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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 20:21


À LA LUNE ALLEMANDE

 

Version française – À LA LUNE ALLEMANDE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – An den deutschen Mond – Kurt Tucholsky – 1920


Texte de Kurt Tucholsky – sous le pseudonyme de Theobald Tiger – le 18 avril 1920 dans le « Berliner Volkszeitung ».

Musique de Hanns Eisler

Interprète : Ernst Busch in « Ernst Busch Singt Tucholsky Und Brecht – Deutsches Miserere »

 

 

 

1920
Par-dessus la Porte de Brandebourg, 

La lune observe l’Allemagne de Weimar

 

La lune observe d’en haut, presque ennuyée, l’Allemagne de Weimar, avec les gens qui se promènent et la fille indifférente, lchange illégal au coin des rues, les bureaucrates de Gustav Noske (le dirigeant social-démocrate responsable de la féroce répression de la Révolution spartakiste) qui se pressent dans les bureaux du Gouvernement, les militaires dans les casernes qui attendent du général Ludendorff le signal pour prendre le pouvoir… Tout ceci la lune le connaît bien… Mais voilà que surgit un type – Tucholsky lui-même, je crois – lequel, malgré les insultes, les menaces et les siffletsfrappe un poing sur la table et hurle : « L’armée doit être démantelée, seulement ainsi vous serez finalement en sécurité ! »… Non, cette scène la lune ne sy attendait vraiment pas, si elle l’attendait…

 

Brave lune, tu vas si calme
Parmi les nuages du soir !
Regarde le long Äppelzille
Et les prêtresses de Vénus.
Regarde les passants, les traînards
Et arnaquer les changeurs malhonnêtes.

À tout cela, tu es déjà habituée,
Brave lune, brave lune – !


Glisse lentement au-dessus des toits,
Regarde dans les fenêtres et les bureaux,
Où les dossiers sur les étagères
Murmurent : « Nous sommes débarrassés de Noske ! »
Regarde par les fenêtres des casernes,
Où ils enlèvent le jaune-noir-rouge…
À tout cela, tu es déjà habituée,
Brave lune, brave lune – !


Roule vers le firmament
Au-dessus de notre grande ville,
Regarde la grosse et consistante pension
Que Ludendorff a encore.
Regarde aussi bientôt, avant qu’il ne soit trop tard,
Quelques traîtres libres…
À tout cela, tu es déjà habituée,
Brave lune, brave lune – !

Mais quelqu’un surgit tout à coup
Qui malgré le tapage et les sifflets
Frappe – comme personne avant lui –
Avec le poing sur notre table –
Qui dit : « Les militaires doivent s’en aller ! »
Eh bien, alors tu pourras être en sécurité !
Mais à cela tu n’es pas habituée,
Brave lune, brave lune – !

 

 
 À LA LUNE ALLEMANDE
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Published by Marco Valdo M.I.
25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 20:55

Brave Margot

Paroles et Musique: Georges Brassens   1952

 

 

 

Patachou, première interprète "Brave Margot" de Georges Brassens. Séquence extraite du film de Jean Boyer, "Femmes de Paris". (1953) : https://www.youtube.com/watch?v=aciD81iRRlU

Version clandestine de Georges Brassens (lui-même) : 1954 http://www.dailymotion.com/video/x9yudh_georges-brassens-brave-margot_music

Version jazz : Sidney Bechet : https://www.youtube.com/watch?v=jc6xmQRcTXA

Une italienne : Nanni Svampa « La Contadinella » : https://www.youtube.com/watch?v=jem_m1EAvtI

 

 

 

Elle entrouvre sa collerette

Et le couche contre son sein ;

C’était tout ce qu’elle avait pauvrette

Comme coussin.

 

Vierge allaitant l'enfant, 1515

Lucas Müller CRANACH

 

 

 


 

Mon ami Lucien l’âne, il te souviendra que l’autre jour, j’ai inséré ici-même une chanson de ma composition consacrée à Carlo Levi, confiné politique à Aliano en Lucanie et intitulée : Au-delà d’Eboli.

À cette occasion, je t’avais indiqué qu’il s’agissait d’une parodie d’une chanson de Georges Brassens, de Tonton Georges, chanson connue de tous les enfants de France et de Navarre (ou presque) et sans doute bien au-delà, vu qu’il doit bien en exister des versions italienne(s), espagnole(s) et même dans d’autres langues.

 

 

Je me souviens parfaitement de la circonstance et je peux même donner le titre de la chanson qui est « Brave Margot ». Une très jolie chanson… Qui soit dit en passant a dû résonner souvent aux oreilles de la chanteuse italienne homonyme, in arte "Margot", Margherita Galante Garrone, fille de Carlo Galante Garrone, proche de Carlo Levi depuis les débuts de la lutte antifasciste.

 

 

En effet, j’imagine que les amis des Cantacronache ont dû lui faire entendre bien des fois cette canzone ; c’étaient des gens plein d’humour ; il suffit de voir l’hymne national qu’ils ont concocté pour les « fratelli d’Italia » … Enfin, je n’y étais pas. Cependant, c’est une très jolie canzone et c’est aussi bien autre chose. C’est une chanson qui, l’air de rien, dénonce la violence faite aux femmes. On va lui tuer son chat à cette jeune bergère parce que les mégères ne supportent pas qu’elle recueille le petit animal contre son sein et que leurs hommes la regarde allaiter. A-t-on idée de pareille barbarie ? On comprend tout de suite que le chat n’est qu’un symbole et qu’en réalité, si on les laissait faire, elles la lapideraient cette jolie fille. J’ai même connaissance de gens qui veulent interdire aux mères d’allaiter en public.

 

 

Si ça les dérange, rien ne les empêche de regarder ailleurs ou de fermer les yeux. La pudibonderie est un prétexte pour écraser la beauté qui dérange, pour imposer les interdits religieux ou les obligations religieuses, interdire ou obliger : c’est du pareil au même. Il s’agit de voiler la beauté… Elle pourrait rendre les gens heureux. De André l’avait bien compris qui avait écrit Bouche de Rose (Bocca di Rosa), sorte de variation sur le thème de Margot. C’est aussi une chanson qui dénonce la violence assassine contre les animaux. C’est une chanson qui dénonce le lynchage, le comportement de meute, l’institution de la victime expiatoire, l’enfermement des femmes… Bref, une chanson libertaire, anti-autoritaire et antireligieuse.

 

 

Tu as raison, Marco Valdo M.I. mon ami, ces femmes sont folles et méchantes et nous n’avions pas pour rien inséré ici « La Déclaration Universelle des droits de l’âne », dont la première interprétation chantée est la version polonaise de et par Krzysiek Wrona. Qu’il en soit ici remercié et couvert de fleurs de la tête aux pieds. D’ailleurs, Georges Brassens n’en pensait pas moins que ces femmes fussent méchantes de s’en prendre à un chat, lui qui disait dans une autre chanson :

«  Mais que jamais — mort de mon âme,
Jamais, il ne fouette mes chats.

S´il fouette mes chats, il y a un fantôme
Qui viendra le persécuter. »

Et il avait raison, ces femmes mériteraient que le fantôme du lac ou le fantôme de l’oncle Gaétan les poursuive toutes les nuits de leur triste vie.

