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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 23:07

CYRANO



Version française – Cyrano – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Cirano – Francesco Guccini – 2005

http://www.youtube.com/watch?v=LPqLpEyW0KU

 

 

 

 

Coquelin_aine.jpg

 

 

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, laisse-moi te conter la curieuse aventure de ce Cyrano que je viens de terminer à l'instant... D'autant plus curieuse que j'attends demain, chez moi, ici, la venue de Roxane... Celle qui s'occupe si bien des hommes, des chevaux et des ânes.

 

 

Que me racontes-tu encore, Marco Valdo M.I., mon ami ? D'abord, je te prie de saluer Roxane de ma part quand elle viendra. Et puis, dis-moi donc cette curieuse aventure...

 

 

Eh bien, voilà... J'ai été interpellé ce matin-même par une personne, une dame ou une demoiselle, que sais-je, je ne l'ai jamais vue... qui m'écrivait via le Réseau et me disait, je la cite : « N'ayant pas ou peu l'occasion de pratiquer l'italien, j'ai été ravie de trouver enfin des traductions de textes notamment de Guccini qui aient de la tenue et qui soient au plus près de l'esprit de ce cantautore génial et des autres.

Puis-je me permettre de vous demander si vous avez l'intention de traduire sa chanson "Cirano'; qui, me semble-t-il pourrait figurer dans votre blog? ». Comme tu le vois, c'était une nette invitation à traduire le Cirano de Francesco Guccini, chanson que je ne connaissais pas. Laquelle chanson ne figure pas dans les CCG, ni sur mon blog Canzones et il n'en existe pas de traduction française... Je me suis donc attelé à la tâche et voici le résultat... Cependant, l'aventure n'est pas curieuse qu'en cela. Elle l'est bien plus encore s'agissant de Cyrano et c'est ce que je m'en vais te conter plus avant.

 

 

Je suis tout ouie, bref, je t'écoute. Je me demande bien ce que tu vas me conter ? dit l'âne Lucien en levant les oreilles vers le sommet de l'éternité. (Précisons cependant qu'il a levé une oreille après l'autre et que toutes deux sont à présent alignées dans une parfaite verticale, si on veut bien supposer que le sommet de l'éternité est à l'exact extrémité d'une verticale qui partirait de l'axe médian entre les oreilles de l'âne Lucien.) Je suppose que tu ne vas quand même pas remonter à la vieille lune...

 

 

Je crains fort de te décevoir, Lucien l'âne mon ami, car le point de départ de la chanson de Guccini « Cirano » est précisément un voyage dans la Lune. Tout a commencé avec le « vrai » Cyrano de Bergerac (1650) et très exactement : Hercule Savinien Cyrano de Bergerac, certes un bretteur émérite, mais aussi et surtout, c'est ce qu'on en a le plus retenu, un excellent écrivain auteur précisément d'un voyage dans la Lune sous le titre, qui est lui-même tout un programme : « L'Histoire comique des États et Empires de la Lune ». Ce roman de science-fiction avant la lettre, est une chose littéraire dont le lointain ancêtre était un écrit intitulé : « Histoire Véritable », qui raconte aussi un voyage dans la Lune et dont l'auteur n'était autre que Lucien de Samosathe (+/- 150)... Par parenthèse, outre de s'inspirer de Lucien, auquel je te rappelle que tu es inextricablement lié et dont je suis sûr que tu le connais mieux que moi, ce Cyrano a mené sa vie durant un combat dans le droit fil de Lucrèce et d'Épicure, pourfendant ainsi l'Infâme (à savoir l' Écar – Église catholique, apostolique et romaine), par l'écrit. Ceci est un premier étage de la fusée Cyrano, car en plus d'avoir été un des premiers auteurs de science-fiction, un philosophe matérialiste et atomiste, prédécesseur des Lumières et un écrivain politique, il fut un anticlérical déclaré en un temps où la chose était nettement périlleuse. Certains ont fini sur le bûcher ou assassinés pour moins que ça. Le fait qu'il fut aussi homosexuel n'arrangeait évidemment rien, la chose étant alors autant qu'aujourd'hui, condamnée par l'Église – plus puissante encore à l'époque. Une dernière chose, c'était en effet un homme de grand courage et un fin escrimeur qui un jour ou un soir, près de la porte de Nesle pour défendre le poète François Pajot de Lignières affronta victorieusement une centaine de spadassins ; Cyrano était bien Cyrano. Le deuxième étage fut le fait d'Edmond Rostand qui a écrit vers 1900 une pièce de théâtre intitulée « Cyrano de Bergerac », en mémoire de l'écrivain et de son énorme nez. C'était le grand retour de Cyrano sur le devant de la Seine et sa mise en gloire aux côtés de Don Quichotte, du Capitaine Fracasse, des Trois Mousquetaires, d'Edmond Dantès... Il entrait pour la deuxième fois de plain pied dans la littérature mondiale.

