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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 20:45

WACATROIA WACATANCA

Version française - WACATROIA WACATANCA – Marco Valdo M.I. – 2012

d'après la version italienne d'Alberto Martino d'une

Chanson comasque (italien) - Wacatroia Wacatanka - Davide Van De Sfroos

 

 

Il faut toujours se demander, dit Marco Valdo M.I. de l'air docte du savant, le pourquoi des choses...

 

Certes, dit Lucien l'âne en hochant la tête qu'il a grosse comme celle d'un âne. Mais encore...

 

D'abord, ce titre mystérieux... On dirait une langue inconnue et peut-être l'est-ce réellement, mais pour moi, je le traduirais volontiers... Je rappelle avec prudence que je ne suis ni traducteur, ni linguiste et moins encore, étymologiste... Mais, quand même, comme on dit, par ci, « En avant, y a pas d'avance ! »

 

Ah oui, dit Lucien l'âne, et je voudrais bien voir comment...

 

C'est tout simple..., dit Marco Valdo en souriant d'un air bizarre comme s'il venait de découvrir un œuf de colombe. Et de plus, ça éclairerait bien la chanson tout entière. Je m'explique, car je vois ton regard incrédule. On retrouve deux fois le même début : wacca ou vacca... Autrement dit : vache. Je te rappelle que Van De Sfroos vient d'une région montagneuse du Nord de l'Italie où le mot « vacca » signifie très clairement : « vache » et où de fait, il y en a pas mal sur les plateaux herbeux. On doit d'ailleurs y faire d'excellents fromages... mais passons...

 

Va pour la vache..., dit Lucien l'âne. Ce sont des bêtes placides avec lesquelles je m'entends assez bien. Et elles me sont très sympathiques. Et le reste...

 

Il y reste : troia et tanca... Pour troia, je m'en tiendrai à la signification que peut en donner un italien, c'est-à-dire truie ou, dans un sens dérivé, putain. Donc, putain de vache !

 

Admettons, dit l'âne Lucien complètement hilare... J'en connais plein des vaches de ce genre... Elles meuglent comme des folles et ennuient tout le monde dans les prés. Et la suite...

 

Là, c'est plus compliqué... Peut-être notre ami, Gian Piero qui est de la même région pourrait-il nous éclairer... mais, moi, je vais te dire ce que j'en crois. Tanca... en Sardaigne, c'est le pré... Comme bien tu penses, les prés et les vaches vont ensemble... Mais le K me ferait penser plutôt à une vache tank... À moins que ce ne soient tout bêtement que des imprécations à une divinité... Comme quoi, tu le vois, Lucien l'âne mon ami, l'étymologie est une science difficile. Cela dit, la chanson rapporte la réflexion ou la récrimination d'un Amérindien à propos de l'invasion de son univers par les Visages Pâles... Un récit plein d'humour, mais un rappel saumâtre de l'indignité de cette extermination dont les Européens se sont rendu coupables ce qui nous ramène au début de notre conversation... Le pourquoi de cette chanson écrite en comasque.

 

Je crois deviner, dit Lucien l'âne, qu'il nous faut établir certain parallèle avec ce qui s'est passé dans les régions de montagne... N'y a-t-on pas vu venir des gens (les touristes ? Les industries du tourisme?) qui ont repoussé les paysans, qui les ont délogés des meilleurs endroits ? Qui repoussent les montagnards et qui on transformé les villages en désert ? Bref, n'y a-t-il pas eu là aussi une invasion civilisatrice ou une « civilisation forcée » ? Regarde ces « macaques à la face blanche venus pour prier » qui tiennent leur divinité clouée sur une croix pour qu'elle ne s'en aille pas... Souviens-toi de notre « Noi, non siamo cristiani, siamo somari »...

 

En effet... Et, dis-moi Lucien l'âne mon ami, ce « train plein de gens qui mange nos plaines » ne te rappelle-t-il rien ? Remplace plaine par vallée, donne de la vitesse à ce train... Bien sûr tout cela n'est que supputation... Mais quand même, ça me rappelle le combat de Marco Camenisch (que les autorités suisses tiennent toujours en prison... pour un assassinat qu'il n'a pas commis et pour faire taire une voix intransigeante) pour le sauvetage des alpages, contre l'invasion électrique, autoroutière, ferroviaire... touristique... C'est une chanson de résistance... Ora e sempre : Resistenza !, semble-t-elle dire.

 

En fait, pour conclure, il faudrait demander l'avis du fantôme du lac... dont toutes les rives sont mangées par les « résidences », les hôtels... et la mercantilisation. Il nous faut vraiment continuer notre tâche et tisser obstinément le linceul de ce monde rétrograde, destructeur, inconscient, attilesque et cacochyme. (Heureusement !)

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Vaccatroia, Wacatanka

Ici, pour tous, c'est l'abondance

Mais pourquoi les Visages pâles

Veulent-ils tout pour eux seuls ?

Nous étions ici, beaux avec nos peintures

Avec les plumes sur nos têtes

Ce doit être pour ça qu'ils nous ont pris pour des Alpini

Qu'ils ont commencé à nous faire boire leur whisky

Et leurs trains pleins de gens

Mangent toutes nos plaines

Alors, nous avons essayé de prendre leurs femmes

Mais elles étaient trop difficiles à déshabiller

Et leurs trains pleins de gens

Nous ont apporté aussi la peur.

Quand il pleut, ils restent à l'intérieur

Quand il fait soleil, ils prennent une ombrelle.

Ils sont venus prendre notre monde

Avec un plat sur la tête.

