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15 septembre 2022 4 15 /09 /septembre /2022 12:15

 

UN TEMPS VIENDRA


 

Version française — UN TEMPS VIENDRA — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne — VERRÀ UN TEMPO — Ottavia Mira — 2013

d’une chanson grecque — Θα 'ρθεί καιρόςKaterina Gogou / Κατερίνα Γώγου — 1981


Texte : Katerina Gogou
(Du receuil Τρία Κλικ Αριστερά, 1978)
Musique : Kyriakos Sfetsas
Album : Στο Δρόμο (« Sur la route »)


 

 

MARIA, UN TEMPS VIENDRA


 


 


 


 

Dialogue maïeutique

 

 

La création poétique reste, malgré tout, Lucien l’âne mon ami, une chose étrange et captivante — Pour celle ou celui ou ceux qui la font (faire est le mot exact pour dire faire de la poésie, pour « poéter » en français ; le poète est un homo faber) ; par ailleurs, la poésie est une compagne pleine de séduction et d’intelligence, au sens où cette dernière est compréhension profonde, capacité d’englober la conscience de tout et le monde dans la conscience et la conscience elle-même, bref, de prendre conscience et de la laisser et la regarder filtrer, sourdre, sourcer. Le texte poétique est son, couleur, mouvement, temps, rythme, syncope, musique, mélodie. En deux mots, la poésie fascine qui elle regarde. Si on peut faire une poésie pour soi, s’offrir de laisser couler sa conscience dehors, il est bon également de se baigner de l’ambiance d’une poésie autre ; elle aussi fascine. C’est le cas dans cette recréation qu’est la version ; en ce sens, la version se distingue de la traduction ; celle-ci aussi fascinée par l’image lointaine de la poétesse grecque — Katerina Gogou, en retaille une à sa manière. C’est un peu ce qui s’est passé — par exemple — entre Jean-François Millet (La Sieste) et Vincent Van Gogh (La Méridienne). C’est le cas pour celle-ci qui interpelle quant au destin des choses, du monde, des gens, de Maria et du moi poétique. Elle interpelle quant au temps à venir pour chacun pour soi.

 

Ah, dit Lucien l’âne, si on en restait là, sinon tu vas nous faire un traité d’esthétique.

Cependant, que tout ça ne nous empêche pas de tisser le linceul de ce vieux monde autopoétique, autocréateur, autonome, définitivement athée et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien l’âne

 

 

Un temps viendra où le monde changera.

Souviens-toi de ça, Maria.

Souviens-toi, Maria, à la récréation,

Quand on courait en tenant le bâton.

Ne me regarde pas. Ne pleure pas.

Tu es l’espoir. Écoute, un temps viendra

Où les enfants choieront leurs parents

Et ne s’envoleront pas à tous vents,

Où on ne claquera plus les portes,

Où on ne traitera plus les vieux de la sorte.

Et le travail, Maria,

On le choisira ;

On ne sera plus des chevaux

À la foire aux bestiaux.

Imagine, les gens parleront en couleurs

Et d’autres avec des notes et des fleurs.

On gardera certains mots

Dans une grande bouteille d’eau,

Des mots, des significations

Tels : défaut — oppression — solitude — prix — gain — humiliation

Pour les leçons d’histoire.

Ce sont, je ne veux pas décevoir,

Des temps difficiles, Maria,

Et d’autres viendront. Je ne sais pas -

N’attends pas trop de moi…

J’ai vécu, j’ai appris, j’ai dit tant de choses

Et j’ai tant lu, je n’ai retenu qu’une chose :

« Il convient de rester humain. »

Nous allons changer la vie !

En dépit de tout, Marie.

Demain, après-demain…

UN TEMPS VIENDRA
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Published by Marco Valdo M.I.
13 septembre 2022 2 13 /09 /septembre /2022 11:24


 

MA PLUS GRANDE CRAINTE

 

Version française — MA PLUS GRANDE CRAINTE — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la traduction italienne de Riccardo Venturi — Quello di cui ho più paura — 2022

d’une chanson grecque — Εκείνο που φοβάμαι πιο πολύ — Katerina Gogou / Κατερίνα Γώγου — 1978

 

Texte : Κατερίνα Γώγου / Katerina Gogou
“Τρία κλικ αριστερά”, 1978

Lecture : Fanny Polémi


 

 

PEUR

à Athènes


De quoi Katerina Gogou avait-elle le plus peur ? Elle nous le dit ici, avec la brutalité parfaite et sincère qui lui était coutumière. Elle avait terriblement peur de devenir une “poétesse”, et donc, d’une certaine manière, d’être engloutie par l’establishment. Elle avait peur, elle qui écrivait ses dissonances littéralement avec la matière de sa vie, d’être réduite à « contempler la mer » enfermée dans une chambre, en essayant d’oublier. Katerina Gogou voulait tout sauf contempler et oublier. Elle avait peur de devenir un pourvoyeur d'“opinions” vers lequel on se tourne pour obtenir une opinion plus ou moins élevée et éclairée. Elle craignait d’être enfermée dans des schémas métriques et techniques conçus spécialement pour le chant, ce qui est une chose spécifiquement hellénique.

 

Quiconque a suivi au fil du temps les événements et les aventures de la Section grecque, de l’ostensible 'Ελληνικό Τμήμα' de ce site, sait très bien que pratiquement tous les poètes grecs, même et surtout les plus classiques et les plus importants (Palamas, Solomos, Seferis, Kavafis, Ritsos, Elytis…) ont été mis en musique et chantés. Personnellement, je trouve que c’est une chose merveilleuse, qui fait de la chanson en grec quelque chose de beaucoup plus que de la simple chanson d’auteur, et qui ne trouve une certaine correspondance qu’en France et dans les pays francophones ; mais ce n’était pas le souhait de Katerina Gogou.

 

Sa terreur était celle de devoir se soumettre à la normalisation et donc, en défintive, à la neutralisation. Pour faire une comparaison nostalgique, la même chose est arrivée dans le temps à un Fabrizio De André ; ou, pour aller encore plus loin, aux « poètes maudits » français. Une neutralisation derrière laquelle on entrevoit toujours des universitaires, des prêtres et des policiers, trois catégories qui ont d’ailleurs beaucoup en commun, avec l’aide bienveillante et décisive des psychiatres qui contribuent à créer les mythes des « fous nationaux », des irréguliers régularisés, des anarchistes romantisés et des combattants anodisés. Rien de tout cela pour Katerina Gogou, qui court toujours de haut en bas en Patissìon. Et puis, bien sûr, parfois, il lui est arrivé d’être mise en musique et chantée ; on voit bien que c’est un prix à payer. [RV].

