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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 22:28

LE VIOL

 

Version française – LE VIOL – Marco Valdo M.I. – 2013

Monologue italien – Lo stupro – Franca Rame – 1981

 

Texte de Franca Rame.
Publié dans "Quotidiano Donna" « Quotidien Femme » en 1973
Ensuite monologue théâtral, « Le Viol », en 1981.

 

 

 

 


 

 

 

 

Franca Rame est disparue ce 29 mai 2013, à l'âge de 84 ans. Ce maudit mois de mai semble ne vouloir jamais finir.

 

En 1973, Franca Rame fut enlevée et violée par un groupe de fascistes. Le fascisme signifie exactement ceci, sans ultérieures et inutiles précisions : le viol de l’intelligence, du courage et de la combativité par des moyens bestiaux. Les fascistes violent une femme de la même manière dont ils violent l'Histoire.

 

Franca Rame eut le courage de l'écrire, de le raconter, de le réciter en public. Pour que tous sachent ce que ça signifie.

 

Ses violeurs ont subi une procédure pénale arrivée à son terme après vingt-cinq ans et, donc, tombée sous le coup de la prescription.

 

Au dernier jour de sa vie, nous voulons la saluer en reproposant ce morceau terrible, et vrai. [CCG/AWS Staff]

 

 

 

Finalement, Lucien l'âne mon ami, nous y voici... Je connaissais le texte du « stupro » de Franca Rame, je connaissais son histoire... Et bien, il faut que je te dise, que j'ose avouer que je n'avais jamais osé le traduire... C'était trop dur. Et puis, j'avais comme une sorte de réticence morale à le faire.

Mais à présent qu'il est là dans les Chansons contre la Guerre, dans cette rubrique consacrée à la violence contre les femmes... Je n'ai plus aucune réticence à en faire une traduction, une version française. Sans doute a-t-il été déjà traduit mille fois, sans doute y a-t-il de meilleures versions françaises, mais qu'importe... Voici la mienne. Hommage à cette grande dame et honte, mille fois honte à ces fascistes... Oh, avec un réflexe de langage, j'allais dire ces bêtes... mais ce n'était pas le bon mot, pas le mot qui convenait... Car aucune bête, même et surtout sauvage, ne ferait ce que ces imbéciles ont fait. Ils n'étaient pas qu'imbéciles... Ils étaient imbéciles et fascistes... Car un imbécile normal ne ferait jamais ce qu'ils ont fait.

Ce ne pouvait être que des imbéciles, imbéciles parce que fascistes. Ce viol politique de Franca Rame était comme une réminiscence de ce qu'ils avaient fait – les fascistes, ces imbéciles, pendant le ventennio à l'Italie, à la population italienne, aux populations grecques, albanaises, libyennes, éthiopiennes... Ce que leurs alliés nazis avaient fait au poète Mühsam, ce qu'ils avaient fait aux anarchistes, aux socialistes, aux opposants de tous bords... À tous ceux de quelque origine qu'ils fussent, qu'ils ont jetés dans les camps, qu'ils ont torturés et fait disparaître de mille façons...

Je n'en dirai pas plus.

 

Tu as raison, le départ de Franca Rame : c'est jour de silence, c'est une nuit de silence, un silence dans la nuit.

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Le viol

 

 

Au centre de l'espace scénique vide, une chaise.

 

PROLOGUE

 

FRANCA RAME : Encore aujourd'hui, vraiment pour l’imbécile mentalité courante, une femme ne convainc vraiment d'avoir été violée contre sa volonté, que si elle a la « chance » de se présenter aux autorités compétentes - battue et sanglante, si elle se présente morte, c'est mieux ! Un cadavre avec des signes de viol et de sévices donne plus de garanties. Cette dernière semaine, au tribunal de Rome, sont arrivées sept dénonciations de viol.

Des étudiantes attaquées pendant qu'elles allaient à école, une malade attaquée à l'hôpital, des femmes séparées massacrées par des maris, sûrs de leurs bons droits. Mais le fait plus obscène est le rite terroriste auquel des policiers, des médecins, des juges, des avocats de la partie adverse soumettent une femme, victime de viol, lorsque celle-ci se présente dans les lieux compétents pour demander justice, avec l'illusion de pouvoir l'obtenir. Ce que je vous lis est la transcription du procès-verbal d'un interrogatoire pendant un procès pour viol, c'est tout entier un dégueulasse et ricanant rite de dérision.

 

LE MÉDECIN

Dites, mademoiselle, ou madame, pendant l'agression avez-vous éprouvé seulement du dégoût ou aussi un certain plaisir… une inconsciente satisfaction ?

 

LE POLICIER

Ne vous êtes-vous pas sentie flattée que tant d'hommes, quatre à ce qu'il semble, tous ensemble, vous désiraient tant, avec une si dure passion ?

 

LE JUGE

Êtes-vous restée toujours passive ou à un certain point avez-vous participé ?

 

LE MÉDECIN

Vous êtes vous sentie excitée ? Impliquée ?

 

L'AVOCAT DÉFENSEUR des VIOLEURS

Avez-vous senti que vous mouilliez ?

 

LE JUGE

N'avez-vous pas pensé que vos gémissements, dus certes à la souffrance, pouvaient être compris comme des expressions de jouissance ?

 

LE POLICIER

Avez-vous joui ?

 

LE MÉDECIN

Avez-vous atteint l'orgasme ?

 

L'AVOCAT

Si oui, combien de fois ?

 

Le morceau que je vais interpréter maintenant a été tiré d'un témoignage paru dans le « Quotidien Femme », témoignage que vous rapporte textuellement.

 

Elle s'assied sur l'unique chaise posée au centre de la scène.

 

FRANCA

 

Il y a une radio qui joue… mais je l'entends seulement un peu après. Seulement un peu après, je me rends compte qu'il y a quelqu'un qui chante. Oui, c'est une radio. Musique légère : ciel étoiles coeur amour… amour…

J'ai un genou, un seul, planté dans le dos… comme si celui est derrière moi tenait l'autre appuyé par terre… avec ses mains, il tient les miennes, fort, en me les tournant à l'envers. La gauche en particulier.

Je ne sais pas pourquoi, je me mets à penser qu'il est peut-être gaucher. Je ne comprends rien à ce qui m'arrive.

J'ai sur moi l'épouvante de quelqu'un qui est en train de perdre son cerveau, sa voix… ses mots. Je prends conscience des choses, avec une incroyable lenteur… Dieu, quelle confusion ! Comment suis-je montée dans cette camionnette ? Ai-je levé les jambes, l'une après l'autre, poussée par eux ou m'ont-ils chargée, en me soulevant comme un sac ?

Je ne le sais pas.

Il y a mon coeur, qui bat si fort contre mes côtes, qui m'empêche de raisonner… il y a ce mal à la main gauche, qui devient vraiment insupportable. Pourquoi me la tordent-ils tant ? Je ne tente aucun mouvement. Je suis congelée.