 

 

D’accord, mais la chanson de Guccini, que devient-elle ?, dit Lucien l'âne en raclant le sol d'un sabot rageur... J'aimerais quand même savoir...

 

 

J'y viens, Lucien l'âne mon ami. C'est le troisième étage de mon histoire. Cent ans se sont encore passés quand Guccini bâtit sa chanson sur l'étage de Rostand. Et tout spécialement sur la scène IV de l'acte I, dont je te rappelle in extenso le célébrissime envoi du poème tissé dans l'instant par le poète Cyrano, renvoyant instantanément l'auditeur à Villon ou à Rutebeuf : « 

 

Envoi

 

Prince, demande à Dieu pardon!

Je quarte du pied, j'escarmouche,

Je coupe, je feinte...

 

(Se fendant.)

 

Hé! Là donc!

 

(Le vicomte chancelle, Cyrano salue.)

 

A la fin de l'envoi, je touche. »

 

 

Oui, oui, dit Lucien l'âne manifestement perplexe tant il tord sa queue en point d'interrogation... Mais enfin, je ne m'explique pas ce que Guccini veut faire d'une chanson sur Cyrano...

 

 

Eh bien, ici, ce sont mes supputations. D'abord, il faut se dire que Guccini se prend, le temps de la chanson en tous cas, pour Cyrano. On a donc « Cirano-Guccini » qui s'en prend à une bande de gens pour défendre la belle Roxane, qui si je ne m'abuse, serait bien l'Italie elle-même ou la population italienne du moins celle qui dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres, serait dans le camp des pauvres. En somme, c'est une attaque en règle contre cette Italie des « larges ententes », cette Italie qui n'en finit pas d'écraser ses petites et ses grandes gens, cette Italie de la médiocrité institutionnalisée... Mais soyons de bonne foi, cette Italie-là s'étend bien au-delà des frontières de la péninsule... Elle s'étend à l'Europe entière et bien au-delà encore... C'est cette bande, celle qui tient les entreprises, les capitaux et les États, en somme, qui tient le pouvoir, cette bande qui s'en prend aux Grecs et qui justifie ton « REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VOUS LE FERONT DEMAIN »... J'arrête là, car il y aurait encore mille choses à dire...

 

Oui, évidemment, vue comme ça, la chanson de Guccini, de Cirano-Guccini a tout-à-fait sa place ici... Et je nomme par le même geste Guccini et Cyrano, canuts et tisserands du linceul de ce vieux monde servile, crasseux, ignorant, clinquant, arriviste et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Avancez-vous donc, nez courts et charnus,

Jolis messieurs, je ne vous supporte plus ,

Je défie de ma plume vos egos orgueilleux

Avec cette épée, je vous tue quand je veux.

Venez vous-aussi poètes calamiteux,

Chanteurs inutiles des jours malheureux,

Bouffons qui vivez de vers rébarbatifs

Vous avez sous et gloire, mais vous n'avez pas de pif ;

Profitez de vos succès, jouissez de vos bonheurs,

Car le public est dressé et vous n'en avez pas peur

Allez on ne sait-z-où pour échapper aux taxes

Avec ce rictus servile et votre ignorance crasse.

