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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 09:39
LES NOUVEAUX ÉMIGRANTS PARTENT.



Chanson italienne – Partono i nuovi emigranti – Evelin Bandelli

Version française – Les nouveaux émigrants partent – Marco Valdo M.I. – 2008

... L'argument de cette chanson est tiré du fait que dans le courant du voyage d'émigrants clandestins venus d'Afrique vers l'île sicilienne de Lampedusa, en vue de Lampedusa, une enfant de quelques années était morte dans les bras de sa mère; les marins, sans aucune retenue, ni égard, arrachèrent cette petite des bras de la mère et la jetèrent par dessus bord. Peu après, ma mère bouleversée de douleur, se jeta dans les eaux glacées pour tenir compagnie à sa petite. Ce fait avait ému Evelin et par cette chanson, elle raconte le souvenir et la douleur de celui qui cherche à trouver des conditions de vie meilleures.

Comme dit un journal suisse : à « Lampedusa, ce confetti d'Italie, au large de la Sicile - plus proche de Tunis que de Palerme », cette année (2008 – mois de septembre) plus de 15.000 réfugiés sont arrivés par la mer. L'endroit est conçu pour accueillir environ 800 personnes, or depuis le début de l'été, on y compte près de 2000 réfugiés. Libye-Lampedusa, l'autoroute de la mer. [Marco Valdo M.I. rappelle : une autoroute de terre conduit aussi à Dachau, par exemple.] Ils proviennent d'Ethiopie, de Somalie, du Maghreb, d'Irak, d'Afghanistan et même du Sri Lanka et fuient les conflits et la famine ou rêvent simplement d'une vie meilleure.

Les Suisses s'inquiètent d'un tel « déferlement »... Soyons sérieux un instant : il y a environ 400.000.000 de personnes en Europe et 8.000.000 en Suisse. Un « déferlement » de 15,000 personnes... Disons simplement que les Suisses n'aiment pas les émigrants; les Italiens, qui y ont émigré, le savent bien. Précisions : les Suisses n'aiment pas les émigrants pauvres. Les Suisses aiment les émigrants riches et plus encore, les émigrants très riches.

Mais il ne faut pas jeter la pierre aux Suisses (d'abord, ils ont déjà assez de cailloux comme ça dans leur paysage – Rasez les Alpes qu'on voie la mer !, criaient les jeunes Suisses quand ils jouaient à la révolution à la fin des années 60). Dans tous les États d'Europe, c'est pareil. C'est un comportement de nantis, c'est un réflexe de peur, c'est un signe aigu d'imbécillité. Si seulement, ils pensaient un instant : Et si c'était moi ce réfugié, moi que la vie pousse au bout du désert et de la mer...? Mais ils ne pensent pas, voilà tout : ce qui est précisément l'imbécillité.

Comme on peut le voir, cette chanson est toujours d'actualité et semble-t-il, elle le restera longtemps encore.

Son titre cependant renvoie à la chanson « Les émigrés partent » d'Alfredo Bandelli, le père d'Evelin. La coïncidence de ces deux chansons, qui se font écho dans le temps, rappelle aux Italiens que des Italiens aussi furent des émigrants, eux aussi mal accueillis, eux aussi objets de sarcasmes, de mauvais traitements et de racisme.



Il vient de loin ce bateau

chargé de personnes

Il vient de l'Orient ou peut-être du Sud

On dirait qu'il veut couler


Ils laissent mères pères et même enfants

à la recherche d'une vie meilleure

pour un rêve en tête et la faim au cœur

Ils partent pour venir ici

Vois-le ondoyer dans le vent

avec cette charge de haine et de faim

qui implore pitié
Vois-le naviguer dans le vent

le marin qui a pris jusqu'à leur cœur

et leur dignité


Sur cette grande mer aux vagues gigantesques

on dirait que les rêves se sont brisés

Une mère pleure sa propre fille

Elle sait que ça n'ira pas


Vois-le balancer dans le vent

Il y a une fillette entre les vagues et les flots

qu'on jette dans la mer

Vois-le voyager dans le vent

Il y a une mère qui suit sa fille

au fond de la mer


L'histoire est la même qu'il y a cent ans

On meurt de faim ou on part de là

et derrière le calvaire de celui qui part

il y a certainement quelqu'un qui y gagnera


Vois-le ondoyer dans le vent

ou on meurt de faim et de peines

ou on meurt en mer.