 

 

A-t-on idée de s’en prendre à un chat pour une raison aussi futile et stupide que la jalousie ? Le mieux qu’elles auraient eu à faire eût été de réagir comme Mimie, l’amie de mon ami Fernand…

 

 

Et qu’est-ce qu’elle a fait Mimie, l’amie de ton ami Fernand ?, demande Lucien l’âne passablement éberlué.

 

 

Eh bien, figure-toi que Mimie laissait Fernand zyeuter tout ce qu’il pouvait (et il pouvait beaucoup) et même des bien plus jeunes qu’elle ; tant qu’il voulait qu’il pouvait zyeuter le Fernand et la Mimie le regardait zyeuter en disant : « Tout ça, c’est de l’avance à l’allumage », comprenez : « Ça stimule Fernand et c’est moi qui en profite, finalement. »

 

 

Une femme sage, cette Mimie, l’amie de ton ami Fernand. J’espère que Fernand l’était autant. Enfin, écoutons cette chanson et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde voyeur, stupide, brutal, lapideur et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

 

Margoton la jeune bergère
Trouvant dans l’herbe un petit chat,
Qui venait de perdre sa mère,
L’adopta.
Elle entrouvre sa collerette
Et le couche contre son sein ;
C’était tout ce qu’elle avait pauvrette
Comme coussin.
Le chat la prenant pour sa mère
Se mit à téter tout de go ;
Émue, Margot le laissa faire,
Brave Margot.
Un croquant passant à la ronde
Trouvant le tableau peu commun,
S’en alla le dire à tout le monde
Et le lendemain.

Quand Margot dégrafait son corsage
Pour donner la gougoutte à son chat,
Tous les gars, tous les gars du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la la la
Et Margot, qui était simple et très sage,
Présumait que c’était pour voir son chat
Que tous les gars, tous les gars du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la la la

Le maître d’école et ses potaches,
Le maire, le bedeau, le bougnat
Négligeaient carrément leur tâche
Pour voir ça.
Le facteur d’ordinaire si preste
Pour voir ça, ne distribuait plus
Les lettres que personne au reste
N’aurait lues.
Pour voir ça, Dieu leur pardonne,
Les enfants de chœur au milieu
Du Saint Sacrifice abandonnent
Le saint lieu.
Les gendarmes, même les gendarmes,
Qui sont par nature si ballots
Se laissaient toucher par les charmes
Du joli tableau.

 

Quand Margot dégrafait son corsage
Pour donner la gougoutte à son chat,
Tous les gars, tous les gars du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la la la
Et Margot, qui était simple et très sage,
Présumait que c’était pour voir son chat
Que tous les gars, tous les gars du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la la la

 

Mais les autres femmes de la commune,
Privées de leurs époux, de leurs galants,
Accumulèrent la rancune
Patiemment.
Puis un jour, ivres de colère,
Elles s’armèrent de bâtons
Et farouches, elles immolèrent
Le chaton.
La bergère après bien des larmes
Pour se consoler prit un mari
Et ne dévoila plus ses charmes
Que pour lui.
Le temps passa sur les mémoires,
On oublia l’événement.
Seuls des vieux racontent encore
À leurs petits enfants.

Quand Margot dégrafait son corsage
Pour donner la gougoutte à son chat,
Tous les gars, tous les gars du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la la la
Et Margot, qui était simple et très sage,
Présumait que c’était pour voir son chat
Que tous les gars, tous les gars du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la la la

 

 

 

 

Brave Margot
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Published by Marco Valdo M.I.
24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 21:19

Au-delà d’Eboli

 

 

Chanson française – Au-delà d’Eboli – Marco Valdo M.I. – 2015

 

 

 

« Tout simplement ceci, Lucien l’âne mon ami, que dès que les paysans, les contadini, les braccianti et les somari surent que Carlo Levi était médecin, ils vinrent requérir son aide pour sauver un des leurs qui était mourant, pour soigner leurs femmes et leurs enfants... Dottore, dottore... Et Levi, bien malgré lui, se mit à soigner, se mit à faire le docteur. Mais les autres docteurs de la commune privés de leurs malades, de leurs patients, accumulèrent la rancune rapidement, puis un jour, ivres de colère, ils s’armèrent de leurs relations et par le préfet fasciste firent interdire à Carlo Levi d’encore soigner la population. Faut dire, faut dire qu’il soignait gratuitement... Et voilà, le voilà le lien avec la chanson de De André. Soigner gratuitement ses « frères humains... ». La médecine tarifée n’aime pas ça et la société établie non plus, d’ailleurs. »

 

texte tiré du commentaire à Un Médecin chanson de Fabrizio De André.

 

 

 

 

 

Autoportrait 1935

 

Carlo Levi au temps de la chanson

 

 

 

 

 

Au-delà d’Eboli, que peut-on bien trouver au-delà d’Eboli? Et puis pourquoi irait-on au-delà d’Eboli ? D’aucuns affirment qu’il n’y a rien que des hommes et des collines argileuses. Mais quand même, qui peut bien avoir ’idée d’une chanson sur l’Au-delà d’Eboli ? Pour quelle raison ?, dit Lucien l’âne d’un ton un peu inquiet et comme troublé.

 

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, quoique je sache fort bien que tu connais la réponse à tes questions, car sur ce sujet et bien d’autres, tu en sais autant que moi, je vais te répondre. En premier lieu, il s’avère nécessaire de rappeler le titre du roman qu’écrivit Carlo Levi à propos de son séjour en confinement vers 1935 en Lucanie où il avait été envoyé par le régime fasciste qui sanctionnait ainsi ses opposants politiques. C’était une mesure d’éloignement et comme l’Italie est longue, on les envoyait à l’autre bout – et donc au Sud dans le cas de Carlo Levi.

 

 

En effet, Aliano, c’est le lieu où il fut confiné, vu de Turin, c’est fort loin. Surtout à l’époque où les trains étaient des tortillards, connaissaient des retards considérables et n’allaient pas au-delà d’Eboli non plus.

 

 

où il relatait son séjour à Aliano parmi les paysans pauvres de Lucanie. Ces paysans qui lui ont transmis cette réflexion sur eux-mêmes, qui depuis est devenue notre sentence : « Noï, non siamo cristiani, siamo somari » - Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme, c’est-à-dire des ânes.

 

 

Oui, je me souviens très bien de ce roman, fondateur d’une anthropologie du Sud, de notre sentence (qui me réjouit tant), mais aussi du séjour de Carlo Levi à Aliano, car en ce temps-là, j’y étais aussi comme un âne de passage. J’y suis resté un petit temps et j’ai même porté des paysans malades chez le Docteur Levi.

 

 

Tu n’ignores sans doute pas que le titre du roman signifie non pas que le « Christ » s’est rendu à Eboli et y a logé…

 

 

Ça se saurait, dit Lucien l’âne en riant ; ils en feraient toute une histoire, des pèlerinages, des commémorations, des cartes postales.