Maintenant, celui qui est derrière moi n'appuie plus son genou contre mon dos… s'est assis confortablement… et il me tient entre ses jambes… fortement… par derrière… comme on faisait il y a des années, lorsque on enlevait les amygdales aux enfants.

L'image qui me vient à l'esprit, c'est cela. Pourquoi me serrent-ils tant ? Je ne me bouge pas, pas un hurlement, je suis sans voix. Je ne comprends pas ce qui m'arrive. La radio joue, même pas très fort. Pourquoi la musique ? Pourquoi l'abaissent-ils ? Peut-être est-ce parce que je ne crie pas.

Outre celui qui me tient, il y en a trois autres. Je les regarde : il n'y a pas beaucoup de lumière… ni beaucoup de place… peut-être est pour cela qu'ils me tiennent à moitié étendue. Je les sens calmes. Très sûrs. Que font-ils ? On allume une cigarette.

Fument-ils ? Maintenant ? Pourquoi me tiennent-ils ainsi et fument-ils ? Il se passe quelque chose, je le sens… Je respire à fond… deux, trois fois. Non, je suis en plein brouillard… J'ai seulement peur…

Maintenant, il y a un qui se glisse tout contre moi, un autre se couche à ma droite, un autre à gauche. Je vois le rouge des cigarettes. Ils aspirent profondément.

Ils sont très proches.

Oui, il se passe quelque chose… je le sens.

Celui qui me tient par derrière, tend tous ses muscles… je le sens autour de mon corps. Il n'a pas accru son étreinte, il a seulement tendu ses muscles, comme pour être prêt à me tenir plus fort. Le premier qui avait bougé, se met entre mes jambes… à genoux… en me les écartant. C'est un mouvement précis, qui semble accordé avec celui qui me tient par derrière, car ses pieds se mettent subitement sur les miens pour me bloquer.

J'ai mon pantalon. Pourquoi m'ouvrent-ils les jambes avec le pantalon ? Je me sens plus mal que si j'étais nue !

De cette sensation, me distrait un quelque chose que je n'arrive pas à reconnaître tout de suite… une chaleur, d'abord ténue et ensuite de plus en plus forte, jusqu'à devenir insupportable, sur le sein gauche.

Une pointe de brûlure. Les cigarettes… sur le golf jusqu'à la peau.

Je me retrouve à penser à ce que devrait faire une personne dans ces conditions. Je ne réussis pas à faire quoi que ce soit, ni à parler ni à pleurer… Je me sens comme mise à une fenêtre, forcée à regarder quelque chose d'horrible.

Celui couché à ma droite allume les cigarettes, il tire deux fois et ensuite les passe à celui qui est entre mes jambes. Elles se consument vite.

La puanteur de la laine brûlée doit déranger ces quatre-là : avec une lame, ils coupent mon golf, devant, en longueur… ils coupent aussi mon soutien-gorge… ils me taillent même la peau en surface. À l'expertise médicale, on mesurera vingt et un centimètres. Celui qui est entre mes jambes, à genoux, me prend les seins à pleines mains, je les sens glaciales sur mes brûlures…

Maintenant… ils ouvrent la tirette de mon pantalon et ils s'y mettent tous pour me déshabiller : une seule chaussure, une seule jambe.

Celui qui me tient par derrière s'excite, je sens qu'il se frotte contre mon dos.

Maintenant celui qui est entre mes jambes me pénètre. J'ai envie de vomir.

Je dois être calme, calme.

« Remue-toi, putain. Fais-moi jouir ». Je me concentre sur les mots des chansons ; mon cœur se brise, je ne veux pas sortir de la confusion où je suis. Je ne veux pas comprendre. Je ne comprends aucun mot… je ne connais aucune langue. Une autre cigarette.

« Remue-toi, putain. Fais-moi jouir ».

Je suis de pierre.

Maintenant, c'est le tour du second… ses coups sont encore plus décidés. Je sens un grand mal.

« Remue-toi, putain. Fais-moi jouir ».

La lame qui a servi à me couper le golf passe plusieurs fois sur mon visage. Je ne sens pas si elle me coupe ou non.

« Remue-toi, putain. Fais-moi jouir ».

Le sang coule de mes joues à mes oreilles.

C'est le tour du troisième. C'est horrible de sentir jouir en soi des bêtes dégoûtantes.

« Je meurs, – j'arrive à dire – je suis malade du coeur ».

Ils croient, ils ne croient pas, ils se querellent.

« Faisons la descendre. Non… oui… » Une gifle vole entre eux. Ils écrasent une cigarette sur mon cou, ici, jusqu'à l'éteindre. Voilà, là, je crois m'être finalement évanouie.

Ensuite, je sens qu'ils me bougent. Celui qui me tenait par derrière me rhabille avec des mouvements précis. Il me rhabille, moi je ne peux pas. Il se plaint comme un enfant car il est l'unique qui n'ait pas fait l'amour… pardon… l'unique, qui n'ait pas ouvert son pantalon, mais je ressens sa hâte, sa peur. Il ne sait pas comment faire avec mon golf coupé, il enfile les deux bords dans mon pantalon. La camionnette s'arrête le temps de me faire descendre… et s'en va.

De la main droite, je tiens ma veste refermée sur mes seins découverts. Il fait presque noir. Où suis-je ? Au parc. Je me sens mal… dans le sens où je me sens m'évanouir… pas seulement à cause de la douleur physique dans tout le corps, mais à cause du dégoût… à cause de l'humiliation… à cause des mille crachats que j'ai reçus dans le cerveau… à cause du sperme que je sens sortir. J'appuie ma tête à un arbre… même mes cheveux me font mal… ils me les tiraient pour bloquer ma tête. Je passe ma main sur mon visage… Il est sale de sang. Je relève le col de ma veste.

J'avance… j'avance je ne sais depuis combien de temps. Sans m'en apercevoir, je me retrouve devant la Questure.

Appuyée au mur de l'immeuble en face, je reste là à regarder pendant un bout de temps. Les policiers… des gens qui entrent, qui sortent… Je pense à ce que je devrais affronter si j'entrais maintenant… Je pressens leurs questions. Je vois leurs visages… leurs demi-sourires… Je pense et j'y repense… Puis, je me décide…

Je rentre chez moi… je rentre chez moi… Je les dénoncerai demain.

Noir.

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Marco Valdo M.I.
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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 21:17

MOTET N°1

 

Version française – MOTET N°1 – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne - Mottetto n.1 – Cantacronache – vers 1960

Paroles de Michele L. Straniero
Musique de Sergio Liberovici

 

 

balilla111.jpg

 

 

 

 

Mieux vaut vivre un jour comme un lion
Que vingt ans (Quoi ? Que dites-vous?)
Trente ans ... (Non !)
Quarante-sept ans ... (Non !)
Que cent ans poux et mouton (oooooh!)

