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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 10:07

CHANT GÉNÉRAL

(Partie 4)

 

Version française - CHANT GÉNÉRAL- Marco Valdo M.I. – 2011 d'après la version italienne de Cristina Martin.

Chanson espagnole (Chili) – Canto General – Pablo Neruda – Mikis Theodorakis – [1974/75]

 

 

 

Emiliano Zapata sur son cheval

Emiliano Zapata sur son cheval

 

10. Végétations

 

Sur les terres sans nom et sans nombre

Descendait le vent d'autres lieux,

La pluie apportait ses fils célestes,

Et le dieu des autels imprégnés

Rendait des fleurs et des vies.

 

Le temps crut dans la fertilité.

La jacaranda élevait une écume

Faite de splendeurs ultramarines

L'araucaria hérissé de lances

Opposait sa grandeur à la neige,

L'acajou, arbre primordial

De sa cime distillait du sang,

Et au Sud des cèdres

L'arbre tonnerre, l'arbre rouge,

L'arbre à l'épine, l'arbre mère,

L'érythrine vermillon, l'arbre caoutchouc,

Étaient des volumes terrestres, du son

Étaient des territoires d'existence.

 

Un nouveau parfum diffus

Emplissait, par les interstices

De la terre, les respirations

Converties en fumée et en parfum.

Le tabac sylvestre élevait

Son rosier d'air imaginaire.

Comme une lance au bout de feu

Apparut le maïs, et sa silhouette

S'égrena et il renaquit ensuite,

Dissémina sa farine, prit

Les morts sous ses racines

Et ensuite, dans son berceau, regarda

Grandir les dieux végétaux.

Ride et excroissance, il disséminait

La semence du vent,

Sur les plumes de la cordillère,

La lumière épaisse de germes et de brins,

Aurore aveugle nourrie

Par les onguents terreux

De l'implacable latitude pluvieuse,

Des sombres nuits surgissantes,

Des citernes matutinales,

Et bien que dans les plaines

Comme des tranches de la planète,

Sous un frais village d'étoiles,

Roi de l'herbe, l'ombù retient

Son air libre, son vol bruyant

Et il montait la pampa en l'enserrant

De sa ramification de branches et de racines.

 

Amérique boisée,

Ronce sauvage entre les mers,

De pôle à pôle tu balances,

Trésor vert, ta broussaille.

 

La nuit germait

Dans des villes d'écorces sacrées

En bois sonores,

Feuilles étendues que couvraient

La pierre germinale, les naissances.

Vert utérus, américaine

Savane séminale, magasin comble

Une branche naquit comme une île,

Une feuille prit la forme de l'épée,

Une fleur fut éclair et méduse,

Une grappe arrondit son résumé

Une racine descendit dans les ténèbres.

 

 

11. Amor América

 

Avant la perruque et la casaque,

Il y eut les rivières, rivières artérielles

Il y eut les cordillères, sur la vague desquelles

Le condor et la neige paraissent immobiles.

Il y eut l'humidité et la luxuriance, le tonnerre

Toujours sans nom, les pampas planétaires.

 

L'homme fut terre, pot, paupière

De boue tremblant, forme d'argile,

Il fut cruche caraïbe, pierre chibcha,

Coupe impériale ou silice araucan.

Il fut tendre et sanguinaire, cependant dans la poignée

De son arme de cristal embuée,

Les initiales de sa terre étaient écrites.

 

Depuis personne ne put

S'en rappeler : le vent

Les oublia, la langue de l'eau

Fut enterrée, les clés se perdirent

Ou s'inondèrent de silence ou de sang.

 

La vie ne se perdit pas, frères pastoraux

Mais comme une rose sauvage

Tomba une goutte de sang dans la masse

Et s'éteignit une lampe de terre.

 

Je suis ici pour conter l'histoire.

Depuis la paix du buffle

Jusqu'aux sables fouettés

De la terre finale, dans les écumes

Accumulées de la lumière antarctique,

Et par les tanières perdues

De la sombre paix vénézuelienne,

Je te cherchai, mon père,

Jeune guerrier de ténèbres et de cuivre

Ou toi, plante nuptiale, chevelure indomptable,

Mère caïman, colombe métallique.

 

Moi, de descendance inca,

Je touchai la pierre et je dis :

 

Qui m'attend ? Et je serre la main

Sur une poignée de cristal vide.

