Chanson — Texte : Anna Hanna Friesová — 1942-45 / Musique : Lenka Lichtenberg
Thieves of Dreams/ Zloději snů. Songs of Theresienstadt’s Secret Poetess — Voleurs de Rêves. Chansons d’une poétesse secrète de Theresienstadt.
LA COURSE
Alexandre Deneïka - ca.1930
Pour son album " Thieves of Dreams " — « VOLEURS DE RÊVES », enregistré très soigneusement avec dix-huit musiciens, Lenka Lichtenberg (voix, piano, synthé) s’est plongée dans la Tchécoslovaquie et l’histoire de sa famille en déportation : « Lorsque ma mère Jana Renée e Friesova est décédée en 2016, je rangeais son bureau à Prague et j’ai découvert deux petits carnets. Ils étaient remplis de poèmes que ma grand-mère, Anna Hana Friesova (1901-1987), avait écrits dans le camp de concentration de Theresienstadt. […] Devant mes yeux, il y avait les pages déchirées avec les rêves écrits à la main par ma grand-mère et ses cauchemars dans le camp, des histoires qu’elle ne m’a jamais racontées. Je me suis donc embarquée dans une recherche visant à partager ses écrits de « l’enfer sur terre », pour citer Primo Levi, et à faire revivre sa voix de la meilleure façon qui soit : en musique, dans un projet couvrant huit décennies et trois générations ». Les seize titres témoignent d’une sensibilité mélodique particulière et ont été composés et arrangés par Lenka Lichtenberg elle-même, parfois en collaboration avec d’autres musiciens, et sont en mesure de restituer à l’auditeur une texture affective dense qui invite à se plonger dans le livret bien édité, qui contient à la fois la copie des pages écrites à la main par Anna Hana Friesova et la traduction des textes en anglais, précédée d’une introduction autobiographique touchante et documentée écrite par Lenka Lichtenberg et intitulée Thieves of Dreams — « VOLEURS DE RÊVES ».
Chanson française — Les Pigeons — Marco Valdo M.I. — 2022
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Une histoire de pigeons, demande Lucien l’âne, voilà qui est bizarre. Que viennent faire les pigeons dans ce voyage ?
Oh, Lucien l’âne mon ami, ce que viennent faire les pigeons dans n’importe quel voyage, dans n’importe quelle ville. Les pigeons volent.
D’accord, répond Lucien l’âne, pigeon vole, les éperviers et les faucons aussi. Mais encore ?
Oui, je vois, dit Marco Valdo M.I., ce qui explique leur place ici, c’est qu’ils jouent un rôle historique ; un rôle qu’ils doivent jouer partout où il y a des monuments et des statues : ils enseignent la modestie aux grands statufiés de ce monde.
De ça, rétorque Lucien l’âne, on ne peut que les féliciter, mais enfin, je suppose que la chanson ne se limite pas à exalter les exploits cloacaux des pigeons. Alors, de quoi s’inquiète-t-elle ?
Comme on peut s’y attendre, reprend Marco Valdo M.I., elle fait écho à des opinions, des considérations sur la Zinovie et ce qui s’y passe. Cette fois, il y a un Zinovien qui s’exprime en direct, de vive voix, à la première personne.
Qui c’est ?, demande Lucien l’âne.
On en le sait pas, continue Marco Valdo M.I. ; c’est une voix anonyme et à entendre ce qu’elle raconte, il vaut mieux pour elle de le rester. Donc, un Zinovien se plaint de l’état de son pays et de la vie qu’on y vit.
« Moi, Zinovien, un Zinovien de Zinovie ;
Je suis triste et malade de cette vie. »
et donne un portrait assez réaliste et effrayant (parce que réaliste) du peuple zinovien.
Le peuple zinovien, demande Lucien l’âne, qu’est-ce donc ?
À vrai dire, répond Marco Valdo M.I., ce n’est pas précisé. Comme toujours s’agissant du peuple, on découvre une entité vague, indéfinie, aux contours vagues. Mais enfin, on peut dire en ce cas « les gens », ce qui englobe aussi bien les dirigés que les dirigeants. Il correspond sans doute à cette description de la Zinovie que donne la chanson :
« La Zinovie est solide, stratifiée,
Un lamellé-collé de classes sociales
Stables, héréditaires, pétrifiées ».
Une description, soit dit en passant, qui contredit totalement les « promesses spéciales » faites et perpétuées par les Guides successifs et la constitution qui instaura la Zinovie et son régime. Je laisse la chanson te découvrir d’autres détails de la vie zinovienne.
