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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 09:35

MON PÈRE EST MORT À 18 ANS PARTISAN.


Chanson romaine (italienne) – Mio padre è morto a 18 anni partigiano – Gigi Proietti

Version française – Mon père est mort à 18 ans partisan – Marco Valdo M.I. – 2008


Quand Gigi la récite, il en chante seulement deux vers, presque à la fin; il y a une musique de fond. Il n'est pas nécessaire de recourir à des « extras » pour cette extraordinaire chose sur laquelle nous ne voulons rien ajouter d'autre... (dit le staff)

Mais, dit Marco Valdo M.I., moi, à cette extraordinaire et stupéfiante (in italiano, commovente) chanson poétique ou ce poème venu de l'au-delà des mots, je veux ajouter quelque chose. C'est ceci, exactement ceci : à peine je l'ai lue; dans la foulée, comme si son père m'avait fait une passe, j'ai prolongé son effort, je l'ai traduite d'un coup, sans désemparer. J'en suis encore tout secoué, comme si la terre s'était mise à trembler. J'ai tout laissé là et j'ai traduit.

Pour le reste, je suis certain que je lui renverrai sa balle, la lui ferai renvoyer la balle par un « ragazzo del suo tempo », qu'il puisse encore une fois marquer pour la Resistenza.... quer papà... Ce papa...


Mon père est mort partisan,

à dix-huit ans, fusillé dans le Nord, on ne sait même pas où ;

je ne l'ai jamais vu, je sais juste comme il était

par ce que ma mère m'en disait :

il jouait à la Roma primavera.


Mais l'autre nuit, tandis que je dormais

C'était il y a deux ou trois nuits.

Il est venu me réveiller à l'improviste

et je l'ai vu, comme si c'était vrai;

sur son visage, il y avait un grand sourire

qui s'épandait en lumière comme un cierge.

C'est fou, comme tu dors – m'a-t-il crié,

c'était vraiment lui, j'en suis sûr,

celui-là même de la photographie que ma mère

avait sur la commode, derrière une branche

de palmier toute sèche, bénie,

un jeune homme, en camisole qui rit

avec un mouchoir rouge au cou.

Comme je rêvais dans mes rêves,

Surpris, j'ai demandé : Mais qui es-tu ?

Je suis ton père, m'a-t-il dit en riant

Peut-être es-tu gêné à ton âge

de m'appeler papa.

Non, papa, je t'appellerai comme tu dis,

ça me fait rire de te voir au naturel,

excuse-moi si tu me trouves au lit,

Que veux-tu savoir ? Je ne peux pas me plaindre,

je ne suis pas un monsieur, trente-deux ans,

devant j'ai une vie,

ma partie n'est pas encore finie.

Tu le sais, depuis que maman s'est mariée

avec mon père, qui en fait est mon beau-père...

je crois, sept ans après ta mort...



À ces morts, j'ai vu qu'il plissait un peu les yeux,

comme quand il y a un soleil trop fort.

Excuse-moi papa, je croyais que tu le savais.

Mais lui en riant sans en faire une affaire,

crâneur, insouciant, m'a répondu :

mais qu'en sais-je moi de ce qui s'est passé,

je suis resté comme je vous ai laissés,

quand je jouais, jouais, jouais...

je jouais au foot et ne me fatiguais jamais,

je jouais avec ta mère et je l'embrassais,

je jouais avec ma vie et je ne voulais pas,

avec les fascistes pourtant ne n'y jouais pas,

je tirais, je tirais, je tirais...


Puis, il m'a touché les pieds dans le lit,

et il a fait un signe, comme pour dire : tu es grand !

Et dis-moi, dit-il, avant de m'en aller,

qu'as-tu fais de la vie

que je t'ai donnée en jouant avec la mienne...

Je voudrais savoir : ce monde tu l'as changé ?

Ce grand pays, vous l'avez transformé ?

L'homme nouveau est-il né ou n'est-il pas né ?

De quelle manière vous nous avez vengés ?

Et il riait des yeux, des cheveux,

il semblait presque qu'il le faisait exprès.

Il se foutait de moi, je compris, ce puant,

il riait et attendait ma réponse.

Mais toi, que veux-tu avec toutes ces questions ?

Mais car tu es mon père, tu en profites.

Tu me dois le respect, je suis le plus grand !

Ça va maintenant tu prétends que tu a des droits

car tu es un partisan fusillé...

Mais si tu m'éveilles, je te répondrai

mais attends seulement que je retrouve mon souffle.


Certes, la vie est améliorée !

Nous l'avons quand même fait des progrès.

Irrésistibles, ont-ils écrit dans les journaux.


C'est mieux ainsi – me fait-il – on voit ce que ça a servi...

Tu vois quand ils m'ont fusillé

Je n'ai pas crié les phrases des héros

Je pensais à vous qui sur le même terrain

auriez certainement gagné la partie

même si je perdais la première mi-temps.


Non, un moment papa, je t'explique mieux...

Ce n'est par que nous ayons déjà tout à fait gagné

dans la mesure où il y a un retour hem...

Et alors mon père, ce garçon,

qui se peignait devant le miroir

se retourna, me fixa et me demanda :

Mais en somme, à présent, le peuple commande ?


Là, j'ai bondi sur le lit, avec une main,

je me remontais les pantalons, avec l'autre

je cherchais à le toucher, et je ne pouvais pas.
Alors, j'ai parlé,

car il m'avait pris comme une mélancolie

et je ne voulais pas qu'il s'en aille

avant de savoir bien comment ç'avait été.

Tu es un gamin, papa, comme je t'explique,

tu ne peux pas comprendre comment change le monde.

Il y fait du temps, ce temps mange

nos rêves,; moi, tu sais ce que je fais, j'attends !

Tout ce qui vient, je l'accepte,

Nous sommes contents si la Roma gagne,

Les camarades sont si nombreux et les sourds si peu...

et il n'y a plus temps pour les jeux.


Il y en a toujours qui t'arrachent les plumes,

Mais tu ne pourras pas comprendre, papa, tu es un gamin.

Si tu étais vivant, je t'ajouterais trente ans,

il vaut mieux que tu retournes d'où tu es venu,

car ceux qui t'ont fusillé,

sont précisément ceux-là qui te font mourir tous les jours !

Laisse tomber papa, il n'y a pas d'air ici,

Nous avons grandi... Nous ne sommes plus des enfants.

Retourne jouer avec les autres garçons

qui ont fait comme toi,

nous nous sommes sérieux... et nous ne jouons plus.


À ce point, mon père s'est lassé,

il a haussé les épaules, un salut,

il a remis sa gloire dans son sac,

et il a tourné le dos et s'en est allé

en répétant au vent son histoire :

Mais qu'en sais-je moi de ce qui s'est passé,

je suis resté comme je vous ai laissés,

quand je jouais, jouais, jouais...

je jouais au foot et ne me fatiguais jamais,

je jouais avec ta mère et je l'embrassais,

je jouais avec ma vie et je ne voulais pas,

avec les fascistes pourtant ne n'y jouais pas,

je tirais, je tirais, je tirais...



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