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11 février 2020 2 11 /02 /février /2020 11:22
PAPA EST AUSSI LÀ

 

 

Version française – PAPA EST AUSSI LÀ – Marco Valdo M.I. – 2020

d’après la version italienne – C'E PURE IL BABBO – de Riccardo Venturi d’une

Chanson allemande – Vater ist auch dabei Klabund [Alfred Henschke] – 1919

 

Texte d’Alfred Henschke (1890-1928), plus connu sous le pseudonyme de Klabund, écrivain allemand.

Dans la collection "Die Harfenjule", publiée en 1927, peu avant sa mort prématurée.

Musique de Béla Reinitz (1878-1943), compositeur hongrois.

Interprété par Ernst Busch dans le disque Aurora-Schallplatten intitulé "Erich Mühsam / Klabund Zeit-, Leid-, Streitgedichte" de 1966, réédité en 1972.

 

 

 

 

Quand part un train de faim et de souffrance

Pour l’éternité – dans l’éternité,

Papa est aussi là.

Les inaptes au travail – David Olère – circa : 1950

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Je me demande, Lucien l’âne, si tu te souviens que nous avons déjà croisé Klabund dans ce labyrinthe en expansion infinie, qui ressemble à un univers de big bang en expansion. Je ne serais donc pas étonné que toi aussi, tu en aies perdu la mémoire. Enfin, moi, je me souviens de Klabund, mais je serais infoutu de te dire quelles étaient les chansons que j’en ai traduites, ni quand.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, les humains perdent beaucoup de leur mémoire avec l’âge, mais on ne peut ignorer combien la mémoire de l’âne peut parfois garder précieusement la trace de certaines choses. Par exemple, que dis-tu si je te cite le titre des trois versions françaises que tu as faites de chansons de Klabund, il y a environ cinq ans. C’étaient : la BALLADE DES OUBLIS (Ballade des Vergessens), LE SOLDAT FATIGUÉ (Der müde Soldat) et POGROM (Pogrom).

 

Alors, tu sais combien Klabund est un auteur, un poète intéressant et assez synthétique. Par parenthèse, j’ai l’impression que de nos jours que – comme disait ma grand-mère – « On n’en fait plus des comme ça ». Cela dit, j’espère me tromper, tant il est vrai que les poètes ont souvent la « renommée » posthume. De son vivant, un poète, comme nombre d’écrivains, est souvent carrément ignoré et d’une certaine manière, pour lui, il vaut mieux ainsi. Pour l’anecdote, je rappelle qu’Alexandre Vialatte se présentait lui-même comme « le plus célèbre des écrivains inconnus ».

 

Oh, dit Lucien l’âne, Rimbaud aurait pu en dire autant. J’ai entendu dire que durant sa vie, il aurait vendu une vingtaine d’exemplaires de ses plus célèbres poèmes. Jarry vivait de misère avec son vélo, poursuivi jusqu’au bout par son marchand de bicyclettes, qu’il ne pouvait payer. Balzac lui-même se tuait au travail pour couvrir ses dettes. Sans rien dire de tous les poètes que j’ai croisés au bord des chemins, ni de l’aède aveugle qui de village en village allait traînant son odyssée. Mais venons-en à la chanson. Qu’en est-il ?

 

D’abord, répond Marco Valdo M.I., elle s’intitule « PAPA AUSSI EST LÀ », c’est son leitmotiv, sa récurrence, son antienne, le dernier vers de chacune des trois strophes. C’est une sorte de petite pièce de théâtre en trois actes (les « strophes ») ou vu du côté de la peinture, un triptyque. Au milieu de chaque strophe, on trouve un élément fixe : l’enfant et la mère, qui assistent aux trois épisodes dont le père est l’acteur : le départ à la guerre, le retour de la guerre et la révolution avortée. C’est l’histoire immédiate de l’Allemagne des années 1914-19. Une dernière précision : le papa était un Maikäfer. Mais sais-tu ce que c’est ?

 

À proprement parler, dit Lucien l’âne, pour ce que j’en sais, il me fait penser d’abord un cafard de mai – même si ce n’est pas vraiment un cafard, à un hanneton – ce qu’il est ; c’est ensuite, un militaire, un soldat qu’on appellerait en français, un « voltigeur », c’est-à-dire un fantassin léger opérant de façon isolée, voltigeant en ordre dispersé et désordonné comme un hanneton en avant du gros du gros de la troupe.

 

Parfait, Lucien l’âne mon ami, il ne me reste plus qu’à te dire que Maikäfer flieg ! Est une des plus célèbres berceuses allemandes, qui sans doute remonte à la nuit des temps et qui avait déjà son usance militaire du temps de Till lors de la Guerre de Trente Ans. Il en existe des dizaines de versions, dont celle de Klabund.

 

Et maintenant, la tienne, dit Lucien l’âne. J’espère toutefois que ta version rend grâce à la poésie de Klabund. Quoi qu’il en soit, tissons le linceul de ce vieux monde cafardeux, mortifère, lamentable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Quand ils sont partis à la guerre -

Papa était un Maikäfer – Maikäfer vole -

À la fenêtre, ils se tenaient là ces deux-là

Meurtris, affamés, l’enfant et la mère,

Les larmes rendaient leurs yeux aveugles :

Papa est aussi là.

 

 

La guerre finie, il rentra chez nous.

Il ôta son uniforme plein de trous.

À la fenêtre, ils se tenaient là ces deux-là

« Ne va pas dans la rue ! » « Je dois, je dois !

Vive Spartacus ! Rendre coup pour coup ! »

 

Papa est aussi là !

 

 

Le rêve de la révolution avorté,

Au matin, on va à la corvée en cadence

À la fenêtre, ils sont là ces deux-là

Quand part un train de faim et de souffrance

Pour l’éternité – dans l’éternité,

Papa est aussi là.

 

 

 

PAPA EST AUSSI LÀ
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Published by Marco Valdo M.I.
8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 22:07

 

La Bravade héroïque

 

 

Chanson française – La Bravade héroïque – Marco Valdo M.I. – 2020

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 40

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

 

Impératrice d’Autriche Marie Louise Béatrice d’Autriche-Este (dite également Marie-Ludovika)

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Il te souviendra, Lucien l’âne mon ami, que Matthias un peu naïf, porté par l’espoir, et aussi, certaine nécessité, s’était présenté à la requête de l’Empereur au château de Litomyšl, c’était dans La Danse de l’Empereur et il s’était fait éconduire, c’était dans Le Banquet. L’Empereur l’avait vilainement envoyé en pâture aux convives qui ne savaient comment passer le temps. On avait essayé toutes sortes de distractions, de la musique, des chants, des anecdotes, des récits – le tout sans succès. La conversation se mourait et la soirée virait à l’ennui. Le Matthias bêlant était une bénédiction.

 

Oui, j’ai bien en tête ces épisodes, répond Lucien l’âne. J’ai même souvenir que la situation de Matthias est des plus périlleuses et que même, le Comte – toujours cet exécrable Wallenstein – a commencé à en faire sa bête de cirque et en manière d’intermède théâtral, à le frapper.

 

Mais, vois-tu Lucien l’âne mon ami, il y a des limites à tout et même, comme chez les ânes, à la patience et à l’endurance des plus mal lotis. Et soudain, la témérité aidant, le courage s’activant, la colère, que sais-je, l’humilié réagit :

 

« Soudain déculotté, en une bravade héroïque,

À la société, Matthias présente son postérieur. »

 

Mais, me diras-tu bien, à part cette bravade héroïque, ce geste désespéré, que peut-il y faire ? Il est le jouet du destin.

