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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 15:16

LE CAPITAINE

 

Version française – LE CAPITAINE – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – Il Capitano – Ivan Della Mea – 2000

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, l'ami Ventu aimerait que l'on commente... Enfin, que quelqu'un commente cette chanson d'Ivan Della Mea. Je te dis tout de suite deux choses : la première qu'à l'habitude, pour la comprendre, j'en ai fait une traduction, une version à ma manière – ce que tu trouveras ci-dessous et que même si je vais faire un commentaire, mon commentaire sera fait à partir de cette version. Ceci car je n'ai pas vraiment de recul par rapport à la chanson italienne et à Ivan Della Mea. Cependant, je peux quand même dire – par rapport au texte de la chanson – qu'il me rappelle un poème de Baudelaire, intitulé Le Voyage... Souviens-toi, je t'en cite la fin :

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !
Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !"

Et bien voilà, un commentaire....


Je voudrais pas crever" me semble être également un commentaire approprié au "Capitaine" d'Ivan Della Mea et le fait d'y citer Brassens, également. Ces trios-là savaient que le bateau allait lever l'ancre; ils entendaient déjà certaines sirènes... Il en jouait même Boris de la trompinette, lui dont le cœur était le point faible... à s'en éclater l'aorte. Même l'illustration vidéo de la Supplique, avec Brassens devant la mer dans le port de Sète, sur la plage de Sète, au Cimetière marin et ce que tout cela supposait... On ne va pas impunément chanter sa propre mort dans un cimetière, fût-il marin.


Sûr qu'Ivan Della Mea aurait chanté "Je voudrais pas crever", si l'occasion lui en avait été donnée...

Je vois bien que cette paraphrase n'est pas le commentaire attendu, pas encore. Je n'entends pas encore les harmoniques d'Ivan Della Mea... Elles sont couvertes par le ressac... ( voir http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=3696&lang=it#agg115789 )

 

Peut-être à l'aube, quand le vent tournera... Tu les entendras...

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

« Messieurs », dit-il alors, « le capitaine vous parle,
La mer est bonne, le vent tient ; à bord, on lève l'ancre ! »,
« Messieurs », dit-il alors, « le capitaine vous parle. »

Barre à la main, cap sur l'étoile Polaire,
Il me dit: « Monsieur, vous pouvez dormir et rêver »,
Barre à la main, cap sur l'étoile Polaire.

Il dit en souriant: « N'ayez aucune crainte,
La voile tient le vent, le bateau est tout à fait sûr. »
Il dit en souriant: « N'ayez aucune crainte ! »

Je me souviens de ce moment de paix absolue,
La sensation d'un silence exempt de toute offense,
Je me souviens de ce moment de paix absolue.

Après minuit, d'où, de quelle mer
Surgit comme le chant d'une Vierge sans autel,
Après minuit, d'où, de quelle mer.

Doux, infini et frémissant d'amour
Il fond comme neige au soleil,
Doux, infini et frémissant d'amour.

Le capitaine pâlit, l'équipage est terrifié:
« Au nom de Marie, sauve qui peut ! »
Le capitaine pâlit, l'équipage est terrifié.

Mais je ne peux comprendre, je ne peux penser,
Le regard sur l'horizon, je reste là à écouter.
Mais je ne peux comprendre, je ne peux penser.

Le capitaine crie: « Fuyez, Monsieur !

Le miel de ce chant tue par magie. »

Le capitaine crie: « Fuyez, Monsieur ! »

 

« Vous savez que de tous temps, sur toutes les mers, l'homme

Emporte avec lui son chant et vit de la mort des autres,
Vous savez que de tous temps, sur toutes les mers, l'homme... »


« On va sur la lune (je ris !), on joue avec les atomes,
Et vous me parlez de maléfices mortels au milieu de la mer!
On va sur la lune (je ris !), on joue avec les atomes. »

« Non, Je ne veux pas comprendre, non, je ne veux pas penser,
Capitaine, capitaine, je reste là à écouter;
Non, Je ne veux pas comprendre, non, je ne veux pas penser »


On descend les chaloupes, tout le monde s'éloigne,
Et le chant à moi seul dispense sa mystérieuse douceur
On descend les chaloupes, tout le monde s'éloigne.

Et maintenant tout est à moi, le chant, la mer, le noir,
Je suis seul comme un dieu qui a perdu jusqu'à son ciel.
Et maintenant tout est à moi, le chant, la mer, le noir.

Il n'y a plus d'étoiles et même plus, la mer
Il n'y a plus de bateau, nom de dieu, réveillez-moi,
Il n'y a plus d'étoiles et même plus, la mer.

Je comprends, maintenant, et je ris fort,
Le chant se meurt et je reste là, avec moi et avec mon sort.
Je comprends, maintenant, et je ris fort.


« Messieurs », dis-je maintenant, « le capitaine vous parle,
La mer est bonne, le vent tient ; à bord, on lève l'ancre ! »,
« Messieurs », dis-je maintenant, « le capitaine vous parle. »

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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 00:37

 

LETTRE À ANGELA

 

Version française – LETTRE À ANGELA – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne (Lombard milanais) – Lettera a Angela – Ivan Della Mea – 1972



 

« Angela est ma femme. On cherche à en sortir. Pour tant de raisons, nous sommes assez seuls et isolés, chiens perdus. Nous avons une fille et nous cherchons à lui enseigner à ne pas crier « Vive Mao » ou à saluer le poing levé ou à dire « lutte dure et sans peur ». Nous cherchons aussi à être assez camarades pour voir ensemble, tous les trois, s'il est possible de vivre un peu mieux et un peu plus libres dès maintenant et non à partir de demain. » ( Ivan Della Mea, 1972 )

 

xxx

 

« Angela Della Mea, je l'ai connue personnellement ? Et je n'ai rien d'autres à ajouter, à part... à part une révérence et un « putain qu'il me manque Ivan ». [R.V.]

 

L'autre soir, je vais te raconter, mon cher Lucien l'âne et ami, un peu ce qui s'est passé l'autre soir à une sorte de conférence où plusieurs orateurs parlaient de Politique et révolution. C'est assez rare ces temps-ci, tu en conviendras, pour que je commente l'événement. Il y avait là des représentants de plusieurs partis, tout ce qu'on avait pu rassembler à gauche de la droite. Comme tu sais, et comme tu le penses toi-même, je n'ai que fort peu d'intérêt pour les « politiques », du moins dans leur version parlementaire, élective et démocratique. Je n'imaginais pas trop ce qu'ils pourraient bien raconter et ce fut à peu près ça. Un ronronnement collectif.

 

 

Mais qu'allais-tu faire dans cette galère, mon bon ami Marco Valdo M.I. ? Qu'allais-tu faire dans ce cénacle, toi qui clairement n'en a rien à cirer...

 

 

J'allais... J'allais saluer quelques connaissances et encourager les orateurs dans leur étrange performance. Ils se sont tous bien gardés d'entrer dans le vif du sujet. D'ailleurs, il semblait bien que c'était là un sujet sans cause, un sujet vide. Un mot fort ancien dont on ne sait plus trop à quoi il correspond dans la vie quotidienne contemporaine et surtout, dans la vie des partis. Une sorte d'incongruité, vaguement historique. Mais rassure-toi, je ne m'attendais pas à autre chose. La révolution vue par le système, c'est du passé, c'est une sorte de folklore ou quand il la prend au sérieux, il la réduit à un épouvantail qu'on agite pour effrayer nos bonnes gens. Évidemment, quand elle va leur tomber sur le nez, ils en feront une de tête. Du moins, s'il leur en reste encore une...

