoquetant, et il convient assurément de s’activer pour la paix. À tous ces activistes, nous ne pouvons que dire : Allez-y les gars et grand bien vous fasse ! Et aussi, « Il n’y a pas de mal à se faire du bien pour la paix ! C’est joindre l’utile à l’agréable ! » ; quant à nous, qui avons des convictions inébranlables, il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde guerrier, offensif, belliqueux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Une bonne branlette, c’est bon pour la paix ;
En effet, après, on trouve vraiment… la paix.

 

Le premier jour d’exercices,
Mon engagement sera
De me branler pour l’humanité.

 

Le deuxième jour d’exercices,
Mon engagement sera
De me la secouer avec la gauche
Et de me branler pour l’humanité.

 

Le troisième jour d’exercices,
Mon engagement sera
De me la faire à deux mains pour mieux jouir,
De me la secouer avec la gauche
Et de me branler pour l’humanité.

Le quatrième jour d’exercices,
Mon engagement sera

D'animer un sexshop,
De me la faire à deux mains pour mieux jouir,
De me la secouer avec la gauche
Et de me branler pour l’humanité.

 

Le cinquième jour d’exercices,
Mon engagement sera
D’ériger un monument pour la paix,
D'animer un sexshop,
De me la faire à deux mains pour mieux jouir,
De me la secouer avec la gauche
Et de me branler pour l’humanité.

 

Le sixième jour d’exercices,
Mon engagement sera

De me l’astiquer assis,
D’ériger un monument pour la paix,
D'animer un sexshop,
De me la faire à deux mains pour mieux jouir,
De me la secouer avec la gauche
Et de me branler pour l’humanité.

 

Le septième jour d’exercices
Mon engagement sera
De retarder l’orgasme,
De me l’astiquer assis,
D’ériger un monument pour la paix,
D’animer un sexshop,
De me la faire à deux mains pour mieux jouir,
De me la secouer avec la gauche
Et de me branler pour l’humanité.

 

Le huitième jour d’exercices
Mon engagement sera
De jouir à tomber par terre,
De retarder l’orgasme,
De me l’astiquer assis,
D’ériger un monument pour la paix,
D’animer un sexshop,
De me la faire à deux mains pour mieux jouir,
De me la secouer avec la gauche
Et de me branler pour l’humanité.

 

Le neuvième jour d’exercices
Mon engagement sera
De la sortir au grand air
De jouir à tomber par terre,
De retarder l’orgasme,
De me l’astiquer assis,
D’ériger un monument pour la paix,
D’animer un sexshop,
De me la faire à deux mains pour mieux jouir,
De me la secouer avec la gauche
Et de me branler pour l’humanité.

 

Le dixième jour D’exercices
Mon engagement sera

De se faire une pipe avec un ami,
De la sortir au grand air
De jouir à tomber par terre,
De retarder l’orgasme,
De me l’astiquer assis,
D’ériger un monument pour la paix,
D’animer un sexshop,
De me la faire à deux mains pour mieux jouir,
De me la secouer avec la gauche
Et de me branler pour l’humanité.

 

En avant les gars ! Tous ensemble branle-bas de combat... ah ah…

 

EXERCICES POUR LA PAIX
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 16:39

Espagne 1937

 

Chanson française – Marco Valdo M.I. – 2017

 

 

 

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une nouvelle chanson qui s’intitule Espagne1937. Elle fait suite, dans une très courte série, à celle que j’avais intitulée « La Maison des Morts » (on trouvera là un complément à ce commentaire). Comme cette première chanson, elle est tirée du récit d’Arthur Koestler qui relatait sa terrible mésaventure espagnole et son destin d’otage, de prisonnier politique et de condamné à mort dans la partie de l’Espagne aux mains des putschistes franquistes, alors qu’A.K. était à Malaga comme envoyé d’un journal libéral britannique. Condamné à mort sans procès, il est détenu dans la prison de Séville.

 

« Ce que j’ignorais, c’est que la cour martiale de Malaga avait déjà prononcé ma condamnation à mort sans m’avoir auparavant cité à comparaître. La seconde chose que je ne savais pas, c’était qu’à ce jour – samedi 13 février 1937 – cinq mille hommes avaient été exécutés à Malaga depuis la chute de la ville ; dont six cents pour ma seule prison. »

 

Il échappe à son exécution, après plusieurs mois de prison, sous les pressions du gouvernement britannique et suite à un échange de prisonniers (on l’échange contre l’épouse d’un haut responsable franquiste), opéré à la frontière entre l’Espagne et Gibraltar.

 

Je me souviens très bien, Marco Valdo M.I. mon ami, de cette Maison des Morts (la prison de Séville) et du commentaire introductif, autrement dit de notre dialogue maïeutique à son sujet.

