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8 mai 2022 7 08 /05 /mai /2022 17:27

 

La Charrette

 

 

Chanson française – La Charrette Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; 039 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 040 : La Ville violée ; Épisode 041 : La Vie paysanne ;

 

Épisode 42

 

 

LA CHARRETTE

Issachar Ber Ryback – 1925

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

La charrette, qui donne le titre à la chanson, Lucien l’âne mon ami, comme tu le sais, est un véhicule rustique avec de grandes roues qu’on fait tirer par un bœuf, un cheval ou même parfois, un âne.

 

Je sais, dit Lucien l’âne, et je sais aussi que c’est une lourde tâche. Mais que vient faire ici cette histoire de charrette ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, il se trouve également que la charrette est un objet historique de sinistre mémoire, du moins pour ceux qui ont la mémoire de la Révolution française où la charrette joua un rôle aussi effrayant que la guillotine à laquelle elle emmenait les condamnés. C’est à ce sens-là que fait allusion la chanson :

 

« Pour moi, dit le père, c’est rien de mourir,

Mais de cette manière, le bétail va crever.

De l’assemblée, ils l’ont fait sortir.

Et sur la charrette, on l’a embarqué.

Un père si sobre, si intelligent, si gentil ;

Nul ne sait ni comment, ni où il a fini. »

 

Voilà, dit Lucien l’âne, qui me remémore ceci d’un autre écrivain russe dont le nom commence également par « Z », car il s’appelle Eugène Zamiatine. « Le soir, j’appris qu’ils en avaient emmené trois. Toutefois, personne ne parlait tout haut de ce qui venait de se passer, par suite de l’influence bienfaisante des Gardiens, invisibles parmi nous. Les conversations roulaient sur la chute rapide du baromètre et sur le changement de temps… » (Nous autres – un roman interdit par la censure dès 1923). Et pour le reste ?

 

Pour le reste, reprend Marco Valdo M.I., la chanson, comme celles qui la précèdent, répercute les échos captés durant le voyage en Zinovie selon le même schéma qu’à l’ordinaire, c’est-à-dire en quatre strophes de douze vers chacune. Pour ta gouverne, je vais un peu les décortiquer. La première expose quels sont les événements et les émotions autorisées en Zinovie ; il s’y glisse comme un soupçon d’ironie quand elle évoque :

 

« Les émotions permises sont limpides :

La joie des glorieux succès militaires,

L’enthousiasme pour la sagesse du Guide

Et ceux qui pensent, on les fait taire. »

 

Ça, c’est de toute actualité, dit Lucien l’âne.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., comme c’est souvent le cas ici. Donc, pour le reste, la deuxième strophe renvoie à une certaine mobilisation aussi volontaire qu’enthousiaste du peuple par le peuple et elle se conclut dramatiquement par la « disparition » du père, qui avait émis une critique devant l’assemblée populaire.

 

Oh, dit Lucien l’âne, il n’y a pas qu’en Zinovie que les gens critiques disparaissent ou sont emmenés on ne sait trop où. Souvent, on n’en retrouve jamais la trace que bien plus tard, quand on la retrouve.

 

Quant à la troisième strophe, continue Marco Valdo M.I., elle raconte la fuite et l’errance du fils qu’on poursuit jusque dans l’anonymat de la capitale où il s’était réfugié.

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, tel père, tel fils, ont-ils dû penser et se mettre à sa recherche, mais un mystérieux « jeune homme » l’a prévenu à temps ; sans quoi, j’imagine qu’il aurait suivi le chemin de son père. Il a heureusement choisi de fuir.

 

Heureusement, dit Marco Valdo M.I., certainement ! Quant à son destin, tout dépendra de la suite, laquelle par nature est imprévisible. Enfin, la quatrième strophe parle de l’impossibilité d’une littérature quand on n’a comme sujets possibles que le panégyrique du Guide et la célébration du glorieux, du merveilleux et du radieux.

 

Arrête-toi là, dit Lucien l’âne, car il importe de tisser le linceul de ce vieux monde inculte, barbare, glorieux, merveilleux, radieux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

À l’intérieur des frontières de Zinovie,

On connaît des événements ordinaires,

On ressent des émotions singulières,

Ainsi se déroule la vie.

Parfois, il y a des moments extraordinaires :

Famines, inondations, tremblements de terre,

Catastrophes aériennes et ferroviaires,

Les opérations spéciales et les menaces étrangères

Les émotions permises sont limpides :

La joie des glorieux succès militaires,

L’enthousiasme pour la sagesse du Guide

Et ceux qui pensent, on les fait taire.

 

Retour des vacances au cœur de l’été ;

Au village, les paysans sont enrôlés 

Pour créer le paradis annoncé.

Ceux qui n’ont pas pu fuir

Ont volontairement dû s’inscrire

Finalement, de leur plein gré.

Pour moi, dit le père, c’est rien de mourir,

Mais de cette manière, le bétail va crever.

De l’assemblée, ils l’ont fait sortir.

Et sur la charrette, on l’a embarqué.

Un père si sobre, si intelligent, si gentil ;

Nul ne sait ni comment, ni où il a fini.

 

Comme à la campagne, la tranquillité

À la ville ne peut toujours durer.

Un soir, un jeune homme vient le voir.

Vite, il rassemble ses quelques affaires ;

Sans tarder, il part dans le noir

N’importe où, se mettre au vert.

Il s’en va sans savoir où il va.

Sur un train de passage, il a sauté ;

Seul moyen de rester en liberté.

Son errance commença comme ça.

Après longtemps, il est descendu ;

Ici, on l’a plus jamais revu.

 

La Zinovie ne produit pas de la littérature ;

Ce n’est pas qu’elle manque de talents,

Simplement, le problème littéraire est évident :

On manque d’ingrédients pour l’écriture.

Où trouver de quoi parler, que raconter ?

Les infinies démarches pour un appartement,

Les files d’attentes, les réunions, les comités,

Le grand rêve partagé de l’Épanouissement ?

Seuls comptent notre passé glorieux,

Notre présent merveilleux et l’avenir radieux ;

La conscience et l’histoire de l’humanité

Sont juste des survivances du passé.