 

Ah, dit Lucien l’âne, quand le destin s’en mêle, personne ne peut interrompre son avancée. J’en suis moi-même un exemple vivant et heureusement, bien vivant. Mais je m’inquiète de ce qui peut arriver à Matthias à la suite de cet acte de résistance.

 

Et tu as parfaitement raison de t’inquiéter, Lucien l’âne mon ami, même si dans un premier temps, cette bravade héroïque reçoit un accueil flatteur du public :

 

« L’Impératrice esquisse un sourire,

Toutes ces dames tremblent de rire »,

 

ce sourire de l’Impératrice est fort mal interprété par le Wallenstein qui y voit une incitation à poursuivre ses odieuses brutalités.

 

Mais au fait, Marco Valdo M.I. mon ami, excuse-moi de t’interrompre, mais j’aimerais savoir qui est cette Impératrice.

 

Il s’agit, Lucien l’âne mon ami, de l’Impératrice d’Autriche Marie Louise Béatrice d’Autriche-Este (dite également Marie-Ludovika), la troisième femme de François Ier. On pourrait dire que c’est une Italienne ; elle est aussi Princesse de Modène, née à Monza et elle mourra à Vérone. Pour la petite histoire, je veux penser qu’elle désapprouve hautement la bêtise et les coups de pied du Graf Wallenstein. Pour Matthias, l’urgence est de quitter cette salle de torture ; d’ailleurs, le comte le pousse vers l’escalier, puis le jette en bas, où, malheur !, Matthias devient le souffre-douleur de la soldatesque, qui finit par l’assommer et le jeter hors du château.

 

Tout ce qu’on peut espérer dans ce genre de traquenard, c’est d’en sortir vivant, répond Lucien l’âne. J’en sais quelque chose, car, comme tu le sais, ça m’est arrivé à moi aussi d’être battu et laissé pour mort au bord d’un fossé. Néanmoins, tissons le linceul de ce vieux monde brutal, stupide, grossier, méchant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Le valet apporte le fourrage,

Et le Graf interpelle le doux agnel :

« Mouton, tu es ! Mange, courage !

Tu n’auras pas de bretzels ! »

 

L’agnelet désespéré de cette pique

Regarde le Comte avec candeur ;

Soudain déculotté, en une bravade héroïque,

À la société, Matthias présente son postérieur.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Le pied botté va, le pied pointu vient

L’Impératrice esquisse un sourire,

Toutes ces dames tremblent de rire

Et l’ovin se carapate en vain.

 

La porte est franchie, voici l’escalier.

Le Graf crie : « Ça ne t’a pas suffi ? »

La botte de cuir martèle Matthias sans répit

Et au bas des marches l’envoie bouler.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

En bas, dans la cour sombre

Où s’ennuient longuement les soldats,

La grêle de croquenots longtemps s’abat

En une longue kermesse d’ombres.

 

Arlequin au matin s’éveille

Au son du carillon,

Du supplice de la veille,

Il lui reste un bourdon.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

La Bravade héroïque
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Published by Marco Valdo M.I.
7 février 2020 5 07 /02 /février /2020 13:29
LA MAISON BRUNE

 

Version française – LA MAISON BRUNE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Das Braune HausErich Mühsam – 1931

 

Un poème de Mühsam publié en mars 1931 dans l’hebdomadaire « Die Welt am Montag - Unabhängige Zeitung für Politik und Kultur », fondé en 1896 et fermé en 1933 (évidemment…).

Musique de Dieter Süverkrüp

Album « Erich Mühsam : Ich lade Euch zum Requiem » (1995), avec Walter Andreas Schwarz.

 

 

 

LA MAISON BRUNE

 

 

 

 

« Das Braune Haus » (La Maison Brune) se trouvait à Munich, ville considérée – in illo tempore – comme la capitale du mouvement national-socialiste. Elle était située au 34 de la Brienner Straße qui est une des quatre avenues royales à Muncih, elle-même capitale de l’ancien Royaume de Bavière. « Das braune Haus » fut le quartier général du parti nazi de 1920 à 1945. C’était l’ancien Palais Barlow de style classique acquis par le NSDAP grâce l'aide financière de l’industriel Fritz Thyssen ; la siège national du parti nazi y emménage en 1931.

La Maison brune fut fortement endommagée en 1943 et presque totalement détruite plus tard par les bombardements de l’aviation alliée. Les ruines furent enlevées en 1947 et le terrain laissé à l’abandon. Un projet de musée fut élaboré entre 1990 et 2010 afin de remplacer les ruines des fondations par un lieu de mémoire et de documentation : le centre de documentation sur l'histoire du national-socialisme, qui y a finalement été érigé.

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Oui, je sais, Lucien l’âne mon ami, tu te demandes encre une fois ce que peut cacher ce titre-là. Eh bien, tout simplement ce qu’il indique : une maison brune, car brune, elle l’était au propre : sa façade était ocre, et au figuré : elle était la maison nazie en uniforme S.A., le siège du NSDAPNationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, Parti national-socialiste des travailleurs allemands. Ceci dit, j’indique tout ce qui la concerne au passé, car véritablement, elle n’existe plus : la guerre l’a ruinée.

 

Quelle excellente idée, dit Lucien l’âne, qu’elle a eue la guerre de raser la Maison Brune et d’éliminer son résident principal et toute sa clique. Mais donne-moi, si tu en connais, quelques informations sur cette maison brune.

 

Une idée d’autant meilleure, enchaîne Marco Valdo M.I., qu’elle pouvait devenir une sorte de symbole, de lieu de pèlerinage nazi qui aurait inopportunément rappelé que la ville de Munich avait été « honorée » par le Parti à partir de 1935 du titre d’« Hauptstadt der Bewegung » – « Capitale du Mouvement », chose qu’il convenait de faire oublier. Donc, dans un premier temps, elle fut quasiment détruite par les bombardements et par la suite, la ville a fait déblayer les ruines et a fait bâtir à sa place un Centre de Documentation sur l’histoire du National-Socialisme, qui en rappelle méticuleusement tous les méfaits et les crimes, afin qu’on sache ce qu’il a fait réellement.

 

Merci de toutes ces précisions, Marco Valdo M.I. mon ami. À présent, ne pourrais-tu pas me parler un peu de la chanson elle-même, car pour ce qui est de son auteur Erich Müsham, je me souviens que tu avais écrit toi-même une chanson à sa mémoire et à cette occasion, on avait longuement dialogué à son sujet. Elle s’intitulait, si je me souviens bien : « Erich Mühsam, poète, anarchiste et assassiné ».