 

Cette canzone-ci, Lucien l’âne mon ami, est elle-même un dialogue, quoique tronqué. Un dialogue entre un franquiste qui justifie le putsch militaire et sa devise arrogante : « España ¡Una, Grande y Libre ! », son régime réactionnaire et clérical et l’idéologie simple qui y fleurit, d’une part et d’autre part, son auditeur forcé, qui compte tenu de son statut de prisonnier ne peut laisser deviner sa pensée que par des questions. Enfin, je te laisse apprécier la chose.

 

Ah, Marco Valdo M.I., méfions-nous de la simplicité de raisonnement, qui laisse toujours présager qu’on nous prend pour des « simples d’esprit ». À y regarder de plus près, je trouve que cette histoire peut encore servir à comprendre ce qui guide certaines gens au pouvoir aujourd’hui ; cette simplicité politique me rappelle celle du discours de certains dirigeants de grands pays d’aujourd’hui. À mon sens, il faudrait replacer ces discours dans le cadre de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches (en ayant l’air de rien et de revendiquer la paix sociale) font aux pauvres pour asseoir leur pouvoir et protéger leurs intérêts et leurs privilèges, généralement connus sous le nom de l’« ordre établi ». En somme, comme la plupart de tes canzones, on trouve au-delà de ce qui est raconté une parabole d’un usage plus général. Mais, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde monotone, simple, conservateur, réactionnaire et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 
Où allons-nous, monsieur ?

Dans une autre ville

Là, tous les gens sont heureux

Quoi ?

Tous heureux !

Tous les gens sont heureux et libres.

Quoi ?

Libres !

Expliquez-moi.

Chez nous, en Espagne –

Une, grande, libre,

Les choses sont comme ça.

Chez nous, les pauvres

Ne luttent pas contre les riches ;

Nous avons un autre système.

Ici, on n’est pas riche ou pauvre,

Mais seulement bon ou méchant.

Voyez donc, c’est évident !

Les bons pauvres et les bons riches

Forment un parti.

Les mauvais pauvres et les mauvais riches,

L’autre parti.

Comment les distinguer ?

Ici, on ne réfléchit pas beaucoup.

Comment les distinguer ?

C’est facile comme tout :

 

Chez nous, en Espagne – Una, grande, libre,

Dans notre parti, on reste entre soi.

Les bons riches avec les bons riches

Les bons pauvres avec les bons pauvres.

Dans l’autre parti, c’est aussi comme ça.

Riche ou pauvre, chacun reste chez soi.

Les riches par ici,

Les pauvres par là.

On n’est pas ennemis.

On ne se connaît même pas.

Les bons vont à l’église et saluent le roi.

Les mauvais crient vive la République et ne prient pas.

Chez nous, en Espagne –

Una, grande, libre.

Oh, vous savez quoi ?

Dans tous les pays, c’est comme ça.

Espagne 1937
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 22:08

La Maison des Morts

 

Chanson française – Marco Valdo M.I. – 2017

 

 

 

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, as-tu souvenance d’un écrivain d’origine hongroise, né à Budapest au temps de l’Empire austro-hongrois, naturalisé britannique en 1949 et qui durant sa vie, a écrit dans au moins, trois langues différentes : le hongrois, l’allemand et l’anglais et qui est fort connu – entre autres choses – pour sa prise de position contre la peine de mort et sa défense de la République espagnole ?

 

Marco Valdo M.I. mon ami, tu me poses toujours des devinettes du genre, comme si tu ne savais pas que je sais de qui tu me parles ; ils ne sont d’ailleurs pas nombreux qui pourraient correspondre à ce portrait. Sans aucune hésitation, je te dirai qu’il s’agit d’Arthur Koestler, dont je sais pertinemment aussi que tu es un grand lecteur de ses écrits. Moi, je l’avais croisé clandestinement en Grèce quand il rencontrait les Grecs qui organisaient la résistance au dictateur Metaxas ; ses articles furent censurés et jamais publiés à l’époque par son journal. Sans aucun doute, sous l’influence du Foreign Office. Je l’ai croisé aussi en Israël, qui était encore la Palestine sous domination anglaise, quand A.K. (comme il aimait à signer), plaidait déjà pour séparer les antagonistes. Enfin, bien évidemment du côté de Malaga, quelque temps avant que la ville ne tombe aux mains des nationalistes espagnols, dont le corps d’armée était composé essentiellement de fascistes italiens (50 000), envoyés avec armes et bagages par Mussolini pour appuyer les putschistes de Franco.