Prenez garde, wacatanka

Aux macaques à la « face blanche »

« Nous sommes venus pour prier »

Et maintenant, il y a une banque.

Mais qui croient-ils être

Coiffés comme des poissons ?

D'abord, ils m'ont photographié

Et après, ils m'ont tiré dessus.

Ils sont arrivés en bas sur la plage

Sur une île qui voyageait

Un Gênois qui s'était trompé de route

A amené les autres avec une épée

Et tous, ils ont une montre

Pour savoir quand vient le soir

Et une selle sur leur cheval

Pour ne pas s'écraser les balles.

Ils ont tué leur dieu

Et ils lui demandent pardon à voix basse

Mais par peur qu'il s'échappe,

Ils le tiennent cloué sur une croix.

Wacatanka, je suis ici

Nu, au sommet de la montagne

Et je peux voir à présent leur bannière

Effacer mon tableau.

Nous avons essayé de leur faire entendre raison

Et de discuter ensemble sous une tente

Ils ne nous ont pas donné de réponse

Et ils ont même rejeté notre demande.


Vaccatroia, Wacatanka.

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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 21:26

LE FANTÔME DU LAC

Version française – LE FANTÔME DU LAC – Marco Valdo M.I. – 2012

d'après la version italienne de Gian Piero Testa d'une

Chanson comasque – El fantasma del laac - Davide Van De Sfroos – 1992

 

 

 

Il est bien sympathique ce fantôme..., dit Marco Valdo M.I. en riant. Il y a déjà quelques mois qu'on parle ensemble et je lui avais promis de lui mettre sa chanson en français... Car il me disait qu'avec tous ces touristes, il essayerait peut-être de se réfugier pour un moment de répit sur un lac en Suisse ou en France, là où on parle le français et sa chanson lui servirait de carte de visite. Trop de touristes, mais aussi, dit-il, le fait que l'Italie lui semble dans une passe difficile et qu'on ne sait jamais... REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VONT NOUS LE FAIRE BIENTÔT. Il n'aimerait pas qu'ils lui prennent son suaire ou qu'on tente de le forcer à travailler...

 

Oui, évidemment... Je le comprends, dit Lucien l'âne, tout frémissant à l'idée qu'on tente de le forcer à travailler. Qu'on lui prenne son suaire, passe encore... Mais si on essaye de le forcer à travailler... Là, c'est un casus belli. Les travaux forcés, le travail obligatoire, c'est une condamnation à vie, d'autant qu'ils veulent encore retarder l'âge de la retraite... Moi aussi, je prendrais la tangente... Je dis tout de suite pour nos amis italiens que « prendre la tangente », en français, ce n'est pas encaisser une somme pas trop claire de manière discrète, comme – dit-on – le font certains politiciens. C'est tout simplement s'éclipser en douce... S'en aller de côté, l'air de rien ; partir tant qu'il en est encore temps.

 

À propos de mot, dit Marco Valdo M.I., je voudrais revenir un instant sur la traduction dans cette version du fantôme du lac du mot italien : « palle »... J'imagine que tu sais aussi bien que moi ce qu'il signifie, mais précisons-le tout de même pour qu'on ne croie pas que nous l'ignorons : les « palle », ce sont les couilles. Ici, je l'ai traduit par « os », non pas que je craigne de dire « couilles », ou n'importe quel mot, mais ici, la tentation de la rime (« Mais qui dira les torts de la rime... » - pour nos amis italiens ou anglo-saxons, j'indique qu'il s'agit un fragment de L'Art Poétique de Paul Verlaine, que je considère comme un des textes poétiques les plus extraordinaires qui soient et surtout, un des plus beaux – je le proposerai sous forme de chanson aux Chansons contre la Guerre..., , car il a été chanté par Léo Ferré) ou plus simplement, le goût d'un mot pour un autre, laissant planer un peu de doute sur la chose (« où l'indécis au précis se joint... »)... Certes, tout ceci est bien vrai, mais aussi, je te rappelle qu'Henry IV, jusqu'à cinquante ans, a cru que c'était un os, au demeurant fort proche de certaines parties du corps que la morale et la décence m'interdisent de préciser davantage. C'est donc un clin d’œil au roi de Navarre, réputé pour son grand nez.

 

Quand tu auras fini de raconter n'importe quoi, tu voudras bien me dire ce que ce fantôme vient faire dans les CCG...

 

Mais enfin, Lucien l'âne mon ami, n'as-tu pas vu qu'il y était question de partisans, de répression fasciste... Qu'il n'est pas le fantôme d'un seul mort que commit cette terreur … Il parle quand même de trois cents morts... Enfin, moi je ne suis que traducteur... Pour d'autres détails, il te faudra interroger Gian Piero Testa qui est du coin et doit en savoir beaucoup plus que ce que je devine. Ce ne serait d'ailleurs pas mal, s'il nous expliquait un peu les songes de ce fantôme... À moins que Davide Van De Sfroos lui-même...

 

En attendant, Marco Valdo M.I. mon ami, fantôme ou pas fantôme, il nous faut continuer notre tâche qui, je te le rappelle, consiste à tisser le linceul de ce vieux monde belliqueux, replet, humainement indigne et cacochyme. (Heureusement!)

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

Je voyage sur le lac,

Comme une mouche sur le verre,

Je vais, je viens

De Bellagio à Bolvedro,

Et je voyage sur les chemins,

J'épouvante les fillettes

De Cadenabbia à Tremezzo...

 

Oh, oh, je suis le fantôme du lac

 

J'ai vu la guerre

J'ai vu les partisans

Et ceux qui ont massacré

Là au dessus d'Azzano,

Je voyage dans le vent

Et je me gratte une épaule

Cette nuit pour dormir

Je resterai en bas à Sala (Comacina)...

