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22 juillet 2022 5 22 /07 /juillet /2022 15:21

 

COURS, COURS, HOMME

 

Version française — COURS, COURS, HOMME — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne CORRI CORRI UOMO de Stanislava


d’une chanson tchèque — Utíkej, utíkej, člověče Lenka Lichtenberg2022

Chanson — Texte : Anna Hanna Friesová — 1942-45 / Musique : Lenka Lichtenberg


Thieves of Dreams/ Zloději snů. Songs of Theresienstadt’s Secret Poetess — Voleurs de Rêves. Chansons d’une poétesse secrète de Theresienstadt.

 

 

 

LA COURSE

Alexandre Deneïka - ca.1930


 

 

Pour son album " Thieves of Dreams " — « VOLEURS DE RÊVES », enregistré très soigneusement avec dix-huit musiciens, Lenka Lichtenberg (voix, piano, synthé) s’est plongée dans la Tchécoslovaquie et l’histoire de sa famille en déportation : « Lorsque ma mère Jana Renée e Friesova est décédée en 2016, je rangeais son bureau à Prague et j’ai découvert deux petits carnets. Ils étaient remplis de poèmes que ma grand-mère, Anna Hana Friesova (1901-1987), avait écrits dans le camp de concentration de Theresienstadt. […] Devant mes yeux, il y avait les pages déchirées avec les rêves écrits à la main par ma grand-mère et ses cauchemars dans le camp, des histoires qu’elle ne m’a jamais racontées. Je me suis donc embarquée dans une recherche visant à partager ses écrits de « l’enfer sur terre », pour citer Primo Levi, et à faire revivre sa voix de la meilleure façon qui soit : en musique, dans un projet couvrant huit décennies et trois générations ». Les seize titres témoignent d’une sensibilité mélodique particulière et ont été composés et arrangés par Lenka Lichtenberg elle-même, parfois en collaboration avec d’autres musiciens, et sont en mesure de restituer à l’auditeur une texture affective dense qui invite à se plonger dans le livret bien édité, qui contient à la fois la copie des pages écrites à la main par Anna Hana Friesova et la traduction des textes en anglais, précédée d’une introduction autobiographique touchante et documentée écrite par Lenka Lichtenberg et intitulée Thieves of Dreams — « VOLEURS DE RÊVES ».

 

 

 


Cours, cours, cours, homme !

Qui fuit gagne à la fin.

La route qui mène loin,

Passe pas loin de l’homme.


Cours, cours, cours,

Cours, cours, cours…

 

Fuis tes mots et les trahisons, cours,

Une course pour toujours,

Ce n’est pas courir, c’est juste lenteur,

Tu ne peux échapper à toi-même et à ton cœur.


Quand dans ta dernière joie, tu fuiras,

La vitesse tu apprendras.

Lacéré, pieds nus, fatigué à l’extrême,

Tu tourneras sur toi-même.

 

Cours, cours, cours,

Cours, cours, cours…

 

COURS, COURS, HOMME
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Published by Marco Valdo M.I.
18 juillet 2022 1 18 /07 /juillet /2022 16:36

 

Les Pigeons

 

Chanson française — Les PigeonsMarco Valdo M.I. — 2022

 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ;

 

 

Épisode 55

 

 

 

LES PIGEONS ET LA STATUE

Alexandre Zinoviev – ca. 1980

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Une histoire de pigeons, demande Lucien l’âne, voilà qui est bizarre. Que viennent faire les pigeons dans ce voyage ?

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, ce que viennent faire les pigeons dans n’importe quel voyage, dans n’importe quelle ville. Les pigeons volent.

 

D’accord, répond Lucien l’âne, pigeon vole, les éperviers et les faucons aussi. Mais encore ?

 

Oui, je vois, dit Marco Valdo M.I., ce qui explique leur place ici, c’est qu’ils jouent un rôle historique ; un rôle qu’ils doivent jouer partout où il y a des monuments et des statues : ils enseignent la modestie aux grands statufiés de ce monde.

 

De ça, rétorque Lucien l’âne, on ne peut que les féliciter, mais enfin, je suppose que la chanson ne se limite pas à exalter les exploits cloacaux des pigeons. Alors, de quoi s’inquiète-t-elle ?

 

Comme on peut s’y attendre, reprend Marco Valdo M.I., elle fait écho à des opinions, des considérations sur la Zinovie et ce qui s’y passe. Cette fois, il y a un Zinovien qui s’exprime en direct, de vive voix, à la première personne.

Qui c’est ?, demande Lucien l’âne.

 

On en le sait pas, continue Marco Valdo M.I. ; c’est une voix anonyme et à entendre ce qu’elle raconte, il vaut mieux pour elle de le rester. Donc, un Zinovien se plaint de l’état de son pays et de la vie qu’on y vit.

 

« Moi, Zinovien, un Zinovien de Zinovie ;

Je suis triste et malade de cette vie. »

 

et donne un portrait assez réaliste et effrayant (parce que réaliste) du peuple zinovien.

 

Le peuple zinovien, demande Lucien l’âne, qu’est-ce donc ?

 

À vrai dire, répond Marco Valdo M.I., ce n’est pas précisé. Comme toujours s’agissant du peuple, on découvre une entité vague, indéfinie, aux contours vagues. Mais enfin, on peut dire en ce cas « les gens », ce qui englobe aussi bien les dirigés que les dirigeants. Il correspond sans doute à cette description de la Zinovie que donne la chanson :

 

« La Zinovie est solide, stratifiée,

Un lamellé-collé de classes sociales

Stables, héréditaires, pétrifiées ».