Vois-le balancer dans le vent

Il y en a qui arriveront en terre étrangère

Mais ils seront esclaves.



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Published by Marco Valdo M.I. - dans Bandelli
29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 09:35

MON PÈRE EST MORT À 18 ANS PARTISAN.


Chanson romaine (italienne) – Mio padre è morto a 18 anni partigiano – Gigi Proietti

Version française – Mon père est mort à 18 ans partisan – Marco Valdo M.I. – 2008


Quand Gigi la récite, il en chante seulement deux vers, presque à la fin; il y a une musique de fond. Il n'est pas nécessaire de recourir à des « extras » pour cette extraordinaire chose sur laquelle nous ne voulons rien ajouter d'autre... (dit le staff)

Mais, dit Marco Valdo M.I., moi, à cette extraordinaire et stupéfiante (in italiano, commovente) chanson poétique ou ce poème venu de l'au-delà des mots, je veux ajouter quelque chose. C'est ceci, exactement ceci : à peine je l'ai lue; dans la foulée, comme si son père m'avait fait une passe, j'ai prolongé son effort, je l'ai traduite d'un coup, sans désemparer. J'en suis encore tout secoué, comme si la terre s'était mise à trembler. J'ai tout laissé là et j'ai traduit.

Pour le reste, je suis certain que je lui renverrai sa balle, la lui ferai renvoyer la balle par un « ragazzo del suo tempo », qu'il puisse encore une fois marquer pour la Resistenza.... quer papà... Ce papa...


Mon père est mort partisan,

à dix-huit ans, fusillé dans le Nord, on ne sait même pas où ;

je ne l'ai jamais vu, je sais juste comme il était

par ce que ma mère m'en disait :

il jouait à la Roma primavera.


Mais l'autre nuit, tandis que je dormais

C'était il y a deux ou trois nuits.

Il est venu me réveiller à l'improviste

et je l'ai vu, comme si c'était vrai;

sur son visage, il y avait un grand sourire

qui s'épandait en lumière comme un cierge.

C'est fou, comme tu dors – m'a-t-il crié,

c'était vraiment lui, j'en suis sûr,

celui-là même de la photographie que ma mère

avait sur la commode, derrière une branche

de palmier toute sèche, bénie,

un jeune homme, en camisole qui rit

avec un mouchoir rouge au cou.

Comme je rêvais dans mes rêves,

Surpris, j'ai demandé : Mais qui es-tu ?

Je suis ton père, m'a-t-il dit en riant

Peut-être es-tu gêné à ton âge

de m'appeler papa.

Non, papa, je t'appellerai comme tu dis,

ça me fait rire de te voir au naturel,

excuse-moi si tu me trouves au lit,

Que veux-tu savoir ? Je ne peux pas me plaindre,

je ne suis pas un monsieur, trente-deux ans,

devant j'ai une vie,

ma partie n'est pas encore finie.

Tu le sais, depuis que maman s'est mariée

avec mon père, qui en fait est mon beau-père...

je crois, sept ans après ta mort...



À ces morts, j'ai vu qu'il plissait un peu les yeux,

comme quand il y a un soleil trop fort.

Excuse-moi papa, je croyais que tu le savais.

Mais lui en riant sans en faire une affaire,

crâneur, insouciant, m'a répondu :

mais qu'en sais-je moi de ce qui s'est passé,

je suis resté comme je vous ai laissés,

quand je jouais, jouais, jouais...

je jouais au foot et ne me fatiguais jamais,

je jouais avec ta mère et je l'embrassais,

je jouais avec ma vie et je ne voulais pas,

avec les fascistes pourtant ne n'y jouais pas,

je tirais, je tirais, je tirais...