 

 

 

Ma plus grande crainte

Est de devenir un “poète”,

De m’enfermer dans ma chambre

Pour contempler la mer, sombre

Et m’y morfondre.

 

Mes veines, il ne faut surtout pas les suturer,

Car de souvenirs flous et des nouvelles de la télé,

Je colporte des opinions, je noircis du papier.

Ne laissez pas la race ratée me phagocyter

Pour m’utiliser.

 

Ne faites pas de mes cris des murmures

Pour endormir mon peuple ;

Ne me faites pas apprendre le mètre,

Ni m’y enfermer moi-même

Pour qu’on me chante.

 

Ne prenez pas de jumelles pour me mettre près

De ce sabotage auquel je ne participerai jamais.

Ne laissez pas ma fatigue me pousser

Sous la coupe des prêtres et des lettrés

Et m’atrophier.


Ils ont tous les moyens

Et la routine et l’habitude

Ont fait de nous des chiens

Honteux de nos petits bonheurs,

Honteux d’être chômeurs.

 

C’est comme ça.

Ils nous attendent au coin, là-bas,

Mauvais flics et bons psys,

Marx, et tout le fourbi.
 

Je crains tout ça,

Mon esprit se perd dans ce magma.

C’est la faute de ces cloches.

Putain, je ne peux plus écrire.

Quoi ?… Un autre jour… Peut-être…

 

MA PLUS GRANDE CRAINTE
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Published by Marco Valdo M.I.
12 septembre 2022 1 12 /09 /septembre /2022 11:19
NOS VIES EN PÂTISSÌON
Version française — NOS VIES EN PÂTISSÌON — Marco Valdo M.I. — 2022
d’après la traduction italienne — La nostra vita è fare a coltellate — Riccardo Venturi — 2022
Paroles : Κατερίνα Γώγου / Katerina Gogou
“Τρία κλικ αριστερά”, 1978

Musique : Κυριακός Σφέτσας / Kyriakos Sfetsas
Album : Στο Δρόμο, 1981 (Sur la route)
Lecture : Katerina Gogou


LA VIE EN PATISSÌON

 

 


Certains poèmes de Katerina Gogou ont effectivement été " mis en musique ", c’est-à-dire chantés sur une mélodie spécialement composée ; d’autres, notamment ceux de Τρία κλικ αριστερά, le recueil de poèmes publié en 1978 (comment traduire le titre ?), ont été récités par Katerina Gogou elle-même dans un album de 1981, Στο δρόμο (" Sur la route " ; mais la langue grecque autorise aussi le sens de " Voyage "), sur fond de musique dissonante, réminiscences du cool jazz, composée par Kyriakos Sfetsas. Ce n’est pas la première fois que nous rencontrons cet album, voir par exemple Καμιά φορά ; mais ce poème est celui où Katerina, en un vers, monte et descend Patissìon, πάνω κάτω η Πατησίων. Toute une vie passée à arpenter cette immense et très longue rue du centre d’Athènes, à propos de laquelle il est bon de saisir l’occasion, enfin, de raconter quelque chose. Les Athéniens, aujourd’hui encore, l’appellent Patissìon (proprement : Λεωφορείον Πατησίων « avenue de Patissia ») parce que, parmi les nombreux quartiers qu’elle traverse, il y a précisément celui de Patissia ; mais son nom officiel est « Avenue du 28 octobre », d’après la date à laquelle le dictateur Ioannis Metaxas a prononcé son fameux “OXI” (« Non !") à l’ultimatum de Benito Mussolini. Sur Patissìon, dont la construction a commencé en 1841, la vie et l’histoire de l’Athènes moderne et, peut-être, de toute la Grèce sont littéralement passées. La Résistance y est passée, comme le dimanche 20 septembre 1942, lorsqu’un petit groupe de partisans, les PEAN, a fait sauter le siège de l’ESPO, l’organisation nazie grecque qui recrutait les jeunes hommes pour la Wehrmacht, avec son siège au n° 8 de Patissìon. Le même sort a été réservé, le 10 décembre 1944, au siège de la « Sûreté générale », détruit par ELAS à l’angle des rues Patissìon et Stournari. Sur Patissìon se trouve également l’entrée principale de l’école polytechnique athénienne, par laquelle les chars de la Junte sont entrés pour écraser la révolte étudiante du 17 novembre 1973.

 


Quelques événements pour faire comprendre un peu mieux ce que signifie « monter et descendre Patissìon », un sens que Katerina Gogou connaissait bien, un sens entrecroisé avec sa vie difficile passée à « voyager comme des pauvres », à se battre, à s’affronter, à se poignarder de haut en bas de cette rue. Ce n’est pas un hasard si l’album hommage dédié à Katerina Gogou après sa mort porte précisément ce titre : Πάνω κάτω η Πατησίων. Comment vont les choses actuellement, Katerina ? Comme dans tout le reste de l’Europe et du monde. En Grèce, il y a l’habituel gouvernement de droite. À l’intérieur de Polytechnique, il y a quelque temps, ils ont réussi à réinstaller une garnison de soldats et de policiers, évidemment pour la “sécurité” ; il y a eu quelques protestations d’étudiants, mais pas beaucoup. Ces jours-ci, ils finissent d’éliminer Exarchia, qui était déjà devenu un « quartier à la mode », ou presque. Ici, chez nous, nous nous préparons à vivre quelques années de fascisme, le vrai, celui qui n’a pas de limites, celui qui est soutenu par le “peuple”. Ces jours-ci, d’ailleurs, ces “gens” pleurent le décès d’une vieille dame de 96 ans et tremblent, comme toujours, devant les événements du championnat de football. Quant à moi, je dois me contenter de monter et descendre la via dell'Argingrosso. Autre chose que Patissìon. [RV]


 


 


 


 

Nos vies sont des pâtisseries

Dans des culs-de-sac déprimés,

Faites de dents pourries,

De slogans éculés,

D’habits étiques,

Fleurant la pisse, l’antiseptique,

Le sperme gâché,

Et fardées d’affiches squelettiques.

De bas en haut, de haut en bas, Patissìon,

Notre vie est Patissìon.

 

(Le détergent qui ne pollue pas la mer

Et la voix sont entrés dans nos vies

Et le boui-boui nous a accueillies

Comme celles qui ont le cul à l'air.)