Soit, dit Lucien l’âne, alors, tissons le linceul de ce vieux monde divers, changeant, guerroyant et cacochyme.
Pedro Garfias Zurita est un poète espagnol d’avant-garde de la génération de 27. En 1937, il écrit le poème “Asturias”, un poème de 42 vers en pleine guerre civile, qui sera publié pour la première fois en exil dans son livre Poesías de la guerra española publié au Mexique en 1941.
Ce poème a été écrit après la chute des Asturies, le 20 octobre 1937, aux mains des franquistes, et son texte évoque la révolution d’octobre 1934 et la répression cruelle qui s’en suivit par le gouvernement de la République.
Avant la mort de Franco, le poème avait déjà été mis en musique par le chanteur-compositeur asturien Víctor Manuel. En raison de la censure, sa chanson n’est pas parue sur vinyle avant 1976. Cependant, ce n’est qu’en 1983, que cette interprétation a fini par devenir pour la grande majorité des Asturiens un véritable second hymne des Asturies en raison de ses paroles : plus sérieuses, profondes et percutantes que celles de « Asturias, patria querida ».
Et maintenant, Lucien l’âne, dit Marco Valdo M.I., juste pour savoir ce qui s’est passé, si on parlait d’un film : un documentaire de Sergio Montero Fernandez, 91mn, 2018, VO esp. sous-titrée français :Los Labios apretados (Les lèvres serrées). Voici ce qu’il raconte :
Le fils d’un mineur asturien voyage à Buenos Aires sans savoir qu’il entame un autre voyage, celui de la mémoire. Là-bas, il découvre qu’un événement historique de répercussion mondiale a eu lieu dans sa région d’origine. Et on ne lui a jamais rien raconté dans aucune école. Le jeune homme va passer d’un côté à l’autre de l’Océan en poursuivant l’ombre de cette révolution à laquelle il ne connaît rien, même si certains vieux de chez lui y font allusion.
Sur la grève insurrectionnelle dans les Asturies en 1934
Octobre 1934, Espagne. Face à la prise de pouvoir par la droite dure, la grève insurrectionnelle est déclenchée. Sensée embraser toute le pays, elle échoue en Catalogne et est vite matée au Pays Basque. Mais dans les Asturies, la République socialiste est proclamée. Casernes et usines d’armement tombent les unes après les autres et dans les bassins miniers, argent et propriété sont abolis. Ce qui va bien au-delà de l’antifascisme.
Madrid va envoie 30 000 soldats, sous la coordination d’un certain général Franco, pour suffoquer cette rébellion. Accompagnés de la flotte de guerre et de l’aviation et face à la résistance acharnée des ouvriers, ces militaires mettent plus de deux semaines à parvenir auxcentres de la rébellion.
Plusieurs comités révolutionnaires coordonnent la révolution asturienne dont un est élu en assemblée sur les barricades.
José Antonio Labordeta est né à Saragosse le 10 mars 1935. Il a vécu presque toute sa vie en Aragon. Son père, professeur de latin, fut arrêté durant la guerre civile pour son activité militante. José Antonio Labordeta est connu comme poète, comme chanteur. Professeur, écrivain, poète, journaliste, présentateur de télévision et homme politique aragonais, il fut également auteur de fictions, réalisateur de documentaires sur la campagne espagnole. Il fut député aux Cortès de 1999 à 2008, où il défraye la chronique en insultant des députés du Parti Populaire ;en émule de Pierre Cambronne, qui servit un « Merde ! » aux Anglais, il lançait aux gens de la droite : « A la mierda ! »C’est encore aujourd’hui dans les mémoires et tout à son honneur. Il est décédé le 19 septembre 2010.
Chanson française — Le Pays du Bonheur — Marco Valdo M.I. — 2022
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Ah, dit Lucien l’âne, le pays du bonheur. Serait-ce la Zinovie ?
Oui, dit Marco Valdo M.I., le pays du bonheur, c’est la Zinovie vue par elle-même. Officiellement ; en tout cas, proclamée telle par le Guide et les dirigeants. La population dit pareil — il le faut bien, mais avec un solide parfum d’ironie dans la voix.
Fort bien, dit Lucien l’âne, je comprends, car au début, j’avais des doutes du fait qu’on dit à présent que le pays du bonheur, c’est le Bhoutan.