Puis, il m'a touché les pieds dans le lit,

et il a fait un signe, comme pour dire : tu es grand !

Et dis-moi, dit-il, avant de m'en aller,

qu'as-tu fais de la vie

que je t'ai donnée en jouant avec la mienne...

Je voudrais savoir : ce monde tu l'as changé ?

Ce grand pays, vous l'avez transformé ?

L'homme nouveau est-il né ou n'est-il pas né ?

De quelle manière vous nous avez vengés ?

Et il riait des yeux, des cheveux,

il semblait presque qu'il le faisait exprès.

Il se foutait de moi, je compris, ce puant,

il riait et attendait ma réponse.

Mais toi, que veux-tu avec toutes ces questions ?

Mais car tu es mon père, tu en profites.

Tu me dois le respect, je suis le plus grand !

Ça va maintenant tu prétends que tu a des droits

car tu es un partisan fusillé...

Mais si tu m'éveilles, je te répondrai

mais attends seulement que je retrouve mon souffle.


Certes, la vie est améliorée !

Nous l'avons quand même fait des progrès.

Irrésistibles, ont-ils écrit dans les journaux.


C'est mieux ainsi – me fait-il – on voit ce que ça a servi...

Tu vois quand ils m'ont fusillé

Je n'ai pas crié les phrases des héros

Je pensais à vous qui sur le même terrain

auriez certainement gagné la partie

même si je perdais la première mi-temps.


Non, un moment papa, je t'explique mieux...

Ce n'est par que nous ayons déjà tout à fait gagné

dans la mesure où il y a un retour hem...

Et alors mon père, ce garçon,

qui se peignait devant le miroir

se retourna, me fixa et me demanda :

Mais en somme, à présent, le peuple commande ?


Là, j'ai bondi sur le lit, avec une main,

je me remontais les pantalons, avec l'autre

je cherchais à le toucher, et je ne pouvais pas.
Alors, j'ai parlé,

car il m'avait pris comme une mélancolie

et je ne voulais pas qu'il s'en aille

avant de savoir bien comment ç'avait été.

Tu es un gamin, papa, comme je t'explique,

tu ne peux pas comprendre comment change le monde.

Il y fait du temps, ce temps mange

nos rêves,; moi, tu sais ce que je fais, j'attends !

Tout ce qui vient, je l'accepte,

Nous sommes contents si la Roma gagne,

Les camarades sont si nombreux et les sourds si peu...

et il n'y a plus temps pour les jeux.


Il y en a toujours qui t'arrachent les plumes,

Mais tu ne pourras pas comprendre, papa, tu es un gamin.

Si tu étais vivant, je t'ajouterais trente ans,

il vaut mieux que tu retournes d'où tu es venu,

car ceux qui t'ont fusillé,

sont précisément ceux-là qui te font mourir tous les jours !

Laisse tomber papa, il n'y a pas d'air ici,

Nous avons grandi... Nous ne sommes plus des enfants.

Retourne jouer avec les autres garçons

qui ont fait comme toi,

nous nous sommes sérieux... et nous ne jouons plus.


À ce point, mon père s'est lassé,

il a haussé les épaules, un salut,

il a remis sa gloire dans son sac,

et il a tourné le dos et s'en est allé

en répétant au vent son histoire :

Mais qu'en sais-je moi de ce qui s'est passé,

je suis resté comme je vous ai laissés,

quand je jouais, jouais, jouais...

je jouais au foot et ne me fatiguais jamais,

je jouais avec ta mère et je l'embrassais,

je jouais avec ma vie et je ne voulais pas,

avec les fascistes pourtant ne n'y jouais pas,

je tirais, je tirais, je tirais...



