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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 15:41

UN DICTIONNAIRE DE FRANÇAIS





Version française - UN DICTIONNAIRE DE FRANÇAIS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne - Un dizionario di francese – Riccardo Venturi – 1° marzo 2013



Texte de Riccardo Venturi
Musique du Chat Noir Redelnoir (Roi du Noir)
(qui vient de rentrer à la maison)







Il se dit que Gaetano Bresci, lorsqu'il fut enfermé dans la prison de Santo Stefano, sur l'île de Ventotene, se hasarda à demander s'il pouvait avoir quelque livre. C'était un homme de bonne culture, autodidacte, et il était particulièrement doué pour l'apprentissage des langues ; émigré à Paterson (New Jersey – USA), il avait été parmi les quelques Italiens à avoir appris rapidement, et parfaitement, la langue anglaise. La direction de la prison où il avait été enterré vivant, et d'où il sortira mort pas plus de deux ans après, lui répondit qu'à ce moment, dans la bibliothèque de la prison, on ne trouvait que deux livres : une bible et un vieux dictionnaire scolaire de français. Gaetano Bresci demanda le dictionnaire et il lui fut concédé. Il se mit à apprendre le français à partir de ce dictionnaire défraîchi, en mettant en mémoire mot sur mot et sans rien pouvoir écrire ; l'apprentissage linguistique réduit à sa nudité : le mot. Même lorsqu'il fut retrouvé mort dans sa cellule, officiellement suicidé, mais avec beaucoup de doutes à ce sujet et des doutes fondés, le vieux dictionnaire de française était là près du cadavre.



Je me suis imaginé quelques-uns des mots que Gaetano Bresci pouvait avoir cherchés dans ce volume pour les apprendre et qui furent les uniques témoins de sa mort.

 

 

 

Riccardo Venturi

 

 

 

 

 

Moi, dit Lucien l'âne, comme Riccardo Venturi, qui a fait ici une bien belle chanson, je reste persuadé que Gaetano Bresci a été purement et simplement suicidé... Et mieux encore, j'imagine qu'il l'a été sur ordre direct de celui qui avait fait semblant de le gracier... Car, de ce qu'on en sait, Gaetano Bresci était un homme paisible et en quelque sorte, un prisonnier calme et modèle.

 

 

De fait, Gaetano Bresci ressemblait bien au portrait que tu en fais. Ses relations avec son entourage était des plus neutres et pacifiques. En somme, il ne faisait pas de vague et cette histoire du dictionnaire le montre bien. Mais, dit Marco Valdo M.I., dans cette Guerre de Cent Mille Ans, les riches et les puissants ont une telle peur au ventre, une telle trouille – ils y tiennent à leurs privilèges, à leurs petites affaires et à leurs rogatons... – qu'ils n'hésitent pas à liquider ceux qui les ont mis en cause... Car, vois-tu Lucien l'âne mon ami, malgré ses apparences calmes, malgré ses moments d'apparents armistices, la Guerre de Cent Mille Ans n'est pas une guerre pour rire, c'est un combat à mort et cette dernière est appliquée par les puissants et les riches sans sourciller et sans remords. Souvent comme ici, sournoisement. Dans le cas de Gaetano Bresci, s'il ne fut pas tué tout de suite, c'est qu'il eût sans doute été gênant de l'exécuter au moment où commençait un nouveau règne... Il fut sans doute considéré qu'il était plus politique de le gracier d'abord et de le faire disparaître, ensuite.

 

Ah, dit Lucien l'âne, on donne d'une main et on reprend de l'autre, le lendemain. C'est comme dans le catéchisme de la Camorra où l'on prévoyait, dit-on, ce joli commandement : « Si on te frappe sur la joue droite, tends la joue gauche et tire après ». Ce n'est d'ailleurs pas le seul cas d'opposant au système qu'ils ont suicidé en prison... Ainsi que le raconte l'Histoire d'Allemagne de l'année 1972, où l'on parlait de Tortures et Suicides d'État [[41596]]. Comme quoi, nous devons mener notre tâche sans discontinuer et tisser ainsi le linceul de ce vieux monde emprisonneur, dissimulateur, vil, sournois, hypocrite, menteur, suicideur et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Prigione, Prison.

 

Au delà du mur, par contre, de chaque mur de pierres ,
Quelque chose apporte des traces de vent
et de mer.

 

 

Catena, Chaîne.

 

Les bras, les mains asservies au poids du silence trop lourd
que je supporte ; en feuilletant des pages, des mots, tour à tour.

 

 

Luce, Lumière.

 

Comme née de rafales de sel, parfois violente
Et d'autres fois, sans nerf, vide,
Muette.

 

 

Potere, Pouvoir.

 

Du fond de cette page, jaillit une étincelle Inconnue mais toujours présente
De rage .

 

 

Guardiano, Gardien.

 

Hargneux, fait de pierre d'une poussiéreuse obéissance au néant,
d'une pauvreté d’engrenage sec,
d'un cri.

 

 

Merda, Merde.

 

J'apprends cet éclatant,

Ce magnifique mot d'histoire
En remplissant le pot dérisoire
De mes excréments.

 

 

Pensiero, Pensée.

 

Le vol pendant les heures sombres et infinies,
De bruits qui demandent de la vie cachée
Et défaite.

 

 

Il Re. Le Roi.

 

Je ne peux m'empêcher

De presser mon doigt sur ce mot,
comme sur cette détente

Dans le parc en juillet dernier.

 

 

La Morte. La Mort.

 

On traîne et patiente

L'Institution prévoyante,
Prépare une sobre cérémonie et la tombe
Dans la terre sombre.

 

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 21:50

LES NAVETTEUSES

 

 

Version française - LES NAVETTEUSES – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Le pendolari - Ahmed il Lavavetri – 2013


Sur la musique des Passantes de Georges Brassens
(ou Le passanti de Fabrizio de André, c'est le même)

 

 

 

L'autre soir, il m'est arrivé d'assister à un concert dans une usine occupée. Il y avait là un groupe, un « cover band », qui jouait tout le répertoire de Rino Gaetano (qui, sans discussion, était beaucoup mieux là que sur les affiches de Forza Nuova), et il y avait les travailleuses et les travailleurs de l'usine mise en faillite et fermée pour ensuite être rachetée à un prix, justement, de faillite. Avec ce qui, probablement, s'en suivra. En voyant tout ce grand débat de « passants » qu'il y eut hier sur ce site, me sont venues à l'esprit les « Passantes » de chaque jour; celles-là dont les yeux ne réfléchissent vraiment plus aucun paysage. Je me suis mis à penser à ce que verrait aujourd'hui, Antoine Pol dans le train ou aux fenêtres ; et, alors, il m'est venu ce qui suit. [Ahmed il Lavavetri – Ahmed le Laveur de vitres]

 

 

 

Je veux dédier ce refrain
Aux femmes serrées dans un train
Au retour du soir, à l'aller du matin
À celles licenciées à peine,
Anciennes, il ne valait pas la peine
De les garder jusqu'au lendemain

 

À celles qu'on doit réveiller
Avant quatre heures pour aller
Travailler jusqu'à en mourir
Et dorment dans le train sans sourire,
Une grimace barre leur profil
Tandis qu'elles passent de ville en ville.