 

Je suis seulement un pauvre cadet de Gascogne,

Et je ne supporte pas les gens qui ne rêvent pas.

Le clinquant ? L'arrivisme ? À l'hameçon, je ne mords pas

Je ne pardonne pas et à la fin de l'envoi, je touche,

Je ne pardonne pas, à la fin de l'envoi, je touche !

 

Allons avancez tous et finissons-en,

Nouveaux protagonistes, politiciens rampants,

Venez porte-mallette, ruffians et imbéciles,

Féroces présentateurs d'émissions débiles

Qui avez fait du n'importe quoi un art

Courage libéraux, abattez vos cartes

Il y aura toujours du crédit

En cet absurde beau pays bénit.

 

Ça ne fait rien si je me suis trompé, moi aussi

Déplaire est mon plaisir, j'aime être haï ;

Des rusés et des puissants depuis toujours je me ris

Je ne pardonne pas et à la fin de l'envoi, je touche,

Je ne pardonne pas, à la fin de l'envoi, je touche !

 

Mais quand je suis seul avec ce nez d'un pied

Qui d'une demi-heure toujours m'a précédé

Ma rage s'éteint et je me souviens interdit

Que rêver d'amour ne m'est pas permis

Les femmes, je ne sais combien j'en ai aimées, combien j'en ai croisées,

Était-ce ma faute ou le destin, toutes s'en sont allées

Alors quand la solitude me pèse et m'affole

Je me cloître chez moi, j'écris et en écrivant, je me console,

 

Je sens au dedans de moi que le grand amour existe,

J'aime sans péché, j'aime, mais je suis triste

Car Roxane est belle ; c'est le printemps, moi l'hiver,

Je n'ose pas lui parler : je lui dirai en vers, en vers, en vers…

 

Venez gens vides, finissons-en ici,

Et vous, prêtres qui vendez à tous une autre vie ;

Si comme vous le dites, il y a un Dieu dans l'infini,

Regardez dans votre cœur, vous l'avez déjà trahi

Et vous matérialistes, avec votre idée fixe,

Que Dieu est mort et l'homme seul en cet abîme,

Comme les cochons, vous cherchez les vérités à terre,

Gardez vos glands, laissez-moi mes ailes ;

 

Nains, rentrez chez vous, fichez-moi le camp,

Pour ma rage énorme, il me faut des géants.

Face aux dogmes et aux préjugés, jamais je ne me couche

Je ne pardonne pas et à la fin de l'envoi, je touche,

Je ne pardonne pas, à la fin de l'envoi, je touche !

 

Avec le nez et avec l'épée, je touche mes ennemis

Mais aujourd'hui dans cette vie, je ne trouve plus mon chemin.

Je ne veux pas me résigner à ce vilain destin,

Seule tu peux me sauver, toi seule et je te l'écris :

Il doit y avoir, je le sens, sur terre ou au ciel une place

Où nous ne souffrirons pas et où tout sera juste.

Il ne faut pas rire, je te prie, de mes paroles,

Toi, Roxane, tu es le soleil, moi, je suis une ombre

 

Je le sais, toi, tu ne ris pas, très douce dame

Et moi, je ne me cache pas sous ta fenêtre

Désormais je le sens, je n'ai pas souffert de trop,

Si tu m'aimes comme je suis et je serai pour toujours ton,

Pour toujours ton, pour toujours ton

Cyrano 

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 21:05

L'HOMME

 

 

Version française – L'HOMME – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – L'uomo – Francesco Guccini – 1971

 

 

 

L'Homme et l'Âme

 

 

Je dois peut-être avoir déjà écrit, il y a longtemps, quelque chose à propos de cette chanson. Guccini, à vrai dire, ces derniers temps, je ne l'écoute plus beaucoup; je le laisse venir, comme il vient, librement. Et ainsi, il y a cinq minutes, pendant que j'étais à fumer une cigarette dans le couloir, m'est revenue cette chanson : L'Uomo (L'homme). Je ne sais pas pourquoi; il y n'a pas même un pourquoi. Serait-ce peut-être que je l'ai toujours considérée comme une des plus belles que Guccini ait jamais écrite, d'autant plus belle qu'oubliée.

