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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 17:40

 

Le Fossoyeur

 

Chanson française – Le Fossoyeur – Georges Brassens – 1952

 

 

 

 

Yorick le Fossoyeur

Eugène Delacroix - 1859

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Dis-moi, Lucien l’âne mon ami, as-tu idée d’un personnage central de notre société dont on s’ingénie à cacher la présence et même l’utilité ? Dont on s’ingénie la plupart du temps à ignorer jusqu’à l’existence ? Et pourtant, il a fort à faire de ces temps-ci, comme en temps de guerre, d’ailleurs.

 

Que sais-je, moi à qui tu penses toi ?, Marco Valdo M.I. mon ami. Est-ce le balayeur de rues qui a presque disparu ? Ou alors, le laitier qui chaque matin, comme dans Drôle de Drame, porte le lait devant les portes et même, dans les maisons ? Est-ce l’ânier qui nous faisait si souvent escorte pour veiller sur nous comme un garde du corps ?

 

Nullement, Lucien l’âne mon ami, nullement. Songe un peu à ce qui se passe en ce moment, car c’est une profession de saison et sans doute, une idée te passera - en vitesse – par ta cervelle d’âne. Comme je vois un immense point d’interrogation dessiné par ton oreille gauche, je t’offre un indice supplémentaire en te précisant que tu l’as nombre de fois rencontré lorsque tu menais certaines gens à leur dernier domicile.

 

Cette fois, dit Lucien l’âne, je suis sûr d’avoir trouvé la bonne réponse ; c’est le dernier intervenant, celui qui s’assure de votre logement éternel, qui prend le dernier relais après l’intervention du croque-mort et après l’eau bénite, quand il y en a : c’est le fossoyeur.

 

Très exactement, Lucien l’âne mon ami, le fossoyeur, celui-là même à qui Georges Brassens a consacré toute une chanson, il me paraît à la fois utile et de circonstance de l’exhumer. Elle ne date pas d’hier cette joyeuse chansonnette, même si, intitulée naturellement « Le Fossoyeur », elle est de la brûlante actualité. C’est un personnage assez proche du « Pauvre Martin », qui du reste, lui avait retiré le pain de la bouche, ce qui entre personnages d’un même auteur, n’était pas vraiment très confraternel. Voici ce qu’il avait fait :

 

« Il creusa lui-même sa tombe
En faisant vite, en se cachant,
En faisant vite, en se cachant, »

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’était à coup sûr, un manque à gagner. Quoique aujourd’hui, ce serait plutôt un coup de main ; les fossoyeurs ont tant à faire ; je dirais même, comme l’agriculture, les funérailles manquent de bras. Mais quand même, fossoyeur, quel métier ! Surtout ces temps-ci où, comme je viens de te le dire, on manque cruellement de main d’œuvre expérimentée dans ce domaine un peu particulier. Cependant, c’est une excellente idée de ressortir ce fossoyeur de la tombe.

 

Pour autant, reprend Marco Valdo M.I., il ne me paraît pas inopportun non plus de citer la fin d’une autre chanson de Tonton Georges, celle dédiée à Grand-Père, qui me semble elle aussi d’une singulière justesse, tant elle est consolante pour les défunts qui s’en vont aujourd’hui au cimetière (quand ils y arrivent) comme ils allaient la veille au bistro, pour chercher une compagnie. Mais à présent, paraît-il, il faut attendre son tour.

 

« Bon papa,
Ne t’en fais pas,
Nous en viendrons
À bout de tous ces empêcheurs d’enterrer en rond,
À bout de tous ces empêcheurs d’enterrer en rond. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, je me souviens du début :

 

« Grand-père suivait en chantant
La route qui mène à cent ans. »

 

et que « la mort, la mort, la mort le prit », comme elle avait surpris l’amateur de nombril de femme de flic (Le nombril des femmes d’agents).

 

Oh, tu sais, Lucien l’âne mon ami, il y en a encore d’autres qu’il ne faudrait pas négliger en ces circonstances : « Le Testament », qui conviendrait tant à tant :

 

« Ici-gît une feuille morte,
Ici finit mon testament.
On a marqué dessus ma porte :

« Fermé pour cause d’enterrement. »
J’ai quitté la vie sans rancune,
J’aurai plus jamais mal aux dents :
Me voilà dans la fosse commune,
La fosse commune du temps.
Me voilà dans la fosse commune,
La fosse commune du temps. »

 

« Oncle Archibald », qui montre la bonne voie à beaucoup, la bonne façon de s’en aller« Quand faut y aller, faut y aller » :

 

« Et mon oncle emboîta le pas
De la belle, qui ne semblait pas
Si féroce
Et les voilà, bras dessus, bras dessous,
Les voilà partis je ne sais où
Faire leurs noces,
Faire leurs noces. »

 

et une qui s’impose plus que tout de nos jours : « Les Funérailles d’antan ».

 

Oui, oui, dit Lucien l’âne, surtout le début :

 

« Jadis, les parents des morts vous mettaient dans le bain,
De bonne grâce, ils en faisaient profiter les copains.
Y a un mort à la maison, si le cœur vous en dit,
Venez le pleurer avec nous sur le coup de midi
 »
Mais les vivants
aujourd’hui ne sont plus si généreux,
Quand ils possèdent un mort, ils le gardent pour eux. »

 

Et songe qu’il y a encore « L’Auvergnat »

 

« Toi l’Auvergnat quand tu mourras
Quand le
croque-mort t’emportera »

 

Soit, Lucien l’âne mon ami, mais je suggère (aux messieurs, évidemment) une fin aussi heureuse que celle revendiquée par « L’Ancêtre » (et par moi aussi, d’ailleurs), qui réclamait l’heure de la pipe avant de la casser.

 

« Quand nous serons ancêtres,
Du côté de Bicêtre,
Pas d'enfants de Marie, oh ! non,
Remplacez-nous les nonnes
Par des belles mignonnes
Et qui fument, cré nom de nom ! »

 

Pas la cigarette, évidemment ! À propos de pipe, il faut dire toute la justesse qu’il y a dans ce passage de la chanson « Le Temps passé » :

 

« Il est toujours joli, le temps passé.
Une fois qu’ils ont cassé leur pipe,
On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés,
Les morts sont tous des braves types. »

 

On ne peut passer à côté de ces obsèques (zobs secs ?) des Quat’z’Arts, qui ont une fin de circonstance :

 

« Adieu! les faux tibias, les crânes de carton...
Plus de marche funèbre au son des mirlitons!
Au grand bal des quat'z'arts nous n'irons plus danser,
Les vrais enterrements viennent de commencer.

Nous n'irons plus danser au grand bal des quat'z'arts,
Viens, pépère, on va se ranger des corbillards. »

 

Remarque qu’il n’est pas question de « Mourir pour des Idées », car des idées, il n’y en a pas ; on meurt bêtement ces temps-ci ; c’est une mort de circonstance. Comme chez le grand Jacques, à mourir, on se retrouve Seul.

 

« Mais lorsqu’on voit venir
En riant la charogne,
On se retrouve seul. »

 

Je suis sûr, dit Lucien l’âne qu’on pourrait encore continuer longtemps. La mort est partout ; c’est normal, puisque c’est la dernière étape de la vie. Mais comme il nous faut finir, tissons le linceul de ce vieux monde mortel, mortifère, morticole, mortuaire et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Dieu sait que je n’ai pas le fond méchant,

Je ne souhaite jamais la mort des gens,

Mais si l’on ne mourait plus,

Je crèverais de faim sur mon talus,

 

 

Je suis un pauvre fossoyeur.

 

 

Les vivants croient que je n’ai pas de remords

À gagner mon pain sur le dos des morts,

Mais ça me tracasse et d’ailleurs,

Je les enterre à contrecœur,

 

 

Je suis un pauvre fossoyeur.

 

 

Et plus, je lâche la bride à mon émoi,

Et plus, les copains s’amusent de moi,

Ils me disent : « Mon vieux, par moments,

Tu as une figure d’enterrement »,

 

 

Je suis un pauvre fossoyeur.

 

 

J’ai beau me dire que rien n’est éternel,

Je ne peux pas trouver ça tout naturel

Et jamais je ne parviens

À prendre la mort comme elle vient,

 

 

Je suis un pauvre fossoyeur.

 

 

Ni vu ni connu, brave mort, adieu !