 

 

Mais cela signifie ceci que la pénétration culturelle et sociétale de l’Église catholique et de l’État, qui la suit comme son ombre, s’est arrêtée à Eboli. Dans les zones de collines argileuses, blanches, quasiment arides, impraticables, presque désertiques, extrêmement pauvres, la civilisation chrétienne et étatique n’a pas cru bon de pénétrer, en raison des résistances paysannes, et en conséquence, les « terroni » (en français : culs terreux) n’ont pas été évangélisés autrement que superficiellement, n’ont pas été vraiment christianisés et ont gardé entière leur civilisation antérieure à l’arrivée des colonisateurs chrétiens. C’est la civilisation incarnée par la sorcière (la femme forte, consolatrice, conseillère, détentrice des secrets de la guérison, des connaissances relatives à la médecine, aux plantes…) à laquelle on a tenté de substituer (depuis des siècles) la Vierge Marie.

 

 

Sans d’ailleurs vraiment y parvenir ; je dirais même que c’est l’inverse qui se produit quand dans le culte marial, c’est la sorcière et ses précieuses qualités que l’on chérit. Voilà pour le titre, mais la chanson, Marco Valdo M.I. mon ami, que raconte-t-elle ?

 

 

En fait, elle reprend la trame fondamentale du roman qui est la présence de Carlo Levi, ce citadin du Nord, médecin de formation et peintre de dilection, au cœur de la société des somari. À Aliano, il va être logé chez celle qui est connue comme la « sorcière » de cette communauté paysanne pauvre et Levi va ainsi être amené à user de son art de médecin.

 

 

On dirait une histoire tout droit venue du Chiapas de Traven, dit Lucien l’âne avec un rayon malicieux dans le regard.

 

 

Ce n’est pas faux, le monde des paysans pauvres est le même dans le monde entier. Donc, Carlo Levi qui en confinement n’a pas grand-chose à faire, hors sa peinture , va aider ces gens, il va les conseiller sur le plan sanitaire, il va les soigner gracieusement et même en guérir certains. Mais il ne peut rien contre la malaria, la tuberculose, la faim et la pauvreté qui les engendre. Cependant, le peu qu’il pourra faire dépassera de loin (trop loin?) ce que les médecins faisaient traditionnellement pour les braccianti (en français : on pourrait dire « bras nus », comme disait Jules Michelet et à sa suite, Daniel Guérin, parlant des pauvres de la Révolution Française, morte en 1795). Bref, ce « soigneur des pauvres » est un gêneur et les médecins installés vont agir pour récupérer leur clientèle… Mais la chanson explique bien tout ça. Puis, un jour, à la proclamation de l’Impero fasciste, les prisonniers politiques du régime sont libérés et Carlo Levi s’en retourne dans le Nord. Cependant…

 

Cependant quoi ? Il y a autre chose à ajouter à propos de cette canzone ?

 

 

Oui, car elle a été construite à partir du petit texte cité en introduction et de la chanson de Georges Brassens qui s’intitule Brave Margot et que tous les enfants connaissent si bien. Chansons qu’il faudra mettre dans les Chansons contre la Guerre. Comme tu l’imagines, il s’agit d’une parodie ; on aurait d’ailleurs pu lui donner pour titre : « Brave Carlo ».

 

 

J’aime quand tu fais des parodies, tu ne les réussis pas si mal et puis, c’est souvent l’occasion de retrouver la chanson parodiée. Mais si tu veux bien, on parlera de Margot une autre fois ; en attendant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde si hostiles aux sorcières, si méprisant des somari, si dénué de générosité et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Le docteur Levi, avant la guerre,

Confiné là-bas en Lucanie,

Tout au fin fond de l’Italie,

Vivait dans la maison de la sorcière,

Une simple maisonnette

Située au bord du ravin.

Il pensait sa profession secrète

Lui qui arrivait de Turin.

Mais les ânes, les somari, les paysans

On ne sait vraiment trop comment

Avaient immédiatement su

Qu’il était docteur et sont venus

Requérir son aide pour soigner

Un des leurs agonisant.

Le docteur Levi désespéré

Put à peine soulager le mourant.



Quand Carlo vivait près des nuages
Au-delà d’Eboli tout là-bas
Tous les gens, tous les gens du village
Venaient là, la la la la la la
Venaient là, la la la la la la la
Et Carlo, qui avait compris le message,
Savait qu’ils attendaient tous qu’il soigna
Gracieusement tous les gens du village
Qui venaient là, la la la la la la
Qui venaient là, la la la la la la la

Le maître d’école et ses élèves,
Les mères, les veuves, le podestat,
À la moindre montée de fièvre,

Sans attendre, couraient jusque là.

Le facteur en portant ses lettres

Chez le docteur, restait un peu plus

Que pour le service de la poste

Il aurait dû.

Et même, Dieu leur pardonne

Le curé et les enfants de chœur

Vont sans qu’on les sonne

Chez la sorcière, voir le docteur.

Les carabiniers, même les carabiniers

Viennent sans se cacher

Se faire ausculter

Et prendre les conseils de l’exilé.

 

Quand Carlo vivait près des nuages
Au-delà d’Eboli tout là-bas
Tous les gens, tous les gens du village
Venaient là, la la la la la la
Venaient là, la la la la la la la
Et Carlo, qui était intelligent et sage,
Savait qu’ils attendaient tous qu’il soigna
Gracieusement tous les gens du village
Qui venaient là, la la la la la la
Qui venaient là, la la la la la la la

 

Les autres médecins, les chers confrères,

Privés de leurs malades, de leurs patients

Accumulèrent

La rancune patiemment

Puis un jour, furieux, en colère,

Ils firent jouer leurs relations

Et par le préfet lui interdire

D’exercer sa profession.

Relégué là, sans armes.

Gardant son calme, Levi

Distribuait remèdes et charmes

Par la sorcière et ses amis.

La création de l’Empire arriva

On le libéra du confinement.

Et longtemps après, Levi raconta

Cette histoire dans un roman.

 

 

Quand Carlo vivait près des nuages
Au-delà d’Eboli tout là-bas
Tous les gens, tous les gens du village
Venaient là, la la la la la la
Venaient là, la la la la la la la
Et Carlo, qui était intelligent et sage,
Savait qu’ils attendaient tous qu’il soigna
Gracieusement tous les gens du village
Qui venaient là, la la la la la la
Qui venaient là, la la la la la la la

Au-delà d’Eboli
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Published by Marco Valdo M.I.
23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 18:55

La Queue du Chat

 

Chanson française – La Queue du Chat – Les Frères Jacques – 1956

Paroles et musique : Robert Marcy – 1948

 

 

Les agités du vocal à la Nuit des musées à Agde (14/05/2010) : https://www.youtube.com/watch?gl=BE&v=XEi1bsc95CY

 

 

 

 

 

 

Première du journal Le Temps, Genève, 15/11/23

 

 

 

 

Bruxelles qui est, entre autres choses, la ville qui nous a vu naître, était ces jours-ci, disent les autorités et les médias, en état de siège et quasiment paralysée par l’effroi qui venait de s’abattre sur elle. Enfin, le temps de saison s’installait avec les pluies et les froids prémonitoires des gels et des neiges de l’hiver prochain. Il était temps pour assurer le refroidissement des brassins de lambic. Une peur impalpable imprégnait jusqu’aux brouillards grisouillards ; il régnait une espèce de terreur indéfinissable, qui troublait l’ordre des choses. Il fallait que quelqu’un réagisse… Les chats, qui sont des animaux terriblement pacifiques et casaniers, d’intenses dormeurs qui n’aiment pas le bruit et qui détestent la bêtise, les chats, dis-je, sont entrés en résistance contre ces tracasseries et ont déclenché une salve nourrie de photos d’humour.

