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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 21:01

UNE HISTOIRE

 

Version française – UNE HISTOIRE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Una storiaEtruschi from Lakota – 2013

 

 

 

Pour commencer et commenter :

La même histoire, vue autrement.

 

« Vergogna !»

 

SOUTIEN AUX VICTIMES DE STEPHAN SCHMIDHEINY

EX-PDG DE LA MULTINATIONALE ETERNIT SUISSE

 

La Cour de cassation italienne a annulé mercredi soir la condamnation de Stephan Schmidheiny, cet industriel suisse jugé coupable d’avoir provoqué la mort de près de 3.000 personnes dans ses usines d’amiante en Italie. Ancien propriétaire d’Eternit Suisse et ancien actionnaire important d’Eternit Italie (de 1976 à 1986), il avait été condamné pour « catastrophe sanitaire et environnementale permanente intentionnelle » et infraction aux règles de la sécurité au travail dans les usines de produits à base d’amiante-ciment (tubes, plaques, etc). Le procureur, en premier lieu, puis les juges, ont considéré que les faits pour lesquels il avait été condamné en première instance en février 2012 à 16 ans, puis en appel en juin 2013 à 18 ans de réclusion, étaient prescrits.

Un cri a jailli dans la salle de la cour de cassation : « Vergogna ! », repris par tous ceux et celles qui se sont battus depuis des années pour que ce crime à grande échelle soit enfin reconnu par la justice et condamné. Mais, la reconnaissance de ce crime demeure inscrit dans cette histoire judiciaire, puisque l’annulation porte exclusivement sur la prescription! Les faits ne furent pas prescrits pour les juges de première instance et d’appel… Pour les victimes, leurs familles et nous tous, citoyens engagés dans l’action pour la condamnation des crimes industriels, ces faits ne seront jamais prescrits !

La rage au cœur, continuons le combat.

Contact :

Annie Thébaud-Mony : 06 76 41 83 46

Rome, le 19 novembre 2014

 

 

 

 

 

 

Maintenant, voici une histoire que je vous veux rappeler 
Elle parle d’une commune qui ne veut pas donner de travail 
À une famille qui n’a plus père et qui vaille que vaille
Ne sait plus que faire et ne sait pas comment manger

Puis, entre dans l’histoire un homme peu ordinaire
Il se présente à leur porte pour proposer à la mère
« Je te donne l’argent, je te donne la nourriture, je te donne l’air ! 
Mais ton garçon en échange aura à faire ! »

Dans l’ignorance provinciale 
Personne ne sait comme l’amiante fait mal. 
Le jeune diplômé, tout content, 
Ne laisse pas échapper l’occasion un instant !

Dans l’ignorance provinciale 
Personne ne sait comme l’amiante fait mal. 
Le jeune diplômé, tout content, 
Ne laisse pas échapper l’occasion un instant !

Mais on ne sait pas ce qu’il faut penser.

Dans l’ignorance provinciale 
Personne ne sait comme l’amiante fait mal. 
Maintenant, voici une histoire que je vous veux rappeler

Elle parle d’un garçon qui s’est fait tuer 
Dans l’ignorance provinciale 
Dans l’ignorance provinciale 
Personne ne sait comme l’amiante fait mal.

UNE HISTOIRE
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Marco Valdo M.I.
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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 18:12

QU’AVEZ-VOUS, MADEMOISELLE ?

 

 

 

Version française – QU’AVEZ-VOUS, MADEMOISELLE ? – Marco Valdo M.I. – 2016

D’après la version italienne de Riccardo Venturi d’une

Chanson populaire slovène – Kaj ti je deklica – anonyme – 1914-18

 

 

 

 

 

 

 

« Qu’avez-vous, mademoiselle / Pourquoi êtes-vous triste ? / Ce n’est rien, une douleur, /J’ai mal au cœur. / Mon ami est tombé à la guerre,». Ainsi cette chanson populaire slovène de l’époque de la « Grande Guerre » qui doit être, sans aucun doute, comptée parmi les plus belles et les plus émouvantes de tout le conflit, toutes langues considérées. De la chanson sont usuellement chantées seulement les premières trois strophes, et en ordre varié, sauf la première qui reste toujours en tête. La dernière strophe est presque toujours omise. [RV]

 

 

 

Qu’avez-vous, mademoiselle
Pourquoi êtes-vous triste ?
Ce n’est rien, une douleur,
J’ai mal au cœur.

 

Mon ami est tombé à la guerre,
Mon ami, relève-toi pour moi.
Comment et où me relever ?
Une balle m’emporta.

 

Je me vêtirai de noirs habits,
Vrai, il a été mon ami,
Vrai, il a été mon ami
Et maintenant mort, il gît.

 

Sur sa tombe je vaguerai,
À sa tombe, j’irai toute seule 
Et là je rêverai de tout ce que
Nous deux, nous avons été.

 

 

QU’AVEZ-VOUS, MADEMOISELLE ?
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Marco Valdo M.I.
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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 21:41

MISTER C

Version française – MISTER C – Marco Valdo M.I. – 2016

d’après la version italienne de Riccardo Venturi

d’une

 

Chanson polonaise – Mister C – Aleksander Kulisiewicz – Sachsenhausen, 1940
Musi
que : Henryk Wars ("Czarny Jim", 1939)

 

 

 

Aleksander Kulisiewicz et sa guitare

 

 

 

 

« Mister C » est Winston Churchill, le premier ministre anglais à l’éternel cigare à la bouche quientre la défaite de la France et l’entrée en guerre des États-Unis, incarna le dernier espoir que l’Europe prisonnière avait de vaincre les Allemands. Écrite après qu’étaient arrivées au lager de Sachsenhausen les terribles nouvelles de la retraite alliée de Dunkerque, en France septentrionale, « Mister C » fut présentée pour la première fois pendant une réunion secrète dans le Bloc 3 du camp de concentration, où, Kulisiewicz se rappelle qu’ « étaient exécutées plus mordantes et obscènes satires antifascistes en plusieurs langues ». Quelques vers de « Mister C » (écrite par ailleurs dans une sorte de véritable « argot du lager», où les mots allemands sont nombreux) sont délibérément obscurs. L’« île de Rügen », à savoir la plus grande île allemande située dans la mer Baltique, évoque danciennes luttes de frontière entre les populations slaves et germaniques (Rügen était l’ancienne installation slave de Rujana chassépar les Allemands). Le « vent de l’est » fait allusion à l’aide que les prisonniers espéraient avoir de l’Union soviétique en dépit du fait que le pacte de non-agression entre Hitler et Staline était, alors, encore en vigueur.