Si du fond de la terre, on voit le Bon Dieu

Dis-lui le mal que m’a coûté

La dernière pelletée,

 

 

Je suis un pauvre fossoyeur.

 

 Le Fossoyeur
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Published by Marco Valdo M.I.
19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 16:38

 

Jours tranquilles

 

 

 

Chanson française – Jours tranquilles – Marco Valdo M.I. – 2020

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Comme tu le sais, Lucien l’âne mon ami, l’humanité vit une période assez particulière et peut-être étonnante aux yeux d’un observateur à l’esprit calme et curieux. Ainsi, actuellement, ici, tout ou presque est à l’arrêt – sauf ce qui ne l’est pas, bien évidemment. Sauf le bruit infernal qui sort des boîtes électriquement alimentées.

 

Sans doute, Marco Valdo M.I. mon ami, en ces temps d’obligations et d’interdictions civiques de toutes sortes a-t-on oublié de préciser que lorsqu’on regarde la télévision ou qu’on écoute la radio, il est de bon ton de couper le son.

 

Oui, reprend Marco Valdo M.I., ce serait une excellente chose qu’un peu de silence afin que l’on puisse vraiment bénéficier de ces jours tranquilles. Les jours tranquilles, c’est le rêve absolu et c’est le titre de cette chanson, que j’avais d’abord intitulée « Vive les Vacances ! ».

 

Mais alors, interroge Lucien l’âne, ces jours tranquilles d’où viennent-ils ?

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, ces jours tranquilles sont une réminiscence d’un roman de l’exilé étazunien Henry Miller« Jours tranquilles à Clichy », qui relate son séjour à Paris dans les années 1932-33, années qui précèdent l’installation du Troisième Reich. « Das Dritte Reich » est la chanson de Kurt Tucholsky dont j’étais occupé à faire une version française quand m’est venue cette soudaine envie d’écrire cette chanson-ci, chanson de circonstance.

 

Une chanson de circonstance ?, demande Lucien l’âne, et me semble-t-il doublement de circonstance.

 

Doublement, en effet, Lucien l’âne mon ami. Ces jours tranquilles (ceux de Miller), qui précèdent à peine, l’ascension des folies impériales, semblent confirmer l’adage maritime : « le calme avant la tempête ».

 

C’est étrange, dit Lucien l’âne, la manière dont les idées se forment dans la tête ; on dirait des collisions de mots. Ainsi, je suppose que l’autre circonstance est cet étrange printemps qui s’annonce.

 

Précisément, répond Marco Valdo M.I., un peu comme pour les chats qui s’empressent de sortir de leur torpeur hivernale pour saluer la venue du printemps, j’ai décidé séance tenante, pris d’une certaine impulsion, de faire cette petite chanson sans prétention. Tellement sans prétention que je n’oserais t’affirmer en connaître véritablement l’objectif, ni même si elle en a un. C’est une chanson, c’est tout. Et les chansons, c’est comme les idées, il faut les saisir quand elles passent, sinon on les perd et c’est ce qu’avait dû faire Charles d’Orléans qui, prisonnier des Anglois, disait à l’orée d’un lointain printemps :

 

« Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye,
Et s'est vestu de brouderie,
De soleil luyant, cler et beau.

    Il n'y a beste, ne oyseau,
Qu'en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissié son manteau !

    Riviere, fontaine et ruisseau
Portent, en livree jolie,
Gouttes d'argent, d'orfaverie,
Chascun s'abille de nouveau :
Le temps a laissié son manteau ! »

 

M’est avis, dit Lucien l’âne, que dans ces circonstances, ce qu’il faut, c’est un instantané, comme il s’en fait en photographie. Clic, voilà tout. Enfin,sans plus épiloguer, tissons le linceul de ce vieux monde en débandade, croulant, paniquant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Hier, l’hiver s’est enfui

De tout le pays.

Ce matin, le matin est gris :

C’est le printemps des souris.

Ce matin, il n’y a pas de vent.

L’air stagne vacant.

Le monde est en pénitence.

Vive les vacances.

 

Tout comme les fleurs,

Les feuilles hésitent fort

À sortir leurs corps,

C’est le printemps en pleurs.

Un bourdon solitaire dépaysé

Papillonne.

Le clocher bourdonne,

Tout est confiné.

 

Certains ont de la chance :

Les croyants en confiance

Partent en avance

Pour de grandes vacances

Au Paradis,

Au grand pays

Du soleil et des houris.

Vive les vacances !

 

Notre avenir est tout en patience,

Vive les vacances !

C’est le temps des jonquilles !

La vie en jaune conserve.

Terrés dans la réserve,

Avec ou sans famille,

Au cœur de la ville,

On coule des jours tranquilles.

 

Jours tranquilles
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Published by Marco Valdo M.I.
17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 21:16

 

Un Branle-bas en Bohême

 

 Chanson française – Un Branle-bas en Bohême – Marco Valdo M.I. – 2020

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 46

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, j’anticipe ton inévitable question à propos du titre : » Un Branle-bas en Bohême » ? Qu’est-ce à dire ? D’abord, il faut préciser ce qu’est un branle-bas, du moins au sens où il est employé ici. Comme on est en Bohême, qui est une région d’Europe Centrale, nullement maritime et franchement montagneuse, il va de soi que le branle-bas ne peut être celui en vigueur dans la marine à voile : une manœuvre destinée à plier et déplier les hamacs – les-dits hamacs étant nommés les branles, du fait qu’à l’usage, ils se balançaient, ils s’agitaient de bas en haut, de gauche à droite, et inversement. Tel était le sens d’origine de cette curieuse expression. Le branle-bas n’est pas non plus ce qui faisait tant rire les gamins de mon école. Pour fait court, je te dirai qu’il s’agit de ce moment d’alerte où tout brusquement est désordonné, chaotique avant de se recomposer pour le combat. Ramené à la Bohême de 1805, c’est cette agitation qui naît de l’annonce de la guerre et de la mobilisation qui s’ensuit.

 

Autant dire, commente Lucien l’âne, que la chanson pourrait s’intituler « Mobilisation générale en Bohême ».

 

Exactement, reprend Marco Valdo M.I. ; en fait, la chanson raconte, vue du camp autrichien, de la cour de François Ier, le début d’une de ces guerres napoléoniennes. En gros, le Kaiser avait eu l’idée de chasser les Français de Bavière. Napoléon arriva en force et défit les armées de Mack. L’affaire se termine en une sorte de joyeuse entrée à Vienne : les habitants applaudissaient aux fenêtres, il n’y avait pas eu de combat. Quelques semaines plus tard, c’était la bataille des Trois Empereurs à Austerlitz. Tel est le contexte historique.

 

Ah, dit Lucien l’âne, je pense qu’il y a déjà une chanson sur cette bataille où il est question de Koutouzov et son scepticisme quant aux ambitions du tsar. Au fait, pour rester dans l’actualité et faire un clin d’œil à ta dernière chanson « Le Vî Russe ou la Victoire de l’Amour », on peut dire qu’assurément, Koutouzov en était un de vî Russe.

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, tu as toujours ta mémoire d’un âne, digne des fables de la comtesse Rostopchine. Quant à la chanson, elle s’intitulait « Le Sommeil Tranquille de Koutouzov ». Pour en revenir à notre histoire d’Arlequin déserteur, ce nouvel accès de fièvre guerrière ne va certainement pas lui permettre de connaître la vie tranquille qu’il recherche depuis longtemps. Vois le dernier verset où il est dit :

 

« C’est le branle-bas en Bohême, en somme .

On enrôle jeunes, vieux, tous les hommes ;

Tous y passent, fermiers, mariés, estropiés,

Artistes, vagabonds, nul ne peut y couper. »

 

Ça s’annonce mal, en effet, répond Lucien l’âne, pour le déserteur. Mais c’est toujours ainsi dans la Guerre de Cent Mille Ans, que les riches et les puissants font sempiternellement pour se départager les dépouilles des pauvres et assurer leur propre domination, leurs privilèges et étendre leur imperium sur les populations humaines. Au fait, la question se pose de savoir comment être riche et puissant, s’il n’y a pas de pauvres et de dominés ; en corollaire, on est d’autant plus riche et plus puissant qu’il y a plus de pauvres et plus de dominés. Enfin, comme on dit au théâtre, le décor est planté ; attendons les trois coups. Pour l’heure, tissons le linceul de ce vieux monde caduc, perclus, inconscient, paniqué, absurde et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

La guerre lorgne le pays.