 

 

Ah, l’humour, toujours, l’humour !, dit Lucien l’âne en tremblant sur ses quatre pieds d’âne aux sabots plus noirs que l’ennui. Et, Marco Valdo M.I. mon ami, je peux te dire que ce n’est qu’un début et que peu de choses résistent longtemps à l’acide comique.

 

 

Tu comprendras dès lors qu’il était plus que temps de rendre un discret hommage à ces aimables et subtils félidés qui se sont toujours moqué des Dieux, qui sont des inventions des hommes et des prophètes, qui en sont les inventeurs.

 

 

C’est une excellente raison pour aimer les chats, dit Lucien l’âne admiratif, car ces gens-là m’ont toujours cassé les oreilles et elles sont grandes. Mais, dis-moi, Marco Valdo M.I., j’ai bien entrevu que la chanson parle des chats ou d’un chat, mais peux-tu m’en dire plus ?

 

Une voix dit : « Miaou, me voilà ! »
Je suis Jésus...

 

 

 

Évidemment. Comme tu pourras le constater, le héros principal de la chanson, le protagoniste est un chat ; n’importe quel chat, comme Jésus qui ronronne ici à côté de moi. L’autre, l’anti-héros, c’est une sorte de Prophète, de devin, un « médium », seul détenteur (la chose va de soi) de la Vérité, lequel pratique avec le plus austère sérieux son religieux office au cours duquel il invoque l’Esprit et l’invite à paraître aux yeux des croyants rassemblés. Comme tu le verras en dépit de l’incroyable crédulité des sectateurs du médium, officiant de cette curieuse messe, le Saint Esprit n’apparaît pas à ses appels rituels et à chaque essai manqué, il rejette la faute sur le chat qui passe à ce moment à proximité et parmi les fidèles. Finalement, le médium, sûr de sa précieuse connaissance du monde de l’Esprit, chasse le chat. Et, « savez-vous ce qui arriva ? », comme dit Voltaire à propos de Fréron, ce fut le chat l’emporta car…

 

 

Car… quoi ?, demande Lucien l’âne très haletant.

 

 

Car, je te cite la fin de la chanson : « Car l’Esprit s’était caché là
Dans la queue du… dans la queue du… dans la queue du chat. »

 

 

Que voilà une belle histoire et je suis très content que tu aies eu l’idée de rendre cet hommage aux chattes, aux chats et aux chatons. Voyons dont toute la chanson et la splendide interprétation des Frères Jacques, puis reprenons, en riant encore, notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde hanté par les Esprits, perclus de Prophètes, ennuyé par les Dieux et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Et en vérité, dit Jésus :
"l’Esprit s’était caché là

Dans la queue du... dans la queue du... dans la queue du chat."

 

 

 

 

Le médium était concentré.

L’assistance était convulsée.
La table, soudain, a remué
Et l’Esprit frappeur a frappé.

Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Qui vous électrise,
Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Qui a fait ce bruit-là.
Non, l’Esprit n’est pas encore là,
Unissons nos fluides
Et recommençons nos ébats
Que le chat gâcha.

Puis un souffle étrange a passé,
Une ombre au mur s’est profilée,
L’assistance s’est mise à trembler
Mais le médium a déclaré ...

Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Qui vous électrise,
Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Qui a fait ce bruit-là.
Non, l’Esprit n’est pas encore là,
Unissons nos fluides
Et recommençons nos ébats
Que le chat gâcha.


Alors en rond, on se remit
Et puis, on attendit l’Esprit,
Quand une dame poussa un cri
En disant : "Je le sens, c’est lui !"

Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Qui vous électrise,
Ce n’est que le petit bout de la queue du chat
Que pensiez-vous là.
Non, l’Esprit n’aurait pas fait ça,
Vous n’avez pas de fluide.
Le médium alors se fâcha
Et chassa le chat.

Une voix dit : « Miaou, me voilà ! »
Quelle drôle de surprise
Car l’Esprit s’était caché là
Dans la queue du... dans la queue du... dans la queue du chat.

 

 

 

La Queue du Chat
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Published by Marco Valdo M.I.
22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 18:54

Fais ta prière, Tom Dooley

 

 

Chanson française, tirée de la chanson étazunienne : Tom Dooley – 

 

 

Fais ta prière, Tom Dooley – Philippe Clay – 1958.



Interprétations diverses :

 

Les Compagnons de la chanson : https://www.youtube.com/watch?v=oRxUZbudNSg

Philippe Clay : https://www.youtube.com/watch?v=7o4Io47KIbs voir : 00:53:31 « Fais ta prière Tom Dooley » - Philippe Clay

 

 

 

Tom Dula, alias Tom Dooley

Ainsi cette condamnation reposait sur des cancans… 

Sans doute, fallait-il un coupable masculin… 

 

 

Fais ta prière, Tom Dooley… Singulier parcours d’une chanson qui raconte une histoire qui s’est passée il y a un siècle et demi en Caroline du Nord. Une chanson qui vit le jour là-bas, sans doute née des ruminations d’un poète local, peu de temps après que Tom Dula, qu’il nomma phonétiquement Tom Dooley (prononciation tout aussi locale), fut pendu. Une chanson qui relate une énorme erreur judiciaire…

 

 

Mais dis-moi Marco Valdo M.I. mon ami, en quoi ce parcours serait si singulier ?

 

 

Mais, Lucien l’âne mon ami, il l’est à plus d’un titre. En premier lieu, parce que j’ai voulu insérer la version française avant même de retrouver la version originale : Tom Dooley de Alan Lomax et Frank Warner, popularisée par le Kingston Trio vers 1958… Mais je trouvais singulier de commenter en français la version anglo-américaine. Dès lors, j’ai commencé à travailler cette version française et cela m’a amené à insérer la version des Kingston, comme tu l’as vu.  

 

 

Soit, mais dis-moi… Que raconte-t-elle cette chanson ?

 

 

En fait, elle raconte une double mort : celle d’une jeune fille, Laura Foster, assassinée et celle de Tom Dula, alias Tom Dooley, son fiancé, qu’on a pendu. Leur histoire est simple. Tom Dula, un jeune homme très prisé des jeunes femmes du village et qui avait eu des « affaires » avec certaines, était amoureux de Laura et juste avant de partir à la guerre dans les rangs des Sudistes (Confédérés), lui avait promis le mariage. Au retour dans l’Happy Valley (Vallée heureuse), comté de Wilkes, Caroline du Nord, il retrouve la jeune Laura (18 ans) et ils décident de quitter en douce le pays pour aller se marier ailleurs. Un grand matin, ils s’échappent chacun de son côté pour se retrouver à l’écart du village, emportant juste un petit bagage. Tom l’attend en vain et n’ose revenir au village. Soit elle n’a pas voulu le suivre, soit elle a un empêchement… On retrouvera, des semaines plus tard, Laura dans un ravin… Nettement assassinée ; elle a un trou dans le dos, fait par un grand couteau.

 

 

Assassinée ? Par qui ?