Aleksander Kulisiewicz (1918-1982) était un étudiant en droit en Pologne sous occupation allemande quand en octobre 1939, la Gestapo l’arrêta pour ses écrits des antifascistes et il l’envoya au lager de Sachsenhausen, près de Berlin. Kulisiewicz était un auteur-compositeur de talent : pendant ses cinq ans de captivité, il composa 54 chansons. Après la Libération, il se souvint non seulement de ses propres chansons, mais aussi de celles qu’il avait appris de ses camarades de captivité, et il dicta des centaines de pages à son infirmière dans un hôpital polonais.

 

En tant « auteur et parolier», Kulisiewicz préférait les ballades descriptives, en usant d’un langage agressif et brutal pour reproduire les circonstances grotesques dans lesquelles il se trouvait avec les autres ; mais son répertoire comprenait même des ballades qui, souvent, ils évoquaient la Pologne natale avec nostalgie et patriotisme. Ses chansons, présentées pendant des rencontres secrètes, aidèrent les prisonniers à faire face à la faim et au désespoir, en soutenant leur moral et leurs espoirs de survie.

 

En plus de revêtir une importance spirituelle et psychologique, Kulisiewicz soutenait que les chansons du lager pouvaient même être une forme de documentation. « Dans le camp », écrivait-il, « j’ai toujours cherché à créer des vers qui servaient de reportage poétique direct. J’ai employé ma mémoire comme une archive vivante. Les amis venaient chez moi et me récitaient leurs chansons. » Presque obsédé par les sons et les images de Sachsenhausen, Kulisiewicz commença à rassembler une collection privée de musique, de poésie et d’œuvres d’art créées par les prisonniers.

 

Dans les années 60, il s’associa aux ethnographes polonais Józef Ligęza et Jan Tacina dans un projet de recueil d’interviews écrites et enregistrées d’ ex-prisonniers des lagers à propos de la musique dans les camps de concentration. Il commença même à faire une série de spectacles, transmissions radiotéléphoniques et enregistrements de son répertoire de chansons de captivité, qui s’amplifia jusqu’à comprendre du matériel provenant d’au moins une douzaine de camps.

 

L’énorme étude de Kulisiewicz sur la vie culturelle dans les camps et sur le rôle décisif que la musique y jouait comme moyen de survie pour de nombreux prisonniers resta inédite jusqu’à sa mort. La collection créée par lui, la plus vaste collection existante de musique composée dans les camps de concentration, fait maintenant partie des archives de l’United States Holocaust Memorial Museum à Washington.

 

 

 

Vain Dieu, c’est déjà la seconde année, 
Et 
cabriole encore la croix gammée ;

Rien, semble-t-il, ne peut la fatiguer,
Mieux vaut alors s’agenouiller.

 

Suprême, grand Führer en fureur,
Ce bandit de goy – ce barbouilleur,
A la tête pleine d’eau de vaisselle
Et son Volk idiot hurle « Heil ! »

 

Mister C mâchonne son cigare
Souffle la fumée faisant des ronds ;
À l’entour, l’Europe s'égare
Et lui, la regarde et tient bon.

 

Mister C, tel un dragon, soufflera
Et sur Adolf et sur son « Sieg ! » crachera.
Sur l’île de Rügen, il l’enterrera
Peut-être même déjà en quarante-trois.

 

Peut-être, oui ! Peut-être, peut-être.
Qui peut le savoir avec certitude ?
Malheureux Führer, la mer est profonde,
Spécialement la mer d’Angleterre.

 

Yum-pum-Tiu, tagada !
Yum-pum-dju, téguédé !
Peut-être, peut-être… et qui le sait ?
Peut-être le vent de l’est aidera.

 

 

MISTER C
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Marco Valdo M.I.
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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 21:00

LE POIRIER SUR LLORELEI 
(d’après un événement vrai)

 

Version française – LE POIRIER SUR LA LORELEI (d’après un événement vrai) – Marco Valdo M.I. – 2016

 

Chanson allemande – Der Handstand auf der Lorelei (Nach einer wahren Begebenheit) – Erich Kästner – 1932

 

 

 


Lorelei - interprétation de Karl Valentin (1906)

 

 

 

 

 

 

Cette fois, avec cette chanson de notre ami, Erich Kästner, nous partons à la chasse à la légende germanique et à ses héros. Je dis les choses comme ça, car Erich Kästner adapte ici une légende du Rhin, mais à sa manière et dans un but précis.

 

 

Commençons, si tu veux bien, Marco Valdo M.I. mon ami, par le commencement. De quelle légende rhénane s’agit-il ? Et que raconte-t-elle ? Tu m’avais déjà servi Faust l’autre jour, Ulenspiegel avant et qu’en est-il cette fois-ci ? Ensuite, et ensuite seulement, on pourra aborder ce qu’en a fait Erich Kästner.

 

 

Procédons donc par ordre. Il y eut d’abord l’histoire que rapporta Brentano (1801), dans laquelle c’est Laure Lay, alias Lorelei, qui se noie par désespoir d’amour dans le Rhin au pied de l’éperon rocheux connu sous le nom de Lorelei et sur celle que composa à son tour, Heinrich Heine (1823) dans laquelle un batelier troublé par la Lorelei, une belle blonde, finit par couler avec sa barque.

 

Prenant appui sur la légende allemande, ce « Poirier sur la Lorelei » d’Erich Kästner raconte l’histoire d’un héros, fanatique des traditions et des mythologies germaniques, gymnaste endurci, qui s’en va faire le poirier sur la tête au sommet du rocher de la Lorelei et évidement, s’en va finir le cou cassé au bas de la paroi rocheuse.

 

Comme tu le devines, cette Lorelei est une personne très romantique et portée aux amours excessives.

 

 

Cette légende de la Lorelei m’est connue, dit Lucien l’âne, et cette « belle blonde » enchanteresse me paraît incarner Germania elle-même.