Oh, dit Marco Valdo M.I., d’un point de vue zinovien, il n’y a rien là de contradictoire. Le tout est de savoir de quoi on parle. Il y a toutes sortes de conceptions du bonheur et puis, qu’importe s’il y a plusieurs pays du bonheur, la Zinovie est à l’avant-garde avec son avenir radieux. Qu’en dit la chanson ? Pays du bonheur, dit la Zinovie, l’être ou ne pas l’être, telle est la question.
Oyi, dit Lucien l’âne, mais ce qui m’intéresse, c’est la réponse. Et d’abord, que dit ce soliloque ?
En fait, comme toujours dans ce voyage en Zinovie, répond Marco Valdo M.I., il n’est pas possible de le savoir. C’est une voix anonyme. Une voix de simples gens, certainement pas une voix de dirigeant.
Certes, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est plus prudent en Zinovie de rester une voix perdue dans le chaos des discours et des incantations du Guide et des guidons.
Des guidons ?, demande Marco Valdo M.I.
Eh bien quoi ?, demande Lucien l’âne. L’ânon n’est-il pas un petit âne ?
Ah, je vois, dit Marco Valdo M.I. ; dès lors, un guidon serait un petit Guide et peut-être même, un futur Guide ou un candidat Guide.
C’est une position dangereuse que d’être guidon et heureusement, il existe un Saint Guidon qui se doit d’être leur protecteur comme le commande la tradition. Donc, la Zinovie est le pays des guidons et pour en revenir à mon propos, le soliloqueur ne se dévoile pas ; cependant, il dit des tas de choses intéressantes que je te laisse découvrir et décoder.
Oh, reprend Lucien l’âne, depuis le début de ce voyage en Zinovie, je passe mon temps à décoder ce qu’on entend et je finis par penser que le décodage est un élément essentiel de la vie quotidienne zinovienne.
C’est également un passe-temps national et une soupape au sentiment de malaise et d’angoisse des Zinoviens, enchaîne Marco Valdo M.I., et du reste, les Zinoviens se comprennent à demi-mots. Ils n’ont pas besoin de décodeurs. D’ailleurs, même s’il arrive qu’il émette un avis trop évident — auquel cas, le locuteur a des ennuis avec les services, la justice et souvent, bénéficie d’un séjour au camp, il est rare qu’on entende une protestation claire et péremptoire. Le principe est la prudence est la mère du Zinovien qui veut vivre paisiblement.
On les comprend, dit Lucien l’âne, car j’ai souvenir que même avec une habitude, un entraînement, une culture de prudence, les gens de Zinovie ont fini en camp par millions et qu’il en est revenu beaucoup moins. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde codé, chaotique, heureux et cacochyme.
Chanson — Texte : Anna Hanna Friesová — 1942-45 / Musique : Shy-Anne Hovorka
Thieves of Dreams/ Zloději snů. Songs of Theresienstadt’s Secret Poetess — Voleurs de Rêves. Chansons d’une poétesse secrète de Theresienstadt.
AU BOUT DE L’ALLÉE
Jan Zrzavý — 1907
Pour son album " Thieves of Dreams " — « VOLEURS DE RÊVES », enregistré très soigneusement avec dix-huit musiciens, Lenka Lichtenberg (voix, piano, synthé) s’est plongée dans la Tchécoslovaquie et l’histoire de sa famille en déportation : « Lorsque ma mère Jana Renée e Friesova est décédée en 2016, je rangeais son bureau à Prague et j’ai découvert deux petits carnets. Ils étaient remplis de poèmes que ma grand-mère, Anna Hana Friesova (1901-1987), avait écrits dans le camp de concentration de Theresienstadt. […] Devant mes yeux, il y avait les pages déchirées avec les rêves écrits à la main par ma grand-mère et ses cauchemars dans le camp, des histoires qu’elle ne m’a jamais racontées. Je me suis donc embarquée dans une recherche visant à partager ses écrits de « l’enfer sur terre », pour citer Primo Levi, et à faire revivre sa voix de la meilleure façon qui soit : en musique, dans un projet couvrant huit décennies et trois générations ». Les seize titres témoignent d’une sensibilité mélodique particulière et ont été composés et arrangés par Lenka Lichtenberg elle-même, parfois en collaboration avec d’autres musiciens, et sont en mesure de restituer à l’auditeur une texture affective dense qui invite à se plonger dans le livret bien édité, qui contient à la fois la copie des pages écrites à la main par Anna Hana Friesova et la traduction des textes en anglais, précédée d’une introduction autobiographique touchante et documentée écrite par Lenka Lichtenberg et intitulée Thieves of Dreams — « VOLEURS DE RÊVES ».