 

Nous voici, une vie

À traîner nos envies

Sur le même itinéraire,

La solitude, le désespoir, le déni

Et nos retours en arrière.

Soit, on ne pleure pas, on a grandi.

Sous la pluie, la journée,

On suçote nos pouces jaunis

Et la fumée.
 

Nos vies, ce sont

Des gesticulations inutiles

À lutter dans les grèves habituelles

Et se retrouver dans les fourgons.

Alors je vous le dis, moi :

La prochaine fois qu’ils nous chargeront,

On ne s’enfuira pas,

On se battra,

On vendra très cher nos têtes.

Non. Il pleut. Donne-moi une cigarette.

NOS VIES EN PÂTISSÌON
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Published by Marco Valdo M.I.
11 septembre 2022 7 11 /09 /septembre /2022 19:46

 

Les Sauveurs de l’Humanité

 

Chanson française — Les Sauveurs de l’Humanité Marco Valdo M.I. — 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 064. Que faire ?; Épisode 065 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 066 : Le Congé éternel ; Épisode 067 : À perdre la Raison ;

 

 

Épisode 68

 

 

 

UN DÉFILÉ POUR LA VICTOIRE

Varvara Grankova — 2017

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Quel curieux titre encore une fois, dit Lucien l’âne ; j’imagine qu’il ne s’agit pas d’obtenir la liste des illuminés qui ont prétendu, dont on prétend qu’ils… ou qui prétendent — il y en a encore en circulation, en être. Il y en aurait un sacré paquet.

 

Évidemment, Lucien l’âne mon ami, évidemment qu’il ne s’agit pas d’un palmarès œcuménique des messies, mais tout au contraire, il s’agit dans la chanson de personnages plus terre à terre. Si on lit attentivement le texte en reliant ce qui définit ces sauveurs de l’humanité, on obtient ceci :

 

« Le passage des sauveurs de l’humanité

Pour acclamer en groupe sur les trottoirs.

Les Guides, les chefs et les hommes d’État

Il convient de saluer tous ces gens-là.

ces glorieuses personnalités »

 

Ah, dit Lucien l’âne, je commence à les situer et à coprendre de quoi il s’agit. Dis-moi si je me trompe. Il me semble qu’il s’agit de ces grandes manifestations obligatoirement spontanées qui saluent d’un enthousiasme hiérarchiquement organisé la venue — en l’occurrence, dans la capitale de la Zinovie — de personnages que le protocole désigne aux populations ébahies comme les « sauveurs de l’humanité ».

 

C’est une bonne compréhension de la chose, Lucien l’âne mon ami, et le plus grand des Sauveurs, c’est le Guide de la Zinovie — du moins, il le croit et force à le croire bien des gens ; les autres sont tout simplement ses disciples. Résumons : les gens ont congé pour aller faire la claque et ensuite, il est impossible de les ramener au travail ; ils en profitent pour se défiler et vaquer à leurs petites affaires. Ce qui fait que ces venues de « Sauveurs du Monde » sont quand même très appréciées des travailleurs. Justement, à propos de petite affaire, c’est dans la deuxième strophe, la « voix » raconte un rendez-vous galant, une approche de séduction et le début d’une idylle. On n’en saura pas beaucoup plus. Appelons ça, une scène de la vie quotidienne en Zinovie.

 

Si je peux me permettre, dit Lucien l’âne, c’est tout le contraire de ce qui se passe dans la chanson de Boris Vian : « On n’est pas là pour se faire engueuler », mais il faut dire que là les gens vont au défilé de leur plein gré, comme à la fête, comme à la foire ou au cirque ; pour eux, le défilé est un moment joyeux. C’est d’ailleurs ce qui donne aux défilés « Potemkine », tout leur sens ; il y a résolument là abus de confiance des organisateurs. Et puis ?

 

Et puis ?, répond Marco Valdo M.I. ; le reste de la chanson est une dénonciation du Guide, du régime et de ses objectifs insensés. Mais il vaut mieux les découvrir par soi-même et réfléchir à ce qu’ils impliquent. Notamment, ce qui est supputé à la fin et la réponse directe et réaliste de l’icône populaire — vox populi, en quelque sorte.

 

« Certains s’opposent et résistent

Avec l’espoir de changer ça.

Mariamarie s’exclame très réaliste :

Comme ça ? N’y comptez pas ! »

 

Même si, j’attire ton attention sur l’énorme ambiguïté de cette réponse pour qui en tire les conséquences logiques : pas comme ça, mais autrement peut-être ? Telle est la question

 

Oui, dit Lucien l’âne, elle ouvre des horizons. Soit, je vais faire ainsi. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde factice, menteur, hâbleur, bravache, rodomont et cacochyme.

 


Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

On quitte notre travail sans discuter

Et pendant des heures, on attend

Le passage des sauveurs de l’humanité ;

C’est un agréable passe-temps.

En Zinovie, on a le sens de l’hospitalité.

On nous rameute tous sur le boulevard

Pour acclamer en groupe sur les trottoirs

Les Guides, les chefs et les hommes d’État ;

Il convient de saluer tous ces gens-là.

Quand ces glorieuses personnalités

Nous sont enfin passées sous le nez,

On prend congé et peinards, on s’en va.

 

Pour nous, aujourd’hui, c’est congé ;

Avec elle, on va se promener.

Ça commence mal, son collant a filé ;

À la boutique, je lui en ai racheté.

Avant la guerre, j’étais déjà à l’armée.

Avant la guerre, je n’étais pas née.

Pas d’alarme, je ne suis pas si vieux,

Je ne me suis jamais senti mieux.

En Zinovie, on a édifié le paradis.

Un monde puissant, de feu et de fer

Finalement, ainsi, c’est un enfer.

En Zinovie, on vit le paradis promis.

 

Le Guide est un génie universel éclairé,

S’il fait la guerre, c’est pour la gagner.

Comment submerger le continent ?

Et refaire l’étranger à notre goût ?

Nous serons arrivés partout,

En tout juste un rien de temps

Et ils se rendront sans combattre.

On n’aura quasiment pas à se battre ;

Quelques jours, tout au plus.

On a des volontaires prêts à s’engager

Et des milliers d’agents à l’étranger.

Quel cauchemar, on n’en dort plus.

 

En Zinovie, on pense en masse.

On approuve sans remords,

Une énorme montagne de crasses :

Les interventions armées en dehors,

Les mensonges, les vantardises ;

Les arrestations, les faits sordides,

En Zinovie, on soutient le Guide.