 

Une description, soit dit en passant, qui contredit totalement les « promesses spéciales » faites et perpétuées par les Guides successifs et la constitution qui instaura la Zinovie et son régime. Je laisse la chanson te découvrir d’autres détails de la vie zinovienne.

 

Soit, dit Lucien l’âne, alors, tissons le linceul de ce vieux monde divers, changeant, guerroyant et cacochyme.

 


Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Moi, Zinovien, un Zinovien de Zinovie ;

Je suis triste et malade de cette vie.

En Zinovie, le peuple est toujours en manque,

En état de furie, d’agressivité, de panique,

Il envie l’autre, il craint d’être lésé,

Il se sent dépassé, à la traîne de l’humanité.

Nanti du folklore d’une grandeur illusoire :

Étrange nation, curieux destin.

Poupées gigognes, balalaïkas et samovars,

Haine de soi, jalousie du voisin,

Colère, pogroms, trahison.

Le peuple zinovien est moribond.

 

Au cœur du cœur de la Zinovie,

Se tient debout sur une stèle fleurie,

La statue du grand Commandeur,

Le monument au grandiose inspirateur,

Guide de tous les Guides et du monde nouveau,

Il porte haut sa barbe ; fier, il porte beau.

Et vont et viennent les pigeons

Se poser dur l’auguste front,

Et font, et font, ce que font les pigeons

Victimes d’un ennui profond.

Les gardiens n’y font rien :

Toujours, le pigeon revient.

 

Sauf circonstance exceptionnelle,

En Zinovie, la routine habituelle

Ennuyeuse, morose et terne,

Est une vie mise en berne.

Chaque jour a sa pleine dose

De monotonie et de banales choses.

Les gens vont au travail à contrecœur,

Les gens vont ailleurs chercher leur bonheur.

Galia avait une amie dissidente,

On la somma de rompre cette relation.

Elle refusa ; ce fut la punition.

On la dit folle, on chassa la récalcitrante.

 

La Zinovie est solide, stratifiée,

Un lamellé-collé de classes sociales

Stables, héréditaires, pétrifiées

Malgré les promesses spéciales,

Les enfants d’ouvriers seront ouvriers,

Les enfants de paysans seront paysans.

De père en fils, paysans ;

De père en fils, ouvriers :

C’est la loi d’airain éternelle.

Travailler à la production matérielle.

En Zinovie, avec un instinct naturel,

Certaines gens refusent le travail manuel.

Les Pigeons
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Published by Marco Valdo M.I.
14 juillet 2022 4 14 /07 /juillet /2022 17:20

ASTURIES

 

Version française — ASTURIES — Marco Valdo M.I. — 2022

Chanson espagnole — AsturiasVíctor Manuel1976

Poème : Pedro Garfias Zurita (1937)
M
usique : Víctor Manuel (1976)

 


 

 

Révolte des mineurs d’Asturies - 1934


 

 

Pedro Garfias Zurita est un poète espagnol d’avant-garde de la génération de 27. En 1937, il écrit le poème “Asturias”, un poème de 42 vers en pleine guerre civile, qui sera publié pour la première fois en exil dans son livre Poesías de la guerra española publié au Mexique en 1941.

 

Ce poème a été écrit après la chute des Asturies, le 20 octobre 1937, aux mains des franquistes, et son texte évoque la révolution d’octobre 1934 et la répression cruelle qui s’en suivit par le gouvernement de la République.

 

Avant la mort de Franco, le poème avait déjà été mis en musique par le chanteur-compositeur asturien Víctor Manuel. En raison de la censure, sa chanson n’est pas parue sur vinyle avant 1976. Cependant, ce n’est qu’en 1983, que cette interprétation a fini par devenir pour la grande majorité des Asturiens un véritable second hymne des Asturies en raison de ses paroles : plus sérieuses, profondes et percutantes que celles de « Asturias, patria querida ».

 

Et maintenant, Lucien l’âne, dit Marco Valdo M.I., juste pour savoir ce qui s’est passé, si on parlait d’un film : un documentaire de Sergio Montero Fernandez, 91mn, 2018, VO esp. sous-titrée français : Los Labios apretados (Les lèvres serrées). Voici ce qu’il raconte :

 

Le fils d’un mineur asturien voyage à Buenos Aires sans savoir qu’il entame un autre voyage, celui de la mémoire. Là-bas, il découvre qu’un événement historique de répercussion mondiale a eu lieu dans sa région d’origine. Et on ne lui a jamais rien raconté dans aucune école. Le jeune homme va passer d’un côté à l’autre de l’Océan en poursuivant l’ombre de cette révolution à laquelle il ne connaît rien, même si certains vieux de chez lui y font allusion.


 

Sur la grève insurrectionnelle dans les Asturies en 1934

Octobre 1934, Espagne. Face à la prise de pouvoir par la droite dure, la grève insurrectionnelle est déclenchée. Sensée embraser toute le pays, elle échoue en Catalogne et est vite matée au Pays Basque. Mais dans les Asturies, la République socialiste est proclamée. Casernes et usines d’armement tombent les unes après les autres et dans les bassins miniers, argent et propriété sont abolis. Ce qui va bien au-delà de l’antifascisme.