 

 

Là commence l’aventure de Tom Dula. Au début, il n’est pas là pour se défendre. On finit par l’arrêter et il nie avec obstination, jusqu’au bout, d’être l’assassin. Face à la potence, il dira encore : « Vous voyez cette main. Elle n’a pas touché un cheveu de cette femme ».

 

 

D’accord, il nie. Mais la plupart des assassins nient aussi, au début. Qu’est-ce qui prouve qu’il était innocent ?

 

 

D’accord, mais je te renvoie la question : qu’est-ce qui prouve qu’il est coupable ? Car vois-tu, normalement, les choses vont dans ce sens-là. Il faut prouver la culpabilité. Et cela n’a pas été fait. Les seuls éléments contre lui sont les déclarations des deux cousines de la morte, dont – tiens-toi bien, l’une – Anne – était amoureuse de Tom, mariée à un fermier plus âgé et folle de jalousie en ce qui concerne Tom et sa sœur Pauline, qui avait aussi « connu » Tom, et qui avait des comptes à régler avec sa sœur. Curieusement, lors de l’enquête, les deux sœurs connaissaient (elles étaient les seules) l’endroit où se trouvait le cadavre de leur cousine Laura.

 

 

Ainsi cette condamnation reposait sur des cancans…

 

 

Sans doute, fallait-il un coupable masculin… Cela dit, Tom a refusé d’avouer un crime qu’il n’a pas commis et on ne disposait d’aucune preuve contre lui. En plus, une sorte de référendum populaire, opéré dans la région à cette époque, avait acquitté Tom Dula de toute charge. Alors, sous la pression de certains journaux de New-York, on alla jusqu’à recommencer le procès dans un autre comté… Il fut alors condamné à la pendaison.

 

 

Dès lors, si on avait respecté le jury populaire… Dès lors, si – comme il est de règle civilisée – le doute doit profiter à l’accusé… Ce serait bien une erreur judiciaire impardonnable.

 

 

En effet, c'est une erreur judiciaire impardonnable. C'est une nouvelle affaire Calas, mais il n’y avait pas de Voltaire à l’horizon. Ainsi, la chanson a joué son rôle dans les combats pour l’abolition de la peine de mort, comme d’autres chansons. Par exemple, celle concernant Caryl Chessman ou Sacco et Vanzetti ou comme le roman de Vernon Sullivan (I Shall spit on your graves) , que Boris Vian écrivit directement en français sous le titre « J’irai cracher sur vos tombes » https://fr.wikipedia.org/wiki/J'irai_cracher_sur_vos_tombes. Roman où le pendu était un nègre blanc. On avait la pendaison facile dans le Sud des Zétazunis. Je ne sais si c'est encore le cas aujourd’hui.

 

 

Bon, eh bien, il nous reste à poster la version originale, à découvrir la version française et à reprendre ensuite notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde injuste, empli de jalouses et de jaloux, d’assassins et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 


Fais ta prière Tom Dooley,
Ça peut toujours servir.
Fais ta prière Tom Dooley,
Demain tu vas mourir.


Devant ton verre de rhum,
Dans le matin blafard,
Tâche au moins d’être un homme
Avant le grand départ.
Fais ta prière Tom Dooley,
C’est tout ce qu’on peut t’offrir.
Fais ta prière Tom Dooley,
Demain tu vas mourir.


Quand au lever du jour,
On viendra te chercher,
Pardonne à ton amour,
C’est lui ton seul péché.
Fais ta prière Tom Dooley,
Avant de t’endormir.
Fais ta prière Tom Dooley,
Demain tu vas mourir.


Fais ta prière Tom Dooley,
Y a plus rien d’autre à faire.
Fais ta prière Tom Dooley
Pour éviter l’enfer.
Tu vas enfin revoir
Celle que tu aimais trop,
Emporte au moins l’espoir
De mieux l’aimer là-haut.
Fais ta prière Tom Dooley,
Demain tu vas mourir.
Fais ta prière Tom Dooley,
Pour toi tout va finir.


Fais ta prière Tom Dooley,
C’est la dernière mon vieux.
Fais ta prière Tom Dooley,
Après bye, bye, adieu.

 

 

 

Fais ta prière, Tom Dooley
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Published by Marco Valdo M.I.
21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 11:27

UN BLASPHÉMATEUR

 

(derrière chaque blasphème, il y a un jardin enchanté)

 

Version française - UN BLASPHÉMATEUR (derrière chaque blasphème, il y a un jardin enchanté) – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Un Blasfemo (dietro ogni blasfemo c’è un giardino incantato) – Fabrizio de André – 1971

 

 

 

 

Ils me traitèrent d’abord de délinquant

Ils n’avaient pas de loi contre le blasphème.

Plus tard, ils m’internèrent comme insensé.

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici pour L’Asino, animal athée et blasphémateur, une chanson sur mesure – que j’avais traduite il y a déjà 5 ans. Elle s’intitule Un Blasphémateur, dans la version française et Un Blasfemo en italien. Elle vient de loin : des USA, où le poète Edgar Lee Masters la publia dans son Anthologie de Spoon River vers 1915.

Je l’offre – cette version française de la version italienne de Fabrizio De André, mais aussi de la version anglo-américaine d’Edgard Lee Master, afin de le mettre en garde contre les fous déments, adorateurs de tout et de n’importe quoi, idolâtres ou non de n’importe quel(s) dieu(x), inventé(s) par d’autres maniaques à leur intention. Ces imbéciles pullulent sur cette Terre et sont de parfaits assassins.

 

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 


Cette chanson du grand Fabrizio De André parle d’un blasphémateur, une personne convaincue que Dieu, s’il existe, non seulement n’est pas bon comme on croit communément, mais, au contraire, il s’est comporté de manière inique et mauvaise contre l’être humain, sa créature : il l’a en fait condamné à vivre dans l’inconscience (« comme un idiot ») en le privant de la connaissance du bien et du mal; s’apercevant ensuite que l’homme avait mangé justement le fruit de l’arbre de la connaissance, préoccupé de ce qu’il avait inventé le Temps (les saisons) et la Mort pour le limiter. Les hommes qui pensaient et soutenaient de telles choses n’avaient pas une vie facile Le blasphémateur meurt en fait sous les coups de deux gardiens – dans l’original de Edgar Lee Masters, il y avait un seul gardien (un infirmier traduit Pivano), mais la substance ne change pas – dans l’asile où il était interné.

 

Plus jamais je ne m’inclinai, même sur une fleur

Je ne rougis plus à voler l’amour

Dès le moment où l’Hiver me convainquit que Dieu

N’aurait pas rougi de me voler le mien.

Ils m’arrêtèrent un jour à cause des femmes et du vin,

Ils n’avaient pas de loi pour punir un blasphémateur,

Ce n’est pas la Mort qui me tua, mais deux gardiens bigots

M’arrachèrent l’âme à force de coups.

 

Car je dis que Dieu embrouilla le premier homme,

Le contraint à mener une vie d’idiot,

Dans le jardin enchanté il le contraint à rêver,

à ignorer que dans le monde, il y a le bien, il y a le mal.

Quand il vit que l’homme allongeait la main

Pour lui voler le mystère d’une pomme interdit

Par peur que désormais il n’eut plus de maîtres

Il l’arrêta par la mort, il inventa les saisons.