C’est le triomphe de la Bêtise.

Certains s’opposent et résistent

Avec l’espoir de changer ça.

Mariamarie s’exclame très réaliste :

Comme ça ? N’y comptez pas !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Les Sauveurs de l’Humanité
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Published by Marco Valdo M.I.
9 septembre 2022 5 09 /09 /septembre /2022 19:18

25 MAI

 

Version française — 25 MAI — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne 25 MAGGIO de Riccardo Venturi — 2013

d’une chanson grecque — 25 ΜαίουKaterina Gogou — 1978

Interprétation : Εντροπία

Du recueil « Trois clicks à gauche », Katerina Gogou, 1978


 

 

 

AVEC LE RÊVE DE LA RÉVOLUTION

Dimitris Mytaras — 1994

 

 

 

Ce poème antiautoritaire et antifasciste a été remixé par un groupe punk, Endropia, sur lequel j’ai trouvé très peu d’informations (à part des références constantes à la " DIY Ethic ") ; on est loin de la chanson grecque " classique " ici, en somme, et on est très proche des soulèvements d’aujourd’hui. Katerina Gogou s’est suicidée en 1993 à l’âge de 53 ans ; en le lisant au fur et à mesure, j’ai réalisé à quel point je me sentais déjà proche d’elle. Je commence, en ce qui me concerne, par ici. [RV]

 

 

 

 

Un matin, j’ouvrirai la porte

Et je sortirai dans les rues

Comme je l’ai fait hier

Et je ne ferai que penser

Pour une part à mon père,

Et pour une part à la mer

— À ce qu’on m’en a laissé —,

Et à la ville, la ville qu’on a pourrie,

Et à nos amis perdus.


Un matin, j’ouvrirai la porte

Directement dans le feu

Et je sortirai comme hier

En criant « Fascistes ! »

Pour ériger des barricades et jeter des pierres,

Avec un drapeau rouge

Flamboyant au soleil.


J’ouvrirai la porte

Eh non, ce n’est pas que j’ai peur,

Mais je n’ai pas réussi

Et vous devez apprendre

À ne pas aller dans la rue

Désarmés comme moi.

— Car je n’ai pas réussi…

Et alors vous perdrez comme moi.

“Ainsi”, “vaguement”,

Brisés en morceaux,

Morceaux de mer, d’années d’enfance

Et de lambeaux rouges.


 

Un matin, j’ouvrirai la porte

Et je me perdrai

Avec le rêve de la révolution

Dans la solitude sans fin

Des rues en feu,

Dans la solitude sans fin

Des barricades de papier,

Traitée — ne les croyez pas -

De provocatrice.

 

25 MAI
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Published by Marco Valdo M.I.
8 septembre 2022 4 08 /09 /septembre /2022 10:10
IL NE RESTE PERSONNE DANS CETTE VILLE

 


 

Version française — IL NE RESTE PERSONNE DANS CETTE VILLE — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne — NON RIMANE NESSUNO IN QUESTA CITTA' — Riccardo Venturi — 2015

d’une chanson grecque — Δε μένει κανείς σ'αυτή την πόλη — Katerina Gogou / Κατερίνα Γώγου — 1978

Poème de Katerina Gogou [1978]
D
u recueil Τρία κλικ αριστερά (Trois clics à gauche)
Musique et interprétation : Vangelis Kondopoulos
Dans l’album collectif Πάνω κάτω η Πατησίων — Οι όψεις της μοναξιάς στην Κατερίνα Γώγου και 20 μελοποιημένα ποιήματα της (“De haut en bas par Patision — Les visions de la solitude chez Katerina Gogou et 20 de ses poèmes mis en musique”) [2012]


 

 

CHARON ET PSYCHÉ

John Stanhope — 1883


 

Chaque fois qu’on se trouve confronté à un texte de Katerina Gogou, tout se dérègle. Elle sort de tout schéma et de toute réalité prédéfinie, avec pour seule colle l’immense douleur qui envahit tout. Ce poème de 1978, extrait du recueil Τρία κλικ αριστερά, reflète sans doute, comme tant d’autres, l’histoire tragique de la vie de l’autrice, actrice et poète, qui s’est suicidée à l’âge de 43 ans ; mais il ne faut pas trop se laisser emporter par l’atmosphère apocalyptique qui semble l’imprégner, surtout au début (on dirait vraiment, au début, la scène d’une ville après un tsunami). Ce poème parle de quelque chose de bien défini : le quartier d’Exarchia à la fin des années 1970. Après la fin de son véritable « âge d’or », celui de la lutte sous la dictature des colonels, celui du peuple et de l’anarchie, celui où même la terrible police athénienne osait à peine mettre les pieds, celui de l’amitié et de la solidarité. Lorsque Katerina Gogou écrit ces lignes, tout semble déjà terminé : une ville vide, morte, qui subit déjà la transformation qui a fait au fil du temps de l’Exarchia, un lieu de résistance et d’humanité, une sorte de " quartier bobo " à la mode, où vit désormais une petite bourgeoisie en quête de " lieux alternatifs ", et où les touristes se rendent à la recherche d’un " frisson " assumé ; à tel point que le fait du dernier " référendum ", celui de Tsipras, où la population de l’Exarchia a voté majoritairement pour le " oui ", est bien connu. Katerina Gogou n’était pas une simple chanteuse de ces lieux, elle en était l’âme profonde, une âme de conscience et de résistance humaine, sociale et politique. Ses vers reflètent donc à la fois son histoire personnelle et celle des lieux qui l’ont vue et vécue. L'“apocalypse” est la fin d’une époque unique et, comme cela arrivera malheureusement, d’une vie. Comme pratiquement tous les poèmes de Katerina Gogou, celui-ci est aussi devenu, bien que tardivement, une chanson ; elle a été mise en musique et chantée, de manière nerveuse et hallucinatoire, par Vangelis Kondopoulos dans l’album collectif (entièrement dédié à Katerina Gogou) Πάνω κάτω η Πατησίων — Οι όψεις της μοναξιάς στην Κατερίνα Γώγου και 20 μελοποιημένα ποιήματα της ('Up and Down Patision — Visions of Loneliness in Katerina Gogou and 20 of her poems set to music'), 2012. [RV].

 


 


 

 

Personne ne vit dans cette ville !

Il ne reste personne ?

 

Qu’est-il arrivé aux gens partis en vitesse ?