Madrid va envoie 30 000 soldats, sous la coordination d’un certain général Franco, pour suffoquer cette rébellion. Accompagnés de la flotte de guerre et de l’aviation et face à la résistance acharnée des ouvriers, ces militaires mettent plus de deux semaines à parvenir auxcentres de la rébellion.

Plusieurs comités révolutionnaires coordonnent la révolution asturienne dont un est élu en assemblée sur les barricades.


 


 


 

 

Asturies, si je pouvais,

Si vous chanter, je savais

Asturies, vertes de montagnes

Et noires de mines.

 

Je suis du Sud profond,

Poussière, soleil, fatigue et faim,

Faim de pain et d’horizons…

Faim !

 

Sous la peau desséchée

De denses rivières de sang

Et le cœur asphyxié

Sans veines pour vous soulager.

 

Les yeux aveugles, les yeux

Aveugles à force de vous regarder

Sans vous voir, Asturies de l’âme,

Filles de ma même mère.

 

Vous avez tenu deux fois, deux,

L’occasion de jouer

Votre vie dans un jeu,

Et les deux fois, l’avez jouée.


Qui abattra cet arbre

Des Asturies, maintenant ébranché,

nudé, sec, cloué

Par sa racine profonde

 

Qui court par toute l’Espagne

Nous innervant de courage ?

Regardez, ouvriers du monde

Sa silhouette se découpe

 

Sur ce ciel impassible,

Verticale, indéfectible,

Ferme sur la roche ferme,

Sa chair blessée vive.

 

Des poings crient par millions,

Dans l’air leur colère,

Des millions de cœurs

Battent contre leurs prisons.

 

Préparez votre dernier assaut,

Livide mort couarde,

Préparez votre dernier assaut,

Les Asturies vous attendent.

 

Seules au mitan de la Terre,

Filles de ma même mère.

 

 ASTURIES
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Published by Marco Valdo M.I.
12 juillet 2022 2 12 /07 /juillet /2022 18:22
NOUS SOMMES

 


Version française — NOUS SOMMES — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne SIAMO de Lorenzo Masetti — 2022

d’une chanson espagnole — SomosJosé Antonio Labordeta — 1984

Album “Qué queda de ti, qué queda de mí”
Cori : Joan Manuel Serrat, Luis Eduardo Aute

 

 


José Antonio Labordeta est né à Saragosse le 10 mars 1935. Il a vécu presque toute sa vie en Aragon. Son père, professeur de latin, fut arrêté durant la guerre civile pour son activité militante. José Antonio Labordeta est connu comme poète, comme chanteur. Professeur, écrivain, poète, journaliste, présentateur de télévision et homme politique aragonais, il fut également auteur de fictions, réalisateur de documentaires sur la campagne espagnole. Il fut député aux Cortès de 1999 à 2008, où il défraye la chronique en insultant des députés du Parti Populaire ; en émule de Pierre Cambronne, qui servit un « Merde ! » aux Anglais, il lançait aux gens de la droite : « A la mierda ! » C’est encore aujourd’hui dans les mémoires et tout à son honneur. Il est décédé le 19 septembre 2010.

 

 

 

ALHAMA DE ARAGON — 1904

 

Nous sommes

Comme ces vieux arbres

Battus par le vent

Qui vient de la mer.


Nous avons

Perdu compagnons,

Paysages et espoirs

Sur notre chemin.


Nous allons

Gravant dans nos mots

Les empreintes de nos lèvres

Pour pouvoir embrasser

 

Les temps

Futurs et désirés,

Mains à mains

Hissant l’égalité.

 

Nous sommes

Comme l’humble pisé,

Qui contre le temps protège

L’ombre du foyer.

 

Nous avons

Perdu notre histoire,

Nos chemins et nos chansons

En une dure bataille.

 

Nous allons

Arracher de nouvelles racines

Des champs et des sentiers,

Pour pouvoir parcourir

 

Les temps

Qui portent en dedans

Cette grande vérité

Qu’est la fraternité.

 

Nous sommes

Pareils à notre terre

Doux comme l’argile,

Durs comme la pierre.

 

Nous avons

Traversé le temps

Jetant dans les terres arides

Notre lutte totale.

 

Allons

Faire avec l’avenir

Une chanson d’espoir

Pour pouvoir enfin voir

 

Les temps

Couverts par la main,

Les visages et les lèvres

Qui rêvent de liberté.

 

Nous sommes

Comme ces vieux arbres.

 

NOUS SOMMES

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Published by Marco Valdo M.I.
11 juillet 2022 1 11 /07 /juillet /2022 15:49

 

Le Pays du Bonheur

 

Chanson française — Le Pays du BonheurMarco Valdo M.I. — 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52. : La Valse des Pronoms ; Épisode 53. : La Philosophie spéciale ;


 




 

 

 

Épisode 54

 

 

 

LE PAYS DU BONHEUR

Alexandre Deïneka — 1952

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Ah, dit Lucien l’âne, le pays du bonheur. Serait-ce la Zinovie ?

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., le pays du bonheur, c’est la Zinovie vue par elle-même. Officiellement ; en tout cas, proclamée telle par le Guide et les dirigeants. La population dit pareil — il le faut bien, mais avec un solide parfum d’ironie dans la voix.

