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12 octobre 2021 2 12 /10 /octobre /2021 17:57

 

Le Camarade Škatula

 

Chanson française – Le Camarade Škatula – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

 

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 – La Prise de Monastir ; Épisode 6 – La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans ; Épisode 8 – Le Premier Chrétien ; Épisode 9 – Le Provocateur ; Épisode 10 La Victoire morale ; Épisode 11 – Le Parti et ses Partisans ; Épisode 12 Le Monde des Animaux ; Épisode 13 Le Parti National Social ;

 

Épisode 14

 

 

 

LA RÉVOLUTION

 

Frantisek Kupka – 1904

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

 

Je comprends parfaitement, Lucien l’âne mon ami, les points d’interrogation qui éclatent dan tes yeux.

 

Ah ?, dit Lucien l’âne.

 

Je le comprends d’autant mieux, reprend Marco Valdo M.I., que j’ai moi aussi les mêmes sensations, que je me pose les mêmes questions. Comme toi, je me demandais qui était le camarade Škatula, ce qu’il venait faire là et puis aussi, je finissais par m’interroger sur l’existence de ce fameux Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi, avait-il jamais existé ? Eh bien, je peux te rassurer : tout autant le Parti que le camarade Škatula ont bel et bien existé.

 

Ah ?, dit Lucien l’âne. Même Škatula ?

 

Oui, oui, répond Marco Valdo M.I., et ce qui en est dit dans la chanson est, en gros – exact. Emmanuel Škatula (ŠKATULA, Emmanuel – Lochovice, République tchèque, 1878 – Roztoky, République tchèque, 1966) a non seulement existé, mais il fut un personnage d’une certaine renommée, y compris internationale, car il fit partie de l’Internationale Socialiste et il mérite tout à fait l’appellation de « camarade Škatula » du fait qu’il fut – des années plus tard – un des fondateurs du Parti Communiste Tchèque.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, voilà qui me rassure.

 

Bien sûr, Lucien l’âne mon ami, d’un certain côté, il est quand même fantastique que dans la chanson, le camarade Škatula soit une sorte de prophète ou de magicien révolutionnaire. Partout où il est passé, éclate la révolution et s’instaure la république, ainsi qu’en atteste le texte : dans l’Empire Ottoman, au Royaume du Portugal et même, dans le Céleste Empire.

 

Certes, dit Lucien l’âne en riant, mais moi, je trouve assez extraordinaire l’idée de Jaroslav Hašek d’expérimenter en matière politique. Finalement, c’est très éclairant quant au fondement de la démocratie ; on apprend pas mal de choses à son sujet.

 

D’accord, Lucien l’âne mon ami, mais il ne faut pas oublier que tout ceci se passait il y a plus d’un siècle.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je ne l’oublie pas ; bien au contraire, je note qu’on peut constater que c’est toujours d’actualité. Par exemple, le monde aurait besoin que le camarade Škatula aille visiter quelques empires et quelques pays de moindre importance. En gros la réalité ultérieure et même, contemporaine et sans doute, future, va bien au-delà de ce que Jaroslav Hašek rapportait si fidèlement. Mais, restons-en là et reprenant notre tâche, tissons le linceul de ce vieux monde compétitif, concurrentiel, ambitieux, électif et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

À Vienne, on avait rencontré le camarade Škatula.

À Prague, par la suite, il assista à nos réunions.

Emmanuel Škatula avait de l’ambition;

Il se disait social-démocrate en ce temps-là,

Et c’était un homme de conviction :

Du peuple, il défendait fermement les droits.

Son embonpoint prouvait la prospérité du prolétariat :

Avec des chefs maigres, un parti ne progresse pas.

Le Parti Social Démocrate avait ses gros,

Le Parti National Social un député de cent-vingt kilos.

 

L’orateur, le membre, l’adhérent, le militant

Qui grossit lentement, c’est sûr,

Finit nécessairement député ou président.

C’est une loi de la nature.

Un chef doit être un homme de poids.

Aux élections, le camarade Škatula, en gros,

A gagné plus de quatre cents voix ;

Depuis il a encore pris plus de douze kilos.

Le député du Parti National Social a grossi aussi,

Il mange comme trois pour l’essor du Parti.

 

Le camarade Škatula est un bon vivant,

Il fait campagne dans les restaurants.

Au départ, le camarade Škatula était ouvrier modeleur ;

À présent, il modèle son discours pour attraper les cœurs.

Il promet au peuple de la bière et du pain.

Le camarade Škatula est un fin politique

Il montre l’exemple par sa pratique

Des repas copieux arrosés de Pilsen et de vin.

En bon social-démocrate, il séduit les électeurs.

Le camarade Škatula prophétise le bonheur.

 

Le camarade Škatula visite les autres nations.

Où il est passé, c’est le chambardement.

À Constantinople, le Turc fait la révolution

Et sans attendre, renverse le sultan.

Le camarade Škatula revient du Portugal.

À Porto, d’un coup, c’est la panique ;

À Lisbonne, on tremble au palais royal,

Les militaires instaurent la république.

Le camarade Škatula pense à la Chine ; c’est fatal,

Le Céleste Empire devient une république.

 

 

Le Camarade Škatula
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Published by Marco Valdo M.I.
10 octobre 2021 7 10 /10 /octobre /2021 19:19
MA PRISON

 

Version française – Ma Prison – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson allemande – Mein GefängnisErich Mühsam – 1914

 


Poème d’Erich Mühsam, dans le recueil intitulé « Wüste-Krater-Wolken », publié en 1914.

Un poème mis en musique par plusieurs artistes, comme Gregor Hause, dans son album de 1998 « Das Herz in der Hand », ou par le groupe folk-rock allemand Die Schnitter, dans son album de 2002 intitulé “Fegefeuer”. Plus récemment, Christoph Holzhöfer s’y est également essayé.


 


 

LA CHAMBRE À ARLES

Vincent Van Gogh – 1888


 


 


 

Dialogue maïeutique

 

 

 

On avait déjà parlé ensemble, Lucien l’âne mon ami, d’Erich Mühsam.

 

Oh oui, Marco Valdo M.I. mon ami, je me souviens assez bien de ça, et même surtout, que tu avais écrit toute une chanson à son sujet.

 

En effet, répond Marco Valdo M.I., c’était il y a plus de dix ans et je l’avais intitulée

« Erich Mühsam, poète, anarchiste et assassiné ». Cette fois, c’est différent puisqu’il s’agit d’une version française d’un poème d’Erich Mühsam : « MA PRISON » écrit à un moment de sa vie bien antérieur à son séjour et à sa fin à la prison d’Orianenbourg où il finit pendu dans sa cellule. D’autre part, j’avais déjà proposé l’une ou l’autre versions françaises de poèmes d’Erich Mühsam.

 

De ça aussi, je me souviens, s’écrie Lucien l’âne. J’ai en mémoire, par exemple, LA MAISON BRUNE – Das braune Haus ; LE RÉVOLUTIONNAIRE – Der Revoluzzer ; LE PRESSENTIMENT – Die Ahnung ; EN CELLULE – In der Zelle ; CALENDRIER 1913 – Kalender 1913 ; MALHEUR – Klage ; RÈGLES DE VIE – Lebensregel ; CHANT DU LUMPEN – Lumpenlied ; CHANT DES SOLDATS – Soldatenlied.