Donc, Lucien l’âne mon ami, je retrace le tableau : une blonde rebondie qui se peigne, une femme séductrice et parfois, séduite, un amoureux aux abois, telle est la trame de la légende. Une histoire romantique qui se passait dans un siècle romantique, très appréciée des poètes – en langue française, il y eut des Lorelei chez Nerval et Apollinaire, notamment.

 

Mais, dit Erich Kästner : « Nous changeons. Y compris les bateliers », et en 1932, l’ambiance culturelle est passée à un romantisme plus sportif et musculeux. La « belle blonde » s’appelle toujours Lorelei, elle campe toujours sur son rocher, elle n’en finit toujours pas de lisser sa chevelure.

 

Mais le batelier a changé ; il a des mœurs plus viriles, il se laisse porter par un amour puissant, musclé, fanatique. Il se promène nu dans les bois, s’exerce en rythme, marche comme une oie en groupe serré et s’applique aux performances de gymnastique. Il vise à atteindre la force par la joie et à conquérir la belle Lorelei par un exploit sans précédent. Il va, désireux d’éblouir, tel un paon germanique, se dresser tout là-haut au bord de la falaise qui surplombe le Rhin. Il s’y plantera sur les mains, en poirier.

 

 

Je vois le tableau, dit Lucien l’âne en riant : le m’as-tu vu, tout nu, au bord du gouffre.

 

 

Et ce qui devait arrivera. Tout à son admiration, troublé par les ondulations capillaires, il perd l’équilibre et chute dans le vide. Arrivé au sol, il se casse le cou au pied du rocher de la Lorelei, qui démêle ses cheveux. Telle cette aventure, revue par Erich Kästner.

 

Il reste à identifier les protagonistes, dit Lucien l’âne, car j’imagine que Kästner, à son habitude, a usé de la parodie comme d’une arme politique.

 

 

Bien sûr, Lucien l’âne mon ami. Lorelei, la blonde germaine des bords du Rhin, n’est autre que l’Allemagne et le brillant gymnaste à moustache n’est autre que l’ineffable Adolf Hitler. Dernière pointe tirée contre le sportif amoureux de 1932, Erich Kästner lui révèle (Oh, Cassandre!) son destin : après une dernière pirouette, périr, périr, il n’est pas de héros à moins.

 

Un dernier mot à propos de la Lorelei proposée pour illustrer cette poésie sarcastique. Comme il apparaît à l’œil exercé, cette Lorelei est un homme qui manifestement se moque du mythe. Il s’agit d’une photo de Karl Valentin, prise en 1906. Karl Valentin est un poète et artiste satirique très peu convaincu par le respect des légendes et traditions et distribuant assez volontiers des litres d’acide comique. Son humour ravageur appliqué au pouvoir lui valut quelques ennuis au temps de l’oncle Adolf.

 

 

Ceci dit, Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l’âne, il fallait un sacré courage pour écrire ça à Berlin en ces temps-là. Il n’y a rien d’étonnant qu’ils aient brûlé tous ses bouquins.

 

Maintenant reprenons notre longue tâche et tissons le linceul de ce vieux monde inconscient, dérisoire, fanatique et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

La Lorelei, à la fois fée et rocher,
Se tient sur le Rhin, près de Bingen. Là-bas
Où autrefois, la tête à l’envers, un batelier 
Subjugué par ses cheveux blonds, se noya.

Nous changeons. Y compris les bateliers.
Le Rhin est canalisé et régulé.
Le temps passe. Quand on navigue, on ne meurt plus 
Car une femme blonde se peigne l’occiput.

 

Néanmoins aussi, de nos jours comme hier,
Certains se voient encore à l’âge de la pierre.
Mais il n’existe pas de légende allemande si tôt,
Où l’on peut trouver de héros.


Récemment, sur la Lorelei, un gymnaste a effectué,
Tout en haut au-dessus du Rhin, un poirier !
Tous les vapeurs lançaient des cris d’effroi 
Quand sur la paroi, on le vit tête en bas.


Il se tenait comme sur les barres.
Avec le dos cambré. Et des gestes bizarres. 
On ne demandait pas : A-t-il tout son entendement ?
C’était un héros. C’était suffisant.

En poirier, dans le soleil du soir, il voyait tout.
La nostalgie troublait son œil de gymnaste.
Il pensait à la Lorelei de Heine.
Il tomba et se brisa le cou.

 

Il ne faut pas le pleurer. Il est mort en héros,
Son poirier par le destin était illuminé.
Un instant à lever les deux jambes, à cambrer le dos,
Pour une telle mort, ce n’est pas trop payer. 

Précision ultime :
Le gymnaste laisse femme et enfant.
On ne doit pas le regretter, cependant,
Car dans le monde des héros et des légendes, 
Les survivants ne sont pas importants.

 
 
 
 LE POIRIER SUR LA LORELEI
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Marco Valdo M.I.
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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 20:09

LE RHUMATISME DU LIEUTENANT

 

Version française – LE RHUMATISME DU LIEUTENANT – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Il reumatismo del tenente – Wu Ming Contingent – 2016

Texte de Daniele Bernardi, musique de Wu Ming Contingent
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’épisode raconté ici se déroule durant les mois d’été de 1915, sur le front du Cadore.

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, ne trouves-tu pas bizarre le titre de cette chanson-canzone ? Moi, je pense qu’il est assez inhabituel et j’aimerais que tu me l’expliques.

 

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, ce « Rhumatisme du Lieutenant » est étrange et selon moi, il est révélateur d’une méprise et mérite une sérieuse mise au point.

 

 

Comment ça, Marco Valdo M.I. mon ami ? J’attends avec l’intérêt le plus vif ton explication. Il t’aurait été facile de le changer et de le remplacer par un titre plus adéquat.

 

 

Certes, Lucien l’âne mon ami, sauf que ce titre « Le Rhumatisme du Lieutenant » est précisément le titre qui convient le mieux, car c’est dans la chanson elle-même que se trouve la difficulté, l’erreur qui m’impose de donner une explication plus fournie qu’à l’ordinaire. Tout tient à la question du rhumatisme du lieutenant.

 

Je pense que tu sais, comme tout le monde, que les rhumatismes sont – dans le langage populaire – ces douleurs qui affectent les personnes d’âge par temps froid et humide ; ces douleurs même si elles rendent la marche ou le mouvement difficiles ne mettent en aucun cas la vie du rhumatisant en danger. Ce sont des maux relativement bénins.