 

Fort bien, dit Lucien l’âne, je comprends, car au début, j’avais des doutes du fait qu’on dit à présent que le pays du bonheur, c’est le Bhoutan.

 

Oh, dit Marco Valdo M.I., d’un point de vue zinovien, il n’y a rien là de contradictoire. Le tout est de savoir de quoi on parle. Il y a toutes sortes de conceptions du bonheur et puis, qu’importe s’il y a plusieurs pays du bonheur, la Zinovie est à l’avant-garde avec son avenir radieux. Qu’en dit la chanson ? Pays du bonheur, dit la Zinovie, l’être ou ne pas l’être, telle est la question.

 

Oyi, dit Lucien l’âne, mais ce qui m’intéresse, c’est la réponse. Et d’abord, que dit ce soliloque ?

 

En fait, comme toujours dans ce voyage en Zinovie, répond Marco Valdo M.I., il n’est pas possible de le savoir. C’est une voix anonyme. Une voix de simples gens, certainement pas une voix de dirigeant.

 

Certes, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est plus prudent en Zinovie de rester une voix perdue dans le chaos des discours et des incantations du Guide et des guidons.

 

Des guidons ?, demande Marco Valdo M.I.

 

Eh bien quoi ?, demande Lucien l’âne. L’ânon n’est-il pas un petit âne ?

 

Ah, je vois, dit Marco Valdo M.I. ; dès lors, un guidon serait un petit Guide et peut-être même, un futur Guide ou un candidat Guide.

C’est une position dangereuse que d’être guidon et heureusement, il existe un Saint Guidon qui se doit d’être leur protecteur comme le commande la tradition. Donc, la Zinovie est le pays des guidons et pour en revenir à mon propos, le soliloqueur ne se dévoile pas ; cependant, il dit des tas de choses intéressantes que je te laisse découvrir et décoder.

 

Oh, reprend Lucien l’âne, depuis le début de ce voyage en Zinovie, je passe mon temps à décoder ce qu’on entend et je finis par penser que le décodage est un élément essentiel de la vie quotidienne zinovienne.

 

C’est également un passe-temps national et une soupape au sentiment de malaise et d’angoisse des Zinoviens, enchaîne Marco Valdo M.I., et du reste, les Zinoviens se comprennent à demi-mots. Ils n’ont pas besoin de décodeurs. D’ailleurs, même s’il arrive qu’il émette un avis trop évident — auquel cas, le locuteur a des ennuis avec les services, la justice et souvent, bénéficie d’un séjour au camp, il est rare qu’on entende une protestation claire et péremptoire. Le principe est la prudence est la mère du Zinovien qui veut vivre paisiblement.

 

On les comprend, dit Lucien l’âne, car j’ai souvenir que même avec une habitude, un entraînement, une culture de prudence, les gens de Zinovie ont fini en camp par millions et qu’il en est revenu beaucoup moins. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde codé, chaotique, heureux et cacochyme.



Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Je vis depuis toujours en Zinovie,

J’ai passé ici toute une vie.

Dans ma chambre, je fais le bilan.

Je m’étire sur mon lit,

Pas sur un canapé, pas sur un divan.

En somme, sur un vrai lit,

Un lit d’antan, le lit de fer,

Hérité de ma grand-mère.

Juste un treillis et des ressorts,

Dessus une paillasse préhistorique.

Avec les dames, c’est du sport.

On saute, on plane, c’est cosmique.

 

Et je m’en vais sans nostalgie, sans élan.

Je marche au pas, fondu dans le rang.

Dans le temps, la Zinovie,

C’était camps et compagnie.

Dans le pays, il y avait deux couches :

La plus grande, c’était les gens

Et plus réduite, l’autre couche,

C’était les dirigeants.

C’étaient d’authentiques romantiques :

Ils vivaient dans la joie frénétique

Du pouvoir, des honneurs, des rations spéciales,

Des filles, des récompenses et des balles.

 

Tout au long des années,

On fait passer en Zinovie

En réunions, meetings, assemblées.

Les décisions historiques dans la vie.

En Zinovie, du peuple anonyme,

On exprime la volonté unanime

De réaliser des tâches grandioses,

De mener héroïquement les choses,

De conquérir de nouvelles terres,

D’étendre et défendre nos glorieuses frontières.

La Zinovie est un pays très spécial,

Vérité est synonyme de journal.

 

En Zinovie, on vit comme des dieux.

Personne n’est malheureux.

Plus personne ne se plaint.

On ne souffre plus de la faim.

On a une pièce pour vivre ;

Parfois seul ; souvent à plusieurs.

En Zinovie, c’est le pays du bonheur,

La vie est facile, il suffit de suivre.

Le guide et d’appliquer

Ses souhaits sans sourciller.

En Zinovie, protester mène au camp

Et souvent pour un très long moment.

 

 

 

Le Pays du Bonheur
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Published by Marco Valdo M.I.
8 juillet 2022 5 08 /07 /juillet /2022 17:57

 

ATTENTE AU BOUT DE L’ALLÉE

 

Version française — ATTENTE AU BOUT DE L’ALLÉE — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne IN ATTESA IN UN QUALCHE LUOGO IN FONDO AL VIALE ALBERATO de Stanislava


d’une chanson tchèque — Čekáme kdesi na konci alejeLenka Lichtenberg2022

Chanson — Texte : Anna Hanna Friesová — 1942-45 / Musique : Shy-Anne Hovorka


Thieves of Dreams/ Zloději snů. Songs of Theresienstadt’s Secret Poetess — Voleurs de Rêves. Chansons d’une poétesse secrète de Theresienstadt.