 

Oh, oh, je suis le fantôme du lac

 

Je suis mort trois cents fois

Et je suis encore en paix

Il me plaît de poursuivre

Les jeunettes de Domaso.

Cependant, parfois

J'ai aussi le bleu

Et je pleure un peu

En bas sur la rive de Colonno...

 


Oh, oh, je suis le fantôme du lac

 

Je suis poursuivi

Par les carabiniers d'Argegno

Qui veulent m'emprisonner

Dans une maison de bois

Et me courent après aussi

Les douaniers de Nobiallo

Et je leur dit

De ne pas me casser les os

 

Oh, oh, je suis le fantôme du lac

 

Me coursent aussi

Les frères de Piona

Qui veulent me remplacer

Par une quelconque Madone

Et je fuis

Sans parebrise

Il m'arrive de changer de lac

Et je finis à Porlezza (Lac de Lugano)...

 

Oh, oh, je suis le fantôme du lac

 

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 17:32

MON CAPITAINE

 

 

Version française – MON CAPITAINE – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne (Comasque) – Sciuur capitan – Davide Van De Sfroos – 2003

Texte et musique de Davide Bernasconi

 

 

La légende raconte qu'un jour, dans la salle d'attente d'un dentiste, Davide avait rencontré cet homme. En parlant du fait que, régulièrement, dans les « récits de guerre »de nos anciens, personne n'admet jamais d'avoir tué un ennemi, son interlocuteur lui a raconté que, oui, lui avait tué quelqu'un à la guerre. C'est l'épisode qui marqua la fin de sa présence sur le champ de bataille.

 

 

 

Mon Capitaine, regardez ma main

J'ai tué une ombre la nuit de l'an prochain

C'était plus facile que déboucher une bouteille

D'un coup de fusil dans la tête, nul ne se réveille.

 

Mon Capitaine, j'ai tué une personne

Je ne sais si elle était mauvaise, je ne sais si elle était bonne

On m'a donné mille motifs, et je n'en trouve aucun

Je sais que me manque mon fils, je sais que ma femme me manque.

 

Mon Capitaine, c'est cela la vérité

J'en ai plein les couilles, Giovanni rentre chez lui.

J'ai touijours été à vos ordres et je ne vous ai jamais trahi

Mais ce soir, cette guerre m'a excédé.

 

Mon Capitaine, regardez quelle ironie

Elle pourrait être à moi, cette veste ennemie

Il suffisait que je rencontre un bâtard comme moi

Au lieu de rencontrer le pauvre qui gît là.

 

Mon Capitaine, je sens venir le froid

Je me sens devenir vieux et cette guerre n'en finit pas.

Nous mourons en tenue, nous rentrons dans un drapeau,

Et nous acceptons que la mort se promène en pareo.

 

Mon Capitaine, regardez mes yeux,

Et ce pays là à genoux

Nous sommes là à garder la frontière et nous pensons être forts

Mais pour crever, il ne faut jamais de passeport.

 

Mon Capitaine, c'est cela la vérité

J'en ai plein les couilles, Giovanni rentre chez lui.

J'ai toujours été à vos ordres et je ne vous ai jamais trahi

Mais ce soir, cette guerre m'a excédé.

 

Mon Capitaine, c'est cela la vérité

J'en ai plein les couilles, ce soir je vais rentrer.

Si vous voulez écrire, je vous donne mon stylo

Si vous voulez tirer, voici mon dos.

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 21:37

 

ET NOUS SOMMES PARTIS

Version française - ET NOUS SOMMES PARTIS – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne – E semm partii – Davide Van De Sfroos – 2001

d'après la version italienne de Gian Piero Testa (2011)





Comme des enfants portés à bras

À ce navire qui ne veut pas partir

Nous retissions la mer de notre œil pointu

Ici, nous avions l'ancre la plus grosse.

 

Comme des enfants soulevés par jeu

Par les ondes brisées qui savent tout,

Vers un horizon avec le soleil au cou,

Se balançant toujours, mais ne tombant jamais.

 

La vague d'hier pousse la vague d'aujourd'hui

L'œil du vieillard a été l'œil d'un garçon.

 

Et nous sommes partis, nous sommes partis

Pour cette Amérique trop vite imaginée

À double face comme la monnaie

Et une valise remplie de rien

Et nous sommes partis, nous sommes partis

Comme des morceaux de verre d'un verre en morceaux

Une vie neuve quand finit la mer

Pendant que l'ancienne te frappe dans le dos...

Et nous sommes partis, nous sommes partis

 

Comme des enfants salués de la main

Par des gens qu'on n'arrive plus à voir,

Des mouchoirs blancs qui ne peuvent voler,

Ils ne nous suivront pas, ils resteront là.

 

Comme des enfants frappés de coups pieds au cul

Par une paire de chaussures neuves

Et leurs yeux brûlent sans bruit,

Ce n'est pas le vent seul, ce n'est pas le sel seul.

 

La vague d'hier pousse la vague d'aujourd'hui

L'œil du vieillard a été l'œil d'un garçon.

 

Et nous sommes partis, nous sommes partis

Pour cette Amérique qui dévore tout

Un gratte-ciel, un révolver

Comme la fortune m'embrassera.

Et nous sommes partis, nous sommes partis

Comme un crachat contre le vent,

Si j'arrive à changer ma vie

Même si ce n'est pas à fond, ce sera mieux que rien

Et nous sommes partis, nous sommes partis

 

Comme des enfants attrapés au vol

Par cette statue qui cache le ciel.