 

Comment expliques-tu cette apathie, cette mise en désuétude ?, dit Lucien l'âne. Car pour moi, elle est toujours là, présente, très présente, juste sous la couche de bave médiatique... Un peu comme la lave sous l'Etna... En somme, nous vivons sur un volcan ou sur une faille sismique, une faille systémique et cette faille, c'est ce qui fait toute l'histoire de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches mènent avec une sombre obstination contre les pauvres afin de renforcer encore et toujours et leurs richesses, et leurs pouvoirs, et leurs instruments de domination, et leurs privilèges. Je ne sais, Mon ami Marco Valdo M.I., si tu connais quelque chose à la tectonique des plaques, à la dérive des continents et à tous ces mouvements géologiques si mystérieux... C'est quelque chose comme ça qui est est à l’œuvre, mais en plus rapide, cependant.

 

Ou alors, Lucien l'âne mon ami, c'est vers les nuages qu'il faut regarder, les nuages et les vents... On ne sait jamais trop ce qu'ils vont soudainement se mettre à faire... Tout est calme, le ciel est bleu, la plage est blanche, la mer est vert émeraude, la ville joue du jazz et voici, Katerina... qui vient tout balayer. C'est juste une sorte de modélisation, une sorte d'épure, d'esquisse... Mais c'est de cet ordre-là. Cela dit, ici et maintenant, hic et nunc, que faut-il faire ? Comment analyser ce monde, si ce n'est dans sa dualité, dans son irréductible affrontement, dans cet écart fondamental et essentiel entre les deux sociétés qui se superposent. Les patrons et ceux qui les servent, d'un côté, les humains, de l'autre. C'est cela qui n'a jamais été dit, ni abordé par nos politiques... L'incompatibilité totale entre ces deux mondes : celui qui vise à la richesse et celui qui instituera la pauvreté comme nécessaire et seule voie vers la sagesse... Le refus de consommer, le refus du poison social qu'est la richesse, de ce filtre vénéneux qui asservit, de cet élixir de collaboration... Comme disait Léo : « l'honneur de ne jamais paraître à la télévision ». Non mollare, mai ! Ne collaborez jamais, c'est la seule voie.

 

 

En attendant, comme Ivan Della Mea, se proposait de le faire avec sa femme et sa fille, vivons, vivons nos amours, vivons nos jours, vivons nos nuits – avec nos enfants, avec nos amis et tranquillement, patiemment, tissons le linceul de ce vieux monde hypnotique et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I et Lucien Lane.

 

 

 

 

Elle me donne un baiser et va au lit
J'espère qu'elle dort tranquille

Emmitouflée jusqu'au nez sous les couvertures

« Je t'aime, je t'aime tant, mon Angela »

 

Quand je rentre à la maison crevé du travail

J'ai la tête toute confuse

J'arrive à peine à dire « Comment ça va ? »

À demander : « Qu'est-ce qu'on mange ce soir ? »

 

Et même l'amour n'a pas le souffle

Le souffle pour un baiser, une caresse

Je voudrais, mais mon cœur est là, fermé

Par tant d'heures de conneries et de fatigue.

 

Travailler, payer, crever, travailler ainsi

L'amour se resserre dans le cœur et il ne dit plus rien

Je travaille, je paye, je crève et je vais dormir

C'est ainsi que mon patron est content.

 

Eh, patron de mes deux, maintenant je vais au lit

Je vais au lit, mais empli d’amour et de joie

Et j'éveille ma femme avec respect

Pour lui dire : « Je t'aime, Angela mia ».

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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 21:27

JE SAIS QU'UN JOUR

 

Version française – JE SAIS QU'UN JOUR – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Io so che un giorno – Ivan Della Mea – 1966

 

 

 

Io so che un giorno : l'asile moderne

 

Le 28 mai dernier, me trouvant à Brescia sur la place della Loggia (eh non, je ne m'y trouvais pas par hasard) [ NdT : 28 mai 1974 : attentat à la bombe fasciste contre une manifestation syndicale – huit morts, plus de cent blessés], je me mis à parler avec Ivan Della Mea. À une table improvisée sur la place, dans un bordel de guitares et de bouteilles de vin, m'est venue la question idiote classique. Même la mère de toutes les questions idiotes. Justement celle-là : « Dis-moi, Ivan, quelle est la chanson que tu aimes le plus ? » Je m’attendais à ce qu'il me regarde de son air-là et me dise quelque chose du genre : « Quarantequatre chats » ou « Papaveri e papere » [NdT : dans le domaine de langue française, il serait question d'une souris verte, d'un âne gris ou d'un grand cerf... Bref, une de ces ritournelles pour distribution des prix à l'école gardienne et qu'on fait subir à tous les enfants, qui n'en peuvent, mais...] . Je l'aurais bien mérité ! Au contraire, il m'a même répondu et sans hésitation. « Io so che un giorno » (JE SAIS QU'UN JOUR). Et alors, je voudrais vous en parler un peu; car en Italie, il y a des années, il y avait des asiles et il y avait des fous dans les asiles. Quelqu'un luttait pour n'existent plus ces lieux encore pires que la prison et quelqu'un écrivait des chansons pour appuyer la lutte.

 

À Florence, avant la suppression des asiles, il y avait le vieil asile de San Salvi. Et il m'est arrivé d'y entrer tant de fois, et souvent de nuit, comme volontaire et chauffeur d'ambulance. J'ai vu ce qu'est un « ottavo padiglione » (un pavillon psychiatrique, du nom de celui de l'hôpital de Livourne), et la chose n'était pas réjouissante comme le nom du vieux groupe de Bobo Rondelli [qui en effet s'appelait "Ottavo Padiglione"]. Il m'est arrivé de voir, une nuit de juillet où on crevait de chaud , un infirmier gigantesque, un certain Giustarini, massacrer de coups un interné qui piquait une crise. Il y a des noms qu'on n'oublie pas, car le docteur était arrivé, en short et la cigarette à la bouche, et il avait dit à la lettre : « Giustarini, remets-le à sa place, toi ». Et vlan, les beignes et les coups de pied sur ce pauvre être humain. Jusqu'à ce que le chef d'ambulance, Stefano Guidotti (il me plaît de donner des noms) hurle « basta » et menace d'appeler la police par la radio de bord. L'interné, qui s'appelait Carlo, était à terre tandis que ces compagnons de chambrée, certains liés, hurlaient, hurlaient. Excepté celui qui s'était chié dessus et faisait béatement une pipe à sa merde. Voilà, je ne sais s'il est arrivé à quelqu'un d'entendre chez le coiffeur ou chez l'épicier des phrases comme : « On devrait rouvrir les asiles, là au moins, on les soignait ! » Si vous entendez un déficient dire une phrase du genre, racontez-lui cette histoire, avec noms et prénoms. [Au fait quel était le nom du médecin ? N'était-ce pas Mengele ou Mabuse ?, demande Lucien l'âne]