 

C’est exact, Lucien l’âne mon ami, tu as une très bonne mémoire. C’était même la soixante-troisième chanson du cycle des Histoires d’Allemagne, qui couvrait tout le siècle dernier en plus de cent-vingt chansons. Pour ce qui est de cette chanson-ci, elle est principalement la réflexion d’un chômeur qui met en balance la misérable condition qui est la sienne ainsi que son triste logement :

 

« Dans notre cage à lapins, affamés,

On est coincés dans un logement confiné »

 

et celle du nazi de base : « il vit lui-même dans un trou à rat » et le palais d’Hitler, la Maison Brune. Il en détaille le décor et en profite pour ramener le Führer à sa médiocrité artistique au travers de cette péremptoire affirmation de la Maison :

 

« Alors la Maison Brune clame clairement :

Qu’il reste ce qu’il était avant ! »

 

Je me souviens aussi, Marco Valdo M.I. mon ami, que tu avais fait la version française de « Das Lied vom Anstreicher Hitler » de Bertolt Brecht sous le titre LA CHANSON DU PEINTRE HITLER. C’était la soixante-cinquième chanson du cycle des Histoires d’Allemagne. Ainsi, concluons et tissons le linceul de ce vieux monde aux relents nazis (une poignée de mains en Thuringe ébranle ces jours-ci toute la République Fédérale Allemande), bégayant, insouciant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Pointer n’est pas un passe-temps !

Travailleuses et travailleurs,

Chaque jour vont en de longs rangs

Demander un travail, une occupation

Et sans respect pour le demandeur,

On leur répond : « Merci beaucoup – non ! »

 

 

Dans notre cage à lapins, affamés,

On est coincés dans un logement confiné.

Seul le nazi peut supporter ça,

Car après Munich, son rêve s’est élevé,

Mais il vit lui-même dans un trou à rat

Et Hitler vit dans un palais doré.

 

 

Entre le marbre, le verre et le bronze,

Les persans, les curiosités et les damasseries,

Sous le poids de la dette allemande,

Tristement soupire le bonze.

Triomphantes, les croix gammées pendent

Au-dessus du mobilier de leur infamie.

 

 

Sur les parois de la grande salle,

Se désolent d’héroïques croûtes banales,

Des épées, des drapeaux, des armures, des étendards

Et un râtelier plein d’armes – légal !

La Maison Brune d’Hitler clame sa gloire

Jusqu’à ce que le peuple allemand en ait marre.

 

 

Les trouffions en chemise marron,

Jour et nuit, assurent sa protection.

Et du danger et de la juiverie,

Défendent les tapisseries

D’où, croisée de la croix gammée,

L’âme personnelle d’Hitler s’est envolée.

 

 

Adolf Hitler, qui avait été

Autrefois peintre-décorateur de métier,

Marche par marche poursuit haut

Son ascension, toujours plus haut.

Alors la Maison Brune clame clairement :

Qu’il reste ce qu’il était avant !

 

LA MAISON BRUNE
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Published by Marco Valdo M.I.
2 février 2020 7 02 /02 /février /2020 12:53

 

Le Banquet

 

 

Chanson française – Le Banquet – Marco Valdo M.I. – 2020

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 39

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

 

Le Banquet des Singes

 

David Teniers II, 1690

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Quel titre, Marco Valdo M.I. mon ami ! J’en suis tout étourdi et on ne m’ôtera pas de ma cervelle d’âne que ce n’est pas un titre insignifiant. Imagine : « Le Banquet », rien de moins ; tu ne te mouches pas du pied. Qui d’autr que toi aurait osé invoquer ainsi les mânes de Socrate, Agathon, Pausanias, Aristophane, Eryximaque, Aristodème, Phèdre et Alcibiade et par ricochet, ou pour rester dans le ton, par reflet sur le mur du fond, Platon lui-même, sans plus se soucier d’ailleurs de la coïncidence.

 

 

 

Bon Lucien l’âne mon ami, il n’en est rien. Si j’ai intitulé ma chanson « Le Banquet », c’est qu’en vérité, c’en est un, même si les participants n’ont pas la même allure que les illustres Grecs. D’autant que de ce qui est du banquet proprement dit et de son déroulement, on ne s’en inquiètera que tangentiellement au personnage centra de Matthias, car dans cette saga de l’Arlequin amoureux (voilà qui nous rapproche des conciliabules grecs), le héros, tout déserteur, vagabond et misérable qu’il est, n’en reste pas moins le deus ex machina de l’histoire. C’est lui qui agite parmi ses marionnettes, en son théâtre du monde en réduction qu’est cette odyssée, pas moins de quatre Empereurs en fonction et l’inénarrable Docteur Faust, qu’on vit encore en Russie aux prises avec un Petit Père des Peuples, il n’y a pas si longtemps.

 

 

 

Tu t’égares, Marco Valdo M.I. mon ami, laisse-moi te le dire. Admettons que ce soit un Banquet de province impériale, austro-hongroise, tchèque, et pour tout résumer, habsbourgeoise ; sur ce, tournons la page et passons au reste.

 

 

 

Non, non, je ne voudrais pas aller plus avant sans te parler un peu, Lucien l’âne mon ami, d’un tableau qui me semble lui aussi illustrer et commenter – sans un mot de trop – ce banquet de Litomyšl, où va se donner en spectacle notre déserteur aux prises avec les Autorités.

 

 

 

Un tableau, dis-tu, certes, mais lequel ? Dis-moi s’en, Marco Valdo M.I. au moins assez pour que je le situe parmi tous ceux qui valent d’être regardés.

 

 

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, il n’y a pas grand-chose à en dire, si ce n’est que – comme tu le verras – c’est un banquet de singes et que cette appellation aurait bien plu à Matthias Sereno et à sa petite troupe. C’est également l’occasion de faire resurgir ce peintre qu’on dirait maintenant « belge », un peintre du XVIIe siècle - né à Anvers en 1610 et mort à Bruxelles en 1690, qui en dehors de ce que j’appellerais la « peinture obligée », produisit de très curieux tableaux.

 

 

 

 

 

Ah !, dit Lucien l’âne, je connais ça ; ce sont évidemment les tableaux les plus intéressants. Ceci dit, revenons-en au banquet, dont on n’a encore rien dit.

 

 

 

Donc, même si ce banquet n’est pas un banquet platonicien orthodoxe, je te dirai, Lucien l’âne mon ami, que c’est cependant un grand moment, une sorte de reflet de la Guerre de Cent Mille Ans, celle-là où les riches mènent une guerre sainte, une guérilla sournoise contre les pauvres, où pour les puissants, il s’agit seulement d’établir d’abord et de conforter et d’étendre ensuite la domination et en corollaire, la distance sociale. Indispensable la distance sociale : « On n’a pas élevé les cochons ensemble », en effet, suggère Lucien l’âne ; « On ne mélange pas les torchons avec les serviettes », qu’ils disent. « Séparons le bon grain de l’ivraie ». Sinon, sinon, comment distinguerait-on les riches des pauvres et comment les amateurs de richesse et d’apparence : à vrai dire, de tape-à-l’œil, pourraient-ils simuler leur ambition en se parant des symboles de la richesse et de la possession ? Que feraient-ils sans le costume, la robe, la bagnole, la piscine, le smartefone et autres babioles ? Avec quoi pourrait-on faire croire que l’on vaut plus que son voisin ? Et aussi, jouir de le voir rabaissé ? Le principe de base, c’est qu’il y a un haut et un bas et que pour bien faire, il faut qu’ils ne se confondent pas.

 

 

 

J’ai toujours vu aussi loin que je m’en souvienne – dans l’espace et dans le temps, dit Lucien l’âne, que ceux du haut n’appréciaient guère d’être importunés par la simple présence des pauvres, de ceux du bas.