 

À la compagne de voyage
Chômeuse d'une boîte de nettoyage
Qui vous glisse un tract en main ,
En gare, par la fenêtre, elle en passe
À une fille de l'usine de glaces
Qu'on a fermée ce matin.

 

À celles ponctuelles travailleuses
Qui ont cru pouvoir être heureuses
Et faire confiance à la direction
Maintenant elles manifestent ici
Elles en appellent à la démocratie

À la face de l’État et des patrons

 

À la navetteuse dont le collègue
Palpe le cul, et qui ne peut réagir
Sauf à ne plus vivre, c'est la règle
À celle à qui le patron fait sentir
Qu'il est mieux de se taire si elle ne veut

Pas aller laver les petits vieux

 

Le syndicat ne peut plus t'aider
On te demande de te sacrifier
Pour le bien de la nation,
Silencieuse, tu ne dois pas protester,
Ni te défendre, ni manifester,
Sinon, c'est la prison.

 

Le soir toutes à nouveau sur ce train
Plus puant encore, et plus plein
De visages ternes, d'espérances enfuies
Puis à la maison, il y a le ménage
Les repas, la télé et la rage
Et à laver des vaisselles infinies.

 

Alors dans les instants de solitude
Penser aux révoltes devient une habitude,
Une manière de contrer l'épouvante
Mais le matin, à nouveau sur les rails
Les voilà là, navetteuses du travail

Et quelqu'un siffle « Les Passantes ».

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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 14:04

IL ÉTAIT CAPITALISTE

 

Version française – IL ÉTAIT CAPITALISTE – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne - Qualcuno era capitalista – Riccardo Venturi – 2012

 

 

 

 

Regarde, Lucien l'âne mon ami, notre ami Ventu vient de sortir une parodie...

 

 

Une parodie ? Une parodie de chanson comme tu aimes les faire ?

 

 

Oui, oui, exactement. Une parodie qui serait plutôt une sorte d'aggiornamento, de mise à jour d'une chanson de Giorgio Gaber et même de deux... Vois comme les temps évoluent... La première chanson de Gaber était elle-même une parodie, mais dans l'autre sens du mot : c'est à dire une sorte de caricature; elle s'intitulait « Qualcuno era communista » [[41884]]... À traduire par « Il était communiste »... et elle traçait un portrait à l'eau-forte du communiste italien (type PCI) de ces années-là. La seconde de Gaber est venue plus tard et s’intitulait « Qualcuno era democristiano »... À traduire par « Il était démochrétien »... Ce sont des chansons aussi fleuves que politiques.

 

 

Politiques ? Et pour quel parti ?, demande Lucien l'âne en ouvrant des yeux d'une noirceur volcanique, afin de montrer sa consternation...

 

 

Ne t’affole pas... Ni Gaber, ni Venturi ne sacrifient au système particratique... Bien au contraire, ils en mettent en évidence les ressorts cachés....

 

 

Mais, Marco Valdo M.I., tu mets là la version française d'une chanson qui ne se trouve pas dans les Chansons contre la Guerre...

 

 

Et alors ? C'est une première … Il faut bien commencer un jour... Comme ça, peut-être que Venturik se décidera à la mettre avec les trois autres : la communiste, la démocrate-chrétienne, la routière (« Qualcuno era camionista ») au bon endroit... C'est-à-dire dans les Chansons contre la Guerre et pas comme « extra ». Car s'il y a bien une chanson qui parle de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin de les exploiter plus encore, afin de renforcer leur système de pouvoir, d'étendre leur domination, de forcer au travail... et de ses péripéties au travers de l'histoire contemporaine de l'Italie (et donc, de l'Europe et donc de l'humanité), c'est cette quadruple chanson – en attendant d'autres versions dans le genre « Qualcuno era fascista » ou « Qualcuno era catechista », par exemple. Enfin, on verra...

 

 

Que tout ceci ne nous empêche pas de tisser le linceul de ce vieux monde déclinant, obamiste, poutiniste, merkeliste, montiste et cacochyme. (Heureusement !)

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Il était capitaliste car il était né pauvre.

Il était capitaliste car, petit, il voulait le dépôt d'oncle Picsou.

Il était capitaliste car il travaillait dur.

Il était capitaliste car il ne foutait rien.

Il était capitaliste car il s'était senti doué pour les affaires quand il avait vendu la figurine de Pizzaballa à un camarade d'école pour trois mille lires.

Il était capitaliste car on lui avait inculqué de solides valeurs.

 

Il était capitaliste car l'école l'exigeait, le sport l'exigeait, la société l'exigeait, l'église l'exigeait... Ils l'exigeaient tous.

Il était capitaliste car il lisait "Il Resto del Carlino" au bar, presque chaque matin.

Il était capitaliste car la nature humaine est compétitive.

Il était capitaliste car les syndicats ont abîmé l'Italie.

Il était capitaliste car il renonçait à la glace à la menthe et mettait les cinquante lires dans sa tirelire.

Il était capitaliste car à vingt ans, il était un révolutionnaire.

 

Il était capitaliste car il répondait qu'il y n'avait pas d'alternative au capitalisme même quand on lui demandait quel temps il faisait.

Il était capitaliste car il y avait de bons capitalistes.

Il était capitaliste car il y avait de moins bons capitalistes.

Il était capitaliste car le communisme s'était écroulé et le marché avait triomphé.

Il était capitaliste car tous vivaient au-dessus de leurs moyens.

Il était capitaliste car il y avait le « Milano da bere », et que Milan était en train de l'engloutir lui.

 

Il était capitaliste car c'était un fan d'Everardo Dalla Noce..

Il était capitaliste car Luna Rossa, le Maure de Venise, les régates, les boulines.

Il était capitaliste car il fallait avoir pour être heureux.

Il était capitaliste car Jésus dit à Pierre que sur cette pierre, il édifierait la Banque Catholique de la Vénétie.

Il était capitaliste car Berlusconi avait acheté Gullit et Van Basten.

Il était capitaliste car celui qui à vingt ans n'est pas de gauche est sans coeur et qui à cinquante ans est de gauche, est sans cerveau.

 

Il était capitaliste car les idéologies étaient mortes et les classes n'existaient plus.

Il était capitaliste car on avait construit à cent mètres de sa maison le plus grand centre commercial du Molise.

Il était capitaliste car il avait gagné trois cents millions en devinant le nombre exact de haricots dans le pot de Raffaella Carrà.

Il était capitaliste car nous étions la cinquième puissance industrielle.

Il était capitaliste car il avait pu bâtir enfin sa seconde résidence en Val di Stava

Il était capitaliste car il avait participé à la marche des Quarantamila.

 

Il était capitaliste car le mur de Berlin s'était écroulé.

Il était capitaliste car le mur de son voisin albanais s'était écroulé, l'enterrant avec toute sa famille.

Il était capitaliste car les frères roumains s'étaient libérés de la tyrannie.