 

 

« Io so che un giorno » (JE SAIS QU'UN JOUR), Ivan Della Mea l'a écrite en 1966. On peut se demander si « Io so che un giorno » (JE SAIS QU'UN JOUR) est une chanson sur l'asile ou si elle ne serait pas plutôt une chanson où l'image de l'asile (une image fortement stylisée) ne servirait pas à parler d’autre chose qui va bien au-delà. Et cet « au-delà » s'appelle à mon avis : répression. Il ne faut pas avoir vu comment est fait un asile pour se rendre compte que celui de « Io so che un giorno » (JE SAIS QU'UN JOUR) serait plutôt ce que d'aucuns s’imaginent qu'il soit. Un lieu aseptisé, où tout est blanc; dans le texte, Della Mea insiste délibérément sur le blanc, dès le début. La chanson a donc une valeur « chromatique » qui a une grande importance; le blanc comme brouillard séparateur, comme amortisseur des sensations et des bruits, comme barrière, comme isolation et dès lors, en définitive, comme symbole précis de l'éloignement forcé, de camp, de lager.

 

 

Bien que stylisée, cette image n'est nullement irréelle et se fonde sur des éléments qui étaient effectivement ceux en usage dans les asiles. Même dans le plus putride, le blanc (couleur des parois, des tentures, des draps, des lits) dominait. Le blanc devait séparer et devait surtout contribuer à obnubiler l'esprit de celui qui était enfermé à l'asile (le but de l'asile n'était pas de « soigner », mais de contribuer à maintenir la folie et souvent, de l'instiller chez des gens – nombreux – qui y étaient placés sans être « fous »). L'asile était perçu comme un lieu « tranquille » (d'où les multiples noms comme « La colline sereine », « La villa calme », « le coin de paradis »... – le paradis lilial comme refuge parfait, en somme), et la tranquillité est blanche. On doit opposer la souriante, paradisiaque et rassurante répression à la confusion des couleurs, au violent kaléidoscope dont on représente l'esprit du « fou ». Le monde de la répression est terriblement monochromatique [et monocratique, d'ailleurs aussi, ajoute Lucien l'âne]. Il y a la répression noire des polices et la blanche des asiles. [et la grise partout ailleurs – à l'école, au travail..., glisse Marco Valdo M.I.]. Elles vont souvent volontiers parfaitement de concert. Instruments parfaits du pouvoir.

 

Je trouve inutile de m'appesantir sur la manière dont l’institution « asile » a été utilisée par le pouvoir pour réprimer, et il n'importe pas vraiment d'aller rechercher l'évident exemple stalinien (l'asile et le goulag sont totalement interchangeables). L'asile et la prison sont des institutions universelles, ce sont des instruments de principe de l'état répressif. Pour la prison, on n'a pas trouvé de substitut; pour l'asile, disons, on est passé à une dilatation. L'asile « fermé » (entendu comme lieu bien défini de concentration de personnes dont la marginalisation a été définie en termes « psychiatriques » ) a été remplacé par des asiles « ouverts », dont les barrières physiques typiques des vieux asiles (les barrières, les grilles, les barreaux, les ceintures, les camisoles de force) ont été remplacées par des barrières sociales. De l'asile-forteresse, on est passé à l'asile-ghetto; et cela signifierait qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Rien de rien.

 

« Io so che un giorno » (JE SAIS QU'UN JOUR) est une chanson qui, maturée dans une espèce d'asile [issu] de la représentation imaginaire collective, parle de l'asile de classe où l'être humain doit vivre chaque jour de sa vie. C'est un asile généralisé où celui qui parle de liberté est tout simplement fou. Celui qui se hasarde la présenter comme un fait, comme quelque chose qui « résiste » [Ora e sempre : Resistenza !, disent Lucien l'âne et Marco Valdo M.I.], doit être lié à son lit. Arrivent les messieurs tout blancs et forts et tu es lié. 1966, l'année où elle est écrite. Il manque deux ans pour 1968, mais déjà en divers endroits, il y a des gars, évidemment fous, qui « parlent de leurs rêves comme si c'était la réalité » [Soyez réalistes, demandez l'impossible !]. les efforts pour les présenter comme complètement fous commencèrent immédiatement. Quelqu'un leur parla de liberté, quelqu'un avec un nom (Orwell, Marcuse, Vaneigem, Debord) ou même sans. Fous. Fous qui ont [pré]vu tout clairement, lucidement (comme dans la meilleure tradition des fous). Quelqu'un [en réalité, le système lui-même] vient pour dire que « la liberté n'existe plus [ce qui est à la fois, vrai à l'intérieur du système, vrai comme objectif du système, comme prédiction créatrice et faux, dans la réalité de la vie humaine – celle qui résiste à cette pression] et il présente ce qu'il lui substitue : la sixcents, la lessiveuse, le supermarché, l'image, le spectacle. C'est le grand et blanc sommeil de la société du spectacle. 1966. L'année suivante, Debord publie son petit livre. « Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n'exprime rien si ce n'est son désir de dormir (« Mon cher ami, tu es fatigué »). « Le spectacle est le gardien de ce rêve. » Ainsi Debord décrit parfaitement la société du spectacle, mais aussi l'asile. C'est la même chose.

 

« Je rirai / Le monde est beau ». Le fameux rire qui enterre. Je ne sais si ce rire enterre, mais c'est sûrement une expression de résistance, de rébellion; et le rire, ce n'est pas pour rien, a toujours été associé à la folie ! « Le rire abonde dans la bouche des sots », dit un adage ancien et revient d'un coup à l'esprit la féroce opposition au rire de Jorge da Burgos [Personnage du Nom de la Rose d'Umberto Eco – renvoie à Jorge Luis Borges... etc]. Le fou rit [Fou, rire]. Il rit toujours ! Cela est intolérable. Il doit être enfermé. Il doit être éliminé. Et en changeant l'ordre des facteurs, le produit ne change pas : celui qui rit est fou. [C'est tout simple, dit Lucien l'âne : fou + rire = fourire, fou = rire, rire = fou...]

 

Pour avoir une place dans cette société, dès lors, il faut vendre son propre cerveau [Vendre sa tête (asservir sa pensée) ou son cul ? Quelle différence ? Simplement ceci, qu'il est pire de vendre sa tête, car comme le poisson, l'humanité périt par la tête, dit Marco Valdo M.I. ]. Et non seulement celui-ci. Avec son cerveau, il faut vendre son corps tout entier, toute sa force. [Surtout son temps, sa vie... dit Lucien l'âne]. La vendre au travail, par lequel t'es donnée la possibilité d'acheter, acheter, acheter une myriade d'objets inutiles. Et ainsi la vie est belle dans le monde de la Sixcents et de la lessiveuse (1966) ou de la Grande Punto et de la mégatélé plasma (en 2006). Il continue cependant d'y avoir des fous qui, par nécessité ou par désespoir, détruisent. Des fous. Pas du tout habillés de blanc. De noir. Black. Black bloc. Présentés comme fous, détruisant les objets-symboles, ils accomplissent en réalité un acte d'opposition à l'asile, c'est-à-dire un acte de liberté et de santé mentale.