 

Sens interdit ? Virage ?
Parterre de fleurs rond-point?
On s'en fout !
L'histoire marche avec nous
Nous y arriverons
À force de marcher (une ! Deux !) au plafond !

 

Aux Russes, aux Grecs, aux Anglais, aux Américains
Le ménisque ... (Quoi ? Que dites-vous?)
Le nez ... (Non !)
Les lobes d'oreille ... (Non !)
Et les reins, nous écraserons avec vos mains ! (Oooooh!)

 

Sens interdit ? Virage ?
Parterre de fleurs rond-point?
On s'en fout !
L'histoire marche avec nous
Nous y arriverons
À force de marcher (une ! Deux !) au plafond !

 

Nous vaincrons! C'est la voix du devoir
À nous, les foulards ... (Quoi ? Que dites-vous?)
À nous, les cravates ... (Non ! )
À nous, les bretelles colorées ... (Non !)
À nous qui sommes les Fascistes! (Oooooh!)

Sens interdit ? Virage ?
Parterre de fleurs rond-point?
On s'en fout !
L'histoire marche avec nous
Nous y arriverons
À force de marcher (une ! Deux !) au plafond !

C'est le cri de l'humanité nouvelle:
la vie de la vie! ... (Quoi ? Que dites-vous?)
Augh augh ... (Non !)
Pape Satan aleppe! ... (Non !)
Pour le Duce EJA EJA Alala! (Oooooh!)

Sens interdit ? Virage ?
Parterre de fleurs rond-point?
On s'en fout !
L'histoire marche avec nous
Nous y arriverons
À force de marcher (une ! Deux !) au plafond !!

Au plafond !



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Marco Valdo M.I.
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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 19:01

LA LIBRE ÉCONOMIE



Version française – LA LIBRE ÉCONOMIE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson allemande – Die freie Wirtschaft – Kurt Tucholsky – 1930

 

 

 

Un poème signé sous le pseudonyme de Theobald Tiger publiée le 4 Mars 1930 sur « Die Weltbühne », la revue que Tucholsky dirigea jusqu'à cet année, pour ensuite s'exiler en Suède, convaincu que désormais la lutte contre l'arrivée au pouvoir des nazis était perdue…

 

 

Musique de Leobald Loewe, musicien connu pour ses adaptations des chansons de Brassens en allemand.
Interprétée par l'auteur-compositeur et le guitariste allemand Leo Kowald

 

 

Mais le nazisme n'était pas l'unique préoccupation de Tucholsky. Il savait que les nouveaux guerriers étaient dangereux pas seulement car ils dupaient les masses populaires épuisées par la misère et le chômage, en titillant leurs instincts les plus bas, mais car ils étaient soutenus par des grands groupes industriels, des adorateurs du « libre marché », de la « dérégulation » totale, du capitalisme effréné. Et en échange de son soutien, le capital avait demandé aux nazis de libérer le pays de tous qui sentait le marxisme, simplement car ils critiquaient le libéralisme sauvage, le populisme nazi et les violences de ses sbires…

 

 

krupp1900.jpg

 

 

 

 

Vous devez supprimer ces foutus barêmes
Vous devez faire confiance à votre directeur
Vous devez abandonner ces comités de conciliation
Vous devez avoir plus confiance dans le chef.
Plus de conseil d'entreprise chez nous,
Nous voulons être de libres entrepreneurs !
À bas les groupes – suivez notre enseigne !
Après vous, non
Mais nous, oui.

 

Pas besoin de maisons pour vos poumons,
Pas de pensions et pas d'assurances.
Vous devriez tous avoir honte,

De prendre encore de l'argent au pauvre État !
Vous ne devez plus rester ensemble –
Voulez-vous bien vous disperser !
Pas de cartels dans notre secteur !
Vous non.
Mais nous, oui.

 


Nous formons pour le long terme
Des trusts, des cartels, des fédérations, des ententes.
Avec les flammes de nos hauts fourneaux, nous sommes
Unis dans des sociétés par des intérêts solides.
Nous dictons les prix et les contrats –
Aucune loi de protection ne nous contrarie
Nous sommes bien organisés ici…
Vous, non.
Mais nous, oui.


Ce que vous faites, c'est du marxisme.
Pas de ça !
Nous conquérons pas à pas le pouvoir.
Personne ne nous dérange. En toute tranquillité

Les gouvernements socialistes regardent.
Nous vous voulons à titre individuel. Aux fusils !

C'est la dernière leçon de l'économie.
La revendication n'est pas encore lancée,
Un professeur allemand ne nous l'a pas encore confirmée.
Dans les entreprises travailllent pour nos idées
Les Officiers de l'ancienne armée,
Les Casques d'acier, les gardes d'Hitler…

 

Vous, dans les caves et dans les mansardes,
Ne voyez-vous pas ce qu'ils font de vous ?
Avec quelle sueur se fait le profit ?
Arrivera ce qui arrivera.
Le jour arrivera
Où le pionnier du travail dira :
« Vous pas.
Mais nous. Nous. Nous. »

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Marco Valdo M.I.
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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 18:01

On n'a pas tous les jours vingt ans



BERTHE SYLVA – 1934 (Interprète historique et inoubliable)

Chanson française – On n'a pas tous les jours vingt ans – Charles-Ferdinand Pothier – 1934

Paroles: Charles-Ferdinand Pothier, musique: Léon Raiter, 1934.





 


 

 





Je te disais l'autre fois, Lucien l'âne mon ami, combien cette chanson m'avait rebattu les oreilles. Je te disais aussi combien elle était aimée de nos aïeules.





Certes, mais tu avouais aussi que cette chanson si populaire, si appréciée par celles qui en sont les protagonistes... celles que tu appelles les aïeules, avait tranquillement sa place dans les Chansons contre la Guerre et c'est d'ailleurs pour ça que tu avais promis de l'y insérer. Tu promettais aussi de t'expliquer. Alors, fais-le, je t'en prie.





Bien qu'écrite par un homme, Charles-Ferdinand Pothier et mise en musique par un autre, Léon Raiter, cette chanson relate un moment de la vie d'un atelier de femmes, d'un groupe de petites ouvrières (petites... car il s'agit de couturières et que ces ouvrières débutent dans le métier sous le nom de petites mains) ; c'est assez rare pour qu'on le note et qu'on l'examine.





Oh, oublierais-tu nos sœurs les tisserandes et leur complainte... dont si je me souviens bien, tu serais un des auteurs. [[38011]].





