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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 15:12

PETITE LEÇON D'ÉCONOMIE

 

POLITIQUE

 

Version française – PETITE LEÇON D'ÉCONOMIE POLITIQUE – Marco Valdo M.I. – 2013

d'après la version italienne - "Semplici lezioni di economia politica" – de Gian Piero Testa – 2013

d'une chanson grecque – Απλά μαθήματα πολιτικής οικονομίας – Loukianos Kilaidonis / Λουκιανός Κηλαηδόνης – 1975

Texte de Yannis Negrepondis
Musique de Loukianòs Kilaidonis
Interprètes: Alekos Màndilas, Loukianòs Kilaidonis, Pitsa Konitsioti, Kostas Thomaìdis
Disque: Απλά μαθήματα πολιτικἠς οικονομίας, 1975

 

 

 

 

Nous souvenons-nous encore de Bertolt Brecht ? « Apprends ce qui est le plus simple ! Pour ceux dont le temps est venu, il
 n'est jamais trop tard ! 
Apprends l'abc ; ça ne suffit pas, mais 
apprends-le ! Et ne te lasse pas ! Commence ! Tu dois savoir tout ! 
Tu dois prendre le pouvoir. 
Apprends, homme à l'hospice !
 Apprends, homme en prison ! 
Apprends, femme en cuisine ! Apprends, sexagénaire ! Tu dois prendre le pouvoir. Fréquente l'école, sans-abri ! 
Acquiers le savoir, toi qui as froid ! 
 Affamé, empoigne le livre : c'est une arme.
 Tu dois prendre le pouvoir. N'aie pas peur de questionner, camarade ! 
Ne te laisse pas influencer, 
vérifie toi-même ! 
Ce que tu n'apprends pas par toi-même, tu ne le sauras pas. Contrôle le compte, 
c'est toi qui dois le payer. Mets le doigt sur chaque mot, 
demande : et ceci, pourquoi ? 
Tu dois prendre le pouvoir ».

 

Brecht disait cela en 1933, une année mortelle. En 1975, avec dans le dos, la sombre période des Colonels, Yannis Negrepondis et Loukianòs Kilaidonis devaient avoir pensé que, dans le septennat précédent, les Grecs avaient manqué trop de leçons et qu'était venu l'instant de rafraîchir l'abc du peuple. Ils publièrent ce disque rapide, pédagogique, gnomique, ultra-idéologique – si l'on veut -, mais amusant, ironique, optimiste au fond ; et pourquoi ne pas l'être, optimistes, quand on respirait encore les émanations de l'ivresse et on pouvait rêver que, avec la liberté retrouvée, on pourrait même vaincre l'injustice du système ? Qui ne s'est jamais engagé dans ce passage du Nord-Ouest pour atteindre l'Océan Pacifique et ensuite se retrouver emprisonné dans les glaces et découvrir que le passage était encore une fois un malencontreux aller simple ? Ultra-idéologique, ai-je dit : mais, en réalité, je ne sais pas très bien ce que ça peut vouloir dire. Aujourd'hui il m'arrive – il m'arrive, malheureusement – de lire les articles des « terminators » des idéologies du XX siècle : les Panebianco, Ostellino, Zingales… [Disons, dit Lucien l'âne, que ce sont des « His Master Voices »... Les perroquets du capital. Sur ce même thème, je me rappelle l'éclairante chanson Les lanternes libérales [[7920]]]. Et bien, mais eux aussi enseignent son abc à la bourgeoisie, et proposent leurs formulettes libéralisantes et globalisantes indépendamment de toute considération de la réalité factuelle, et sans le moins du monde s'apercevoir que ces dernières (formulettes), en étant vastement mises en pratique sans aucun recours à leurs sages conseils, ne fonctionnent pas ; mais qui s'en soucie… L'idéologisme, on sait, est vice d'autrui ; certes pas de qui possède la science, ou – peut-être il vaut-il mieux dire – la formule magique et bonne à tout.