Il était capitaliste car à ces crétins de Roumains, il aurait bien fallu encore un tyran pour les tenir là-bas.

Il était capitaliste car l'homme, par nature, est égoïste.

Il était capitaliste car il lui plaisait mettre le préfixe "vieux" - devant tout.

 

Il était capitaliste car il était de Rome, et Rome est la capitale.

Il était capitaliste car la nouvelle économie était née et on se faisait du fric en un clic.

Il était capitaliste car il avait vite oublié d'avoir eu faim.

Il était capitaliste car ce maître de journalisme d'Indro Montanelli le lui avait dit.

Il était capitaliste car il se sentait appartenir au "monde libre."

Il était capitaliste car il faut une mentalité d'entrepreneur.

 

Il était capitaliste car même s'il a des défauts, on n'a pas encore inventé de meilleur système.

Il était capitaliste car je ne pense pas comme toi, mais je serais disposé à mourir pour défendre tes idées.

Il était capitaliste car de temps en temps le pape se montre au balcon, puis va dîner avec Marcinkus.

Il était capitaliste car l'histoire a montré que le capitalisme a gagné.

Il était capitaliste car il se disait entrepreneur même s'il avait une entreprise individuelle de nettoyage.

Il était capitaliste car il lui plaisait de charrier qui se disait encore communiste, ou anarchiste ou quelque chose d'autre du genre.

 

Il était capitaliste car il avait mis toutes les options sur sa Cinq Cent.

Il était capitaliste car ils avaient bien fait de tirer dans le tas à Gênes.

Il était capitaliste car l'amour aussi est capital.

Il croyait être capitaliste et c'était seulement un pauvre imbécile.

Il croyait être capitaliste et c'était seulement un pauvre.

Il était capitaliste car il avait besoin de se croire ce qu'il n'était pas et ne serait jamais,

Car il avait abdiqué tout par amour de l'argent qui ne cesse de fuir,

Car il se gave de choses inutiles, qui le tuent,

Car son fils le tuerait pour lui piquer tout,

Car les "grands travaux" arrachent son histoire et sa géographie,

Car ils remplissent les prisons de gens qu'ils lui avaient dit de haïr, de les considérer en ennemis à éliminer.

 

Il était capitaliste et maintenant il préfère se suicider que se rebeller,

Car il n'en peut plus d'avoir dû reconnaître que ce n'est pas une crise "économique", mais le fonctionnement normal du système.

D'un système entier en train d'imploser par son vide et son inhumanité,

Et qui veut encore nous faire avaler toutes sortes de blagues : la reprise, la "croissance", la "démocratie", la "légalité."

Et maintenant ?

Maintenant encore, on fait un pas en avant et trois en arrière.

Nous avons voulu la sécurité et la police, et nous les avons face à nous dans toute leur férocité.

Nous avons voulu déléguer tout et ça nous tue.

Massacrés aux portes de l'hypermarché pendant que nous adressons une dernière pensée à l'Ipad que nous ne pourrons pas acheter

et désirant que devant notre cercueil, nos parents et nos amis en larmes lisent le discours de Steve Jobs.

 

 

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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 23:20

LA CRISE


 

Version française – LA CRISE – Marco Valdo M.I. – 2011

d'après la version italienne de Gian-Piero testa d'une

Chanson grecque – Η κρίσις – Riccardo Venturi – 2011

 



Une étrange soirée, ce soir. J'avais ressenti comme un besoin de m'immerger dans le grec, après les nouvelles du jour, après la lettre de Théodorakis, après une marée de choses que je dis pas. Plus j'avance dans ma vie, et après qu'elle aurait pu s'interrompre à l'improviste, et plus je me ressens comme une sorte d'éponge et comme tel, à un certain moment, je dois m'essorer. Je ne sais jamais ce qui va en advenir. Ce soir est advenue une chanson, en grec, sur la crise. Elle s'intitule justement ainsi : « La crise ». Mot que j'ai volontairement mis dans sa forme classique, pour qu'il y ait une mémoire du passé qui ronfle et ronfle comme un un vieil ours en hiver. Nous vivons une sorte de pornographie systématique qui nous tue minute après minute, et nous cherchons à survivre en usant tous les expédients possibles sans nous décider à vivre de l'unique manière qui le permettrait vraiment : nous révolter. Cette chanson, dans ses grandes lignes, j'en confie la traduction, s'il le veut, à Gian Piero testa. J'avertis qu'elle n'est pas très facile, comme ne sont pas plus faciles ces temps obscurs. [R.V.]

 

Mais qu'est-ce qu'ils font à la Grèce ? Et d'ailleurs, ce qu'ils font à la Grèce, ils ne vont pas tarder à nous le faire à nous, à nous tous.



En somme, dit Lucien l'âne, et je dis ça pour l'ami Riccardo, comme le disait Léo Ferré : Les Temps sont difficiles [[http://www.wat.tv/video/ferre-temps-difficiles-19q10_2fgqp_.html]]...

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

La crise, c'est une îlette

Sur la mer Tyrrhénienne

Avec soixante-quatre pêcheurs

Chassés par l'État.

 

La crise, c'est la pornographie du Système

 

La crise, c'est une vieille

Qui ne jette pas le pain sec

Et le mange avec des bouts

De jambon et des larmes.

 

La crise, c'est la pornographie du Système

 

La crise , ce sont des télés

Vides qui s'égosillent

Pour vendre aux nuls

Et les nuls achèteront.

 

La crise, c'est la pornographie du Système

 

La crise, c'est la Banque

De l'Éternel Vainqueur

C'est un footballiste

Qui joue sans pieds.

 

La crise, c'est la pornographie du Système

 

La crise, c'est l'espérance

D'une vengeance inconnue

Alors que le car

Ne passe pas à l'heure

 

La crise, c'est la pornographie du Système

 

La crise, c'est la privatisation

Du temps et de la météo,

D'immenses inondations

Qui submergeront l'amour.

 

La crise, c'est la pornographie du Système

 

La crise, ce sont des réponses stupides

Qui arrivent avant les questions,

Un tas de fous et d'églises

Qui se masturbent devant le feu.

 

La crise, c'est la pornographie du Système

 

La crise, c'est l'apothéose

De Stive Jobz, end wì got no giobs
bat uì got lots of blu giobs

Qui résolvent toutes nos crises.

 

La crise, c'est la pornographie du Système

 

La crise, c'est une prison où

Ils me suicident tous les jours,

Mon capital de sang

N'intéresse pas la Bourse.

 

La crise, c'est la pornographie du Système

 

La crise, c'est une horloge

Qui ne toque pas la démocratie

Est une bombe qui fracasse

Toute expérience et toute théorie.

 

La crise, c'est la pornographie du Système

 

La crise, c'est la volonté

D'être ailleurs, mais l'ailleurs

Des autres le repousse

Dans l'ailleurs de la xénophobie.

 

La crise, c'est la pornographie du Système

 

La crise, c'est une porte fermée

Et d'autres ont perdu la clé.

La crise, c'est une porte fermée

Et tu ne trouves plus la serrure.

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 22:39

LA PETITE CHANSON DU MILITAIRE À VÉLO.