 

Riccardo Venturi

 

 

 

Concluons de mémoire, dit Lucien l'âne, avec Pascal – un vieux fou aussi celui-là – qui disait : « Mais quelle étrange folie que de n'être point fou ! »...

 

Tu as raison de dire de mémoire, car Pascal ne s'était pas exprimé ainsi, même si le sens est le même. C'est en fait la façon dont je synthétise habituellement cette « pensée » du philosophe de Port-Royal. Lui-même a écrit : « Les hommes sont si nécessairement fous, que ce serait être fou par un autre tour de folie, de n'être pas fou. » Tu remarqueras, Lucien l'âne mon ami, la belle logique qu'il y a là et le côté à la fois absolu : la folie « est », c'est l'apanage des humains et, son côté très relatif : il existe un autre tour de folie, d'autres tours de folie. Comment dès lors ose-t-on maltraiter le fou au nom de la folie, puisqu'elle loge en chacun de nous, puisqu'elle est constitutive de l'humain ? Et de façon définitive, n'est-il pas fou celui qui achète une grosse totomobile pour affirmer sa réussite, pour satisfaire ses petits désirs infantiles ? N'y a-t-il pas pire fou, fou plus extrêmement fou que celui qui veut dominer les autres, que celui qui veut exploiter les autres, que ceux qui entendent tirer profit des autres humains ? N'y a-t-il pas pires fous que ceux qui envoient les autres se faire tuer à leur place, qui feignent de s'indigner lorsque ceux-là sont morts et qui versent des larmes de crocodile, profitant ensuite de la circonstance pour en envoyer d'autres encore se faire tuer et en plus grand nombre..? N'avait-il pas raison le fou de Courteline qui disait : « Le monde a une punaise dans le bois du lit et un rat dans la contrebasse. » ?

 

Je te crois bien que Courteline et Pascal avaient raison, dit Lucien l'âne.

 

Une dernière réflexion à laquelle tu me fais songer, Lucien l'âne mon ami. La folie, tu l'as bien vu dans les exemples ci-dessus, est différente selon où l'on se place; la folie est une maladie sociale, c'est un état d'être par rapport au monde. Et si on l'examine sous l'angle de la Guerre de Cent mille Ans que les riches mènent durement contre les pauvres, la folie elle aussi se divise en deux camps et définir la folie de telle ou telle façon revient à se situer d'un côté ou de l'autre... Dans le monde des riches et des puissants, on ne considère généralement pas comme folie de disposer de richesses et de privilèges et on accuse de folie ceux qui mettent en cause l'absurdité de la concurrence, de l’exploitation... Dans le monde des pauvres, par exemple, on considère qu'il est fou de faire la guerre, qu'il est fou d'affamer des peuples pour de l'argent, qu'il est fou de tirer profit des maladies, qu'il est fou de mener l'humanité à sa perte au nom de l'économie, qu'il est fou de vouloir posséder le monde, de vouloir gagner encore et toujours de l'argent, d'empiler des productions imbéciles, ou de devoir perdre sa vie pour la gagner ...

 

Et nous aussi d'ailleurs, on pense pareillement. C'est pour çà que nous tissons, en sens contraire et obstiné, le saint suaire de ce vieux monde fou et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Vive la vie

À tempérament

Avec la Sixcents

La lessiveuse.

Vive le système

Qui rend égal et rend heureux

Celui qui a le pouvoir

Celui qui ne l'a pas.

Je sais qu'un jour

Viendra vers moi

Un homme blanc

Vêtu de blanc

Qui me dira :

« Mon cher ami, tu es fatigué »

Avec le sourire il me donnera

Sa main.

Il me conduira

Dans de blanches maisons

Entre des murs blancs

Sous des ciels blancs

Il me vêtira

De toile écrue dure et blanche

Et j'aurai une chambre

Et même à moi, un lit, blanc.

Je verrai le jour

Et tant de gens

Et même des garçons

Vêtus de blanc

Me parleront

De leurs rêves

Comme si c'était

La réalité

Je les regarderai

De mes yeux calmes

Et je leur parlerai

De liberté;

Un homme viendra

Avec tant d'autres forts et blancs

Et à mon lit

Par des ceintures il me liera.

 

« La liberté

Dirai-je, est un fait

Vous me liez

Mais elle résiste. »

Ils souriront :

« Mon cher ami, tu es fou,

La liberté,

La liberté n'existe plus. »

Je rirai

Le monde est beau

Tout a un prix

Même le cerveau.

« Vends-le, ami,

Avec ta liberté

Et tu auras une place

Dans cette société »

Vive la vie

À tempérament

Avec la Sixcents

La lessiveuse.

Vive le système

Qui rend égal et rend heureux

Celui qui a le pouvoir

Celui qui ne l'a pas.

 

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 20:39

RÉSISTANCE ET LIBERTÉ

 

Version française – RÉSISTANCE ET LIBERTÉ – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Resistenza e Libertà – Ivan Della Mea – 2007



En mon temps, dans mes années

Résistance n'est pas un nom

Et même pas une chanson

C'est un souffle de raison

Pour la vie qui avance

Liberté et Résistance.

La liberté n'est pas un parti

La liberté n'est pas le pouvoir

La liberté n'a pas de drapeau,

La liberté, c'est la passion

Qui nous fera tous égaux

Égalité et liberté.

 

L'égalité, c'est le frère

Que tu trouves en ce qui vit

L'égalité est la lutte dure

Contre ce qui divise

Et qui tue l'Unité.

Unité et liberté.

 

L'unité, c'est le faire ensemble

Pour sauver un chat ou une fleur,

Pour sauver un ciel, une mer,

Et aussi l'homme qui déjà meurt

Résistance et Liberté

Résistance et Liberté

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 17:58

PRENDS LE MONDE EN MAIN

 

Version française - PRENDS LE MONDE EN MAIN – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Prendi in mano il mondo – Ivan Della Mea – 1997

 

C'est l'argent, le capital et le marché qui font la guerre...
Et le reste ce sont tous de faux prétextes, TVA comprise, surtout le “dieu de la mort”

 

 

Au fond de mon puits, les mille drapeaux

Les livres des chefs leurs sages paroles

Les cartes de membres, les votes et l'homme à chier

Pouvoir pouvoir pouvoir pouvoir

Il y a les guerres et les murs du froid

On lit en croate, bosniaque et serbe

Les Kurdes les Rwandais, ont des noms de morts

Les noms des vivants les nomps des forts

 

Sont marc, dollar et franc

Yen, rouble, sterling et toujours plus fatigué

Dans mon opuits, je me dis la vraie raison

On assassine pour la lire pas pour la religion

Le dieu de la mort dessine les frontières

C'est le dieu de la mafia c'est le dieu du piouvoir

C'est le dieu de la bombinette française

Il a un nom, un seul, il s'appelle marché.

Il te veut libéral il te veut libériste

Avec des feuilles d'olivier démoplurielles

Elles sont vierges et saintes les sept soeurs

(Esso, Shell, BP, Gulf, Texaco, Mobil, Chevron.)

Il y a celui qui mange le poulet, celui qui n'a même pas la peau.

C'est le dieu des puissants, ancien et pas idiot
Du fond de mon puits, je me dis, c'est le même

Du nord du monde, violent et mortel

Il s'appelle marché et c'est le capital.