 

 

 

 

 

La Charrette
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Published by Marco Valdo M.I.
4 mai 2022 3 04 /05 /mai /2022 15:55

 

La Vie paysanne

 

 

Chanson française – La Vie paysanne Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; 039. L’Ordinaire de la Guerre ; 040 : La Ville violée ;



 


 

Épisode 41

 

 

ENFANCE PAYSANNE

Vladimir Makovski – 1890

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

La Zinovie, Lucien l’âne mon ami, a une histoire ancienne ; il en va de même pour ses habitants, même si le temps n’a pas la même densité, n’a pas la même longueur, s’il ne relève pas de la même mesure : le temps de l’une est plus long à passer que le temps des autres. L’une calcule en siècles ou en lustres ; les autres en années ; entre les deux, on calcule en décades ou en décennies, selon l’Académie.

 

Oui, dit Lucien l’âne, mais encore ?

 

Mais encore, poursuit Marco Valdo M.I., cette plongée dans l’histoire tant collective qu’individuelle ou plutôt, l’histoire collective vue au travers du prisme de l’individuelle, nous ramène à la campagne où commence la vie de notre héros inconnu. Pas si anonyme que ça, car on sent bien qu’il y a là comme un récit autobiographique. Bref, c’est une histoire individuelle, une aventure personnelle, qui s’est commencée sous le grand Guide et qui va connaître toutes les vicissitudes, dues aux soubresauts qui ont défait la Zinovie antérieure.

 

À la campagne, demande Lucien l’âne.

 

En fait, répond Marco Valdo M.I., comme on l’a déjà vu ici, avant la collectivisation forcée des campagnes, la vie dans les villages était foisonnante et rassemblait la plus grande partie de la population de Zinovie ; dans l’ensemble, si elle était dure et pauvre, pleine de disparités, elle faisait société.

 

« La campagne était bonne, généreuse, honnête ;

À présent, vide, sans queue ni tête, la vie s’entête. »

 

Ah bien, dit Lucien l’âne, et quoi d’autre ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, cette histoire focalise son regard sur l’enfance de ce héros inconnu (dont j’ai la nette impression qu’elle ressemble à celle d’Alexandre Zinoviev) et en relate les événements marquants. Du moins, ceux qui ont marqué la vie de l’enfant et qui lui ont façonné son destin. Tout y est : du petit enfant de famille nombreuse extrêmement pauvre (qui devait aller travailler au champ très tôt le matin avant d’aller à l’école) au savant universitaire, citadin par force. Cela dit, plein de choses transparaissent dans ce récit qu’on peut découvrir en portant une attention sur les détails. Je laisse à chacun le soin de faire ces découvertes.

 

Bonne idée, dit Lucien l’âne, car on va pas y passer la journée ; ce n’est pas un roman quand même, cette chanson. Pour le reste, nous tissons le linceul de ce vieux monde bouleversant, bouleversé, hésitant et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

La mère laboure la terre stérile

Depuis l’aube débile ;

Le soir venu, elle dételle sa rosse,

Se couche sur le poêle

Et accouche d’un nouveau gosse.

Elle range la maison, regarde l’étoile,

Et s’en va s’occuper des bêtes.

L’enfant pleure à tue-tête.

L’enfant affamé attend

Le retour de maman.

Vie paysanne au quotidien

Et naissance dans le monde ancien :

 

À la fin de l’école primaire,

Ses parents espèrent

En son avenir non-agricole.

Il sera cordonnier, dit le père ;

Il sera tailleur, dit la mère.

Il sera savant, dit le maître d’école.

Depuis cinquante ans ici,

J’enseigne à tous les enfants ;

Je n’ai jamais connu si bel esprit ;

On n’en voit pas un tel en cent ans.

Qu’il étudie, dit le père ;

Qu’il aille à la ville, dit la mère.

 

La mère se met à pleurer.

Enfin, on ne va pas le laisser

Crever de faim ici, dit le père

Alors, on vend les bottes du grand-père,

Le vieux fusil et l’alliance.

Il faut lui faire confiance.

Comme le temps a passé vite,

Le père est mort d’une péritonite,

La mère au bout d’une vie d’esclavage

Est partie à la fin de son voyage.

La campagne était bonne, généreuse, honnête ;

À présent, vide, sans queue ni tête, la vie s’entête.

 

Au village, on a juste une isba

D’une seule pièce et six enfants,

Les autres sont partis déjà.

Papa est mort, reste maman,

Tous les jours à porter, à ranger.

On a à peine de quoi manger.

La belle vie quand on aura du pain.

Avant la classe, faut travailler tôt.

Chez le voisin, il y a du gâteau.

L’égalité n’est pas pour demain.

Je faisais de l'ombre, on m’a accusé de vol ;

J'en savais trop, on m’a chassé de l’école.

 

 

La Vie paysanne
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Published by Marco Valdo M.I.
2 mai 2022 1 02 /05 /mai /2022 18:58

 

La Ville violée

 

 

Chanson française – La Ville violée Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; 039. L’Ordinaire de la Guerre ;


 

 

 

Épisode 40

 

 

 

LE DÉFILÉ

Varvara Grankova - s.d.

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

La ville violée, dit Lucien, c’est étrange comme les histoires de Zinovie font penser à certaine actualité, comme la Zinovie ressemble dans ses manières à un pays voisin de l’Ukraine.

 

Il n’y a rien là de bien étonnant, répond Marco Valdo M.I., puisque la Zinovie est ce même pays, mais vu de l’intérieur par cette chronique, tirée des écrits d’un de ses habitants ; j’ajouterais un de ses habitants les plus conscients, un de ses habitants qui aimait la logique et la vérité, qui cherchait à comprendre et à faire comprendre l’absurde comportement général de son pays. En fait, ce qu’il décrit là est le fondement commun à la Zinovie et à son modèle ; l’une est le reflet de l’autre et vice-versa. La Zinovie est un tableau réaliste et même, hyperréaliste. Ce qui est stupéfiant, c’est que des années sont passées et qu’on aurait pu croire ce passé passé. Il n’en est rien, il a fallu que tout change pour que rien ne change aurait conclu Tancrède.

 

On aurait, dit Lucien l’âne, à propos de l’histoire présente, comprendre l’avertissement que lançait l’écrivain allemand Bertolt Brecht : « Et le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde », même qu’il faudrait réécrire sa pièce sous le titre : « La résistible ascension de Clodomir Foutine ». Il suffirait de remplacer le chou-fleur par le gaz. Si tu en avais le temps, ce serait une bonne idée de le faire.