 

Version française – LA PETITE CHANSON DU MILITAIRE À VÉLO – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne – La canzoncina del militare in bicicletta – Ahmed il Lavavetri – 2011





Ahmed le Lavevitres nous propose cette chanson simple en quête d'une musique sur un récit divertissant que lui a fait R.V., un personnage assez connu de ce site. Quelques jours avant, ce dernier été appelé avec son ambulance pour une intervention assez curieuse : ramener à la caserne, d'un hôpital de province, un militaire de carrière victime d'un accident plutôt singulier. Le dimanche avant, alors qu'il se promenait en VTT sur un sentier forestier, l'officier s'était trouvé à l'improviste devant un âne qui se faisait cuire au soleil. Il s'en aperçut au dernier moment et ne pouvant freiner son erre, il buta violemment sur l'âne, lequel n'a absolument rien eu, tandis que le militaire fit une dégringolade terrible et encourut des fractures multiples. En racontant l'affaire, R.V. cachait mal ses rires ; Ahmed a dès lors pensé composer sur cet épisode une petite chanson, donnant à l'âne un nom également connu de ce site. Voilà bien la puissance des ânes ! Et si on les utilisait pour créer des groupes indestructibles contre les armées ? Selon Ahmed, contre les ânes, il n'y a rien à faire. S'ils s'y mettent, ils arrêtent même les chars d'assaut ; bien autre chose qu'une bicyclette !

 

***

 

Lucien mon ami, comment vas-tu ?, dit Marco Valdo M.I., moitié riant, moitié inquiet. Je suis quand même un peu peiné pour ton arrière... J'ai entendu dire qu'un militaire t'avait foncé dessus...

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, je te remercie. Mais ne sois pas inquiet pour mes fesses... Regarde toi-même, elles vont très bien... dit Lucien l'âne en opérant une petite ruade de démonstration. Je vais d'ailleurs t'expliquer comment les choses se sont passées. Ahmed le Lavevitres, que je salue avec bien du plaisir... a mis en chanson l'histoire que lui avait rapportée notre autre ami, Riccardo Venturi, que je te demande de saluer avec moi aussi. D'abord, rassure-toi, moi, à part un poil ou deux arrachés, je n'ai rien du tout.

 

C'est l'essentiel, me voilà tout-à-fait content de te savoir indemne de cette lâche agression... Ces militaires, ça se croit tout permis. Sous prétexte de l'uniforme... Même quand ils sont en slip ou en calbar.

 

Donc, j'étais parti sur un de ces sentiers de montagne ; je m'en allai brouter l'herbe tendre, quelques épineuses, un peu de thym, de la menthe, du serpolet... des ronces, que sais-je ? Sommeiller et rêver comme font les ânes en liberté. C'était dimanche, et dans la vallée, jour de grande presse touristique et sportive. J'avais d'abord un peu trottiné, bu en passant à la rivière et dans une trouée des frondaisons, je m'étais au soleil effondré. Je reposai de tout mon long comme un bienheureux. Et comme je te l'ai dit, je m'apprêtais à rêver... Quand tout à coup, j'entends un bruit étrange, une sorte de halètement de dragon, un souffle de Vulcain, comme une forge en pleine activité, une fusée Ariane au décollage ; pour tout te dire, comme une locomotive à vapeur lancée à l'assaut d'une colline ou un cycliste en haut du Ventoux.

 

C'est à ce moment que le Ventoux rit..., dit Marco Valdo M.I.

 

Bref, un chahut à faire peur. Je n'ai pas même le temps de me relever que voilà un monstre casqué et multicolore, qui hurle et fonce tout droit dans ma croupe, il bascule par dessus et rapatapam, sur son élan, s'en va finir sa course dans un tronc qui borde le fossé. Au début, un peu groggy comme un boxeur au quinzième round, assommé, comptant les étoiles, il se tait... je le crois mort... Mais non, voilà soudain qu'il se réveille et se met à beugler pire qu'une vache qui vêle. Il implore le ciel, les Dieux, Jésus, Marie, tous les saints, le protecteur de la pédale, son père et sa mère... Il appelle l'armée entière à son secours... Un vrai bébé... Quel douillet ! Il n'arrêtait pas de se plaindre... Et moi, et moi là-dedans, j'avais quand même pris tout le choc et dans quel endroit de ma personne... Jusqu'au soir., je n'ai pu m'asseoir.... Crois-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, moi les militaires, maintenant, plus encore qu'avant, les militaires, Marco Valdo M.I. mon ami, j'en ai plein le cul...

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

C'était un militaire, il était très sportif

Le sport lui fait du bien et ça le rend vif.

Le dimanche, il prend son vélo

Tous-terrains et il monte là-haut.

 

Par une belle journée qu'on aurait dit d'été

Les mollets forts, musculeux et bien galbés

Bref, un jeune, baraqué et pas une mauviette

Rien ne peut l'arrêter dans son héroïque grimpette.

 

Plus loin, sur un sentier un peu écarté

L'âne Lucien au calme s'est posé.

Tranquille, il regarde le monde et boit le soleil

Gestes antiques qui n'ont cure des réveils.

 

À un moment, cependant, il entend les crissements d'une chaîne

Et un halètement qui grandit derrière les chênes.

Trempé de sueur, ahanant dans la nature

Splendide, le militaire arrive à toute allure.

 

Il semblait dire : En avant, tire-toi de mon passage !

Mais Lucien l'âne, comme un barrage

Ne bouge pas et indifférent reste planté

Au beau milieu du chemin accidenté.

 

Pensez-vous que s'inquiète le militaire ?

Un officier s'arrêter ? Rien à faire !

« Que nenni, s'imagine le bonhomme,

Je ne m'arrête pas pour une bête de somme. »

 

Il continue à pédaler comme un bourricot

Entre les glycines et les buissons de sambuco.

Comme il s'aperçoit que l'âne ne bouge pas

Il lui fonce dessus et ne freine pas.

 

Mais l'âne ensommeillé ne se soucie pas

De l'imprudent officier à la tête de bois.

Comme il se prend le militaire dans la croupe

D'une ruade, il envoie au fossé l'homme de troupe.

 

La scène fit se marrer sans détour

Le personnel du centre de secours

Un âne qui broute brutalement interrompu

Et un militaire au bassin rompu.

 

Trois côtes brisées et une main

Il est dur le cul de l'âne Lucien !

La morale de l'histoire : Par un âne têtu

L'armée fut versée tête par dessus cul.

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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 19:32

LA MAJESTÉ DU PEUPLE : PABLO NERUDA ET FLORENCE

 

écrit par la chatte Pampalea le 16 mars 2010.



Sale hiver, mes chers. Spécialement pour une chatte, noire ou de n'importe quelle couleur. Nous autres, chats, nous aimons le soleil, nous ne sommes pas faits pour des hivers comme celui que, par chance et avec des incidents divers, se termine, ainsi nous prêtons notre voix aux autres incidents, souvent humains, qui éloignent de ce qu'on voudrait faire. Mais quand même, et ce qui est fait est fait et archivé, parfois timidement, ressort le soleil. Et alors, on retourne faire un tour en ville, ce qui se révèlera ensuite ici dénommé : une chatte noire en balade en ville. Et je suis partie faire un tour à San Salvi.