Je me demande s'il n'est pas temps

De rendre souffle et vie à la raison

 

Je me demande s'il n'est pas temps

De rendre souffle et vie à la raison

 

Je me demande s'il n'est pas temps

De rendre souffle et vie à la raison

 

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 09:27

SI LE CIEL ÉTAIT DE PAPIER BLANC

 

Version française - SI LE CIEL ÉTAIT DE PAPIER BLANC – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Se il cielo era bianco di carta – Ivan Della Mea – 1965

 

 

 

Les paroles de cette chanson sont tirées d'une lettre écrite par Chaïm, un garçon de 14 ans enfermé dans le camp de travail de Pustków.

Chaïm fut tué en 1944.

Chaïm lança sa lettre, écrite en yiddish, au-dessus des barbelés du camp; elle fut heureusement ramassée et conservée jusqu'à la libération.

(Virginia Niri)

Voir aussi Il canto sospeso de Luigi Nono avec des textes tirés des « Lettres des condamnés à mort de la Résistance européenne ».

 

« Si le ciel était de papier blanc » est une expression tirée du Talmud.

 

En hébreu, Chaïm signifie « Vie ».

 

Pustków est un petit village situé dans le sud-est de la Pologne. Les Allemands voulaient y construire un gigantesque camp SS incluant des magasins, des casernes et diverses installations spéciales. Pour ce faire, une quinzaine de villages furent évacués de force et incendiés. Un camp de travail fut construit afin de fournir la main d'œuvre. Les premiers prisonniers arrivèrent en 1940, pour la plupart des Juifs venant de toute la Pologne. La plupart d'entre eux périrent dans des conditions inhumaines.

En 1941, on construisit un camp destiné aux prisonniers de guerre russes. Ces prisonniers dormaient dehors et ne recevaient aucune nourriture. Afin d'empêcher toute évasion, les prisonniers n'étaient vêtus que de leur sous-vêtements. Pour ne pas mourir de faim, ces hommes en arrivèrent à manger de l'herbe et des racines. Le travail et la faim firent périr la plupart d'entre-eux. Ceux qui parvinrent malgré tout à survivre furent exécutés en masse au pied de la "colline de la mort".

En septembre 1942, les Allemands construisirent un troisième camp de travail destiné aux Polonais mis au travail obligatoire. Les conditions y étaient les mêmes que pour les deux autres camps. Les prisonniers du camp de Pustków travaillaient sur le développement de la fusée V-2.

Malgré la terreur mise en place par les forces allemandes, un mouvement de résistance polonais s'empara d'une fusée V-2 intacte. Cette fusée avait été lancée à titre d'essai mais était retombée sans exploser. Les résistants polonais réussirent à s'en emparer, à la transporter clandestinement à Varsovie d'où un avion anglais put l'amener à Londres.

Au début du mois d'août 1944, le camp fut entièrement détruit et incendié. Tous les survivants furent exécutés . Bien que le nombre total de victimes de Pustków soit inconnu, on estime à plus de 15.000 personnes le nombre de prisonniers qui y moururent.

 

 

 

Si le ciel était de papier blanc

Et toutes les mers d'encre noire

Je ne saurais vous dire, mes chers,

Quelle tristesse j'ai au fond du cœur

Tant il y a de chagrin et de douleur

Autour de moi.

 

L'aube s'éveille dans l'amertume

Nous épars dans la forêt

à demi-nus, à couper le bois

Avec nos pieds tordus et ensanglantés;

Ils nous ont pris chaussures et manteaux,

Nous dormons à terre.

 

Presque chaque nuit, comme un rite,

Ils nous réveillent à coups de bâton;

Franz rit et lance une carotte

Et nous, larves affamées,

On se dispute des ongles et des dents

La moindre feuille.


Deux gars se sont enfuis

Il nous ont rassemblés en carré,

Un sur cinq , ils ont fusillé

Mais même si moi, je n'étais pas un cinquième

Il n'y a pas de demain ici dans ce camp

Et moi, je ne vivrai pas.

C'est mon adieu

À vous tous, chers parents,

Frères et amis,

Je vous salue et je pleure.

 

Chaïm

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 21:47

MA CHÈRE FEMME


Version française – MA CHÈRE FEMME – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – O Cara Moglie – Ivan della Mea – 1965

 


La plus fameuse chanson d' Ivan della Mea ...

D'époque, cette chanson n'en a pas. C'est une chanson d'aujourd'hui, si on entend encore lutter et lutter pour vivre. Simplement vivre. Une lutte dure sans peur. Ce sont des paroles que l'on ne met pas en pension, jamais, celles-là. [R.V.]

 

Ma chère femme, ce soir, je te prie

Dis à mon fils qu'il aille dormir

Car les choses que je dois dire

Ne sont pas des choses qu'il doit entendre

 

Ce matin, là, au travail

Avec le sourire du chef de section

M'est arrivée ma liquidation

Ils m'ont licencié sans pitié.

 

La raison est que j'ai fait la grève

Pour la défense de nos droits,

Pour la défense de mon syndicat,

De mon travail et de la liberté.

 

Quand la lutte est de tous pour tous

Ton patron , tu verras, cèdera

Quand au contraire, il vainc, c'est parce que les jaunes

Lui donnent la force qu'il n'a pas.

 

On l'a bien vu devant les grilles

Nous on appelait les camarades à la lutte

Et soudain le patron fait un signe, un geste

Et l'un après l'autre, ils commencent à entrer

 

Ma chère femme, tu devrais les voir

Avancer tout courbés, tout pliés

Nous, on criait : Jaunes, vendus !

Et eux, passaient tout droit sans regarder.

 

Ces malheureux faisaient peine

Mais derrière eux, là sur le portail

Ce porc de patron riait tout joyeux

Je les ai maudits sans pitié.

 

Ma chère femme, je me suis trompé

Dis à mon fils qu'il vienne écouter

Car il doit comprendre ce que veut dire

Lutter pour la liberté.

 

Car il doit comprendre ce que veut dire

Lutter pour la liberté.

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 16:57

MARZABOTTO

Version française – MARZABOTTO – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Tu lo sai compagno a Marzabotto – Ivan Della Mea – 1966









Marzabotto, Lucien l'âne mon ami, fut un massacre épouvantable que les fascistes et les nazis , qui sont ce qu'il y a de pire parmi les humains – car la vérité me commande de les situer à l'intérieur de l'espèce humaine, perpétrèrent en 1944 dans les Appennins. Pour faire court, je te lis ce que dit une note d'information à ce sujet :

« Le massacre de Marzabotto est un massacre perpétré entre le 29 septembre et le 5 octobre 1944, par les Waffen-SS de la 16e Panzergrenadierdivision SS Reichsführer-SS menée par le commandant Walter Reder en Émilie-Romagne près de Bologne. C'est au-dessus de la plaine sur les contreforts des Apennins, dans les bourgs de Marzabotto, Monzuno et de Grizzana Morandi que se déroula le massacre. On compta 955 morts ; c'est le massacre de civils le plus meurtrier perpétré par les Nazis en Europe occidentale. En italien il est le plus souvent appelé « strage di Marzabotto » ou « eccidio di Monte Sole » (soit « massacre de Monte Sole »).