Lucien l'âne mon ami, je n'oublie rien du tout et c'est d'ailleurs en me ressouvenant de ces tisserandes moyenâgeuses que j'ai soudain considéré différemment cette chanson. Comme bien tu l'imagines, la vie de ces ouvrières d'atelier n'est pas des plus agréables ; elle est même assez dure et un dernier épisode vient de se dérouler au Bangladesh, à Dacca où plusieurs centaines (on parle d'un millier ou plus) de femmes moururent dans l'effondrement de l'immeuble où on les tenait à travailler avec des horaires impossibles, des conditions exténuantes et des salaires de misère [[34765]]. La guerre entre elles et les patrons est une guerre terrible et les patrons terrorisent leurs ouvrières... Quant aux « vingt ans », à cet âge-là, dans ces métiers-là, il y a bien longtemps déjà qu'on est usée... Parfois, un moment suspendu intervient et une trêve se fait qui est la bienvenue. Du moins, c'est ce que raconte la chanson. Est-elle possible une pareille trêve ou n'est-elle que l'expression d'un rêve, d'une sorte de rêverie que peut avoir celle ou celui qu'on enferme dans une prison ou dans ces travaux forcés ? Je ne sais trop... Je pencherais pour un moment d'illusion. Mais enfin, elle fait chaud au cœur et j'en tiens pour preuve que cette chanson surgit immanquablement à la fin de ces fêtes familiales ou amicales d'anniversaire au moment où la nostalgie reprend le dessus. Souvent, elle est accompagnée ou suivie du Temps des Cerises [[41674]]...



Quel monde tout de même dans lequel on est contraint de vivre... Quelle indignité à traiter ainsi les femmes comme des bêtes de somme... Les sœurs de Canuts connaissent encore aujourd'hui un destin épouvantable. Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, reprenons la tâche que nous nous sommes donnée et tissons le linceul de ce vieux monde assassin, exploiteur, prometteur de beaux jours, mortifère et cacochyme.





Heureusement !





Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




couturieres-bangladesh.jpeg



L'atelier de couture est en fête,
On oublie l'ouvrage un instant,
Car c'est aujourd'hui que Marinette
Vient juste d'avoir ses vingt ans.
Trottins, petites mains et premières
Ont tous apporté des gâteaux
Et Marinette, offrant le porto,
Dit, joyeuse, en levant son verre

On n'a pas tous les jours vingt ans,
Ça nous arrive une fois seulement.
Ce jour-là passe hélas trop vite !
C'est pourquoi faut qu'on en profite.
Si le patron nous fait les gros yeux,
On dira :"Faut bien rire un peu !
Tant pis si vous n'êtes pas content,
On n'a pas tous les jours vingt ans"

Le patron donne congé à ces petites
Et comme le printemps leur sourit,
À la campagne, elles vont tout de suite
Chercher un beau petit coin fleuri.
Dans une auberge, en pleine verdure,
Elles déjeunent sur le bord de l'eau
Puis valsent au son d'un phono
En chantant pour marquer la mesure

On n'a pas tous les jours vingt ans,
Ça nous arrive une fois seulement.
C'est jour le plus beau de la vie,
Alors on peut bien faire des folies.
L'occasion, il faut la saisir
Payons-nous un petit peu de plaisir,
Nous n'en ferons pas toujours autant,
On n'a pas tous les jours vingt ans !

Tous les amoureux de ces demoiselles
Sont venus le soir à leur tour,
Et l'on entend sous les tonnelles
Chanter quelques duos d'amour !
Passant par là... prêtant l'oreille,
Un bon vieux s'arrête en chemin...
À sa femme, lui prenant la main,
Lui dit : "Souviens-toi ma bonne vieille.."

On n'a pas tous les jours vingt ans,
Ça nous arrive une fois seulement,
Et quand vient l'heure de la vieillesse,
On apprécie mieux la jeunesse.
De ce beau temps si vite passé
On ne profite jamais assez...
Et plus tard, on dit tristement :
"On n'a pas tous les jours vingt ans !"

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Marco Valdo M.I.
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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 22:34

VINGT ANS

 

Version française – VINGT ANS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne - Vent'anni - Cantacronache – 1965

Texte de Michele L. Straniero
Musique de Sergio Liberovici

 

 

Nizan.jpeg

 

 

 

 

 

Ah, une chanson sur les vingt ans... En connais-tu des chansons sur les vingt ans ? Mille chansonniers y ont cassé leur plume. Du reste, restons-en à « On n'a pas tous les jours vingt ans, ça n'arrive qu'une seule fois par an... »...

 

Je sais, je sais, Marco Valdo M.I., je connais ton aversion des scies et certainement, cette version des Vingt Ans de Berthe Sylva a dû casser les oreilles de mille jeunesses. Mais, mais, il te faudra bien m'entendre rectifier ton ironie et remettre le texte original : « ça n'arrive qu'une seule fois seulement... » et te demander de chercher le texte de cette chanson et de la mettre dans les Chansons contre la Guerre, car à mon sens, comme bien des chansons populaires – Le temps des Cerises, par exemple – en sont elles aussi.

 

Je te l'accorde, elle le mérite et je le ferai... N'empêche que depuis nos grands-mères, elle nous assomme. Et puis, ma petite déviation parodique n'était pas sans évoquer cette idée que le plus long âge de la femme est trente ans. Cela dit, il y a une excellente – elle aussi – chanson de Léo Ferré qui s'intitule Vingt Ans et dont je me demande pourquoi elle ne figure pas déjà dans les CCG. Je l'y mettrai aussi avec le commentaire de rigueur. Et je suppose que si on cherchait un peu, on en trouverait encore un fameux lot... J'imagine que ce doit être pareil dans toutes les langues... Car, en effet, vingt ans, ça marque et elle avait raison Berthe Sylva : « On n'a pas tous les jours... ». Il y a d'ailleurs toutes sortes de vingt ans. Paul Nizan, dans Aden Arabie, un livre que certains aimeraient qu'on oublie, et aimeraient aussi qu'on ne lise pas la préface – énorme préface : elle fait la moitié du livre dans l'édition de François Maspero – qu'écrivit Jean-Paul Sartre. Parenthèse, s'il y a une chose à lire de Sartre, c'est bien celle-là. Bon, ce que Nizan disait dans Aden, c'était ceci : « J'avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie. » et de mémoire toujours, car je n'ai pas le texte sous la main, il disait aussi : « Tout menace de ruine un jeune homme... ». Quand tu lis Nizan à vingt ans, le monde prend une autre couleur, une autre dimension. C'est un peu – évidemment, toutes proportions gardées, comme de découvrir la Guerre de Cent Mille Ans et ses résonances.