Est-ce qu'il l'a jamais chantée dans un concert? Des enregistrements de concerts de Guccini, même plus pirates que Morgan et Francis Drake réunis, j'en ai un paquet. Et pourtant je n'en trouve pas trace. Peut-être quelqu'un plus fourni que moi en saura plus. Pour ce qui me concerne, il y a eu une période dans laquelle je me la suis « concertée » tout seul, dans un des recoins de ma vie. À partir de la vieille cave de copropriété qui a été mon mûrissoir, celle avec les ampoules psychédéliques de fortune qui s'allumaient avec les interrupteurs à poire, celle-là-même bondée de livres qui furent à moitié foutus suite à une inondation due à un ouragan aoûtien, celle-là même qui, un jour lointain, a cessé d'être une partie de moi même. Je l'emportai dans mes souvenirs, en allant ailleurs. Sans le dernier mot, phrase sage à citer.

Ça finissait presque toujours en me demandant quelle chose pouvait ainsi voler dans l'air calme et disparaître ensuite (pour où, nous ne le saurons jamais, jamais, jamais). Oh ben : "L'âme." Évidemment tout de suite l'âme entrait, et pesamment, en jeu. Mais je reconnais que, pour certaines choses, gamin et jeunot, j'étais un intégriste. En y repensant, je me fais presque peur tout seul. Et tout de même, c'était Guccini, pas le pape Jean. Guccini, à l'âme, ne pouvait pas y croire. Interdit. Strictly forbidden. Verboten.

 

Il ne m'était jamais venu à l'esprit, alors, que ces auteurs de textes de chansons ont un rapport étrange avec Dieu et avec la "spiritualité"; je l'ai appris après que même les plus athées parmi eux ont avec les choses spirituelles un rapport d'interaction continu. Guccini est peut-être celui où il transparaît le moins, fondamentalement. De De André et de son maître Brassens, je ne parle pas non plus, tellement c'est évident; mais n'en est pas exempt l'anticlérical Ferré selon qui "Dieu est pourtant toujours un vieux personnage poétique", (à l'égal de Satan, du reste: thank you !). En somme, à la fin, j'ai bien dû conclure que Guccini parlait vraiment de l'âme. Aux beaux temps, je tâchais de me donner toute explication rationnelle possible et pleine de fantaisie pour le refrain de L'Uomo: ç'aura été le canari échappé de sa cage pendant que le type crevait. Ç'aura été une mouche ou un moustique. Ç'aura été une montgolfière qui passait de là. Parfois j'ai été jusqu'à penser que ce fût un vautour; oh, en somme, s'il y avait toujours quelqu'un qui mourait, un vautour convenait bien.

 

Cette envie de plaisanter m'est passée quand j'ai commencé à voir les premiers morts, comme volontaire et chauffeur d'ambulance, et surtout les premiers morts vieux et seuls dans leurs pauvres pièces de vie quotidienne. Quand j'ai constaté que l'odeur lourde de malade existe pour de vrai. Quand j'ai vu les têtes posées sur le coussin, entières ou défigurées par un coup de fusil. Quand j'ai arrangé des chevelures clairsemées. Quand je me les suis intégrés, un à un, avec leurs visages éteints. Quand j'ai commencé à m'imaginer comme eux. Quand j'ai vu quelqu'un fouiller dans mes tiroirs, et du papier jauni, ils devront en trouver pas mal. La chose unique que je n'arrive pas à m'imaginer, c'est le prêtre qui raconte ma vie en deux mots. Je défie dès maintenant quelque prêtre que ce soit, jusque à Fulvio que j'aime bien, à condenser ma vie en deux minutes et trois conneries. Et qu'il sache que je ne suis pas d'accord, et que je préfère que ma carcasse soit portée quelque part après des concours avec de riches prix et des cotillons.