Le documentaire de Frédéric Rossif, De Nuremberg à Nuremberg, fait état de témoignages attestant du massacre, rapportant des cas d'enfants jetés vivants dans les flammes, ou encore de nouveau-nés décapités.

Parmi les victimes, 45 avaient moins de 2 ans, 110 moins de 10, 95 moins de 16. 142 avaient plus de 60 ans. Il y avait 316 femmes et 5 prêtres. (Wikipedia) »



C'est carrément monstrueux, dit Lucien l'âne en tremblant de tous ses membres. Voilà encore un moment d'atrocités immondes. J'en avais entendu parler, mais je n'en connaissais pas le détail.



Mais ce n'est pas tout. L'ignominie n'a, semble-t-il, pas de limites. Écoute bien ceci : le dénommé Reder, dit le "manchot" qui commandait ces tueurs, fut retrouvé, condamné et emprisonné à Gaeta en Italie. À la demande du gouvernement autrichien, il fut relâché après avoir présenté des excuses (C'était bien le minimum minimorum); rentré en Autriche, il eut les honneurs militaires, puis retira ses excuses...Je t'en prie, Lucien mon ami, ne vomis pas... Je comprends ton dégoût, mais ne vomis pas... J'ai encore à te dire des choses à propos de cette chanson et d'un autre massacre au Vietnam, le massacre de My Lai où les tueurs cette fois furent des soldats étazuniens, des paras et marines sous les ordres du lieutenant Calley, lequel fut condamné, puis gracié et vit très tranquille actuellement comme bijoutier en Géorgie (USA). Et encore, c'est une chanson de 1966, sinon on aurait pu ajouter encore des massacres en Irak ou la paix-guerre d'Afghanistan et mille autres tueries en tous genres partout dans notre beau monde.



Ainsi parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Tu le sais camarade à Marzabotto

Les fascistes ont pris une femme

Lui ont ôté son enfant du ventre

Et en riant l'ont abattu.



Je te dis camarade qu'au Vietnam

Paras et marines ont pris une femme

Lui ont ôté son enfant du ventre

Et en riant l'ont abattu.



Comme il est doux de dire « paix

Paix mes frères sur toute la terre »

Hitler le disait, Obama aujourd'hui le dit

Et les patrons qui font la guerre.



Tu le sais camarade que le temps

Est encore rouge des vieilles blessures

Et il a la voix des orphelins de mère

Et le silence des fours dans les lagers.



Ô partisan, durant tous ces ans

Nous avons édifié un parti, une foi

Mais une femme n'y croit pas

À cette paix qui n'en est pas.



Comme il est doux de dire « paix

Paix mes frères sur toute la terre »

Hitler le disait, Obama aujourd'hui le dit

Et les patrons qui font la guerre.



Maintenant nous savons camarades au Vietnam

Il y a cette femme plus solitaire encore. Silence.

On ne peut pas dire « paix », on ne peut plus

Sur ce ventre qui n'enfantera plus.



Comme nous ne sommes pas des ex-partisans

Nous disons « basta » aux fascistes aux patrons

À leurs serviteurs assassins et bons à rien

Nous disons « guerre » et la guerre sera.



Et alors basta de parler de paix

Nous sommes frères sur toute la terre

Nous sommes partisans et nous faisons la guerre

Notre guerre pour notre paix.

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 22:00

FORZA GIUAN, L'IDÉE N'EST PAS MORTE

 

 

Version française - FORZA GIUAN, L'IDÉE N'EST PAS MORTE – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Forza Giuan l'idea non è morta – Ivan Della Mea – 1969

 

 

Il suffit d'espérer, Franco, mon ami !

La roue tourne, le monde est bien rond.

La lune, par contre, Cristo, est en forme de poire ;

Celui qui espère vit le jour et meurt au soir.

Les nouvelles ? Un an sans chanter

Un an de silences pour comprendre !

Je ne voulais plus espérer, ni chanter.

Giuan est mort sans rire et sans pleur.

Il est mort de vieillesse, au premier cri :

« Bandiera Rossa ! » à Rome et à Milan.

Un vent nouveau court l'Italie

Giuan est mort. Franco est celui qui ne se trompe pas!

Un vent nouveau, Franco, et il n'a pas le temps

Il n'a pas un moment pour écrire des chansons:

C'est l'heure de la lutte et des actions.

Il crève Giuan, il crève et je suis content!

Il suffit d'espérer, Franco, mon ami !

Le jour juste ne semble pas lointain,

Espérer est idiot. « Faire! », je crie moi :

« Faire quoi ? », faire Viva Mao!

Et je crie Viva Mao moi aussi, dans le vent,

Vent de l'Est, un chœur, une idée.

Espérer est idiot ! Faire... et à l'instant!

Quel moment faire, Della Mea?

Un an, Franco, et puis je me tourne en arrière

Une mer de drapeaux déchirés

De vieux gamins, rompus au vieux jeu

D'être chefs, avec le troupeau derrière.

Et chaque troupeau a son drapeau;

Rouge pour le P.C.I. et recousu de pièces.

Et comme je t'ai montré, patate, c'est le cul

Du chef qui les guide... et il a sa route!

Espérer est idiot? Peut-être! Mais moi je dis

Que l'homme nouveau, pour moi, est une espérance.

Elle est toute à moi., je sais espérer seul!

De chefs, de troupeaux et de pièces j'en ai eus assez.

Espérer est idiot, peut-être!... Peu m'importe,

Aujourd'hui, nous sommes déjà si nombreux, une ligue.

Angelo, moi... Deux ? Qu'est-ce que ça me fait ?

Forza Giuan, l'Idée n'est pas morte!

Forza Giuan, l'Idée n'est pas morte!

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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 22:58

GRANDCHANT

Version française – GRANDCHANT – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – La Cantagranda – Ivan Della Mea – 2000



L'insertion de « Grandchant » dans les CCG est due essentiellement à deux strophes au caractère clairement antimilitariste (et, dans une moindre mesure, aussi à la présence dans cette très longue chanson – dix neuf minutes et trois secondes – d'une allusion à la mort de Giuseppe Pinelli (Ces strophes sont en gras). Pour le reste, à propos de ces très vaste chanson (dont le texte est ins&éré pour la première fois sur le net) je reprends un article publié le 22 juillet 2005.