 

 

Oui, dit Lucien l’âne en faisant rouler toutes ses jointures comme s’il craignait qu’elles ne fussent atteintes de ce fléau, je sais cela et j’ai connu beaucoup de vieux qui s’en plaignaient et qui éprouvaient de la peine à se mouvoir à cause de leurs « rhumatisses », comme on dit par ici. Cependant, il me semble qu’il n’y avait pas là – sauf peut-être plus tard, lorsque le mal s’aggrave – de quoi les hospitaliser. Au pire, on leur donnait une décoction de saule ou un antidouleur et on les envoyait se reposer dans leur fauteuil.

 

 

C’est exactement ça ; les « rhumatisses » sont une affaire de vieux et de toute façon, quoique douloureux, ils ne paraissent pas mettre la vie du bon vieillard en danger. Retiens, je t’en prie, le fait qu’il s’agit de rhumatismes, même si le parler populaire prononce « rhumatisses ».

 

À présent, venons-en à la chanson et au lieutenant qu’elle accuse de légèreté, quand ce n’est pas de lâcheté et à qui elle fait grief d’abandonner ses hommes pour un rhumatisme, puisque tel est le vocable utilisé par le lieutenant pour caractériser ce qui l’oblige à quitter son poste. Et la chanson de manière ironique est tout près de lui reprocher une désertion.

Avant d’aller plus loin, mettons les choses au clair : je ne connais pas ce lieutenant et je me fiche comme d’une guigne de sa réputation.

 

 

Alors quoi, dit Lucien l’âne qui signifie de ses yeux écarquillés sa complète incompréhension. Qu’est-ce que ça signifie cette insistance à dire que tu ne le connais pas et que tu te fiches complètement de sa réputation ? On s’en doute, vu qu’il y a de fortes chances qu’il soit mort bien avant ta naissance, dans un autre pays.

 

 

Évidemment que cela importe, car on pourrait me soupçonner de partialité dans ce que je vais établir. Alors ? Alors, il y a que le lieutenant Rossetti est relativement jeune (un vieillard ne serait pas là à commander un peloton dans les tranchées) et qu’il ne prétend à aucun moment souffrir de « rhumatismes », mais du « rhumatisme » articulaire, ce qui est tout autre chose. Ceci (la nécessité de distinguer les rhumatismes du rhumatisme et d’exposer les effroyables conséquences du rhumatisme articulaire) montre que le lieutenant avait plus que raison d’expliquer son état et ses antécédents ; lui savait ce dont il parlait et par ces explications, il voulait lever la confusion entre « rhumatismes » et « rhumatisme ».

 

Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, le rhumatisme articulaire est très invalidant et en état de crise, il empêche vraiment de se mouvoir ; on en reste véritablement paralysé pendant des semaines et quand on en réchappe, il faut souvent réapprendre à d’abord se tenir debout, puis à marcher. Mais il y a plus encore. Le rhumatisme s’attaque aussi aux artères, au cœur et de ce fait, est la cause de ce que l’on connaît sous le nom d’ « angine de poitrine » ; à ce stade, il tue.

 

 

Mais enfin, Marco Valdo M.I. mon ami, la vraie question est de savoir si ce lieutenant ne tentait pas tout simplement de fuir le combat.

 

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, tout démontre le contraire. Et tous les éléments de cette démonstration sont dans la chanson elle-même. D’abord, le lieutenant est un officier « volontaire », c’est-à-dire quelqu’un qui n’était pas légalement tenu de faire la guerre, c’est un homme mûr, qui a déjà été militaire et qui s’est réengagé, probablement pour la durée de la guerre. Sur le plan moral, c'est un patriote actif. Considère également le fait qu'il n’avait aucune obligation de se trouver dans la tranchée.

 

Ensuite, il y a les symptômes, la description de son état ; il dit exactement ceci :

 

« La figure ascétique du lieutenant Rossetti,

Le pas traînant et avec l’air ébahi, il me dit :

« Je suis mal ! Je me tiens debout avec peine. »

 

C’est très clair : son visage est un visage d’ascète : mince, les traits creusés, blême et reflète une profonde douleur, il arrive à peine à marcher et il n’a pas son air habituel d’officier ; il déclare nettement ce qu’il ressent ; et il prend soin de raconter la précédente attaque du rhumatisme, deux ans auparavant… Cet homme est en pleine crise d’ « angor » (on l’appelle souvent « infarctus »), il comprend très bien ce qui lui arrive, il connaît le terrible danger qui le menace en l'absence de soins spécifiques et face à cela, il agit de manière tout à fait responsable : il remet le commandement au sergent ; ne pas le faire aurait été criminel vis-à-vis de ceux qu'il commandait.

 

Dès lors, on ne peut qu’approuver sa démarche. Qu’aurait-on fait d’un lieutenant quasi-mort et qu’aurait-il pu faire, ce lieutenant affaibli, pour assumer sa mission de commandement ? Par ailleurs, sentant se développer cette « crise cardiaque », il demande du secours, il sait qu’il est urgent de se faire soigner. Il était intelligent de l’envoyer à l’hôpital et il aurait été encore plus intelligent de ne pas l’incorporer et de ne pas l’envoyer au front.

 

 

Et comment l’affaire s’est-elle terminée ?, dit Lucien l’âne.

 

 

On n’en sait rien. La chanson ne le dit pas. Tu comprends maintenant pourquoi il fallait en passer par cette explication et défendre le lieutenant Rossetti des accusations infondées qui sont lancées contre lui. C’est juste une question de justice.

 

 

Maintenant, c’est fait. Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde fauteur de guerres, belliqueux, injuste et cacochyme.



Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 
 
 

Je passe d’un blessé à l’autre 
Les jambes tremblant de fatigue, 
Les jambes trempées de sang humain
Aux genoux, avec mes mains 
Qui connaissent la chair à vif, il me semble 
Impossible de secourir tous les soldats : 
Les garrots, les bandes, les attelles, 
Que j’ai avec moi n’y suffiront pas.

Et voilà que vient à ma rencontre 
La figure ascétique du lieutenant Rossetti, 
Le pas traînant et avec l’air ébahi, il me dit :

« Je suis mal ! Je me tiens debout avec peine.