Tôt ou tard, ils s'en empareront, San Salvi, ces messieurs aux affaires louches et aux politiques obscures. Ils s'en empareront, ils y feront des maisons et des immeubles, ils feront semblant de restructurer et de sauver de la dégradation et c'en sera fini . Les projets existent déjà, comme tout le monde le sait. Tous le savent et tournent la tête ailleurs; et San Salvi ne peut opposer que bien peu de choses à part ses arbres, ses villas à moitié en ruines, son histoire de douleurs et sa socialité. Il y a de tout à présent dans cette énorme aire qui fut un asile : des centres de jour, des bâtiments publics, les anarchistes qui sont sous la menace constante d'une expulsion, le Social Bar, le théâtre avec ceux de la Balance et les chantauteurs souterrains, jusqu'à un jardin d'éducation routière constamment désert. Et les allées, et le chemin de fer qui passe à côté, et un cri déchirant de restitution aux mille et mille activités de tous et pour tous qu'une aire de ce genre imposerait à une ville qui se dit civile. Mais ils la pilleront nos messieurs, avec leurs galères et les avals, avec leurs autorisations et leurs journaux qui répandront, comme à l'habitude, des mensonges. Il a son destin déjà tracé, San Salvi. Un jour, arriveront les pelles. Ce qui les intéressera sera sauvé et le reste sera détruit. Surgira le mot « prestige ». Surgiront les noms habituels.



À San Salvi, entre ses édifices en ruines, il y en a un qui résiste sur lequel, il y a tant et tant d'années, on a peint un mural de style andin, avec un graphisme qui rappelait celui des disques DICAP de la Nouvelle Chanson Chilienne (Nueva Canción Chilena). Il y avait eu le coup d'État militaire de Pinochet. Les Inti-Illimani, dont le brevet d'ennuyeux par antonomase n'avait pas encore été officiellement consacré, remplissaient la Grande Piazza. Octante-trois, septante-quatre, septante-cinq. Le dix avril 1975un arçon, communiste, fut tué dans une manifestation contre la répression; il s'appelait Rodolfo Boschi. Temps durant lesquels, sur le mural andin peint au milieu de ce qui était encore un asile et un lager, apparaissait une signature au nom de ce garçon mort.



Temps auxquels un certain jour de printemps avait une Valeur, dans toutes les acceptions du terme qui sont dépréciées aujourd'hui. Temps durant lesquels les mots du grand poète, qui avait été une des premières victimes du coup d'état fasciste dans un pays lointain, étaient non seulement appelés, mais associés à ce jour d'avril et à un jeune tué des mains de la police. le grand Poète chilien les avaient écrits , quand lors de la première guerre mondiale, il était arrivé dans cette ville et avait été reçu par un maire ouvrier, Mario Fabiani. « Y cuando en el Palacio Viejo, bello como un ágave de piedra, yo subí los escalones consumados, pasé por los antiguos cuartos y vino darme el bienvenido un obrero, jefe de la Ciudad, del viejo río, de las casas talladas como en piedra de luna, no me surprendí: la maestad del Pueblo gobernaba. » (Et quand dans le Vieux Palais, beau comme un agave de pierre, je descendis les escaliers usés, passa par les vieux tableaux et vint me donner la bienvenue un ouvrier, chef de la Ville, au vieux fleuve, aux maisons taillées dans la pierre de lune, cela ne me surprit pas : la majesté du peuple gouvernait. ») Ce poète s'appelait Pablo Neruda et parlait de cette ville avec les plus beaux mots qui lui ont peut-être jamais été dédiés. Tellement beaux et tellement vrais, qu'ils ont été complètement oubliés, excepté sur ce mural, sur cette fresque populaire qui s'écaille sur les murs d'une maison en ruines dans un lieu qui disparaîtra bientôt.

Il n'avait pas fini de parler le poète. Il dit encore... Eh bien, lisez les ces mots tant qu'ils résisteront. Il est bel et bon d'en rendre compte et de les transmettre, fût-ce par les pattes d'une chatte vagabonde et noire.



« Mais derrière, il n'y avait pas l'auréole du passé; sa splendeur était la simplicité du présent. Comme un homme, du métier à tisser ou de la charrue, de la fabrique sombre, il gravit les marches avec son peuple et dans son Palazzo Vecchio, sans épée, le peuple, le même qui franchit avec moi le froid des Cordillères des Andes, était là. Pour cela, je crois chaque nuit au jour, et quand j'ai soif, je crois à l'eau, car je crois à l'homme. Je crois que nous monterons jusqu'à l'ultime marche. De là, nous verrons la vérité partagée, la simplicité restaurée sur la terre, le pain et le vin pour tous. »

Vous avez lu et compris quelles paroles cette ville réussissait à inspirer à un poète. Vous avez lu la simplicité, l'espérance et le pain et le vin pour tous. Tout est écrit sur les murs ébréchés, délabrés. Et il ne s'agirait même pas de sauver ces murs, mais ces mots. Il s'agirait de se les réapproprier et d'en faire un présent et un avenir. Il s'agirait d'un tas de choses. Et entretemps, on entend battre les grandes caisses de la « dégradation », et quand elles battent ce n'est jamais pour qu'on donne le pain et le vin à tous. Elles battent toujours pour que, non pas le pain ou le vin, mais l'argent s'accumule dans les poches de certains. Et alors, faites-vous chat, vous aussi. Glissez-vous, sans être vus, au-dedans de San Salvi. Allez voir ces murs et regarder cette fresque. lisez ces mots. La majesté du peuple a cessé de gouverner depuis longtemps. Mais ces murs résistent et disent encore. C'est à qui lit, alors, de décider.



( Riccardo Venturi)

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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 21:47

POUR LES MORTS DE REGGIO EMILIA, ET PAS SEULEMENT

 

Version française – POUR LES MORTS DE REGGIO EMILIA, ET PAS SEULEMENT – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Per i morti di Reggio Emilia, e non solo – Riccardo Venturi – 2010

 

La photo ci-dessus a été publiée par les journaux du 7 juillet 2010. Le cinquantième anniversaire de la révolte dite de Gênes et de Reggio Emilia, mais en réalité elle engloba toute l'Italie. Une Italie qui était encore capable de dire non par des faits, en descendant dans la rue pour défendre l'antifascisme des assauts du gouvernement Tambroni, un fasciste travesti en démochrétien qui avait été élu avec les voix des fascistes non-travestis du MSI. 30 juin 1960, Gênes aux mains des antifascistes, 7 juillet 1960 : Rome, Reggio Emilia. Il y a la chanson fameuse de Fausto Amedei qui en parle...
Rien n'a changé. 7 juillet 2010. Des sinistrés de l'Aquila se rendent à Rome pour protester contre les mensonges ignobles du gouvernement d'un autre fasciste, un certain Silvio Berlusconi. Celui qui s'est servi d'eux pour ses spots électoraux, abandonnant ensuite – évidemment – les gens d'Aquila à leurs destins et sans ville. Ils voulaient se rendre devant la résidence romaine du « cavaliere », pour lui dire que ses spots et ses mensonges sont terminés; ils ont trouvé la police en tenue de combat. Les mêmes qu'à Gênes en 2001.Pour massacrer des gens sans défense qui n'ont plus rien. Cinquante ans... Mais avec l'espoir que la mesure commence cette fois véritablement à être comble.[R.V.]