Ivan Della Mea est des mêmes années que Guccini et que De André. Lui aussi de 1940, année de guerre; il est né un seize octobre, curieusement le même jour que ma mère (qui il y a quelques jours, l'a écouté pour la première fois de sa vie...) On me dit qu'il n'est pas très bien et qu'il n'a pas seulement mal à sa tocante; il serait cependant trop facile d'accrocher à « Grandchant »l'étiquette de testament. Della Mea n'a jamais villonné, brassensé, poétisé … mais s'est battu, a lutté comme une bête en tirant ses guitarades, et il continue à le faire. En faisant ainsi, il est arrivé même « en passant » d'écrire certaines parmi les plus belles chansons de vie et d'amour qui aient jamais été écrites dans ce pays de merde. …


Le « Grandchant » fait partie du dernier album d'Ivan Della Mea, auquel il donne son titre. Il est de 2000. Il dure dix-neuf minutes et trois secondes, comment l'appeler ? Appelons-le simplement une chanson, une très longue chanson dense somme un mélange de miel et de pétrole. Della Mea ne perd pas de temps pour le dire; dès le premier vers : « Il y a tant de choses que je veux dire ». Et il en dit; parfois, j'ai l'idée qu'il les a dites toutes ou qu'au moins, il s'en est approché. C'est une chanson qui parle de ce monde, avec un son « doux et aimable »... C'est encore une fois une chanson de capitulation et de résignation; et ce n'est pas facile, avec ce clair de lune, de ne pas céder et de ne pas se résigner. C'est la description exacte de tout ce qui se passe sous nos yeux, dans ce monde qui « enseigne à mourir »; des prêtres de mort aux « prophètes qui comptent les lires », de la vie à la conscience renvoyée, retardée et annihilée par l'anéantissement des choses les plus belles et les plus dignes créées par l'être humain. C'est comme la nature qui se rebelle en silence et par l'abandon de ses caractéristiques (le merle qui tait son chant, le saule pleureur qui ne pleure plus, jusqu'à la rose qui épouse un figuier [ lequel est aussi un « minet », un « poseur », un « m'as-tu vu ? »...]), la mer qui dit à la mouette d'aller à Milan car désormais c'est dans les villes qu'on trouve le plus de choses à manger [Milan ???? le plus de choses à manger? Il y en a qui en savent quelque chose...] (Avez-vous jamais vu combien de mouettes volent au dessus des décharges et des mégadépôts d'immondices métropolitains?), mais il y a celui qui a encore un bateau et une réserve de voiles « Pour graver la mémoire du passé et du présent ». Et c'est là la révolte la plus efficace, celle que nous serons tous appeler à accomplir, mais aussi à chaque instant. Les cent, les mille, les dix mille révoltes de la mémoire.


Ne jamais perdre aucun fait, aucun nom, aucune histoire. Ce sont des choses qui, un jour, donneront leur fruit. Ce sont des choses que l'on foutra dans la gueule et dans le cul de ces bâtards qui maintenant se complaisent à pontifier, à ironiser et à montrer à tout moment et en tout lieu leur plus intime essence de serviteurs. Ceux-là, semble dire Della mea, méritent le pouvoir qui les rend esclaves, « riches de tout et de rien »; ils supportent mal que quelqu'un, encore, n'entend pas se déclarer vaincu.


Ils devraient lire, ceux-là, les mots de Della Mea réserva au « pauvre dieu qui pleure déconfit »; car s'il y a bien dans ce monde un vaincu total dans ce monde, c'est Dieu. Et plus il est invoqué à vide, plus il est mâchonné par des foules adorantes et puantes de pieds, d'eaux bénites et de télévisions, plus il est jeté dans les métros et les cours suprêmes, plus il est représenté par de saints hommes qui inhalent le pouvoir du trou du cul et le revomissent de leurs balcons sur les têtes des « ouailles ». Jamais mot ne fut plus approprié. Le monde est fait d'ouailles, de brebis bêlantes. Et ainsi, ce « pauvre Dieu »N'est même plus mort. Il est mort et enterré, enfin. Ailleurs qu'au Ciel : dans les viscères de la terre. Qu'il y reste jusqu'à la mort du soleil, si vraiment, comme jacassent ces pauvres

nullards qui se disent « croyants », « l'homme a été fait à son image et à sa ressemblance ». Belle ipage, belle ressemblance, il n'y a pas à dire. Mais du reste, le signe le plus tangible et la preuve la plus irréfutable de l'inexistence de Dieu sont justement ces ramassis d'infamies, de mensonges et d'oppressions qui circulent sous le nom de « religions ». En 1259, peu avant d'être assassiné, le grand poète islandais Snorri Sturluson, l'auteur de l' « Edda en prose », créa pour la religion une « kenning »qui est la désignation la plus terrifiante et la plus exacte qui fut jamais : «  þrallagervari », qui signifie, à la lettre, « faiseuse d'esclaves ».


La vérité est que ça fait mal de rêver, comme dit le « genêt » qui, dans le registre bigarré du « Grandchant », Della Mea tire, avec « le col isolé »d'où « il n'y a plus d'infini », de Leopardi qui semble traverser en sautillant l'ensemble du texte (et le « Grandchant » est sans doute dans son essence une « opérette morale »).

Il faudrait pourtant voir précisément à qui fait vraiement le plus mal de rêver, si c'est à qui rêve ( autrement défini souvent, avec mépris, « utopiste » ou quelque chose du genre), ou à celui qui ne rêve jamais. Si c'est à qui est dans les nuages car il s'est aperçu que du haut on perçoit immensément mieux la réalité, ou si c'est à celui qui bavarde constamment de « pieds sur terre » sans se rendre comppte que la terre sur laquelle il se pose risque d'être sa tombe vivante. Et le « Grandchant » pazraît justement dédié à ces grandes quantités de morts-vivants qui vaguent sur cette planète désormais « consacrée Au dieu argent, au fils profit Et au saint esprit du marché».


Mais il y a celui qui continuera à « chanter avec les fous, avec les chats et avec la mer » et à avoir « son propre temps pour la joie et la douleur ». Il y a des mouettes qui, volant par dessus les palces, s'apercevront qu'elles sont toujours plus emplies de vieillesse, de solitude et de mort, et voudront encore réserver leur vol à une espérance … qui s'appelle lutte. Qui s'appelle « communisme », cette chose dans laquelle Della Mea découvre « un dieu qui a créé les choses les plus belles ». Celui qui s'appelle Anarchie, dont le nom est Beppe tué par une fenêtre, qui est le nom de celui qui va défaire toute chose en restituant au pouvoir « un peu de son désordre et de son bruit », qui est le nom le plus répandu dans vos prisons de merde. Mais un jour, comme chantait un ami de Della Mea qui s'appelait Alfredo Bandelli, on en fera bon usage de vos prisons.

Nous avons encore, et la chose doit vous mettre en grande rage vu la bile que je vois couler des vésicules automobiles, un lambeau d'amour pour moyen. Nous avons encore une conscience qui se fait toujours plus précise plus on la frappe, avec sa soeur et camarade mémoire. Une consicence qui n'a pas honte du tout, bien que issue de mille origines , fomrations, cultures et expériences, à se définir de « classe ». Et si Della Mea , avec tant d'autres, a vu « Et j'ai vu le déclin

D'une classe dite ouvrière » 'ici il parle seulement de déclin, mais dans une autre chanson terrible, il parle plus simplment de la « Grande classe morte des camarades... »)...



Ivan Della Mea sait utiliser son arme et sa « guitare d'ancienne protestation » à qui il demande «  seulement la corde bien tendue Pour donner des sons de joie et de fête » dans la strophe finale de ce « Grandchant » multicolore – aussi dans son langage parsemé de vieilles assonances lucchaises et lombardes. Ce n'est certes pas un hasard s'il y a intercalé l'ancien chant de quête qui accompagnait le rite du « Cristé », en Brianza...



Quant à la « Vispa Teresa », dit Marco Valdo M.I., c'est d'abord une comptine enfantine – dont l'autre titre est « Petit papillon », mais aussi une chanson moins innocente où la Vispa est une « guêpe » (elle est fine la guêpe) un peu piégée par la vie... Voir l'histoire récitée par Andrea Camilleri (http://www.youtube.com/watch?v=F4dp3R5wuns). C'est une chanson dès lors présente dans le folklore dès l'école et dont apparemment, on se souvient bien des années plus tard.