J’ai laissé le commandement 
Du peloton au sergent ». 
Puis, il me raconte la longue histoire

Du rhumatisme articulaire
Qui le frappa, il y a deux ans

Et il conclut sérieusement :

« Ne faudrait-il pas prévenir ce mal, 
En m’expédiant à l’hôpital ? »

Je regardai alentour :
Le sang des soldats coulait à terre, 

La file des blessés s’étendait toujours 

Et cet officier volontaire 

Choisissait cet instant 

Pour abandonner son contingent
Pour aller faire soigner préventivement

Un éventuel rhumatisme.

 

LE RHUMATISME DU LIEUTENANT
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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 21:02

L'HISTOIRE NOUS ENSEIGNE...

 

Version française – L’HISTOIRE NOUS ENSEIGNE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – La storia ci insegna… – Manuel Miranda – 2013

 

 

 

L'histoire de deux partisans italiens.


 


Partisans au combat

 

 

 

 

Trente était à deux pas ; la frontière
Était libre, dehors il y avait la pluie,
Mais pour passer les fossés et les barrières,
On risquait sa vie.
Les Allemands sont en alerte 
Ils épient la liberté,
L'histoire nous a enseigné…

… 
Mario était un peu communiste,
Un camarade, un partisan,
Il résistait, souffrait, luttait
Pour la liberté vaillamment.
Et dans les pas, les montagnes tendaient
Des pièges féroces,
L'histoire nous enseigne…

 

… Et Giovanni attendait à Aoste des temps meilleurs,
Quand la guerre finira, si alors se calmaient les fureurs,
Et la neige couvrait les têtes, les précipices, les médailles à l'honneur.

 

Mais à ne pas faire le mal, l'histoire nous a aussi enseigné 
La cloche qui sonne au pays est porteuse d'espérance,
Et il plaît penser que tout est … oublié,
Quand dehors le monde de toute façon son avance.
Laisse, il ne faut pas te plaindre ultérieurement,
Qui fait des erreurs les paye, tôt ou tard s'en repent. 

L'officier au sommet à l'échelle
Réclame les papiers d'une voix ferme,
Mario regarde, le fixe, tire,
Au milieu de la poitrine.
Et puis, sur les toits de Trente, il s'en est allé
Vers des buts qu'on ignore,
Vers la liberté.


Mais Giovanni continue à combattre
Les Allemands et au loin, il revoit le pays qu'il aime,
Puis, dans son esprit vient Eboli, au milieu des coups de feu, personne ne l'écoute…

 


Mais l'histoire nous enseigne aussi à ne pas faire du mal,
La cloche qui sonne au pays est porteuse d'espérance,
Et il plaît penser que tout est … oublié,
Quand dehors le monde de toute façon son avance.
Laisse, il ne faut pas te plaindre ultérieurement,
Qui fait des erreurs les paye, tôt ou tard s'en repent. 

L'HISTOIRE NOUS ENSEIGNE...
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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 17:11

LETTRE DE MAUTHAUSEN

 

Version française – LETTRE DE MAUTHAUSEN – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Lettera da Mauthausen – Manuel Miranda – 2009

 

 

 

Suicide à Mauthausen (194 ?)
Et elle s’en va la vie

Sombre comme une harpie…

 

 

 

 

 

J’avais raconté, il y a déjà quelques temps, l’histoire de Joseph-Giuseppe Porcu qui finit la guerre au camp de concentration de Dachau en Bavière. Elle était intitulée Dachau-Express. On a croisé – en chansons – des prisonniers, morts ou vivants, de Theresienstadt, Auschwitz, Sachsenhausen, Orianenburg et sans doute, d’autres lieux du genre encore. La méticulosité administrative du régime nazi en distinguait toute une série de sortes : camp de travail, camp de prisonniers, camp de concentration, camp d’extermination, camp de la mort, camp de transit, j’arrête là, on n’entrera pas plus dans les subtilités du genre. Il suffit de savoir que l’horreur avait mille facettes. Cette fois, c’est d’un autre de ces monstrueux complexes qu’il s’agit : Mauthausen en Autriche. Il y a passa des centaines de milliers de prisonniers et des centaines de milliers y moururent. Pas tous cependant, il y eut des survivants. Le décompte exact est impossible ; les bourreaux avaient détruit les archives avant de s’enfuir. C’était un ordre venu d’en haut.

C’est de ce camp que provient la lettre qui est le sujet de la canzone. Je précise tout de suite qu’elle ne peut qu’être imaginaire, même si tout en elle est vraisemblable. C’est une reconstitution par un auteur-interprète contemporain, Manuel Miranda et publiée en 2009.

 

 

 

C’est donc la version française de la Lettre de Mauthausen de Miranda et que dit-elle cette canzone ?, demande Lucien l’âne en balançant la tête. Comme bien tu supposes, il s’agit d’une lettre écrite par un prisonnier du camp de Mauthausen à quelqu’un de l’extérieur. Mais c’est obligatoirement une fiction, car jamais une telle lettre n’aurait pu franchir la barrière de la censure. Et cela d’autant plus qu’elle parle d’une des vilenies les plus secrètement gardées de ces monstrueuses résidences.

 

 

 

De quoi parle-t-elle de si secret, de si étouffé, dès lors qu’elle parle déjà d’un camp de concentration ?, demande Lucien l’âne.

 

 

 

Ce qu’elle évoque de si terrible, c’est le presque, le quasi-indicible, c’est le destin des prisonniers eux-mêmes vu par l’un d’eux ; le destin de ceux qui finissaient là abandonnés au fin fond de l’horreur à se demander « pourquoi ? ». Elle rapporte aussi la révolte de celui-là qui les voit y pourrir sur place et qui est rongé par la colère et la volonté de fuir et de faire fuir les autres. Était-il un de ces prisonniers préposés au marquage des autres, comme on marque les veaux pour l’abattoir ? Était-ce un de ces prisonniers-médecins qui, sans aucun moyen, se devaient d’aider quand même (tel est le sens de leur serment d’Hippocrate) les malades, les blessés, les souffrances ? Je ne sais trop, mais ce qui est sûr, c’est que c’est une canzone qui se doit d’être entendue.

 

 

 

Eh bien, Marco Valdo M.I. mon ami, nous l’entendrons donc ; enfin, on lira attentivement ta version française. Puis, nous reprendrons notre tâche et nous tisserons le linceul de ce vieux monde cacochyme.

