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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 20:37

DÉSERTEUR

 

Version française – DÉSERTEUR – Marco Valdo M.I. – 2014

d'après la version italienne de Riccardo Venturi d'une

Chanson tchèque – DEZERTÉR – Jaromír Nohavica – 1982

 

Texte de Jiří Šotola
Musique de Jaromír Nohavica

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous croyons que cette chanson, sur un texte du poète Jiří Sotola et sur l'air d'une chanson populaire, est vraiment un des moments les plus élevés de l'art du grand Jarek Nohavica. Un soldat de garde tout seul, dans la nuit, sous la pluie, qui choisit peut-être la forme extrême de rébellion, de désertion, de dire « Je ne marche pas » : se tuer. Porter l'arme à la bouche en un « baiser glaçant » et se flinguer. Par l'auteur de la version tchèque du Déserteur. Personne ne peut savoir ce qui, alors, s'est passé dans la tête du soldat, dans cette nuit de solitude ; quelles pensées, quelles angoisses, quelles rages. Il est certain que cette chanson nous rappelle beaucoup, trop d'épisodes du genre arrivés réellement. Car il peut se passer qu'une personne en proie à mille problèmes, de quelque nature, ou simplement au mal de vivre, soit en même temps appelée « à servir la patrie », comme on dit, et à devoir passer une soirée sous la pluie à une garde d'inutiles, de stupides armureries loin d'un amour, d'un travail, d'une famille ou qui sait quoi qui s'en vont à la dérive. Le fameux « devoir », un « devoir » inutile qui ne tue pas seulement avec la guerre, mais même avec l'éloignement des choses vraiment importantes dans la vie d'une personne. Mais face à un épisode du genre, semble nous dire Nohavica, chaque jugement est inutile et risque d'être seulement une série de banalités. Car, au fond, nous sommes des étrangers. Indifférents au désespoir d'autrui, comme la pluie battante qui tombe sur chaque chose, en ne s'en souciant pas le moins du monde ; mais qui a, ajoutons-nous, au moins l'excuse d'être seulement pluie, et pas un être humain. [RV]

 

 

 


Juste deux mots pour indiquer que cette chanson de Nohavica est généralement connue sous le titre de Dezertér... raison pour laquelle je lui rends son titre, au moins dans la version française : DÉSERTEUR ; un titre qui dans les Chansons contre la Guerre s'impose... Ceci dit, cet éternel déserteur ou ce déserteur pour l'éternité vient de la Tchécoslovaquie de 1982 (sans doute même d'avant) et à l'époque, il n'était pas de bon ton, sinon pire, de parler de désertion, l'armée étant un des piliers de la nation et du système – peu importe le système. Dézerter, c'est net quand on entend la chanson, c'est bien le mot, l'essence du poème de Jiří Šotola et c'est à l'audition, le mot qui ressort. On ne peut donc esquiver la parenté avec celui de Boris Vian, qui inaugura les CCG. Mais si le Déserteur de Vian était un Déserteur en quelque sorte putatif, celui-ci est un déserteur accompli, complet, terminé, selon la définition du mort par le même Vian, dans « L'Herbe rouge » : « On n'est pas complet quand on n'est pas mort » ; bien entendu, la sentence vaut pour tout le monde. Et puis, comme le soldat en question est n'importe quel soldat, car n'importe qui aurait pu et pourrait faire ce qu'il a fait... j'ai pensé au soldat de Ramuz.

 

 

Je me souviens très bien de ce soldat et de la musique de Stravinski. Un opéra appelé « L'Histoire du Soldat »...

 

 

Donc, tu connais cette marche du soldat qui l'introduit :

« Entre Denges et Denezy,
Un soldat qui rentre chez lui...
Quinze jours de congé qu'il a,
Marche depuis longtemps déjà.
A marché, a beaucoup marché.
S’impatiente d’arriver,
Parce qu’il a beaucoup marché... »

 

Ainsi, tu peux voir d'où vient le fait que j'ai fait disparaître l'article comme Georges Perec fit disparaître la lettre « e » dans son roman « La Disparition ». Je te montre le premier couplet :

 

« Soldat sous pluie, déjà presque matin
Soldat sous pluie surveille dépôt d'armes,
Soldat là, pleut à verse
Déjà un peu jour, relève vient... »


 

 

Pour finir, quelques mots de présentation de l'auteur Jiří Šotola, qui somme toute mérite d’être connu lui aussi. Vers la fin des années 1960, Jiří Šotola se tourne vers la prose. Mais suite à l'écrasement du « Printemps de Prague », son premier roman ne sera pratiquement pas distribué et son auteur se verra réduit au silence jusqu'à son « autocritique », publiée au début de 1975. Ce roman,  Tovaryšstvo Ježíšovo (La Nuit baroque, 1969), bien que situé au XVIIe siècle, au moment où le pouvoir impose de force à la Bohême protestante la religion catholique par l'intermédiaire de la Compagnie de Jésus, n'est pas sans évoquer la mise au pas, après 1968, de la Tchécoslovaquie par un pouvoir étranger. Jiří Šotola s'inspire des faits historiques pour mieux cerner les problèmes du présent. La plupart de ses héros sont des petites gens. Marionnettes broyées par la Grande Histoire, qui essayent en vain, tantôt de la fuir, comme le héros tragi-comique de son roman Kuře na rožni (Les Jambes c'est fait pour cavaler), publié d'abord en samizdat – édition clandestine, en 1974. On pourrait dire un dissident, un résistant.

 

Jiří Šotola

 

 

 

Ainsi, dit Lucien l'âne, voici deux nouveaux résistants tchèques qui viennent rejoindre Chveik le soldat à la capacité de résistance infinie. Ce que nous devrions faire aussi si l'on en croit la devise que nous avons été chercher en Italie : Ora e sempre : resistenza ! À propos du sens de « La Nuit Baroque » (Tovaryšstvo Ježíšovo) de Jiří Šotola dans lequel on voit la Compagnie de Jésus instaurer par la force et par la ruse son ordre noir (et catholique) sur la Bohème de Huss, il est intéressant de remarquer que cette même Compagnie conquérante, colonisatrice et dictatoriale vient de placer un des siens (et pour la première fois) à la tête de l'ÉCAR – Église Catholique Apostolique et Romaine. La chose est plus qu'inquiétante, les Jésuites sont une armée et un ordre combattant... Il est utile de lire ou de relire cette « Nuit Baroque ». Quant à nous, hic et nunc, ici et maintenant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce monde suicidaire, assassin, militarisé et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 


Soldat sous pluie, déjà presque matin
Soldat sous pluie surveille dépôt d'armes,
Soldat là, pleut à verse
Déjà un peu jour, relève vient.

 

Soldat prend fusil, porte canon à bouche
Amer baiser de glace,
Ce qui passe par tête,

Nul ne peut savoir, vraiment personne.

 

Étendu, ne respire pas, pluie lave blessure,
Sang coule, terre… avale, terre emporte…
Sang inutile, soldat inutile,
Pour toujours inutile, éternel déserteur.

 

Maintenant on est là et on voudrait donner un avis,
Ça ne se fait pas, un homme ne meurt pas ainsi,
Pour ce corps étendu là, ce corps humide,
Pour lui, aucun jugement, aucune sagesse.

 

 

Qui jamais lui donna un vêtement, qui l'aida vraiment
Les nuits où assis sur le lit, se sentait malade,
Parfois nous sommes étrangers, indifférents
À coups de fusil, de fusil, on tue nos camarades.

DÉSERTEUR

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