Pourtant je me promenai parmi les fleurs zapotèques

Et la lumière était douce comme un cerf

Et l'ombre était comme une paupière verte

 

Ma terre sans nom, sans Amérique,

Étamine équinoxiale, lance de pourpre,

Ton arôme monte par mes racines

Jusqu'à la coupe que je buvais, jusqu'à la plus menue

Parole qui soit jamais née de ma bouche.

 

12. Emiliano Zapata

 

Quand redoublèrent les douleurs

Sur la terre, et que les épinaies désolées

Furent l'héritage des paysans,

Et que comme autrefois, les rapaces

Barbes cérémonieuses, et leurs fouets,

Alors, fleur et feu galopant.

 

« Soûle je vais

Vers la capitale... »

 

Se cabra à l'aube fugace

La terre battue de couteaux,

Le péon de son repaire amer

Tomba comme un épi de maïs égrené

Sur ma solitude vertigineuse.

 

« Le dire au patron

Qui m'envoie chercher »

 

Alors Zapata fut terre et aurore

La multitude de sa semence armée

Dans une attaque d'eaux et de frontières

La source ferreuse de Coahuila,

Les pierres sidérales de Sonora;

Tout vint à son pas avancé,

À son orage agraire de fers à cheval.

 

« Qui quitte le rancho

Y reviendra bientôt »

 

Partage le pain, la terre;

Je t'accompagne.

Je renonce à mes paupières célestes.

Moi, Zapata, je m'en vais avec la rosée

Des cavalcades matutinales,

D'une traite depuis les nopales

Jusqu'aux maisons aux murs roses.

 

« … Petits nœuds pour tes cheveux

Ne pleure pas pour ton Pancho... »

 

La lune dort au-dessus des montures

La mort entassée et partagée

Gît avec les soldats de Zapata.

Le sommeil cache sous les bastions

De la nuit lourde son destin,

Sa sombre savane incubatrice.

Le bûcher concentre l'air insomniaque :

Gras, sueur et poussière nocturnes.

 

« Soûle, je m'en vais

Pour oublier. »

 

Nous demandons une patrie pour l'humilié

Ton couteau divise le patrimoine

Et des tirs et des coursiers effrayaient

Les punitions, la barbe du bourreau.

La terre se partage au fusil.

N'attends pas, paysan poussiéreux,
Après ta sueur, la lumière complète

Et le ciel en parcelles dans tes genoux.

Lève-toi et galope avec Zapata.

 

« … Moi, je veux l'emporter

Il dit que non... »

 

Mexico, agriculture sauvage, terrestres

Aimée répartie entre les obscurs :

Des épées de maïs sortirent

Au soleil tes centurions en sueur.

De la neige du Sud je viens te chanter

Et m'emplir de poussière et de charrues.

 

« … Car s'il faut pleurer

Pourquoi retourner... »

 

13. Amérique insurgée

 

Notre terre, large terre, solitudes,

Se peuple de bruits, de bras, de bouches.

Une syllabe silencieuse allait brûlant,

S'alliant la rose clandestine,

Jusqu'à ce que les prairies tremblent

Couvertes de métal et de galops.

 

La vérité fut dure comme un soc.

 

Il rompit la terre, établit le désir,

Il enfonça ses germes de propagande

Et il naquit dans le printemps secret.

Sa fleur fut silence, sa réunion de lumière

Fut rechassée, la levée collective

Fut combattue, le baiser

Des drapeaux cachés,

Pourtant il surgit rompant les parois,

Éloignant les prisons du sol.

Le peuple obscur fut sa coupe,

Reçut la substance rechassée,

Il la propagea dans les limites maritimes,

Il la pila dans des mortiers indomptables.

Et il sortit avec les pages martelées

Et avec le printemps sur le chemin.

Heure d'hier, heure de mi-journée,

Heure d'aujourd'hui encore, heure attendue

Entre la minute morte et celle qui naît,

Dans l'âge hérissé du mensonge.

 

Patrie, tu naquis des bûcherons,

De fils sans baptême, de charpentiers,

De ceux qui appelèrent oiseau étrange

Une goutte de sang volante,

Et aujourd'hui tu naîtras de nouveau durement

D'où le traître et le garde-chiourme

Te croient pour toujours plongée.

 

Aujourd'hui, tu naîtras du peuple comme alors.

Aujourd'hui, tu sortiras du charbon et du roc

Aujourd'hui tu arriveras à ébranler les portes

Avec des mains maltraitées, avec des morceaux

D'âme survivante, avec des grappes

De regards que la mort n'éteint pas,

Avec des outils sauvages

Armes sous tes haillons.