 

En tout cas, comme je suis probablement immortel, cela n'arrivera jamais. Mais Guccini, et comment qu'il parlait de l'âme. À la fin, j'y suis arrivé. Maintenant il restera à comprendre qu'est-ce que c'est, cette âme. Quelque chose qui vole et qui s'évanouit dans l'air calme, pour où, nous ne le saurons jamais. Et si Guccini ne le savait pas, qui est infiniment plus intelligent que moi, imaginez si je le sais. Et si elle transmigre ? Où ira-t-elle finir ?

J'ai une prédilection.

Je choisis un chat.

 

Riccardo Venturi, Fribourg, 23 novembre 2004.

 

 

 

L'âne, l'âme et l'homme.

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, toi qui as connu les plus grands mystères, toi qui as déjà transmigré une fois au moins, toi qui es ressuscité un beau matin d'automne [6547], toi qui as parcouru tant de mondes et tant de fois, toi qui a connu tant de poètes, tant de sorcières et tant de devins, toi qui a porté Sancho au derrière de Rossinante jusque dans les plus héroïques combats [41719]], toi qui m'as porté la farine et le vin, toi qui me tiens si joliment compagnie, dis-moi, oui, dis-le moi, as-tu jamais croisé une âme ?

 

 

Oh, Marco Valdo M.I., mon ami, pour ce qui est des ânes [17083], j'en ai vu des milliers, mais en matière d'âmes, je n'ai que la littérature pour t’en parler. Sur le mode du questionnement : « Avez-vous vu âme qui vive ? » ou sur celui de l'affirmation : « On ne voyait pas âmes qui vivent »... Les âmes, au contraire des ânes, sont des choses évanescentes que seuls quelques esprits égarés voient passer dans les feux follets, lesquels sont les parents post-mortem des rots et des pets. Les seules âmes qui aient jamais été attestées et qu'on peut voir assurément encore au théâtre ou au cinéma, ce sont celles de Gogol, mais même chez lui, elles sont déjà mortes. Pourtant, elles étaient tangibles celles-là au point qu'on prélevait sur elles l'impôt. Depuis la Révolution, elles ont disparu. On ne sait où.

 

 

En somme, mon ami Lucien l'âne, au contraire des œufs, avec les âmes, il n'y a pas de quoi faire un plat. Tout différente est la transmigration dont parle notre ami Riccardo et je comprends qu'il ait choisi d'être un chat. Pour de multiples raisons que je vais énumérer : la première, dunque primo : chez nous, un chat a sept vies, disent les gens et ils doivent en savoir quelque chose, les gens de chez nous, depuis le temps qu'ils y sont, chez nous – imagine, ils étaient déjà là du temps de Cro-Magnon [7817], lequel se souciait de l'âme moins que d'une guigne, laquelle est une cerise sauvage [41674], mais si sucrée quand on la prend en bouche. Ceci prouve que – déjà pour cette première raison, notre ami Riccardo a le nez fin et le goût sûr. La deuxième, deuzio : c'est qu'ils sont tellement doux (les chats) qu'ils héritent de caresses et de tendresse, ce qui ne gâte rien, quoique j'imagine assez bien que cette seule perspective réjouit par avance le bon Riccardo. Ne l'entendez-vous pas déjà ronronner ? La troisième, troizio, tient à leur capacité à dormir [8238] et la quatrième (et je m'arrêterai là) quatrio : est leur irréductible réticence à toute autorité – en quoi, ils sont semblables aux ânes et je pense bien à notre cher Riccardo.