 

 

 

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 


Salut, comment ça va ? 
Bientôt, le soleil se lèvera…
que fais-tu là-bas ? 
Journal, maison, église, ou quoi… ? 
Ici, il fait froid, 
Ce n’est pas facile ici… 
Chaque jour, on risque sa vie 
Et elle s’en va la vie
Sombre comme une harpie…


Je suis là

Au service d’une brutale impiété, 
Je passe mon temps à
Immatriculer des gens que j’aurais aimé… 
Que je voudrais voir libres, pourtant,
J’aurais voulu qu’ils fuient
Loin de cette vilenie
Il n’y a plus dans ces camps,
Un gramme de liberté, 
Un gramme d’humanité…


Et je t’écris cette lettre 
De Mauthausen, elle t’arrive, 
Comme si c’était mon âme, 
Comme une voix angélique…

Tu ne sais pas comme 
Comme ici l’existence est rude, 
Comme la nuit est froide, 
Comme l’espérance est brève, 
Comme le vide vient vite. 
Esclave d’un régime 
Aux idées qui ne sont pas les miennes 
De folie, de barbaries, 
De fours, de gaz, de fusils et ainsi de suite.

Des hommes blessés dans leur cœur
Au plus profond de leur être intérieur, 
Des gens qui malheureusement, 
Resteront marqués ce moment,
Par un sort secret injustement.


Et je t’écris cette lettre de là. 
Qui sait l’effet qu’elle fera ?
Essaye un peu d’imaginer cela
Cette rage qui s’est insinuée en moi…

 

Des gens sans patrie 
Abandonnés dans un chalet, laissés là 
À pourrir inconnus, oubliés
À chercher des réponses infinies
Continuant à se demander : « pourquoi ? »

Moi, je ne resterai pas, non
Muet dans cette horreur, non, 
J’aurai le courage, sûrement
De m’enfuir et celui
De sauver ceux qui sont dedans 
Seulement par folie… 

LETTRE DE MAUTHAUSEN
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Marco Valdo M.I.
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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 15:57

TRANSPORT

 

Version française – TRANSPORT – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Transport – Manfred Greiffenhagen – 1944

Composépendant son séjour à Theresienstadt,

Texte de Manfred Greiffenhagen.

 

 

 

 

Theresienstadt-Auschwitz

 

 

 

Manfred Greiffenhagen (1896-1945)carbarettiste berlinois, juif allemand, comme la majorité des Juifs prisonniers à Theresienstadt (dont environ 145.000 sont morts : 35.000 sur place et 90.000 en divers camps d’extermination), fut transféré à Auschwitz par un des derniers « transport ». Il mourut – assassiné – au camp de Dachau en janvier 1945.

 

 

 


Après un dur affrontement avec les éléments
L’esprit humain a remporté une fière victoire.
En reliant les continents
On n’a pas seulement aboli les distances.
On a confronté les forces par la concurrence
On exporte et on voyage d’un pays à l’autre,
Et n’ont pas seulement fleuri les affaires, 
On se rapproche et on se congratule.
Transport, transport
De port à port,
Les véhicules, se déplacent sans arrêt,
Sans répit, de l’ouest à l’est,
Du sud au nord.
Transport.

 

Le monde brûle, flambent les flammes,
La Terre s’éclaire d’une lueur macabre,
Craquant, elle s’effondre dans la fumée et les braises,
La Terre dont l’homme a fait son monde.
À quoi donc peut servir à la paix,
Maintenant qu’on consacre la force à la destruction,
À la lutte de vitesse entre les hommes et les machines
La guerre engendre plus de transport encore.
Transport, transport
Sur de longues distances,
Les wagons roulent, tonnent et portent
Des armées par millions d’une mer à l’autre,
Performance record !
Transport.


Combien de fois, on a eu le mot à la bouche.
Combien on l’a évoqué avec inconscience,
Jusqu’à ce que pour tous, l’heure grave venue
Nous saisissions là son vrai sens .
On roule les couvertures, quelques baisers de départ,
Une poignée de main rapide, un dernier regard,
Un train prêt à partir attend dans le petit jour,
Et des rails vides attendent notre retour.
Connais-tu le mot, transport ? Transport ?
Connais-tu les wagons, écoute, une voix se plaint.
Tu comprends subitement, on siffle la fin,
Et ils sont loin.
Transport.

 

Mais nous reste, nous reste jusqu’à la mort,
Le goût de vivre chevillé au corps.
Tout est alors pour nous épisode,
Et alors, alors la guerre finira.
Nous ne cherchons ni victoire ni défaite,
Nous demandons seulement, quand chez nous, on rentrera ?
Nous les Juifs, nous voulons la paix quotidienne
Et un modeste bonheur nous suffira.
Transport, transport
Sonne alors immédiatement !
Frères et sœurs, on reverra
À nouveau réunis, riant et pleurant
Se tombent dans les bras.
Transport ! !

 

 

TRANSPORT
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Marco Valdo M.I.
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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 22:35

ZOMBIES DE TOUS LES PAYS, 

 

UNISSEZ-VOUS !

 

Version française – ZOMBIES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Zombie di tutto il mondo unitevi – Gianfranco Manfredi – 1977

Avec Ricky Gianco

 

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, je viens e faire une version française d’une canzone qui porte le titre étourdissant : « ZOMBIES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! », qui sans aucun doute va t’étonner ou t’enthousiasmer, je ne sais. Moi, à le lire, j’exultais autant que lorsque j’avais trouvé « Fanatiques de tous les pays, calmez-vous ! ». C’est une chanson étrange et plus étrange encore est l’histoire qu’elle raconte et la façon dont elle la raconte.

 

 

Il me semble, dit Lucien l’âne un peu pantois. Rien qu’à son titre, elle me paraît véritablement intrigante. C’est un titre qui entremêle deux mondes qui ordinairement ne se rencontrent pas : celui des zombies qui relève du fantastique et celui des prolétaires qui relève plus du politique.

 

 

Mais comme tu t’en apercevras, Lucien l’âne mon ami, il s’agit de zombies prolétaires, ce qui résout l’apparente contradiction.

 

 

Mais que peut bien être un zombie prolétaire ?, demande Lucien l’âne en tendant ses deux oreilles en points d’interrogation.