 

C’est bien de lui que je te parlais, en effet, répond Marco Valdo M.I. Et précisément, c’est lors de cet épisode de la chute de Malaga que A.K. sera fait prisonnier des fascistes et interné à Séville plusieurs mois en attendant son exécution. Ce sont les pressions anglaises qui finiront par le faire libérer en échange contre une prisonnière, la femme d’un haut responsable nationaliste. Juste une parenthèse à propos des années suivantes et de la situation des réfugiés qu’on internait dans des camps, A.K. – toujours Hongrois et donc suspect – y fut enfermé en France (au Stade Roland Garros, puis au Vernet) et arrivé en Angleterre, il fut également interné. Ce qui lui inspira cette amère réflexion : « Les antifascistes étaient évidemment très gênants dans une guerre contre le fascisme ».

 

Oh, dit Lucien l’âne, je ne connaissais pas cette pensée, mais elle me paraît assez exacte et surtout, devrait être prise en compte par tous ceux qui dans les sociétés « démocratiques » entendraient lutter contre le fascisme, clairement revendiqué ou rampant. Dénoncer le fascisme n’est généralement pas bien perçu surtout quand il montre un visage souriant et rassurant à la télévision. Donc, tu disais de la chanson qu’elle était en quelque sorte tirée d’un écrit d’A.K.

 

Effectivement, Lucien l’âne mon ami. Il s’agit de ce roman autobiographique qu’il publia sous le titre de « Le Testament espagnol » dans lequel il relate la prise de Malaga et son séjour dans la maison des morts, nom qui rappelle évidemment Fédor Dostoïevsky et les pensées qu’un prisonnier condamné à mort et en instance d’exécution peut avoir à ce sujet.

 

Marco Valdo M.I. mon ami, on est dans un monde où tout cela peut encore arriver et d’ailleurs, arrive tous les jours dans d’autres pays, même si l’on s’en tient aux seuls prisonniers politiques, aux opposants, aux résistants, à ceux qui essayent d’aller à l’encontre des forces gigantesques qui président aux destinées de l’humanité dans cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches, les puissants et les religieux font aux pauvres, aux réfugiés et aux hommes de bonne volonté. Et nous, nous, ici dans notre réserve indienne, nous tissons le linceul de ce vieux monde inique, odieux, brutal, menteur, médiocre et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 
 

 

 

À Séville, dans la maison des morts

La pensée sans arrêt

Comme une toupie tournait, tournait

Sur son axe retors.

 

Cellule 40, j’attends ma fin

Une histoire plate, sans sommet

Où les cadavres reposent discrets

En paquets au long des chemins.

 

Au crépuscule, la trompette résonne

Le soleil s’est couché, il n’attend personne.

À l’enterrement de la République,

Le couvre-feu est la seule musique.

 

Les étoiles tremblent dans le firmament.

Au clair de lune, les chats criaillent,

Les fenêtres des cellules baillent

Des plaintes et des ronflements.

 

Souvent la nuit, je m’éveille.

J’ai la nostalgie

De la maison des morts de Séville

Et je m’émerveille.

 

À force, l’angoisse permanente

Rend la mort indifférente.

Sans vraie peur, on était libres,

Absolument libres de vivre.

 

Les heures nocturnes me berçaient,

Et les morts sont morts à tout jamais.

Pourtant, il me reste l’impression puissante

D’avoir gagné de la vie dans la cellule quarante.

 
La Maison des Morts
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 20:24

It’s a long way to the Holy Sepulchre

ou

La Croisade du Prince de Palerme

 

 

La Croisade du Prince de Palerme

Chanson française – Marco Valdo M.I. – 2017

 

 

 

 

 

Dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, où l’as-tu dénichée, cette histoire de la dernière croisade et que raconte-t-elle vraiment ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, tu me croiras ou tu ne me croiras pas, cette petite chanson raconte effectivement la dernière croisade en date, celle que le Prince Monroy de Pandolfina, citoyen de Palerme en Sicile, a faite, il n’y a pas si longtemps. C’est du moins ce que raconte un livre d’histoires méditerranéennes, qui sont un peu comme nos histoires d’Allemagne. Ce livre, dont je te recommande la lecture, est dû à la plume alerte de François Beaune, un écrivain français, qui a créé une association qui rassemble ces histoires [http://histoiresvraies.org/comme les Chansons contre la Guerre rassemblent des chansons. En particulier, l’histoire de la libération du Saint Sépulcre, celle qui nous occupe, est rapportée par l’écrivain sicilien Roberto Alajmo. Voilà pour l’origine. Quant à l’anecdote, elle est dite dans la chanson et je te laisse la découvrir. Cependant, j’attire ton attention sur ce refrain en langue anglaise et sur la vraie raison de cette croisade du Prince Monroy : « For the sweetest girl I know », alias Rediviva. Une belle et admirable raison de se lancer dans pareille croisade. Crois-moi, mon ami très cher, une aventure aussi folle est une grande preuve d’amour et d’intelligence. Rediviva ne s’y trompa pas qui soutint les croisés de ses meilleurs plats.