 

Le temps, le temps, rien que ça, Lucien l’âne mon ami, car tu penses que nous avons le temps. Enfin, passons. Maintenant, à propos de théâtre, et avant d’en revenir à la chanson, je voudrais te faire connaître un petit bout de ma version française, du discours d’Henry V roi d’Angleterre au gouverneur d’Harfleur, ville française qu’il assiège :

 

« Comment décide maintenant le gouverneur de la ville ? Ceci est le dernier pourparler que nous admettrons… Prenez pitié de votre ville… sinon vous allez voir l’aveugle et sanguinaire soldat, de sa main sale défaire les tresses de vos filles aux cris aigus, vos pères tirés par leur barbe grise et leurs très révérendes têtes écrasées contre les murs, vos petits enfants nus plantés sur des piques… Que dites-vous ? Vous rendez-vous et évitez ça ou, coupables de défense, vous serez alors détruits ? » (William Shakespeare, henry V, Acte III, scène III).

 

Oui, dit Lucien l’âne, Shakespeare en savait un bout sur la folie sanglante des puissants. Qu’en est-il, à présent, du reste de la chanson ?

 

En gros, répond Marco Valdo M.I., elle raconte la prise de la ville et le futur défilé de la victoire que feront les vainqueurs sur la grand place de la ville – enfin, ceux qui ont survécu loin des combats, ornés de leurs médailles et fiers de leur promotion et la ville pour ne pas les voir mettra sa voilette.

 

La ville renfilera sa robe violette,

La ville vide mettra sa voilette.

 

Je vois, dit Lucien l’âne, une ambiance de coma. Parfois, les villes s’en remettent, parfois, elles ne s’en remettent pas comme le fit Troie. Ici, l’avenir nous le dira. En attendant, tissons le linceul de ce vieux monde héroïque, grandiose, attardé, crétin, barbare, et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

La ville est là-devant, taquine.

Arrêtez de fumer, dit le Lieutenant.

On traverse le champ de mines.

Celui qui passe devant

A des chances. En avant !

On part à l’attaque en courant.

À l’arrière, les mitrailleuses crépitent.

On fonce vers l’ennemi.

Le lieutenant pousse un cri.

Dans la boue, tous on se précipite.

Le Lieutenant se lève et retombe.

Et pour toujours, il succombe.

 

Parler est ma vocation,

Ma principale occupation.

Une activité pas si futile,

En fait, parler est très utile.

Parler, c’est penser à haute voix,

Éclairer la conscience des gens,

Comme le faisaient autrefois

Les aèdes, les comédiens itinérants,

Les simples d’esprit et les bouffons.

En Zinovie, parler reste au fond

Le meilleur moyen de communication

Et la commune distraction.

 

La ville violée s’était vidée ;

Nous, on se sent vraiment étrangers.

Dans les maisons abandonnées,

On cherche de quoi manger.

Des milliers partis à l’assaut,

Quelques dizaines sont restés debout.

Les autres ont fait le grand saut,

Et sont restés couchés dans la boue.

En haut, il va y avoir des médailles,

Des titres et de l’avancement.

Nous autres, la piétaille

On rêve de dormir tranquillement.

 

Pour la Fête, ils vont défiler

Par quatre de front, au pas cadencé.

La ville ravagée, dans ses ruines,

Sa voix voilée chantera sa comptine.

La Lune éclairera cette misère

Durant tous ses prochains quartiers ;

La ville pleurera sa colère

Dans tous ses quartiers.

La ville par la guerre vidée,

La ville par les soldats violentée,

La ville renfilera sa robe violette,

La ville mettra sa voilette.

 

La Ville violée
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Published by Marco Valdo M.I.
30 avril 2022 6 30 /04 /avril /2022 17:26

 

 

LOrdinaire de la Guerre

 

Chanson française – LOrdinaire de la Guerre Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ;


 

 

Épisode 39

 

 

 

L'OPÉRATION PUBLICITAIRE

 

Clodomir Foutine, dit Le Clodo – 2022

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

D’abord, Lucien l’âne mon ami, deux-trois mots à propos du titre, car il mérite d’être un peu explicité du fait qu’il contient en lui-même divers niveaux de sens. Pour cela, il convient d’identifier la signification du mot « ordinaire », utilisé ici comme substantif, comme nom commun et de le comprendre en rapport avec l’univers militaire. Dans ce cas, l’ordinaire doit être entendu comme le repas des hommes de troupe, des soldats. Mais, sans abandonner pou autant ce premier sens, si on le relie à la guerre, car le titre est bien « l’ordinaire de la guerre », c’est la violence, le massacre, l’assassinat, les cadavres, etc.

 

D’accord, dit Lucien l’âne, et comment la chanson se décline-t-elle à partir de là ?

 

Elle progresse par phase, par strophe, dit Marco Valdo M.I. ; ainsi, la première strophe évoque le repas d’un groupe de soldats ; la deuxième développe leurs discussions autour de questions que leur pose leur conscience d’être humains vivant en Zinovie.

 

Ce sont là des questions essentielles, dit Lucien l’âne, qu’il revient à chacun de se poser où qu’il vive ou se trouve. Ce serait bien si les soldats en faisaient leur ordinaire.

 

En effet, reprend Marco Valdo M.I., et peut-être, est-ce le cas, qu’en savons-nous ? De toute façon, si on en croit la suite, ils s’en vont tout droit au massacre

 

« Hourra ! crie le bataillon amnistié.

« Pour la Patrie, pour le Patron,

À l’assaut ! Allez prendre cette ville ! »

Mitrailleuses derrière, devant canons,

On est partis, tous à la file. »

 

et donc, pour eux, tout ça n’aura plus aucun sens.

 

Et tout ça pour quoi ?, demande Lucien l’âne.

 

Et tout ça pour rien, dit Marco Valdo M.I., pour une opération publicitaire du Guide :

 

« Le Guide dit : Pour la Grande Fête,

Objectif officiel, décision importante :

Une glorieuse mission exaltante,

Il nous faut une grande conquête.

Ce n’est pas une opération militaire,

C’est un défilé publicitaire. »

 

M’est avis, dit Lucien l’âne, qu’il y a là une sorte de glorification, d’adulation obligées et rarement atteintes dans l’histoire, sauf par des autocrates délirants, des gens pires que la peste et le choléra réunis, qui ont des millions de morts à leur actif. Et nous, obstinément, nous tissons le linceul de ce vieux monde arrogant, absurde, avide, aboulique et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Obsession du bide : se remplir.

Aucun d’eux n’arrivait

À veiller, ni à dormir.

Les soldats grelottaient,

Pas grand-chose à becqueter,

Le repas fut vite liquidé.

Et les soldats pensaient encore à

Boire, bâfrer, à bouffer n’importe quoi,

Des calories, du bourratif, du réchauffé.