Du point de vue spéculatif, je n'arrive pas à saisir de différences de méthode entre les articles bourgeois du Corriere et ceux prolétariens de Lotta Comunista, qu'un temps je lisais pour l'avoir achetée, et que j'achetais car je n’avais pas le cœur d'envoyer au diable les jeunes camarades qui, comme de zélés Témoins de Jéhovah, sonnaient à ma porte le dimanche matin. Mais il y a une différence, de toute façon. La prédication idéologique des anti-idéologues du Corriere a accompagné un colossal transfert de richesse nationale, de sorte qu'aujourd'hui 10% de la population en possède 50% (avec le résultat que le Pays est dans l'ensemble beaucoup plus pauvre et, horreur, beaucoup moins compétitif sur la décisive scène mondiale) ; tandis que les autres, au moins, ont tapé sur le clou – un incontestable clou – disant que « qui a faim, a raison », comme le dit – voyez un peu – un proverbe populaire grec.

Dans ces limites – et avec cette appréciation – relisons et réécoutons, après presque quarante ans, le disque rouge de Kilaidonis-Negrepondis. Il est vraiment élémentaire, exactement comme il se proposait d'être ; mais j'ai la sensation que, dans la tourmente en cours, il ait encore des choses à dire. (gpt)

 


S'agissant de leçons élémentaires, il n'y a pas besoin de notes. Mais peut-être l'une ou l'autre peut être utile. Pour bien comprendre, la troisième chanson, l'avant-dernière strophe qui parle d'un conte long et emmêlé, c'est-à-dire la lutte des classes, il faut savoir que, alors que les contes italiens qui se terminent bien recourent à la sentence finale : « et ils vécurent heureux et contents » (les français à « Ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants »), les grecs disent : « et ils vécurent bien et nous encore mieux ». En ajoutant le fait que, mieux s'entend comme devrait être le résultat final – lorsqu'il adviendra – de la guerre de cent mille ans.

 

Gian Piero Testa - 20/8/2013 - 22:03


Fortes paroles … que la musique ne rend pas. Très belle cependant et c'est un travail considérable de GPT.

Krzysiek Wrona - 21/8/2013 - 03:33


Je comprends, Krzysiek Wrona, tes réserves sur la contribution musicale de Kilaidonis. Mais essaye d'imaginer que ces textes, en grande partie sérieux et tous terriblement catéchétiques, étaient modulés sur une musique qui en reflétait – autant sérieusement – les profondes vérités… Deux paris insoutenables. Mais ainsi, entre le sérieux et facétieux, entre le puéril et l'épique, le message devient plus fluide, selon moi. Et il a plus de probabilité d'approcher le sens. Et on ne peut pas, d'autre part, demander à un artiste, dont la nature profonde est sarcastique et farceuse, de se faire tout à coup grave et prophétique. Mais essaye de les réécouter plusieurs fois, ces chansons et tu t'apercevras que, ne fois après l'autre,ils se font plus convaincants. Merci pour les mots d'appréciation.
Gian Piero Testa - 21/8/2013 - 21:25

 

 

 

 

 

1- ARITHMÉTIQUE ÉLÉMENTAIRE
(Interprète Alekos Màndilas)

 

 

Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Deux plus un font trois
Si ça ne suffit pas, fais la grève.
On te prend dix, on te rend un
Qui donc l'appelle justice cette chose-là
On te prend, on te rend un
Qui donc l'appelle justice cette chose-là

 

Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Dix fois mille dix mille
Et seulement mille pour mille ouvriers.
Donc neuf mille, neuf fois mille
Voilà ce qu'on appelle la plus-value.
Donc neuf mille, neuf fois mille
Voilà ce qu'on appelle la plus-value.

 

Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Six plus deux, huit personnes
L'affamé roule de gros yeux
Six fois six trente-six
Pour le capital, ce sera toujours une aubaine.
Six fois six trente-six
Pour le capital, ce sera toujours une aubaine.

 

Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Quand le capital courra des risques
Il renverra ton fils à la guerre.
Il y a toujours une loi pour te lier les mains
Quand les choses se compliquent pour eux.
Il y a toujours une loi pour te lier les mains
Quand les choses se compliquent pour eux.

 

Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau
Un plus un font deux
Pas besoin d'un grand cerveau.