 

 

Je me suis aussi posé la question et je me suis fié à l’imagination des auteurs de la canzone pour percer cette énigme. Ce ne fut pas simple, car il m’a fallu passer au travers de la première barrière : celle de la langue. Pour cela, faisons un petit retour sur ma condition de « traducteur », qui n’est pas simple. Je tiens plus de Champollion se grattant le crâne devant les hiéroglyphes que du traducteur patenté, sorti tout droit d’études appropriées. Le traducteur « professionnel » traduit, car il connaît la langue qu’il traduit et donc, il a compris ce qu’il va traduire. Moi, je fais une version française pour comprendre ce qui est dit dans l’autre langue, dans la langue de l’auteur (ici, l’italien). Je ne comprends véritablement qu’après avoir « traduit ».

 

 

Ce sont là deux positions diamétralement opposées, dit Lucien l’âne en riant.

 

 

Je te laisse imaginer ma perplexité devant un texte aussi mystérieux.

 

 

Dès lors, Marco Valdo M.I., tu as parfaitement raison de parler de « version » ; cependant, je trouve, dit Lucien l’âne, que tu devrais préciser que c’est ta version.

 

 

Sûrement. C’est ma version et je ne conseillerais à aucun lecteur de s’y fier plus qu’elle ne le mérite. Pourtant, j’y tiens, car c’est une recréation du texte d’origine ; j’y tiens comme un artisan tient à l’objet qu’il a réalisé. Ma version est là ; on peut la lire, on peut la critiquer et pourquoi pas, la contredire.

 

 

Et c’est très bien ainsi, Marco Valdo M.I. mon ami. Maintenant, j’aimerais savoir ce que dit cette chanson bizarre.

 

 

Moi aussi ; c’était mon but. Il faut pour ça éclaircir la notion de « zombie ». De quoi s’agit ? Grosso modo, s’entend. En eux mots, les zombies sont des « morts vivants », d’allure translucide, personnages blêmes, qui ont un corps sans véritable substance ; mais ce sont aussi des « morts vivants » dans le sens populaire de personnes qui ont perdu toute énergie, dont la volonté est défaillante et qui de ce fait, sont aisément manipulées à des fins diverses, notamment politiques ; ce que sous-entend le titre « Zombies de tous les pays, unissez-vous ! », titre teinté d’ironie moqueuse lorsqu’il reprend le slogan rabâché « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » dont tant de bonnes âmes ont usé précisément pour manipuler les gens du peuple, les considérant ainsi comme des zombies. On a là une mise en abîme de la société. Mais je trouve que le mieux est de se rapporter au texte.

 

Ainsi soit-il ! , conclut Lucien l’âne avec le sérieux d’un officiant. C’est ce que je vais faire ; puis, nous reprendrons notre tâche et nous tisserons à nouveau le linceul de ce vieux monde zombifié, manipulé et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 


Au travers des murs,
Au travers des portes,
Passent les fantômes
Des personnes mortes ;
Passe le désir obscur
De zombies prolétaires
Qui seuls en silence
Font un rêve égalitaire.

Un rêve abandonné
De recomposition
Mais comment recomposer
Un baiser, une émotion ?
Un rêve de suicidé
Qui dit avoir tiré
Dans un cœur inventé ?

Au cœur de l’État
Un rêve chanta
La dernière idéologie.
Je veux sa tête,
La tête de Marie,
Marie qui n’existe pas.
C’est juste une ritournelle.
Marie n’est pas belle
Et son nom ne l’est pas.

 

À travers mon refus
À travers nos refus
On s’est réfugiés
Sur des mondes séparés
Pour nous communiquer
Le menu de demain
On peut seulement tenter
De faire signe avec les mains,

Faire les simagrées
D’une langue inventée
Qui n’émet pas de sons,
Qui émet seulement un souffle
Avec l’appréhension
Qu’un intellectuel comprenne
Le silence-même

Et veuille le faire connaître.
Il nous enlève l’envie encore
De ne rien comprendre
En revivant comme corps
Notre esprit-même.
Comprendre
Veut dire embrasser,
Veut dire mordre,
Veut dire étrangler.

On sait que la mort
N’est pas si lointaine
C’est nous qui aimons la mort
Ce n’est pas elle qui nous appelle,
Car nous sommes les fantômes
Du fantôme d’Europe
Qui a conservé
Peu de chair et de sang
Et on l’entend soupirer

Profondément
De sa voix de basse :

Zombies du monde entier,

Unissez-vous maintenant !
 

De tous les marigots,
De toutes les galères,
En abandonnant les familles,
En laissant les drapeaux
Qui veulent panser
Ces corps déchirés.
Nous, on ne les cache pas,
Ces corps cassés.
On y voit au travers et sans berlue,
On y voit loin
Par une transparence absolue
Que l’on touche de la main.

Une transparence qui révèle

Qu’au-delà de cette histoire
Il y en a une plus belle
Ni nostalgie, ni mémoire
Qui conservent nos portraits
De notre enfance
Jusqu’à notre première barbe
C’est l’histoire de nos secrets
L’histoire parallèle
De quand notre hiver d’antan
S’est mué en printemps.

 

 

 

 

 

 

 

ZOMBIES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !
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Marco Valdo M.I.
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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 21:11

GUERRE À LA GUERRE

 

Version française – GUERRE À LA GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson allemande – Krieg dem Kriege – Texte de Theobald Tiger, alias Kurt Tucholsky – 13-06-1919

 

 

 

Photographie de Ernst Friedrich

 

 

Le plus fameux poème contre la guerre de Kurt Tucholsky, qui volontairement (et pas par hasard, les deux se connaissaient et militèrent ensemble dans les rangs de l’anarchisme allemand), porte le même titre que la collection photographique de Ernst Friedrich contre les horreurs de la guerre.

 

 

« Guerre à la Guerre ! » est un titre des plus nets, des plus explicites qui soit, un cri que Theobald Tiger, alias Kurt Tucholsky lance en 1919. On l’a entendu depuis à de multiples occasions et il servira encore à l’édification des enfants et des jeunes de tous les pays.

 

 

Et ce serait une bonne chose, dit Lucien l’âne sentencieusement. Ç calmerait peut-être les ardeurs de certains ou mieux encore, les conduirait à penser le monde en des termes moins bellicistes.