 

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, ce refrain en anglais, j’allais justement t’en parler ; d’abord, car il est surprenant que tu fasses usage de cette langue et en suite, car il me rappelle furieusement une chanson que les régiments irlandais chantaient lors de la Grande Guerre en allant mourir au pas cadencé dans les tranchées de l’Artois. J’ajouterais, te connaissant, qu’il doit y avoir derrière ça, Irlande pour Irlande, je ne sais quelle réminiscence des aventures de Sally Mara et du cri de guerre révolutionnaire : Finnegans wake !

 

Et tu ne te trompes pas, Lucien l’âne mon ami, c’est bien cette chanson qui a toujours son succès aujourd’hui, du moins chez les Irlandais, qui sont gens de tradition. Elle devrait même figurer dans les Chansons contre la Guerre, étant une chanson dans la guerre. Je reprends ici le refrain exact pour aider à la comparaison avec celui de la croisade du Prince.

 

« It's a long way to Tipperary,

It's a long way to go.

It's a long way to little Mary

To the sweetest girl I know! »

 

Il me semble, Marco Valdo M.I. mon ami, qu’il y a derrière cette chanson en apparence anodine, toute une littérature ou même plusieurs. D’abord, que viennent faire là Toby et Trim ? Certes, je les connais. Qui ne les connaît pas ? Et puis, je subodore d’autres joyeuses références.

 

Évidemment, Lucien l’âne mon ami, il y a là tout un monde complexe. En premier lieu, il faut citer les histoires de croisade qui figurent parmi les plus hauts faits de la chrétienté (on n’avait jamais tué tant de monde que lors de la Première Croisade [[9491]], à commencer par les Juifs qu’elle rencontrait sur son cheminet les chansons qui s’y rapportent.

Ensuite, tu remarqueras la parenté du prince avec le Don Quichotte de Cervantès et son trio infernal : Don Quichotte, Sancho et Dulcinée, tout comme celle qui existe avec l’oncle Toby et le Caporal Trim, lesquels également ne sont pas sans rapport avec Don Juan et son Leporello. Je n’en dirai pas plus tant il y aurait à en dire.

 

De fait, de fait, dit Lucien l’âne extatique. Tout comme, il faudrait la rapprocher de la chanson italienne du Preux Anselme[[10431]] et celle de Charles Martel, vainqueur de la bataille de Poitiers[[1095]]. Pour conclure, car il me faut conclure comme c’est habituellement mon rôle, je noterai quand même l’allusion à peine voilée à la Palestine et aux croisades en sens divers qui y ont des accointances. Je noterai aussi le message de paix et d’intelligence que constitue cette libération du Saint-Sépulcre sans occasionner la moindre pagaille et sans tous ces bains de sang que se mitonnent jalousement au nom de leur croyance tous ces croyants. Ce qui me plaît également, c’est cette vague déferlante d’ironie qui ridiculise les papes, les croisades et tous les saints prétextes à de sacrés massacres. La peste soit des croyances et des croyants ! Mais reprenons notre tâche, car elle n’est certainement pas finie et tissons, tissons, Marco Valdo M.I. mon ami, à notre rythme, sans forcer, le linceul de ce vieux monde peuplé de croyants, de crédules, de croisés, de croiseurs, de croisades, de croix, de saints, de prophètes absurdes et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 
Passent les nuits, sonnent les heures

Le Prince Monroy de Pandolfina

Fait un vœu contre le malheur

Qui menace de mort sa Dulcinée, Rediviva.

 

Si Rediviva, sa bonne épouse, guérit,

Il promet d’aller délivrer

Le tombeau sacré

Des mains de ses ennemis.

 

« It's a long way to the Holy Sepulchre,

It's a long way to go.

It's a long way to the Holy Sepulchre

For the sweetest girl I know ! »

Elle guérit ! À la croisade !

À la croisade, il faut aller !

Jusqu’à Jérusalem, fameuse balade ;

Jusqu’au tombeau, il faut marcher !

 

Le Prince en appelle au Pape, à la chrétienté ;

Le temps des croisades est passé.

La chrétienté s’en fout

Et le Pape demande : qui est ce fou ?

 

« It's a long way to the Holy Sepulchre,

It's a long way to go.