Laissant les portes ouvertes,

Les lumières allumées…

De grands oiseaux aveugles se cognent

De leurs ailes déployées,

Terrorisés.

 

La mer entre en ville,

Submerge méthodiquement la terre.

Un navire de lépreux fous

Navigue hors du port

Et s’éloigne lentement… doucement

Lentement…


Les ans de mon enfance,

Enfants inflexibles et endurcis,

Sont déterrés par un chien jaune

Qui sans fin me les rapporte.

Les eaux montent,

Mes mains d’elles-mêmes se croisent

Comme mortes.

Il n’y a personne ici ?

Personne ?

Personne.
 

Je regarde le chemin de sable blanc,

La barque funèbre avec son phénix de pierre

Et son nautonier de marbre.

En ce lieu, pas un seul enfant.

Broumbroum.

Un enfant ?

Viens, on joue aux voitures. Viens bébé !

Tu viens, petit oiseau ? Chip chip chip, viens !

Viens, petit oiseau…

Quel souvenir humain me retient ici ?

Georges…

Myrto…

Quelle terreur me retient ici

Pour laquelle justice n’a pas été rendue ?

Mes amis ? Mes frères ? Camarades ?

Georges…

Myrto…


De quelle planète la fin honteuse

M’a laissée ici sidérée mourir de peur…

Pourquoi je ne vais pas plus loin,

Là où le vent souffle les feux?

Je suis restée goutte d’une stalagmite.

Dans cette bouteille vide,

Jetée un été il y a longtemps,

Par mes amis.
 

Et y reste dedans,

Pour d’autres temps lointains

Qui reviendront,

Le dernier SOS de la solidarité

À déchiffrer.

 

IL NE RESTE PERSONNE DANS CETTE VILLE
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Published by Marco Valdo M.I.
7 septembre 2022 3 07 /09 /septembre /2022 15:03
MES AMIS À MOI

 

 

Version française — MES AMIS À MOI — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne — GLI AMICI CHE HO — Riccardo Venturi — 2015

d’une chanson grecque — Εμένα οι φίλοι μουKaterina Gogou / Κατερίνα Γώγου — 1978

Poème de Katerina Gogou
(Da Τρία κλικ αριστερά, 1978)
Musi
que : Nikos Maindàs
P
remière interprétation : Magic de Spell
1998, Πάνω κάτω η Πατησίων (« Su e giù per Patisia »)
20 po
èmes de Katerina Gogou mis en musique
Autres interprètes :
Sokratis Malamas & Magic de Spell & Nikos Maindàs

 

 

 

 

LES OISEAUX NOIRS

Alekos Fassianos — 1987

 

 

 

 

 

Les banlieues athéniennes, les quartiers difficiles s’opposent un par un : Exarchia, Gyzi, Patisia, Metaxourgio. Le monde de Katerina Gogou et de son peuple, ses amis à la fin des années 1970. Si l’on pense au “dernier” de De André, les personnages de Katerina Gogou n’ont aucune aura “romantique”, pas même un milligramme. Ce sont des perdants, des gens qui ont d’abord été « pris ensemble » puis ont coulé, les amis et les petites amies de Katerina Gogou. « Oiseaux noirs et cordes à linge tendues ». Ils font n’importe quoi pour vivre, des métiers les plus courants aux plus impensables ; ils prennent des pilules et se saoulent pour dormir, mais ils ne dorment pas parce qu’ils ont des rêves (et là, dans la traduction, j’ai voulu suivre à la lettre la diction grecque originale : " ils voient des rêves "). Les amies de Katerina sont comme les cordes à linge qui pendent sur les terrasses des vieux HLM : les femmes sont attachées à tout avec des chevilles en fer. Culpabilité, blabla politique, maladies sexuelles et, surtout, violence, violence. Katerina Gogou a dédié à ses amis ces vers inoubliables, qui sont toujours écrits sur les murs. Des amis et des amis aux marges, mais ce sont des marges au-delà desquelles il n’y a que l’abîme. La même que celle qui a englouti Katerina Gogou le 3 octobre 1993, morte seule au milieu d’une rue d’une overdose et qui n’a même pas été reconnue et identifiée immédiatement (elle n’a été reconnue et identifiée que trois jours plus tard : son corps est resté tout ce temps à la morgue comme inconnu, et elle avait été l’une des actrices les plus connues de Grèce). Elle aussi n’avait plus d’espace, et elle aussi s’était mise à peindre en noir parce que son rouge avait été détruit. [RV]

 

 

Deux mots du traducteur (italien).

 

L’album de 1998 Πάνω κάτω η Πατησίων est un hommage collectif à Katerina Gogou contenant 20 de ses poèmes mis en musique par différents artistes grecs (les Magic de Spell ainsi que Sokratis Malamas et l’auteur de la musique, Nikos Maindàs), qui lui sont consacrés. Les quartiers populaires mentionnés dans le texte sont ceux que Katerina Gogou fréquentait vraiment : tout le monde connaît Exarchia pour être le « quartier anarchiste » athénien par excellence (celui-là même où Alexis Grigoropoulos a été assassiné, celui-là même des émeutes quasi quotidiennes dans la Grèce en crise), tandis que les autres ne seront connus que de ceux qui y (sur)vivent ou de ceux qui sont allés à Athènes pour ne pas voir le Parthénon ou pour se promener dans la fausse vie nocturne des clubs de la Plaka. Mais, là encore, ce serait comme aller à Rome pour visiter la Tor Bella Monaca ou le Laurentino 38, ou à Florence pour faire une visite des Piagge ou de la Case Minime. La séquence consacrée à ses amis, terrible fatras d’images allant des maladies infectieuses à la violence consommée dans l’indifférence, comporte même l’énonciation de la bactérie responsable de la vaginite, qui porte le nom de Trichomonas vaginalis. Après tout, le nom est grec : il signifie quelque chose comme « entité vaginale poilue ». Katerina Gogou, après tout, a écrit « dans sa propre langue parce que la vôtre ne sert qu’à lécher des culs ».

 


 


 


 

Mes amis à moi sont des oiseaux noirs ;

Mes amies à moi sont des cordes tendues.

 

Mes amis à moi sont des oiseaux noirs ;

Ils se balancent sur les toits des maisons en ruine.

Exarchia, Patisia, Metaxourgio, Mets.

Ils font ce qu’ils peuvent, ils vendent au porte à porte.

Des almanachs et des encyclopédies,

Ils font des routes, ils relient les déserts,

Ils chantent dans les clubs de la rue Zeno,

Révolutionnaires professionnels,

On les a ramassés, on les a brisés.