 

 

 

 

 

AU BOUT DE L’ALLÉE

Jan Zrzavý — 1907

 

 


 

 

 

 

Pour son album " Thieves of Dreams " — « VOLEURS DE RÊVES », enregistré très soigneusement avec dix-huit musiciens, Lenka Lichtenberg (voix, piano, synthé) s’est plongée dans la Tchécoslovaquie et l’histoire de sa famille en déportation : « Lorsque ma mère Jana Renée e Friesova est décédée en 2016, je rangeais son bureau à Prague et j’ai découvert deux petits carnets. Ils étaient remplis de poèmes que ma grand-mère, Anna Hana Friesova (1901-1987), avait écrits dans le camp de concentration de Theresienstadt. […] Devant mes yeux, il y avait les pages déchirées avec les rêves écrits à la main par ma grand-mère et ses cauchemars dans le camp, des histoires qu’elle ne m’a jamais racontées. Je me suis donc embarquée dans une recherche visant à partager ses écrits de « l’enfer sur terre », pour citer Primo Levi, et à faire revivre sa voix de la meilleure façon qui soit : en musique, dans un projet couvrant huit décennies et trois générations ». Les seize titres témoignent d’une sensibilité mélodique particulière et ont été composés et arrangés par Lenka Lichtenberg elle-même, parfois en collaboration avec d’autres musiciens, et sont en mesure de restituer à l’auditeur une texture affective dense qui invite à se plonger dans le livret bien édité, qui contient à la fois la copie des pages écrites à la main par Anna Hana Friesova et la traduction des textes en anglais, précédée d’une introduction autobiographique touchante et documentée écrite par Lenka Lichtenberg et intitulée Thieves of Dreams — « VOLEURS DE RÊVES ».

 

 

 

 


Nous attendons quelque part au bout de l’allée.

Étrange trinité : mes pleurs, mon espoir et moi ;

Nous attendons quelqu’un, sa voix et ses pas.

Nous sommes ici depuis des mois, depuis des années.


 

Le temps disparaît, n’existe pas. Je ne sais pas.

C’est le printemps ou peut-être le déclin de l’automne.

Je ne sens rien, mon cœur bat,

La vie est seulement une attente.


 

Des semaines, peut-être des siècles passent,

Parfois du soleil, parfois un maléfice.

Silence froid au bout de l’avenue,

J’attends et je pleure — l’espoir disparu.


 


 

 ATTENTE AU BOUT DE L’ALLÉE
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Published by Marco Valdo M.I.
7 juillet 2022 4 07 /07 /juillet /2022 17:07

OÙ SOMMES-NOUS ARRIVÉS ?

 

Version française — OÙ SOMMES-NOUS ARRIVÉS ? — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne DOVE SIAMO ARRIVATI ? de Stanislava

d’une chanson tchèque — Kam jsme to zašli ?Lenka Lichtenberg2022

Chanson — Texte : Anna Hanna Friesová — 1942-45 / Musique : Milli Janatková


Thieves of Dreams/ Zloději snů. Songs of Theresienstadt’s Secret Poetess — Voleurs de Rêves. Chansons d’une poétesse secrète de Theresienstadt.

 

 

 

LE SOLEIL

Edvard Munch — 1911

 


 

 

 

 

Pour son album " Thieves of Dreams " — « VOLEURS DE RÊVES », enregistré très soigneusement avec dix-huit musiciens, Lenka Lichtenberg (voix, piano, synthé) s’est plongée dans la Tchécoslovaquie et l’histoire de sa famille en déportation : « Lorsque ma mère Jana Renée e Friesova est décédée en 2016, je rangeais son bureau à Prague et j’ai découvert deux petits carnets. Ils étaient remplis de poèmes que ma grand-mère, Anna Hana Friesova (1901-1987), avait écrits dans le camp de concentration de Theresienstadt. […] Devant mes yeux, il y avait les pages déchirées avec les rêves écrits à la main par ma grand-mère et ses cauchemars dans le camp, des histoires qu’elle ne m’a jamais racontées. Je me suis donc embarquée dans une recherche visant à partager ses écrits de « l’enfer sur terre », pour citer Primo Levi, et à faire revivre sa voix de la meilleure façon qui soit : en musique, dans un projet couvrant huit décennies et trois générations ». Les seize titres témoignent d’une sensibilité mélodique particulière et ont été composés et arrangés par Lenka Lichtenberg elle-même, parfois en collaboration avec d’autres musiciens, et sont en mesure de restituer à l’auditeur une texture affective dense qui invite à se plonger dans le livret bien édité, qui contient à la fois la copie des pages écrites à la main par Anna Hana Friesova et la traduction des textes en anglais, précédée d’une introduction autobiographique touchante et documentée écrite par Lenka Lichtenberg et intitulée Thieves of Dreams — « VOLEURS DE RÊVES ».

 

 

 


 


 

Nous sommes perdus, éternellement sauvés,

Dans les nuits les plus sombres, souvenez-vous,

Du soleil, souvenez-vous !

Où sommes-nous allés, où sommes-nous arrivés ?