 

Voilà, dit Marco Valdo M.I. ; celle-ci sera la dixième. Comme on a commenté la vie d’Erich Mühsam et fait ressortir son importance, j’en resterai là cette fois.

 

Oui, dit Lucien l’âne, dans le fond, il s’agit juste de faire une sorte d’introduction à la chanson. À ce propos, je voudrais te demander si tu pourrais ajouter quelques détails, ne fût-ce que son titre.

 

Le titre, certes, Lucien l’âne mon ami, mais les quelques détails, ça va m’entraîner un peu plus loin que je le souhaitais. Donc, le titre est « Ma Prison » ; c’est une description du lieu, suivie d’une réflexion sur l’effet de ce lieu, de l’enfermement et des conditions dans lesquelles il est vécu. La description factuelle ou presque du lieu (me) fait penser à la façon dont aurait pu la peindre Vincent Van Gogh, sauf évidemment que les mots tiennent lieu de touches de couleur. Quand je dis couleur, je pense à la matière que le peintre prend sur son pinceau pour l’étendre sur la toile.

 

Donc, dit Lucien l’âne, si je comprends bien : les mots sont des couleurs.

 

Exactement, répond Marco Valdo M.I., dans cette manière d’écrire, les mots sont des couleurs et quand on les agence, on obtient un tableau. Tout comme le peintre joue des couleurs pour créer une ambiance, un monde, un tableau, le poète use des mots pour obtenir un résultat du même ordre. Ici, faire percevoir son lieu d’enfermement. Ensuite, il est important de prendre en compte le fait que ce texte date d’avant 1914, c’est-à-dire ces années avant ses séjours en prison des années 20 et 30. Comme je n’ai pu relever de séjour d’Erich Mühsam en prison avant celui de 1919, je ne peux dire s’il s’agit d’un lieu réel ou purement imaginé. Même si évidemment, le tableau est convaincant.

 

Oh, dit Lucien l’âne, à ce sujet, on peut penser que tu dis juste, car en plus des Lettres de prison de Carlo Levi, dont la première chanson était Le Fils emprisonné et il est aussi question de prison dans Dachau express.

 

Évidemment, Lucien l’âne mon ami, et pour ce qui est de la peinture, je te recommande de relire « Le Vent souffle ».

 

Oh, dit Lucien l’âne, finalement, c’est peut-être une sorte d’anticipation. La poésie est coutumière du genre. Maintenant, pour ce qui nous concerne, tissons le linceul de ce vieux monde carcéral, étouffant, autoritaire, baillonneur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 


Sur la mer, la vague danse,

Le vent libère la musique.

Ma cellule a de la place pour la danse

Dans ses dix-sept mètres d’air cubique.


Des ciels bleus comme une fleur

Frémit la nostalgie qui apaise le cœur.

Ma fenêtre est grillagée

Et sa grosse vitre est striée.

 

L’amour de son pâle et frêle doigt

Sur le lit trace son repère.

Ma porte est en fer,

Mon grabat est dur et étroit.

 

Mille questions, mille énigmes

Rendent stupides nombre d’hommes.

J’en ai seulement une à part moi :

Pourquoi suis-je assis ici ? Pourquoi ?


Derrière l’œil, la larme se terre

Et en son temps, pleure.

On bloque toutes mes esquisses

Au nom de la justice.

 

Un vent a jeté bas du toit

Mon drapeau et mes projets.

On pense souvent qu’on pourrait,

Ce qu’en fin de compte, on ne peut pas.

MA PRISON
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Published by Marco Valdo M.I.
5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 18:02

 

Le Parti National Social

 

Chanson française – Le Parti National Social – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

 

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 – La Prise de Monastir ; Épisode 6 – La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans ; Épisode 8 – Le Premier Chrétien ; Épisode 9 – Le Provocateur ; Épisode 10 La Victoire morale ; Épisode 11 – Le Parti et ses Partisans ; Épisode 12 Le Monde des Animaux ;

 

 

Épisode 13

 

 

 

PROMÉTHÉE

Antonín Procházka - 1911

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

La politique, Lucien l’âne mon ami, est une chose curieuse, une étrange pratique que l’on trouve dans certaines sociétés humaines ; celles qui se veulent civilisées.

 

Oui, dit Lucien l’âne, de ça, je suis au courant et j’en ai vu mille formules. À mon idée, c’est le mot qu’on utilise pur désigner la manière dont on organise la direction et le fonctionnement du pouvoir dans la société des hommes. Par exemple, chez nous les ânes, il n’y a pas de politique ainsi conçue.

D’un certain point de vue, reprend Marco Valdo M.I., c’est bien la distinction qu’établit la chanson dès le départ, quand elle déclare :

 

« Chez les sauvages, il n’y a pas de parti ;

Chez les sauvages, on ne fait pas de politique.

Les gens civilisés ont des partis ;

Les gens civilisés font de la politique. »

 

Du même point de vue, indique Lucien l’âne, il n’y a rien à y redire. Cependant, d’un autre point de vue, j’y sens une sorte d’ironie assez complexe et pur tout dire, à double sens. On devrait y voir plus clair avec le reste de la chanson.

 

Là, Lucien l’âne mon ami, tu n’as pas tort, car la chanson est une charge contre un parti politique concurrent et surtout, contre son penchant au nationalisme tchèque et à l’antisémitisme.

 

Oui, dit Lucien l’âne, toute cette explication est fort belle, mais elle manque quand même de précision. De quel parti s’agit-il ? A-t-il réellement existé dans l’histoire et quel était, à ce moment, son profil ?

 

Ah, dit Marco Valdo M.I., il me faudra bien donner des explications. Je vais le faire en style télégraphique ; de manière concise, car on ne peut ici faire une conférence encyclopédique sur la politique en pays tchèque. Il faudrait remonter à Jean Huss, au moins. Donc, pour ce qui nous intéresse ici, on est en 1911 dans l’Empire austro-hongrois, dans cet Empire, les Tchèques se trouvent sous la domination de l’Autriche dont Vienne est la capitale. Parmi les partis politiques tchèques, en dehors du parti des agrariens – parti paysan, il faut comprendre des propriétaires terriens et des fermiers aisés, qui est le premier parti, émergent deux courants numériquement plus importants et rivaux : les sociaux-démocrates et le Parti National Social. Tous se veulent tchèques et défenseurs de la nation tchèque, mais le Parti National Social se distingue par sa virulence, sa xénophobie et sa haine des juifs. C’est sur le plan de l’Empire, le plus vindicatif et celui affiche le plus des positions de matamore. Par la suite, après la guerre de 1914-18, et l’indépendance de la Tchécoslovaquie, il évoluera dans un sens plus démocratique et abandonnera l’antisémitisme. C’est lui que vise la chanson.

 

En voilà une histoire, dit Lucien l’âne, mais comme je dis toujours, on ne saurait faire une histoire dans la raconter.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., mais de là à utiliser les médias – ici le journal « Vienne tchèque », pour raconter des histoires fausses, pour inventer des faits divers afin de déclencher et entretenir la haine, pour capitaliser des électeurs et des supporters sur le mensonge et la méchanceté, sur l’appel aux bas instincts, il y a une marge qu’il ne faut jamais franchir.