 

 

 

Camarade, citoyen

Frère d'Aquila

Prenons-nous par la main

En ces jours tristes

Et comme à Reggio Emilia

Et à Avola en Sicile

Bastonnons les sbires,

Ces porcs de fascistes.

Et aujourd'hui comme un temps

S'abattent sur l'Italie entière

Les matraques et les prisons

 

À dix-neuf ans

Est mort Ovide Franchi

Et ils avaient vingt ans

Aussi ces étudiants

Qui dans leur sommeil

Sont morts comme des rats

Tous morts à vingt ans

Et sans plus d'avenir

Morts pour la fortune des caïmans.

À cause des constructeurs

Ces innommables délinquants.

 

Lauro Farioli est mort

Comme Carlo Giuliani

Et entre eux le vide

Et le tremblement de terre

Et les flics arrivent

En urgence pour massacrer

Ceux qui veulent protester

Car on s'est foutu d'eux.

Sang sur sang

De la main de ces esclaves,

Les mêmes qui tuèrent les frères Cervi.

 

Il y a cinquante ans

Entre Gênes et Reggio

Et encore bien pire après

Nous l'avons vu

Toujours avec le même but unique

D'opprimer les gens

Qui maintenant n'ont plus rien

Excepté leur propre rage.

Pareil pour les gens d'Aquila

Que pour les sinistrés d'Irpina

Pièces de viande aux mains des assassins.

 

Camarades, le sept juillet

Un bel anniversaire

Rien n'a changé

Ils massacrent les gens.

Nous devrions tous

À partir de maintenant avoir

Comme but de les chasser

Mais de les chasser tous.

Morts du séisme

Donnez-leur la secousse

Qu'ensemble dans une fosse on les pousse.

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 16:48

CENT MILLE BARREAUX (CHANSON POUR ENRICO SIGNORI)

Version française – Cent Mille Barreaux (Chanson pour Enrico Signori) – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Centomille Sbarre (Canzopne per Enrico Signori) – Riccardo Venturi – 2010

 

Il y a de ces soirs, quand il drache, où quelque chose tourne dans la tête. Une sorte de présence et la présence peut être celle d'Enrico. Ce soir, j'avais une grande envie de te parler, de choses sans importance, de nuages aussi. Avec lui qui avait connu les quatre mètres carrés d'une cellule de prison (quattro metri quadri ). Comme de le voir entrer ici chez moi, où il n'avait jamais mis les pieds; comme de lui raconter comment on fait, comment on fait, du premier mai sur une petite place pleine de gens, d'une marée de choses. On dit que cela ne se peut car Enrico est mort une stupide soirée d'octobre. Par moments, ça fait du bien de se le rappeler; parfois au contraire ça fait du bien de refuser d'y croire. Ainsi naît une chose dans la tête, qui n'a ni nom, ni définition. On sait seulement pour qui elle naît. [R.V. ]

Vois-tu, Lucien l'âne mon ami, et sans doute ne pourras-tu y répondre, je me pose souvent cette question... Vaut-il la peine que nous conversions en guise de commentaire ou d'introduction à nos traductions ou vaudrait-il mieux qu'on n'ennuie pas les gens avec nos réflexions ? Sans aucun doute, elles nous font bien plaisir ces parlottes et notre petite rencontre a-t-elle au moins ce sens-là, mais quand même...

 

Que veux-tu me dire, Marco Valdo M.I. mon ami et camarade ? Peut-être nos propos sont-ils oiseux, mais rassure-toi, personne n'est obligé de les lire... C'est pas comme à la radio ou à la télé ou à l'école ou au restaurant ou dans le train... où tu es bien obligé d'entendre ce qu'on dit autour de toi, où tu es coincé, manipulé, torturé... Ici, non ! Celui qui nous lit, c'est qu'il le veut bien.

 

Oui, Lucien l'âne mon ami, mais quand même... Je pensais ceci qu'au temps où j'avais lancé un ciné-club disons laïc, militant et tout et tout, dans une ville occupée par la Compagnie de Jésus, lors de la première séance, un brave homme, peu au courant de mes habitudes alimentaires (rappelle-toi : je mange un curé au petit-déjeuner, un évêque au dîner et un archevêque aux grandes occasions... Façon de parler, ils ne sont pas comestibles; et de plus, je ne suis pas cannibale, moi. Je ne mange le fils de personne... même pas celui de Dieu), me demanda, avant d'acheter son billet... Est-ce que le curé fera un discours... je l'ai rassuré. Il a souri et acheté son billet... On a parlé après le film... Il est resté au débat.

 

Maintenant, Marco Valdo M.I. mon ami et camarade, parle-moi quand même de la chanson... Elle est de notre ami Riccardo, de celui qu'à l'école, on appelait Ventu. Très joli surnom, on dirait le vent lui-même dans une variante romane. Que dit-elle ?

 

Elle dit, elle dit... En fait, elle dit qu'elle ne sait pas de quoi elle parle, d'une indéfinissable, d'une ineffable, d'une fable... D'un souffle de souvenir, d'une remémoration, d'une remembrance, aurait dit Rimbaud. Elle parle d'un chanteur disparu, d'Enrico Signori que nous avions traduit, nous aussi. En somme, elle parle d'un ami, elle parle d'un camarade. Il y a du Ferré là-dedans, le Ferré des Poètes, ces « drôles de types qui traversent la brume avec des pas d'oiseaux sous l'aile des chansons... » (http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=17163&lang=it). En somme, une très belle chanson.

 

Sans musique ?

 

Mais, Lucien l'âne, tu sais aussi bien que moi, que la musique est dans les mots, dans la voix qui traverse le corps en le faisant vibrer comme l'âme d'un violon... Et alors, les sons sont.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Ce n'est même pas une ombre, il n'y a même pas de soleil,

Il y a des spectres qui se meuvent par le biais des mots.

Par le jeu des mots qui semblent des étoiles

Renfermées entre les murs d'une cellule infecte.

Il est entré tranquille, silencieux, comme savent le faire les voleurs

Dans cette habitation, quarante mètre carrés

Mais il ne volait rien, il donnait des regards et fort

Bien qu'à l'arrêt, il donnait des coups de pied et il les donnait à la mort.

Enrico, je te revois avec le chien et les clés

Et je te revois toujours avec ce que tu donnais,

Il y avait encore deux mille miles de vie à faire encore

Et cent mille barreaux à scier encore.

Je te connaissais peu, je te connaissais tant,

De ce tant qui suffit à faire naître le regret,

Et il y avait tant de gens par les rues ce soir-là,

C'étaient des gens qui luttent, c'étaient des gens qui espèrent.