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Published by Marco Valdo M.I. - dans Gigi Proietti
28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 16:16
La musica dei Poveri, ce titre est celui d'une chanson des Mercanti di Liquore (2002). Il pose au locuteur de langue française un énorme problème de traduction, qui a du sens. Le titre est "La Musica dei Poveri" et le refrain est "La musica è dei poveri... " et là, on voit bien où se trouve la difficulté : traduire par "la musique est des pauvres". Cela ne sonne pas bien en français. « La musique est aux pauvres », sonne déjà beaucoup mieux et révèle un sous-entendu : la musique est celle des pauvres, elle est des leurs, elle vient des pauvres, elle ne peut vivre que parmi eux. D'où le titre français : « La Musique aux Pauvres ! » (point d'exclamation compris) qui claque au vent, qui sonne comme une injonction, comme une revendication, comme une devise, comme un slogan.

Quand on l'emmène dans le monde des riches, elle trouve l'atmosphère déliquescente et elle dépérit, elle s'anémie, elle perd toutes ses couleurs, elle s'épaissit de mauvaises graisses, elle traîne son corps adipeux, elle étouffe, elle ternit... Dans ce monde-là, des chacals multinationaux lui courent après. Ils la vendent, ils la prostituent et s'en font de gras revenus.

« Si tu chantes ma chansonnette, pour faire ton métier de vedette

T'as qu'à barrer ce qui t'embêtes avec des X avec des X

Ou bien chanter en engliche des conneries qui plaisent aux riches

Alors tu seras sur l'affiche... », chantait Léo Ferré dans une chanson au titre explicite « La Mafia ».



Les musiciens, les chanteurs – enfin, pas les cuistres ni les pitres – pour la plupart, ont juste droit aux miettes.

La musique et la chanson – qui valent – sont des jumelles rebelles. Elles ont souvent pris parti dans les luttes des hommes, dans cette grande guerre civile qui chaque matin se relance.

Elles sont du côté des pauvres irrémédiablement. Diablement !

 


LA MUSIQUE AUX PAUVRES !



Chanson italienne – La Musica dei Poveri – Mercanti di Liquore – 2002

Version française – La Musique aux Pauvres ! – Marco Valdo M.I. – 2008



Elle n'appartient pas à la culture

On ne la trouve pas sous un drapeau

Elle n'a jamais besoin de protecteurs

Elle ne peut pas rester à l'intérieur, sa place est dehors !

Ils ne l'auront pas ces fils du bien-être

Elle reste ce qu'elle doit être

Ils ne l'auront pas ces avocats ni ces affairistes

Encore moins les policiers ou les emprisonneurs

La musique est aux pauvres, la musique est aux pauvres

Elle a mille visages ou un seul seulement

Plus elle est lointaine et plus elle t'est parente

Elle est nouvelle, elle a cent mille ans,

Ils cherchent à la tuer mais elle est vivante.


La musique est aux pauvres, la musique est aux pauvres


Beaucoup en réclament la paternité

Mais elle n'appartient même pas à qui la fait

Les marchands de disques ne l'auront pas

ni les pitres déguisés en grands artistes

les criminels distingués ne l'auront pas

Elle n'est pas aux vainqueurs, elle est aux vaincus.


La musique est aux pauvres, la musique est aux pauvres

La musique est aux pauvres, la musique est aux pauvres

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Published by Marco Valdo M.I. - dans Mercanti di Liquore
28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 16:09

CHANSON DU PÈRE


Chanson italienne – Canzone del Padre – Fabrizio De André – 1973.

Version française – Chanson du Père – Marco Valdo M.I. – 2008


Tu veux vraiment laisser à tes yeux

Seulement les rêves qui n'éveillent pas.


Oui, votre Honneur, mais je les veux plus grands.

Il y a là une place, c'est ton père qui l'a laissée

Tu ne devrais que rester sur le pont

Et regarder les navires passer

Les plus petits, tu les diriges vers le fleuve

Et les plus grands, ils savent déjà où aller.


Ainsi je suis devenu mon père

Tué dans un rêve précédent.