 

 

 

Ainsi en va-t-il dans la chanson, reprend Marco Valdo M.I., où la rencontre – pourtant explicitement commandée et forcément souhaitée dans un moment d’égarement par le Tout Puissant François – entre l’Empereur et le saltimbanque sera vivement écourtée. L’un renvoyant l’autre :

 

 

 

« Sa Grâce apostolique s’en débarrasse ;

 

Au banquet, il renvoie le paillasse. »

 

 

 

Et pour terminer, j’imagine que ne t’échappera pas l’allusion historique à Marie-Antoinette :

 

 

 

« Et le banquet rit : « Tu as faim ? Mange le foin ! »

 

 

 

Oh, dit Lucien l’âne, elle était connue sous le nom de Madame la Brioche et plus tard, la Reine sans tête. Je m’en souviens, c’était quelques années avant ce banquet. Elle était la tante de cet Empereur grognon. Concluons en tissant le linceul de ce vieux monde stationnaire, qui s’en va à reculons « Comme s’en vont les écrevisses,
À reculons, à reculons. », trébuchant, essoufflé
et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 


 

 

Le château resplendit tel un astre ;

 

Las et lourd, l’Empereur a peu mangé ;

 

La bonne société banquette et se bâfre.

 

À la bibliothèque, l’Illustre s’est retiré.

 

 

 

Bercé par la douceur du malaga

 

Le Habsbourg embrumé rêvasse

 

Et malgré le café et les noix,

 

Un ennui impérial le terrasse.

 

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 

Les sujets sont des êtres dérangeants

 

Qui vont grouillant, rampant, bêlant.

 

Tout lavé dans sa chemise blanche empruntée,

 

Sous sa fourrure de mouton blanche et peignée,

 

 

 

Dans le couloir, le bouffon mandé attend

 

Devant la porte, depuis un bon moment.

 

Pour réveiller, le souverain qui dort,

 

Matthias bêle, bêle, bêle très fort.

 

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 

Sa Grâce apostolique s’en débarrasse ;

 

Au banquet, il renvoie le paillasse.

 

Le comte demande : Que sais-tu faire ?

 

Matthias se demande : Que vais-je faire ?

 

 

 

Le Comte dit : « Tu as faim ? : une brassée de foin. »

 

Et judicieusement les coups du pied comtal

 

Étrillent soigneusement le pauvre animal.

 

Et le banquet rit : « Tu as faim ? Mange le foin ! »

 

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 

 Le Banquet
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Published by Marco Valdo M.I.
30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 11:47
LE COUVRE-FEU

 

 

Version française – LE COUVRE-FEU – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – CoprifuocoLe luci della centrale elettrica2017

 

 
Mostar et son pont  - Avant

 

 

Couvre-feu. Une chanson dans laquelle se confondent les événements contemporains et les faits personnels. C’est l’écho d’un voyage en Bosnie que j’avais fait avec un ami il y a une dizaine d’années ; à Mostar, nous avons découvert que les clochers et les minarets maintenant effondrés se ressemblaient tous, des décombres, on ne pouvait pas les distinguer les uns des autres. Au-dedans, les arbres avaient déjà poussé, le temps écoulé depuis la fin de la guerre se mesurait à leur hauteur. Dans cette chanson, il y a une fille qui déménage à Toronto pour se rendre compte que c’est une grande Varèse et il y a aussi un ouragan en route auquel les experts ont donné son nom.

 

(Vasco Brondi)

 

 

Petit dialogue maïeutique

 

 

 

 

 

Avant la guerre de Bosnie, dit Marco Valdo M.I., il y avait un pont à Mostar ; en 1993, pendant la guerre, il fut détruit ; ensuite, après la guerre, on l’a reconstruit à l’identique – inauguration du nouveau pont en 2004. Depuis lors, il est toujours là.

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’était bien la peine de faire la guerre et de tuer tous ces gens. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde insensé, criminel, destructeur, reconstructeur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Le soir tombait

Sur une Europe multiculturelle belle et minable,

Sur un autre bar qui change de direction,

Sur un autre héros à oublier.


 

Le jour des attentats, tu as écrit

Pour rassurer tout le monde

Que comme toujours, tu étais de ce côté,

Mais pas parmi les morts ou les blessés .


 

La paix viendra inattendue et bénie :

Comme chaque soir, tu seras morte de fatigue ;

Ils seront tous agenouillés en direction de l’Amérique du Nord,

De l’Italie du Nord ou de La Mecque.


 

Tu fermeras les yeux pour voir dehors :

L’hiver le plus doux des dix mille dernières années,

Ces quatre arbres, tes saints patrons

Et ta mère, la madone des angoisses.


 

Là où il y avait un minaret ou un clocher,

Il y a un arbre en fleurs parmi les ruines.

Nous sommes deux, aveuglés par le soleil,

Pendant que tu cherches à expliquer

Ce qui nous a fait inventer :

La Tour Eiffel,

Les guerres de religion,

La station spatiale internationale,

Les armes de destruction massive,

Et les chansons d’amour.


 

Qu’est-ce qui nous rend uniques et fragiles,

Avec sept vies et sept milliards de désirs,

Une peau très fine

Et toujours assaillis de pensées


 

Sur cette planète appelée Terre –

Même si, comme nous, ce n’est quasiment que de l’eau,

Comme nous entre un amour et une guerre,

Assiégés par ce qui manque ?


 

C’était pour t’éloigner de moi, de toi,

De la place de la cathédrale,

Tu as découvert que Toronto est un plus grand Varese,

Mais à part le froid, n’est pas si mal.


 

Là, il y a des filles comme toi

Qui petites ont été très seules

Et maintenant, sont plus fortes qu’un pays entier.

Il y a un ouragan avec ton nom,

Des avions militaires qui, comme certains baisers, ne font pas de bruit.


 

Là où il y avait un minaret ou un clocher,

Il y a un arbre en fleurs parmi les ruines.

Nous sommes deux, aveuglés par le soleil,

Pendant que tu cherches à expliquer

Ce qui nous a fait inventer :

La Tour Eiffel,

Les symphonies de Beethoven,

La station spatiale internationale,

Les armes de destruction massive,

Et les chansons d’amour.


 

Ce qui nous a fait inventer :

La Tour Eiffel, les guerres de religion,

La station spatiale internationale,

Les armes de destruction massive,

Et les chansons d’amour.

LE COUVRE-FEU
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Published by Marco Valdo M.I.
29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 18:24

 

La Danse de l’Empereur

 

 

Chanson française – La Danse de l’Empereur – Marco Valdo M.I. – 2020

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 38

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Vois-tu, Lucien l'âne mon ami, le Concerto de l'Empereur fut un hommage contrarié à la Révolution française et son titre inexact transmis pour toujours à la postérité, au point d’en faire une inévitable réminiscence de l’Empereur des Français, Napoléon Ier, cette danse de l’Empereur est l’hommage forcé du bateleur Matěj Kuře, alias Matthias, Mathieu, Luigi Sevastiano, Andrea Sereno à François Ier, Empereur d’Autriche.

 

 

Ah bien, dit Lucien l’âne, voilà-t-il pas que Matthias, etc. danse pour l’Empereur. La chose est surprenante, vraiment inattendue et je suis fort curieux de savoir comment cela s’est-il produit, comme le demandait la Marquise .