Elle a une face dure et nous regarde bizarrement

Serons-nous sympathiques à la liberté ?

 

Et nous sommes partis, nous sommes partis

Pour cette Amérique trop vite imaginée

À double face comme la monnaie

Et une valise remplie de rien

Et nous sommes partis, nous sommes partis

Comme des morceaux de verre d'un verre en morceaux

Une vie neuve quand finit la mer

Pendant que l'ancienne te frappe dans le dos...

Et nous sommes partis, nous sommes partis

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 08:05

TÉLÉVISION

 

Version française – TÉLÉVISION – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne (Comasque Laghée) – Televisiòn – Davide Van De Sfroos– 2001

d'après la version italienne de Gian Piero Testa

 

 

 

 

« … il est trop tard désormais, désormais il ne m'importe plus de savoir pourquoi ils allaient sur la lune et ramenaient des cailloux et sur la terre, ils continuent à s'assassiner... »

 

 

 

 

Mon bon et brave ami Lucien l'âne, tu en as de la chance d'être un âne...

 

Ah, oui... et pourquoi ? , demande l'âne Lucien en faisant de ses deux grandes et magnifiques oreilles d'un noir d'encre de Chine de superbes points : d'interrogation avec celle de droite et d'exclamation avec celle de gauche, de sorte qu'il exprime à la fois : par la droite, sa dubitation (comme disait Michel de Montaigne) et par la gauche, sa stupéfaction. Sa dubitation et pas son doute... Car cette dernière est action tandis que le doute est un fait, un état ; en somme, elle est la mise en doute...

 

Pourquoi ? Je vais te le dire, mais ça risque de prendre un peu de temps. En résumé, tu as la chance de ne pas avoir dû subir la télévision et à ce fait, j'attribue ta vivacité d'esprit, ta capacité à réfléchir ainsi que ton ouverture sur le monde. Il faut dire évidemment que depuis plus de deux mille ans que tu le parcours, tu en as vu des choses, tu as eu le temps d'y penser et de les méditer. En vérité, tu mérites bien ton attribut de « somaro », du moins tel que je le conçois.

 

Au fait, je ne te suis plus trop, mon ami Marco Valdo M.I. Ce n'est pas que cela me gêne d'être ce que je suis, d'être un âne, une bête de somme, un « somaro », mais en quoi cela peut-il être gratifiant ? Il faut que tu me l'expliques.

 

Souviens-toi des paysans pauvres de Basilicate qui disaient, ainsi que le rapporte Carlo Levi dans « Le Christ s'est arrêté à Eboli » : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari »... et nous, nous en avons fait notre devise. Et ils avaient raison ces paysans pauvres de Lucanie, c'est bien ainsi que les considèrent les gens de la « Civilisation ». Ce qui ne fut en aucun cas le sort de bien des humains dits civilisés... Civilisé – en gros, dans notre coin du monde et pour l'esprit du temps, cela veut dire « cristiani » –

« chrétiens »... Cette dichotomie, cette opposition implicite faite par les paysans de Lucanie entre cristiani d'une part et somari (c'est-à-dire eux-mêmes) d'autre part, désigne très exactement l'état du monde au temps de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches (civilisés, cristiani, etc...) font aux pauvres (somari, pauvres, etc...) pour accroître leurs richesses et leur pouvoir.

 

Cette division du monde, qui est la conséquence et la cause de cette Guerre de Cent Mille Ans, a l'air fort simple... et pour certains, elle peut sembler simpliste... Je les entends d'ailleurs déjà ces voix de crécerelle...

 

Peut-être est-elle simple, mais elle recouvre une réalité bien complexe ; on la trouve à l'œuvre dans toutes les activités humaines ; elle traverse de part en part toute la vie de l'homme et même, de la Terre...

 

Et qui sait ?, dit Lucien l'âne en souriant à pleines dents. Demain peut-être s'en ira-t-elle dans l'espace... On ne sait jamais avec les progrès...

 

En effet, tu as raison. Ce pourrait bien être le cas, si on ne résout pas cette affaire avant ce grand saut... Et comme je l'ai déjà exposé, seule la disparition de la richesse, de l'idée-même de richesse, de cette poursuite infantile de l'avoir, de ce voyage dans l'avide, de cette manie de l'accumulation peut mettre un terme à cette Guerre, dont toutes les guerres ne sont que des épisodes. Et c'est dans ce cadre particulier et complexe qu'il faut situer le rôle de la télévision...

 

À propos de la télévision, dit Lucien l'âne, il me semble qu'il n'y a pas très longtemps qu'elle est arrivée dans les maisons et on dirait, à t'entendre, à entendre la chanson, on dirait pourtant qu'elle occupe presque toute la vie des gens. Un peu comme le faisait avant elle, l'église...

 