 

Oui, je vois de quoi parle la chanson, dit Lucien l’âne, avec cette histoire de la couturière tchèque violentée par son patron juif et social-démocrate en plus et une intrigue de romans populaires de cette époque. Des rumeurs comme ça, qu’est-ce que j’en ai entendues, on en invente tout le temps. C’est vraiment puant. Ça finit par des pogroms ou des émeutes et quand ça déborde, ce sont les guerres civiles ou internationales.

 

Avant de conclure, dit Marco Valdo M.I., il me semble que ce parti et son comportement sont en quelque sorte des précurseurs de partis qui se diront nationaux et affirmeront une forte connotation sociale, comme le Parti National Socialiste en Allemagne ou le Parti National Fasciste en Italie. Si l’on s’en tient à la chanson, on dirait qu’il a fait école, alors qu’on sait qu’en réalité, il s’inscrivait tout à fait bien parmi d’autres dans le courant nationaliste qu’on trouve partout en Europe à ce moment et même au-delà des océans.

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est quand même exemplatif, ça donne à penser et pourquoi ne pas le dire, à craindre, quand on voit ce qui se passe actuellement dans certains pays d’Europe et d’ailleurs. L’avenir va-t-il nous repasser les vieux plats ? En attendant ce qui sera, redisons le mot de Piero Calamandrei, à la fin de son épigramme « Lo Avrai camerata Kesselring ! » : « Ora e sempre, Resistenza ! » – « Maintenant et toujours : Résistance ! » et tissons le linceul de ce vieux monde national, brutal, déséquilibré mental, insensé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Chez les sauvages, il n’y a pas de parti ;

Chez les sauvages, on ne fait pas de politique.

Les gens civilisés ont des partis ;

Les gens civilisés font de la politique.

Chez nous, on a les sociaux-démocrates

Et le Parti National Social – tchèque,

Qui est différemment démocrate,

Qui à Vienne, publie « Vienne tchèque »

Avec l’œillet rouge et blanc sur le plastron,

Sa devise est : « Ne courbons pas le front. »

 

À « Vienne tchèque », organe national-social,

Le rédac-chef écrit son édito dans les cabinets,

Là où, dans sa solitude, il a la paix.

Il mène le combat sans cérémonial

Contre ces traîtres à la nation, que sont

Les sociaux-démocrates, vendus aux juifs ;

Le rédac-chef écrit aussi un feuilleton :

Une couturière est membre du Parti National-Social ;

Abusée, elle tue son chef juif ;

Il était social-démocrate, c’était fatal.

 

Après le meurtre de son séducteur,

La couturière va en prison ;

Elle accouche d’un garçon,

Confié à un oncle tuteur,

Un social-démocrate, évidemment,

Qui torture le pauvre enfant.

Mais un de nos frères le récupère,

Le ramène à Prague et puis,

L’enfant grandit au pays.

Dans le souvenir de sa mère.

 

L’homme du Parti National Social

Dit : « Ici, on mène le vrai combat social,

Du courage, de la volonté, du moral.

Frères tchèques, le Parti, c’est pas du mou ;

L’aubergiste est inscrit chez nous.

Voilà un porc bien cuit au saindoux.

De la bière et de vrais porcs tchèques,

Notre Parti National Social est en plein essor,

Frères tchèques, encore un effort ! 

Et Vienne sera bientôt tchèque. »

 

 

 Le Parti National Social
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Published by Marco Valdo M.I.
3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 17:49

L’ALLÉGRESSE

 

Version française – L’ALLÉGRESSE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson portugaise – Alegria – José Saramago – 1970 : #alegria – Teresa Salgueiro – 2019

Texte : José Saramago – 1970

Chanson : Teresa Salgueiro – 2019

L’ALLÉGRESSE

Amadeo de Souza-Cardoso – 1911

 

En 1970, José Saramago a publié son deuxième recueil de poèmes, intitulé Provavelmente alegria, ALLÉGRESSE PROBABLEMENT. Dans ce recueil, il a inclus un poème qui parlait – dans ce Portugal endormi, morose, émigré partout, écrasé par une dictature peut-être plus catholique que fasciste, penché sur les guerres coloniales – d’un droit inaliénable de l’homme : la joie. Je ne sais pas si nous sommes encore habitués à considérer la joie comme un droit, et même comme l’un des plus importants ; le fait est qu’elle est généralement l’une des plus piétinées, des plus opprimées, des plus brisées. Tout pouvoir – et j’ajouterais même, saramagiquement, toute “religion” – cultive une inimitié mortelle envers la Joie, et une amitié tout aussi mortelle envers la Mort. Habitués que nous sommes à esquiver les moments où nous nous sentons joyeux, à en avoir honte, d’ailleurs, et à ne pas oser en exprimer les accents parce que c’est un péché, un crime ou les deux, nous refusons catégoriquement ce droit, nous le craignons comme la peste bubonique et nous nous remettons entre les mains poilues de ceux qui exercent sagement cette forme d’esclavage subtil et barbare. En 2019, Teresa Salgueiro a dû remarquer tout cela ; elle dit qu’elle cherchait quelque chose qui parle de la joie pour y mettre une mélodie, et qu’elle l’a trouvée dans les vers de Saramago. Qui sont donc arrivés au port dans une chanson à laquelle Teresa Salgueiro a donné un titre avec le hashtag Twitter, #alegria, presque comme si elle voulait la diffuser par les moyens dont José Saramago n’aurait pas pu disposer il y a plus de 50 ans. Note textuelle : dans la chanson chantée, Teresa Salgueiro répète les strophes. Dans le texte qui suit, elles sont indiquées en retrait et en italique. [RV]


 


 

 

Dialogue maïeutique

 

C’est toujours la même chose, Lucien l’âne mon ami, pour déterminer le mot juste quand on passe d’une langue à une autre – ici, du portugais au français. Pourtant, il n’y a même pas de doute sur le sens, sur la qualité de l’objet, du sentiment en cause ; c’est juste qu’il y a plusieurs états à cet état.

 

Ohlala, dit Lucien l’âne, que tout ça m’a l’air tarabiscoté. Ne peux-tu en venir au fait, ce serait plus simple, ne penses-tu pas ?

 

Oui, non, peut-être, pas vraiment, répond Marco Valdo M.I., mais allons-y quand même. Le mot portugais est « alegria ». Comment le ressens-tu, comme ça, sans chercher plus loin ?

 

Qui ? Moi ?, dit Lucien l’âne. Sans plus réfléchir, je dirais : la joie, le plaisir, le contentement.

 

C’est bien ça, répond Marco Valdo M.I. ; sans réfléchir, tu m’en cites trois, sans même dire, l’allégresse qui est, à mon sens, le plus évident et sa transposition en français. Il faudrait y ajouter la gaîté, la gaieté, l’entrain, la vivacité, l’alacrité, la jouissance et la réjouissance, le ravissement, la jubilation, la félicité, le bonheur. Je m’arrêterai ici.

 

Moi, dit Lucien l’âne, j’y ajouterais le bien-être, la béatitude, le bien, la satisfaction, la bénédiction, le délice, la volupté, l’extase (et en son pas ultime, l’épectase), l’exaltation, le septième ciel, l’euphorie, le nirvana, l’enivrement, l’ivresse, la délectation, l’enchantement.