 

Et quatre mètres carrés n'enclosent pas la vie

Ne l'enclot même pas un cercueil quand elle est finie,

Et rien ne l'enferme si elle fut d'amour et de lutte,

Si elle fut un phare qui guide notre route.

 

Enrico, je te revois avec le chien et les clés

Et je te revois toujours avec ce que tu donnais,

Il y avait encore deux mille miles de vie à faire encore

Et cent mille barreaux à scier encore.

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 20:04

LIEUX COMMUNS

 

Version française – LIEUX COMMUNS – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Luoghi Communi – Riccardo Venturi

empruntée à Juan Rodolfo Wilcock

 

 

Ah, dit Lucien l'âne tout joyeux, une chanson de Riccardo Venturi...

 

Si tu veux, dit Marco Valdo M.I., si tu veux Lucien mon ami. On peut dire les choses comme çà. Mais Riccardo Venturi lui-même dit qu'il l'a tirée de Juan Rodolfo Wilcock – au moins pour le texte. Wilcock est un poète argentin, qui dut fuir la dictature péroniste et se réfugia en Italie où il devint un écrivain italien. R.V. a été – au temps de sa jeunesse folle - tellement impressionné ou ensorcelé par cet écrivain, qu'il lui prit ce texte et en fit une chanson qu'il s'attribua entièrement. Erreur de jeunesse, hallucination, identification majeure, allez savoir. Elle fut donc enregistrée comme telle – il y a bien des années et attribuée de fait à R.V., qui dans son introduction , nous dévoile le pot aux roses...

 

Il s'en passe des choses dans ces lieux étranges de la poésie et de la chanson..., dit Lucien l'âne quand même un peu réjoui de l'aventure...

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo et Lucien Lane

 

 

 

1. Le Poète solitaire

 

Chaque matin à l'aube cette lumière de violettes

Réveillant les parfums des jardinets immobiles

Se renverse des toits sur les premières automobiles

Et allume les vitres brisées répandues sur les parterres;

C'est le meilleur moment du monde matériel

Qui renaît lavé de la nuit spirituelle

Des branches poudreuses descend un souffle de vent

Et le poète solitaire, physiquement content

Se promène par les rues, comme Adam le premier jour,

Faisant le tour de son nouveau séjour

L'insère dans son nouveau jugement

Tout en écoutant les voix plus ou moins profondes

Avec lesquelles le monde se répond à soi-même.

 

2. Ailes marines

 

À qui sourit le plaisir des sens ? À l'intellect,

Qui par ailleurs supporte douceurs et infirmités

Indépendamment de sa capacité

de jouissance propre; car il n'est pas parfait

Et fait de chair et de poils comme les autres animaux,

Sans jamais se libérer des contingences charnelles,

Sans être vraiment agréable ni vraiment abject;

Lui qui rêve de voler sur la mer sans frontières

Avec au dos deux ailes marines...

 

3. Âme et corps

 

L'âme est peut-être divine, mais elle n'est pas indispensable

Autant que le corps qui est sa demeure et sa prison ;

Depuis la prime enfance, ce corps est la prison

De l'âme qui fermente comme une masse malléable

Pour finalement se pétrifier dans les formes les plus étranges.

De l'oiseau mélodieux aux pires iguanes ;

Mais toujours mal à l'aise car elle n'arrive pas à sortir

D'une corps inadéquat et toujours moins fort,

Ce qui provoque des désordres difficiles à guérir,

Les névroses complexes qui accélèrent la mort.

 

4. Ce qu'il ne sera pas

 

Dans on berceau malodorant, le bébé allonge la main

Pour prendre un objet comme d'habitude trop éloigné

Que son cerveau embrouillé considère intéressant;

Et à cet instant, il est toutes les personnes possibles.

Puis, avec le temps, s'excluront de nombreuses personnalités :

Refusant ou ignorant des milliers de possibilités :

Il ne sera pas prêtre ni artiste, ni mécanicien

Il ne sera pas explorateur et il n'émigrera pas en Palestine,

Il ne sera même pas la copie d'une personne existante,

Comme tout être au monde, il devra vivre sa propre vie.

 

5. Darwinismes et sophismes.

 

 

L'homme qui a transformé le loup en petit chien

Qui fabrique de fausses lunes et des avions à réaction,

Serait-il vraiment le résultat d'une lente évolution ?

La distance qui le sépare de l'avant dernier degré

Est tellement plus grande que celle qui sépare ce dernier des précédents.

Outre le fait que sa marche part dans une autre direction,

De toute manière, à l'origine de ces raisonnements

Subsistent deux sophismes qui en invalident la conclusion :

L'une, l'erreur de ranger les objets

Et de tirer ensuite la somme de l'ordre auxquels ils sont soumis;

et l'autre, l'erreur historique d'introduire inchangé

Le point de vue contemporain dans le plus lointain passé

Ignorant l'influence de circonstances

Qui peut-être à une autre époque eurent une importance.

 

6. Les Sens


Nonobstant les triomphes de la science appliquée

Les instruments les meilleurs pour observer l'univers

Sont encore la lampe pénétrante du vers,

La musique, la voix d'une gorge privilégiée,

Ou bien dans la pénombre des chandelles éparpillées

La chaire comateuse de diorite encroûtée;

N'importe quelle lumière indiquant où une pensée brûle,

Simples torches ou splendides lampadaires,

Runes d'Islande aux principes rugueux,

Phallus d'ambre dans la forêt, sarcophages étrusques,

À la lumière de ces lueurs, l'homme se meut plus sûr,

Il voit les crépuscules, il voit les rives de la mer,

Et il prononce des mot dont le sens obscur

Commence enfin à se révéler.

 

7. Lumières

Pour l'homme arrivé à un certain âge

L'usage de ces lumières devient nécessité

Jeune, on ne lui avait pas dit de se préparer à cela,

Qui d'autre part n'était prévu par aucune théorie :

Ce n'est pas un défilé triomphale, ni même un modeste banquet,

Mais bien des funérailles de quatrième catégorie

Devant un décor peint par des dilettantes

Entre des praticables tremblants.

IL faut dès lors chercher une meilleure scénographie

Et dans l'ombre du chaos nous illuminer

De l'anneau de bronze avec son profil de seigneur,

De la tombe avec des scènes de picnic ou d'amour,

Ou l'aurige qui fouette les chevaux de la mer,

Au milieu des vieillards qui jouent nostalgiques de la flûte;

Toute chose tirée de la lumière de l'esprit

Au temps giratoire, à l'espace coulant.

 

8. Détermination

 

L'idée que nous nous faisons de l'espace ne diffère pas

De l'idée que s'en font la majorité des gens,

Elle est purement mentale , et elle disparaît avec l'esprit

Par exemple sous l'action d'excitations violentes
L'homme sait se déplacer, s'orienter topographiquement

Et se retrouver avec ses semblables en des lieux déterminés,

En combinant sa raison et ses sens ;

Il trace ainsi des labyrinthes sur la face de la terre

Et superpose ses pas à ceux de ses ancêtres

Qui comme lui cherchaient des femmes, à manger et parfois la guerre.