Le tribunal m'a fait confiance

Acquittement et délit dans le même mouvement


Et à présent, Berto, fils de la Lavandière,

Mon camarade d'école, préfère

apprendre à compter sur les antennes des grillons

pour jouer, il n'utilise jamais de bulles de savon.

Il enterrait sa mère dans un cimetière de lessiveuses,

enveloppée dans un drap comme un héros.

Il s'arrêta un moment pour suggérer

à Dieu de continuer à s'occuper de ses affaires

et il s'échappa avec la peur de rouiller.

Le journal d'hier le dit mort rouillé.

Les croque-morts en ramassent souvent

des gens qui se laissent pleuvoir dessus.

J'ai investi argent et affection;

banque et famille donnent des rendements sûrs,

avec ma femme, on discute de l'amour.

Il y a des distances, il n'y a pas de peurs,

Mais chaque nuit, elle se rend à moi toujours plus tard

Des hommes viennent, il y en a un plus maigre,

Il a une valise et deux passeports,

Elle a des yeux d'une femme que je paye.

Commissaire, je te paye pour ça,

elle a les yeux d'une femme qui est mienne,

l'homme maigre a les mains occupée,

une valise de breloques, une feuille de route.


Il n'a plus la face de son premier haschich;

c'est mon dernier fils, le moins voulu,

Il a quelques loques où on achoppe,

Il s'en fout de se lever, même quand il est tombé;

et mes alibis prennent feu

mon Guttuso encore à authentifier

maintenant les flammes entourent mon lit

ces rêves qui n'éveillent pas.

Votre Honneur vous êtes un fils de pute,

je m'éveille encore et je m'éveille en sueur,

maintenant, attendez-moi en dehors du rêve

Nous nous verrons vraiment,

je recommence au début.

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Published by Marco Valdo M.I. - dans Fabrizio De André
28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 15:52

LA PESTE


Chanson italienne – La Peste – Giorgio Gaber – 1974

Version française – La Peste – Marco Valdo M.I. – 2008



Un bacille qui sautille,

qui se déplace un peu curieux,

une bactérie négative,

un bacille contagieux.

Il serpente dans l'air

avec un certain mystère,

les rumeurs vont nombreuses

ce n'est pas vraiment un secret,

les gens en parlent à voix basse,

la nouvelle se diffuse doucement

dans Milan.

Les gens ont peur,

ils commencent à se méfier,

ils s'enferment chez eux,

une explosion de terreur,

un hurlement inhumain,

la peste à Milan.

A Milan, il y a des gens qui meurent,

la nouvelle fait un certain tapage,

dans la province aussi on meurt.

La peste se diffuse lentement,

puis grandit et on parle de contagion,

on soupçonne qu'il y a un foyer

qui part du centre et rayonne,

qui étend partout

la peste noire.

C'est une épidémie des plus malignes

avec des bubons qui empestent hommes, femmes et enfants,

l'infection est transmise par les rats des égouts,

mais on a vu de très habiles mains les lancer des avaloirs,

ce sont les habituelles mains cachées et puissantes

qui travaillent en dessous, qui sont toujours présentes.

Les gens se défendent désespérés,

la peste harcèle et avance,

elle s'épand ; aguerrie, elle se déchaîne,

c'est encore pire que celle des vents,

la peste nous arrive dessus,

la peste ne s'arrête plus

des morts partout

qu'on entasse comme des animaux,

cela ne fait même plus d'effet,

ce sont des choses normales.

On photographie les cadavres,

on ne s'en offusque même plus

on se lave, on se peigne,

on sort, on va au bar,

on évite les cadavres.

On n'en fait plus de cas,

on s'habitue si vite,

au fond, il en meurt tant

même le weekend du quinze août.

Un bacille à bâtonnet

qui t'entre sans le cerveau,

une bactérie négative,

un bacille à matraque.