 

Restons-en là, Lucien l’âne mon ami, il y en a sans doute d’autres encore, mais tel n’est pas mon propos et encore moins celui de José Saramago, ni de Teresa Salgueiro.

 

J’imagine, dit Lucien l’âne, qu’il s’agit de tout ça à la fois.

 

Peut-être, reprend Marco Valdo M.I., et finalement, j’avais opté pour la joie et maintenant, d’avoir dialogué avec toi, de t’en parler, je penche définitivement pour l’allégresse. Le pire, c’est que le même genre de question se pose pour de nombreux mots. C’est d’ailleurs une des raisons qui font que primo, je ne propose jamais qu’une « version française » – parfois, plusieurs, et que secundo, j’évite également de commenter les versions faites par d’autres surtout quand il s’agit d’un texte qui s’affirme lui-même poétique.

 

Et, suggère Lucien l’âne, c’est souvent le cas dans la chanson.

 

Certes, ajoute Marco Valdo M.I., et je ne parle même pas de la place des mots, ni de l’ordre des phrases. C’est un fameux bazar, tu peux me croire. Sur le fond, quand même, deux mots pour dire que cette « allégresse » soit chantée par José Saramago est assez inattendu, car, comme tu le sais certainement, c’était un fervent de Fernando Pessoa, dont on sait le penchant vers la saudade, la mélancolie, la tristesse, la dépression. Là-dessus, je n’épiloguerai pas non plus, j’en ferais toute une histoire bourrée d’hétéronymes. Contentons-nous donc de l’allégresse, ce n’est pas si souvent qu’on la rencontre.

 

L’allégresse, dit Lucien l’âne, est notre seule terre d’exil. Ici, dans l’île de la Joie, petite, introuvable et infinie, nous vivons et nous rions en tissant le linceul de ce vieux monde ennuyeux, bruyant, adipeux, cirrhosé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Au loin, j’ouïs déjà les cris

Déjà, la voix de l’amour dit

L’allégresse du corps,

L’éclipse du mauvais sort.

 

Les vents déjà s’échauffent,

Déjà l’été débourse

Tant de fruits, tant de sources

Et le soleil nous réchauffe.

 

Je cueille le jasmin, déjà et le nard ;

Déjà, je mets mes colliers de roses

Et je danse entre les trottoirs

De prodigieuses danses.

 

Les sourires déjà s’amorcent,

Déjà, la ronde rompt les solitudes

Oh, la certitude des certitudes ;

Oh, l’allégresse des noces.

 

Je cueille le jasmin, déjà et le nard ;

Déjà, je mets mes colliers de roses

Et je danse jusque bien tard

De prodigieuses danses.

 

Les sourires déjà s’amorcent,

Déjà, la ronde rompt les certitudes ;

Oh, l'allégresse des solitudes ;

Oh, l’incertitude des noces.

 

 

L’ALLÉGRESSE
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Published by Marco Valdo M.I.
2 octobre 2021 6 02 /10 /octobre /2021 11:30
LE CROQUEMITAINE

 

Version française – LE CROQUEMITAINE – Marco Valdo M.I. – 2021
Chanson italienne – L’uomo neroCarmen Consoli – 2021
Album : Volevo fare la rockstar

 

LE CROQUEMITAINE

 

Encore moins rassurant est « L’homme noir », un personnage inquiétant qui voudrait se débarrasser des gays et des noirs, rêve du retour d’Hitler et des berceaux pleins avec un langage et une rhétorique vétéro-fascistes. Il le dit ironiquement : « La démocratie est un échec, une perte de temps, mieux vaut laisser une seule personne décider. J’étudie les chants de Balilla, je deviendrai un fasciste diplômé en souveraineté, mais hélas, je suis toujours un “démocrate”.

L’homme noir, Le croque-mitaine, souvent identifié à la figure de Babau, est une créature légendaire, un être amorphe, maléfique et sombre présent dans les traditions de différents pays. En Russie, il est connu sous le nom de Buka, en Hongrie sous le nom de Mumus ou Bubus, dans la région allemande sous le nom de Butzemann, aux États-Unis d’Amérique sous le nom de boogeyman (également orthographié bogeyman, boogyman ou bogyman). Dans les pays hispanophones, cette figure est connue sous le nom d’El Coco. Dans les pays francophones, il est connu sous le nom de croquemitaine.

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Commençons, Lucien l’âne mon ami, par le titre de la chanson, qui en italien est « L’uomo nero » et qui devrait se traduire tout à fait régulièrement par « L’homme noir ».

 

Oui, dit Lucien l’âne, je vois bien la difficulté ; il y a une ambiguïté, une amphibologie, un amphibole, un vague, une incertitude. Un « homme noir », soit, mais est-ce un homme à la peau noire ou foncée, un homme habillé de noir, un homme saoul, un jésuite, que sais-je ? Voilà le problème de ce titre.

 

Oui, et en plus, Lucien l’âne mon ami, il faudrait y ajouter tout le poids de cette nouvelle manie contemporaine du « politiquement correct ou incorrect » ou du « socialement correct ou incorrect » ou dans le cas qui nous occupe, on ne saurait échapper au « racialement correct ou incorrect » et donc, honneur aux dames, la question se pose de mettre ce nom au féminin. Pour éviter ces difficultés, j’ai utilisé le sens populaire de l’« uomo nero » en italien, celui en français de « croquemitaine », mot très avantageux, car il est pareil pour le masculin, le féminin, le plurisexe, le neutre et que sais-je encore – on en invente tous les jours ? De cette manière, on peut éviter aussi la question spéciste, c’est-à-dire du spécisme qui est une variante répandue du racisme.

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, on aurait pu traduire l’« être noir », ce qui aurait permis de n’exclure aucune espèce biologique. Mais qu’en sera-t-il demain avec les robots ? Revendiqueront-ils aussi qu’on les appelle autrement que de ce mot que d’aucun artificiel pourrait considérer comme infamant et exiger, comme le font actuellement certains, d’interdire les livres de Karel Čapek et d’Isaac Asimov ? On a déjà interdit et brûlé tant de livres.

 

Mais, Lucien l’âne mon ami, cet « être noir » aurait eu les mêmes inconvénients de genre que l’« homme noir » et puis, l’idée même qu’on utilise le mot « noir » est en soi insupportable à certains. Il faudrait occulter le noir. D’autant plus qu’on avait déjà fait une version française d’une chanson italienne et qu’on l’avait intitulée « L’homme en noir » ; souviens-toi, elle était de Brunori Sas, c’était elle aussi « L’uomo nero » Ainsi, le croquemitaine convient très bien. Encore que c’est une dénomination et un concept ancien que les nouvelles générations ne connaissent pas et ne reconnaissent pas. À propos du croquemitaine, qu’on ne rencontre plus trop de nos jours, je ne saurais trop conseiller d’aller voir ce qu’en dit Erik Jordan : Le croque-mitaine et autres monstres du monde.

 

Oh, répond Lucien l’âne, rien n’est moins sûr, car les croquemitaines eux-mêmes pourraient considérer qu’on les considère mal, qu’on les dévalorise et exiger l’abandon d’un tel usage de leur nom. Quel foutoir ! C’est pas pour dire, mais ne pourrait-on s’en tenir aux mots et aux langues tels qu’ils se sont constitués eux-mêmes à travers le temps. Ce ravalement de façades me semblent futiles et en même temps, terriblement lourds et imprécis.