On rêvait éveillés d’avaler

Du rata par gamelles entières,

L’ordinaire de la guerre.

 

L’homme veut être un citoyen.

Ce n’est pas le tout d’en avoir envie,

En a-t-il vraiment les moyens ?

La question se pose en Zinovie.

On discute ferme dans le camp.

Qu’est-ce que l’homme, finalement ?

Qu’est-ce que le bonheur ?

En lui-même, à quoi il pense ? 

L’homme a une conscience,

L’homme a un honneur.

L’homme aspire à la liberté

À décider, à choisir,

À se déplacer, à partir.

 

Le Guide dit : Pour la Grande Fête,

Objectif officiel, décision importante :

Une glorieuse mission exaltante,

Il nous faut une grande conquête.

Ce n’est pas une opération militaire,

C’est un défilé publicitaire.

Reste à savoir à quoi ça sert,

Reste à savoir qui va le faire.

On nous envoie, nous les disciplinaires,

Avec le commando punitif au derrière,

Mitrailleuses, mitraillettes et fusils,

On n’en sortira pas vivants, cette fois-ci.

 

Soudain, un cri puissant, retentissant :

Le commandant hurle : « Mes enfants,

La Patrie est une bonne fille.

Au nom de la Patrie,

Vous êtes tous graciés. »

Hourra ! crie le bataillon amnistié.

« Pour la Patrie, pour le Patron,

À l’assaut ! Allez prendre cette ville ! »

Mitrailleuses derrière, devant canons,

On est partis, tous à la file.

Attention, ce n’est pas une guerre,

C’est une opération militaire.

 

 L’Ordinaire de la Guerre
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29 avril 2022 5 29 /04 /avril /2022 17:53

 

L’ÉTAT ROUILLÉ
 

Version française – L’ÉTAT ROUILLÉ – Marco Valdo M.I. – 2022

D’après la version italienne de Riccardo Venturi – Stato arrugginito – 2020

d’une chanson biéolorusse – Iržavaja dzjaržava – Іржавая дзяржаваLjavon Volski / Лявон Вольскі

Paroles et musique : Лявон Вольскі [Lavon Volski]

 

 

L’ÉTAT ROUILLÉ DE BIÉLORUSSIE
Minsk – Gera More (Photo) – 2017

 

 

Dialogue maïeutique

 

Il y a quelque temps, dit Marco Valdo M.I., les gens d’ici auraient en énormément de mal à situer la Biélorussie.

 

Certes, dit Lucien l’âne, et même, pour une grande part d’entre eux, d’en connaître l’existence. Il y avait une certaine sagesse populaire dans cette relative ignorance du fait que pour presque tous, la Biélorussie était une partie de la Russie. Il faut dire que ce n’est pas vraiment faux, car elle a presque toujours été phagocytée par son grand voisin.

 

Ce qui fait, reprend Marco Valdo M.I., qu’elle est une copie conforme, une sorte de faux clone, une caricature de la Zinovie : avec un Guide et des mœurs d’État, digne du Premier Guide. Il ne fait pas bon de s’opposer ou de contester le guide actuel au pouvoir depuis trente ans qui soutient de tout son poids Les Valeurs d’antan. Comme en Zinovie, on y a vu disparaître contre leur gré ceux qui tentaient de faire vivre le « vrai pays ». Ce que la chanson décrit fort bien quand elle montre l’avenir tel qu’elle le souhaite :

 

« De la fin approche l’heure.

L’État rouillé

Est par le vent pétrifié

Et sur son dos se rétablit

Le vrai pays. »

 

Finalement, comme je peux le voir, dit Lucien l’âne, ce n’est qu’une question de temps.

 

Comme tu dis, Lucien l’âne mon ami, il y a là-bas, aux confins de la Russie, de grands tremblements et on entend craquer cette partie du continent. Même si là-bas, depuis longtemps, la terre est figée, la société s’est arrêtée à l’ère du Guide, les choses bougent. E pur si muove ! À force d’agiter les cailloux de la montagne, il y a comme un risque d’avalanche. Je ne dirai pas plus de cet État rouillé, car je veux laisser à la chanson toute sa force et sa façon.

 

Bien sûr, dit Lucien l’âne, c’est une bonne façon de faire et elle va me forcer à vraiment lire cette chanson, dans sa version française, puisque je ne pipe pas un mot de biélorusse. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde figé, branlant, craquelant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

L’État rouillé

Boit son propre poison.

On ne le sauvera ni par la pitié,

Ni par la calcination.

 

La corrosion du métal

A dévoré son mécanisme vital.

De tous les mouvements possibles,

Seule la descente est accessible.

L’État rouillé

Est par le vent pétrifié

Et sur son dos se rétablit

Le vrai pays.

 

Les prêtres de cette secte de rouille

Instillent leurs mensonges dans vos oreilles ;

N’allez pas les croire,

Ne vous laissez pas avoir.

 

Ils récitent leur mantra :

« La rouille n’existe pas ! »,

Mais tous la voient,

Qu’ils la nient ou pas.

L’État rouillé

Est par le vent pétrifié

Et sur son dos se rétablit

Le vrai pays.

 

État rouillé,

Fissuré et craquelant,

Prison bruissant

De cris terrifiés.

 

Désespoir, douleur,

Espoirs insatisfaits

Et rouille plus que jamais

De la fin approche l’heure.

L’État rouillé

Est par le vent pétrifié

Et sur son dos se rétablit

Le vrai pays.

L’ÉTAT ROUILLÉ
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26 avril 2022 2 26 /04 /avril /2022 17:52

 

Les Puces

 

Chanson française – Les Puces Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ;


 

Épisode 38

 

 

 

LA PUCE

 

Eugène Zamiatine – 1926

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Les puces, maintenant, dit Lucien l’âne, en voilà encore une de tes histoires ! Ce que je peux en dire moi, c’est que les puces, je ne les aime pas. Quand elles se promènent sur moi, elles me piquent et ça chatouille, ça chatouille et je dois me gratter le prépuce. C’est inélégant et c’est gênant.

 

Lucien l’âne mon ami, on peut te féliciter de ta prescience et dire que tu vas droit au vif de l’affaire, car voici le texte de la chanson qui le prouve :

 

« Le Guide a dit : « Il n’y a pas de puces. »

Aux puces, on ne fait pas la guerre.

La guerre est un secret militaire.