CHANT GÉNÉRAL (Partie 4)
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Marco Valdo M.I. - dans NERUDA
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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 10:05

CHANT GÉNÉRAL

(Partie 3)

 

Version française - CHANT GÉNÉRAL- Marco Valdo M.I. – 2011 d'après la version italienne de Cristina Martin.

Chanson espagnole (Chili) – Canto General – Pablo Neruda – Mikis Theodorakis – [1974/75]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7. Sandino

 

Ce fut quand dans notre terre

Les croix s'implantèrent

Elles se consommèrent

Dévaluées, professionnelles.

Arriva le dollar aux dents agressives

Pour arracher du territoire,

De la gorge pastorale de l'Amérique.

Il attrapa Panama dans ses mâchoires dures,

Il enfonça ses canines dans la terre fraîche

Il barbota dans la fange, le whisky, le sang,

Et un président en redingote jura :

« Donne chaque jour notre pot de vin

Quotidien ».

Rapidement, arriva l'acier,

Et le canal divisa les résidences,

Ici, les maîtres; là, les serviteurs.

Ils coururent au Nicaragua

Ils descendirent, vêtus de blanc,

Tirant des dollars et des coups.

Mais là se dressa un capitaine

Qui dit : « Non, ici tu ne poses pas

Tes concessions, ni ta bouteille ».

Ils lui promirent un portrait

De Président, avec des gants,

Un ruban en bandoulière et des souliers

Vernis achetés récemment.

Sandino quitta ses bottes,

S'enfonça dans les marais mouvants,

Se mit en bandoulière la banderole trempée

De la liberté dans la forêt

Et, coup par coup, répondit

Aux « civilisateurs ».

La furie nordaméricaine

Fut indicible : de documentés

Ambassadeurs convainquirent

Le monde que le Nicaragua était

Leur amour, qu'une bonne fois

L'ordre devait régner

Sur ses entrailles somnolentes.

Sandino pendit les intrus.

Les héros de Wall-Street

Furent mangés par le marais,

Un éclair les tuait,

Plus d'une machette les poursuivait,

Une corde les réveillait

Comme un serpent dans la nuit

Et pendant d'un arbre étaient

Emmenés lentement

Par des coléoptères bleus

Rampants dévorants.

Sandino se tenait en silence

Sur la Place du Peuple, tout

Partout était Sandino,

Tuant les Nordaméricains

Justiciant des envahisseurs.

Et quand vînt l'aviation,

L'offensive des armées

Blindées, l'intervention

De forces écrasantes,

Sandino, avec ses guérilleros,

Comme un spectre de la forêt,

Était un arbre qui s'enroulait

Ou une tortue qui dormait

Ou un ruisseau qui coulait.

Cependant arbre, tortue, courant

Furent la mort vengeresse,

Furent les armes de la forêt,

Symptômes mortels de l'araignée.

( En 1948,

De Grèce, colonne de Sparte,

Fut la vitrine de lumière attaquée

Par les mercenaires du dollar.

Des montagnes, il lança le feu

Sur les pieuvres de Chicago

Et comme Sandino, le vaillant

Du Nicaragua, il fut appelé

« Le bandit des montagnes. »)

Cependant quand feu, sang

Et dollar ne détruisirent pas

La tour d'orgueil de Sandino,

Les guerriers de Wall Street

Firent la paix, invitèrent

Le guérillero à la célébrer.

Et un traître à peine acheté

Le flingua à la carabine.

Il s'appelle Somoza. Encore aujourd'hui,

Il règne sur le Nicaragua;

Les trente dollars crurent

Et multiplièrent dans sa panse.

Telle est l'histoire de Sandino,

Capitaine du Nicaragua,

Incarnation déchirante

De notre arène trahie,

Divisée et attaquée,

Martyrisée et pillée.

 

 

8. ​​​​​​​Neruda requiem æternam

 

​​​​​​​​​​​​​​Lacrimae pour les vivants

Amérique esclavagée

Esclaves de tous les peuples

Lacrimosa

Tu fus le dernier soleil

À présent dominent les gnomes

La terre

Est orpheline

NERUDA REQUIEM ÆTERNAM

 

 

9. La United Fruits Co.

 

Quand sonna la trompette, tout

Était prêt sur la terre,

Et Jéhovah répartit le monde

Entre Coca-Cola Inc., Anaconda,

Ford Motors, et autres sociétés;

La United Fruits Co.

Se réserva le plus juteux,

La côte centrale de ma terre,

La douce ceinture de l'Amérique.