 

C’est pourquoi, Lucien l’âne mon ami, étant grands partisans de la « liberté », je propose qu’en ce qui nous concerne, nous nous en tenions à nos habitudes.

 

Oh, dit Lucien l’âne en riant, la « liberté », elle est comme l’âne, elle a bon dos. Par exemple, pour nous les ânes et généralement tous les animaux, toutes les espèces sauf une, on considère d’un œil étonné le port du pantalon chez les hommes, qui a l’air d’être une obligation et être dès lors, un odieux attentat à la « liberté ».

 

D’accord, Lucien l’âne mon ami, je te comprends parfaitement, mais moi, sous nos latitudes, j’ai froid aux fesses sans pantalon. Mais je t’en prie, revenons à notre croquemitaine et je vais faire court en dévoilant que « l’uomo nero » qui sévit ici est identifiable et qu’il s’agit in fine du ou de la fasciste, noirs en raison de leur chemise, de leur uniforme et e qu’on ne voit pas immédiatement, de leurs intentions – toutes choses des plus noires. Pour le reste, on s’en reportera à la chanson.

 

En effet, Marco Valdo M.I., tenons-nous-en là et reprenons notre tâche qui est, je le rappelle, de tisser le linceul de ce vieux monde nationaliste, fasciste, sexiste, raciste, spéciste et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

J’ai un plan parfait dans ma tête

L’équilibre entre instinct et entendement

Un pied dehors, un pied dedans

Un coup au tonneau et puis un, au cercle.

 

Il me faudra décider, convaincre

Et puis, la peur fédère.

À outrance, je défendrai la frontière,

J’ai un arsenal de slogans pour vaincre.

 

Oh mein Führer, il est temps de revenir de l’enfer.

Plus aucun dissident, aucun pédé, aucun visage noir.

Audacieux avant-gardistes, il est temps de sortir du placard ;

Je suis votre chef, moi aussi, je suis un vrai Führer.

 

J’ai un plan parfait dans ma tête.

Le but suprême cautionne tous les moyens ;

Je suis l’homme qui convient,

L’antidote idéal à ce monde indompté et bête.

 

Il me faudra convaincre, il me faudra savoir

Avaler la boue pour survivre.

Les certitudes et les berceaux pleins vont revivre ;

Femme, tu pourras de nouveau honorer ton devoir.

 

Oh mein Führer, il est temps de revenir de l’enfer.

Éclopés, artistes, débauchés, faites vos bagages.

Avant-gardistes audacieux, il faut montrer notre visage.

Je suis votre chef, peut-être grossier, mais fier.

 

J’ai un plan parfait dans ma tête,

Un but stratégique, un coup décisoire.

Il me faudra convaincre, il me faudra savoir

Inventer un ennemi terrible, une tempête.

Cela peut sembler un choix fermé

De ne laisser qu’un seul parler.

 

Viens à nous, Grand Frère !

Laisse ta moustache au vestiaire.

Avec ta malignité et ton poing de fer,

Tu as su y faire.

Liquidons le Moyen Âge,

Moto et sac de couchage.

Je suis votre condottiere,

J’ai un évangile et de la rage

Et le cœur noir (Ah ah, la la la la la),

Noir (Ah ah, la la la la),

Noir (Ah ah, la la la la la).

 


 

LE CROQUEMITAINE
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Published by Marco Valdo M.I.
27 septembre 2021 1 27 /09 /septembre /2021 11:41
JEU DE FILLE



Version française – JEU DE FILLE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Gioco di bimbaLe Orme (Pagliuca-Tagliapietra) 1972


 


LA FILLE SUR LA BALANÇOIRE

Winslow Homer – 1879


 

Dialogue maïeutique

 

Voici une histoire, Lucien l’âne mon ami, une histoire ancienne et en même temps, une histoire d’aujourd’hui et dont je crains fort qu’il s’agisse encore d’une histoire de demain et même, d’une histoire de toujours.

 

Une histoire d’hier, une histoire d’aujourd’hui, une histoire de demain, une histoire de toujours ?, demande Lucien l’âne. Mais une histoire de quoi ? En somme de quoi s’agit-il ?

 

Pour le dire tout droit, sans fioriture, dit Marco Valdo M.I, c’est l’histoire d’un meurtre, l’histoire d’un assassinat et sans doute aussi, sans que cela soit dit d’un crime sexuel, d’un viol. Pourtant à entendre la chanson, on dirait une histoire rêveuse, qui pourrait – du moins au début – être une histoire heureuse et se révèle finalement tragique. Véritablement, c’est une histoire triste : l’histoire d’une fille que la mort vient chercher dans son sommeil somnambule, qu’un homme s’en vient surprendre et sans doute lui aussi pris dans son propre cauchemar, finit par assassiner la fille.

 

Oh, dit Lucien l’âne, cette histoire, ce Jeu de Fille me rappelle cette autre chanson dont nous avons déjà parlé ensemble, celle que chantait Isabelle Aubret et qui s’intitulait La Source.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., et je pense qu’il vaut mieux renvoyer au dialogue que l’on fit à cette occasion, car on n’a pas changé d’avis. Pour le reste, de façon générale, il vaut mieux laisser la chanson elle-même dire ce qu’elle sait et ce qu’elle ressent.

 

Bonne idée, continue Lucien l’âne, d’autant qu’il y faut un certain halo poétique pour évoquer plus que montrer crûment. Dans ce genre d’affaire, il convient de laisser flotter une sorte de brume afin d’atténuer l’horreur.

 

Qu’est-ce qui peut expliquer pareil comportement meurtrier ?, dit Marco Valdo M.I., véritablement, on ne sait. Mille choses, rien ? Et c’est bien là le problème et une chose est certaine, et c’est bien le pire, les « sanctions » ne résolvent rien et n’ont jamais empêché que ces horreurs se reproduisent ; la plupart du temps, avec d’autres acteurs et souvent, imprévisibles, inimaginables. Évidemment, ça ne rend pas ces brutalités plus supportables.

 

Comme je vois, et je m’en doutais depuis longtemps, dit Lucien l’âne, car j’ai toujours connu, tout au long de mon long périple, de tels malheurs et comme tu le dis, personne n’a jamais trouvé le moyen d’y mettre fin. C’est une étrange maladie qui touche l’humanité. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde brutal, absurde, dérangé, taré et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 

 

Les yeux clos, elle avance sans bruit,

Au pas d’une chanson magique

Et sur la balançoire, berce ses rêves.


Avec son long peignoir, son visage de lait,

Les rayons de lune sur ses cheveux épais,

Parmi les fleurs, la poupée de cire détonne,

Les feux follets jaloux l’espionnent.

 

Elle se balance, le vent la prend pour une voile.

Égrenant ses vœux, elle cueille les étoiles.

Du mur, se détache une ombre furtive.

Dans ce jeu d’enfant, une femme s’esquive.

 

Un cri le matin au milieu de la rue,

Un homme en morceaux invoque les nues.

Il répète d’une voix à jamais éperdue,

« Je ne voulais pas l’éveiller comme ça.