 

Un peu par hasard évidemment, répond Marco Valdo M.I., mais très certainement logiquement, comme on va le voir. C’est d’ailleurs souvent ainsi que les rencontres les plus invraisemblables ont lieu, car quand même, le déserteur Matěj Kuře n’a aucune raison, ni aucun intérêt à se trouver à danser en présence de l’Empereur, qui – je rappelle tout de même – est le chef suprême de l’armée que le fugitif doit à toute force éviter.

 

Sur ça, il n’y a aucun doute, dit Lucien l’âne. S’il était reconnu, il serait sûrement dans une situation très périlleuse : arrêté, emprisonné et puis, réincorporé une fois encore, dans un régiment disciplinaire, où il serait tenu à l’œil.

 

Pour rappel et resituer cette rencontre historique, Matthias s’était réfugié loin de la ville à la bergerie du comte Wallenstein, son ancien « patron ». C’est un endroit censément isolé et tranquille, un lieu de tout repos. Il y avait été accueilli, hébergé et nourri par le berger qu’il connaissait depuis son passage au château comme « maestro di teatro ». Sur le midi, arrive une triclée de gens en berlines, le tout escorté de gendarmes à cheval. C’est la visite impériale, une venue impromptue. L’Empereur, auquel le comte entend montrer ses pouliches, ses brebis et ses jardins d’agrément, s’ennuie, s’ennuie énormément et prétexte un malaise pour pouvoir se retirer dans un petit pavillon. Entretemps, Matthias, alias Sereno, est entraîné par les soldats de l’escorte dans leur beuverie. Pour se faire bien voir de ces nouveaux partenaires, avec sa peau de mouton sur le dos, il fait des pitreries et les soldats, par blague, le poussent dans le pavillon, où il se retrouve subitement et tout seul, face à l’Empereur. C’est cette rencontre du déserteur bêlant, couvert d’une laine puante et du souverain impérial que relate la chanson.

 

Ce n’est pas une rencontre banale, dit Lucien l’âne, et le mouton ne doit pas en mener large.

 

Évidemment, reprend Marco Valdo M.I., d’autant que toute la cour, le comte de Wallenstein en tête, accourt affolée à l’idée d’un possible attentat. Pour sauver la situation, le pauvre Matthias comme à son habitude dans de telles circonstances a recours à son art de comédien de rue et sous son apparence de mouton, il se met à bêler et à danser pour amuser l’Empereur et la galerie. C’est la consternation, on s’apprête à empoigner l’animal et à le bastonner quand l’Empereur tout souriant applaudit au spectacle de ce sujet tchèque tellement poilu et malodorant.

 

Ouf, dit Lucien l’âne qui s’y connaît dans ce genre de situation – souvenez-vous de « ce pelé, ce galeux d’où venait tout le mal », il est sauvé.

 

Certes, dit Marco Valdo M.I., et même, il est requis pour une nouvelle séance en soirée au château pour amuser les invités et leurs dames. Mais pour cette soirée, il te faudra patienter ; c’est l’histoire d’une autre chanson.

 

Le destin du déserteur prend parfois d’étranges tournures, dit Lucien l’âne. J’ai un peu l’impression que comme l’âne, il doit le supporter en recourant à une infinie patience et à beaucoup de stoïcisme. Ce sont des situations philosophiques ; mais dans la Guerre de Cent Mille Ans, les pauvres et les plus faibles sont souvent forcés à des actes et des conduites qu’ils n’aiment pas. C’est le cas du travail, par exemple. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde inéquitable, forcené, féroce, pharamineux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

« Schön ! », dans sa vie, un Empereur

Connaît bien des choses et des êtres,

Des maréchaux, des prêtres et des ambassadeurs

Des ministres, des prophètes et des traîtres.

 

« Schön ! », le Kaiser d’Autriche n’a jamais

De plus loin ou de si près, approché

Si poilu, si laineux, en mouton habillé,

Un bateleur plébéien, qui plus est, un de ses sujets

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Debout face au souverain, Matěj, est sidéré:

Aucune fuite n’est laissée, aucune ouverture,

L’Empereur sourit de cette aventure :

« Schön !, Tanzen ? Peux-tu danser ? »

 

Avec sa toison sur le dos, avec sa toison sur le dos,

À quatre pattes aussitôt, à quatre pattes aussitôt,

Matthias danse la danse du mouton, la danse de la brebis,

De deux doigts, Sa Majesté applaudit, sérieux applaudit.

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Sais-tu le tchèque et l’allemand ?, demande le comte.

En ce cas, bouffon, présente-toi au château

Ce soir, décrassé, lavé comme il faut ;

Nous t’attendrons pour la danse de la tonte.

 

« Bonne nuit, Père Prosper, à la fête, je suis attendu

En personne. » « Vous connaissez donc l’Empereur ? »

« Je suis son fou de cour, à peine devenu,

Pour toujours, pour un jour, pour une heure. »

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 La Danse de l’Empereur
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Published by Marco Valdo M.I.
26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 17:47

 

La Visite impériale

 

Chanson française – La Visite impériale – Marco Valdo M.I. – 2020

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 37

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Souviens-toi, dit Marco Valdo M.I., après l’enterrement de Serenus et la longue veille qui s’en était suivi, à laquelle Matthias s’était mêlé, manière de profiter un peu du banquet et avait pour ce faire laissé sur la place du village tout son petit théâtre. Une rébellion, une petite révolution avait secoué la troupe abandonnée. Il s’y était élevé des velléités d’indépendance ; certains s’étaient même quasiment mis en route. Ce n’est que grâce à l’intervention du Docteur Faust et de Polichinelle, la scission avait été évitée. Au matin, tous s’étaient ravisés et sous la houlette de Matthias, devenu entretemps Andrea Sereno, ils avaient repris le chemin de la clandestinité.

 

De ça, je me souviens, répond Lucien l’âne. Et maintenant, que va-t-il se produire ? Il faut quand même que parfois, ils s’arrêtent et qu’ils donnent un spectacle histoire d’avoir de quoi vivre. Et puis, quel sens aurait une troupe de théâtre qui ne jouerait jamais ? On finirait par s’apercevoir de la supercherie.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, même s’il est dit « pour vivre heureux, vivons cachés ! », même les déserteurs doivent se nourrir et ne peuvent rester en permanence cachés. Ils doivent nécessairement être quelque part ; en l’occurrence, cette fois, en Enfer. Enfin, dans la salle de l’Auberge « À l’Enfer » et dans cet Enfer, la troupe se sent bien et elle consentirait volontiers – moyennant juste compensation – à y donner quelques représentations divertissantes de théâtre miniature. Tout se présente sous les meilleurs auspices, mais au samedi matin, tout ce petit monde est proprement mis à la porte et poussé hors de la ville ; le tout, sans ménagement. Bref, on dégage ! Cet impromptu est inattendu, tout à fait anormal : il doit se passer quelque chose.

 

Oui, dit Lucien l’âne, j’ai déjà connu ça ; ce sont des choses qui arrivent. Généralement, on chasse les mendiants, les gitans, les juifs, les étrangers, les sans-papiers, les damnés de la terre. Souvent, ça ressemble à un grand nettoyage de printemps : on balaye tout.

 

Tu vois juste, Lucien l’âne mon ami, c’est une sorte de grand nettoyage qu’organisent les autorités de Litomyšl, cette petite ville de Bohême d’où Matthias, à l’époque Luigi Sevastiano, avait déjà dû fuir. C’était le récit que faisaient :

L’Aveu théâtral : où pour survivre, Arlequin (alias, alias) à l’instigation de la Comtesse se fait conseiller in teatro auprès du Comte de Wallenstein.