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Published by Marco Valdo M.I. - dans Giorgio Gaber
28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 13:45

 

CHAIR HUMAINE POUR DÉJEUNER


Francesco De Gregori – Carne umana per colazione. 2008

Version française : Chair humaine pour déjeuner - Marco Valdo M.I.


Hey,

On ne devrait probablement pas le faire,

Cependant, on le fait déjà

Correctement, politiquement

et puis, sans doute, ça deviendra

quelque chose qui divertira les gens,

un nouveau genre de télévision,

un loisir intelligent,

un championnat de liposuccion.


Hey,

C'est une nouvelle spécialité :

Chair humaine pour déjeuner !

Chair humaine pour déjeuner !


Hey,

Tu ne dois pas te tracasser,

prends la chose avec tranquillité.

Il est garanti que ça ne fait pas mal,

mais ce n'en est pas moins une nouveauté !

C'est l'eau qui s'alourdit,

la photocopie d'une explosion,

de la chaux vive dans un restaurant,

ou une fumée dans une gare.

Hey,

Ne sens-tu pas ? Ils cuisinent déjà

De la chair humaine pour déjeuner !


Hey,

Il y a une lumière au milieu du ciel

Juste là où tu regardes.

Il y avait une fois un monde entier

et à présent, il n'existe plus,

pourtant il existait vraiment

et il a fini on ne sait comment;

il n'en est quasi rien resté

à part l'écho d'une radiation.

Hey,

D'ici à l'éternité :

Chair humaine pour déjeuner.

Hey,

Y a quelque chose dans le journal,

Ils en font la publicité.

Tu ne dois la laisser échapper :

C'est un éclat de modernité,

C'est un héros de l'autre guerre,

enfermé dans une prison.

Sera-t-il pendu demain matin

ou libéré sous caution?

Hey,

Quelqu'un a déjà parié :

Chair humaine pour déjeuner !

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Published by Marco Valdo M.I. - dans Francesco De Gregori
28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 12:23
Pour ne pas laisser oublier, ne pas laisser tomber les disparus du bout du monde. En mémoire de tous ceux qu'on fait disparaître, de tous ceux qu'on a fait disparaître et de tous ceux qu'on fera disparaître et à ceux qui chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde de leur vie sont sur le qui-vive de l'espérance. Comme chantait Barbara, dans un autre registre : "Dis quand reviendras-tu?..."
PLACE DE MAI



Chaque jeudi

Toutes les semaines

Avec un mouchoir sur la tête

Pour ne pas oublier


Sur la Place de Mai

Elles vont raconter

Elles portent encore sur leur sein

La chaleur de la respiration.

Enfants de l'espérance

Grandis avec les idées

Contre la nuit noire

du credo militaire.

Des enfants de cette terre

réclament la vérité.

Sur la Place de Mai

réclament la vérité.

Les disparus

réclament la vérité.


Ce fut une nuit noire

qui les a emmenés

Une nuit en uniforme

Qui les a enlevés


Des enfants de cette terre

réclament la vérité.


Sur la Place de Mai

réclament la vérité.

Les disparus

réclament la vérité.


Chanson italienne : Plaza de Mayo – Casa del vento
Version française – Place de Mai -Marco Valdo M.I. - 2008
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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 12:18

WORKIN' CLASS


Chanson italienne – Workin' Class – Radici nel cemento

Version française – Workin' Class – Marco Valdo M.I. – 2008



Radio, TV et journaux ne parlent que de vous,

Il semble que plus personne désormais ne se lève à six heures...

Et pourtant, je vois des chantiers tout autour de nous

et alors, tu sais ce que je te dis :

ce soir, sera la fête pour vous !

Cha–na–na–na-na–na the workin’ klass!

Cha–na–na–na–na–na the workin’ klass!


J'ai entendu dire que la technologie nous sauvera,

qu'au travail, plus personne ne se cassera l'échine désormais

Je n'y crois pas beaucoup, mais ce sera peut-être vrai...

et alors, tu sais ce que je te dis : ce soir la star ce sera vous !

