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7 décembre 2021 2 07 /12 /décembre /2021 11:30

 

LE REFRAIN DE LA MISÈRE


 

Chanson française – LE REFRAIN DE LA MISÈRE – Marco Valdo M.I. – 2021

 

d’après la version italienne IL CANTORE DELLA MISERIA de Flavio Poltronieri (2021)

et la version livournaise Cantà la miseria de l’Anonimo Toscano del XXI Secolo (2021)

de la chanson en yiddish – Der zinger fun noytMordkhe Gebirtig [Mordechai Gebirtig] / מרדכי געבירטיגca 1940.

 

 

LE CHANTEUR DE RUE

 

Jean Veber – 1902

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Au travers de versions en cascade, dit Marco Valdo M.I., cette chanson, comme toute chanson qui hérite de versions, sinue autour du sens premier, celui de l’œuvre d’origine, et je n’affirmerais pas que c’est une mauvaise chose.

 

J’imagine volontiers, répond Lucien l’âne, d’autant que toi comme moi, on est persuadés que la nouvelle version à peine née est une autre nouvelle chanson et ce n’est pas la réalité qui nous démentira. C’est d’ailleurs ainsi également que se créent les odyssées, les épopées, les romans, les pièces de théâtre. L’emprunt, la transformation, la métamorphose, l’agglutination sont les modes de création du nouveau. Ainsi en va-t-il par exemple de certaines pièces de Shakespeare qui sont tirées quasi directement d’œuvres italiennes contemporaines – mais forcément, un peu antérieures. On se demande comment un gars de la campagne anglaise, issu de la petite bourgade de Stratford à 150 km de Londres, en a eu connaissance sans connaître les divers « italiens », sans connaître la littérature italienne, sans avoir été en Italie et n’a laissé aucune bibliothèque personnelle.

 

Là, Lucien l’âne mon ami, tu t’égares au-delà du mystère des histoires qui passent d’une langue à l’autre, d’une culture à une autre et des versions qui en découlent. Cette parenthèse, sans aucun doute fondée, n’a rien à voir ; ici, il est question d’un chanteur des rues et pas d’un dramaturge lettré et polyglotte du temps d’Élisabeth. Donc, pour ce qui est de la chanson, je veux parler de ma version en langue française, elle est issue de la chaîne suivante :

— la chanson originelle en yiddish : Der zinger fun noyt – Mordkhe Gebirtig [Mordechai Gebirtig] / מרדכי געבירטיג – ça 1940 ; je rappelle au passage que Mordechai Gebirtig est un poète juif, assassiné par un SS à Cracovie en juin 1942.

— la version italienne IL CANTORE DELLA MISERIA de Flavio Poltronieri – 2021 ;

— la version livournaise Cantà la miseria de l’Anonimo Toscano del XXI Secolo (2021), elle tirée d’une adaptation anglaise de Daniel Kahn, etc.

Et toutes ces versions varient les unes par rapport aux autres ; si on veut s’en tenir à l’idée de version, on en a ajouté une. Cependant, je reste sur l’idée que c’est une chanson à part entière et que comme l’enfant issu d’une certaine famille, peut connaître sa personnalité propre et son destin particulier. D’une part, on ne peut le réduire à être le descendant de ; d’autre part, il est potentiellement l’ascendant de ; et in fine, nul ne peut deviner où son destin le mènera.

 

Peut-être, dit Lucien l’âne, très loin de ses ancêtres. Mais la chanson ?

 

Oh, reprend Marco Valdo M.I., l’histoire qu’elle raconte est simple et il n’est pas nécessaire de la raconter ; elle la raconte très bien elle-même et puis, c’est là qu’elle trouve son sens, son but et son rôle.

 

En effet, dit Lucien l’âne, sinon pourquoi existerait-elle ? Et puis, ce serait lui ôter le pain de la bouche.

 

Un dernier mot pourtant, dit Marco Valdo M.I., pour attirer l’attention sur un vers de la version française, car il renvoie à une chanson française qui mériterait d’être mieux connue, car elle aussi est à vous fendre le cœur. Il s’agit du deuxième vers de la deuxième strophe :

 

« Les fortunés n’ont aucune envie de t’aider :

Les culs cousus d’or sont bouchés,

Les rassasiés n’ont que faire de ta douleur,

Les gavés se foutent de tes malheurs. »

 

qui renvoie volontairement aux Croquants, chanson de Georges Brassens où paraissent les « culs cousus d’or ».

 

Soit, dit Lucien l’âne, va pour les culs cousus d’or et peut-être qu’un jour, on prendra le temps de dialoguer autour de l’histoire de Lisa et de ces Croquants. En attendant, tissons le linceul de ce vieux monde cousu d’or, gavé, bouché, fortuné, rassasié, balèze, obèse et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Pauvre chanteur fou,

Ton refrain ne vaut pas un clou.

De tes chants, on s’en fiche

Dans les cours des riches.

 

Les fortunés n’ont aucune envie de t’aider :

Les culs cousus d’or sont bouchés,

Les rassasiés n’ont que faire de ta douleur,

Les gavés se foutent de tes malheurs.

 

Si tu veux te faire entendre,

Si tu veux quelques ronds,

Va dans les cours des pauvres

Leur seriner ta chanson.

 

Chante-leur la misère,

Le refrain triste du besoin,

Les sombres et sales recoins

la mort est reine-mère.

 

Chante les enfants maigres et tordus,

Affamés de vivre et de sourire,

Enfants perdus avant de rire,

Morts avant d’avoir vécu.

 

Chante-leur demain

De ta voix, ton refrain,

Ton long cri douloureux,

Ta chanson écrite pour eux.
 

LE REFRAIN DE LA MISÈRE
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Published by Marco Valdo M.I.

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