Le Bouffon de Franziska : où Arlequin, conseiller in teatro est captif de la Comtesse qui le traite sous le nom germanisé d’Harlekin.

Une Statue ne porte pas de Caleçon : où Arlequin, revenu sur scène, se retrouve le cul nu sur la scène du théâtre du Comte Wallenstein.

La Pécheresse aux jolis Doigts : où on découvre le portrait d’Arlecchina.

La Confession d’Arlequin : où on apprend comment Arlequin, chassé par le Comte, se réfugie pour l’hiver chez les pères et obtient cette grâce par un artifice de confession.

La Mare aux Cochons : où l’Arlequin qui étouffe entre les murs religieux, fait le mur et tombe dans la mare aux cochons.

Le Retour du Printemps : où Matthias n’en pouvant plus se décide à rentrer chez lui.

 

On se croirait dans le jeu de l’oie, dit Lucien l’âne, voilà un fameux retour à la case départ. Je me demande ce que va faire Andrea Sereno, qui si je m’y retrouve, est le nouvel habit d’Arlequin.

 

Après avoir marché un temps, dit Marco Valdo M.I., Andrea Sereno avec sa hotte sur le dos rejoint la propriété de campagne du Comte Wallenstein, composée essentiellement d’un haras et d’une bergerie dont Matthias connaît l’existence et le berger depuis le temps où lui-même travaillait pour ce comte aux ambitions théâtrales. Habituellement, c’est un lieu calme, idyllique, bucolique où il ne passe pas grand monde. Matthias trouve refuge à la bergerie et est même nourri par le berger, mais au matin du dimanche, à l’heure de la grand-messe, arrive toute une cohorte de berlines, suivie par un peloton de gendarmes à cheval. C’est pile le jour de la visite impériale – précisément, celle de François Ier Empereur d’Autriche, mais François II comme Empereur du Saint Empire. C’est un événement qui ne s’est jamais produit qu’une seule fois dans l’Histoire : ce jour-là. Le reste et comment Arlequin rencontre l'Empereur, je te laisse le découvrir avec la chanson.

 

Je m’en vais le faire à l’instant, Marco Valdo M.I. mon ami, et je suis déjà inquiet de savoir où cette visite perturbante va conduire le déserteur Matěj Kuře, présentement Andrea Sereno, soldat méritoirement démobilisé. En attendant, tissons le linceul de ce vieux monde impérial, bucolique, protocolaire, hasardeux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Septembre mouille le soir de ce jeudi

À l’auberge de l’Enfer – un bel abri,

Où Matthias passe la nuit incognito,

Nul ne l’a reconnu en Andrea Sereno.

 

Vendredi, à l’Enfer, Sereno et sa troupe

Donneraient volontiers quelques scènes.

Raus ! Dehors !, avec une grossièreté obscène,

Sans explication, on chasse tout le groupe.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Pour lors, ils vont par les prés verts

Chercher un gîte où se mettre à couvert :

À l’écurie du comte, ils trouvent à souper ;

À la bergerie, du fromage de brebis pour déjeuner.

 

Branle-bas de combat ! Arrive en matinée

Un convoi de sept berlines bien chargées :

Caesar Franciscus Secundus et sa dame,

Des comtes, des burgraves et des gendarmes.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

L’Empereur à Litomysl, le comte Wallenstein rayonne :

Gloire au haras, gloire à la jumenterie !

L’escorte cuit des saucisses et fait une beuverie

Où Andrea s’empiffre et s’entonne.

 

Face à l’Imperator, dans le petit pavillon,

Les soldats poussent Matthias, le mouton trublion

Et le pitre déclame :« Que son Altesse en sa clémence,

Souffre que devant elle, en artiste, je m’avance ! »

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 La Visite impériale
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Published by Marco Valdo M.I.
26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 11:06

 

UNE VIE DE BRADYPE

 

 

Version française – UNE VIE DE BRADYPE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Una vita da bradipo – Paolo Buconi – 2013[2013]

Paroles : Paolo Buconi

Musique : Paolo Buconi e Davide Fasulo

Interprétation : Martino Vaona – de Caprino Veronese, qui avait à ce moment 7 ans.

 

 

 

 

OBLOMOV

L'immortel héros


 

 

À vrai dire, la morale de cette petite chanson n’est pas très différente de celle de Lavorare con lentezza d’Enzo Del Re… : « Il n’y a pas d’urgence, avec du calme tout s’arrange : c’est le message pour mener une vie de bradype ! Il serait agréable de vivre dans la tranquillité, sans haleter. Un rythme de vie lent, c’est ce précisément qu’il faut ! Alors, ralentissons, ne courons pas comme le lion, le guépard et la gazelle d’Afrique : laissons tous nos soucis et suivons lentement le battement du cœur. »


 


 

Dialogue Maïeutique 

 

 

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, viens ici, il faut que je te dise quelque chose à propos de cette chanson. Sache, ah, d’abord que je l’avais sélectionnée grâce à ou à cause de son étrange titre : « Una vita da bradipo » – « Une vie de bradype ». Mais qu’est-ce qu’un bradype ?

 

Oh, dit Lucien l’âne en souriant de toutes ses dents, un bradype, c’est bien simple, c’est un aï, un paresseux, un unau, un bradypode, littéralement : un animal qui marche lentement. Et même, plus lentement que nous les ânes, c’est tout dire.

 

Exact, reprend Marco Valdo M.I., et qui plus est, ce bradype est la démonstration vivante de ce proverbe italien : « Chi va piano, va lontano », car le bradype, paresseux, aï, unau meurt généralement de vieillesse. En somme, comme l’avait souhaité dans sa chanson Le Testament, Tonton Georges :

 

« S’il faut aller au cimetière,
Je prendrai le chemin le plus long,
Je ferai la tombe buissonnière,
Je quitterai la vie à reculons.
Tant pis si les croque-morts me grondent,
Tant pis s’ils me croient fou à lier,
Je veux partir pour l’autre monde
Par le chemin des écoliers. »

 

Donc, enchaîne Lucien l’âne, tu avais choisi cette chanson eu égard à l’étrangeté de son titre, mais encore ?

 

Eh bien, répond Marco Valdo M.I., un moment, au début, j’ai eu peur de me fourvoyer quand j’ai vu – comme on peut se tromper, comme on peut se laisser abuser par des stéréotypes – que c’était une chanson présentée à un festival de la chanson enfantine. J’ai un moment hésité avant de me mettre à composer cette version française. Est-ce que – comme le titre italien l’annonçait – ça en valait la peine ? Cependant, et la chose se vérifie ainsi, c’est en faisant ma version française que je me suis rendu compte de mon erreur, que j’ai pu porter une appréciation fondée.

 

Comme quoi, dit Lucien l’âne, il faut toujours suivre sa première impulsion, sa première impression, sa première intention afin de vérifier sa pertinence ; sinon, comment savoir ? Bref, tu as fait une version française, mais encore ?