Cha–na–na–na-na–na the workin’ klass!

Cha–na–na–na–na–na the workin’ klass!


Je ne sais pas bien quand finira cette vieille histoire

Mais des « travaux en cours », il y en a plein la ville...

Et je sais que celui qui lutte et qui sue

tôt ou tard, prendra le dessus

Et alors, tu sais ce que je te dis :

Ce morceau est pour vous!

Cha–na–na–na-na–na the workin’ klass!

Cha–na–na–na–na–na the workin’ klass!





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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 11:44
Ballade pour une prisonnière

Texte d'Erri De Luca – Ballata per una prigioniera

version française : Ballade pour une prisonnière – Marco Valdo M.I. – 2008

La scène est sobre : fond noir et, au milieu sur l'estrade, une table de bois avec quatre chaises. Au dessus de la table, une lampe, qui selon qu'elle est allumée ou éteinte, dira ensuite l'auteur, représentent les passages entre les différentes stances où s'articule la très belle et très sensible chanson qui va être présentée. Une chanson avec un titre suspendu entre Cervantès et Balestrini, Donquichotte et les invisibles.

Trois personnes sur la scène, un habile clarinettiste, un chanteur ferroviaire et un écrivain, qui ensuite serrait le principal auteur du tout. Trois personnes, quatre sièges, car la dernière chaise, celle qui est restée vide est un appel de coresponsabilité pour ceux qui entendent encore vivre des moments plus ou moins longs de leur propre vie comme réponse à une série de questions, cette génération capturée...


Et alors, les Donquichottes peuvent être les Valsusains en lutte, les migrants incarcérés dans les lagers appelés par euphémisme « centres de permanence temporaire », mais aussi le poète bosniaque Izet Sarajlic, citoyen d'entre les citoyens d'une ville martyrisée par des bombes humanitaires, et Nazim Hikmet, dont les vers servent de prologue au voyage en forme de chanson, parti à la recherche de Dulcinée, passé par guerres et morts pour s'arrêter, à la fin, parmi les invisibles.

Les invisibles, décrits d'abord à travers leurs pieds entravés ( « ils sont la part la plus prisonnière d'un corps incarcéré. Et celui qui sort après des années doit apprendre à nouveau à marcher en ligne droite ») et puis, à travers la dédicace à une amie chère, sur la feuille de laquelle il est écrit : fin de peine, jamais. Une dédicace, qui au début allait trop souvent à la ligne, où pour l'occasion ont été ajoutés trois accords d'accompagnement.

Federico Marini, dalla mailing list "Brigatalolli".



Information complémentaire ajoutée par Marco Valdo M.I.: la version belge des « centres de permanence temporaire »,

« On les appelle Centres Fermés mais il serait plus juste de les nommer centres d’incarcération ou prisons. Ce sont des zones de non-droit, des espaces clos, clôturés par des hauts murs et des barbelés. C’est dans ces « centres » que l’on enferme les candidats réfugiés auxquels l'État belge refuse un titre de séjour. Ces personnes devenues « sans papiers » seront expulsées, de gré ou de force par la police fédérale qui saura « calmer » les plus combatifs, quitte à assassiner des Sémiras au nom de la sûreté de l’État. »





Deux pensées de Marco Valdo M.I. en forme de clins d'œil pour la « prisonnière », tous les prisonniers politiques :



« À la chasse aux sorcières, je prends toujours le parti des sorcières »

« Ô mânes d'Orwell... Nous vivons dans la ferme des animaux et les cochons sont au pouvoir. » (Marco Valdo M.I.)

et une de Charles De Gaulle (1940) : « Nous avons perdu une bataille, mais nous n'avons pas perdu la guerre... Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !  »

et Marco Valdo M.I. ajoute pour tous les camarades : à méditer.





Il était dangereux

de lui laisser les mains libres

sans fers enfilés autour des poignets

quand elle revit de l'espace, des arbres, des routes,

au cimetière où

on portait son père.