C'est un peu ça, dit Marco Valdo M.I. Aujourd'hui, disons depuis quelques dizaines d'années, la vieille chaîne médiatique (celle qui enchaînait les peuples) qu'était le réseau des églises, celle qui diffusait le message « civilisateur » a été submergée par les chaînes de la télévision. Car, et c'est important de le comprendre, la télévision fonctionne exactement comme l'église ou comme une religion (quelle qu'elle soit d'ailleurs). Il y a là au centre un émetteur (et sa structure) qui diffuse la bonne parole, via un nombre incalculable (ou presque) de relais, et de ce fait, impose sa vision du monde, c'est-à-dire ses propres intérêts à l'ensemble (ou presque) de l'humanité. Pour les détenteurs du pouvoir et donc de la télévision, il s'agit d'inculquer l'image de « leur société » dans la conscience, c'est-à-dire imprimer le modèle de « leur société » au cœur-même de la conscience (au sens où on dit « il a repris conscience ») de chacun, au plus profond de ce qu'en d'autres temps, on nommait l'âme ; il s'agit en réalité d'agir sur le processus vital, d'imposer le modèle unique et – enfoncez-vous bien ça dans la tête... – le seul possible. Pour ce faire et pour que cela fonctionne au mieux, il faut court-circuiter toute autre voie de réflexion, de fonctionnement, d'action... il faut éteindre toute source de divergence et dès lors, empêcher tout phénomène concurrent ou perturbateur afin de pouvoir installer une vision du monde (et une seule) et une façon de penser conformes à l'objectif poursuivi... Comme on ferait pour le dressage d'un chien. Dans cet exercice (du pouvoir), la télévision est un instrument presque parfait en ce qu'elle éteint toute velléité de pensée grâce à son effet hypnotique.

 

J'ai aussi la nette impression qu'elle cherche à noyer tout le monde dans une sorte de mélasse sirupeuse et plus que tout, à disqualifier la pensée, la réflexion, la méditation... « Vu à la télé »... Elle paralyse et séquestre...Elle enserre comme une pieuvre... Comme il est dit dans la chanson : « Assis dans mon divan, enfermé chez moi... J'ai la télécommande et je ne dois même plus me lever. »

 

Oui, oui, de plus, elle tente d'imposer l'idée que ce qui n'apparaît pas à la télévision, ce qui n'est en quelque sorte sanctifié par l'écran n'est pas digne d'exister, n'est pas à prendre en considération... C'est la recette des religions, c'est la recette de la publicité commerciale, c'est la recette de la politique où le produit vanté est le politicien lui-même.

 

Si j'ai bien compris l'effet hypnotique, c'est une sorte de lanterne magique qui s'allume et qui comme le prestidigitateur capte le regard du spectateur et puis, l'emmène dans une série de tours de passe-passe qui l'empêchent de voir ce qui se passe réellement. La télévision est un éteignoir à pensées. Elle joue un peu les artifices religieux qui pour camoufler les misères terrestres parlent du paradis à venir...

 

 

Certainement, mais il y a une grande différence dans l'efficacité à court terme. Vois-tu, Lucien l'âne mon ami, la télévision, elle ne promet pas le paradis, elle l'offre. Certaine religion promet au martyr (un croyant qui s'est sacrifié pour la bonne cause) un Eden rempli de jeunes personnes aux charmes ravageurs... La télévision l'offre sur un plateau tous les jours, à toutes les heures... D'où, l'abondance de culs, de fesses, de nichons, de cuisses... sur les écrans et leur nécessaire présence, leur omniprésence. Car la télévision est ubiquitaire, comme Dieu. Dieu est partout ; en fait, Dieu pour être Dieu doit être partout, le même et en même temps – ce que fait très exactement l'écran cathodique. D'où le fait que les écrans sont de plus en plus grands pour voir ce qu'on voit au fond du temple, c'est-à-dire le vide hypnotique.

 

Je ne sais trop comment votre humanité (et nous avec vous) va pouvoir échapper à pareille assuétude et sortir des griffes de pareille bête de proie, ni quand finira la Guerre de Cent Mille Ans, mais ce que je sais, par contre, c'est qu'il nous faut assumer modestement et sans trop barguigner notre tâche qui, tu le sais comme moi, consiste à tisser le linceul de ce vieux monde abondant, avide, arrogant, ambitieux et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

Il y eut de tout dans cette télévision :

Nous la regardions au bar posée sur le comptoir,

Des visages en noir et blanc passaient à grande vitesse,

Le monde en blanc et noir dans cette petite boîte...

D'abord, il y en a un qui chante une chanson

Et puis s'interrompt la transmission...

On a tué un Président, police – quel bazar -

Là à Dallas dans une voiture sans capote.

On a dit qu'il était brave, on a dit qu'il était bon,

Mais quand même ils l'ont tué d'un balcon,

On a dit qu'il était brave et il a fait tant de promesses

Et tant d'Étazuniens le pleurent encore à présent...


Télévision, combien de jours combien de nuits dans ce divan

Télévision, combien de jours combien de nuits avec ce bouton


Et nous en Italie, on voyageait en Cinqcents

Et nous changions tant de choses selon le vent,

Arrivait le carrousel avec toutes les nouveautés

Que le jour d'après, nous allions acheter

Le Pape de Bergame qui parlait comme nous

Nous a fait penser à devenir meilleurs

Et encore aujourd'hui que sont passées tant d'années,

Posé peut-être sur le téléviseur,

Tandis qu'on parle de San Remo, de foot ou de destinée.

 

Télévision, combien de jours combien de nuits dans ce divan

Télévision, combien de jours combien de nuits avec ce bouton

 

Et combien de beaux films le lundi soir

John Wayne les descendait tous sans même viser

Et combien de fois Mike Bongiorno le jeudi soir,

Quand tu connaissais la réponse, tu ramenais le blé

Et quand on diffusa les matchs en couleurs

Ce fut comme quand après la pluie le soleil est arrivé

Et tout le monde alors était dans cette balle

Avec la télévision au bureau ou à l'étable

On criait, on buvait comme autant de gâteux !

Convaincus que l'arbitre pouvait nous entendre...

Et ils allaient sur la lune et ils ramenaient des cailloux...

Et par toute la Terre, on continuait à s'assassiner.

 

Télévision, combien de jours combien de nuits dans ce divan

Télévision, combien de jours combien de nuits avec ce bouton

J'ai vu le monde entier et toutes ses villes

Assis dans mon divan, enfermé chez moi.