François, l’Empereur, est mal pris :

Son étoile est mal placée,

La Cacanie est mal préparée.

 

Rien ne tient : ni ses officiers,

Ni ses fantassins, si ses chevau-légers.

Sa monnaie, ses réserves, tout à fondu.

Pauvre souverain, il est tout perdu.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

L’Europe ressemble peu à une orangerie

Et le Kaiser n’a rien d’un oiseau de Papouasie.

Il choisit le camp des Russes et de l’Angleterre ;

Mauvaise affaire, que va-t-il faire dans cette galère ?

 

Le Corse s’élance, vif comme l’éclair,

Les armées de France traversent le continent,

Foncent en Bavière allègrement

Et triturent l’adversaire comme des pommes de terre.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Avide de gloire, le tsar entre dans la danse

Pour vaincre les gens de France.

Koutouzov n’aime guère la guerre

Et déconseille l’aventure militaire.

 

C’est le branle-bas en Bohême, en somme .

On enrôle jeunes, vieux, tous les hommes ;

Tous y passent, fermiers, mariés, estropiés,

Artistes, vagabonds, nul ne peut y couper.

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

Un Branle-bas en Bohême
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Published by Marco Valdo M.I.
16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 18:55
Le Vî Russe ou la Victoire de l’Amour
Chanson française – Le Vî Russe ou la Victoire de l’Amour – Marco Valdo M.I. – 2020

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Ceci, Lucien l’âne mon ami, est une parodie, mais ne t’y trompe pas, une parodie est une chanson en soi. Ce n’est pas un ersatz, une vaine copie et puis, celle-ci en tous cas, est bien plus que ça. Disons qu’elle est surgie à la lecture de la parodie que fit l’autre jour, en toscan florentin, l’Athée du XXIe Siècle sous le titre : « I’ vìrusse, ovvero L’ Alluvione adattata alle esigenze di’ momento » (I’ vìrusse, c’est-à-dire le déluge adapté aux besoins du moment) de la chanson L’Alluvione de Riccardo Marasco . Tu vois tout de suite que la chose est assez compliquée.

 

En effet, je n’ai déjà rien compris, Marco Valdo M.I., à ce que tu m’as dit. Enfin, si quand même, mais précise un peu.

 

Oui, il me faut préciser, car l’affaire ne s’arrête pas là, dit Marco Valdo M.I. en souriant. Cependant, reprenons. J’ai donc fait une chanson, inspirée par une autre chanson, inspirée d’une chanson.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ça je comprends. C’est presque toujours comme ça, dans la chanson.

 

Cette chanson est une nette allusion, Lucien l’âne mon ami, non seulement à l’Alluvion, autrement l’inondation de Florence en 1966, mais aussi, certainement, à la situation que nous subissons.

 

La situation ?, dit Lucien l’âne. Tu veux sans doute parler de cette histoire de virus qui agite les populations comme des vers dans le panier d’un pêcheur.

 

Exactement, Lucien l’âne mon ami. De cette chanson, revisitée par l’Athée XXI, au commencement, j’ai gardé – disons – la structure et l’avancée ; un peu le rythme aussi. Bref, je cheminai avec elle. Jusqu’à tant qu’il m’est venu l’idée qu’il existait une chanson française où un Russe, un Russe blanc, prénommé Igor s’est perdu dans un bar où il n’arrête guère de boire, car sa Katie l’a quitté ; c’est d’ailleurs le titre de cette chanson de Boby Lapointe : « Ta Katie t’a quitté ».

 

Houla, dit Lucien l’âne, ça démarre fort ton histoire. Je me réjouis déjà de l’entendre. Mais, procède, je t’en prie.

 

Donc, Igor (celui de Lapointe) est un Russe blanc, donc, forcément, un vieux Russe, ce qui se dit par chez nous, comme tu le sais, un Vî Russe. Il est aux prises avec le virus et quinteux, s’en va en ville à la recherche d’un secours, d’autant qu’il s’imagine que sa Katie l’a quitté. C’est une fausseté que lui souffle le malin virus pour le démoraliser. Igor entend alors chanter Boby et en finale aussi, mais le refrain a changé ; bonne fin, bonne nouvelle, Katie est rentrée. Et puis, il y aurait tant à expliquer, que chacun use un peu ses méninges ! Et lise la chanson. D’ailleurs, Boby ne donnait jamais d’explication. Un dernier indice pourtant : il y a là-dedans Avanie et Framboises de Boby Lapointe (Avanie et framboises sont les mamelles du destin), Le Cid de Pierre Corneille, La Ballade des Pendus de François Villon, Boileau, Otchi chornye et sans doute d’autres allusions encore. À Cambronne, par exemple. Le monde des morts est fait d’allusions. Toute la chanson est une scènette digne de l’immortel Henri Cami, son titre est d’ailleurs lui-même une allusion à sa pièce : « Dupanloup, ou les prodiges de l’amour », dont je traitais récemment dans « La Confession camique d’Henri Cami », publiée par la revue des Athées de Belgique.

 

Oui, dit Lucien l’âne en soupirant, trop de bien nuit. Alors, allons-y, Alonzo ! Tissons le linceul de ce vieux monde déboussolé, virusé (par un virus vî rusé, qui a plus d’un tour (du monde) dans son sac), angoissé, incertain et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Dante, le poète divin cède la place à Boby le marin

Ô frères humains, apprenez les adages

Quand règne la loi des grands partages,

Bactéries et virus vont sur les ailes du destin.

 

Igor est Russe et va tout seul à son bistro ;

Passe un bus, un tram, un métro,

Ils sont vides et roulent lentement.

Mais où se cachent tous ces gens ?

 

Les boutiques sont toutes fermées,

Les bars barricadés, les maisons closes ;

Les rues ont des allures d’allées

De cimetière. La ville est morose.

 

Sur la place du centre, un vî Russe

Blanc chante les yeux noirs,

Sans se soucier du virus

Qui le lorgne plein d’espoir.

 

Un cri : « Si j’entre ici, perdez tout espoir ! »

Soudain, un souffle, un courant d’air froid

Renverse un panneau, un grand écrit noir :

« La ville se meurt, mais ne se rend pas ! »

 

Igor, hagard, au bar, au café,

D’un alcool bien frappé,

D’un café bien serré,

Igor, noir, veut se consoler.

 

« Tic-tac, tic-tac,

Ta Katie t’a quitté ;

Tic-tac, tic-tac,

Ta Katie t’a quitté ;

Tic-tac, tic-tac.

T’es cocu, qu’attends-tu ?

Cuite-toi, t’es cocu.

T’as qu’à, t’as qu’à te cuiter

Et quitter ton quartier »

 

Il hoquète de la poitrine, il a peur,

Il avise là-devant une officine

Il se traîne, il se meut, il se meurt

Il s’agite devant la vitrine.

 

Derrière sa vitre blindée,

La pharmacienne éberluée

L’écoute tousser, tousser

Ses poumons fatigués.

 

Enfin, l’enchifrené peut entrer

Pour un remède acheter.

L’apothicaire lui propose une affaire :

Pour vingt euros, un masque de fer.

 

Au toussoteux, au fiévreux, elle propose

Un fébrifuge, une drogue, une quinine

Et rentrez chez vous prendre une dose,

Conclut la pharmacienne à la voix coquine.

 

Igor, en chemin, se sent toujours mourir

Il sue, il tremblote, il dégouline,

Rien ne lui sert de courir,

Déjà, il défaille, le virus le mine.

 

Les statues de la ville, les poteaux et les feux

Encouragent en son odyssée pharmacologique,

Igor, le Vî Russe, ce pauvre vieux, presque feu,

Pris maintenant en traître de la colique.

 

Judith et Olopherne lui serinent :

« Perds pas la tête, ça ira, ça ira !

Dépêche-toi de regagner ta cuisine

Katia y est déjà, ta Katia t’attend là ! »

 

Il court alors, il vole, il arrive à bon port.

Igor, le Vî Russe sème le virus encore.

Il actionne sa sirène, passe les carrefours

Contre le virus, c’est la victoire de l’amour.

 

« Tic-tac, tic-tac,

Ta Katie est rentrée ;

Tic-tac, tic-tac,

Ta Katie est rentrée ;

Tic-tac, tic-tac.