Il y a tant de choses que je veux dire,

au vol comme l'abeille ou la vispa Teresa,

J'utilise un son doux et gentil

Pour que mon chant soit d'une grande longueur.


J'ai vu des lieux proches et lointains

J'ai vu un monde qui enseigne à mourir,

J'ai vu des prêtres manger des chrétiens

Et des prophètes compter les lires.

J'ai vu Ithaque revenir à Ulysse,

J'ai vu Ulysse retourner à sa mer,

« Quand je rentre, je pars », me dit-il,

« Et quand je pars, il me faut rentrer. »


J'ai vu des murs de pierre et je fatigue

À tirer des soirs de veilles constantes,

Là la parole est plane et amie,

Elle dit des choses sages et des soupirs aimants.


Et j'ai vu des dents d'excavatrices lascives

Crever les murs lissés à la main,

Des résultats magnifiques et des progrès

Y font des orphelins d'hier et demain.

J'ai vu des enfants trahis au berceau

Prêts pour la vie à quarante ans,

Riches de tout et de rien,

Victimes peut-être, peut-être tyrans.


Mesdames nous venons chanter ici le « christ »

Pour mener à bien les vers à soie

Si vous donnez un œuf

Nous ferons réussir aussi les cocons

Si vous donnez un sou

Nous guérirons les cocons malades

Mesdames nous venons chanter ici le « christ »

Pour mener à bien les vers à soie.


J'ai vu une cloche sans son

Et une pie-grièche chercher sa branche,

Elle disait : « À la vêprée, il n'y a plus de magie

Si même l'Ave ne trouve pas Marie. »


J'ai vu le merle taire son chant,

J'ai vu le saule tarir son pleur,

J'ai vu la rose du plus vieux rosier,

Se marier en mai avec le figuier.

J'ai vu un homme vêtu de blanc,

Venir presque chaque jour chez moi

Me dire : « Tu sais, je te vois un peu fatigué,

J'ai une place blanche exprès pour toi »

« Je ne peux pas », dis-je, « je dois avancer,

Je n'ai pas d'alpage et je suis berger,

Je chante avec les fous, les chats et la mer,

J'ai un temps pour la joie et un temps pour la douleur.

Et j'ai un bateau, et j'ai des voiles de secours

Pour graver la mémoire du passé et du présent,

Forza Giuan, car l'idée n'est pas morte,

Qui est camarade est fou et conscient. »


Mais le genêt me dit : « Berger,

Du col isolé, il n'y a plus d'infini

L'erreur errante est d'errer pendant des heures

Et de faire du vieux avec la fleur passée. »

Donne-moi, genêt, un vent levant,

Et l'aventure je l'ôte du rêve.

« Comment t'appelles-tu, berger chantant ?

Prénom : Rien, Nom : Besoin. »

Je connais les nuits souriantes à la vue

De ciels profonds parsemés d'étoiles,

J'ai découvert dans mon dieu communiste,

Un dieu qui a créé les plus belles choses.


Pauvre Dieu, qui pleure déconfit

Dans chaque banque que l'homme a consacré

Au dieu argent, au fils profit

Et au saint esprit du marché.


« La vérité », me dis-tu, ô saule,

«  Est que ça fait mal, fait mal de rêver,

On ne peut dire « La saison est ainsi

Et l'avenir », me dit-il, « est déjà grave. »

Mesdames nous venons chanter ici le « christ »

Pour mener à bien les vers à soie

Si vous donnez un œuf

Nous ferons réussir aussi les cocons

Si vous donnez un sou

Nous guérirons les cocons malades

Mesdames nous venons chanter ici le « christ »

Pour mener à bien les vers à soie.


J'ai vu la mer crier à la mouette

« Il est préférable que tu ailles à d'autres plages

Ici tu meurs éteint, c'est mieux à Milan

Tu y trouves ton content dans chaque quartier. »

Et la mouette vole au-dessus de la place

Des vieux et solitaires qui agitent leurs doigts,

Qui tue le temps, tue son esprit

Ce n'est pas ainsi qu'on achève la vie.

Et j'ai vu le jour des pas perdus

Sans un brin d'amour pour but,

Le temps vif égare les saluts

Seul le vers fait seulement la soie.

Et j'ai vu le déclin

D'une classe dite ouvrière,

Histoire et mémoire ne comptent plus,

Restent des bribes de satire gaie.

Et à siester les heures s'abêtissent,

Dit le surnuméraire sans travail,

Pour la misère qui rime avec douleur,

Il n'est pas de poète qui rende l'honneur.

Et j'ai revu la rose mariée

Sans parfum et aux pétales fanés

Épouser un figuier n'est pas une bonne idée

Si tu n'es pas de noix et les figues sont sèches.

J'ai vu le monde de la chanson

Faire des versets sonnants et trébuchants,

On gagne mieux, il y a plus d'inspiration,

Los compañeros sont tous chantants.

Et j'ai vu un signe de la poésie

Demander au bras une dernière veine

Adieu patience, c'est ainsi, qu'ainsi ce soit,

Ce n'est pas ainsi qu'on assomme la peine.

Et j'ai vu Beppe, de son nom Anarchie,

Tué avec fracas par une fenêtre

Pour qui sait la vérité, son destin est plus pervers

C'est un repenti qui lui tira dans la tête.

Et j'ai vu nos tuteurs de paix

Les blancs armés plus durs et plus prospères

Porter la guerre chez qui déjà succombe

N'étaient-ils pas blancs les lansquenets ?

Tout comme blanche est notre violence,

Tout comme est blanche notre culture,

Puisque la paix découle de la conscience,

Il reste à nier notre nature.

Mais toi, ô genêt, tu me dis encore :

« Comme ça fait mal, fait mal de rêver. »

Moi, rêve dur de chair , de tête

Le Grandchant peut encore chanter.

Mesdames nous venons chanter ici le « christ »

Pour mener à bien les vers à soie

Si vous donnez un œuf

Nous ferons réussir aussi les cocons

Si vous donnez un sou

Nous guérirons les cocons malades

Mesdames nous venons chanter ici le « christ »

Pour mener à bien les vers à soie.

Et j'ai chanté les chœurs de la révolution

Pourtant de toujours une note sonnait faux

Là, entre les voix de grandes passions

Perçait le pouvoir et il chantait, il chantait

D'une voix claire, décidée, scandée,

Mais sans le bleu qu'on trouve dans l'amour,

Qui donne au chant un signe de vie,

Pour dire la joie, pour dire la douleur.

Pour dire la rage et la mélancolie,

La femme à l'homme, leur saison,

Le rythme est histoire, le son est poésie,

Et le chant enfin donne raison


Aux Calendes de mai d'oisiveté et de lenteur

De notre temps pour notre vie.

Cette chanson ne sera jamais finie

Et aucune certitude ne nous attriste,


Et à ma guitare d'ancienne protestation

Je demande seulement la corde bien tendue

Pour donner des sons de joie et de fête
À Grandchant et à des chants aux grandes aires.


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