 

Et s’il y eut deux gardiens pour lui stopper la vie,

C’est justement ici sur terre, la pomme interdite,

Quelqu’un ici pour nous l’a inventée, et pas Dieu

Elle nous contraint à songer à un jardin enchanté,

Elle nous contraint à songer à un jardin enchanté.

 

 

 

 

WENDELL P. BLOYD
Poème de Edgar Lee Masters - 
1915

 

Version française - WENDELL P. BLOYD – Marco Valdo M.I. – 2010

 

 

Ils me traitèrent d’abord de délinquant

Ils n’avaient pas de loi contre le blasphème.

Plus tard, ils m’internèrent comme insensé.

Là, je fus battu à mort par un gardien catholique

Mon crime était le suivant :

Je disais que Dieu mentait à Adam et le destina

À une vie de fou.

En ignorant que le mal était dans le monde autant que le bien.

Et quand Adam couillonna Dieu en mangeant la pomme

Et vit clair dans son mensonge,

Dieu le vira de l’Éden pour l’empêcher de cueillir

le fruit de l’immortalité.

Par le Christ, gens sensibles,

Voici ce que dit Dieu lui-même à ce propos dans le livre de la Genèse :

« Et le Seigneur Dieu dit ; voyez l’homme

Est devenu un d’entre nous. » (Un peu d’envie, voyez-vous)

« Pour connaître le bien et le mal » (le mensonge du « Tout le monde il est bon » exposé au jour)

« Et maintenant de peur qu’il avance sa main et prenne

Aussi le fruit de l’arbre de la vie et mange et vive pour toujours.

Voilà pourquoi le Seigneur Dieu le chassa du jardin d’Éden »

(la raison pour laquelle Dieu crucifia Son Propre Fils

Est je crois de rejeter ce maudit pastis, car il Lui ressemble trop.)

 

 

 UN BLASPHÉMATEUR
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Published by Marco Valdo M.I.
20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 19:13

Y CROIRE ?

 

Version française – Y CROIRE ? – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Credici – Cristiano De André – 2013

Musique de Fabio Ferraboschi et Cristiano De André
Te
xte de Oliviero Malaspina, Fabio Ferraboschi et Cristiano De André

 

 

 

 

Y CROIRE ?
le troupeau de brebis ... 
vers les alpages célestes.



Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson qui pose la question de la croyance et de la croyance à plusieurs niveaux ou en plusieurs pouvoirs qui entendent mener les gens par le bout du nez ou jouer les bergers et conduire le troupeau de brebis humaines vers les alpages célestes.

 

 

Encore un de ces sujets difficiles à mettre en chanson…

 

 

C’est, en effet, une chanson difficile et de ce fait, difficile à comprendre ; je voyais bien les mots, les phrases, mais le sens m’en échappait. Dès lors, comme tu sais, pour pouvoir la comprendre, il m’a fallu en faire ma propre version française. Ce n’est qu’en passant par ce chemin difficultueux que souvent, j’arrive à percer le sens de chansons généralement chargées de poésie. Ce ne fut pas aisé. Déjà le titre posait problème : il est très amphibologique, à tout le moins. Ainsi, j’ai longtemps tourné autour et ce n’est qu’en finale que je me suis aperçu que le texte de la chanson en italien ne comportait aucune ponctuation, ce qui épaississait encore le mystère. Ainsi, Credici peut être un indicatif : « Tu y crois. » ; un impératif : « Crois-y !  » ou un interrogatif : « Y crois-tu ? », mais peut légitimement être transposé en français par un infinitif : « Y croire. Y croire ! Ou Y croire ? ». Comme tu le verras, j’ai choisi cette forme neutre, qui a le mérite de s’adresser à tous, locuteur ou chanteur, y compris. Cependant, il me restait à définir le sens exact de cet « Y croire ». Et ce n’est qu’après avoir établi un texte en français que j’ai pu m’orienter. C’est du moins le sens de ma version. Pour formuler la chose de façon explicite, je dirais : « Et tu y crois, toi ? » ou « Faut-il y croire ? ».

 

 

Je vais t’aider… Moi, je dirais : « Peux-tu y croire ? » ou « Peut-on y croire ? » à ces gens, à ces puissants… Et là, si l’on songe un instant que ce pourrait, tous comptes faits, bien être un épisode de La Guerre de Cent Mille Ans, que les riches et les puissants font aux pauvres afin de multiplier leurs richesses, d’accroître leur pouvoir, de renforcer leur domination, d’asseoir sur des bases plus fermes l’exploitation, alors, la chanson devient lumineuse.

 

 

C’est bien ce que j’ai pensé en faisant le choix d' « Y Croire » et ce que j’ai découvert en l’ayant fait. Le reste est licence poétique.

 

 

Fort bien. Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde encombré de puissants, perverti par l’Église, étouffé par les médias et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


Qui a cru

Aux mensonges des bouches aliénées aux monnaies, 
Aux mots d’un pouvoir qui s’incline aussitôt face à un plus rapace, 
Qui en trente ans de sous-culture médiatique entre canaux et cannaies ;
À ces langues avides des marchés
Qui pour leurs frasques
Ont vendu le Pays au pire Moyen-Âge
À moins que ce ne soit encore préhistoire
Ce parler sans écouter et ne pas avoir de mémoire… 

Y croire ? Y croire ? 
Les nouveaux chefs ont des faces toujours plus dures.
Tous habillés de noir métallisé comme leurs voitures.


Y croire ?

Qu’ainsi le rouge est moins rouge et le noir toujours plus noir. 
Ne la sens-tu pas cette décadence ? Cette odeur de Bas-Empire ?


Espérons qu’ils soient bannis de l’histoire
Sans une page, une ligne et sans mémoire. 

Et maintenant que vous avez mis à genoux ces braves gens,
Des ouvriers, des paysans des pêcheurs qui de toujours ont cherché à vous donner le meilleur mais jamais considérés en rien

Et où toi chère mère Église, maintenant de toutes la plus enceinte, 
Toi qui, avec ta CEI, ton IOR, ton Opus Dei,
Nous montre comment tu es à la sainte messe de ta caste,

Ton Christ te récompensera de sa compassion immense.


Y croire ? Y croire ?


Les nouveaux chefs semblent tous des Al Capone
Tous vêtus du même costume rayé,
Et avec l’armée des sauveurs
Sortent des banques, entrent dans les ministères.


Y croire ?


Qu’ainsi le rouge est moins rouge et le noir toujours plus noir. 
Ne la sens-tu pas cette décadence ? Cette odeur de Bas-Empire ? 


Espérons qu’ils soient bannis de l’histoire
Sans une page, une ligne et sans mémoire. 

Et nous serons tous ensemble 
Dans une course face au soleil
Avec la force et l’émotion 
Dans une embrassade de paroles
Et puis le grain sera lumière 
Et le pain sera paix 
Dans une envie d’infini 
Ainsi libres d’aimer

La valeur du rien, n’y pas croire.