It's a long way to the Holy Sepulchre

For the sweetest girl I know ! »

 

Le Prince se souvint soudain

Du caporal Trim et de l’oncle Toby

Refaisant dans leur jardin

Le siège de Namur près de Tipperary.

 

Il décide de faire sa propre croisade

Et de s’en aller libérer symboliquement

Le Saint-Sépulcre, quelle balade !

Sans quitter Palerme, évidemment !

 

« It's a long way to the Holy Sepulchre,

It's a long way to go.

It's a long way to the Holy Sepulchre

For the sweetest girl I know ! »

 

 

 

Comme Trim et Toby, il marche

Avec Felicetto, tout autour de la villa,

Sans rentrer manger, ils marchent.

Rediviva, sur leur chemin, dépose les plats.

 

Comptés et additionnés

Et mètre par mètre, sont,

Jour après jour, les kilomètres sont

Sur la carte de la croisade, reportés.

 

« It's a long way to the Holy Sepulchre,

It's a long way to go.

It's a long way to the Holy Sepulchre

For the sweetest girl I know ! ».

 

Felicetto, voici Messine !

Rediviva, voici Naples !

Hourra, voici Malte !

Et enfin, la Palestine !

 

Felicetto, quelle bataille !

Le Saint-Sépulcre, nous avons libéré,

Sans la moindre pagaille.

Felicetto, Rediviva, on va y rester.

 

« It's a long way to the Holy Sepulchre,

It's a long way to go.

It's a long way to the Holy Sepulchre

For the sweetest girl I know ! »

It’s a long way to the Holy Sepulchre ou La Croisade du Prince de Palerme
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 18:26

LE PETIT RAT DE LA MONTAGNE

 

 

 

Version française – LE PETIT RAT ET LA MONTAGNE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Il topolino e la montagna – Erica Boschiero – 2017

 

 

 

 

DELIO, JULIA, GIULIANO

 

 

 

Librement adaptée de la lettre IV « Le rat et la montagne » d’Antonio Gramsci, c’est une chanson écologiste qui prend pour point de départ une fable rappelée par Gramsci dans une lettre, c’est une chanson « circulaire » ou acchiapparello (comme « à la foire de l’Est » ou même « Cioetta Cioetta »)

 

Lettre IV

Le rat et la montagne

 

Très chère Julia,

 

Peux-tu demander à Delio, de ma part, quel récit de Pouchkine il aime le plus. Moi vraiment, j’en connais seulement deux : Le Coq d’or et Le Pêcheur.
Je voudrais maintenant raconter à Delio une histoire de mon pays qui me semble intéressante. Je te la résume et tu la raconteras, à lui et à Giuliano (Delio et Giuliano sont les fils d’Antonio, qui vivent avec leur mère Julie à Moscou).

Un enfant dort. Il y a un pot à lait de lait prêt pour son réveil. Un rat boit le lait. L’enfant, sans son lait, crie, et la maman qui esclave, court voir la chèvre pour avoir du lait. La chèvre lui promet le lait, quand elle aura de l’herbe à manger. Le rat va dans la campagne chercher de l’herbe et la campagne aride veut de l’eau. Le rat va à la fontaine. La fontaine a été détruite par la guerre et l’eau se perd : elle réclame le maître maçon ; celui-ci veut des pierres. Le rat va à la montagne et se crée alors un dialogue sublime entre le rat et la montagne qui a été déboisée par des spéculateurs et montre partout ses os sans terre. Le rat raconte toute l’histoire et promet que l’enfant replantera les pins, chênes, châtaigniers, etc. Alors, la montagne donne les pierres, etc. et l’enfant a tant de lait qu’il se lave même avec le lait. Il grandit, plante les arbres, tout change ; les os de la montagne disparaissent sous le nouvel humus, la précipitation atmosphérique redevient régulière, car les arbres retiennent les vapeurs et empêchent les torrents de ravager la plaine. En somme, le rat conçoit un vrai plan de travail, organique et adapté à un pays ruiné par le déboisement.
Très chère Julie, tu dois vraiment raconter cette histoire et ensuite me communiquer l’impression des enfants.


Je t’embrasse tendrement.