Je ne voulais pas l’éveiller comme ça. »

JEU DE FILLE
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Published by Marco Valdo M.I.
24 septembre 2021 5 24 /09 /septembre /2021 10:28
LE DERNIER SOURIRE

 

Version française – LE DERNIER SOURIRE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Ultima risataAlessio Lega2021

 

Paroles et musique : Alessio Lega
Video : Raffaele Rago

TG Suite – La Cronaca Cantata, bando « Open City 2021"
Comune di Scandicci

 

LA MORT

D'après Paul Kidby – 2014


Dédiée au comique afghan Khasha Zwan.


 

Dialogue maïeutique

 

Je vais commencer notre petit dialogue maïeutique, autant dire « accoucheur de pensée » par une citation, dont je laisserai à chacun le soin de l’interpréter par rapport à l’assassinat qu’évoque la chanson. Pour ta gouverne, je rappelle que fin juillet 2021, le citoyen afghan Fazal Mohammad, mieux connu par ses fans sous le nom de « Khasha Zwan », était assassiné par les talibans. C’était un humoriste, un comique, un homme plein d’ironie et de rire et comme pour les amis de Charlie-hebdo, c’était ce que lui reprochaient fondamentalement les talibans.

 

Ah, dit Lucien l’âne, ces talibans, ce sont des bouchers.

 

Tu ne crois pas si bien dire, Lucien l’âne mon ami. Voici maintenant ma citation, elle fut écrite en 1937 par Jacques Prévert, pour le dialogue d’un film intitulé Drôle de Drame.

 

Pour un drôle de drame, c’est un drôle de drame. Avec tout ce qui se passe en Afghanistan, c’est le cas de le dire, dit Lucien l’âne.

 

Donc, reprend Marco Valdo M.I., la citation – c’est William Kramps, le tueur de bouchers qui parle :

 

« Vous comprenez : moi, dans le fond, ça m’arrange de tuer les bouchers parce que – de ma nature, je suis plutôt sensible ; je n’ai jamais fait de mal à une mouche. J’aime bien les bêtes, j’ai une passion pour les animaux tandis que les bouchers, eux, ils les tuent les animaux. Alors moi, je tue les bouchers. Et puis, je leur prends leur argent aux bouchers, puisqu’ils tuent les animaux et que moi, je les aime les animaux, je n’ai pas de remords, vous comprenez. Un peu d’argent, un boucher de temps en temps, un peu de soleil et un peu d’amour. »

 

Si j’ai bonne mémoire, dit Lucien l’âne, l’acteur qui joue le rôle de William Kramps est Jean-Louis Barrault. Et bien évidemment, je vois très clairement qui sont les bouchers quand il s’agit d’imposer la religion. Et j’en sais quelque chose, moi qui parcours le monde depuis la plus haute Antiquité ; j’ai toujours vu les massacres et les exactions perpétrées au nom des religions, des croyances, des dogmes et autres hallucinations.

 

C’est bien Jean-Louis Barrault - Jean-Louis Barrault qui dit Moi, je tue les bouchers. Tout ça, dit Marco Valdo M.I., c’était pour introduire la chanson d’Alessio Lega et la version française que je viens de finir. Là aussi, il convient d’interpréter et de réfléchir doublement. Cela dit, il est possible que la version française soit légèrement décalée par rapport à la chanson italienne ; mais c’est le cas de quasiment toutes les versions. Celle-ci est assez fidèle cependant.

 

À voir le nombre de chansons d’Alessio Lega que nous avons déjà vues ici, il n’y a pas à s’y tromper ; nous on doit partager une certaine vision des choses avec lui. Cela dit, la chanson, que dit-elle ?, demande Lucien l’âne. En substance.

 

Elle se présente comme une mise en scène, répond Marco Valdo M.I. ; comme la mise en scène de la dernière scène d’un artiste comique, conscient de ce qui l’attend. Lue ainsi, la première strophe est terrible :

 

« Comme c’est la fin bientôt

De ce spectacle bien minuté,

Avant de vous quitter

Et de disparaître derrière le rideau ».

 

Effectivement, dit Lucien l’âne. Tout est dit ou presque.

 

La fin aussi, Lucien l’âne mon ami, est grande d’effroi et glaçante. La mort, en burqa, vient chercher l’artiste et derrière son paravent, la dame en noir sourit. Enfin, l’acteur aime à le penser.

 

« Elle a fait un seul signe de tête encor

Elle a dit “Hop là” et j’étais déjà mort.

Ici, les femmes ont un visage secret

Pourtant, j’ai cru qu’elle me souriait.

 

Mais de ses yeux, j’aurais dit

Qu’elle me sourit. »

 

Si je comprends bien, dit Lucien l’âne, entre ces deux strophes, il y a le reste de la chanson.

 

Exactement, enchaîne Marco Valdo M.I., et comme il en va d’ordinaire ici, on le laissera dans l’ombre afin que chacun puisse en faire sa religion.

 

Très drôle, dit Lucien l’âne, ce « en faire sa religion » ; un paradoxe comique pour nous qui somme athées, anticléricaux et obstinément irréligieux ; le tout, par souci de liberté. En ce qui concerne d’ailleurs, ça fait des siècles que je fuis à travers le monde ceux qui voudraient me contraindre à leurs pratiques. Dès lors, tissons le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, religieux, oppressant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Comme c’est la fin bientôt

De ce spectacle bien minuté,

Avant de vous quitter

Et de disparaître derrière le rideau,


Je voudrais remercier déjà

Tous les acteurs de ce gala.

On se reverra, si on ne meurt pas ;

Si de rire, vous ne mourez pas


Avant mon dernier rire, avant.

 

Pour l’heure, en bas, une voiture m’attend

Avec quatre types barbus et armés.

Ils friment, mais ce sont des gens pressés.

Qui sait si les bourreaux sont payés à présent ?

 

Quelle belle escorte ! Quelle grande finale !

Pour un comédien afghan inconnu.

Ma vidéo devient virale,

Moi, je suis n’y suis déjà plus.

 

Sur vos écrans, je suis parti depuis longtemps.

 

Plus généralement, grâce aux Talibans

Avec leurs fusils tordus ?

Le monde entier s’en fout complètement,

Mais quelqu’un les leur a vendus

 

Avec trois grenades, ils font une friture

D’un aéroport et deux bouddhas.

Je pense à Mahomet, le pauvre gars

Avec ses fanatiques, de vraies ordures.


Qui sait s’il condamne ces ordures ?

 

Et je remercie aussi les Américains

Qui sont partis d’ici avant-hier ;

Depuis vingt ans, nous attendons le lendemain

Dans la paix des cimetières.

 

Comme un cadeau, ils nous ont envoyé

Leur belle démocratie si renommée

Emballée comme la théière de leur mémé,

Toute neuve, on dirait qu’elle n’a jamais été utilisée.


Tellement neuve, on ne l’a jamais utilisée.

 

Grâce à la mort sous burqa, quelle finale !

Pour me trancher la gorge, elle était devant moi :

J’ai dit : « Attention à la lame – elle est sale ».

Je n’ai pu dire que ça, car le temps avait fui déjà.

 

Elle a fait un seul signe de tête encor

Elle a dit “Hop là” et j’étais déjà mort.