Dix ans déjà écoulés,

Mais les compter ne sert à rien,

la perpétuité ne finit jamais,

Plus tu vis, plus tu y restes.

Il était dangereux

de lui permettre des embrassades,

et le règlement

exclut tout contact.

Il était dangereux

ce deuil des parents

devant le père mort

Ils pouvaient tenter

qui sait de la libérer

la fille rigidifiée,

seulement pour compenser

la mort par la vie.


Spectacle manqué

La guerrière en sanglots,

mais qui est lié aux poignets

ne peut laisser couler ses yeux.

Pour se faire jour, larmes et sourires,

doivent avoir un peu d'intimité

car ils sont sauvages, ils ne peuvent

naître en état de captivité.


“On n'a plus été ensemble, vrai, papa ?
D'abord la lutte, les années clandestines,

même pas une téléphonade à Noël,

puis la prison spéciale, ton visage,

revu derrière la vitre séparative,

d'abord intimidé, puis effrayé

et avec un haussement d'épaules

tu disais : “murs, vitres, barreaux, gardes,

n'arrivent pas à nous séparer,

je suis de ton côté

même si je ne peux pas te toucher,

au contraire, regarde ce que je fais,

je mets les mains en poches”.

Sois patient, papa, même cette fois-ci

je ne peux pas te caresser

entre mes gardiens et mes fers.

Cependant merci: de m'avoir fait sortir

ce matin, d'une paire d'heures

de peine à passer à l'air libre”.


Maintenant tu peux la rencontrer

le soir quand elle rentre

à la via Bartolo Longo,

prison di Rebibbia,

domicile des vaincus

d'une guerre finie,

résidence perpétuelle

des défaits à vie.

Traverse la rue, ne te retourne pas,

Camarade Lune, vieille prisonnière

qui s'accroche aux barres de la nuit.


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Published by Marco Valdo M.I. - dans Erri de Luca
27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 17:59

 

 

PEUPLES EN VENTE.

Chanson italienne – Popoli in vendita – Radici nel cemento – 1996

Version française – Peuples en vente – Marco Valdo M.I. – 2008





Qu'elle saute ! cette Europe des banquiers

s'ensable : trop de fondés de pouvoirs.

Elle s'écaille sur un objet qui n'est même pas déballé,

tendis que la table des puissants se comble

d'aspirants européens, elle s'embourbe

tandis que les superministres prennent le thé ...


J'ai fait un saut dans les Balkans

pour voir s'il y a une Europe unie

et j'ai vu seulement des hyènes, des loups et des chiens qui s'entredéchiraient

sans un pourquoi et aux collines de la verte Irlande,

j'ai demandé : « L'Europe, où est-elle ? »; on m'a répondu :

« Ici les gens sont fatigués d'une paix qui n'est pas sincère. »


Qu'elle saute ! Ce rêve d'Europe ne décolle pas

Mais comme un chien qui tient son os ne lâche pas

tandis qu'arrive une autre tasse pour toi,

le géant aux pieds d'argile vacille

secoué dans son fondement, il bascule

tandis que les superministres prennent le thé ...

Et puis l'homme orgueilleux et fier m'a dit

qu'il s'en foutait complètement de cette affaire :

«  Celle-là seule est notre terre

aucun marchand ne nous la prendra jamais ».

Et puis, j'ai demandé à l'ouvrier basque

qui lève le poing pour sa liberté;

il m'a dit : « Moi, je ne m'y laisse pas prendre !

L'oppression un jour ou l'autre finira.


Qu'elle saute ! Dans sa cuirasse, on a ouvert une faille

à coups de marteau. Moi je dis, elle s'effondrera !

Frappons ensemble tôt ou tard, elle cèdera.

Qu'elle saute ! Cette Europe des contents se délite,

Trop de louches trafiquants, elle s'effrite

tandis que les superministres prennent le thé
tandis que les superministres prennent le thé


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Published by Marco Valdo M.I. - dans Radici nel cemento

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