ANTONIO

 

 

 

 

L’enfant dort, dort avec à son chevet

Son gobelet de lait
Dans la nuit, un petit rat le lui boira…
L’enfant crie, crie après son lait
Et sa mère crie, crie : « Mon fils mourra ! »

La bestiole touchée au cœur par le pleur qu’elle a causé
Court vite chez la chèvre et lui demande « Du lait, par pitié ! »

« Mon lait, je donnerai, », lui dit la douce chèvre,
« Quand tu m’apporteras de l’herbe. »

 

Le rat court à la campagne ;

Il lui dit : « Donne-moi de l’herbe verte,
Ainsi la chèvre mangera et son lait me donnera,
Et l’enfant, on sauvera. »

 

« Quand d’eau fraîche, tu m’arroseras, 

L’herbe verte, tu auras. »

 

Le rat court à la fontaine près du bois

Il dit : « L’eau fraîche, donne-moi !
La campagne, j’arroserai. L’herbe verte, elle me donnera, 
La chèvre la mangera et son lait me donnera,
Et l’enfant, on sauvera »

 

« La guerre m’a détruite », dit la fontaine près du bois,
« L’eau fraîche reviendra quand mes pierres, on remettra »

 

Le rat court chez le maçon et dit « Arrange cette fontaine,
Quand l’eau fraîche en jaillira, j’arroserai la campagne, 
Elle me donnera l’herbe verte, la chèvre la mangera, 
Son lait, elle me donnera, et l’enfant, on sauvera »

 

« Je te donnerai mon travail », dit aimable le maçon.
« Pour les pierres, comment fait-on ? »

 

Le rat court à la montagne et dit : « Pour le maçon, des pierres donne-moi
La fontaine il refera, l’eau fraîche rejaillira, 
La campagne, j’arroserai, l’herbe verte repoussera, 
La chèvre la mangera et son lait, elle me donnera, 
Et l’enfant, on sauvera »

La montagne est comme morte,

Il n’y a plus un brin d’herbe,

Il n’y a plus d’arbres, il n’a plus d’ombre,

Elle ne répond plus. Que faire ?

 

« Montagne, je te le promets, des pierres pour le maçon donne-moi, 
qui réparera la fontaine, l’eau fraîche rejaillira, 
J’arroserai la campagne, l’herbe verte repoussera, 
La chèvre la mangera et son lait, elle me donnera 
Et l’enfant on sauvera, qui un homme deviendra,
De hauts arbres, il plantera et ton bois revivra. »

La montagne dit : « Les pierres blanches, les voilà ! » 
« Et l’enfant, on sauvera ».

 

Le rat extrait les pierres, les porte au maçon fissa,

Qui réparera la fontaine, l’eau fraîche rejaillira, 
J’arroserai la campagnel’herbe verte repoussera, 
La chèvre la mangera et son lait, elle me donnera, 
Et l’enfant, on sauvera, qui un homme deviendra.
De hauts arbres, il plantera et la montagne sourira.

LE PETIT RAT ET LA MONTAGNE
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 10:17

QUAI 21 : UN TRAIN POUR AUSCHWITZ

 

Version française – QUAI 21 : UN TRAIN POUR AUSCHWITZ – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Binario 21, un treno per Auschwitz – Il folle dello Zen – 2014

 

 

 

 

Pour le commentaire, voir Binario 21QUAI 21

 

 

 

Où mènent les trains du quai 21 ?
Où mènent les trains du quai 21 ?
Où mènent les trains du quai 21 ?

Personne ne le sait !
Personne ne le sait !

 

On les amène à la Gare Centrale en camion ,
On les pousse comme un bétail dans les wagons,
Épouvantés comme s’ils sentaient
Qu’ils ne reviendraient jamais,
Qu’ils ne reviendraient jamais.

 

Celui-ci pleure en silence et se met à prier
Les larmes amères qu’il aurait dû verser
Car il a compris qu’il va vers sa mort
Mais il nie encore,
Mais il nie encore.

 

Il nie, car il y a des enfants
Et pour ne pas les effrayer, il fait semblant.
Il doit ravaler ses larmes amères
Pour nier encore,
Pour nier encore.

 

Où mènent les trains du quai 21 ?
Maudit quai, maudits trains
Personne ne t’aime, maudit destin
De ces pauvres Juifs,
De ces pauvres Juifs.

 

 

Où mènent les trains du quai 21 ?
Où mènent les trains du quai 21 ?
Où mènent les trains du quai 21 ?
Personne ne le sait

Ou qui sait ?, quelqu’un sait.

QUAI 21 : UN TRAIN POUR AUSCHWITZ
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 10:07
QUAI 21

Version française – QUAI 21 – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Binario 21 – Renato Franchi & Orchestrina del Suonatore Jones – 2014

 

 

 

 

 

 

 

Au quai 21 de la gare centrale de Milan a été installé un musée de la Mémoire de la Shoah. Ce Musée se trouve dans une partie de la Gare Centrale située sous les rails ferroviaires ordinaires. Cette zone était originairement affectée au chargement et au déchargement des wagons postaux. Entre 1943 et 1945, elle fut le lieu où des centaines de déportés furent chargés sur des wagons de marchandises, qui mis sur un élévateur étaient portés à hauteur des rails. Une fois positionnés au quai de départ, ils étaient accrochés aux convois à destination des camps de concentration et à d’extermination (Auschwitz-Birkenau, Bergen Belsen) ou aux camps italiens comme ceux de Fossoli et de Bolzano.