 

Chemin faisant, Lucien l’âne mon ami, je me suis aperçu qu’une autre dimension de cette chanson me venait à l’esprit par l’oreille avec ce « Sciubidubidù » italien, qui me renvoyait à la célèbre scie française « Scoubidou », l’impérissable œuvre du bellâtre Sacha Distel, un navet de poids, mais qui – et c’est là intéressant – est elle-même tirée d’une chanson où est né le « shoo-bee-doo-be-doo » ou « Scooby-dooby-scoo-doo), à savoir « Apples, Peaches and Cherries » (1953) d’Abel Meerepol, alias Lewis Allan, auteur de « Strange Fruit » (1930), un homme qui, soit dit en passant, adopta les enfants des Rosenberg, assassinés sur la chaise électrique en 1953.

 

Fort bien, dit Lucien l’âne, mais je ne sais toujours pas ce que raconte la chanson, ni pourquoi tu as l’air si satisfait d’en avoir fait une version française. Si tu voulais éclairer ma lanterne…

 

Soit, répond Marco Valdo M.I., voici. J’insiste sur le fait que ma réflexion est tout entière fondée sur ma version française, autrement sur la manière dont j’ai interprété la chanson originelle ; je le dis, car j’ai conscience d’avoir un peu dérivé. Le résultat est une chanson un brin décalée, un soupçon dada et fortement ironique. Elle tient de la fable animalière, pimentée de scoubidou. C’est l’histoire d’un bradype un peu soucieux de son avenir – on le comprend il est censé vivre cent ans – essaye de calmer la précipitation humaine et son goût immodéré pour le travail et la production ; cet aï songe aux conséquences que tout ça peut avoir sur le monde. Cette attaque frontale contre le travail rejoint celle d’autres chansons telles que : Travailler, c’est trop dur (Zachary Richard), Je peux pas travailler (Boris Vian) et Le Travail, c’est la Santé (Henri Salvador). Et je ne peux m’empêcher d’évoquer ce bon vieil Oblomov, une des figures majeures de cet art de vivre.

 

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, comme tu fais bien d’appeler ici la mémoire du grand fainéant d’Oblomov, sans doute le plus formidable héros de la Russie et puis, cette longue dissertation, tout ça inrigue et donne à cette soi-disant « canzoncina » – « chansonnette », une dimension inattendue : c’est une canzone, une chanson à part entière. C’est pourquoi tu as bien fait de « rendre à César ce qui est à César » et à Paolo Buconi, sa chanson. Même si elle nous est parvenue par un chemin tordu. Cet itinéraire est anecdotique, ce qui compte, c’est la chanson et son auteur ; pareil évidemment pour la version française. Alors maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde pressé, mal fagoté, infantile, infantilisant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 

Quelle fatigue d’être au monde, ce monde en escaliers

Qui descendent, qui montent, où tous veulent arriver.

Le lion, le guépard, la gazelle courent comme des dératés.

Il vaut mieux ralentir, sinon on va s’effondrer.


 

Qu’elle est belle,

La vie de bradype !

Avec calme,

On vit lentement.

Le monde en nous imitant

Changerait en un instant.

Mais finalement,

Dites-moi : qu’y a-t-il de si urgent ?

Qu’elle est belle

La vie de bradype,

Scoubidou, ha !

Scoubidou, ha !

Dites-nous, quelle urgence, déjà,

Il y a ?


 

Je connais les tigres, les crocodiles féroces, Greuh !

Des animaux intelligents, tous stressés ! Euh... euh... euh... euh...

Mais pour vivre jusqu’à cent ans, il faut le vouloir.

Laissez tomber les soucis et vivement le soir !


 

Qu’on se couche ! Scoubidou, ha !

Qu’on se couche ! Scoubidou, ha !

Qu’on se couche ! Scoubidou, ha !

Qu’on se couche ! Scoubidou, bidou, ha !


 

Qu’elle est belle,

La vie de bradype !

Avec calme,

Jamais on ne se presse.

Quelle délicatesse,

On freine à l’avance,

Mais dites-moi : quelle urgence ?


 

On bouge en douceur

En suivant les battements du cœur ;

On vit tout tranquillement,

Lentement, doucement, mais sûrement.


 

Scoubidou, ha ! Scoubidou, ha !

Scoubidou, ha ! Scoubidou, ha !

Scoubidou, ha ! Scoubidou, ha !

Scoubidou, ha ! Scoubidou, bidou, ha !


 

Qu’elle est belle, Scoubidou, ha ! Scoubidou, ha !

La vie de bradype, Scoubidou, ha !

Qu’elle est belle, Scoubidou, ha ! Scoubidou, ha !

On freine tout le temps, Scoubidou, ha ! Scoubidou, ha !

Le monde en nous imitant

Changerait en un instant.

Mais finalement,

Dites-moi qu’y a-t-il de si pressé ?

Pourquoi vous êtes si pressés ?

Pourquoi vous êtes si pressés ?

Car elle est belle

La vie de bradype,

Après tout, dites-moi pourquoi vous êtes si pressés,

Dites-nous pourquoi vous êtes si pressés.


 

Dites-vous : « Quelle urgence déjà,

Il y a ?!? »

Scoubidou, ha !

« Quelle urgence déjà, il y a ?!? »

Scoubidou, bidou, ha !

UNE VIE DE BRADYPE
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Published by Marco Valdo M.I.
21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 18:23
SEIZE-OCTOBRE-MIL-NEUF-CENT-QUARANTE-TROIS

 

 

Version française – SEIZE-OCTOBRE-MIL-NEUF-CENT-QUARANTE-TROIS – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne (romanesque)16 ottobre 1943Gianni Nebbiosi2019

 

Texte : Fabio Della SetaRoma in valigia. Mille e anche più sonetti in Urbe et in Orbe, Antonio Stango Editore, 2001

Musique : Gianni Nebbiosi.

Interprétation : Sara Modigliani – Calendario Civile

 

 

 

 

 

 

Massacre à Rome

Antoine Caron – 1566

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Le « seize-octobre-mil-neuf-cent-quarante-trois », voilà, Marco Valdo M.I. mon ami, une bien curieuse notation.

 

Le « seize-octobre-mil-neuf-cent-quarante-trois », répond Marco Valdo M.I., est ainsi noté, car c’est une date, un moment historique, une date, un moment, un jour pathétique, un jour, un moment, une date tragique dans l’histoire de Rome. La date, le moment, le jour d’une tragédie qui aurait pu ne pas avoir lieu si…

 

Je me demande d’abord, dit Lucien l’âne, s’il ne serait pas bien que tu me dises exactement de quoi il retourne. Qu’a-t-il pu se passer à cette date-là, ce jour-là, à ce moment-là à Rome ? Évidemment, je vois qu’on est en pleine guerre et que Rome est sous la coupe des Allemands et vit, en effet, des moments inquiétants depuis près de vingt ans déjà. Mais ces jours-là, ces moments-là, cette date-là du « seize-octobre-mil-neuf-cent-quarante-trois », que s’est-il passé de si terrible ?

 

Comme tu le supposes, Lucien l’âne mon ami, outre le fait que c’est la guerre, que Rome est sous l’emprise fasciste depuis vingt ans et que les Allemands ont fait main basse sur la ville, ce jour-là, à cette date-là – qu’on retiendra tant qu’il y aura un humain romain pour se souvenir de l’histoire, c’est le jour de la rafle de Rome : une rafle semblable à celle qui souilla Paris d’une honte indélébile l’année précédente, une rafle de juifs italiens, effectuée à Rome, par des soldats allemands ; elle se déroula sous les yeux incrédules et impuissants de la population qui n’y pouvait rien grand-chose, mais qui opposa – ce qui sauve l’honneur des gens de Rome – une résistance passive en aidant les persécutés à fuir ou en cachant ceux qu’elle pouvait. Cependant, plus de 1250 personnes furent emmenées vers Auschwitz, selon les vœux exprès de l’illuminé qui rêvait d’un Reich de Mille Ans, épuré de toute présence juive.