Elle rebaptisa ses terres

En « Républiques bananières »

Et sur les morts endormis,

Sur les héros inquiets

Qui avaient conquis la grandeur,

La liberté et les drapeaux,

Elle installa son opéra bouffe :

Elle aliéna le libre arbitre,

Elle offrit des couronnes aux Césars;

Elle déchaîna l'envie, elle attira

La dictature des mouches :

Mouches Trujillos, mouches Tachos,

Mouches Carías, mouches Martínez,

Mouches Ubico, mouches humides

De sang humble et de confiture,

Mouches soûles qui bourdonnent

Sur les tombes populaires

Mouches de cirque, mouches savantes

Expertes en tyrannie.

Au milieu des mouches sanguinaires

La United Fruits débarqua

Raflant le café et les fruits

Dans ses barques qui enlevèrent

Comme sur des plateaux le trésor

De nos terres submergées.

Entretemps, dans les abîmes

Sucrés de nos ports,

Tombaient les Indiens ensevelis

Dans la vapeur du matin :

Un corps brisé, une chose

Sans nom, un numéro tombé,

Une rafle de fruits morte

Jetée au pourrissoir.

 

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Marco Valdo M.I. - dans NERUDA
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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 10:04

CHANT GÉNÉRAL

(Partie 2)

 

Version française - CHANT GÉNÉRAL- Marco Valdo M.I. – 2011 d'après la version italienne de Cristina Martin.

Chanson espagnole (Chili) – Canto General – Pablo Neruda – Mikis Theodorakis – [1974/75]

 

 

 

3. Les Libérateurs

 

Voici ici l'arbre, l'arbre

De la tourmente, l'arbre du peuple.

De la terre se dressent ses héros

Comme les feuilles sous la sève,

Et le vent fracasse les feuillages

D'une foule bruissante,

Jusqu'à ce que la graine

Du pain à nouveau aille à terre.

 

Voici ici l'arbre, l'arbre

Nourri des morts dénudés,

Des morts battus et blessés,

Morts aux visages impossibles,

Empalés sur une lance,

Équarris sur le bûcher,

Décapités à la hache,

Écartelés par des chevaux,

Crucifiés dans l'église.

 

Voici ici l'arbre, l'arbre

Dont les racines sont vivantes,

Il soutire le salpêtre du martyr,

Ses racines se nourrissent de sang

Et il arrache des larmes du sol.

Les monte dans ses branches,

Les répartit dans sa ramure.

Il y eut des fleurs invisibles,

Parfois des fleurs souterraines,

D'autres fois, elles illuminèrent

Leurs pétales, comme des planètes.

 

Et l'homme cueille dans ses branches

Les escargots indurés,

Il les passe de main en main

Comme des magnolias ou des grenades

Et soudain, ils ouvrirent la terre

Et crurent jusqu'aux étoiles.

 

Tel est l'arbre des libres.

L'arbre terre, l'arbre nue

L'arbre pain, l'arbre flèche

L'arbre poing, l'arbre feu.

 

De son eau tourmentée le noie,

Notre époque nocturne

Mais son tronc équilibre

Le cercle de son domaine.

 

D'autres fois, à nouveau tombent

Les branches brisées par la colère

Et une cendre menaçante

Couvre son antique majesté;

Ainsi il passa à d'autres temps,

Ainsi il échappa à son agonie,

Jusqu'à ce qu'une main secrète,

Des bras innombrables

Le peuple garda ses fragments

Cacha des troncs immuables,

Et ses lèvres étaient les feuilles

de l'immense arbre réparti,

Disséminé de toutes parts,

Marchant sur ses racines.

Tel est l'arbre, l'arbre

Du peuple, de tous les peuples

De la liberté, de la lutte.

 

Penché sur sa chevelure,

Il touche ses rayons renouvelés;

Il plonge la main dans ses usines

Où son fruit palpitant

Propage sa lumière chaque jour.

Soulève cette terre entre tes mains,

Participe de cette splendeur,

Prends ton pain et ta pomme,

Ton cœur et ton cheval

Et monte la garde à la frontière,

Dans les limites de tes feuilles.

 

Défends les bouts de tes corolles,

Partage les nuits hostiles,

Veille au cycle de l'aurore,

Respire la hauteur stellaire,

En soutenant l'arbre, l'arbre

Qui croît au milieu de la terre.

Là, je reste avec des mots, des peuples, des chemins

Qui m'attendent à nouveau et qui frappent

De leurs mains étoilées à ma porte.