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

D’abord, Marco valdo M.I., je voudrais te dire que le nom de l’« Orchestrina del Suonatore Jones », me rappelle quelque chose, et plus précisément une chanson dont, me semble-t-il, tu avais fait une version française.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, je m’en souviens très bien aussi ; j’avais mis en langue française cette chanson de Fabrizio De André « Il suonatore Jones », qui elle-même était tirée de l’Anthologie de Spoon River d’Edgar Lee Masters. J’avais intitulé ma version : « Jean le Violoneux ».

 

À propos de titre de chanson, Marco Valdo M.I., celui de celle-ci « Quai 21 » me laisse aussi perplexe et je me demande…

 

Lucien l’âne mon ami, je ne voudrais pas te faire languir plus longtemps et je m’empresse de répondre à ton interrogation concernant cette étrange chanson : « Binario 21 – Quai 21 » et je te signale dès à présent que je t’en proposerai une autre sur le même sujet. Je comprends d’ailleurs parfaitement qu’il y a là de quoi s’interroger. Quel est, en effet, le rapport entre un quai de gare – fût-il le quai 21, car c’est d’un quai de gare, de rais et de trains qu’il s’agit – et disons, la guerre. Posée ainsi, la question du titre trouve une partie de sa réponse.

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, en gloussant un peu. Je vois de quoi il est question, du fait que tu as toi-même écrit une histoire de train et de guerre, que l’on trouve également dans ces Chansons contre la Guerre. Je veux parler de Dachau Express.

 

Tu ne penses pas si bien dire, Lucien l’âne mon ami, car au Quai 21 de la gare centrale de Milan entre 1943 et 1945, le Quai 21 a vu partir nombre de wagons vers les camps de concentration nazis d’Auschwitz-Birkenau, Bergen-Belsen, Mauthausen et vers des camps italiens. Tous ces voyageurs sans visage à présent s’appellent des déportés. Ces trains, comme celui de Dachau Express, étaient composés de wagons à bestiaux. Cependant, il s’agissait de transporter d’autres déportés que les militaires italiens réfractaires à la Républiquette « sociale » de Salò : certains convois déportaient des Juifs, marqués de l’étoile jaune et d’autres convois des résistants qui seront marqués du triangle rouge.

 

Ainsi, dit Lucien l’âne, les « lois raciales italiennes » édictées par les fascistes ne furent pas moins pires que celles qu’on reproche à l’Allemagne nazie et le fascisme italien – malgré son inefficacité militaire – n’en fut pas moins terriblement meurtrier et criminel contre sa propre population ; j’ajouterais : et contre les populations civiles des pays qu’ils ont occupés. Ainsi, l’Italie mussolinienne et fasciste a elle aussi puissamment contribué à la « solution finale »

 

C’est, Lucien l’âne mon ami, que certaines gens ont tendance à ignorer ça ( ou à feindre de l’ignorer) et à minimiser les effets désastreux et les intentions exterminatrices du fascisme. Certains vont même jusqu’à imaginer que les défaites et les insuffisances militaires du fascisme à l’extérieur en faisaient un régime moins dangereux que celui des nazis. On voit ici que c’est faux et que nos amis italiens ont raison de continuer aujourd’hui encore à dénoncer le fascisme et ses résurgences contemporaines. Ils ont d’autant plus a raison que comme ce fut le cas en Allemagne aussi, les premiers à devoir subir les exactions fascistes ce sont évidemment les propres habitants du pays où de telles bandes sévissent et où un tel régime s’installe. Et bien des éléments laissent penser que la chose est voulue par certains.

 

On en est toujours, Marco Valdo M.I. mon ami, à cette sentence de Brecht, qui disait : « Le ventre est encore fécond d’où à surgi la bête immonde ». Et pur une bête immonde, c’en est une !

 

Et puis, Lucien l’âne mon ami, il y a un autre aspect de ce quai 21 dont je voudrais parler. J’y ai même certaines raisons personnelles que j’évoquerai également. Donc, ce quai 21 servait aussi de lieu d’embarquement pour des prisonniers politiques (partisans, résistants…), dont la plupart avant d’arriver là passaient par les mains de la Gestapo et des sbires fascistes. Quand on arrêtait un résistant (Achtung banditen!) et ceci était vrai dans l’ensemble des territoires occupés par les Allemands, ils l’interrogeaient dans les locaux de la Gestapo – généralement dans les caves. C’était par exemple le cas : à Rome, via Tasso ; à Paris : l’hôtel Lutetia, boulevard Raspail ; à Bruxelles, à la Résidence Belvédère, 453, avenue Louise et à Milan, l’Hôtel « Regina e Metropoli », via Silvia Pellico.