 

 

 
Y CROIRE ?
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Published by Marco Valdo M.I.
19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 21:41

À PROPOS DE L’INFANTICIDE MARIE FARRAR

 

Version française – À PROPOS DE L’INFANTICIDE MARIE FARRAR – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – Von der Kindsmörderin Marie Farrar – Bertolt Brecht – 1922

 

 

 

 

Mais vous, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère

Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

 

 

 


Poème de Bertolt Brecht, du recueil intitulé « Hauspostille » publié en 1927.
Tr
ès difficile mettre en musique un poème du genre, pourtant certains ont essayé
L’acteur Giuseppe Di Mauro, par exemple, la récite sur des musiques de Fabrizio De André et de Jean Sibelius.
On trouve même un disque de Sylvia Zangenberg, classé dans le genre folk, dans lequel apparaît ce titre.



La pauvreté, la solitude, le corps encore jeune déjà marqué par la misère, une espèce d’amour, une tentative ratée d’avortement, l’accouchement dans la solitude, dans l’abandon et dans le désespoir les plus complets, l’infanticide, la condamnation de la « société civile », la prison et la mort… 
Un splendide et terrible po
ème sur lequel il y a bien peu à dire… Il faut seulement le lire ou l’écouter… 

 

 


Marie Farrar, née en avril, mineure,
Sans signe distinctif, rachitique, orpheline
Sans antécédents judiciaires

tué un enfant de cette manière :
Elle dit qu’elle a déjà au deuxième mois
Chez une femme dans un lieu caché
Essayé de l’avorter par deux fois
Dans la douleur, mais ça n’a pas marché.
Mais vous, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère,
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

Elle a cependant, payé tout de suite 
Ce qui a été convenus’est corsetée plus fort ;
Elle a bu de l’alcoolavalé du poivre,
Mais ça n’a fait que l’épuiser plus encore.
Son corps gonflait à vue d’œilil été
Aussi fort abîmé, par les fréquentevaisselles.
Elle-même, alors encore grandi, dit-elle.
Elle a prié Marie, elle a beaucoup espéré.
Vous aussi, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère,
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

Mais les prières n’arrangeaient rien, d’évidence.
On en attendait aussi beaucoup. Comme elle était alors plus grosse,
La tête lui tournait au matin. Souvent, elle avait des suées,
Des angoisses aussi, à l’autel agenouillée.
Mais elle a gardé secrète sa condition
Jusqu’au moment de la naissance.
Ça a été, car personne n’a eu la prescience
Qu’elle, sans charme, puisse succomber à la tentation.
Et vous, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère,
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

Ce jour-là, dit-elle, en lavant les escaliers
Tôt le matin, comme des pointes
Entra un clou dans son ventre. Ça la faisait trembler.
Toutefois, elle réussit à garder la douleur secrète.
Toute la journée, tout en pendant le linge,
Elle se cassa la tête ; alors, elle comprit
Qu’elle allait accoucher, et soudain, elle sentit
Un serrement autour du cœur. Elle rentra tard chez elle.
Mais vous, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère,
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.


On l’appela encore une fois, quand elle était couchée :
La neige était tombée, et elle devait balayer.
Ça dura jusqu’onze heures. Ce fut une longue journée.
À la nuit tombée, elle put enfin accoucher.
Et elle mit au monde, dit-elle, un fils.
Le fils était pareil aux autres fils.
Mais elle n’était pas, comme les autres mères, quoique -
Il n’y ait aucune raison pour que je la méprise.
Vous aussi, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère,
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

Ainsi laissez-moi donc conter

Comment ce fils a été fait.
(Elle voulait, dit-elle, ne rien cacher)
Afin qu’on voie, comment je suis et comment tu es.
Elle dit est qu’ à peine au lit, elle fut d’une nausée

Fortement frappée, et isolée,
Elle n’a pas compris, ce qui devait arriver.
Avec un effort elle se maîtrisa, pour ne pas crier.
Et vous, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère,
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

 

Avec ses dernières forces, dit-elle, encore,
De sa chambre qui était une vraie glacière,
Elle s’est traînée aux toilettes et là alors

(elle ne sait plus quand), elle a accouché sans manières
Au petit matin. Elle était, dit-elle,
Tout à fait perdue, elle a à ce moment
À moitié engourdie déjà, pu à peine tenir l’enfant,
Car il neigeait jusque dans les toilettes.
Et vous, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

 

 

Alors, entre la chambre et les toilettes – avant, dit-elle,
Il ne s’était rien passé – l’enfant

Se mit à pleurer, ça l’a tellement choquée, dit-elle,
Qu’elle l’avait frappé des deux poings, aveuglément
Sans arrêt, jusqu’à ce qu’il soit calme, dit-elle.
Ensuite, elle a encore gardé le mort au lit
Tout contre elle pour le reste de la nuit
Et l’a dissimulé le matin dans la buanderie.
Mais vous, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.


Marie Farrar en avril, née ;
À la prison de Meissen, décédée ;

Mère d’enfant unique, condamnée ;
Vous démontre les défauts de toute créature.

Vous qui accouchez confortablement dans des lits propres
Et nommez « béni » votre ventre d’accouchée,
Ne condamnez pas la faible affligée,
Car sa faute était lourde, mais grande sa détresse.

C’est pourquoi, je vous prie, ne vous laissez pas aller à la colère
Car toute créature a besoin de l’aide des autres.

 

 
À PROPOS DE L’INFANTICIDE MARIE FARRAR
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Published by Marco Valdo M.I.
18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 21:30
La messe du Pape, le pardon de Till et les florins de l’Hôtesse
Chanson française – La messe du Pape, le pardon de Till et les florins de l’Hôtesse – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 12

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LIII)

 

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

 

Je viens ici parler au pape Jules Trois...
Aussi, dit Jules, pèlerin pèlerinant, je te bénis.
Maintenant, il te faut payer ton pardon écrit.

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la douzième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les onze premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)

11.Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)

 

 

Comme habituellement, Lucien l’âne mon ami, tu pousses des cris d’orfraie rien qu’en voyant le titre de la canzone et que tu me demandes de t’en expliquer le sens, je vais commencer par là. On devrait gagner du temps. Comme tu l’as vu, ce titre est un triptyque, c’est-à-dire un titre à trois temps, comme une valse :

Premier temps : La messe du Pape

Deuxième temps : Le pardon de Till

Troisième temps : Les florins de l’Hôtesse.

Ce sont les éléments principaux de la chanson, mais ce tempo provient d’ailleurs.

 

 

En effet, ça me rappelle quelque chose, mais je n’arrive pas à savoir exactement quoi. Veux-tu bien m’éclairer…

 

 

Je vais le faire et la chose est assez amusante. Ce quelque chose, dont tu parles, est une expression populaire de nos régions qui désigne une personne avide qui veut tirer profit de tout, jusqu’au dernier centime. Cette expression prend également la forme d’un triptyque et elle se formule ainsi. S’agissant de cette personne, on dit qu’elle veut « le beurre, l’argent du beurre et les fesses de la crémière ».

 

C’est beaucoup demander, dit Lucien l’âne en riant aux éclats. Par ailleurs, il me semble aussi reconnaître dans le premier couplet le début de certaine autre chanson.