 

Oui, dit Lucien l’âne, il était véritablement dément ce moustachu monomaniaque. Mais j’ai comme l’idée que certains Italiens avaient des délires racistes assez en concordance avec cette doxa nazie.

 

Oui, en effet, répond Marco Valdo M.I., les Italiens fascistes, membres ou non du Parti, étaient eux aussi très enthousiastes de la nation et de la race (laquelle ?) italiennes ; c’étaient des rêveurs et des bâtisseurs d’Empire. D’ailleurs, les lois raciales de 1938 ont mis en place cette dérive catastrophique, ce racisme administratif et légal, qui isola et marqua la population dite « juive » au fer jaune, comme si on avait voulu préparer son élimination. Tout cela malgré que la présence d’une population juive à Rome est attestée depuis au moins deux millénaires, c’est-à-dire plus longtemps que la plupart des actuels Romains et évidemment, que les fascistes.

 

Par ailleurs, dit Lucien l’âne, je me souviens que dans la Rome ancienne et dans tout son Empire, il y avait une solide tradition de massacres. Mais avant que je ne conclue, dis-moi ce que raconte cette chanson ?

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, c’est une carte postale venue du fond de la terreur, un court-métrage intimiste, un plan de cinéma réaliste ; on y voit un couple de vieillards, un peu comme dans Le Maître et Martha. Ces deux vieilles gens sont pris dans la rafle et sous la menace d’une mitraillette sont emmenés. On y voit le vieil homme blessé narguer encore son persécuteur. Mais il vaut mieux lire la chanson.

 

Alors, dit Lucien l’âne, lisons et tissons le linceul de ce vieux monde persécuteur, assassin, veule, fascistoïde et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Je me rappellerai toujours ces deux petits vieux

Poussés dans le dos, par une mitraillette

Posée sur les reins, serrés tête contre tête,

Avec derrière eux, un Allemand furieux.

 

Du bras, ils se protégeaient la face ;

Elle marchait au côté de son mari blessé ;

Trop rouge encore pour avoir séché,

Le sang coulait le long de son visage

 

 

Avec orgueil, droit devant, il regardait

Comme pour refuser toute satisfaction

À la bête immonde. Au milieu de l’affliction

 

 

Du peuple romain spectateur,

Il passait et tous le voyaient :

C’était lui, à ce moment, le vainqueur.

 

SEIZE-OCTOBRE-MIL-NEUF-CENT-QUARANTE-TROIS
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Published by Marco Valdo M.I.
20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 21:29

 

Impossible

 

Chanson française – Impossible – Marco Valdo M.I. – 2020

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 36

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

LA VEILLÉE

Adriaen van Ostade – circa 1680

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Bon d’accord, Lucien l’âne mon ami, encore un titre impossible. Et je t’entends déjà le dire et me demander illico des éclaircissements, que d’ailleurs, je n’ai pas la moindre intention de te refuser.

 

De fait, de fait, Marco Valdo M.I., tu commences à me connaître et à anticiper mes petites manies. Mais enfin, il te faut l’avouer cet « Impossible » est vraiment impossible comme titre. Je suis même assez persuadé que tu les choisis ainsi ces titres dans le but d’attirer l’attention ou de troubler un peu l’apathie du lecteur. De ce point de vue tu as parfaitement raison ; il faut troubler l’apathie ; il faut susciter la curiosité, qui à mes yeux, est plutôt une indispensable qualité bien plutôt qu’un considérable défaut. Maintenant, explique-moi un peu cet impossible « Impossible ».

 

Impossible est en fait, Lucien l’âne mon ami, « le » mot de la chanson et il se justifie de la sorte pleinement. Il raconte une belle histoire, que je vais te narrer d’une autre façon, manière de la resituer dans cette longue sage de l’Arlequin déserteur. Sans être proprement tragique, la vie de ce déserteur-ci est marquée à l’aune d’une terrible désolation. Déjà comme déserteur, il est pourchassé et toujours sur le qui-vive ; il ne peut rien établir – ni lui, ni une situation quelconque (à part bien sûr, celle de déserteur). Il n’a aucune perspective que l’amère misère du lendemain et la pluie. Il a perdu ses amies : l’Arlecchina par jalousie et Barbora que la mort emporta. Il ne lui reste que sa propre carcasse et sa petite troupe en bois. Mais enfin, c’est quand même tout un monde.

 

Oh oui, dit Lucien l’âne, le monde de l’imaginaire – même en bois – est un monde en soi et c’est même toute une compagnie.

 

Cette chanson est, reprend Marco Valdo M.I. un instant interrompu, cette chanson est en langage cinématographique un « retour en arrière », un « flash back » sur l’enterrement de cet Ondřej Serenus, alias Andrea Sereno dont Arlequin entend bien usurper dorénavant l’identité et user du passeport. Après l’enterrement, les invités se réunissent pour un repas et une veille en l’honneur du disparu, à laquelle se mêle Matthias en abandonnant sur la place du village, sous le tilleul, pas loin de l’étang, toute sa troupe. Cette fois, c’en est trop pour ces petits hommes de bois et la révolte gronde. Certains proposent une sorte de coup d’État avec comme objectif de partir ensemble à la conquête du monde pour leur propre compte en s’étant débarrassé de leur chef, Matthias. Mais Faust en tête, le reste de la troupe s’indigne et crie : « Impossible ! Impossible ! » :

 

« Impossible de nous conduire en salauds,

Impossible d’abandonner un homme,

Impossible de laisser Matthias seul comme

Dans un pot de marmelade, un noyau. »

 

Au petit matin, Matthias sort de l’auberge et s’en vient rechercher son monde. Tout rentre dans l’ordre et la longue cavale reprend son cours.

 

Ainsi, dit Lucien l’âne, comme au théâtre « All’s Well That Ends Well », tout est bien qui finit bien. Dès lors, tissons le linceul de ce vieux monde impossible, humide, apathique, tragique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Le groupe a la faim aux tripes ;

Il marmonne : « Marre de l’errance !

Sous ces pluies, on gagne la grippe

Et d’autres humides souffrances. »

 

Pierrot se tient debout au bord de la mare :

« Que faire ? S’en remettre au trou d’eau,

Dire dans la vase le dernier mot ? »

Dans l’eau jaune nagent les canards.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

La faim, la pluie délayent insensiblement

La troupe de comédiens ambulants.

Le Docteur Faust crie : « Impossible ! »

Polichinelle hurle : « Pantalone, impossible !

 

Impossible de nous conduire en salauds,

Impossible d’abandonner un homme,

Impossible de laisser Matthias seul comme

Dans un pot de marmelade, un noyau. »

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

Matthias était resté pour la veille

De l’enterrement de Serenus,

À manger, à boire jusqu’à l’éveil,

À se gaver comme sur un chien une puce.

 

Ça gronde sous le tilleul, la compagnie attend.

Matthias revient à l’aube de l’enterrement ;

Sans un mot, la troupe enterre sa révolution

Et se remet en route sans discussion.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 Impossible
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