J'ai vu touts les choses qu'on a voulu me faire voir,

J'ai su toutes les choses qu'on a voulu me faire savoir,

J'ai la télécommande et je ne dois même plus me lever.

Mais désormais il est trop tard, désormais je n'en peux plus

Car ils allaient sur la lune et ils ramenaient des cailloux...

Et par toute la Terre, on continuait à s'assassiner.

Car ils allaient sur la lune et ils ramenaient des cailloux...

Et par toute la Terre, on continuait à s'assassiner.

 

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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 08:59

ASILES D'ALIÉNÉS

 

Version française – ASILES D'ALIÉNÉS – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne (Comasque) – Manicomi – Davide Van De Sfroos – 1995

Texte et musique de Davide Bernasconi [Davide Van De Sfroos]

d'après la version italienne de cauboi.it

 

 

 

 

Je me souviens d'une vie avec des bouteilles et des filles,

À 'steur, j'ai un lit et plein de pastilles

Des fenêtres à barreaux, des anges fatigués

En chemises blanches qui volettent

J'ai dans la tête des flocons étrangers

Des rêves taillés en tranches de rosette

Je dors, je veille peut-être

Ici je n'ai rien de mieux à faire.

 


Asile

Nous allons au lit avec le diable

Asile

Finis les problèmes, désormais, nous sommes fous

Asile

Qui vous a dit que les idiots, c'est nous

 

 

Mille piqûres têtes rasées

Nous sommes les yeux de nos peurs

Dans les hurlements de nos pensées

Nous voyons demain et nos anciennes heures

Ils ne savent plus qui nous sommes et ils viennent nous voir,

Nous ne les connaissons pas et ils viennent nous voir,

Ils ne savent pas quoi dire et ils viennent nous voir,

Nous ne comprenons pas leurs propos bizarres.



Asile

Nous allons au lit avec le diable

Asile

Finis les problèmes, désormais, nous sommes fous

Asile

Qui vous a dit que les idiots, c'est nous

 

Nous sommes les fils d'un soleil froid

Avec une lune jamais où elle doit

Des hommes-plantes, en avance d'une guerre

Des hommes-feuilles couchés à terre

Des yeux perdus sans couleur

Des yeux perdus par l'amour et la terreur

Il y a un grand tohu-bohu dans ma tête,

Vous n'entrerez jamais dans ma tête.

 

Asile

Nous allons au lit avec le diable

Asile

Finis les problèmes, désormais, nous sommes fous

Asile

Qui vous a dit que les idiots, c'est nous.

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 20:57

LA FRONTIÈRE

 

Version française – LA FRONTIÈRE – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson comasque (italien) – La frontiera – Davide Van De Sfroos - 1995

d'après la version italienne de cauboi.it

 

As, valet, sept, belote

Ils jouent aux cartes la frontière

Ils l'ont volée pendant que je dormais

Et à st'heure, elle est en pièces et ils la vendent

Soldes, escomptes de fin de saison

Il y en a qui en veulent en toutes occasions

Des morceaux de frontière à mettre au jardin

Pour faire la guerre avec mon voisin

« S'il vous plaît, Madame, taleggio et gruyère »

« Et celui-ci est le plus beau bout de frontière ».

 

Mais pourquoi ont-ils bougé la frontière

On ne sait plus où elle est,

Regardez là,

À présent qu'il y a la frontière, on ne peut plus passer

Mais pourquoi

À présent, il y a la frontière

Entre toi et moi.

Mais pourquoi

À présent, il y a un mur entre nos pieds...

 

Les contrebandiers n'arrivent plus à comprendre

Par où entrer et par où sortir.

Voici ce monsieur qui en veut un gros bout

Pour enfermer toute une région.

Nous vivrons tous dans des zones séparées

Comme tant de couples divorcés.

Ici l'œil s'accommode mal,

Il y faut un passeport

Pour descendre l'escalier.

Celui-ci est mon locataire,

Il a devant sa porte le mur de Berlin.

 

Mais pourquoi ont-ils bougé la frontière

On ne sait plus où elle est,

Regardez là,

À présent qu'il y a la frontière, on ne peut plus passer

Mais pourquoi

À présent, il y a la frontière

Entre toi et moi.

Mais pourquoi

À présent, il y a un mur entre nos pieds...



 

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6 août 2011 6 06 /08 /août /2011 19:48

LE CORBEAU



 

Version française – LE CORBEAU – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne – Il corvo - Davide Van De Sfroos– 2005

 

Après La poiana(La Buse), voici maintenant un autre grand oiseau symbolique : le corbeau.

 

 

Te voilà devenu ornithologue à présent...

 

 

Mais pas du tout, tu n'y es pas... Lucien l'âne mon ami. Je m'en tiens aux chansons, mais précisément, Davide Van De Sfroos – ce chanteur, auteur des bords du lac de Côme ou de quelque part là-bas – a écrit une chanson du Corbeau. En fait, c'est le Corbeau qui chante... Et dès lors, en effet, c'est bien un oiseau symbolique... Souviens-toi de Rimbaud qui avait vu les grands charniers des Ardennes... Lui aussi chantait les « chers corbeaux délicieux ».... Relayé par la voix et la musique de Léo Ferré (Les Corbeaux [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=37686&lang=it]].

 

Ici, aussi, dit Lucien l'âne d'un air entendu, il est donc question des cadavres compatissants aux fringales des oiseaux noirs.