Où, où, où est votre regard ?

Où est votre regard ?


Nous sommes perdus, éternellement sauvés,

Dans les nuits les plus sombres, souvenez-vous,

Du soleil, souvenez-vous !

Seulement dans l’amour notre vie,

Surgit, notre vie !

Aimez, louez et jamais, jamais, ne regrettez,

Jamais ne regrettez !

 

Nous sommes perdus, éternellement sauvés,

Dans les nuits les plus sombres, souvenez-vous,

Du soleil souvenez-vous !

Souvenez-vous !

Souvenez-vous !

Souvenez-vous !

OÙ SOMMES-NOUS ARRIVÉS ?
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Published by Marco Valdo M.I.
6 juillet 2022 3 06 /07 /juillet /2022 17:56

 

AU NOUVEAU SOLEIL DORÉ

 


 

Version française — AU NOUVEAU SOLEIL DORÉ — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne — DORATA DI NUOVO DAL SOLE — de Stanislava — 2022

d’une chanson tchèque — Zas v slunci zlatémLenka Lichtenberg2022

Chanson — Texte : Anna Hanna Friesová — 1942-45 / Musique : Milli Janatková


Thieves of Dreams/ Zloději snů. Songs of Theresienstadt’s Secret Poetess — Voleurs de Rêves. Chansons d’une poétesse secrète de Theresienstadt.
 

 

 

 

 

LE PRINTEMPS

 

Alfons Mucha — 1898
 

 

 

 

Pour son album " Thieves of Dreams " — « VOLEURS DE RÊVES », enregistré très soigneusement avec dix-huit musiciens, Lenka Lichtenberg (voix, piano, synthé) s’est plongée dans la Tchécoslovaquie et l’histoire de sa famille en déportation : « Lorsque ma mère Jana Renée e Friesova est décédée en 2016, je rangeais son bureau à Prague et j’ai découvert deux petits carnets. Ils étaient remplis de poèmes que ma grand-mère, Anna Hana Friesova (1901-1987), avait écrits dans le camp de concentration de Theresienstadt. […] Devant mes yeux, il y avait les pages déchirées avec les rêves écrits à la main par ma grand-mère et ses cauchemars dans le camp, des histoires qu’elle ne m’a jamais racontées. Je me suis donc embarquée dans une recherche visant à partager ses écrits de « l’enfer sur terre », pour citer Primo Levi, et à faire revivre sa voix de la meilleure façon qui soit : en musique, dans un projet couvrant huit décennies et trois générations ». Les seize titres témoignent d’une sensibilité mélodique particulière et ont été composés et arrangés par Lenka Lichtenberg elle-même, parfois en collaboration avec d’autres musiciens, et sont en mesure de restituer à l’auditeur une texture affective dense qui invite à se plonger dans le livret bien édité, qui contient à la fois la copie des pages écrites à la main par Anna Hana Friesova et la traduction des textes en anglais, précédée d’une introduction autobiographique touchante et documentée écrite par Lenka Lichtenberg et intitulée Thieves of Dreams — « VOLEURS DE RÊVES ».

 

 

 

 

 

 

Au nouveau soleil doré,

Avec la boue, revient le printemps

Tout en beauté.

Le cœur qui dormait tant,

Guéri de la douleur,

Se prépare à quelqu’heur.

 

Tout sera comme avant,

Rien n’a changé ; pourtant,

Au lieu de la neige, une fleur.

Elle est jeune, d’une nouvelle senteur ;

De l’année dernière, elle ne sait rien ;

Elle ne dira rien.

 

Là de loin, l’eau se précipitait,

Les violettes coloraient la forêt,

L’amour, le cœur cherchait ;

Plus petit quand l’an passait,

À chaque printemps, il se réduisait

Comme dans le fleuve, les galets.

 

 

AU NOUVEAU SOLEIL DORÉ
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5 juillet 2022 2 05 /07 /juillet /2022 20:25

 

 

La Philosophie spéciale

 

Chanson française — La Philosophie spécialeMarco Valdo M.I. — 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52: La Valse des Pronoms ;


 

Épisode 53

 

 

 

 

L’AVENIR RADIEUX

 

Entre ciel et terre

 

Boris & Kaleria Kukuliev — 1987

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Soit, dit Lucien l’âne, voici à nouveau que rejaillit ton obsession pour la philosophie au jour le jour, pour cette philosophie mise en chanson. Quelle idée, mettre la philosophie en chanson !

 

D’abord, dit Marco Valdo M.I., c’est une manière de la chanson depuis fort longtemps et nombreux sont les exemples ; de toute façon, qu’on le veuille ou non, dès qu’on s’exprime — chanson ou non — sur le monde comme il est, sur le monde comme il va, on y répand de la philosophie. Et puis voilà, cette chanson-ci s’intitule « La Philosophie spéciale » ; sur le sens de ce titre, on reviendra. Avant ça, j’aimerais dire quelques mots de la philosophie en chanson. Donc, je précise que ce n’est pas là mon projet de départ ; ce qui s’est passé, c’est que la philosophie — allez savoir pourquoi — s’est glissée dans mes chansons. Certes, il y a notre dialogue qui se dit lui-même maïeutique et qui, je le concède, a un furieux penchant à philosopher à la manière antique ; il est parent de ce dialogue ancien qu’on appelle le dialogue socratique.