Ici, les femmes ont un visage secret

Pourtant, j’ai cru qu’elle me souriait.

 

Mais de ses yeux, j’aurais dit

Qu’elle me sourit.

LE DERNIER SOURIRE
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18 septembre 2021 6 18 /09 /septembre /2021 18:01
LA CHANSON DU SOLDAT

 

Version française – LA CHANSON DU SOLDAT – Marco Valdo M.I. – 2021

d’après la version italienne – CANZONE DEL SOLDATO de Riccardo Gullotta2020

D’une chanson arménienne – Մարտիկի ԵրգըAshot Satyan / աշոտ սաթյան – ca. 1943

 

Poème : Gegham Saryan [Գեղամ Սարյան]

Musique : Ashot Satyan [աշոտ սաթյան]

Interprètes : 1. Arpenik Hakobyan [Արփենիկ Հակոբյան] – 2. SHANT TV, épisode Sahmanin [Սահմանին] /Al confine, 2016 – 3. Harutyun Mkrtchyan – 4. Carmen Balian
 

ARMÉNIE

Martiros Sarian – 1923

 

 

 

Le monument « Jamais plus de guerre »

 

Le monument a été érigé dans le parc de la Victoire à Erevan en 1975, à l’occasion du 30ᵉ anniversaire de la victoire dans la Seconde Guerre mondiale. Sur une plaque sont gravés les mots en arménien et en russe. Sur une population de 1,5 million d’habitants, 500 000 Arméniens ont combattu dans l’armée soviétique contre les Allemands. Environ la moitié ont été tués ou ont disparu. À titre de comparaison, l’armée américaine a compté 400 000 victimes sur une population de 130 millions d’habitants.

Vahan Khachikyan, le sculpteur de l’œuvre, n’a pas pu assister à l’inauguration. Il est mort dans un accident peu avant, à l’âge de 24 ans.

Aujourd’hui, le monument est dans un état de délabrement. Les proches du sculpteur l’entretiennent tant bien que mal. On n’en parle plus ; il figure sur la liste des reliques soviétiques gênantes. Peu de gens prêtent attention à son histoire et à sa signification.

La chanson

La chanson a été composée pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle était intitulé Karot [Կարոտ] / désir, d’après le livre de poèmes du même nom de Gegham Saryan. Quelque temps plus tard, le titre a été modifié pour devenir le titre actuel, La Chanson du Soldat.

Le poète Gegham Saryan

Son nom de naissance était Gegham Baghdasaryan. Il est né à Tabriz, en Iran, en 1902. Il a déménagé à Gyumri en Arménie à l’âge de vingt ans. Il a publié plus de 40 ouvrages de poésie. Il est décédé en 1976 à Erevan.


 


 

 

Je veux rentrer en avion chez moi,

Là, ma mère veillera sur moi,

Et je reverrai le ruisselet

Qui tant me manquait,

Qui au printemps recréera

De ses eaux cristallines

Des montagnes, la douce cavatine.


J’irai à la source m’agenouiller

Dans les pâtures me coucher ;

Comme me manquent ces eaux fraîchies

Et les fleurs aux suaves fragrances,

Et nos vertes prairies,

Où dans mon enfance

Les vents m’ont embrassé !


Si je ne tombe pas en me battant,

Le pays natal au cœur,

Très chère maman,

Je reviendrai certainement

Et je te réveillerai, sur l’heure,

D’un baiser plein de douceur

Et je te serrerai fort, maman.

 

Très chère maman,

Je reviendrai certainement

Et je te réveillerai, sur l’heure,

D’un baiser plein de douceur

Et je te serrerai fort, maman.

 

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17 septembre 2021 5 17 /09 /septembre /2021 13:05

 

Le Monde des Animaux

 

Chanson française – Le Monde des Animaux – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

 

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 – La Prise de Monastir ; Épisode 6 – La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans ; Épisode 8 – Le Premier Chrétien ; Épisode 9 – Le Provocateur ; Épisode 10 La Victoire morale ; Épisode 11 – Le Parti et ses Partisans ;

 

Épisode 12

 

 

 

LES DEUX SINGES ENCHAÎNÉS

 

Pieter Bruegel l’Ancien – 1562

 

 

Dialogue maïeutique

 

Le Monde des Animaux, Lucien l’âne mon ami, n’est cette fois, pas un documentaire animalier cinématographique, ni télévisé, ni vidéolisé, mais bien un journal illustré publié à Prague, qui, je te le rappelle, se trouvait encore à l’époque dans l’Empire austro-hongrois ; on était au début du XXᵉ siècle. Comme quoi, les animaux ont toujours été des sujets de publication pour un large public.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ça ne m’étonne pas. Cependant, je serais bien incapable de dire quel fut le premier journal du genre, en quel pays et à quel moment. En tout cas, je pense que compte tenu la nécessaire technique d’impression en grand nombre et des photographies, il faut imaginer que ce ne peut être avant la moitié du XIXᵉ siècle. C’est lié du journal à grand tirage lui-même. Mais on n’est pas là pour faire de l’encyclopédisme technologique. Tout ça est fort bien, mais encore ?

 

Tout juste, Lucien l’âne mon ami. J’en viens donc à la chanson et à ce Monde des Animaux en ce qu’il a marqué l’aventure politique de Jaroslav Hašek et son Parti. Comme il le dit lui-même, le Monde des Animaux fut son école politique ; une terrible école de réalisme, comme on le découvre dans la description (par la chanson) de ce journal où quasiment tout est faux, copié, volé, plagié. En cela, il a raison de se prétendre : « le magazine national unique ». Bien sûr, comme toujours avec l’auteur de Chveik, il faut lire entre les lignes et au-delà du mur de la dérision.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je vois ; c’est ce même Jaroslav Hašek dont tu déclaras dans notre dialogue à propos de La Chanson de Chveik le soldat :

 

« Chveik serait une sorte de bombe à comique ».

 

Oui, celui-là même, répond Marco Valdo M.I. ; celui-là même aussi qui de rédacteur au Monde des Animaux passe à la politique et crée le Parti, dont on s’occupe présentement ici.

 

« Avant de créer le Parti, j’ai appris la vie

À la grande école de la tromperie,

Comme rédacteur au Monde des Animaux »

 

Il avait transporté au Parti la devise du Monde des Animaux. Une bonne devise au demeurant et toujours efficace, surtout dans les affaires, le commerce et la politique.

 

 

Oui, je pense bien qu’il s’agit de lui, dit Lucien l’âne, mais au fait, quelle est donc cette fameuse devise ?

 

Oh, dit Marco Valdo M.I., elle vaut la peine d’être connue et répercutée de par le monde :

 

« Dis toujours du bien de toi ! »

 

En effet, il n’y a pas mieux, dit Lucien l’âne, pour se faire voir et se faire apprécier du public. C’est un slogan fort rentable. Quant à nous, de nous, nous ne dirons rien de semblable. Ça n’a aucun intérêt et c’est d’ailleurs strictement inutile. On n’ambitionne rien, on n’a rien à demander, on n’a rien à vendre et puis, dans le fond, comme disait notre grand-mère, on s’en fout et elle ajoutait même, « Je m’en fous tellement, que je m’en fous ! » Nous, c’est pareil. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde intéressé, agité, ambitieux, merveilleux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Dans la grande école de la vie, le politique

Doit apprendre à berner les citoyens.