 

 

 

2 – LE SYSTÈME
(Interprète Loukianòs Kilaidonis)

 

 

Tes mains collègue
Lorsque tu les loues
Pense que ton patron
Est un mal pour l'homme

 

Car même si ce matin
Il t'accepte comme être humain
Le système tôt ou tard
T'enverra au placard

 

Que ceci jamais ne te sorte de la tête
Tu donnes en location au mécanisme
Tes mains comme deux moteurs
Que cela te plaise ou pas où il y a une machine,
Il n'y a pas humanisme
Ni à plus forte raison, de cœur.

 

Tes mains, collègue,
Quand tu les loues
Sais-tu que c'est au système
que tu portes remède.

 

Quand ton patron lui-même
Parle de confiance
Au système
Il t’aliène

 

Que ceci jamais ne te sorte de la tête
Tu donnes en location au mécanisme
Tes mains comme deux moteurs
Que cela te plaise ou pas où il y a une machine,
Il n'y a pas humanisme
Ni à plus forte raison et de cœur.

 

 

 

3 – SAUT RÉVOLUTIONNAIRE
(Interprète Pitsa Konitsioti)

 

 

D'aïeuls en aïeules
De génération en génération
Qu'on s'arrête ou qu'on bouge
Toujours plus à chaque génération
Ils nous appauvrissent et ils prospèrent.

 

Anxieux ceux avec les gros billets
Nous maugréons avec la petite monnaie
Tu vois, pour eux, c'est la fête
Et il nous reste à gratter nos têtes.

 

L'eau qui bout là
Lorsqu'elle débordera
Ce sera l'explosion

Dit Marx et alors,viendra l'action

 

La fable est encore longue
Et comporte moult épisodes
Eux vivent heureux
Et nous encore toujours mieux

 

L'eau qui bout là
Lorsqu'elle débordera
Ce sera l'explosion

Dit Marx et alors, viendra l'action

 

 

4 – LES SCRUPULES
(Interprète Kostas Thomaìdis)

 

 

Quand la malhonnêteté gouverne le monde
Il n'est pas juste d'être honnêtes.

 

Distingue une fois pour toutes
Ce qu'est la valeur, ce qui est juste
Et n'écoute pas ceux qui mesurent
Avec leurs mètres et te trompent.

 

Quand l'injustice gouverne le monde
Il est insensé d'être justes.

 

Distingue depuis le commencement
Quelle est ta juste place.
Seul le droit de ta classe
Est viril et franc.

 

 

5 – LA PATRIE
(Interprète Alekos Màndilas)

 

 

 

La patrie est un navire
Qui tous nous transporte
Sur le pont supérieur, la bonne classe
Puisque c'est elle qui commande

 

En bas, le petit peuple
Moteurs, cuisine, cambuse,
Sur le pont supérieur, la bonne classe
Puisque c'est elle qui commande

 

Doucement la mer, doucement
Le bateau file au vent
Pour ceux d'en haut, c'est la fête
Pour le petit peuple, la tristesse.

 

Même si le temps se gâte
Et tourne à la tempête
Toujours, la classe d’en haut
Saura sauver sa peau.

 

Au petit peuple, il est permis
De donner sa vie
Toujours, la classe d’en haut
Saura sauver sa peau.

 

La mer forcit aille, aille

Le navire coule à pic aille, aille
Mon Dieu, sauvez ceux d'en haut
Et donnez du courage au populo

 

La patrie est un navire
Qui tous nous transporte
La formule fonctionne assez bien
Et la « populace » – à mâcher – n'a plus rien !

 

 

6 – LE CONTRAT
(Interprète Loukianòs Kilaidonis)

 

 

 

Ils ont signé le contrat
En une nuit, rapidement
Pour qu'il ne reste pas
De comptes dits courants

 

Un contrat de cinquante ans
À neuf pour cent

Aux étrangers tous les droits
En veux-tu, en voilà.

 

Les termes du contrat
Au plus fort tous les droits
Du côté politique
Et aussi économique

 

Les journalistes sans émoi
Ont publié dans un corps tout petit

Deux trois pages aussi
Confuses que celles du contrat.