En silence, on se gratte du côté du prépuce. »

 

On dirait, dit Lucien l’âne, que les puces tracassent également le dernier Guide ; n’était-ce pas déjà le cas de « La Puce » et des autres écrits d’Eugène Zamiatine au temps de Joseph Staline ? Si je me souviens bien, tous ses écrits furent interdits et « La Puce » retirée de l’affiche en 1927. Bref, n’est-ce pas une allusion, un retour sur l’image de l’Histoire, une manière de juxtaposer deux situations semblables et de faire ressortir une certaine continuité dans la façon d’exercer le pouvoir ?

 

Il y a de ça, effectivement, répond Marco Valdo M.I., et c’est un renvoi direct à l’histoire récente où il apparaît que la guerre, dont le monde entier est le témoin, cette guerre n’existe pas pour le pays qui la conduit avec tant de pertes et fracas. En tout cas, on le voit ici en Zinovie, le mensonge est l’officielle vérité. Comme on le disait déjà dans La Porte fermée :

 

« En Zinovie, voyez-vous ça,

Pour comprendre la vie,

Il faut apprendre

À marcher la tête en bas. »

 

et ici, on l’intègre à la vie et à l’éducation :

 

« Quand mon enfant grandira,

Il apprendra à vivre la tête en bas. »

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, il faut supposer que ce n’est là que pure ironie ou alors, la vie dans la future Zinovie me paraît aussi épouvantable qu’elle me semble à présent y régner. Cela étant, que raconte d’autre la chanson ?

 

Je résume au plus bref, répond Marco Valdo M.I., en disant qu’elle raconte la vie en ville et dans la tranchée durant une guerre, qui comme celle contre les puces, n’a pas lieu. Elle fait entendre des réflexions, sans doute celles de Zinoviens anonymes, sur la Zinovie telle que l’organise le Guide et sur la vie quotidienne telle qu’elle est pour les gens.

 

Voyons voir ça, alors, conclut Lucien l’âne, et puis, tissons le linceul de ce vieux monde infect, infesté, inégal et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

En ville, il tombe une pluie fine.

Lentement, la journée se termine,

Les courses, la guerre, quel bazar !

Encore une fois, on rentre trop tard.

Avec la guerre, pas de hasard !

Les queues causent les retards.

Et là-bas, dans le trou, tous debout,

Les genoux dans la boue,

On ne peut s’asseoir, se coucher,

Engourdis, inertes, aucune pensée,

On n’a plus envie de manger

Et le vent glacé scie la tranchée.

 

Vous voyez la vie en noir, compagnons.

Partout et toujours, les gouvernants

Ont manié la carotte et le bâton.

Il n’y a là rien d’étonnant.

En Zinovie, on a déjà eu le bâton

Et la carotte ne saurait plus tarder.

Le Guide a bien organisé le pays

Et tout y est génialement réparti :

D’un côté, ceux qui espèrent la carotte

Et reçoivent les coups de bâton ;

De l’autre, ceux qui tiennent le bâton

Et qui reçoivent toujours la carotte.

 

Fils unique, une chambre particulière,

Des habits neufs, la bouffe régulière :

La viande, le poulet, le pain

Et je m’ennuyais bien.

Chez nous, on était onze enfants.

Toujours faim, on s’amusait bien.

On vivait dans la crasse, avec rien.

C’était un sacré bon temps.

Fils, filles, les deux ?

Oui, les deux, c’est mieux !

Les enfants, ça vaut la peine ;

C’est toute notre espèce humaine.

 

Les puces, je ne connais rien de pire.

Une puce, c’est juste un point noir.

Une dizaine de puces, déjà, ça empire.

Des centaines de puces, c’est le cauchemar.

On ne sait où, ni comment, on est piqué.

En Zinovie, parler des puces, c’est risqué.

Le Guide a dit : « Il n’y a pas de puces. »

Aux puces, on ne fait pas la guerre.

La guerre est un secret militaire.

En silence, on se gratte du côté du prépuce.

Quand mon enfant grandira,

Il apprendra à vivre la tête en bas.

 

 Les Puces
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24 avril 2022 7 24 /04 /avril /2022 18:01

 

La Porte fermée

 

Chanson française – La Porte fermée Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE


Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ;


 

 

Épisode 37

 

 

L’AVENIR RADIEUX

Ilya Kabakoff – 1987

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

La Porte fermée, dit Lucien l’âne ; on ne sait jamais ce que cache un titre.

 

Bien entendu, dit Marco Valdo M.I., car le titre est une étiquette ; à la rigueur, une accroche et même peut-être parfois, un accroche-cœur.

 

Et comme on le sait, insiste Lucien l’âne, une étiquette ne dit pas ce qu’il y a dans la bouteille. Je pense que ton mot d’accroche est plus exact.

 

Donc, reprend Marco Valdo M.I., derrière cette porte fermée se cachent des scènes et des personnages de Zinovie. Cela seul est certain. Pour le reste, il faut prendre le temps d’écouter, d’entendre et de découvrir.

 

Évidemment, Marco Valdo M.I. mon ami, mais la question précisément est celle-ci : découvrir quoi ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, mille choses. À commencer par la fable des rats et des poux, qui introduit la chanson. Un récit dont on peut imaginer que le fabuliste prophétise et expose que même les rats peuvent perdre leur paradis et que cette apparente victoire des poux pourra se révéler être une terrible défaite.

En somme, dit Lucien l’âne, l’histoire peut toujours se retourner contre ceux qui veulent la manipuler.

 

En effet, répond Marco Valdo M.I., c’est toujours ainsi avec la chanson, elle suscite l’imagination. Ensuite, le conteur (au fait, qui est-il ? Un anonyme zinovien encore une fois) se met à philosopher à propos de la vie en Zinovie, avec cette idée qu’on avait déjà rencontrée antérieurement quand on parcourait le « Livre Blanc » de Pavel Kohout (Le grand Bond au Plafond), qui montrait le monde à l’envers dans la Tchécoslovaquie soviétisée (de force).

 

« Adam, Adam, mon fils, que fais-tu au plafond ?
Ne dis pas le contraire, je te vois
Et j’ai peur, j’ai si peur pour toi.
Adam, Adam, mon fils, que fais-tu au plafond ? »

 

Et donc en Zinovie aussi, on se doit de marcher au plafond, si on veut garder son humanité :

 

« En Zinovie, voyez-vous ça,

Pour comprendre la vie,

Il faut apprendre

À marcher la tête en bas. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, quand même, ça fait déjà un bout de temps qu’on s’était passionnés pour cette histoire d’homme qui marchait au plafond ; mais, en effet, il y a comme un lien de parenté : quand on marche au plafond, on a forcément la tête en bas et inversement.