 

 

Bon sang, tu as l’oreille, Lucien l’âne mon ami. C’est bien le début, presque mot pour mot, de L’Histoire du Soldat [[7366]] de Charles-Ferdinand Ramuz, mise en musique par Igor Stravinski, quand le soldat 

« a marché beaucoup marché

S’impatiente d’arriver

Parce qu’il a beaucoup marché. »

 

Ce qui est le cas de notre « pèlerin pèlerinant » de Till.

 

 

N’est-ce pas là, Marco Valdo M.I. mon ami, cette même chanson dont tu uses comme exemple quand tu réponds à ceux qui disent que tes chansons n’ont pas de musique, que ce sont les musiciens qui sont en retard ?

 

 

Bien sûr et c’est un bon exemple. Je voudrais souligner encore – bien que d’ordinaire j’évite de le faire – le début du deuxième couplet pour faire ressortir cette quasi-citation de Gilles Vigneault. Va voir sa chanson :

Mon Pays [[40597]] et spécialement, ce passage :

« Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’envers
D’un pays qui n’était ni pays ni patrie
Ma chanson ce n’est pas une chanson, c’est ma vie... »
Et une fois encore, ce n’est pas un hasard. En fait, ces citations renvoient aux chansons d’où elles sont extraites et à tout l’univers qu’elles impliquent.

 

 

Mais, Marco Valdo M.I. mon ami, dis-moi la chanson, parle-moi d’elle. Comment est-elle faite ?

 

 

Concrètement, cette chanson se compose de deux dialogues : le premier entre Till et son hôtesse et le deuxième, entre Till et le Pape Jules Trois.

Entre les deux, Till se rend à la messe du Pape à Saint-Jean du Latran et il s’arrange pour se faire remarquer (chaque fois que le Pape présente l’hostie ou le calice, Ulenspiegel, qui s’est placé bien en vue, lui tourne le dos ostensiblement), afin de parler au pape, obtenir le pardon papal (moyennant finances, une allusion au commerce des indulgences et à la vénalité de l’Église), de gagner son pari avec l’hôtesse (les cent florins qu’elle lui a promis s’il parle au Pape) et enfin, de pouvoir retourner chez lui (voir le Pape et obtenir son pardon était la condition de son retour).

 

 

Voilà donc, l’air de rien une chanson fondamentale de cet opéra-récit, comme tu l’appelles. Till est parvenu au bout de son voyage de pèlerin pèlerinant. Il ne lui reste plus qu’à rentrer.

 

 

C’est exact. Cependant, il y a quand même plus dans cette chanson en apparence anecdotique. c’est la façon dont Till qui ne croit ni à Dieu, ni à Diable, mais est obligé d’obtenir le pardon du Pape, va répondre lorsque le-dit Pape va l’interroger et comment il va ruser face à l’autorité ecclésiastique. Sans jamais se déjuger sur le fond, remarque-le bien.

 

 

C’est en effet un grand numéro d’équilibriste. Une leçon de choses, très concrète, pour tous ceux qui – en ce temps-là ou maintenant ou demain, à Rome, ici ou ailleurs – devront vivre dans une société imprégnée de religion, de politiquement correct, de conformisme. Imagine que certains – fidèles, croyants, sectateurs, ici et maintenant, dans l’Europe de ce siècle, en sont à réclamer des lois réprimant le blasphème (mais je ferai remarquer à propos du blasphème qu’il ne saurait être question de flétrir ou d’insulter quelque chose qui n’existe pas) et d’autres interdisant la critique des religions et des religieux. C’était précisément contre tous ces interdits, contre toutes ces lois scélérates, contre toutes ces restrictions à la liberté de pensée, de parole, d’écriture, de conscience, d’examen que Till le Gueux se battait. Quant à nous, Marco Valdo M.I. mon ami, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde religieux, superstitieux, croyant, crédule, insupportable et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Pèlerin, pèlerinant ayant longtemps pèleriné,

Pèlerin, pèlerinant à Rome est arrivé.

Une belle et bonne hôtesse a rencontré :

D’où viens-tu, toi qui as tant pèleriné ?

 

Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est la terre

Où l’on sème la graine d’illusions,

D’espérances folles et de promesses en l’air.

Une terre fumée de religions.

 

Je viens ici parler au pape Jules Trois.

Parler au pape, mamma mia, moi, je ne sais pas.

Sais-tu seulement comme il vit, sais-tu comme il est ?

Paillard et dissolu, il est. Je le connais.

 

Je m’en vais le voir de ce pas, je m’en vais lui parler.

Je te dis ça sans me vanter.

Si tu le fais, cent florins, je te donnerai.

C’est comme si je les avais déjà gagnés.

 

Pour gagner les florins de son hôtesse,

Till s’en alla voir le Pape à la messe.

Le Pape levait le calice, Till tournait le dos.

Le Pape levait l’hostie, Till tournait le dos.

 

À force de singeries, le Pape le remarqua ;

Il le fit chercher par quatre robustes soldats.

Le Pape lui demanda : quelle est ta foi ?

La même que mon hôtesse qui partage la vôtre, une fois.

 

C’est fort bien, ma foi. Mais à quoi, à quoi

À quoi donc, en vérité, pèlerin, tu crois ?

Je crois ce que vous croyez que je crois.

Pourquoi tournais-tu le dos à la Sainte Croix ?

 

Pèlerin pèlerinant encore, la regarder, je ne pouvais pas.

Aussi, dit Jules, pèlerin pèlerinant, je te bénis.

Maintenant, il te faut payer ton pardon écrit.

Till prit le pardon, les florins de l’hôtesse et de Rome, s’en alla.

La messe du Pape, le pardon de Till et les florins de l’Hôtesse
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Published by Marco Valdo M.I.
17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 21:39

IL N'Y A PLUS D'AMÉRIQUE


Version française – IL N'Y A PLUS D'AMÉRIQUE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Nonc’è più l’America – Piero Ciampi – 1990

 

 

 

Jean-louis Lebris de Kerouac, alias Jack Kerouac

 

 

L'Amérique n'existe plus, le temps passe. 
Alors, pour l'Amérique, oui, il y avait les soutes pleines d'âmes
Et maintenant, elles reviennent en arrière avec un sourire amer.

 

 

Il n'y a plus d'Amérique

 

 

Le naufragé, perçu le jet, moulina du bras
Lançant un cri inhumain en appel
Le poing levé, replia la tête sur le tronc,
Les jambes écartées dans une prière inconnue
En concentrant en lui des milliards d'unité, de volonté
Gisant inactives dans l'univers,
Il les ramassa, et il se projeta avec la vitesse du silence dans le jet, dans le jet ;

 

Ce fut ainsi que l'Amérique resta seule.

 

 

Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique,
Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique ;

 

 

Il n'y a plus.

 

 

Entre temps cet enfant que je vis serré serré contre son père dans Bowery Street
Tous ivrognes, regardés et aimés de personne, de personne, de personne

 

 

Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique,
Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique ;

 

 

Il n'y a plus.

 


Albert Camus disait que l'Amérique est une colonie de sinistrés mentaux
Alberto Moravia avec ses lesbiennes (et son astuce) dit que l'Amérique est le pays du destin
Entretemps, on m'a tué Jack Kerouac à 47 ans après qu'il ait écrit Les Souterrains…

 

 

Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique,
Il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus d'Amérique ;

 

 

 

Il n'y a plus.

IL N'Y A PLUS D'AMÉRIQUE
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