 

Oui, mais c'est le corbeau lui-même qui en parle et qui explique son rôle de nettoyeur, un rôle des plus dans le vent contemporain, un rôle tout ce qu'il y a de plus écologique. Il le partage avec d'autres animaux... les vautours, les rats, les mouches, les vers et mille autres espèces grouillantes. En somme, dit-il, moi je n'y suis pour rien dans vos massacres... Je viens après quand tout est fini et je nettoie vos absurdes pourritures... S'il ne tenait qu'à moi, dit le corbeau, je me contenterais bien de quelques musaraignes, de lapereaux ou même, d'insectes. C'est vous, les humains qui vous étripez avec une telle ardeur...

 

En effet, dit Lucien l'âne, l'humanité développe la boucherie industrielle, sans évidemment oublier ou même délaisser les bonnes vieilles pratiques artisanales. J'en ai vu des gens qui gisaient comme abandonnés, seuls et inexplicables au détour d'un chemin, sur une place publique, sur une place de sable fin... Certains semblaient dormir, d'autres se balançaient au gré du vent. J'ai vu souvent aussi de ces monceaux, de ces étals gigantesques... Les cadavres par milliers enchevêtrés...

 

 

Les hauts de l'histoire, les hauts lieux héroïques sont souvent d'immenses pourrissoirs... Tu sais, à commencer par ces moments que chantent l'Iliade, la Chanson de Roland... Et il n'y a certainement rien à reprocher aux corbeaux.

 

 

Maintenant, cette grande triperie, ce n'est pas non plus inéluctable, ce n'est en rien la destinée universelle de l'humaine nation... Pour en finir avec ces assassinats de masse, il faudrait tarir la source de tels débordements sanguinaires. Il faudrait mettre fin à la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin de les asservir, d'accroître leur propre pouvoir, de multiplier leurs indécentes richesses... et pour cela, tu le sais aussi bien que moi, il faudrait abandonner cette stupide idée de richesse, cette course infantile vers les objets vides du désir.

 

En attendant d'arriver là, il nous faudra encore et toujours, tisser le linceul de ce vieux monde cadavérique, indécent, criminel et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Je suis le corbeau

Je suis le corbeau

Je suis seulement le corbeau et aujourd'hui aussi je chanterai

Je suis seulement le corbeau et aujourd'hui aussi je chanterai

 

Je chante ma présence qui rappelle aussi la tienne

Je chante ma résistance là où la terre est dure

Je ne m'accorde pas au toucher du vivant

Et je ne m'arrête pas devant le mort.

Je prends tout de la terre comme vous le faites vous.

Et si je prends de votre champ

Je prends ce qu'il vous a donné

Et si j'ai pris de votre corps

C'est parce qu'il était fini

Je prends celui que vous avez tué

Et je nettoie celui qui n'est pas enterré.

Je ne suis pas la cause, je ne suis pas le destin,

Ce n'est pas moi le juge, ce n'est pas moi le soldat...

 

Je suis seulement le corbeau et aujourd'hui aussi je chanterai

Je suis seulement le corbeau et aujourd'hui aussi je chanterai

 

Moi aussi je suis fait de soleil et de l'air au-dessus des choses

Moi aussi j'ai un baiser qui ne blesse pas

Un regard qui ne pourrit pas.

Ceci est mon chant, il n'apporte pas la peur

Ceci est mon chant, il ne sert pas la rancœur.

 

Je suis seulement le corbeau et aujourd'hui j'ai chanté

Je suis seulement le corbeau, mais aujourd'hui j'ai chanté

Je chante comme corbeau car je suis là

Je chante comme corbeau car cela me va

 

Je suis seulement le corbeau, cra ! Je suis là...

Je suis seulement le corbeau, je chante car ça me va, cra !

Je suis seulement le corbeau, cra !

Je suis seulement le corbeau, cra !

Je suis seulement le corbeau...

 

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6 août 2011 6 06 /08 /août /2011 16:37

LES FANTÔMES DU CAMIONNEUR

 

Version française – LES FANTÔMES DU CAMIONNEUR – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson comasque - Il camionista Ghost Rider – Davide Van De Sfroos – 2011

 

 

 

 

Lundi, j'enclenche la première

Je nettoie le monde avec l'essuie-glace

J'allume les feux pour avaler la courbe

Banane noire qui veut s'échapper

Mais je la ferre avec mon volant

Mon moteur la digère

Les pneus savent déjà par cœur

Chaque kilomètre à écraser.

 

À l'autogrill avant le Gothard

Il y a Johnny Cash qui veut monter

Il veut un passage jusqu'au fin fond du tunnel

J'ouvre la portière et je le fais asseoir

Son paletot est noir comme sa guitare

Son visage dur comme la montagne

Il dit, désolé mais je ne suis qu'un fantôme

Mais ouvre la radio que je chante encore.

 

Hey Johnny va-z-y qu'on y aille, va-z-y qu'on y aille

Et tant que le Gothard est un anneau de feu

Et chante Cry! Cry! Cry ! et Ghost Rider in the Sky

Et c'est seulement car c'est toi que tu peux fumer.

 

Sur l'autostrade à Casalpusterlengo

Il y a une telle poussière qu'on n'y voit goutte

C'est pas du brouillard, c'est pas de la fumée

C'est du sable et au milieu, il y a un homme

Sur la tête, il porte un chapeau en lambeaux

Il a une salopette et de gros souliers

Il rit un peu et puis tousse

Il a de la terre sur le visage et dans les poumons.