Il faut savoir se salir les mains,

Car tout n’est pas propre en politique.

Dans les tavernes, le politique sourit

À l’électeur, le salue et lui dit

Son très vif intérêt en deux mots

Et pressé, s’en va vers d’autres pots.

Comme citoyen, au bistrot, ce qui plaît

Au politique, c’est qu’on lui foute la paix.

 

 

Avant de créer le Parti, j’ai appris la vie

À la grande école de la tromperie,

Comme rédacteur au Monde des Animaux,

Là, on vit de l’innocence des animaux

On vit là de la crédulité des gens.

Le patron criait, mentait, faisait semblant ;

En politique, le patron serait au moins député.

Le patron est mort, il faut en dire du bien.

Le patron me considérait comme un chien,

Moi, je considérais le patron comme un âne bâté.

 

 

Le Monde des Animaux est très populaire,

Il ne contient rien d’extraordinaire.

Tout est découpé de journaux étrangers,

Sauf les animaux rares qu’on a inventés.

C’est le magazine national unique.

Au Monde des Animaux, on dupait la terre entière.

On écrivait l’histoire des chiens prolétaires

Crevant de faim, battus, faméliques.

Sa devise : « Dis toujours du bien de toi ! »

Est celle du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi.

 

 

À propos d’animaux rares,

Le parti avait trois ailes.

Dans chacune d’elles, on savait boire.

La première au restaurant La Chandelle

Pratiquait la gastronomie politique

Et sirotait les alcools, les spiritueux et les vins.

On y vit le procureur de la future république.

Au Café Slave, la seconde entonnait les bières sans faim.

Au Litre d’Or, chez la troisième, en une puissante unité

Confluaient les trois courants en une convaincante ébriété.

Le Monde des Animaux
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Published by Marco Valdo M.I.
11 septembre 2021 6 11 /09 /septembre /2021 19:05

 

Le Parti et ses Partisans

 

Chanson française – Le Parti et ses Partisans – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

 

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 – La Prise de Monastir ; Épisode 6 – La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans ; Épisode 8 – Le Premier Chrétien ; Épisode 9 – Le Provocateur ; Épisode 10 La Victoire morale ;

 

 

Épisode 11

LA TAVERNE

 

Bohumil Kubišta – 1910

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Souviens-toi, Lucien l’âne mon ami, dans cette histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi, on en était resté à la tentative de confrontation démocratique et pacifique des idées avec le Parti National-Social lors d’un meeting de ce dernier. L’affaire s’était terminée par l’expulsion brutale des contradicteurs et même, de leur passage à tabac. Chose qui avait été baptisée justement la victoire morale.

 

Je me souviens parfaitement de ça, dit Lucien l’âne, et cette conclusion réaliste :

« Aux partisans, il faut souvent des soins urgents.

Sauf accident, un parti débutant vaincra moralement. »

 

Fort bien, dit Marco Valdo M.I. ; alors, il ne me faut pas expliquer ce qu’est une victoire morale et sa signification profonde. Ainsi, suite à cette première victoire morale, les membres du Parti, au nombre de sept, se replient sur leur quartier-général-refuge, l’auberge du Litre d’Or pour un moment de répit mérité.

 

Et puis, après ?, demande Lucien l’âne.

 

Après, répond Marco Valdo M.I., la chanson en profite pour présenter quelques-uns des partisans, qui, note le en passant, se révèlent tous être des anarchistes. Comme quoi, il y a eu aussi des partis anarchistes, dont celui-ci dont on s’apercevra qu’il est quand même fort différent des partis classiques. On y découvre Mahen – Jiří Mahen, de son vrai nom Antonín Vančura, poète et dramaturge, qui plus tard, sous la république tchèque, deviendra metteur en scène et directeur du Théâtre national de Brno ; il se suicidera en 1939 à l’entrée des armées nazies en Tchécoslovaquie. On y rencontre le poète et cabarettiste Joseph Mach, plus tard également écrivain, homme de théâtre et de cinéma ; il est l’auteur de l’« hymne » du Parti. Enfin on croise un commissaire de police qui persuade le conteur de l’histoire, président-fondateur du Parti, Jaroslav Hašek de laisser son emploi de rédacteur dans le journal anarchiste « La Commune ». C’est à la suite de cette intervention, venue d’en haut, qu’il entre au journal « Le Monde des Animaux » et fonde le Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi.

 

 

Oh, dit Lucien l’âne, il n’y a là rien d’étonnant. Si je me souviens bien, toi-même, tu fus l’inspirateur du parti de Blanche Neige et des Sept Nains, qui connut aussi une étonnante victoire morale lorsqu’il se présenta (sans toi) aux élections et Pierre Dac et Francis Blanche avaient bien créé Le Parti d’en Rire. Par ailleurs, ce commissaire n’a pas vraiment tort. À mon sens, c’est à nouveau, l’histoire de la baleine ; elle peut désavouer et maudire la mer, il lui faut pourtant s’y mouvoir et jouer son rôle de baleine. C’est pareil pour les ânes, je dois le dire. Maintenant, je suis curieux de connaître la suite de cette aventure politique. En attendant que tu la composes, tissons le linceul de ce vieux monde anarchiste, monarchiste, turfiste, fasciste et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Après son écrasante victoire morale,

Le Parti reforma ses rangs à l’écart,

Derrière la maison communale.

Avec nos yeux au beurre noir,

On avait l’air de conspirateurs.

Pour panser nos douleurs,

Le poète Josef Mach dit alors :

« L’ardeur pousse au combat politique,

On la puise au fond d’une barrique. »

Ainsi, on rentra au Litre d’Or.

 

Il y avait au Parti toutes sortes d’adhérents :

Des journalistes, des étudiants, des artisans.

Mahen était un chaud partisan.

C’était un anarchiste, oralement ;

À plein temps, il philosophait.

Implacable contre tous les tyrans,

Il les dénonçait, il les condamnait.

Au nom de la Raison, il les mettait au ban.

Mahen était à la société entière,

Ce qu’à la Révolution, était Robespierre.

 

Notre Parti était truffé de libertaires :

Josef Mach, le jour, était un poète discret,

Le soir, il chansonnait dans les cabarets.

Jiří Mahen, dans le théâtre, faisait carrière ;

C’étaient des artistes, moi, j’étais journaliste,

Le commissaire, père d’un ami, m’avertit.

La police d’État de Vienne vous tient pour anarchiste.

Être anarchiste est donc interdit ?

Pas du tout, mais c’est gênant.

Pour vous, pour votre frère et pour vos parents.

 

Moi aussi, j’ai connu ça, dit le conseiller ;

Moi aussi, j’ai été révolté,

Mais depuis, je suis devenu monarchiste.

Voyez, maintenant, j’ai un bon métier.

Quittez la Commune, ce journal anarchiste.

Vous y gagnerez, croyez-moi.

Ainsi, j’ai fondé le Parti pour un Progrès modéré

Dans les Limites de la Loi.

Ainsi, j’écris dans Le Monde des Animaux.

Ainsi, je me conforme aux ordres d’en haut.

 

 

 

 Le Parti et ses Partisans
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Published by Marco Valdo M.I.

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