 

Mieux encore, dit Marco Valdo M.I., on peut mettre en parallèle la morale de la troisième strophe :

 

« Moi, j’ai pris le plus petit

Pour satisfaire ma règle de vie morale

Et refuser la concurrence sociale. »

 

avec cette pensée d’Adam, l’homme qui marchait au plafond (La Genèse d’Adam)

 

« En dépit des supplications et des injonctions
Adam refusait toute compétition
Adam disait : Je n’ai qu’une ambition
Apprendre à ne pas avoir d’ambition. »

 

Et finalement, la dernière strophe, demande Lucien l’âne, que conte-t-elle ?

 

Elle, répond Marco Valdo M.I., elle parle du Guide, du Premier Guide et de son héritage. En fait, ce Premier Guide, c’était Stalone, de son vrai nom Jizef Stalone qu’on a surnommé Stal et le dernier Guide est Clodomir Foutine, qu’on surnomme le Clodo.

 

« Au commencement était le premier Guide ;

Il a vaincu tous ses ennemis ;

Il a éliminé tous ses amis ;

Il a libéré les anciens de l’éden de Dieu

Pour imposer le paradis de l’avenir radieux. »

 

Elle parle du danger de l’édénisation du monde par les prometteurs d’avenir ; l’édénisation est le mot que disait déjà Victor Hugo dans Les Misérables pour désigner les futurs paradisiaques.

 

Oui, dit Lucien l’âne, depuis tellement longtemps que les religieux, les prophètes, les prometteurs de futurs enthousiasmants bassinent le monde et escroquent les gens avec leurs utopies paradisiaques, des univers à venir toujours futurs, l’humanité aurait dû les mettre tous au rencart. Ce qui est consternant, c’est qu’on voit bien que ces mondes fallacieux, fondés sur l’espoir et l’espérance, continuent à séduite les peuples et tant qu’il en sera ainsi, les promesses et les croyances mèneront les gens par le bout du nez vers les pires catastrophes. Quant à nous, nous qui ne croyons pas, nous qui ne croyons à rien, sans jamais céder aux espoirs, nous tissons le linceul de ce vieux monde perclus, reclus, racoleur, raccrocheur et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Les poux envahiront les rats,

Les rats alors partiront.

Ainsi, le paradis des rats cessera

Et faute de rats, les poux mourront.

La porte de l’atelier fermée,

Tombe une neige mouillée,

Taupes dans la rue trouble,

Les autos aux yeux doubles,

Dans la nuit banale, nuit bancale,

Éclaboussent les silhouettes pressées,

Des ombres à peine esquissées,

Voilées de boue et d’eau sales.

 

On peut en toute logique

Contredire les règles logiques.

Mais si on veut atteindre la vérité,

On doit les respecter.

En Zinovie, voyez-vous ça,

Pour comprendre la vie,

Il faut apprendre

À marcher la tête en bas.

On peut violer les règles de vie,

Mais si on veut garder son humanité,

Les respecter est une nécessité.

C’est un principe ignoré en Zinovie.

 

Au réfectoire du régiment,

Huit par table, règlement.

Moment essentiel de ma vie :

Un soir, à l’armée, en Zinovie,

Une miche de pain

À partager entre copains.

Le chef coupe des morceaux :

Un gros et des petits.

Dans le gros, il plante son couteau.

Moi, j’ai pris le plus petit

Pour satisfaire ma règle de vie morale

Et refuser la concurrence sociale.

 

Légende de Zinovie, Zinovie de légende.

Au commencement était le premier Guide ;

Il a vaincu tous ses ennemis ;

Il a éliminé tous ses amis ;

Il a libéré les anciens de l’éden de Dieu

Pour imposer le paradis de l’avenir radieux.

Alors, grâce à ses hauts faits,

La Zinovie a connu un immense progrès.

Rumeur, rumeur de Zinovie, rumeur.

Le Premier Guide n’a pas existé ;

À se demander par qui le bonheur

A pu autant nous infecter.

 

 

 La Porte fermée
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21 avril 2022 4 21 /04 /avril /2022 15:45

 

LES DRAPEAUX À BRÛLER

 

Version française – LES DRAPEAUX À BRÛLER – Marco Valdo M.I. – 2022

Chanson italienne – Bandiere da bruciareKalashnikov collective – 2001

 

Album : Chansons romantiques de la dissidence

 

DANSE MACABRE 1917

Otto Dix – 1923

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Cette chanson, Lucien l’âne, a tout l’air d’être intemporelle et de convenir de ce fait à tous les temps. C’est la chanson d’aucun camp ; elle évoque les répercussions d’une guerre lointaine, de n’importe quelle guerre. C’est la chanson du vent qui est passé au-dessus des lieux des grands massacres et qui s’en vient porter au loin les effluves.

 

Pour qui sait écouter, dit Lucien l’âne, pour qui veut bien entendre, dans la Guerre de Cent Mille Ans, le vent apporte souvent de telles rumeurs.

 

À vrai dire, presque tout le temps, répond Marco Valdo M.I. ; mais elles peuvent provenir de zones plus ou moins lointaines et être portées par des vents de sens différents. Pour l’instant, sur notre continent, c’est un vent d’Est et du Nord-Est qui charrie des monceaux d’horreur indicible à d’autres que lui. Et les étoiles et les pierres ont raison :

 

« Les étoiles tombent dans un ciel écarlate,

Les pierres projetées crient :

Les drapeaux au bûcher, mort aux idéologies ! »

 

Et on entend venant des grands champs de blé et d’héliotropes, la plainte de la terre et du sol martyrisés par les lourdes machines de la culture guerrière et par le passage de la horde imbécile et barbare. La plaine qui portait déjà en son ventre la prochaine moisson est violée, éventrée, incendiée, mutilée. Et tout ça pour quoi ?

 

« Tant qu’il y aura des militaires,
Soit ton fils, soit le mien,

Il ne pourra y avoir sur terre
Pas grand-chose de bien.
On te tuera pour te faire taire
Par-derrière comme un chien
Et tout ça pour rien,
et tout ça pour rien. »

(Giroflée-Girofla)

 

Oui, dit Lucien l’âne, tout ça pour quoi ? Ainsi, cette terre noire connaît le sort de La Butte rouge :

 

« Ce qu’elle en a bu du beau sang cette terre,

Sang d’ouvriers et sang de paysans,

Car les bandits qui sont cause des guerres,

N’en meurent jamais, on ne tue que les innocents. »

 

Dans la guerre, dit Marco Valdo M.I., il y a toujours un vent de folie qui se lève quelque part et qui déferle – accident vasculaire cérébral d’une nation, d’un pays, d’un peuple de cette manière, décérébré – sur les champs qui se préparaient à fleurir au printemps. Cette rupture d’intelligence se produit dans une éruption d’avidité, d’envie, d’ambition, de cupidité et à l’évidence, d’imbécillité. La guerre en tant qu’agression manque de civilité et

 

« Le vent scande

Le nom de chaque soldat ».