 

Dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, notre ami Joseph, celui de Dachau Express, n’a-t-il pas été reçu avec les déportés français de Dachau de retour de camp en 1945 à cet hôtel Lutetia ?

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, c’est arrivé. À la Libération, la résistance française a exigé du propriétaire du Lutetia qu’il mette l’hôtel à disposition pour recevoir les déportés revenant des camps. C’est au cours de cette réception que Joseph Porcu va rencontrer sa femme… Mais revenons un instant à l’usage que la Gestapo a fait de ces lieux. Outre d’en faire son quartier-général dans les étages, on procédait à des interrogatoires musclés ; en fait, à de très brutales tortures. Certains n’en sortaient pas vivants ; les autres (terriblement détruits déjà) étaient envoyés vers des prisons et des camps ; à moins qu’on ne les fusille ou qu’on les pende directement. Un cousin finit ainsi à un croc de boucherie.

J’ai dit que j’avais une raison personnelle de rappeler ces pratiques ; comme tu le sais, cette raison est ce qu’ils ont fait à mon père quand il fut emmené dans le sous-sol du 453, avenue Louise et fut ensuite, transféré vers une prison, où les sévices continuèrent. Et même, s’il sortit vivant de ce périple (comme bien d’autres, sous l’apparence d’un mort-vivant), il ne s’en remit jamais. Sans aucun doute, au quai 21 à Milan, on a dû en voir passer d’autres comme lui.

 

Pour en revenir au quai 21, j’aimerais quand même en savoir un peu plus à son sujet, car ces trains un peu inhabituels auraient pu partir de n’importe quel quai, selon les jours.

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, le quai 21 était un quai très spécial, car il était équipé de manière particulière pour des usages professionnels fort pacifiques. C’était un quai postal à deux niveaux. Le niveau 1 était au rez-de-chaussée (il donnait sur la rue) et permettait un accès direct des véhicules postaux et les transbordements de chargement dans les wagons, qui étaient remontés un à la fois au niveau des quais et des voies de la gare à l’aide d’un ascenseur et aboutissaient précisément au quai 21. Ce système permettait de la même façon d’amener discrètement les prisonniers et de les enfourner – hors de la vue du public – dans les wagons, de les boucler et de les monter pour constituer les convois.

 

En somme, dit Lucien l’âne, c’étaient des wagons de cave et les déportés des colis spéciaux. Il est bien de rappeler ces choses et de le faire avec une dose considérable d’acide ironique, qui a le mérite d’aiguiser le regard et de renforcer la réflexion ; car à ce sujet, peut-être impérativement plus qu’à d’autres choses, il convient de penser, d’y penser toujours, d’y penser encore. Vois-tu, Marco Valdo M.I. mon ami, la mémoire est une plante qui meurt si on ne l’entretient pas. Et ce monde comme certaines gens est susceptible de se laisser sombrer dans une sorte de démence sénile et de laisser revenir au jour la bête immonde et ses descendants polymorphes. C’est là, la raison ultime de notre obstination à poursuivre notre tâche et à tisser encore et toujours le linceul de ce vieux monde distrait, oublieux, triste, méprisant, sénile et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Tombe la nuit les larmes aux cils,
Tombe la pluie sur les toits,
Les soldats dans le pré en file,
Dans les fossés, les grenouilles font crôa, crôa.

 

Cher amour, nous devons partir.

Mon cœur bat, sans souvenirs,
La peur marque ton visage et dans le dos,
Le vent transperce nos manteaux.

 

Sur la voie qui taille notre destin
Et ne dit pas où aboutira
Le train qui part du quai 21
Et sur nos morts, la neige tombera.

 

Doux amour, que t’ont-ils fait ?
Ils ont éteint ton doux sourire ;
Dans le vent et le soleil, ils l’ont défait
Et avec ton sang, ils ont lavé ton visage.

 

Maintenant, je suis une fleur de champ,
Un grain de blé à semer,
Une larme suspendue dans le vent,
Une histoire à raconter.

 

Et maintenant je suis un cœur dans le vent,
Un grain de blé à caresser,
Une lame contre les indifférents,
Une histoire à se rappeler,
Une lame contre les indifférents,
Une histoire à ne pas oublier.

 

QUAI 21
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.

Présentation

  • : CANZONES
  • : Carnet de chansons contre la guerre en langue française ou de versions françaises de chansons du monde
  • Contact

Recherche