 

 

Quant à moi, si je pouvais te donner un conseil en matière de transmigration, mon cher ami Marco Valdo M.I., je te suggérerais également de te pelotonner sous le poil dru et doux d'un chat... Tu bénéficierais de sept vies (de quoi voir venir et réfléchir à d'autres réincarnations et résurrections... sous forme d'homme ? sous forme d'âne ? on ne sait, c'est prématuré) et avec un peu de chance, tu pourrais croiser cet autre chat de Riccardo – tu feras bien attention aux chats noirs... Celui-là avec un œil vert et une oreille coupée, ce pourrait bien être lui. Cela dit, pour l'âme, je l'ai vue une fois s'envoler sous forme de rapace... C'était l'âme d'une sorcière, un subterfuge, en quelque sorte. Dès lors...

 

 

Mais, Lucien l'âne mon ami, je t'arrête là. Concluons provisoirement sur ceci que l'âne a le pied plus sûr que l'âme. Cependant, et c'est pourquoi je t’interromps, la chanson de Guccini parle pas vraiment de l'âme, mais de la fin de l'homme, ce qui est tout autre chose.

 

 

Ah bien alors, dit l'âne Lucien en riant, la fin de l'homme, tu veux dire sa mort... Il n'y a là rien de bien mystérieux. Nous les ânes, on fait pareil... Tout bêtement, on meurt. Les souris et les araignées aussi. Je peux y ajouter, si cela te fait plaisir, les planètes, les étoiles, les galaxies, les univers... etc, etc. Comme Riccardo avait cité Léo Ferré dans son texte introductif, je le ferai aussi en disant à propos de la vie de l'homme et de sa mort :

 

« On vit, on mange et puis, on meurt

Vous ne trouvez pas que c'est charmant

Et que ça suffit à notre bonheur

Et à tous nos emmerdements ».

 

Et qu'on ne vienne pas nous faire chier avec ces évanescences pâles... ces remugles trouent la ionosphère. On meurt, un dernier pet et puis, basta ! Et que les suivants se débrouillent avec la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin d'en tirer les plus grands profits, de les exploiter jusqu'au trognon et au-delà si possible. En attendant, tissons – c'est là notre petite contribution à l'humanisation de l'homme et de l'humanité, tissons le linceul de ce vieux monde crédule, chichiteux, chicaneur, religieux et cacochyme. (Heureusement !)

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Sans dernier mot, sans phrases sages à citer

Il pose la tête sur le coussin comme pour s'endormir,

Sans un cri, sans un nom, sans adage, sans un son,

Ni bruit de batailles, un autre homme est mort,

Reste

Seulement quelque chose qui s'envole

Dans l'air calme

Et puis s'évanouit,

On ne saura jamais pour où.
jamais, jamais, jamais, jamais, jamais...

 

Il fait sombre dans la pièce, une odeur lourde de malade

Et une légère, folle danse de mouches en rut;
L
eurs prières ronflent doucement, puis quelqu'un s'en avise:
S'élève
atroce dans le soir, seul un cri clair: « Il est mort ! »

Reste

Seulement quelque chose qui s'envole

Dans l'air calme

Et puis s'évanouit,

On ne saura jamais pour où.
jamais, jamais, jamais, jamais, jamais...

 

Les secours arrivent rapidement: « Comment est-il mort ? », « Comment est-elle partie ? »

Désormais, grésille sur les larmes la bougie déjà brûlée;
I
ls lui disposent les bras, on arrange sa chevelure clairsemée,

La couronne flotte sur la figure du rosaire :
Reste

Seulement quelque chose qui s'envole

Dans l'air calme

Et puis s'évanouit,

On ne saura jamais pour où.
jamais, jamais, jamais, jamais, jamais...

 

On fouille dans les souvenirs d'une vie désormais finie,

On regarde dans les tiroirs pleins de papier jauni:
« Cette photo est pour sa fille. » « La montre ici à qui revient-elle ? »

« Il vaudrait mieux lui fermer les yeux. » « Il vaudrait mieux lui fermer la bouche. »

Reste

Seulement quelque chose qui s'envole

Dans l'air calme

Et puis s'évanouit,

On ne saura jamais pour où.
jamais, jamais, jamais, jamais, jamais...