Nous attendons quelque part au bout de l’allée.
Étrange trinité : mes pleurs, mon espoir et moi ;
Nous attendonsquelqu’un, sa voix et ses pas.
Nous sommes ici depuis des mois, depuis des années.
Le temps disparaît, n’existe pas. Je ne sais pas.
C’est le printemps ou peut-être le déclin de l’automne.
Chanson — Texte : Anna Hanna Friesová — 1942-45 / Musique : Milli Janatková
Thieves of Dreams/ Zloději snů. Songs of Theresienstadt’s Secret Poetess — Voleurs de Rêves. Chansons d’une poétesse secrète de Theresienstadt.
LE SOLEIL
Edvard Munch — 1911
Pour son album " Thieves of Dreams " — « VOLEURS DE RÊVES », enregistré très soigneusement avec dix-huit musiciens, Lenka Lichtenberg (voix, piano, synthé) s’est plongée dans la Tchécoslovaquie et l’histoire de sa famille en déportation : « Lorsque ma mère Jana Renée e Friesova est décédée en 2016, je rangeais son bureau à Prague et j’ai découvert deux petits carnets. Ils étaient remplis de poèmes que ma grand-mère, Anna Hana Friesova (1901-1987), avait écrits dans le camp de concentration de Theresienstadt. […] Devant mes yeux, il y avait les pages déchirées avec les rêves écrits à la main par ma grand-mère et ses cauchemars dans le camp, des histoires qu’elle ne m’a jamais racontées. Je me suis donc embarquée dans une recherche visant à partager ses écrits de « l’enfer sur terre », pour citer Primo Levi, et à faire revivre sa voix de la meilleure façon qui soit : en musique, dans un projet couvrant huit décennies et trois générations ». Les seize titres témoignent d’une sensibilité mélodique particulière et ont été composés et arrangés par Lenka Lichtenberg elle-même, parfois en collaboration avec d’autres musiciens, et sont en mesure de restituer à l’auditeur une texture affective dense qui invite à se plonger dans le livret bien édité, qui contient à la fois la copie des pages écrites à la main par Anna Hana Friesova et la traduction des textes en anglais, précédée d’une introduction autobiographique touchante et documentée écrite par Lenka Lichtenberg et intitulée Thieves of Dreams — « VOLEURS DE RÊVES ».
Chanson — Texte : Anna Hanna Friesová — 1942-45 / Musique : Milli Janatková
Thieves of Dreams/ Zloději snů. Songs of Theresienstadt’s Secret Poetess — Voleurs de Rêves. Chansons d’une poétesse secrète de Theresienstadt.
LE PRINTEMPS
Alfons Mucha — 1898
Pour son album " Thieves of Dreams " — « VOLEURS DE RÊVES », enregistré très soigneusement avec dix-huit musiciens, Lenka Lichtenberg (voix, piano, synthé) s’est plongée dans la Tchécoslovaquie et l’histoire de sa famille en déportation : « Lorsque ma mère Jana Renée e Friesova est décédée en 2016, je rangeais son bureau à Prague et j’ai découvert deux petits carnets. Ils étaient remplis de poèmes que ma grand-mère, Anna Hana Friesova (1901-1987), avait écrits dans le camp de concentration de Theresienstadt. […] Devant mes yeux, il y avait les pages déchirées avec les rêves écrits à la main par ma grand-mère et ses cauchemars dans le camp, des histoires qu’elle ne m’a jamais racontées. Je me suis donc embarquée dans une recherche visant à partager ses écrits de « l’enfer sur terre », pour citer Primo Levi, et à faire revivre sa voix de la meilleure façon qui soit : en musique, dans un projet couvrant huit décennies et trois générations ». Les seize titres témoignent d’une sensibilité mélodique particulière et ont été composés et arrangés par Lenka Lichtenberg elle-même, parfois en collaboration avec d’autres musiciens, et sont en mesure de restituer à l’auditeur une texture affective dense qui invite à se plonger dans le livret bien édité, qui contient à la fois la copie des pages écrites à la main par Anna Hana Friesova et la traduction des textes en anglais, précédée d’une introduction autobiographique touchante et documentée écrite par Lenka Lichtenberg et intitulée Thieves of Dreams — « VOLEURS DE RÊVES ».