 

 

« Aux armées, 5 novembre 1939

    Rirette chérie. Reçu hier soir ta lettre du 1er novembre. Il est bien agréable de se dire qu’après quinze ans, on s’aime assez pour échanger des lettres d’amour, et qu’on a en somme triomphé de tout ce qui sépare les gens. Ce séjour aux armées me rappelle un peu le séjour en Arabie, mais nous savons plus de choses, nous sommes bien plus profondément complices, nous avons appris à nous passer de littérature. De sorte que sans doute ce temps ne sera pas perdu, s’il ne se prolonge pas jusqu’à une époque où j’aurai une longue barbe blanche et où je me promènerai le long de la ligne Maginot dans une petite voiture à chenilles. Julie de Lespinasse, Juliette Drouet, quelques autres dames n’ont qu’à bien se tenir. Tu le sais, la légende veut que, pour apaiser les combattants et les consacrer exclusivement à des pensées guerrières et à la contemplation de leur destin militaire, les puissances font répandre du bromure, du camphre dans le vin, le sel, le café. Cette légende me paraît frivole et s’il y avait du camphre dans le vin, du bromure dans le café, les hommes au palais le plus étamé s’en apercevraient, mais je n’ai pas besoin de ces témoignages du goût : c’est assez que je lise une lettre de toi, que je t’en écrive une, que je pense à ta robe rose de Piana, à ta robe plissée de l’hiver dernier, à ce retour de Prague en décembre 37 où tu n’en finissais pas de jouir, pour que j’aie la preuve physique et personnelle qu’il ne peut y avoir de bromure dans le vin. De sorte que nous n’avons aucune inquiétude à avoir pour le moment de ma permission et qu’il suffira que j’aperçoive extrêmement peu de tes genoux, de tes cuisses, que tu viennes sans aucune provocation lancer ta langue dans ma bouche pour que nous arrivions à des résultats honnêtes. Je crois qu’il sera sage que tu renonces à l’usage vain du pantalon. Il nous restera assez de temps pour parler et nous dire des choses importantes. A propos de Talmud, je viens de lire que le Eben Haeser y prescrit aux ouvriers de ne faire l’amour que deux fois par semaine, aux savants que le sabbat, aux âniers qu’une fois par semaine, aux chameliers qu’une fois par mois, aux seuls rentiers tous les jours : il faudra que je me range dans la dernière catégorie. On lit aussi dans le Talmud, livre plus badin que je ne pensais, que quiconque fait l’amour en dessous de sa femme aura le délire (Gittin 70) : c’est un délire bien agréable, je t’embrasse, dans l’esprit de ce qui précède.
Nizan. »

Henriette Nizan, Libres mémoires, Robert Laffont, 1989, p. 272. Edition établie par Marie-Josée Jaubert.


 

Mais, Marco Valdo M.I. mon ami, on n'est pas là pour parler de Nizan, d'Aden Arabie, de La Conspiration, des Matérialistes de l'Antiquité – même si c'est un des meilleurs livres qui soit sur le sujet... et crois-moi, en ce qui concerne les matérialistes de l'Antiquité, j'en connais un bout. Mais peut-on les mettre en chanson, c'est une gageure... Alors, si tu veux bien, ferme la parenthèse et dis-moi deux mots de cette chanson-ci...

 

Là, Lucien l'âne mon ami, tu m'embarrasses... Je n'arrête pas de le faire... Enfin, celle-ci est en quelque sorte une chanson de vingt ans, comment dire, prospective et une chanson optimiste et volontariste. Note que ce ne serait pas un mal de ces temps-ci dans le climat que diffusent les médias et les lamentables incantations des économistes, des politiques et des religieux en tous genres. Un grand lamento socio-économique est en crue dans notre petit monde triste. Finalement, la Marinette de Berthe Sylva est plus drôle que ces grands incantateurs. Quant à la chanson, elle me rappelle étrangement « Si tous les gars du monde... » [[44469]], c'est un peu le même thème...

 

C'est l'évidence-même que si tous les gars et les filles et les ânes et les bêtes... Alouette, alouette... s'y mettaient, on finirait la Guerre de Cent Mille Ans en dix minutes (et encore), mais cela ne se peut... Et nous savons pourquoi... L'avidité, la cupidité, l'envie, le goût de la richesse, l'aspiration à un statut, à une reconnaissance, je ne sais quel complexe d'infériorité qui pousse à vouloir dominer les autres, l'ambition, la stupidité... que sais-je encore … font que certains défendent bec et ongles, à toutes forces, l'ordre établi, déjà fort ridicule et s'entêtent même à en établir un pire encore. C'est la principale raison pour laquelle il nous faut, Marco Valdo M .I. mon ami, ne jamais renoncer à tisser le linceul de ce vieux monde ridicule, religieux, patriarcal (ce qui est la même chose – tant que Dieu est un homme ; si demain, Dieu est une femme, remplacer patriarcal par matriarcal ; pour le reste, ce sera pareil), dès lors dominateur, vil, absurde et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

À vingt ans, nous ne voulons pas pleurer
Nous ne voulons pas nous illusionner
À vingt ans nous voulons maîtriser
Le présent, l'avenir et la liberté.

 

Voici ma main, viens toi-aussi
Marcher, chanter ici !
Si la jeunesse s'unit
Guerre, terreur : ce sera fini.

 

Ces mains aujourd'hui ont refusé
De forger le fer pour tuer,
Ces mains sont nées pour semer
Et travailler dans la liberté

 

Voici ma main, viens toi-aussi
Marcher, chanter ici !
Si la jeunesse s'unit
Guerre, terreur : ce sera fini.

 

Ces mains aujourd'hui ont refusé
De détruire tout avenir
Ces mains sont nées pour accueillir
Le futur dans la liberté.

 

Voici ma main, viens toi-aussi
Marcher, chanter ici !
Si la jeunesse s'unit
Guerre, terreur : ce sera fini.

À vingt ans, nous ne voulons pas pleurer
Nous ne voulons pas nous illusionner
Nous avancerons sans tuer
Vers les jours radieux de nos étés.

Voici ma main, viens toi-aussi
Marcher, chanter ici !
Si la jeunesse s'unit
Guerre, terreur : ce sera fini.
Jamais, Niemal, Jamàs
Pour la liberté, faites place !

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Marco Valdo M.I.
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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 14:13

LA MANIVELLE

 

Version française – LA MANIVELLE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – La leva – Paolo Pietrangeli – 1969

 

 

 

Charlot-boulonne.jpg

 

 

 

Tourne, tourne

La manivelle,
Pousse à fond le bouton,
Tu ne sais ce que tu fais,
Tu ne sais ce que tu fais.
Fais ce qu'ordonne le patron.

 

Rentré chez toi du boulot
Tu as la tête comme un pot
Tu vas haïr tes enfants,
Tu vas haïr tes enfants,
Qui te cassent les oreilles.

 

Et cet instant de repos
Qui devrait être ta vie -
Ne peut plus t'appartenir,
Il sert seulement à remonter
Ton ressort qui est épuisé

 

Tourne, tourne

La manivelle,
Pousse à fond ce bouton,
Tu ne sais ce que tu fais,
Tu ne sais ce que tu fais.
Fais ce qu'ordonne le patron.

 

Et ta femme qui t'attend,
A aussi ses exigences
Comme tu hais ces séances
D'amour fait à la va-vite,
Juste avant de dormir

 

Tu ne peux plus avoir de problèmes,
Tu ne dois plus penser !
Tu dois être efficace,
Rien de rien, il ne te reste rien
Même pas le luxe du délire

 

Tourne, tourne

La manivelle,
Pousse à fond ce bouton,
Tu ne sais ce que tu fais,
Tu ne sais ce que tu fais.
Fais ce qu'ordonne le patron.