Cours-y vite, qu’attends-tu ?

J’ai le virus au cul.

T’as qu’à, t’as qu’à le semer

Et le virer du quartier.

Ta Katie est rentrée,

Ta Katie est rentrée »

 

Dante, le poète divin cède la place à Boby le marin

Ô frères humains, apprenez les adages

Quand règne la loi des grands partages,

Bactéries et virus vont sur les ailes du destin.

 Le Vî Russe ou la Victoire de l’Amour
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Published by Marco Valdo M.I.
14 mars 2020 6 14 /03 /mars /2020 21:32

 

Promenade florentine

 

 

Chanson française – Promenade florentine – Marco Valdo M.I. – 2020

 

 

 

 

 

 

 

 

Après des jours d’arrêts domiciliaires, je n’en pouvais plus. Je me suis échappé pendant trois heures. Muni de protections, circonspect, seul et à un mètre de distance. Je suis allé faire un tour en ville, à Florence.

 

Florence n’a aucun privilège particulier par rapport aux autres villes et villages d’Italie et du monde. C’est l’un des quatre lieux où le destin m’a donné naissance, également celui de l’état-civil, dont je parle parfaitement la langue et où j’habite dans un quartier décentré. Je ne vais presque jamais au centre, et seulement par nécessité ; Florence reçoit six ou sept millions de visiteurs chaque année. C’est une ville ancienne et très belle, pleine de monuments historiques et artistiques, ce qui l’a transformée en un secteur économique basé sur le tourisme. Florence, de ces jours-ci, se meurt. Je suis allé la voir, morte.

 

Ou peut-être qu’elle était déjà morte avant. Morte du tourisme de masse, de lieux, de la pacotille, du luxe, de l’Airbnb. Peut-être, qui sait, je suis allé la voir renaître. Je me promenais seul, presque comme un voleur, et il n’y avait personne. Quelques fantômes. Un pharmacien. Une fille assise sur une marche, avec des cheveux bouclés. Le serveur d’un lieu qui faisait le ménage dans le lieu fermé. Une dame avec un petit chien. Et le silence, le plus total.

Étant un voleur, j’ai volé des images. Quel jour sommes-nous ? Vendredi 13 mars 2020, de 11 h à 13 h. C’est ainsi dans le pays entier. Silencieux comme j’étais allé, je suis revenu à ma prison domestique.

 

Autrefois, dans le Vicolo del Panico (Impasse de la Panique), il y avait le MAF, le Mouvement anarchiste florentin. Au-dessus du panneau routier, celui que vous pouvez voir sur la photo, il y avait un drapeau rouge et noir avec un A encerclé. C’était dans un palais du XIIIe siècle. En 2005, il a été évacué. Ils y ont fait des appartements de luxe. Puis, ils ont fermé l’allée avec une grille pour ne pas déranger ces messieurs. Et maintenant, qu’ils aillent se faire foutre avec leur grille. La panique se répand. Que ce soit dans votre impasse. [AT-XXI]

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Ce 13 mars 2020, un vendredi 13, notez-le, dit Marco Valdo M.I., notre Athée du XXIe Siècle (c’est ainsi que je l’ai baptisé) a publié une symphonie photographico-poétique de son cru, qu’il a intitulée « Vicolo del Panico », pour la raison dite plus haut ; c’est la version française de ce texte qui sert d’introduction à ma Promenade florentine.

 

Bien, bien, dit Lucien l’âne, mais encore ?

 

Encore ?, répond Marco Valdo M.I., encore ceci que ce Vicolo del Panico est lui-même une promenade florentine et qu’il est composé d’une très remarquable série de photos, qu’il est vraiment intéressant de consulter. C’est une idée lumineuse et pour tout dire, photogénique. J’en étais resté paf ou comme on dit également, j’en étais resté comme deux ronds de flan. Du coup, je me suis dit, faisons cette promenade florentine et chemin faisant, j’y ai inclus quelques éléments rébusiques que je destinai in primis à l’Athée XXI, grand amateur d’énigmes et de notes explicatives.

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est là une autre idée intéressante et une manière d’intriguer et de distraire en ces temps où comme il semble que ce soit le cas en Italie comme ici, les gens cherchent de la distraction. Il paraît qu’en Italie, il y en a qui se mettent à leur balcon, mais il ne passe personne.

 

Évidemment, Lucien l’âne mon ami, qu’il ne passe personne, si tout le monde est à son balcon. Tiens à propos de rébus ou de citation ou d’allusion, cette histoire de balcon est un bon exemple. Comme nous le savons tous les deux, qu’il faut aller voir dans Le Pornographe de Tonton Georges. Juste dans ce verset :

 

« Chaque soir avant le dîner,
À mon balcon mettant le nez,
Je contemple les bonnes gens,
Dans le soleil couchant,
Mais ne me demandez pas de chanter ça, si
Vous redoutez d’entendre ici
Que j’aime à voir, de mon balcon
Passer les cons. »

 

Oh, Marco Valdo M.I., tu me mets l’eau à la bouche. Veux-tu bien m’indiquer quels passages de ta Promenade florentine recèlent d’aussi savoureuses allusions ?

 

Bref, c’est bon que c’est toi, Lucien l’âne mon ami, mais ça va être long et en plus, c’est biscornu. Avant tout, je tiens à signaler que j’ai francisé la désignation des lieux tels vicolo : impasse, via : rue, borgo : bourg, piazza : place. D’abord, le titre lui-même renvoie aux promenades napolitaines de Benedetto Croce, que ce philosophe avait écrites il y a un siècle. Ensuite, le premier vers renvoie à la chanson de Barbara « Ce Matin-là » (https://www.youtube.com/watch?v=K0gGcNLQoIo), qui commence ainsi :

 

« J’étais partie ce matin au bois… ».

 

Quant à être seul sur le Un sans les Huns, tu as évidemment reconnu Raymond Queneau et ses fleurs bleues et l’allusion à la disparition des touristes – les dits-Huns, dont on retrouve trace avec Attila, un peu plus loin dans la chanson. Le verset (oui, oui, ce sont des versets comme dans les livres sacrés) qui suit se réfère à « Lo avrai, camerata Kesselring » et celui qui commence par « Piazza San Marco enlevée » est tiré de « L’Insurrection de Florence », chanson elle-même reflet d’un texte de Piero Calamandrei. Tu sais aussi mon goût pour José Saramago, dont j’avais tiré ma chanson « Le Siège de Lisbonne », titre d’un de ses romans, et il m’a paru rigolo que l’Athée XXI évoque cette cécité, autre roman où il décrit l’aveuglement général de la société, digne de la Marche des Aveugles de Brueghel. Maintenant, je suis sûr que tu as repéré ces Lilas qui sont à la fois, une station du métro parisien et l’arbuste du printemps, qui bourgeonne dans les jardins. C’est aussi et ici, surtout, la chanson éponyme de Georges Brassens : Les Lilas, qui dit :

 

« Quand je vais chez la fleuriste,
Je n’achète que des lilas…

Pauvre amour, tiens bon la barre,
Le temps va passer par là,
Et le temps est un barbare
Dans le genre d’Attila. »

 

Au passage, je rappelle que la monnaie danoise est la « couronne » – en italien, « corona ». Cela dit, Tornebuoni Lucrezia, c’était aux alentours de 1450, était la mère de Laurent le Magnifique, une poétesse et fine politique, cela dit sans vouloir m’immiscer dans les affaires internes de l’histoire florentine. Je laisse de côté le sourire de Joconde du Pape et l’allusion à la fermeture des maisons closes et au retour des Belles Femmes dans les rues et au bord des routes, tous sujets qu’on pourrait développer à l’envi. Ce que faisait notamment Bocca di Rosa – Bouche de Rose ou La Complainte des Filles de Joie.

 

Ah, cette infinie paraphrase !, dit Lucien l’âne, c’est précisément là tout le sel de l’allusion.

 

Et puis, continue Marco Valdo M.I., le verset de la place ensoleillée est tiré de « L’Homme en Gris » qui renvoie à Carlo Levi et à la Resistenza à Florence vers 1944. Enfin, ce fantôme de l’Athée et le printemps qui suit :

 

« Le fantôme de l’Athée clame la nouvelle :

C’est le printemps, le printemps est là. »

 

font allusion à deux chansons : pour le fantôme à « Il camionista Ghost Rider » de Davide Van de Sfroos et le printemps à « C’est le Printemps » de Léo Ferré.