 

9. Le temps

Notre idée du temps est ineffable

Et celle qui nous est proposée est quasi tout le temps puérile,

Aussi bien le temps statique que le mesurable,

Celui qui court à l'envers ou le simple temps civil;

Aucune de ces hypothèses n'est suffisamment universelle,

Si on pense, par exemple, à un mort oui à un animal;

Car la solution du problème, on la trouve au fond de nous-mêmes,

Il n'est pas facile de descendre dans ces recoins

Où le temps de la matière et le temps de la conscience

Ne gardent pas la même consistance;

En fait, ils ne conservent aucune relation

Accessible à la compréhension.

 

10. Envoi

 

Trente siècles après le voyage d'Ulysse

Les touristes parcourent les grottes de Circé

Sans trouver trace de l'enchanteresse hystérique

Ni une épave attribuable à l'âge préhomérique

Et il ne sert à rien d'expliquer que l'île n'est plus la même

Mais bien une montagne sur la côte du Latium,

Et que, tout compte fait, chercher la marque de la fée

Est une manière comme une autre de passer le temps,

Car le temps, comme un glacier, entraîne sans pitié

Les lieux et les transfère dans une autre localité.


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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 00:02

MILITARISME


Version française – MILITARISME – Marco Valdo M.I. – 2009

d'après la version italienne « IL MILITARISMO » de Riccardo Venturi

de la chanson danoise « Militarismen » de Jeppe Jensen Aakjaer - 1911



Cette chanson de paix danoise fait partie d'un « paquet » envoyé par notre ami et collaborateur danois Holger Terp, que naturellement nous remercions. Les chansons de ce « paquet », introuvables en dehors du Danemark, sont restées longtemps en attente pour des raisons techniques. Nous sommes enfin à présent parvenus à les insérer (et à les traduire).


En kandidat til Danmarks første fredssang ( «  Une candidate au titre de première chanson de paix danoise ») écrit Holger Terp dans la page y relative de la Fredsakademi danoise. Elle ne l'est probablement pas, mais il s'agit de la première chanson danoise clairement antimilitariste et il y a une différence fondamentale entre le simple « pacifisme » et l'antimilitarisme. Nous la publions donc avec toute l'attention qu'elle mérite.

Le journaliste et écrivain Jeppe Jensen Aakjaer l'écrivit le 25 mai 1911 (selon ce qu'il en rapporte lui-même dans son autobiographie Med regnebræt); elle fut publiée le 16 juillet de la même année par le quotidien Politiken. (CCG/AWS Staff)




Bon sang, Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l'âne en agitant alternativement les deux oreilles, voilà que Riccardo Venturi te demande de traduire une chanson danoise...


Et je vais de ce pas la lui mettre en français cette belle chanson danoise, mais il me semble utile d'insister sur un point à double tranchant : primo, je ne connais pas un traître mot de danois et secundo, je ne pourrai en donner une version qu'à partir de la version italienne de Riccardo Venturi; il risque donc d'y avoir un certain décalage entre la chanson d'origine et ma version française. Mais un de mes vieux professeurs (connu de ses disciples sous le nom de Jef) m'a toujours enseigné : mieux vaut un âne vivant qu'un lion mort... Tu en es d'ailleurs une preuve éclatante, mon ami Lucien l'âne venu de la plus haute antiquité sur tes petits sabots d'ébène.


Tu remarqueras en plus, mon ami Marco Valdo M.I., combien cette sentence du Jef, que j'ai personnellement porté dans les collines du Péloponnèse et je me souviens très qu'il connaissait le grec antique et même plusieurs, et l'hébreu et le sanscrit et bien évidemment, le latin de diverses époques... Il me parlait un très délicat ionien et aux gens que l'on croisait le démotique... Donc, cette sentence du Jef, du moins celle-là que le Jef répétait à ses disciples, me paraît très pacifique et même nettement, antimilitariste et elle semble, si j'ose le dire ainsi, résumer exactement le sens de la chanson de Jeppe Jensen Aakjaer. L'âne vivant me plaît beaucoup, d'ailleurs....


Un dernier mot à propos du Jef , lequel était de toute son évidence un éminent antimilitariste... Sais-tu, Lucien l'âne, comment on a traité ce pacifique savant dans notre monde otanisé... On lui a refusé – en raison de ses convictions pacifistes et antimilitaristes – la chaire universitaire qui le méritait et il s'en fut enseigner des ignorants dans mon genre et dans le fond, tu vois, ce fut une chance pour nous. Quant à celui qui prit honteusement sa place, personne ne se souvient de son nom et il vaut mieux pour lui qu'il en soit ainsi. Et, dit Marco Valdo M.I., pour conclure avec Tonton Georges, je dirais : Être un lion ou un âne ? Puisque telle est la question....


« Qu'une alternative pareille, un de ces quatre jours, m'échoie,
C'est, j'en suis convaincu, l'âne qui sera l'objet de mon choix ! »


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.





Et ainsi, vous voici ici, vieillards,

À déblatérer de la défense de la nation,

Vous affairant à la vie du Danemark

Et confiant son destin au fer.


Mais qui sait si vous supporterez le poids fou

Du sanglant métal de la guerre

Qui abat la race humaine

Comme les batteuses font de la paille et du grain.


Mais, peut-être vous, décrépits, avec vos béquilles

Vous soutenez un courage désormais naufragé

Tandis que la balle peigne les boucles blondes

Et la jeunesse nage dans le sang.


Laissez tomber ce jeu d'idiots

N'invoquez pas la foudre de la vengeance !

Nos pires ennemis sont parmi nous

Dans votre vision barbare.


Nous sommes mieux défendus par le roseau subtil

Qui se balance dans le champ des souvenirs

Que par le couteau des instincts les plus vils

Qui s'enfonce féroce au cœur de la bataille.


Nous sommes mieux défendus par la branche en fleurs

Qui ombrage la porte de la demeure

Que par la violence terreuse et pierreuse

Qui se tient derrière vos mitrailleuses.


Tes forteresses blindées, tes casques, tes clairons

Deviendront, Danemark, ta tombe !

Ta défense, ce sont ces champs de blé qui flottent

Et resplendissent en paix sur la mer.


Les sillons ensanglantés du champ de guerre

Nous les sèmerons d'orge,

Mais le souvenir de la douleur de nos pères tombés

Vole bourdonnant comme les moustiques du soir.


Nous, nous ne voulons pas d'une sauvegarde

Par l'assassinat de milliers d'innocents,

Nous préférons vomir, insulter, ridiculiser

Le cadeau infernal des canons.


Tes faucheuses folles ne se rassasient jamais

Maudite bête sur notre chemin

Et les nations t'ont rendu la pareille :

Contre toi, elles ont tourné leurs canons.


Tu nous as toujours mené à pire ruine,

Et pourtant nous t'avions tout donné,

Tu nous as pris les derniers bœufs de l'étable,

Et tu as saigné notre plus beau verrat.


Tu vois pourquoi nous refusons l'orgie de la guerre

Et nous travaillerons dur dans la paix

Et nous mettrons en sécurité nos enfants

En les cachant des ours et des loups.

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