Maintenant, ils prennent des pilules et de l’alcool pour dormir.

Mais ils rêvent et ne dorment pas.

 

Mes amis à moi sont des oiseaux noirs ;

Mes amies à moi sont des cordes tendues.

 

Mes amies à moi sont des cordes tendues

Sur les toits des vieilles maisons

Exarchia, Victoria, Koukaki, Gyzi

Vous leur avez mis des pinces en fer.

La culpabilité,

Les décisions de la Junte,

Des habits empruntés,

Des marques infamantes,

Des migraines bizarres,

Des silences menaçants,

Des vaginites,

Des amours homosexuelles,

Des trichomonas,

Des retards menstruels —

Téléphone, téléphone, téléphone,

Verres cassés,

Ambulance,

Personne…


Mes amis à moi sont des oiseaux noirs ;

Mes amies à moi sont des cordes tendues.


Ils font tout de travers.

Mes amis voyagent tous,

Car ici, on ne leur laisse pas assez d’air

Mes amis peignent en noir, tous,

Car vous avez ravagé leur rouge.

Ils écrivent en une langue codée

Car la vôtre n’est bonne qu’à lécher

Mes amis sont des oiseaux noirs et des cordes

Sur vos nuques, pour vos mains

Mes amis…

 

Mes amis à moi sont des oiseaux noirs ;

Mes amies à moi sont des cordes tendues.

 

 

 

MES AMIS À MOI
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Published by Marco Valdo M.I.
6 septembre 2022 2 06 /09 /septembre /2022 10:36

 

À perdre la Raison

 

Chanson française — À perdre la Raison Marco Valdo M.I. — 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 064. Que faire ?; Épisode 065 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 066 : Le Congé éternel

 

 

 

Épisode 67

 

 

 

LE GUIDE ET LES AUTRES

Selon George Orwell — 1984

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Toujours des voix, Lucien l’âne mon ami, une voix peut-être, peut-être même la même et peut-être pas. De toute façon, il vaut mieux qu’on ne le sache pas. Ainsi va la vie en Zinovie.

 

Marco Valdo M.I., qu’est-ce que tu me chantes là ? Tout ça met en appétit ma curiosité. Quelle est donc cette voix qu’on ne connaît pas ?

 

Et qu’on ne connaîtra sans doute pas, dit Marco Valdo M.I., et je disais que ce pourrait être la voix habituelle qu’on entend dans ce voyage et à bien y réfléchir, il me semble que c’est elle.

 

Finalement, remarque Lucien l’âne, ce qui importe, c’est ce qu’elle raconte.

 

Très juste, dit Marco Valdo M.I. et pour commencer, elle parle de la vie du fantassin et de ce qu’il ressent au combat.

 

« Les peurs et l’horreur du fantassin.

L’attente, la soif, la faim

La boue, le froid, la fin

Et le rire de la mort partout »

 

Ensuite, ce qui explique le titre, elle souligne que dans le pays, l’ambiance est irrespirable, démente, insupportable, destructrice de la vie quotidienne :

 

« Le jour, la nuit, en toutes saisons,

Une senteur à perdre la raison. »

 

Et puis, la voix évoque le personnage — une dame nommée Mariamarie et surnommée l’Abrutie, qui, toujours selon la voix projetée d’on ne sait où, est l’incarnation légendaire de la Zinovie.

 

« Avec la Zinovie au cœur,

Lisier, purin, engrais, odeurs,

Voici venir Mariamarie l’Abrutie,

L’incarnation légendaire de notre État. »

 

Puis, elle parle du Guide et de son goût pour la gloriole et d’un condamné qui a « renoncé à exister » :

 

« Contre la guerre, un homme a protesté.

Un procès public a été organisé ;

L’accusé n’a pas pu y assister.

Condamné, il a renoncé à exister. »

 

Je vois, dit Lucien l’âne. Sans doute, a-t-il renoncé à vivre à l’insu de son plein gré. Bref, encore un suicidé volontaire pour l’exemple. Ça se fait beaucoup dans certains pays. Serait-ce le cas en Zinovie ? Et puis encore ?

 

La deuxième strophe, reprend Marco Valdo M.I., est un plaidoyer du Guide pour son statut de statue vivante.

 

Bien vu, dit Lucien l’âne, j’avais moi aussi cette impression qu’il jouait la partition du Grand Commandeur dans le Festin de Pierre ou dans le Don Giovanni. En fait, il m’a tout l’air d’une sorte d’ectoplasme autarcique.

 

Donc, je poursuis, dit Marco Valdo M.I. ; comme dans les étapes précédentes de ce long voyage, il y a toute une justification de la société zinovienne et du bon droit des chefs à l’être et à être respectés. C’est la doxa nationale. Je laisse à chacun savourer cette apologie du Guide par lui-même. Car en réalité, toute son adulation est dictée par lui et relayée par les bouches sonores de ses inconditionnels. Je ferai cependant juste un petit éclairage à propos du dernier vers de la chanson où un mot, un seul, change tout.

 

Ah, oui ?, dit Lucien l’âne, et lequel ?

 

Le mot « pour », explique Marco Valdo M.I., car selon que le mot « pour » est absent ou pas, le vers est plus ou moins effroyable. Regarde :

 

« Nous ne laisserons personne nous dénoncer. »

et

« Nous ne laisserons personne pour nous dénoncer. »

 

— Sans le « pour », dans le futur et si le Guide a encore le pouvoir, on empêchera les gens de dénoncer les erreurs et horreurs du régime , c’est-à-dire du guide, de son entourage et des dirigeants et de ceux qui les servent. Ce qui est déjà un projet monstrueux et hautement criminel.

— Avec le « pour », c’est pire encore ; il s’agit bel et bien de liquider préventivement tous les gens qui pourraient un jour dénoncer les erreurs et horreurs du régime , c’est-à-dire du guide, de son entourage et des dirigeants et de ceux qui les servent.

 

J’ai comme l’impression, dit Lucien l’âne, que c’est ce qui s’est fait et qui se fait encore dans certains pays ; mais en effet, s’ils souhaitent échapper à la justice, ces dirigeants ont tout intérêt à éliminer préventivement tous ceux qui pourraient témoigner de leurs crimes. Je leur suggère de commencer par eux-mêmes et si possible, immédiatement, car ainsi, il ne pourra y avoir d’aveux Allons, tissons le linceul de ce vieux monde dénonciateur, horrible, horrifique, dément et cacochyme.

