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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 22:03

Le Douanier

 

Chanson sans musique – Le Douanier – Fernand Raynaud – 1972

 

 

 

 

 

 

 

Le Douanier Raynaud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est vrai, Lucien l'âne mon ami, que Fernand Raynaud n'est pas vraiment connu comme chanteur, mais comme tu le sais pour le texte, la musique n'est qu'un adjuvant, parfois plaisant, parfois moins, parfois soporifique, parfois anesthésique… Dans la chanson, l'essentiel, c'est ce qu'on dit. L'homme est un être parlant ; c'est ce qui le distingue de tous les autres êtres vivants… Quand je dis « parlant », je parle de la parole signifiante, bien évidemment.

 

 

Même quand elle ne signifie rien…

 

 

Oui, même quand elle ne signifie rien, car signifier le rien, c'est déjà signifier quelque chose et précisément, le rien. C'est ce que disait un autre amuseur public de langue française, l’inénarrable Raymond Devos … Une fois rien, c'est rien, deux fois rien, c'est déjà quelque chose, mais trois fois rien, on peut déjà acheter quelque chose. Dans un sketch où la conclusion politique est de toute première grandeur : « Est-ce en remettant toujours au lendemain la catastrophe que nous pourrions faire aujourd'hui, que nous l'éviterons ? »

 

 

Là, tu m'embrouilles ; je suis, comme qui dirait perdu. Alors, si tu le veux bien, revenons à la chanson sans musique, qui suit cette chanson sans paroles [[48670]] de l'autre jour. De quoi parle-t-elle ? Et en quoi peut-elle intéresser les  Chansons contre la Guerre ?

 

 

En fait, tout d'abord, deux mots sur les amuseurs publics, les comiques, les humoristes… dont on ne peut ignorer l'importance dans la critique sociale et politique ; évidemment, sous un jour différent de celui de la chanson. On en trouve une série dans les Chansons contre la Guerre, mais jusqu’à présent, principalement de langue italienne et ce n'est que normal, s'agissant d'un site commencé et continué par des gens dont la langue est habituellement l'italien. Sans doute, faudrait-il leur réserver une place ou une présentation particulière et les regrouper – toutes langues confondues. Cependant, au fil du temps, le champ linguistique et culturel s'étend à d'autres univers linguistiques. Ici, en l'occurrence de langue française. On trouve déjà parmi les dizaines de milliers de textes et de chansons, certains de Pierre Dac, Jean Yanne et il en est d'autres qu'il faudra bien découvrir. Cette fois, pour répondre à ta question, il s'agit de mettre en évidence au travers du personnage d'un douanier la question du racisme et de l'immigration. Peut-être (on est en 1972), la question – qui est aujourd'hui très cruciale, en Italie – se posait-elle lourdement en France à cette époque en raison des flux de populations venues de colonies et ex-colonies françaises. Bref, le « douanier » de Raynaud – sorte d'incarnation de Français moyen – s'en prend aux « étrangers qui viennent manger le pain des Français » ; d'abord, de façon générale, en quelque sorte théorique, c'est la rumeur, c'est une opinion… Puis de façon directe et personnelle à l' « étranger » du village. Suite dans le texte…

 

 

Voyons donc le texte et tissons le linceul de ce vieux monde idiot, raciste, imbécile et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Je ne suis pas un imbécile moi,

Je suis douanier.

Je n'aime pas les étrangers !

Ils viennent manger le pain des Français...

Ouais !
C'est curieux : comme profession, je suis douanier,

Et puis je n'aime pas les étrangers... 
Quand je vois un étranger qui arrive,

Puis, qu'il mange du pain,

Je dis : "Ça, c'est mon pain !"
Puisque je suis Français,

Et puis, il mange du pain français,

Donc, c'est mon pain à moi.
Je n'aime pas les étrangers

Parce que moi, je suis Français,

Et je suis fier d'être Français.
Mon nom à moi, c'est Koulakiastensky du côté de ma mère...

Et Capuano-Banditi du côté d'un copain à mon père.
C'est pour vous dire si je suis Français !
Je n'aime pas les étrangers,

Ils viennent manger le pain des Français…


Dans le village où on habite, on a un étranger ;

Alors, quand on le voit passer,

On dit : "Tiens, ça, là, ... ».
On le montre du doigt,

Comme un objet… Un étranger… 
Il vient manger le pain des Français...
Quand sa femme passe,

la tête basse,

avec ses petits enfants qui baissent la tête; on dit :
"Ça, ça là, c'est des étrangers :

ils viennent bouffer le pain des Français."

L'autre dimanche, dans mon village,

J'avais été - c'était à la sortie de la messe de dix heures -

J'avais été communier au café d'en face.
Il y a l'étranger qui a voulu me parler.

Moi, j'avais autre chose à faire, pensez,

Parler avec un étranger.
J'avais mon tiercé à préparer... 
Enfin, du haut de ma grandeur, j'ai daigné l'écouter...
Il m'a dit : 
« Ne pensez vous pas qu'à notre époque

1972,

C'est un peu ridicule

De traiter certaines personnes d'étrangères,

Nous sommes tous égaux.
Voilà ce que j'avais sur le cœur,

Je voulais vous dire ça, Monsieur le Douanier,

Vous qui êtes fonctionnaire et très important,

Vous qui avez le bouclier de la Loi...

Nous sommes tous égaux.

On peut vous le prouver :

Quand un chirurgien

Opère un cœur humain,

Que ce soit au Cap, à Genève, à Washington, à Moscou, à Pékin,

Il s'y prend de la même manière :

Nous sommes tous égaux. »

Andouille !

Venir me déranger pour dire des inepties pareilles !
Il a poursuivi...

Ils sont tellement bêtes ces étrangers,

Ils viennent manger le pain des Français.
Il m'a dit... : 
« Est-ce que vous connaissez une race

Où une mère aime davantage

Ou moins bien son enfant qu'une autre race ? »
Là, je n'ai rien compris à ce qu'il a voulu dire...

J'en ai conclu qu'il était bête...
En effet, lorsque quelqu'un s'exprime

Et que l'on ne comprend pas ce qu'il dit, c'est qu'il est bête !
Et moi, je ne peux pas être bête ....

Je suis douanier.

"Va-t-en, étranger !"
Il m'a répondu: « J'en ai ras-le-bol. Chaque race a sa noblesse.»
Il a pris sa femme, sa valise, ses enfants,

Ils sont montés sur un bateau,

Ils ont été loin au delà des mers, loin...
 

Et, depuis ce jour là, dans notre village,

Eh bien,

One mange plus de pain !


Il était boulanger ! 

Le Douanier

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Marco Valdo M.I.
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