 

 

Oui, un cri si généreux parle au cœur de l’humaine nation. Cependant, derrière ce presque-unanimisme pacifiste, il y a souvent une sorte de naïveté optimiste qu’il faut mettre en garde contre les retours de flammes. C’est le sens de la chanson de Theobald Tiger, alias Kurt Tucholsky ; elle est d’une lucidité décapante et en même temps, c’est un formidable appel à la volonté à la fois, individuelle (essentielle, celle-là) et collective de vraiment mettre fin à la guerre.

 

 

De quelle lucidité peut-il bien s’agir ? Comment peut-elle s’exprimer dans un contexte aussi nettement utopique ?

 

 

Reprenons : Theobald Tiger, alias Kurt Tucholsky, est évidemment d’accord pour promouvoir cette idée de Guerre à la Guerre et il le fait, mais l’autre versant de l’histoire ne lui échappe pas, celui de la réalité allemande de son temps, de 1919.

En quelques mots, l’Allemagne impériale vient de s’écrouler, la révolution qui l’a emportée s’est quasiment dissoute et va l’être plus encore, écrasée par ceux qui auraient dû être ses propres partisans et qui se proclamaient tels : les sociaux-démocrates.

Parallèlement à ça, les partisans de l’ancien régime, qui n’ont digéré ni l’effondrement de l’Empire, ni la révolution, ni la reddition militaire relèvent la tête et organisent un coup d’État permanent, un inextricable chaos afin de déstabiliser le nouvel État républicain. Pr parenthèse, ils finiront pas y passer aussi, mais plus tard. Et Theobald Tiger, alias Kurt Tucholsky, pressent – et c’est très perceptible dans la chanson – où tout cela va mener l’Allemagne. Les maîtres d’hier et jusqu’à leurs cadres subalternes sont restés en place ; ils sont partout dans le nouvel État républicain, qu’ils n’ont de cesse de détruire. C’est toute l’aventure de la République de Weimar. En somme, comme ce sera également le cas plus tard au sortir de la guerre suivante en Allemagne, mais aussi en Italie ou en France, il n’y a pas eu d’épuration, justement, car on voulait la paix et l’ordre (surtout l’ordre, d’ailleurs !), mais un ordre qui ferait barrage à tout renversement de l’ordre établi. Il y avait derrière tout ça, la grande crainte de voir finalement naître une république républicaine et antimonarchiste, qui prendrait à revers les maîtres d’hier, les héritiers de la Prusse de Bismarck et saperait les bases de leurs privilèges.

 

 

Ce Guerre à la guerre ! De Theobald Tiger, alias Kurt Tucholsky, est un chant assez désespéré, un appel à faire barrage à la démence militariste renaissante, mais au fond il sait déjà ce qu’il en sera. C’est un peu une « vox clamans in deserto », un chant de Cassandre et cette sinistre prédiction sous-jacente à son propos va effectivement se réaliser et pire encore que ce qu’il craignait. Kurt Tucholsky, alias Theobald Tiger, finira une quinzaine d’années plus tard par se suicider d’épuisement et de désespoir.

 

 

Moi, dit Lucien l’âne pensif, pour conclure, je resituerais cette chanson et les perspectives qu’elle évoque dans le cadre de la Guerre de Cent Mille Ans  que les riches et les puissants font contre les pauvres afin de conserver leur pouvoir et leurs richesses, d’assurer et d’étendre leur domination, d’accroître leurs privilèges, de renforcer l’exploitation et de multiplier leurs profits. Ainsi conçue, la Guerre à la guerre a un but très clair et ne pourra aboutir que du jour où les humains auront définitivement et volontairement abandonné leur penchant à l’avidité, leur goût de l’arrogance et leur attrait pour l’ambition. Évidemment, c’est là un programme apparemment des plus irréalistes, mais c’est le seul possible. Alors pour y contribuer dès maintenant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde belliqueux, ambitieux, avide, envieux, fat et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Dans les tranchées, vous avez été quatre ans

Du temps, tant de temps !

Vous avez eu des poux, froid et faim

Et chez vous, une femme et deux enfants,

Loin ! Loin !

Et personne pour vous dire la vérité,

Personne pour oser la rébellion,

Mois après mois, année après année.

Et quand on était en permission

On voyait à l’arrière ces grosses panses

Se rouler dans la goinfrerie et la danse

Et suer le marché noir et la cupidité.

Et la horde des écrivassiers panallemands gueuler :

« Guerre ! Guerre !

Grande Victoire !

Victoire en Albanie et victoire en Flandres »

 

Et meurent les autres, les autres, les autres !

Devant, les camarades s’effondrent

Pour presque tous, c’était le sort

Blessure, souffrance de bête, mort.

Une petite tache, rouge sale

Et on t’emporte et on t’enterre

Mais qui donc sera le prochain ?

Et le cri des millions monte aux étoiles.

Les hommes apprendront-ils enfin ?

Y a-t-il une chose qui vaille la peine ?

Qui est là qui là en haut trône

Du haut en bas constellé d’Ordres

Et qui toujours commande : Tuez ! Tuez !

Sang et os broyés et pourriture...

Et alors, d’un coup, on dit que le bateau a coulé

Le capitaine a fait ses bagages

Et subitement est parti à la nage

Et les troufions restent là indécis

Pour qui tout cela ? Pour la patrie ?

 

Frère ! Serre le rang ! Serre !

Frère ! Cela ne doit plus jamais se produire !

On nous donne la paix du néant

Est-ce le même destin qui attend

Nos fils et nos petits-enfants ?

Répandra-t-on à nouveau le sang

Dans les fossés et sur le vert des champs ?

Frère ! Souffle quelque chose aux gars,

Cela ne doit, cela ne peut continuer comme ça.

Nous avons tous, tous vu

Dans quoi une telle folie nous a foutu.

 

Le feu brûle qu’on a attisé

Qu’on l’éteigne ! Les Impérialistes

Qui nichent entre eux là de l’autre côté

Nous offrent à nouveau des Nationalistes !

Et une nouvelle fois après vingt ans

Ramènent leurs nouveaux canons maintenant.

Ce n’était pas la paix des braves,

C’était de la démence

Sur le vieux volcan, la vieille danse.

Il ne faut pas tuer ! A dit un sage.

Et l’humanité entend, et l’humanité se lamente.

Y aura-t-il jamais autre chose ?

Guerre à la guerre !

Et paix sur toute la Terre !

GUERRE À LA GUERRE
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Marco Valdo M.I.
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