 


Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

En Zinovie, francs et ardents,

Les chants, les chants perçants.

Pour les grandioses moments,

Mille ans d’entraînement.

Le front, la bataille, le destin

Les peurs et l’horreur du fantassin.

L’attente, la soif, la faim

La boue, le froid, la fin

Et le rire de la mort partout

Voix voilée autour de vous.

Le jour, la nuit, en toutes saisons,

Une senteur à perdre la raison.

 

Principes, grandeur et misère.

Ohlala ! Le lait va déborder,

Fidélité aux idéaux et à la terre,

Allons donc étendre le fumier.

Avec la Zinovie au cœur,

Lisier, purin, engrais, odeurs,

Voici venir Mariamarie l’Abrutie,

L’incarnation légendaire de notre État.

Elle seule peut sauver la Zinovie.

Quelle Zinovie ? On ne sait pas.

Et la sauver de quoi ? On se demande.

En Zinovie, le Guide commande.

 

En Zinovie, il convient de choisir

Le côté héroïque et supérieur de l’avenir.

Par mille tours de passe-passe,

Le Guide assied sa propre gloire.

Pour le Guide, la voie de la victoire

Consiste à ne jamais perdre la face.

En Zinovie, avoir des idées

Est déjà une mauvaise idée.

Contre la guerre, un homme a protesté.

Un procès public a été organisé ;

L’accusé n’a pas pu y assister.

Condamné, il a renoncé à exister.

 

Nous comprenons tout, dit-il,

On nous prend pour des imbéciles.

C’est sûr, absolument certain,

Nous en avons tous les moyens.

En Zinovie, la société se divise

Entre nous, les chefs patentés,

Et vous, la masse soumise.

On ne juge pas les vainqueurs.

Les chefs doivent être respectés,

C’est la base saine de la société.

Si le Guide a commis des erreurs ;

Nous ne laisserons personne pour nous dénoncer.

 À perdre la Raison
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Published by Marco Valdo M.I.
3 septembre 2022 6 03 /09 /septembre /2022 17:38
CRISTALLOMANCIE

 

Version française — CRISTALLOMANCIE — Marco Valdo M.I. — 2022
Chanson finlandaise (finnois) — KrystallomantiaKorpiklaani — 2022


 

Les superstars du Folk Metal finlandais KORPIKLAANI ont sorti un nouveau single intitulé “Krystallomantia” qui voit le groupe coupler son son caractéristique avec ses paroles les plus politiquement influencées à ce jour. La chanson anti-guerre, mélancolique mais optimiste, a été écrite sur l’Ukraine et l’invasion russe en cours dans ce pays.
 

KNAC. COM

 

 

 


 

LA BOULE DE CRISTAL

John William Waterhouse — 1902

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, qu’est-ce qui peut pousser les gens à recourir à la cristallomancie, laquelle, si je ne me trompe, consiste à lire l’avenir ou un présent distant et invisible au travers d’une boule ce cristal, un art qu’on attribuait aux sorcières et à certains anciens manciens.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., la cristallomancie était anciennement une science de la divination, disons plus exactement, une pseudo-science qu’étaient réputés maîtriser les sorcières, mais aussi toutes sortes de devineresses et de devins le plus souvent auto-proclamés tels. Depuis, d’autres s’y essaient également en amateurs de transes. Cela dit, c’est bien à cet art divinatoire que se réfère la chanson et à titre tout à fait métaphorique et en un usage purement poétique. J’ajoute qu’ici dans la chanson, il n’est nullement question d’une sorcière ; il s’agit d’une cristallomancienne — ça fait plus professionnel, un peu comme nécromancienne.

 

Je vois, dit Lucien l’âne. Mais au fait, que raconte-t-elle cette chanson, car encore une fois, tu as noyé le poisson avec ta digression.

 

Je m’en vais te répondre à l’instant, Lucien l’âne mon ami, mais avant ça, je voudrais situer la chanson dans son contexte et à plus sieurs égards. D’abord, souligner que c’est une chanson on ne peut plus contemporaine — elle date de quelques semaines et il faut bien vu qu’elle parle de la guerre en Ukraine. Un autre point, c’est qu’elle (du moins, sa version originelle en suomi) nous vient de la lointaine Finlande — en finnois, Suomi, laquelle entretient une proximité dangereuse avec l’ours Igor, nommé dans la chanson et figure emblématique de la Russie ; un voisinage périlleux de 1 200 Km de long, avec un ursidé féroce qui est actuellement

d’humeur à agresser et envahir ses voisins. C’est là que la divination a son rôle à jouer en tirant le signal d’alarme, en sonnant le tocsin.

 

En gros, dit Lucien l’âne, si je comprends bien, l’affaire se résume ainsi :

 

« Avant était avant ;

Avant, l’ours était assoupi.

Maintenant est maintenant ;

De sa tanière, l’ours est sorti. »

 

Tu résumes parfaitement, Lucien l’âne mon ami. Cependant, la chanson fait plus que sonner l’alerte, elle annonce la résistance, elle l’appelle de ses vœux, elle l’appelle par avance :

 

« Non, il n’y a aucune raison de s’incliner,

Vous pouvez peut-être nous écraser,

Nous mourrons, mais la terre mère

D’un sol d’or revivra fière. »

 

Elle a raison, dit Lucien l’âne, surtout, quand on vit près d’un ours, on n’est jamais trop prêt à se défendre et tous ensemble, les morts y compris, comme le disait Piero Calamandrei dans « Lo avrai Kamerata Kesselring ». En Italie, certains ont adopté et conservent cette antienne qu’on a faite nôtre également : « Ora e sempre : Resistenza ! ». Allons, tissons le linceul de ce vieux monde préhistorique, barbare, imbécile et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

La danseuse, devant le musicien silencieux,

Est pétrifiée ; le kantele est en feu.

Le soleil sans lumière,

Dans le rêve, se réverbère.

 

La cristallomancienne voit

Un guerrier, sa poitrine, le fer

Jamais ne rouillera.

Elle dit la vie est comme la guerre

Et le temps ; aujourd’hui, le soleil passe ;

Demain, reviendront le gel et la glace.

 

Non, il n’y a aucune raison de s’incliner,

Vous pouvez peut-être nous écraser,

Nous mourrons, mais la terre mère

D’un sol d’or revivra fière.

 

La cristallomancienne voit

Un guerrier, sa poitrine, le fer

Jamais ne rouillera.