Chanson française — La Philosophie spéciale — Marco Valdo M.I. — 2022
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Soit, dit Lucien l’âne, voici à nouveau que rejaillit ton obsession pour la philosophie au jour le jour, pour cette philosophie mise en chanson. Quelle idée, mettre la philosophie en chanson !
D’abord, dit Marco Valdo M.I., c’est une manière de la chanson depuis fort longtemps et nombreux sont les exemples ; de toute façon, qu’on le veuille ou non, dès qu’on s’exprime — chanson ou non — sur le monde comme il est, sur le monde comme il va, on y répand de la philosophie. Et puis voilà, cette chanson-ci s’intitule « La Philosophie spéciale » ; sur le sens de ce titre, on reviendra. Avant ça, j’aimerais dire quelques mots de la philosophie en chanson. Donc, je précise que ce n’est pas là mon projet de départ ; ce qui s’est passé, c’est que la philosophie — allez savoir pourquoi — s’est glissée dans mes chansons. Certes, il y a notre dialogue qui se dit lui-même maïeutique et qui, je le concède, a un furieux penchant à philosopher à la manière antique ; il est parent de ce dialogue ancien qu’on appelle le dialogue socratique.
Est-ce à dire,demande Lucien l’âne, que tu te pends pour Socrate ou que nous en sommes revenus à cette lointaine époque dont je te rappelle que je l’ai parcourue en long et en large à la recherche des roses de la vie. À ce sujet, je peux dire que la philosophie encore adolescente à l’époque était plus agréable à fréquenter que la vieille dame de ces derniers temps.
Tout ça est certainement vrai, Lucien l’âne mon ami, mais on pourra y revenir plus tard, car il faut que je remette le titre de cette chanson dans son contexte. Qu’est-ce que c’est que cette « philosophie spéciale » ? Que raconte-t-elle ? En fait de philosophie spéciale, on en entend des échos tout au long du voyage en Zinovie. En quelque sorte, on baigne dedans. C’est elle qui se montre à la manœuvre tout au long de notre séjour en Zinovie. C’est elle que les guides successifs et leurs affidés enfoncent systématiquement dans le cerveau des Zinoviens. C’est cette
« géniale philosophie,
Sa profonde et solide idéologie,
Sa conviction sociale-nationale,
Qui fait de la Zinovie, une nation spéciale. »
Voilà pourquoi la philosophie spéciale ; la première strophe y est entièrement consacrée.
Bien, déclare Lucien l’âne, mais il reste encore trois autres strophes et j’aimerais en savoir plus.
Alors, reprend Marco Valdo M.I., j’y viens très systématiquement.
La seconde strophe indique la cohésion du Guide et d’une partie des Zinoviens et l’ambition folle qui les emmène.
« Les Zinoviens typiques sont bien décidés
À imposer l’avenir radieux à l’humanité. »
La troisième détaille les conséquences de ce délire impérial et s’interroge sur sa pertinence et son funeste destin :
« Qu’avons-nous à faire de ce combat douteux ?
Qui a besoin de ce prestige miteux ?
Qui va payer tout ce cinéma ?
En plus, c’est peine perdue déjà,
On se fera jeter aussi de là-bas. »
La quatrième strophe fait elle aussi écho à la façon dont le locuteur (et d’autres) arrive à se déprendre de l’emprise de la philosophie spéciale — c’est-à-dire également des discours du Guide et aussi à son souhait de s’échapper (au moins individuellement) de cette enveloppe anesthésiante de l’homme nouveau, de ce carcan de vie qu’est la vie du citoyen en Zinovie.
« Pour rester humain, on se retire en marge,
On ne lutte pas pour les quatre sous des biens,
On ne profite d’aucune charge,
On se contente de la vie comme elle vient,
…
Un jour, je m’en irai très loin.
Prudent, je me tais, en attendant. »
je connais ça, dit Lucien l’âne ; dans des systèmes de ce genre, la désertion s’impose. Il s’agit de se déconnecter du « nous », d’échapper aux « Eux » et si possible, de trouver l’échappatoire pour « Un jour, s’en aller très loin ». Il n’y a pas d’autre solution. C’est un rêve actif, le mode de vie de surviedu Zinovien qui se débarrasse de la philosophie spéciale et qui accède à la conscience du monde. Quant à nous, encore et encore, tissons le linceul de ce vieux monde absurde, aberrant, abominable, assassin, aride, avare, arriviste, ambitieux, arrogant, avide et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
En Zinovie, l’homme s’est élevé en marchant -
Comme font les oiseaux — sur deux pattes.