 

Tu sais, Marco Valdo M.I. mon ami, cette chanson me fait penser à La Ballade du Poète François Villon, version française de Ballade auf den Dichter François Villon de Wolf Biermann. Enfin, on sait un peu mieux ce qui se passe dans la tête de celui qui écrit des choses comme ça, mais halte, dit Lucien l’âne, pour cette fois, on en restera là. Tissons le linceul de ce vieux monde tourneboulé, coroné, fatigué, enfermé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Je suis parti ce matin faire le tour

De Florence, en compagnie de l’Athée

Qui nous a égarés comme toujours

Dans les impasses de la journée.

 

Nous étions seuls sur le Un

En ville, il n’y avait plus de Huns.

Le Bourg Pinti était un couloir désert,

Un cycliste voguait sur l’Arc de Saint-Pierre.

 

Sur la place, sans marché, pas de meeting :

Il porte bien son nom, ce Bourg des Abymes ;

Sur la place Piero Calamandrei, ce fut sublime :

On chanta « Lo avrai, camerata Kesselring »

 

« Piazza San Marco enlevée,

Via San Caterina dépassée,

Contrattaque sur la place Donatello :
Le fascisme reculait, ce n’était pas trop tôt ! »

 

Sous la voûte des aveugles, on s’est arrêté

Pour expérimenter un essai sur la cécité

En hommage à José Saramago,

On a trouvé ça très rigolo.

 

En riant, on a lu les dispositions de 1733.

À l’impasse des Lilas,

La fleuriste n’était plus là,

Des lilas, il n’y en avait pas.

 

Pauvre ami, tenons bien la barre,

Le corona va passer par là

Et ce virus est un barbare

Dans le genre d’Attila.

 

Intrépides, nous avons affronté le Bargello,

On a traversé d’un bond le Mercato Nuovo,

Et caressé le nez du Porcellino comme Andersen

En pensant à Copenhague, à la couronne et à sa petite Sirène.

 

À l’heure du repas de midi,

Le bœuf florentin nous passa sous le nez ;

Le restaurant était légalement fermé.

L’humour livournais un instant nous divertit.

 

À la rue Tornabuoni, de Laurent le Magnifique,

On célébra la mère, une grande politique.

Puis, place de la République ;

Le Pape nous fit un sourire oblique.

 

Il nous indiqua la rue des Belles Femmes :

Toutes dehors, car les maisons sont fermées.

Reste un pigeon, une fontaine goutte abandonnée

Et Dante, aviné, guigne les dames.

 

« Sur la place ensoleillée,

Les enfants en pleine journée ;

Sous le soleil, la place déserte

Se fige sous l’alerte. »

 

Piazza Santa Maria Novella –

Place Sainte Marie Nouvelle,

Le fantôme de l’Athée clame la nouvelle :

C’est le printemps, le printemps est là.

 

 Promenade florentine
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Published by Marco Valdo M.I.
14 mars 2020 6 14 /03 /mars /2020 11:02

 

La Guerre frappe à la Porte

 

 

Chanson française – La Guerre frappe à la Porte – Marco Valdo M.I. – 2020

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 45

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Comme tu l’avais remarqué depuis longtemps, Lucien l’âne mon ami, la chanson est chose poétique et souvent, énigmatique, elle s’exprime de façon cryptique. Elle joue sur la sensation de mystère, elle s’appuie sur le sentiment d’incertitude. On ne la comprend pas toujours immédiatement, mais toujours, on sent ce qu’elle veut dire. Ensuite, il y faut du temps et certaines répétitions.

 

Parfois, la chanson, vois-tu Marco Valdo M.I. mon ami, me fait penser à une ânesse qui se fait prier pour vous inviter à la danse du printemps.

 

C’est un peu ça, assurément, dit Marco Valdo M.I. ; c’est une demoiselle ou une dame qui aime prendre son temps, qui apprécie qu’on la regarde d’un œil ardent. Donc, la chanson est ainsi faite qu’il lui faut apprivoiser les gens.

 

Excellentes considérations, répond Lucien l’âne, un peu interloqué par la tournure de la conversation, mais – car il y a toujours un mais – mais que raconte cette chanson-ci au titre si ronflant ?

 

Avec les chansons précédentes : La Sainte Famille et La Résurrection, explique Marco Valdo M.I., on avait assisté à un spectacle à rebondissements.

 

Oh, dit Lucien l’âne, excuse-moi de t’interrompre, mais c’est toujours comme ça avec ces choses -là ; les gens sont tellement influençables.

 

Oui, reprend Marco Valdo M.I. en souriant, et même, fort crédules. Cependant, revenons aux faits. C’était le spectacle d’adieu de la petite troupe d’Andrea Sereno. Elle se donnait dans une caverne ou un lieu tout comme et elle s’achevait par la mort, la résurrection et la remort d’Arlequin.

 

Je me souviens, dit Lucien l’âne. La remort est inévitable dès lors qu’il y a résurrection.

 

Dès lors, on pourrait imaginer l’affaire classée, mais – car il y a toujours un mais – mais il n’en est rien, comme je m’en vas te le conter. Arlequin remort vient sur scène, silencieux et raidement étrange, Matthias pour qui aussi c’est la dernière représentation de son théâtre de marionnettes. Comme Matthias ne rajeunit pas, que ses cheveux sont partis presque tous on ne sait où, qu’il est vêtu à la va comme je te pousse, c’est une sorte de vieil épouvantail que le public distingue et comme tous les publics, il croit que c’est là une partie du spectacle, d’un spectacle censément comique, baroque, grotesque, il rit. Il rit de ce vieil homme qui fait ses adieux, planté sans rien dire au milieu de nulle part.

 

Ça me rappelle, dit Lucien l’âne, l’histoire tragique de ce clown au pied de l’échelle qui regarde avec un sourire béat de comédie la lune tout là-haut et finit sous les rires, par mourir à l’endroit où son cœur l’a lâché ; ou cet autre qui jouait du violon dans cette chanson si poignante de Gianni Esposito qui portait justement ce titre : « Le Clown », sans doute une des plus belles chansons françaises.

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, c’est bien cette atmosphère ambiguë de rire trompeur et de pleurs pour de rire dont s’habille la chanson. Et tous finalement s’en vont, le clown n’a pas bougé et dans le fond, tout en haut dans le noir, un silhouette féérique se tint immobile comme une statue. Ainsi, on n’a plus que deux statues en une sorte de jeu de miroir : le Commandeur et la Commandeuse.

 

Mais quand même, Marco Valdo M.I. mon ami, on ne joue pas Don Juan.

 

Eh bien, répond Marco Valdo M.I., si ! Ça se pourrait, car souviens-toi de l’épisode en chanson : « Une Statue ne porte pas de Caleçon », tout comme « Les cadavres ne portent pas de costard », épisode où Sevastiano, alias Matthias, Andrea et consorts, était le Commandeur.

 

Oui, en effet, répond Lucien l’âne, c’était un moment fort dramatique, d’une comicité remarquable, un instant-clé de l’histoire du déserteur. Cela dit, quoi ensuite ? Qu’est-ce qui se passe entre ce Commandeur et cette Commandeuse ?

 

Lucien l’âne mon ami, ce sont les retrouvailles d’Arlecchino et d’Arlecchina, où Arlecchina va danser la danse du ventre, chose orientale, qu’elle fera voilée aux endroits cruciaux de son anatomie, comme il se doit. Le reste, la chanson te le dira, ainsi que la rumeur de la guerre qui se rappelle aux acteurs du monde.

 

En attendant d’en savoir plus, nous qui vivons, rions, rions et tissons le linceul de ce vieux monde solennel, en état d’urgence, en alerte, couronné et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Sur les planches, l’Arlequin de bois est mort,

L’Arlecchino de chair, heureusement, pas encore.

Sur la scène, mutique commandeur anonyme,

Matthias est venu, salut ! Dernière pantomime,

 

Sans geste, sans mot dire,

Et le public de sourire

Et les gens de rire du message

Du vieux clown si sage.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

L’assistance se disperse dans le noir.

Là-haut, tout là-haut, en haut du perchoir,

Une silhouette est assise, silencieuse :

Une femme, pas une gourgandine licencieuse.

 

Vous là-haut, approchez, ne restez pas là !