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 16:45

FAN FAN – LEÇON DE PUTSCH


Version française - FAN FAN – LEÇON DE PUTSCH – Marco Valdo M.I – 2013

Chanson italienne – Fan fan - Paolo Pietrangeli – 1975






vogliamo-i-colonnelli.jpg

 

 

 

Histoire du putsch manqué des 7/8 décembre 1970 (connu aussi comme « putsch des forestiers », car y participa même une escouade de la garde forestière) ourdi par l'extrême droite et son « prince noir », l'ex-commandant du X Mas nazifasciste pendant la seconde guerre mondiale, le prince Junio Valerio Borghese.


La tentative de coup d'État fut appuyée par les militaires, la loge P2 de Licio Gelli, la mafia, les services secrets italiens et, au moins au début, la CIA. Ensuite les Zétazuniens, qui voulaient un homme de garantie à la tête du gouvernement putschiste, retirèrent leur appui car – semble-t-il – ils ne réussirent pas à obtenir la disponibilité d'Andreotti.


C'est sans doute une des pages les plus obscures et les plus mystérieuses de l'histoire d'Italie. Il suffit de penser que dans ce putsch fut impliquée la plus haute charge des services secrets, le général Vito Miceli, mais ce furent les mêmes services - SID (Maletti e La Bruna) qui enquêtèrent et fournirent à Andreotti (autre personnage qui n'était pas du tout dans l'ignorance de ce qui s'était passé) un dossier qu'ensuite il présenta à la magistrature, non sans l'avoir manipulé, en l'expurgeant de noms de nombreux personnages impliqués et de toute référence à la P2 de Gelli et à la présence mafia-putchiste. En 1984 , tous les conspirateurs – au moins ce qui pas étaient contumaces à l'étranger – furent totalement acquittés. La Cour d'Assise dit qu'il s'était agi seulement d'un « conciliabule de 4 ou 5 petits vieux de soixante ans »…Comme aujourd'hui Berlusconi, le chef de la loggia mafio-fasciste qui prétend nous gouverner, dit que la P3 dans lequel ils sont impliqués – quel hasard – ses chiens les plus fidèles était seulement un groupe de « quatre minables retraités ».
Tout recommence, même terminologiquement. Seules les méthodes ont changé.

 





La chanson date de 1975 et raconte un putsch de ces années-là. L'Italie en a connu d'autres et un des plus célèbres est évidemment la « fameuse » marche sur Rome. En ces temps-là, les méthodes étaient assez brutales, frustes, grossières et finalement, un peu trop évidentes. Depuis, les choses ont évolué, les méthodes ont suivi. On ne fait plus les putschs comme dans le passé. Regarde d'ailleurs, la chanson raconte l'épisode du putsch de 1970. Il était assez rétrograde et nostalgique de l'Impero, ce que signalent ces quelques vers

« Oh mon colonel chéri
Je ne veux ni eau ni lit
Mais du plomb pour mon fusil
Il me semble que quelqu'un l'a déjà dit. »

qui renvoient à une chanson de 1941 et à une des plus héroïques dérouillées de l'armée fasciste : La sagra di Giarabub. Il était bien primitif dans sa conception... Il entendait s'emparer de la radio... par les armes. C'était une idée du SID ... Rien à voir avec le Cid de Corneille. C'est tout bêtement le service secret de l'armée italienne.

 

 

En effet, c'est ridicule, dit Lucien l'âne en riant. C'est ringard, ce sont des façons anciennes... Complètement dépassé aujourd'hui qu'on peut obtenir le même résultat et même, un résultat meilleur, en achetant les télévisions, les radios, les journaux, les maisons édition... Avec l'argent, celui des autres évidemment ! Car n'ont de l'argent à suffisance que les milliardaires, les riches... Et c'est une des évidences de notre temps, on ne peut être riche que si et seulement si, on domine des pauvres, si on les presse, si on les écrase... et tant plus il y en a de pauvres, tant mieux c'est...

 

 

C'est très exactement le but de la Guerre de Cent Mille Ans... Créer des pauvres, le plus de pauvres possible et les plus pauvres possible... Combien faut-il de pauvres pour faire un riche ? Et combien de pauvres pour faire un très riche ? Et combien de pauvres pour faire un très très riche ? Dès lors, il convient de tenir tous les leviers et si l'on veut le pouvoir et qu'on a les moyens, le putsch est la voie la plus pratique. Un putsch actuel se fait en achetant tout, y compris les électeurs et les gouvernements... Voilà qui est moderne... On n'a plus besoin des gardes forestiers. Des bimbettes font l’affaire : on les met à l'écran, on les met à la chambre, on leur donne un ministère... Et il y a des avantages annexes... mais allez faire bunga-bunga avec des gardes forestiers en uniforme... Encore que... Ainsi donc, aujourd'hui encore, les putschs ont changé de formes et de décors.

 

 

En effet, Marco Valdo M.I. mon ami, quand on tient les télévisions, les radios, les journaux, les éditions, qu'on peut s'offrir une cour de nymphettes, une meute de chiens courants, un parti politique à soi, le parti adverse, des présidents, que somme toute, on fait la pluie et le beau temps... Les nouveaux putschs se font dans de grands embrassements... Et que se disent ces jeunes gens ? : « Embrassons-nous, faisons un gouvernement, nommons un président... Oublions nos différends... Entendons-nous largement... Disqualifions les mécontents, mettons hors jeu les opposants... Et dans tout ça, qu'y a-t-il de gênant ? Les affaires sont les affaires, n'est-ce pas ? » Telle est la chanson actuellement... Raison de plus pour tisser le linceul de ce vieux monde consensuel, accommodant, pacifiant, lénifiant et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

J'aime les plantes la nature
Les petits oiseaux et la verdure
Les pics, les fleuves et les crevasses
La solitude des glaces
L'hiver, le printemps, l'été
Je suis garde forestier.

 

Petits mais...

Petits mais...

 

J'aime ma patrie bien aimée
De trois mers entourée
Son drapeau tricolore
Le rouge sang de ses héros morts
Le vert limpide de ses prés
Le blanc de ses papes vénérés
Mais ce que j'apprécie davantage
C'est la constance, le courage
La capacité, le savoir-faire
De son peuple digne en tous points
De ses héros et de ses saints
De ses navigateurs. Nous sur cette mer

Tumultueuse et fière
Sans nous concéder de pause
Nous veillons à que l'ordre s'impose
Et que tous nos militaires
Comme les archanges et Saint Michel
Tendent au-dessus de nous leurs ailes
Et par amour de ses enfants
Ferme les yeux le gouvernement.