En Zinovie, un grandiose monument
Impérissablestupéfie et fait date.
Les congrès, les assemblées, les réunions,
Les journaux, les radios, la télévision
Répercutent des millions de fois ses discours.
En Zinovie, le Guide montre la voie sans détour,
Sa géniale philosophie,
Sa profonde et solide idéologie,
Sa conviction sociale-nationale,
Qui fait de la Zinovie, une nation spéciale.
En Zinovie, le guidisme fait le Guide.
Ce n’est pas un dogme, c’est une direction.
En Zinovie, le guidisme nous guide
Sous le regard du Guide, unis en une nation.
Les sirènes sonnent l’alarme.
Les voisins pas convaincus encore
Ont couru prendre les armes.
Depuis lors, les morts parlent aux morts.
En Zinovie, règne la plus grande indignation
Contre ces voisins qui refusent notre invasion.
Les Zinoviens typiques sont bien décidés
À imposer l’avenir radieux à l’humanité.
Combien coûte le fer et le feu ?
Pour quoi faire ? Pour quel jeu ?
Combien de chars, combien de canons,
Combien de missiles, combien d’avions ?
Combien coûte ce crétinisme ?
C’est la rançon du guidisme.
Discours, péroraisons, et patati et patata.
Qu’avons-nous à faire de ce combat douteux ?
Qui a besoin de ce prestige miteux ?
Qui va payer tout ce cinéma ?
En plus, c’est peine perdue déjà,
On se fera jeter aussi de là-bas.
Le Zinovien incarne l’homme nouveau,
Cet être extraordinaire, avide de biens élémentaires,
Chanson française — La Valse des Pronoms — Marco Valdo M.I. — 2022
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Le je, le tu, l’il, le moi, le toi, le lui, le nous, tels sont les pronoms de la valse, sans oublier l’eux, dit Marco Valdo M.I. ; ainsi s’explique le titre de la chanson.
Moi, dit Lucien l’âne, je trouve que ça n’explique pas grand-chose ; alors, si tu voulais m’expliquer plus encore.
Évidemment, répond Marco Valdo M.I. ; d’ailleurs, je m’attendais à ta demande. Enfin, soit ! Quand même, tous ces pronoms sont ceux qui valsent dans la chanson. Bref, en Zinovie, ce qui compte et s’impose à chacun, c’est le nous ; c’est le pronom unificateur, égalisateur, assimilateur. Comme il est dit dans la chanson :
« Nous, c’est la base de la vie,
La volonté irrésistible de la Zinovie. »
En fait, le nous, c’est l’être social, le fondement de la société.
Voilà pour le nous, dit Lucien l’âne, et les autres ?
Oh, dit Marco Valdo M.I., les autres ? Les autres, en principe, n’existent pas, ils ne peuvent exister, il ne peut être question de moi, de je, tu, il, lui qui ont le gros défaut de faire exister un individu. Donc, je résume : là-bas, en Zinovie, on existe en bloc. Le nous est un en soi, le seul possible, car le nous fait la société. On ne saurait accepter sa décomposition en particules distinctes et autonomes.
J’entends bien, dit Lucien l’âne, mais qu’en est-il de l’eux dont tu as mentionné l’existence au début de notre dialogue. Il me semble que ce n’est pas le nous.
Ah l’eux !, dit Marco Valdo M.I., l’eux, c’est autre chose encore. L’eux, c’est une entité plurielle comme le nous, mais d’une autre nature. Alors que le nous est une entité compacte, multiforme et à usage multiple, l’eux se dissémine dans toute la société ; rien ne distingue les eux, sauf que comme le dit le moi de la chanson :
« En Zinovie, les Eux, ce sont les maîtres ;
En Zinovie, on sait les reconnaître. »
Il y a certainement intérêt à le faire, car les Eux sont le bras armé — parfois en uniforme ; souvent, en civil — du Grand Nous qu’est la Zinovie :
« En Zinovie, le moi doit se dissoudre,
Ou Eux le réduiront en poudre. »
Je me disais bien, conclut Lucien l’âne, que je n’aimerais pas vivre dans cette société zinovienne et qu’à la première occasion, il faudrait que je me défile. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde oppressant, fermé, étouffant, mortel, mortifère et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
En Zinovie, l’individu est mal vu.
En Zinovie, le moi est mal venu,
L’individu pense je, l’individu dit moi ;
En Zinovie, je et moi ne se peuvent pas.
En Zinovie, dans le jeu du je et du nous,