 

4. À mon parti

 

 

Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas

Tu m'as apporté la force de tous ceux qui vivent.

Tu m'as rendu la patrie comme une seconde naissance.

Tu m'as donné la liberté que ne détient pas le solitaire

Tu m'as appris à allumer la bonté comme le feu ,

Tu m'as donné la droiture nécessaire à l'arbre

Tu m'as appris à voir l'unité et la différence entre les hommes

Tu m'as montré comment la douleur d'un être meurt dans la victoire de tous.

Tu m'as appris à dormir dans les lits durs de mes frères.

Tu m'as fait construire sur la réalité comme sur un rocher.

Tu m'as fait ennemi du mal et mur face au fanatique.

Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie.

Tu m'as rendu indestructible de sorte qu'avec toi,

Je ne finisse pas en moi-même.

 

4. Lautaro

 

Lautaro était une flèche subtile.

Élastique et azur fut notre père.

Seule sa prime jeunesse fut silencieuse.

Son adolescence fut maîtresse.

Sa jeunesse fut un un vent orienté

Il se prépara comme une longue lance.

Il entraîna ses pieds dans les cascades.

Il éduqua sa tête dans les épines.

Il accomplit les épreuves du guanaco.

Il vécut dans les refuges de la neige.

Il marauda les repas des aigles

Il grappilla les secrets du roc.

 

Il manipula les pétales du feu

Il se nourrit de printemps froid

Il se brûla dans les gorges infernales.

Il fut chasseur parmi les oiseaux cruels.

Ses mains se teignirent de victoires

Il lut les agressions de la nuit.

Il soutînt les avalanches de soufre.

Il fut vitesse, il fut la foudre.

Il connut les lenteurs de l'automne.

Il travailla dans des repaires invisibles,

Il dormit dans les draps des congères

Il régit le parcours des flèches.

 

Il but le sang sauvage des chemins

Il arraisonna le trésor des ondes

Il se fit menace comme un dieu ombrageux

Il mangea dans chaque cuisine de son village

Il apprit l'alphabet de l'éclair

Il renifla les cendres éparses

Il enveloppa son cœur dans des peaux noires.

Il déchiffra la spirale du fil de la fumée

Il se construisit de fibres taciturnes

Il s'enduisit de l'âme de l'olive

Il se fit cristal à la transparence dure

Il étudia les ouragans

Il se battit jusqu'au sang

 

Alors seulement il fut digne de son peuple.

 

 

6. Les oiseaux arrivent

 

 

Tout était vol sur notre terre.

Comme des gouttes de sang et des plumes

Les cardinaux ensanglantaient

L'aurore d'Anáhuac.

Le toucan était une adorable

Caisse de fruits vernis,

Le colibri regarda les étincelles

Originales de l'éclair

Et ses bûchers minuscules

Brûlaient dans l'air immobile.

Les perroquets illustres emplissaient

La profondeur du feuillage

Comme des lingots d'or vert

Récemment sortis de la pâte

Des marais submergés

Et de leurs yeux ronds

Ils regardaient un anneau jaune,

Vieux comme les minéraux.

Tous les aigles du ciel

Nourrissaient leur descendance sanguinaire

Dans l'azur inhabité,

Et par-dessus les plumes carnivores

Volait au-dessus du monde,

Le condor, roi assassin,

Frère solitaire du ciel,

Talisman noir de la neige,

Ouragan de la fauconnerie.

L'ingénierie du four

Fait de la boue odorante

De petits théâtres sonores

Où il apparaissait en chantant.

L'engoulevent allait

Lançant son cri humecté

À l'oreille des cénotes.

Le pigeon du Chili

Faisait de rudes nids fourrés

Où il laissait le cadeau royal

De ses œufs irisés.

La Loica du sud, parfumée,

Doux charpentier de l'automne,

Montrait son poitrail constellé

D'étoiles écarlates,

Et le chingolo austral élevait

Son chant à peine recueilli

De l'éternité de l'eau.

De plus, humide comme un nénuphar,

Le flamant ouvrait les portes

De sa cathédrale rose

Et volait comme l'aurore,

Loin du bois étouffant

Où pendent les pierres précieuses

Du quetzal, qui soudain se réveille,

Bouge, glisse et brille

Et fait voler sa braise vierge.

Une montagne marine explose

Elle crée des îles, une lune

Des oiseaux qui vont vers le Sud,

Par-dessus les îles fermentantes du Pérou.