 

Petits mais…
Petits mais…


Quelle nuit ce huit décembre
On avait laissé bien tôt nos tentes
Et notre forêt sans plus attendre
La pluie était glaciale et pénétrante

Oh mon colonel chéri
Je ne veux ni eau ni lit
Mais du plomb pour mon fusil
Il me semble que quelqu'un l'a déjà dit

 

On se rendit à la radio
Livide phalange de héros
Mais là commencèrent les tracas
Le signal de l'action n'arriva pas

Ni de nos services, ni de nos mandants
Peut-être qu'il manquait de l'argent
Ce sont des faits inhabituels
Nous avions des généraux, des colonels
De grands et de petits industriels

 

Petits mais…
Petits mais…

Peut-être est-ce une autre question
Il y avait peu de confusion
Et la bande des bassets
Sans massacres et sans bruits
Ne s'écriait pas

L'ordre ici…
L'ordre là…

 

J'aime les prises d'otages et les coups tordus
Les massacres en gare, les ruines, le glas
Les deuils, les morts, les bombes et les éclats
Que nous faisons ne sont jamais superflus
Le Sid décide, le Sid dispose
Le Sid détruit, le Sid dépose
Le Sid détourne , le Sid déraille
Sid se lie la canaille
Sid décide Sid dispose
Sid détruit Sid dépose
Sid détourne Sid déraille
Sid se lie la canaille

 

On connaît ainsi le putsch
On a fait ainsi le putsch
Fan fan



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Marco Valdo M.I.
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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 20:38

LES CHEVAUX DE TROIE



Version française – LES CHEVAUX DE TROIE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – I cavalli di Troia – Paolo Pietrangeli – 1975



TroieCheval.jpg



Il n'était pas si facile d'habiter dans le cheval de Troie
Nous étions serrés comme des anchois en saumure
Puis, je suis resté et les autres sont sortis hors les murs
Incertains quant aux règles du combat
Il n'était pas si facile d'habiter dans le cheval de Troie

 

Dès l’enlèvement des Sabines, elle jeta le gant.

Quand nous décidâmes la révolte de Coriolan
Je fus cloué au lit par un million de maux
Maman me collait en me levant
Aspirine et tricot

Il est facile de pressentir ce qui arriva à la Bastille
La nuit où devait naître ma fille
Je m'évanouis au premier coup de canon
Les autres là-bas faisaient la révolution
Était-ce le stress, les dettes ou les rapports de famille ?



Quelle nuit cette nuit, cette nuit d'enfer
Nous étions tous en rang au Palais d'hiver
J'étais près très près du camarade Lénine
Dans mes petits souliers, je ratai une marche.

 

Pour moi, ce n'est jamais facile dans les chevaux de Troie
Car régulièrement avec une constance qui m'abat
Les autres sortent et je reste là
Incertain quant aux règles du combat

 

Il n'était pas si facile d'habiter dans le cheval de Troie
Pourtant, ça me touche toujours les chevaux de Troie
Je voudrai toujours rester dans les chevaux de Troie
Pour moi, ce n'est pas facile à vivre les chevaux de Troie
Pour moi, ce n'est pas facile à vivre les chevaux de Troie







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Marco Valdo M.I.
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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 13:30

ÉGALITÉ



Version française – ÉGALITÉ – Marco Valdo M.I. –2013

Chanson italienne – Uguaglianza – Paolo Pietrangeli – 1969

 

 

 

 

 

  4-anes-bis.jpeg

 

 

 

 

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, que me chantes-tu là... avec un titre pareil. Imagine Égalité ? Dans le monde où je te vois vivre et où je suis contraint de t'accompagner chaque jour, l'égalité n'existe pas... Sauf peut-être en mathématiques... Et encore. C'est là une égalité théorique, car dès qu'on passe dans le réel, tout se met sens dessus dessous. D'abord, en soi, c'est une absurdité... Prenons les ânes... Il n'y en a pas un qui soit comme l'autre. À moins que cette égalité soit une sorte de point Oméga, une sorte de lointain que jamais on n'atteint, une sorte d'horizon impossible. En somme, un principe...

 

 

Ouf, Lucien l'âne mon ami, tu ne sais pas comme tu as raison et comme sans laisser le temps de dire un mot, tu es allé directement au fait, au cœur de la chose. La chanson de Pietrangeli ne dit rien d'autre que ce que tu as pressenti chez les ânes. Chez les humains, c'est pareil... Pas un qui soit égal à l'autre. Et bien évidemment, on entend seriner le principe partout, comme partout on nous rebat les oreilles avec Dieu et mille autres produits de lessive ou d'hygiène intime. Évidemment, on te dira que l'égalité en tant que principe figure au fronton de tous les bâtiments publics de France et de Navarre (française), qu'elle se glisse dans presque toutes les constitutions, dans presque toutes les déclarations humanitaires autant qu'humanistes... Et c'est assurément exact en tant que principe. On te dira qu'un dollar, un euro, un yen, un n'importe quoi de monétaire est strictement égal à un autre dollar, euro, yen, un n'importe quoi de monétaire... Là, on revient au chiffre sur le papier.

 

 

Quoi donc ? Un n'importe quoi monétaire ne serait égal à un autre n'importe quoi que sur le papier ? Mais je croyais cette égalité-là, au moins celle-là, intangible...

 

 

Et bien Lucien l'âne mon ami, tu vois comme les apparences sont trompeuses et surtout, les enseignements des économistes et les déclarations dont ils nous abreuvent – eux et tous les représentants des riches et des puissants, des patrons et des gouvernants, des entreprises et des gouvernements. Le mensonge, vois-tu, élevé en principe social, politique et soi-disant scientifique, est une arme terrible dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin de conforter leur position, d'étendre leur domination, de renforcer leur emprise, d'instaurer la peur universelle, de multiplier leurs profits et de magnifier leurs richesses... Avec le mensonge, on arrive à tromper bien des gens, à leurrer des populations entières et à faire prendre les vessies libérales pour des lanternes démocratiques.

 

 

Et redressant son large front qu'encadrent deux oreilles soyeuses et luisantes, l'âne Lucien dit : quand on ne peut plus dissimuler ce mensonge sidéral, que le camouflage et le trucage se disloquent, il reste toujours la raison d'État, la main invisible, la loi des marchés, le sens de la patrie, le respect des principes ; on invoque comme puissances tutélaires la constitution, la paix, l'équilibre international, on fait donner l'artillerie médiatique où ululent les experts et résonnent les grands principes. À ce propos, les financiers, les banquiers, les comptables et tous ces gens d'argent sont d'étranges animaux... Ils sont myopes au point de croire que tous les ânes sont égaux et pire encore, ils n'ont pas d'odorat. Car, comme tu le sais, ils répètent à longueur d'années et de siècles que l'argent n'a pas d'odeur... C'est aberrant quand on pense aux tas de cadavres, aux montagnes d'ordures, aux nuages de pollution qui empuantent la planète entière, avant de s'attaquer à l'espace infini. Le tout généré par des fleuves d'argent et en générant d'autres dans un perpétuel brassement. M'est avis que même sur Alpha du Centaure, on doit en sentir les effluves...