 

Soldat d’ici, soldat de là, poursuit Lucien l’âne, on ne sait jamais qui mourra. Demain, demain, le vent retombera, la folie s’apaisera, l’illusion de puissance et d’empire s’effondrera et les gens (« « E le genti che passeranno » – Bella Ciao) se demanderont quelle mouche absurde a pu piquer le monstre préhistorique, pour le réveiller et qu’il se déchaîne ainsi. Quant à nous qui voyons l’agresseur et l’agressé, nous n’y pouvons mie, mais si c’était une querelle d’enfants, je t’enverrais ce mauvais plaisant, cette stupide brute, ce méchant idiot, ce sale gamin au lit – sans manger – réfléchir à la bêtise de certains humains et à l’énormité des douleurs faites aux autres. Comme on le sait tous, le commanditaire de cette opération spéciale reste caché, à l’abri dans son antre. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde mité, miteux, empoisonné par la bêtise, rongé par la vanité, orgueilleux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Le vent souffle,

Souffle de terres lointaines

Et avec lui, apporte une chose

Qui écrase le silence.


Le vent expire des triomphes et d’amères défaites.

Il expire des mots brûlants de douleur et de lutte !

Les étoiles tombent dans un ciel écarlate,

Les pierres projetées crient :

Les drapeaux au bûcher, mort aux idéologies !

 

Le vent scande

Le nom de chaque soldat

Et chaque nom est un éclat

Qui brûle le silence.

 

 LES DRAPEAUX À BRÛLER
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19 avril 2022 2 19 /04 /avril /2022 16:04
MON PAYS EST FOU

 

 

Version française – MON PAYS EST FOU – Marco Valdo M.I. – 2022

 

d’après la version anglaise – MY COUNTRY HAS GONE MAD – Anatoli –

d’une chanson russe

Моя страна сошла с умаAndrej Makarevič / Андрей Макаревич2022

« MON PAYS EST FOU », chanson contre la guerre en Ukraine du chanteur russe Andrej Makarevič, dans les dernières années leader du groupe Mašina Vremeni.

 

LA CONQUÊTE DE LA SIBÉRIE

Vassili Sourikov – 1895

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson russe – du moins, la version française que je viens d’en faire qui comme à l’ordinaire, vaut ce que peut valoir un écho lointain. Cependant, c’est une chanson russe contemporaine ; une chanson russe de ce printemps où la Russie, dirigée par un fou furieux, s’est lancée dans une aventure impériale, un rêve de magnificence et de puissance, un délire ivanien.

 

Eh bien alors, Marco Valdo M.I. mon ami, laisse-moi dire que ce n’est pas la première fois qu’elle est prise de cette fièvre des grandeurs. Au fil des siècles, on dirait qu’elle est sujette régulièrement à une sorte de pulsion primitive, antérieure à toute forme de civilisation, une sorte de barbarie congénitale anhistorique.

 

En effet, répond Marco Valdo M.I., ça m’en a tout l’air, c’est ce qu’il semble et pas seulement à l’observateur extérieur, car c’est ce que raconte cette chanson d’un auteur-interprète russe qui tout en étant d’aujourd’hui, n’est pas tombé de la dernière pluie et qui sait ce dont il parle. Alors qu’il écrit sa chanson au cours de ces dernières semaines – il n’aurait pu le faire avant en ces termes :

 

« Mon pays s’est lancé dans une autre guerre,

Et je ne peux arrêter ça. »,

 

il parle de la guerre que la Russie fait à l’Ukraine, on dirait une des voix qu’on entend en Zinovie où nous voyageons en explorateurs depuis quelques mois.

 

Certes, dit Lucien l’âne, j’ai la même sensation.

 

En tout cas, Lucien l’âne mon ami, cette chanson, venue du cœur de la Russie, montre qu’il est des gens là-bas qui entendent faire savoir qu’ils sont contre cette guerre, mais pas seulement, ils veulent aussi faire savoir qu’il ne s’agit pas d’angélisme, qu’il faut :

 

« juste ne pas être une merde »

 

Oui, c’est ça, dit Lucien l’âne, comme dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches, les puissants et toutes ces sortes d’insensés font aux gens, il y a :

 

« Le pouvoir et le plaisir, pour les uns,

La misère et la prison, pour d’aucuns, »

 

il s’agit « juste ne pas être une merde ». C’est évident, mais apparemment, pas pour tout le monde.

 

Inversement, dit Marco Valdo M.I., il faut aussi mettre en évidence ceux qui de « là-bas » s’obstinent à dénoncer l’indignité et la folie :

 

« Et je ne peux surmonter mon dégoût :

Mon pays est fou,

Et je ne peux pas l’aider du tout. »

 

Quand même, dit Lucien l’âne, il lui crie tant qu’il peut de se ressaisir, de se reprendre, de choisir une autre façon d’être :

 

« Je suis sûr d’une chose,

Le temps de choisir est proche. »,

 

pour vivre malgré tout. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde hanté de vieux démons, insensé, maniaque, délirant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Où et quand on naît, on ne choisit pas

Et de l’éternité, on ne peut écarter les serres.

Mon pays s’est lancé dans une autre guerre,

Et je ne peux arrêter ça.

 

Le pouvoir et le plaisir, pour les uns,

La misère et la prison, pour d’aucuns,

Et je ne peux surmonter mon dégoût :

Mon pays est fou,

Et je ne peux pas l’aider du tout.

 

Et qu’y faire, et que penser,

Tout est désordre, les opinions ont éclaté.

Pas besoin d’auras et d’ailes,

Il faut juste ne pas être une merde.

 

Je suis sûr d’une chose,

Le temps de choisir est proche.

Quand on n’est pas une merde,

Il est facile de vivre et de mourir.

Il est facile de vivre et de mourir.

Et de vivre, et de ne pas mourir.