C'est un fleuve vivant d'ombre,

C'est une comète de petits

Cœurs innombrables

Qui obscurcissent le soleil du monde

Comme un astre à la queue épaisse

Palpitant vers l'archipel.

Et au bout de la mer coléreuse

Dans la pluie de l'océan

Jaillissent les ailes de l'albatros

Comme deux systèmes de sel

Établissant dans le silence

Entre les rafales torrentielles

De leur spacieuse hiérarchie

L'ordre des solitudes.

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Marco Valdo M.I. - dans NERUDA
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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 09:59

CHANT GÉNÉRAL

(Partie 1)

 

Version française - CHANT GÉNÉRAL- Marco Valdo M.I. – 2011 d'après la version italienne de Cristina Martin.

Chanson espagnole (Chili) – Canto General – Pablo Neruda – Mikis Theodorakis – [1974/75]

 

 

 

 

 

Le Canto Generalde Neruda et Theodorakis
De Gian Piero Testa

 

En 1970, Theodorakis abandonne la Grèce pour l'exil auquel le contraignent les Colonels; après avoir connu au Chili le président Salvador Allende, met la main à la grande œuvre de Pablo Neruda, le « Canto general », comme trame de morceaux de musique. L'œuvre de Neruda a elle-même été composée durant un exil du poète en Argentine, auquel l'avait contraint le président chilien Gabriel Gonzales Videla,brusquement converti à l'anticommunisme et à la répression des mineurs, qui avait suscité le « J'accuse » du poète. L'œuvre de Neruda avait été publiée à Mexico en 1950. celle de Theodorakis était prête – même si six morceaux furent ajoutés quelques années plus tard – en 1971; et entre les deux artistes étaient en cours les accords pour l'exécuter sur la terre du poète, au stade de Santiago, quand tout le projet fut bouleversé par le coup d'état de Pinochet (11 septembre 1973), suivi quelques jours plus tard de la mort de Neruda lui-même. À la chute de la dictature grecque, l'œuvre put être exécutée. Avec d'autres ajouts, qui portèrent à 13 morceaux musiqués, elle fut exécutée en République Démocratique Allemande en 1981. En 1993, elle put être exécutée également au Chili, dirigée personnellement par Mikis (gpt).

 

Cristina Martin, amie personnelle de Gian Piero Testa et traductrice du castillan, a réalisé cette traduction intégrale du Canto General de Pablo Neruda spécialement pour les Chansons contre la guerre. Tout le staff des CCG la remercie vraiment de tout cœur, car ce n'a pas dû être un mince effort. [CCG/AWS Staff]

 

 

Quelques bêtes

 

C'était le crépuscule de l'iguane

À la crête iridescente

Sa langue comme un dard

S'enfonçait dans le vert,

Le tamanoir monacal écrasait

De son pas mélodieux la forêt;

Le guanaco léger comme l'oxygène

Dans les vastes hauteurs obscures

S'en allait chaussé de bottes d'or,

Pendant que le lama ouvrait

Des yeux candides sur la délicatesse

Du monde couvert de rosée.

Les singes tressaient un fil

Interminablement érotique

Aux rives de l'aurore;

Abattant des murs de pollen

Et affolant le vol violet

Des papillons de Muzo.

C'était la nuit des caïmans

La nuit pure et pullulante

De museaux sortant de la boue,

Et des marais somnolents,

Un bruit sourd de charpentes

Renvoie à l'origine terrestre.

Le jaguar touchait les feuilles

De son absence phosphorescente.

Le puma court dans les frondes

Comme le feu dévorant

Tandis qu'en lui brûlent les yeux

Alcooliques de la forêt.

Les blaireaux grattent le fond

De la rivière, ils flairent le nid

Dont ils attaquent de leurs dents rouges

Le délice palpitant.

 

 

Et dans le fond de la grande eau,

Comme le cercle de la terre,

Se tient le gigantesque anaconda

Couvert des boues rituelles,

Dévoreur et religieux.

 

 

Je vivrai

 

 

Je ne m'en vais pas mourir. Je sors

Maintenant, en ce jour plein de volcans

Vers la multitude, vers la vie.

Je laisse se faire ces choses ici

Aujourd'hui que les pistoleros se promènent

Avec la « culture occidentale » dans leurs bras,

Avec leurs mains qui tuent en Espagne

Et les gibets qui oscillent à Athènes

Et le déshonneur qui gouverne le Chili

Et j'arrête mon énumération.

 

CHANT GÉNÉRAL (Partie 1)
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Marco Valdo M.I. - dans NERUDA
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