Elle dit la vie est comme la guerre

Et le temps, aujourd’hui, le soleil vient ;

Mais demain…

 

Avant était avant, maintenant est colère.

Avant le grain houlait, le grain riait bien fort.

Avant était avant, maintenant est tonnerre.

Mauvaise faux, rumeur et réveil du fort :

Igor de l’Est massacre depuis sa tanière.

 

Avant était avant, maintenant est colère.

Avant le grain houlait, le grain riait encore.

Avant était avant, maintenant est guerre.

Mauvaise faux, rumeur et roulement et réveil du fort :

Igor de l’Est massacre depuis sa tanière.

 

Avant était avant,

Avant était avant,

Avant était avant.


 

CRISTALLOMANCIE
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Published by Marco Valdo M.I.
2 septembre 2022 5 02 /09 /septembre /2022 17:19

 

Le Congé éternel

Chanson française — Le Congé éternel Marco Valdo M.I. — 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; 064. Que faire ?; 065 : Ni chaud, ni froid ;


 

Épisode 66

 

 

LA MÉRIDIENNE

Vincent Van Gogh — 1890-91

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

À voir ce titre, dit Lucien l’âne, j’ai des visions macabres.

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, détrompe-toi, il n’en est rien. Ce congé éternel est bien sûr une vision de l’esprit, mais pas nécessairement macabre. En fait, il désigne autre chose que ce que tu imaginais. Évidemment, cette expression de « congé éternel » convient parfaitement pour désigner la mort et de ce point de vue, tu as complètement raison, je ne saurais en disconvenir.

 

Soit, dit Lucien l’âne, mais alors quoi ? De quoi est-il question ?

 

Ah, dit Marco Valdo M.I., ce congé éternel, c’est tout le contraire du temps macabre, ce n’est vraiment pas l’univers de la mort, c’est la vie, mais par n’importe quelle vie. C’est là le thème central de la chanson : la vie en rêve.

 

« La vie en rêve, c’est évident,

C’est le véritable paradis.

En rêve, personne pour vous obliger ;

La vie alors est un éternel congé. »

 

Qui peut avoir de telles idées ?, demande Lucien l’âne.

 

Comme d’habitude en ce voyage, dit Marco Valdo M.I., et j’ajouterais, comme d’ordinaire en Zinovie, qui a de telles idées se garde bien de révéler son identité ; c’est une voix anonyme et c’est la voix de toute la chanson.

 

Et donc pas si anonyme que ça, dit Lucien l’âne, même si on ne peut lui mettre un nom.

 

Peut-être, répond Marco Valdo M.I., mais en tout cas, elle échappe ainsi aux services et à leurs sévices.

 

Alors, que dit-elle cette vox clamantis in deserto zinoviano ? , demande Lucien l’âne.

 

En fait, continue Marco Valdo M.I., cette vie en rêve est une manière de clandestinité, un moyen de résistance (au demeurant fort efficace) que cette voix anonyme expose – à bons entendeurs, salut ! C’est aussi un mode de survie en Zinovie, où la vie quotidienne est à la fois, terne et pesante, toujours sous contrôle et la victime des mouchards et des dénonciations. Cependant, la vie en rêve demande un apprentissage, de l’entraînement et de l’expérience – comme la marche, on l’apprend en la pratiquant. Elle suppose aussi une auto-discipline et une grande discrétion. En quelque sorte, il faut se fondre dans le paysage, ne jamais se laisser deviner.

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est l’intime forteresse ; c’est tout un art.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I. ; et la leçon vaut également pour tous les mondes oppressifs, que l’oppression soit fille d’une autocratie, de l’idéologie ou de la religion, elle n’en est pas moins oppressive. Maintenant, pour le reste de la chanson, la voix de l’inconnu zinovien raconte sa vie, l’endroit où il est né – dans un village perdu d’une lointaine province là-bas au fond de la Zinovie ; son départ à la ville dans le grand exode des populations paysannes de Zinovie – il en résulta des disettes et des famines énormes ; un épisode imaginaire de défilé militaire ; ensuite, l’histoire d’un savant exilé que les services (dits de sécurité) vont empoisonner.

 

Voilà des choses très diverses et pas roses, dit Lucien l’âne, et pour la dernière, carrément effroyable. Je vais te dire, moi, avec tous ces épisodes de ce voyage – on en est au soixante-sixième, je commence à me faire une idée de la vie en Zinovie et j’avoue que je m’y ferais guère et même, à vrai dire, pas du tout. Raison de plus pour continuer notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde infâme, infernal, infirme, infini et cacochyme.

 


Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Nés en province, au fin fond,

Là où on vivait sans façon

Avant et pendant la révolution ;

Après, on a quitté nos maisons

Pour aller en ville chercher

Fortune et vivre la modernité.

Au village, on retourne parfois

Enterrer grand-père, enterrer grand-mère,

Et retrouver de notre commune prospère

Les ruines, les friches et les bois.

La télé, le frigo, les jeans et les collants

Y sont à présent d’un usage courant.

 

Imaginez : on déboucherait sur la place,

On montrerait la face, on marquerait le pas.

On n’entendrait plus que notre pas.

On marquerait le pas, on montrerait la face.

La foule médusée ferait silence :

Elle ne verrait que notre être immense.

Logique : même à boire de l’eau,

L’excès est un défaut.

Logique : prolonger la vie des gens

Est certes une bonne chose ;

Logique : elle peut être une mauvaise

Chose pour le Guide et les dirigeants.

 

Vivre endormi, jamais d’éveil

Le sommeil, c’est mon conseil.

Dormir debout est mon postulat,

Pour vivre une vie sans embarras,

La vie en rêve, c’est évident,

C’est le véritable paradis.

On échappe au gouvernement

On échappe au parti,

Pas de contrôle, pas d’irruption,

Pas d’armée, pas d’espions.

En rêve, personne pour vous obliger ;

La vie alors est un éternel congé.

 

Un savant de chez nous, écœuré,

Est parti vivre loin à l’étranger.

En Zinovie, on ne pouvait l’interner,

On ne pouvait le mettre en prison,

On ne pouvait le faire mourir.

Comment expliquer les raisons ?

Il avait fallu le laisser aller,

C’était le moyen de s’en débarrasser.

En Zinovie, on a préféré le bannir.

On ignore la nature du poison

Et l’identité des exécutants,

À l’étranger, morts aussi, maintenant.

 

 

 

Le Congé éternel
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Published by Marco Valdo M.I.

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