 

Est-ce à dire, demande Lucien l’âne, que tu te pends pour Socrate ou que nous en sommes revenus à cette lointaine époque dont je te rappelle que je l’ai parcourue en long et en large à la recherche des roses de la vie. À ce sujet, je peux dire que la philosophie encore adolescente à l’époque était plus agréable à fréquenter que la vieille dame de ces derniers temps.

 

Tout ça est certainement vrai, Lucien l’âne mon ami, mais on pourra y revenir plus tard, car il faut que je remette le titre de cette chanson dans son contexte. Qu’est-ce que c’est que cette « philosophie spéciale » ? Que raconte-t-elle ? En fait de philosophie spéciale, on en entend des échos tout au long du voyage en Zinovie. En quelque sorte, on baigne dedans. C’est elle qui se montre à la manœuvre tout au long de notre séjour en Zinovie. C’est elle que les guides successifs et leurs affidés enfoncent systématiquement dans le cerveau des Zinoviens. C’est cette

 

« géniale philosophie,

Sa profonde et solide idéologie,

Sa conviction sociale-nationale,

Qui fait de la Zinovie, une nation spéciale. »

 

Voilà pourquoi la philosophie spéciale ; la première strophe y est entièrement consacrée.

 

Bien, déclare Lucien l’âne, mais il reste encore trois autres strophes et j’aimerais en savoir plus.

 

Alors, reprend Marco Valdo M.I., j’y viens très systématiquement.

La seconde strophe indique la cohésion du Guide et d’une partie des Zinoviens et l’ambition folle qui les emmène.

 

« Les Zinoviens typiques sont bien décidés

À imposer l’avenir radieux à l’humanité. »

 

La troisième détaille les conséquences de ce délire impérial et s’interroge sur sa pertinence et son funeste destin :

 

« Qu’avons-nous à faire de ce combat douteux ?

Qui a besoin de ce prestige miteux ?

Qui va payer tout ce cinéma ?

En plus, c’est peine perdue déjà,

On se fera jeter aussi de là-bas. »

 

La quatrième strophe fait elle aussi écho à la façon dont le locuteur (et d’autres) arrive à se déprendre de l’emprise de la philosophie spéciale — c’est-à-dire également des discours du Guide et aussi à son souhait de s’échapper (au moins individuellement) de cette enveloppe anesthésiante de l’homme nouveau, de ce carcan de vie qu’est la vie du citoyen en Zinovie.

 

« Pour rester humain, on se retire en marge,

On ne lutte pas pour les quatre sous des biens,

On ne profite d’aucune charge,

On se contente de la vie comme elle vient,

Un jour, je m’en irai très loin.

Prudent, je me tais, en attendant. »

 

 

je connais ça, dit Lucien l’âne ; dans des systèmes de ce genre, la désertion s’impose. Il s’agit de se déconnecter du « nous », d’échapper aux « Eux » et si possible, de trouver l’échappatoire pour « Un jour, s’en aller très loin ». Il n’y a pas d’autre solution. C’est un rêve actif, le mode de vie de survie du Zinovien qui se débarrasse de la philosophie spéciale et qui accède à la conscience du monde. Quant à nous, encore et encore, tissons le linceul de ce vieux monde absurde, aberrant, abominable, assassin, aride, avare, arriviste, ambitieux, arrogant, avide et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

En Zinovie, l’homme s’est élevé en marchant -

Comme font les oiseaux — sur deux pattes.

En Zinovie, un grandiose monument

Impérissable stupéfie et fait date.

Les congrès, les assemblées, les réunions,

Les journaux, les radios, la télévision

Répercutent des millions de fois ses discours.

En Zinovie, le Guide montre la voie sans détour,

Sa géniale philosophie,

Sa profonde et solide idéologie,

Sa conviction sociale-nationale,

Qui fait de la Zinovie, une nation spéciale.

 

En Zinovie, le guidisme fait le Guide.

Ce n’est pas un dogme, c’est une direction.

En Zinovie, le guidisme nous guide

Sous le regard du Guide, unis en une nation.

Les sirènes sonnent l’alarme.

Les voisins pas convaincus encore

Ont couru prendre les armes.

Depuis lors, les morts parlent aux morts.

En Zinovie, règne la plus grande indignation

Contre ces voisins qui refusent notre invasion.

Les Zinoviens typiques sont bien décidés

À imposer l’avenir radieux à l’humanité.

 

Combien coûte le fer et le feu ?

Pour quoi faire ? Pour quel jeu ?

Combien de chars, combien de canons,

Combien de missiles, combien d’avions ?

Combien coûte ce crétinisme ?

C’est la rançon du guidisme.

Discours, péroraisons, et patati et patata.

Qu’avons-nous à faire de ce combat douteux ?

Qui a besoin de ce prestige miteux ?

Qui va payer tout ce cinéma ?

En plus, c’est peine perdue déjà,

On se fera jeter aussi de là-bas.

 

Le Zinovien incarne l’homme nouveau,

Cet être extraordinaire, avide de biens élémentaires,

De distractions, de décorations et de cadeaux.

En Zinovie, on vit en Zinovien ou en solitaire.

Pour rester humain, on se retire en marge,

On ne lutte pas pour les quatre sous des biens,

On ne profite d’aucune charge,

On se contente de la vie comme elle vient,

Et bien évidemment, on n’a droit à rien.