Qui êtes-vous ? Je ne vous vois pas.

C’est moi, Arlecchina, Arlecchino !

Alors, tu n’es pas fâché, Pollo ?

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Oh, dis-moi, Pollo, es-tu heureux ?

Avec mes gens de bois, on a joué un peu ;

Heureux, dis-tu ? Je ne sais pas.

Je suis, je suis, je suis moi.

 

Danse, Arlecchina, mon ombre !

Danse la danse des voiles sombres

Et cache bien ce qu’on ne voit pas.

À la porte, la guerre frappe encore une fois.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 La Guerre frappe à la porte
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Published by Marco Valdo M.I.
12 mars 2020 4 12 /03 /mars /2020 12:46
LES PETITS CHATS

 

Version française du XXIe siècle – LES PETITS CHATS – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson française (beauceron) (début du XXe siècle) – Les p’tits chatsGaston Couté – 1928 (édition : La Chanson d’un gas qu’a mal tourné, E. Rey, 1928)

 

Chanson de Gaston Couté, interprète Jacques Lambour, Gérard Pierron e Bernard Meulien (1976), Vania Adrien Sens (1976), Claude Féron (1998), Christian Deschamps (2003).

 

 

 

 

 

La misère et ses victimes, femmes et enfants, enfants ou chatons… Et, de même, une autre misère, celle de l’hypocrisie anti-avortement.

Face à tous ceux qui « c’était mieux quand c’était pire »… Il y a quelques années, un vieil homme de mon pays m’a raconté comment, quand il était jeune, il était fréquent que certains nouveau-nés disparaissent… Il s’agissait principalement d’histoires de femmes et d’enfants nés hors mariage, souvent de viols consommés derrière des murs domestiques tranquilles… On disait aux mères que le bébé n’avait pas survécu à la naissance, mais elles savaient toutes qu’il avait fini comme un chaton…

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Une chanson qui raconte une histoire de chats, et même, la terrible histoire de très nombreux chatons qui finissent leurs vies (chacun d’eux en a une) prématurément ; ici, dans un étang. C’est triste, c’est pénible, mais c’est vrai de tous temps – tant qu’il y aura des hommes. Ainsi, cette chanson au titre sympathique, et pour certains nettement attendrissant, est l’écho d’un monde terrifiant.

 

J’en ai l’idée, dit Lucien l’âne, tant je l’ai vu faire souvent. C’est une misère qui désespère, mais véritablement, qu’y faire ? Les animaux sont de l’humaine nation dépendants. Ainsi, j’ai oui dire qu’en Australie, ils tuent les lapins, les rats, les chiens, les chats, les kangourous par millions à la mitrailleuse ou pire encore.

 

En fait, Lucien l’âne mon ami, homme ou animal, en toute conscience, il faut considérer ceci que l’humanité estime qu’il lui revient de régner sur le monde (enfin, sur cette minuscule et insignifiante partie des mondes qu’est la Terre), qu’il lui incombe de réguler les populations.

 

Bien sûr, Marco Valdo M.I. mon ami, cela est exact et est certainement une bonne idée ; mais que ne le fait-elle en commençant par elle-même ?

 

Comme tu pourras le voir, Lucien l’âne mon ami, c’est un peu la conclusion de la chanson.

 

Oui, dit Lucien l’âne, que ne commence-t-elle par elle-même, cette humanité qui va prochainement – sauf revirement dans sa conscience, dans sa suffisance, dans son arrogance – mettre à mort tout le vivant. En attendant, les prévisions sont affolantes : demain, dix milliards ; après-demain : vingt ou cent milliards ?; jusqu’à l’ « Only stand up ! » – « Tous debout ! Y a plus de place ! »

 

Sans doute, demain, il n’y aura plus de place, dit Marco Valdo M.I. et il ne faut pas rêver à envoyer tout ce monde-là dans l’espace.

 

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, certains disent parfois qu’une « bonne guerre » suffirait à régler ça.

 

C’est une illusion, Lucien l’âne mon ami, tu en conviendras. Même si une guerre mondiale (c’est un minimum !) ou une épidémie féroce et mondiale elle aussi (c’est le minimum minimorum) ou les deux ensemble tuaient – disons – cent millions d’humains en un an et ce systématiquement de façon récurrente, ça ne suffirait pas à tarir le flot – à supposer que la biosphère survive à pareil traitement. Quant à ramener l’humanité à la mesure raisonnable – disons – d’un milliard d’humains sur Terre, il faudrait procéder à un joli massacre ; sans compter que la question se pose de choisir les survivants. Mais qui pourrait y pourvoir ? Même le plus dément des Présidents (lequel?) n’oserait y songer.

 

Jusqu’à présent, dit Lucien l’âne, c’est apparemment hors de question. Mais allez savoir avec les Présidents qu’on élit ou avec ceux qui se hissent au pouvoir différemment.

 

Certes, dit Marco Valdo M.I., la chose est évidente et peut préoccuper certaines âmes sensibles.

 

Oh, dit Lucien l’âne, une telle préoccupation est fort marginale. De toute façon, les années passent, les Nérons s’effacent et les Empires (Reich, Impero…) millénaires s’en vont dans de lointains horizons.

 

Soit, dit Lucien l’âne, mais qu’en est-il des petits chats ?

 

La chanson, dit Marco Valdo M.I., te le dira qui se termine comme ça :

 

« Tu vois, l’étang est à deux pas.
Eh ! bien, sit
ôt que ton petit viendra,
Pauvre fille, envoie-le retrouver mes petits chats !… »

 

Finalement, dit Lucien l’âne, mourir, la belle affaire ! On ne meurt qu’une fois et en plus, on ne le sait pas. Et puis, mourir tous ensemble ou mourir un à la fois ? On meurt toujours tout seul et c’est rassurant, en fin de compte, on meurt tous. C’est pour les vivants que ce vieux monde est insupportablement dément. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde fou furieux, méchant, imbécile et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Hier, la chatte grise dans un petit coin
D
e notre grenier, sur une botte de foin,
Avait amené trois petits chats ;
Comme je ne pouvais pas nourrir tout ça,
J
e les ai pris d’une main, d’un coup,
Et leur attachai une grosse pierre au cou.

 

Puis, je m’en fus à l’étang ;
Une fois là, je les ai foutus dedans ;
Ça a fait : plouf !… L’eau a grouillé,
Et puis, plus rien !… Ils étaient noyés…
Et je suis reparti, chantant comme ça :
« C’est la pauvre chatte grise qui a perdu ses chats. »

 

En m’en allant, j’ai rencontré
Une fille en train de pleurer,
Toute peineuse et toute en haillons,
Et qui portait deux baluchons.
L’un en main ! c’était quelques habits ;
L’autre, c’était son ventre où était son petit !

 

Et je lui ai dit : « Fille, c’est pas tout ça ;
Quand t’auras ton drôle sur les bras,
Comment donc tu feras pour l’élever,
Toi qui as seulement pas de quoi bouffer ?
Et, quand même que tu l’élèverais,
En te saignant des quatre veines… et puis après ?

 

Enfant de peineuse, il serait peineux ;
Et quoi qu’il fasse, il serait des ceux
Qui sont contribuables et soldats…
Et, – par la tête ou par les bras
ou par… n’importe bien par où ! -
Il serait un outil de ceux qui ont des sous.

 

Et peut-être qu’un jour, lassé de subir
La vie et ses tristes fourbis,
Il s’en irait se jeter à l’eau,
Ou se foutrait une balle dans la peau,
Ou dans un bois il s’accrocherait,
Ou dans un cinquième, il s’asphyxierait.

 

Puisque tu peux l’empêcher de souffrir,
Ton pe
tit qui est tout prêt à venir,
Fill
e, pourquoi donc ne le ferais-tu pas ?
Tu vois, l’étang est à deux pas.
Eh ! bien, sit
ôt que ton petit viendra,
Pauvre fille, envoie-le retrouver mes petits chats !… »

 

LES PETITS CHATS
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Published by Marco Valdo M.I.
11 mars 2020 3 11 /03 /mars /2020 19:49
1600LA PESTE VOUS ATTRAPE

 

Version française – 1600 – LA PESTE VOUS ATTRAPE – Marco Valdo M.I. - 2020

Chanson italienne – 1600 Peste ti colga I Gufi – 1966

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Comme depuis des semaines, Lucien l’âne mon ami, une épidémie, une pandémie ou en tout cas, quelque chose qui y ressemble, s’étend à travers le monde et parvenue à pied de la Chine ou presque, elle a atteint l’Italie et frappe particulièrement, la grande ville de Milan.