 

Hey Woody Guthrie va-z-y qu'on y aille, va-z-y qu'on y aille

Cette terre est ta terre, mais maintenant n'en mange plus

La vague verte ne dit rien, mais cette nuée finira

Derrière ce n'est pas la Californie, mais on y arrivera à Cesenatico

 

À l'auberge près de Faenza, il y a un gars

Avec des yeux de fou

Il descend le whisky comme de la limonade

Sa guitare tombe en morceaux

Il a des doigts comme des anguilles, la peau noire et une voix de femme

Il me dit « Je dois échapper au diable

Qui me cherche avec mon contrat à la main. »

 

Hey Robert Johnson va-z-y qu'on y aille, va-z-y qu'on y aille

Le Comace, c'est pas la Louisiane, mais les moustiques y sont plus féroces

Le diable lui-même se fait voir quand arrive le crépuscule

Et n'aie pas peur des croisements ; en Italie, ce sont tous des giratoires.

 

Voilà qu'arrive de la plaine un gars vêtu comme un arc-en-ciel

Sa guitare flamboie ; derrière lui, passe l'orage

Il jette des sons et des éclairs, il les lie et joue encore

La terre ocre paraît sa scène et tout le ciel est son amplificateur

 

Hey Jimi Hendrix va-z-y qu'on y aille, va-z-y qu'on y aille

Forlì n'est pas Woodstock et sous peu tu brûleras toi aussi

Aux sons de Purple Haze, Little Wing et Voodoo child

Voici venir la grêle et les paysans ne sont pas vraiment contents.

 

Au péage de Cesena nord, la routière m'arrête

Ils font le tour du camion et puis se regardent

« C'est étrange vous sembliez être cinq

Dans la cabine, il y a un instant ».

« Il y a seulement moi et mes disques

Mais je vous en prie, contrôlez ».

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 09:08

LE MINEUR DE FRONTALE

Version française – LE MINEUR DE FRONTALE – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne – Il minatore di Frontale – Davide Van De Sfroos – 2008

 

 

 

 

Tu vois, Lucien l'âne mon ami, cette chanson, vue d'ici, est une chanson comment dire, proprement internationaliste, mondiale, sans frontières, comme la misère et les pauvres gens jetés dans les trous de la terre d'un bout à l'autre du monde entier. Et c'est vraiment une très remarquable et très belle chanson. Une chanson dans la langue poétique des mineurs, qui transcende l'aède à la voix de velours et s'impose bien malgré lui, quel que soit l'idiome au travers duquel elle vient au jour. En vérité, je te le dis, car c'est ainsi. Et ce mineur, venu de là, venu d'ici, venu d'ailleurs, sorti de la cuisse des Alpes ou du ventre des Andes, n'en est ni plus ni moins qu'un mineur contraint de s'expatrier et si ce n'était le cas, de toutes façons, toujours contraint de se fondre dans les noirceurs, d'avaler les poussières, de pourrir ses poumons pour le plus grand profit des financiers...

 

Bref, si je comprends bien, dit Lucien l'âne en levant le front vers la lumière dorée de ce matin de printemps, cette chanson, elle aurait pu être en galicien, en wallon , en flamand, en quichua, en une des nombreuses variantes de chinois ou une des mille langues de l'Inde ou des mines d'Afrique... Elle aurait pu naître partout où il y a des mines et des mineurs.. Que sais-je en Alaska, au Klondike, en Sibérie, au Pérou, au Chili, en Argentine, en Allemagne, en Italie, en Pologne...

 

 

En effet... Elle aurait pu venir en Australie, en Angola, au Katanga, en Suède, ou en Turquie... Elle raconte la grande épopée du travail, la Guerre de Cent Mille Ans...

 

 

En somme, ce sont des nouvelles du front, de ce front de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches – d'où qu'ils soient, quelle que soit la couleur de leur peau, de leur drapeau, de leur chemise, la langue qu'ils parlent ou qu'ils baragouinent, la longueur de leur culotte – fût-elle de cuir, la taille de leurs billets... mènent contre les pauvres, afin de consolider, de renforcer, d'étendre, de démultiplier leurs richesses, leurs pouvoirs, leur domination... afin d'imposer l'incroyable, l'absurde croyance dans les vertus de la concurrence, de l'entreprise et du libéralisme, et celle plus loufoque encore que le travail rend libre (Arbeit macht frei !, qu'ils disaient !). Voilà, dit Lucien l'âne en secouant sa crinière au petit vent qui s'en va changer le monde, mille bonnes raisons de nous atteler, toi, moi, et tous les autres qui voudront nous rejoindre, nous atteler à tisser d'un geste égal et inépuisable le linceul de ce vieux monde asphyxiant, avare, avide, avilissant, abrutissant, absurde et cacochyme.

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Je n'ai pas rencontré de gens, mais seulement des lampes allumées

Il ne pousse pas de tournesols ici où le monde est éteint

Je suis né là-haut à Frontale dans la haute Valtellina

Je suis descendu enfant dans la poche de la montagne

Et j'ai appris les signes et les songes de la roche

J'y ai mêlé les miens, je l'ai toute éclatée

PIC ! PIC !

 

J'ai vu les continents et j'en ai touché le fond

J'ai perforé la mappemonde quasi de part en part

La vie, des fois, est un chemin de fer ou un pont

La mienne quand j'y repense est une galerie

Défier tous les jours Silicose la sorcière

La photo d'une femme tamponne les blessures

Mais pour la nostalgie... Il n'y a pas de dynamite

PIC ! PIC !

 

Là, je suis appuyé au saule pleureur

Lui, il le sait ; de lui, je ne veux rien.

Je ne veux pas ses larmes, je ne veux pas ses feuilles

Je suis là pour son ombre qui épouse la mienne.

Je veux regarder le soleil et je l'ai mérité

Avant de retourner où j'ai toujours été,

De retourner où j'ai toujours été.

PIC ! PIC !

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