 

Qui peut le dire
Qui ose le dire
quel parfait asservissement
économique et politique
Signifie cet engagement

 

Car neuf pour cent

C'est un montant risible
Pour un contrat de cinquante ans
Quand à ces seigneurs
On offre les bras des travailleurs
Pratiquement gratuitement

 

Quand ce dernier t'aura imposé
L'exclusivité
Tu ne pourras accepter d'autres
Avec qui collaborer
Sur le terrain de la politique
Ou de l'échange économique

 

 

7 – LES REMÈDES AUX PSYCHOSES -
(Interprète Loukianòs Kilaidonis)

 

 

 

Une entière société
Affectée de psychose
De centres de psychiatrie
Nulle part où se sauver

 

La psychose dérive
D'une cause très profonde
Au cœur de la structure
Économique et sociale

 

Quand on soignera, il faudra
Qu'on aille tout droit
À la racine de la cause
Et qu'on change le monde

 

Et le mal à la racine
Si on le veut affronter
Il faudra le frapper fermement
Économiquement et politiquement

 

 

8 – LE CADEAU
(Interprète Alekos Màndilas)

 

 

 

Ouvrier le cadeau que
Ton patron t'offre
Il tire le double
De ta besogne
De ton travail, de ta peine

 

La drachme que le patron
Va, va, va t'offrir...
Il ne se décidera à ce don
Que s'il en tire
Deux ou trois fois plus encore

 

Donc si même ton patron
Semble te vouloir du bien
Pense que c'est de ton travail
Que tout cela provient

 

9 – COMPROMISSION
(Interprète Kostas Thomaìdis)

 

Notre patron a invité
Stratis le jeune effronté
Il lui a dit couche-toi et sois prudent
Et s'est aligné prudemment.

 

Stratis où est ton sourire
Ton regard et ton rire

Où est allée ton innocence
Où donc a disparu ton arrogance ?

 

Pour un Stratis qui se couche

À l'appel du maître
Les camarades sont des milliers
Un seul cri de mille gosiers.

 

 

10 – LA LEÇON DE DIEU
(Interprète Alekos Màndilas)

 

 

 

Tous les doigts semblables
Ne sont pas
Et donc, que tous ne mangent pas
Est chose juste.

 

On nous l'a servi ainsi
Nous le présentons ainsi
Et jusqu'à tant que nous mourrons
Nous le refuserons

 

Prêtres maîtres
Et gendarmes
Et nous tous voulons ici-bas
L'ordre et la loi

 

Et ceux qui veulent
Qu'arrive le contraire
Sont des sans-patrie
Des sans-religion et des brutes.

 

Tous les doigts semblables
Ne sont pas
Et donc, que tous ne mangent pas
Est chose juste.

 

Les grains se répartissent
Selon la règle divine
La nation, le trône et la famille
Et les 12 évangiles

 

 

11 - LE CONCEPT D'HONNÊTETÉ
(Interprète Pitsa Konitsioti)

 

 

 

D'individu à individu
Selon profession métier
Religion recettes et idéologie
Changent les sens de honnêteté

 

L'écrivain a sa propre idée de l'honnêteté
Le prêtre entend tout autre chose par honnêteté
Et celle de l'idéologue diffère
De celle du soldat mercenaire

 

Ce qui paraît honnête
Au capitaliste
Pour le travailleur
Est une indécence
Qui vit pourtant dans le coeur
D'un petit propriétaire

 

Comment ? La propriété privée

Ne serait pas une monstruosité

 

La monogamie est à l'honneur
Mais seulement chez le paria
Tandis que pour le bourgeois
Ou l'entrepreneur
C'est un état pas naturel
C'est une histoire très vieille

 

Le prix donne le pas
À l'honnêteté
La question n'est donc pas là
Compatriote, écoutez !

 

 

12 - L'ÉMIGRATION
(Interprète Loukianòs Kilaidonis)

 

 

 

L'émigration est une solution
Quand l'inoccupation
Frappe notre pays
Mais à l'économie
Que coûte-t-elle ?
L'émigration est une solution
Mais au plan individuel

 

Quand travailleur tu t'en vas
À dix-huit ans déjà
Dans ton pays encore
Tu es un poids mort
Et malgré ce que tu as coûté
À ta patrie, à son peuple
Tu donnes à un pays étranger
Ton activité

 

D'autre part, c'est forcé
Pour le patron local
L'élément inoccupé

Est

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