Le journal français LE MONDE publie une interview du chanteur ; sous le titre

« Il raconte n’importe quoi », la star russe du rock Andreï Makarevitch attaque Vladimir Poutine dans un entretien vidéo au « Monde »

Proche de Vladimir Poutine dans les années 2000, le rockeur star Andreï Makarevitch prend position contre l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et compare la propagande du Kremlin à celle de l’URSS.

 

Poutine raconte n’importe quoi

 

https://www.dailymotion.com/video/x8iv46r

 

 

 

C’est le moins qu’on puisse dire…

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

MON PAYS EST FOU
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Published by Marco Valdo M.I.
17 avril 2022 7 17 /04 /avril /2022 19:23

 

Les Trois’z’arts

 

Chanson française – Les Trois’z’arts Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ;



 


 

 

Épisode 36

 

 

 

CAMPAGNE DE GENGIS KHAN

 

Nicolas Roerich - 1937

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Comme on peut l’imaginer à son titre, dit Marco Valdo M.I., la chanson par le des arts et il vaut mieux garder à l’esprit qu’on est en Zinovie.

 

Dans le fond, répond Lucien l’âne, c’est tout ce qui nous importe dans ce voyage : comprendre l’esprit de la Zinovie, l’ambiance, le climat, bref, ce qu’on y ressent, ce qu’on y entend comme ça, en passant. Comme il s’agit pour nous de pénétrer le mystère de la Zinovie, car elle paraît toujours telle : étrange, mutique, peut-être mystique et mystérieuse. Alors, pour ce qui est de ses arts, cela mérite un éclaircissement, sinon, une explicite explication.

 

Bien sûr, Lucien l’âne mon ami, sans une explication il te faudrait te dépatouiller avec le texte, qui, je le reconnais, est assez brouillé par les singularités zinoviennes. Je précise que ces chansons ne sont rien d’autres que des chambres d’échos des propos de citoyens zinoviens anonymes – et pour cause, il en va de leur sécurité. Par exemple, est anonyme cet homme perdu qui se réveille – de quoi ? De quelle péripétie ? Tout le reste sort de son discours.

 

Bien, bien, dit Lucien l’âne, on a compris ce jeu de voix venues du froid, mais cela on le savait depuis le début de ce voyage ; cependant, il est bon parfois de le rappeler, je te le concède. On a compris que ce ne sont des élucubrations e ta part. Disons que c’est comme si on baladait là-bas un enregistreur en Zinovie et que nous ne choisissons ni le moment, ni le lieu, ni l’interlocuteur ou les interlocuteurs ; disons que ce sont eux qui parlent sans même savoir qu’il y a un enregistreur.

 

Exactement, reprend Marco Valdo M.I.. À la limite, l’enregistreur pourrait avoir toute son autonomie et nous nous serions simplement ceux qui l’accompagnent incognito. Donc, l’homme perdu dont on ne sait ni qui il est, ni ce qu’il fait là – et lui-même ne le sait pas, interpelle un homme en uniforme « bien connu ». Là aussi, mystère : un policier, un agent pénitentiaire, un gardien de parc, un vigile, un milicien, un agent des « services ». La suite nous éclaire un peu : on est à la capitale de la Zinovie et dans un camp : le Gengiscamp.

 

Gengiscamp, dit Lucien l’âne, c’est tout un programme. Moi, je l’ai croisé souvent – in illo tempore – le camp de Gengis Khan. C’était un grand camp qui tenait plus du caravansérail que d’une ville, surtout de la capitale d’un grand pays comme la Zinovie. Je me souviens qu’il avait des rats qui courraient partout.

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, eux au moins, ils sont toujours là.

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est plutôt rassurant, car si les rats quittaient la capitale, la Zinovie coulerait.

 

Donc, enchaîne Marco Valdo M.I., là, au milieu des rats, dans ce Gengiscamp, dont je pense qu’il s’agit d’un conscientorium, va se donner un cours obligatoire sur l’art. On y apprend qu’il y a deux sortes d’art, plus une troisième ; d’où les trois’z’arts du titre.

 

Justement, remarque Lucien l’âne, ces trois arts me rappellent une chanson de Tonton Georges qui s’intitule Les Quat’z’arts et je devine derrière cette assonance, je ne sais quelle nuance.

 

Je vois, Lucien l’âne, que tu as encore l’esprit vif de ton premier siècle. Pour éclairer ta lanterne, j’indique que ces quat’z’arts racontent une funéraille catastrophique ; je laisse découvrir à qui veut s’en donner la peine le parallèle qu’on peut faire avec la situation de la Zinovie et seulement, trois’z’arts.

 

Je n’en dirai rien, conclut Lucien l’âne, même si je n’en pense pas moins. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde barbare, prétentieux, cocasse et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Où suis-je ?, demande l’homme perdu.

Dans la capitale de notre patrie,

Répond un uniforme bien connu.

Au coup de sifflet, une série

De civils arrivent en courant

De tous les coins du Gengiscamp.

Les hommes s’asseyent au milieu des rats ;

C’est l’heure de la conférence sur l’art.

En Zinovie, il y a deux sortes d’art :

L’art officiel et l’autre pas.

L’art officiel offre une carrière ;

De l’autre, le peuple n’a rien à faire.

 

L’art officiel occupe les musées,

Remplit les expositions,

Magnifie le peuple et la nation.

Sa valeur est toujours récompensée.

L’art officiel appelle à la vie ;

Dans certaines limites, possible

que parfois même, on rie.

L’art officiel n’est pas nuisible.

Par nécessité et obligation d’État,

L’art officiel est optimiste,

Médiocre, facile et réaliste,

Il vise les niveaux les plus bas.

 

L’autre art, l’art non-officiel,

Doit se faire dans la discrétion ;

Sans talent, sans répercussion,

Ne pas dépasser le niveau officiel.

Seul le creux, seul le nul est permis

À cet art non-officiel officiel.

L’art vraiment interdit

Est l’art non-officiel réel

Des créateurs d’aujourd’hui.

Tous ces artistes maudits,

Que le diable les exporte,

Peu nous importe !

 

En Zinovie, on a de la philosophie ;

Une immense capacité de réflexion ;

On connaît le sens de la vie ;

Avec ça, on a aussi de la religion.

La Zinovie est la meilleure possible

De toutes les sociétés accessibles.

Guidés par la pensée la plus juste,

Les chefs comprennent le monde

D’une compréhension profonde.

En conformité idéale et parfaite

Avec toutes les grandes déologies,

Le Guide dit la vérité de notre idéologie.

 

 

Les Trois’z’arts
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Published by Marco Valdo M.I.

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