 

Oui, dit Lucien l’âne, j’ai entendu dire cette chose-là et du coup, je me suis souvenu qu’une affaire du même genre avait touché la même ville de Milan – certes plus petite à l’époque, il y a déjà pas mal de temps. Si je ne me trompe pas, cette fois-là, c’était il y a environ 400 ans. Je m’en rappelle comme si c’était hier. Les humains tombaient comme des mouches prises dans un nuage d’insecticide ou d’insectes aux prises avec un banc de chauves-souris et on avait voulu me réquisitionner pour porter les cadavres, mais je m’étais enfui dans les campagnes. Comme à mon habitude, j’avais repris mon chemin d’âne errant, fuyant comme la peste les pestiférés, les moines ointeurs, ces détrousseurs de cadavres et leurs enterrements, j’allai voir ailleurs comment se portait le monde.

 

Donc, ainsi, Lucien l’âne mon ami, tu connais de façon directe ce qu’il en fut de la fameuse épidémie de peste noire de 1600. Cependant, comme tu le sais aussi, ce ne fut pas la seule et elle ne se manifesta pas que dans le Milanais ; elle aussi courut le monde ; peut-être même, à ta poursuite.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, tu ne penses pas si bien dire ; elle courait aux trousses de tout le monde et je la sentais qui aiguillonnait mes fesses. Ce n’est pas pour me vanter, comme bien tu penses, j’en avais une frousse bleue. Il y avait de quoi, note. La Fontaine en dit : « Ils n’en mourraient pas tous, mais tous étaient frappés ».

 

Donc, reprend Marco Valdo M.I., pour en revenir à la chanson, elle retrouve toute son actualité aujourd’hui à raconter l’histoire de la peste de 1600 à Milan. Ce qui est curieux, c’est que ce n’est pas une interprétation d’une chanson d’époque qu’on aurait exhumée aujourd’hui, ni d’ailleurs, une chanson imaginée aujourd’hui autour de ce pestilent événement ; pas du tout !

 

Pas du tout ?, dit Lucien l’âne. Mais alors, d’où sort-elle ?

 

En fait, c’est une chanson qui fut écrite et chantée en 1966 par des hiboux. Enfin, par le groupe milanais (quand même !) des Gufi (en français les Gufi sont des Hiboux – h aspiré, on ne fait pas la liaison, ce qui veut juste dire qu’on ne dit pas des Ziboux). Pour ta gouverne, ces hiboux avaient constitué un groupe du genre des Quatre Barbus ou des Frères Jacques ; bref, un chœur d’hommes (Mannerchor) de cabaret ou de music-hall et crois-moi, ce n’était pas de la chanson sinistre. L’humour et l’ironie y avaient leur place et elle était considérable. Ainsi, en est-il de cette histoire de peste et d’épidémie.

 

Et cette distanciation est bienvenue, dit Lucien l’âne. Comme Desproges, je pense qu’on peut et même qu’on doit rire de tout. En plus, ça soulage et ça aide à affronter l’horreur dont on s’amuse. Ceux qui ne comprennent pas ça sont des humains bâtés, butés et probablement, si on les laisse faire, bottés.

 

Je disais une chanson des Hiboux, continue Marco Valdo M.I., et qui se présente sous la forme d’une pièce de théâtre, malheureusement inachevée. Il me faut pourtant confessé que j’y ai apporté une petite modification qui lui donne une tout autre saveur. Dans la version italienne, cette chanson s’en prenait à la loi Merlin, une loi italienne qui avait fermé les maisons (déjà) closes et renvoyé toutes ces dames dans la rue et la clandestinité. Cette fois, j’ai voulu viser spécifiquement « corona » et j’ai donc conclu :

 

« Puis, ordre du podestà, hors des murs, la peste resta

Et n’est jamais revenue jusqu’à ce virus corona. »

 

Pour le reste, voir la chanson.

 

Oui, tu as raison, Marco Valdo M.I. mon ami, de toujours renvoyer au texte. C’est plus correct vis-à-vis de la chanson. Quant à nous, tissons maintenant le linceul de ce vieux monde malade de la corona, ahanant, suant, souffrant, mourant et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

1600, La peste vous attrape, d’après un ancien manuscrit trouvé à Milan.

 

Les personnages :

Don Rodrigo, un Espagnol passionné ;

Don Alvarez, le frère de Don Rodrigo ;

Don Ramirez, père de Don Alvarez et de Don Rodrigo ;

Don Fernandez, frère de Don Ramirez et oncle de Don Alvarez, et de Don Rodrigo ;

Don Rodriguez, qui n’est pas apparenté à Don Ramirez, Don Alvarez et Don Rodrigo ;

Un médecin ;

Le Podesta ;

Un mari, une femme mourante ;

Chiquita, des Espagnols, des pestiférés, des moines.

 

 

Premier acte

 

Olé olé olé olé olé olé olé olé­

C’était le XVIIe siècle et en Italie, l’Espagne s’abattait

Avec ses empesteurs du grand folklore de Madridolé olé olé !

La soldatesque tsigane buvait et mangeait

Et se répandait le long de la botte.

Rodrigo avait amené Chiquita, une bête,

Un petit microbe, mais un trésor pour Rodrigo

C’était un fléau si infidèle à son maître

Que à la première petite dame, il abandonna Rodrigo,

 

Quand elle fut empestée, elle courut chez son frère,

Quand il fut empesté, il courut chez son père.

Peu à peu, la peste se répandit dans les quartiers

Provoquant l’infestation de la ville entière.

 

Femmes et hommes, enfants et jeunes mariées amoureuses

Se décomposaient en plaies puantes et brutales.

Les gens couraient dans les rues sinueuses

Implorer du docteur public, une médication radicale.

 

Puis, sur ordre du Podestà, on a construit hors les murs,

Pour recueillir les pestiférés, une clausure,

De gros moines la gardaient.

On l’appela le lazaret

 

Ces grands hommes brutaux versaient des chariots

Entiers de pestiférés dans la fosse commune

(olé olé olé olé)

Ils récupéraient les meilleurs morceaux

(olé olé olé olé)

Et la peste s’installa dans le jeune.

À l’intérieur du lazaret, la peste empestait radieuse

Et s’étendait ainsi en une rougeur calamiteuse.

Alors, du fond, un petit air monta,

Sur sa femme mourante, un mari chanta :

La peste et les cornes sont de toute éternité

Si tu ne meurs pas bientôt, tu le sauras.

À toi les cornes et la peste à moi

Ô, quelle belle fête, olé pestiféré !

 

Alors, courons, sautons, dansons et rions.

Pour la postérité, d’héroïques pestiférés, nous serons.

Don Rodrigo en furie sexuelle

A résolu un problème d’état civil.

 

Puis, ordre du podestà, hors des murs, la peste resta

Et n’est jamais revenue jusqu’à ce virus corona.

 

Le deuxième acte ne peut pas être joué, car les protagonistes sont en quarantaine.

 

 

 

1600 – LA PESTE VOUS ATTRAPE
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Published by Marco Valdo M.I.
8 mars 2020 7 08 /03 /mars /2020 17:20

 

La Résurrection

 

Chanson française – La Résurrection – Marco Valdo M.I. – 2020

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 44

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Que voilà un titre bien réjouissant !, s’exclame Lucien l’âne en riant.

 

Oui, répond un Marco Valdo M.I. faussement sinistre, surtout en ces temps morbides et hypocondriaques que nous vivons, où par avance, tous se croient malades et grandement souffrants. D’autant plus que la quarantaine, qui confinera bientôt toute la planète en elle-même, ne pourrait nous effrayer grandement, nous qui vivons habituellement en retrait dans notre réserve indienne de Wallonie. Les rassemblements, les regroupements, les entassements, les attroupements et toutes ces sortes de choses, bref, le troupeau : très peu pour nous.

 

Tout comme d’ailleurs, prolonge Lucien l’âne, les abois, les brouhahas et les tracas ne sont pas pour moi, ne me vont pas. Mais enfin, quand même, par les temps qui courent, une résurrection, ça ne se refuse pas. On pourrait même dire que c’est une bonne nouvelle. Mais au fait, quelle est-elle ? De quoi s’agit-il très exactement ?