 

 

Pour en revenir à l'égalité vue par la chanson, elle s'apprécie au niveau individuel et au niveau du sol où gît le cadavre d'un ouvrier, vite dissimulé par la veste de son patron... Et si l'on peut un temps (d’ailleurs fort court) dissimuler le cadavre de l'ouvrier assassiné par l'ordre social, par le travail, par qui et pour quoi ? , on ne peut en contenir l'odeur... Quant à sa conclusion, cette chanson annonce une Révolution. C'était en 1969, un temps où on voyait la Révolution partout. Qu'en reste-t-il ? Que reste-t-il de nos amours, que reste-t-il de nos beaux jours ? Que reste-t-il de tout cela ? Dis-le moi...

 

 

Oh, Marco Valdo M.I., mon ami, tu as parfaitement raison de poser ainsi la question de la révolution. Elle a agité bien des têtes, bien des gens, bien des jours... J'aime beaucoup que tu nous interroges à ce sujet. Je ferai court, tout en me laissant le soin d'y revenir. Si l'on prend la Révolution comme cette entité absolue et rédemptrice, elle connaîtra le sort de tous les rédempteurs... Elle finira immanquablement dans le néant. Maintenant, si on la fait vivre dans le monde où elle se meut, c'est-à-dire dans le réel quotidien et historique, au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans, elle se montre pour ce qu'elle est, une action multiforme et démultipliée par chaque décision, chaque geste de chaque personne qui refuse de se soumettre, qui refuse d'admettre la fatalité de la domination de la richesse, de l'argent, du pouvoir... Elle est dans toute conscience qui met en œuvre cette belle idée que dessinent en une arabesque intemporelle ces quelques mots : Ora e sempre : resistenza ! Et en effet, vue ainsi, sa tâche est infinie et rien ne pourra jamais l'arrêter. Et nous, pauvres bêtes de somme que nous sommes, nous n'arrêterons donc pas de tisser le linceul de ce monde argenté, mensonger et menteur, sans odorat, inconscient et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Je t'ai vu là par terre
Au soleil du matin
Bras et jambes cassés
De douleur.
Ils disaient que tu étais fou
Mais je dois remercier ta folie.

 

Je t'ai vu là par terre
Puis, la veste du patron
Qui t'a tué

T'a couvert le visage.
Ils t'ont couvert vite
Pour eux, tu étais juste bon à jeter.

 

Ils disent : Nous sommes égaux
Mais je voudrais savoir
Égaux devant qui ?
Égaux par quoi pour qui ?

 

C'est facile pour vous
De dire que nous sommes égaux
devant une justice partisane.
Qu'est-elle cette justice
Si ce n'est votre garde quotidienne.

 

Ils disent : Nous sommes égaux
Mais je voudrais savoir
Égaux devant qui ?
Égaux par quoi pour qui ?

 

C'est facile pour vous
qui avez tout en mains
De dire que nous sommes égaux devant Dieu.
C'est votre Dieu,
C'est un Dieu que je n'accepte et ne connais pas.

 

Tu disais ceci et autre chose
Ils te disaient fou
Mais ce à quoi tu croyais sera fait.
À la loi du patron
Nous répondrons par Révolution.

 

 

 

Tiré de l'enregistrement en direct de la première représentation du spectacle de Dario Fo « On y pense et chant n°.2 », mis en scène à la Bourse du Travail de Milan le 8 avril 1969

Le texte qui passe sur l'écran est celui publié dans le livret édité par Giorgio Bertani Editore en novembre 1972 et il est légèrement différent de celui chanté par Caterina Bueno, que je rapporte de suite :

 

 

Tu es mort sur le chantier,
Du toit, tu es tombé,
Écrabouillé dans la chaux sanglante.

La veste du patron qui t'a tué.
T'a recouvert le visage

 

Vite, ils t'ont caché,
Pour eux, tu étais juste bon à jeter.

 

Ils disent vous êtes égaux
Mais je voudrais savoir égaux à qui?
Égaux devant qui ?
Égaux pourquoi et pour qui ?
C'est facile pour vous
Qui avez tout en mains
De dire que nous sommes égaux devant Dieu.
C'est votre Dieu,
C'est un Dieu que je n'accepte et ne connais pas.



 

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 21:00



UN DÉPENDANT

 

 

Version française – UN DÉPENDANT – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Un dipendente – Psicantria – 2010

 

Texte et musique de Gaspare Palmieri (Gappa) et Cristian Grassilli

 

 

 

Je suis un dépendant, je suis un dépendant
Mais pas un employé d'État
Je suis un dépendant, je suis un dépendant
Et pas de prime pour moi

Encore bébé, j'ai commencé avec le sein de ma mère
On m'a enlevé la sucette à l'école primaire
Pour déjeuner et dîner, on me mettait des séries
Et le joystick de Noël devint vite une manie

 

Ensuite, j'ai joué avec le jouet dans ma culotte
Je n'ai jamais cessé maintenant encore , je me tripote
J'étais accro au net plus de huit heures par jour
J'étais aveugle à tout ce qui vivait autour
J'ai eu plein d'alias pour conquérir des amis par millions
J'ai gagné des millions de guerres, j'ai fait des prouesses

Et j'ai des tas de maisons…
Mais toutes à une seule adresse .....

 

Je suis un dépendant, je suis un dépendant
Mais pas un employé d'État
Je suis un dépendant, je suis un dépendant
Et pas de prime pour moi

 

J'oublie la honte de boire en buvant
Je vis par le manque et pas en rêvant
Le besoin je ne reconnais plus le besoin, même pas au miroir
Ensuite, une grande table verte me donna un alibi dérisoire

J'ai dansé et sauté jusqu'à suer la mer
Mais il est vraiment vrai qu'une pilule spéciale
Transforme en Ulysse même le plus pâle
« Bienvenu » entonnaient les sirènes, hier

 

J'ai blanchi des millions de bains, j'ai donné la poussière et j'en suis sorti luisant
Et mon coeur battait en courant, il me disait « Sois fort, va de l'avant »
Mais qui suis-je sans vêtement ?

Je suis un dépendant, je suis un dépendant
Mais pas un employé d'État
Je suis un dépendant, je suis un dépendant
Et pas de prime pour moi

Un jour, je me suis mis à nu, j'étais libéré
Brisée l'armure, j'ai jeté le bouclier
Et les rêves d'amour quotidiennement arrosés
Me parlaient au présent, se laissaient deviner
À mon humaine existence, j'ai mis des fondements
Et si je repense à cette phrase « Je ne peux pas faire sans »
Je prends en main une guitare et donne voix à ce chant

Ce n'est pas une manie, ce n'est pas une vanterie, mais je n'ai plus de tourments

J'étais un dépendant, j'étais un dépendant
Mais pas un employé d'État
J'étais un dépendant, j'étais un dépendant
Et pas de prime pour moi

J'étais un dépendant.... (ad lib)

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