Un peu marginal, en partie indépendant,

Un jour, je m’en irai très loin.

Prudent, je me tais, en attendant.

 

 

La Philosophie spéciale
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Published by Marco Valdo M.I.
1 juillet 2022 5 01 /07 /juillet /2022 18:01

 

La Valse des Pronoms

 

Chanson française — La Valse des PronomsMarco Valdo M.I. — 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités

 

Épisode 52

 

 

LA SOCIÉTÉ OUVERTE

Maxime Kantor2002

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Le je, le tu, l’il, le moi, le toi, le lui, le nous, tels sont les pronoms de la valse, sans oublier l’eux, dit Marco Valdo M.I. ; ainsi s’explique le titre de la chanson.

 

Moi, dit Lucien l’âne, je trouve que ça n’explique pas grand-chose ; alors, si tu voulais m’expliquer plus encore.

 

Évidemment, répond Marco Valdo M.I. ; d’ailleurs, je m’attendais à ta demande. Enfin, soit ! Quand même, tous ces pronoms sont ceux qui valsent dans la chanson. Bref, en Zinovie, ce qui compte et s’impose à chacun, c’est le nous ; c’est le pronom unificateur, égalisateur, assimilateur. Comme il est dit dans la chanson :

 

« Nous, c’est la base de la vie,

La volonté irrésistible de la Zinovie. »

 

En fait, le nous, c’est l’être social, le fondement de la société.

 

Voilà pour le nous, dit Lucien l’âne, et les autres ?

 

Oh, dit Marco Valdo M.I., les autres ? Les autres, en principe, n’existent pas, ils ne peuvent exister, il ne peut être question de moi, de je, tu, il, lui qui ont le gros défaut de faire exister un individu. Donc, je résume : là-bas, en Zinovie, on existe en bloc. Le nous est un en soi, le seul possible, car le nous fait la société. On ne saurait accepter sa décomposition en particules distinctes et autonomes.

 

J’entends bien, dit Lucien l’âne, mais qu’en est-il de l’eux dont tu as mentionné l’existence au début de notre dialogue. Il me semble que ce n’est pas le nous.

 

Ah l’eux !, dit Marco Valdo M.I., l’eux, c’est autre chose encore. L’eux, c’est une entité plurielle comme le nous, mais d’une autre nature. Alors que le nous est une entité compacte, multiforme et à usage multiple, l’eux se dissémine dans toute la société ; rien ne distingue les eux, sauf que comme le dit le moi de la chanson :

 

« En Zinovie, les Eux, ce sont les maîtres ;

En Zinovie, on sait les reconnaître. »

 

Il y a certainement intérêt à le faire, car les Eux sont le bras armé — parfois en uniforme ; souvent, en civil — du Grand Nous qu’est la Zinovie :

 

« En Zinovie, le moi doit se dissoudre,

Ou Eux le réduiront en poudre. »

 

Je me disais bien, conclut Lucien l’âne, que je n’aimerais pas vivre dans cette société zinovienne et qu’à la première occasion, il faudrait que je me défile. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde oppressant, fermé, étouffant, mortel, mortifère et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

En Zinovie, l’individu est mal vu.

En Zinovie, le moi est mal venu,

L’individu pense je, l’individu dit moi ;

En Zinovie, je et moi ne se peuvent pas.
En Zinovie, dans le jeu du je et du nous,

En Zinovie, il faut user du nous.

Le nous, c’est l’assemblée, c’est la collectivité

Le penchant au moi est aussitôt dénoncé.

Au bout de la logique du je-nous,

L’individu n’est plus rien du tout.

En Zinovie, le nous est au pouvoir

En Zinovie, le moi se terre dans le noir.

 

Le nous, c’est l’instinct social

C’est le troupeau, c’est le sens tribal.

Nous, ce n’est ni toi, ni moi, ni lui ;

C’est un certain, c’est un autre.

Nous dit que tout est nôtre.

Rien à toi, rien à moi, rien à lui.

Nous, c’est la base de la vie,

La volonté irrésistible de la Zinovie,

De l’Histoire, c’est la marche d’acier.

Si je, tu, il bronchent, nous les écrase du pied.

Pas de moi, pas de je, nulle compromission,

C’est le nous ou le camp de rémission.

 

En Zinovie, il faut boire au progrès.

À tout hasard, car on ne sait jamais.

En Zinovie, pays du nous vainqueur,

Où le nous homogène est protecteur.

Le moi n’est rien, le nous est tout.

L’anonyme est le fondement du nous.

En Zinovie, le moi doit se dissoudre,

Ou Eux le réduiront en poudre.

C’est d’Eux que dépend chaque jour.

En Zinovie, Eux te surveillent toujours.

En Zinovie, les Eux, ce sont les maîtres ;

En Zinovie, on sait les reconnaître.

 

En Zinovie, on vit des temps curieux.

Je n’ai rien à faire avec Eux.

Ça ne me plaît pas, tout ça.

C’est comme ça ; je ne peux pas.

Ni auxiliaire, ni collaborateur,

Pas même occasionnel informateur.

Que suis-je ? Pour Eux, un rien.

De moi, Eux n’ont pas besoin ;

Pour Eux, je suis un inutile.

Je me refuse à prendre leur parti ;

Dans le Nous, je me fais tout petit

Et discrètement, je quitte la file.

La Valse des Pronoms
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