 

De quoi s’agit-il très exactement ?, Lucien l’âne mon ami, je m’en vais te le dire en te renvoyant à la chanson elle-même, qui te le dit dès le début :

 

« Eine ganz neue Pantomime mit Harlekin. »

(Toute une pantomime avec Arlequin)

 

Voilà ce que c’est cette résurrection, en quoi, tu le conviendras, elle ne se distingue aucunement de toutes les autres. En réalité, tout fantasmagorique et baroque qu’elle est, elle décrit son irréelle réalité.

 

D’accord, j’entends bien, Marco Valdo M.I. ; mais dis-moi de quel irréel réel tu parles ?

 

Oh moi ?, je ne parle de rien, répond Marco Valdo M.I. ; c’est la chanson qui raconte et philosophe. Elle raisonne et dévoile le mystère de la résurrection en général ; je veux dire, en dévoilant le sien, elle dévoile le mystère de toutes les autres. En fait, c’est un peu la description méticuleuse du phénomène.

 

Oui, c’est une bonne chose, approuve Lucien l’âne, que de lever le voile sur cette histoire de résurrection qui m’a toujours semblé suspecte. Je l’ai toujours tenue pour une histoire de charlatan, pas une blague, mais une véritable escroquerie intellectuelle juste capable d’abuser ceux qui veulent y croire.

 

Certes, dit Marco Valdo M.I., mais pur la chanson, la chose est plus subtile. Je résume en considérant que les trois parties de la chanson sont trois actes d’une pièce de théâtre jouée par la petite troupe de Matěj Kuře, alias Matthias, Sevastiano, Andrea, etc., dans le théâtre de verdure qu’elle s’est improvisé dans la grotte de la marnière. Donc, l’acte I voit la nécessaire mort d’Arlequin.

 

Nécessaire ?, s’étonne Lucien l’âne.

 

Mais oui, Lucien l’âne mon ami, c’est logique. Arlequin doit absolument mourir au premier acte, car sinon comment pourra-t-il ressusciter ?

 

En effet, dit Lucien l’âne, c’est logique : il faut mourir, si l’on veut ressusciter. Ainsi, on ne ressuscitera jamais. Et puis ?

 

Et puis, Lucien l’âne mon ami, c’est le deuxième acte où les compagnons du défunt (Pierrot et Pantalon et même le Docteur Faust) s’affairent à vouloir contrarier la mort. Deux expressions fortes se font entendre sous la forme d’impératifs destinés à relever l’Arlequin défaillant : Trompe la mort ! et Debout les morts !

 

Fort bien, dit Lucien l’âne, mais que veulent-elles exprimer de si fort ces fortes expressions ? Je te le demande.

 

D’abord, mon ami Lucien l’âne, honneur aux trompe-la-mort, qui idéalement, sont des gens comme nous qui jouent à cache-cache avec la camarde, qui se refusent à l’épouser et n’ont pas l’air de vouloir se décider à en finir . Ce sont des casse-cous, parfois.

 

Et puis, dit Lucien l’âne, c’était aussi l’idée de Tonton Georges qui disait, si je me souviens bien, sous ce titre de « Trompe-la-mort », sa petite résurrection :

 

« Et puis, coup de théâtre, quand
Le temps aura levé le camp,
Estimant que la farce est jouée,
Moi tout heureux, tout enjoué,
J
e n’exhumerai du caveau
Pour saluer sous les bravos »

 

Quant à Debout les morts !, Lucien l’âne mon ami, l’imagination s’en va directement à la grande guerre où le cri fusa dans une tranchée et comme le racontait ma grand-mère, qui vivait là-bas dans un hôpital à soldats, on cria

 

« Debout les morts ! Et les morts se levèrent et nous eûmes la victoire »

 

De l’autre côté, Bertolt Brecht raconte, dans sa Legende vom toten SoldatenLa Légende du Soldat Mort, le mort ressuscité de force par l’état-major et Georges Brassens encore chantait dans Le Bulletin de Santé :

 

« Et si vous entendez crier comme en quatorze:
« Debout ! Debout les morts ! », ne bombez pas le torse »

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, on ne pouvait passer à côté de ça. Donc, avant que tu ne te relances, je résume ton résumé : Acte I : la mort ; Acte II : le refus de la mort. Et quid de l’Acte III ?

 

Dans l’Acte III, dit Marco Valdo M.I., on assiste à la résurrection d’Arlequin, réanimé par le souffle et puis, il est triste de l’avouer, abandonné par ses souffleurs, le pantin remeurt. Cette fois, définitivement.

 

C’est triste comme Venise, dit Lucien l’âne. Alors, restons-en là et concluons à notre ordinaire, plus encore de circonstance. Tissons le linceul de ce vieux monde submergé, calamiteux, morticole, mortifère, thanatophile, nécrophile, nécropole et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Eine ganz neue Pantomime mit Harlekin.

Assis sur le gazon, Arlequin le bouffon

Masse ses joues, passe ses lèvres au vermillon,

Scrute ses mains, décharnées, vieilles, ses mains

 

Pierrot plâtré de blanc et Pantalon

Ânonnent l’épilogue de la Résurrection.

Arlequin bat des mains et s’écroule.

Πάντα ῥεῖ / Pánta rheî : tout s’écoule.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Pantalon veut creuser la tombe. Pas encore,

Pierrot veut garder le corps .

Le Docteur Faust surgit du décor :

Harlekin, Arlequin, Arlecchino : Trompe la mort !

 

Les morts peuvent-ils ressusciter ?

Natürlich, naturellement et pourquoi pas ?

Ô Pantalon ! Comment faire ça ?

« Debout les morts ! », il faut crier.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Pour ranimer la dépouille, vie lui redonner,

Inutile de crier, un souffle divin, il faut souffler.

Ils soufflent sur les jambes, ils soufflent sur les bras

Abracadabra, une fois et le pantin ressuscite déjà.

 

Pierrot, Pantalon retournent à leurs affaires.

Abandonné, désespéré, Arlequin retombe à terre ;

Arlequin n’est plus qu’un remort solitaire ;

Arlequin n’est plus qu’un mort sous la terre.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 La Résurrection
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5 mars 2020 4 05 /03 /mars /2020 10:58

 

LE RAT (SEIGNEUR DES ÉGOUTS)

 

Version française – LE RAT (SEIGNEUR DES ÉGOUTS) – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienneIl topo (Signore delle Fogne)Ivan Graziani – 1994

Paroles et musique : Ivan Graziani
Album "Malelingue"

 

 

 

 

 


 

Je suis un rat des bas-fonds

Je mange de tout, même du carton

Et c’est ainsi qu’allant à la chasse

Je me suis retrouvé dans une maison bourgeoise


 

Mais qui aurait pensé,

Qui l’aurait soupçonné

Que j’allais mon chemin

À l’encontre de mon destin ?


 

J’ai été piégé, capturé,

Enfermé sur le champ.

Puis, on m’a jeté

Dans la cage d’un python vivant.


 

Il a bougé.

Dès qu’il m’a vu,

J’étais devenu

Son petit déjeuner.

 

Lui aurait voulu

M’hypnotiser,

J’ai soudain perçu

Qu’il était prêt à attaquer.


 

Seigneur des égouts,

Aidez-moi, vous.

Pourquoi moi, je dois mourir

Maintenant, dites-moi ?


 

Avec les chats et les balais

Je m’en sors, vous le savez.

Mais un python, comment se sauver ?

Qui l’a su ? Moi, jamais !


 

Il se balance un peu, recule.

Puis il saute sur moi, je m’écarte

Il cogne fort sa tête sur la vitre

Allongé là, tordu, ridicule.


 

Très calmement,

Je l’ai dévoré vraiment

Mais pas tout entier,

Je n’ai pas exagéré.


 

Et ses maîtres étonnés –

Quelle belle fête ! –

Ont retrouvé

Le python sans tête,

Le python sans tête,

Sans tête.


 

Seigneur des égouts,

Vous êtes grand, vous le savez !,

Il y a une logique à tout,

Même si vous, vous la refusez.


 

Il y a celui qui veut tricher

Et qui se fait avoir,

Comme ce python noir

Que j’ai dévoré, digéré.

 

LE RAT (SEIGNEUR DES ÉGOUTS)
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