 

Les parents se réunissent, ils égrènent les souvenirs,

On parle déjà des dépenses, on entend déjà les plaintes sourdes
Quelques menues monnaies provoquent des mots durs

Qui volent par dessus le lit et éteignent les bougies;
Reste

Seulement quelque chose qui s'envole

Dans l'air calme

Et puis s'évanouit,

On ne saura jamais pour où.
jamais, jamais, jamais, jamais, jamais...

 

Une gifle fait cesser les jeux des enfants,

On a descendu les persiennes, les voisins défilent en noir.
Les couronnes jettent la tristesse dans les escaliers,

Le cercueil descend entre les parents affligés

Reste

Seulement quelque chose qui s'envole

Dans l'air calme

Et puis s'évanouit,

On ne saura jamais pour où.
jamais, jamais, jamais, jamais, jamais...

 

Tant de choses en une vie dit le prêtre en deux mots;
Ils remercient les secours, adieu l'hiver , voici déjà le soleil,

Bavardages, rires légers, ils vont au cimetière,

Restent les fleurs avec leurs inscriptions, reste au vent un drap noir,

Reste

Seulement quelque chose qui s'envole

Dans l'air calme

Et puis s'évanouit,

On ne saura jamais pour où.
jamais, jamais, jamais, jamais, jamais...

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 21:03

CE JOUR D'AVRIL

 

 

Version française – CE JOUR D'AVRIL – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – Quel giorno d'aprile – Francesco Guccini– 2012

 

 

 

Le canon est une silhouette noire sur le ciel cobalt

Et le coq se pavane dans notre cour

Si la guerre est finie pourquoi te couvre-t-il de larmes

Ce jour d'avril

 

Le pays est en fête et salue ses soldats revenus

Des troupeaux de nuages paresseux dorment au-dessus du clocher

Chacun revient à la vie comme les fleurs dans les prés

Comme le vent d'avril

 

La Russie est une fable blanche que tu connais par cœur

Dont tu rêves chaque nuit en serrant sa brève lettre

Les cigognes tiennent en l'air son visage baigné de neige

 

Maintenant libre l'Italie inonde les rues en chantant

Agitant dans le ciel des drapeaux affolés de lumière

Ta mère en t'embrassant, sourit en pleurant

Là quelqu'un recompose une histoire ou une vie

 

On ne sait si tu portes un manteau ou si tu dors dans une grange chaude

Sous la glycine, tu attends ton père

Avec le soleil d'avril

 

C'est dimanche, quelques années plus tard, en vélo avec lui, tu respires l'odeur

De ses cigarettes et du fleuve qui mord les piles

Chaque peur vague se teinte de bleu ou de fumée

Dans un jour d'avril

 

Mais dans ses rêves continue la guerre et il glisse encore

Sur la plaine immense et revoit ce bref instant

Les cigognes tiennent en l'air, les camarades couverts de neige

 

L’Italie est une femme qui danse sur les toits de Rome

Dans la douceur amère des films où chante la vie

Un pape s'avance et caresse les enfants et la lune

Pendant que son âme dort devant une boîte vide

 

Sonne encore pour tous cloche

Et ne reste sur aucun clocher

Car au dedans de nous trop vite s'éloigne

Ce jour d'avril.

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 15:35

L'HORIZON DE K.D.

 

 

Version française - L'HORIZON DE K.D. – Marco valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – L'orizzonte di K.D. – Francesco Guccini – 1969

 

 

Cette chanson est un cadeau, peu importe "de Noël" ou non. Un cadeau et baste que je veux faire à une de nos administratrices et amies Daniela. Depuis temps immémoriaux, sur le newsgroup et ailleurs, sur ce site aussi , on signe "Daniela-k.d." en reprenant son surnom de cette chanson de Francesco Guccini. Qui l'écrivit probablement en pensant à son ex étazunienne, celle de" 100, Pennsylvanie Avenue."), mais que pour des motifs fumeux, il intitula du nom de sa sœur, Karen Dunn, d'où les initiales. Moi, je la dédie à Daniela, mais aussi à Adriana et à tous . L'horizon de k.d., d'Adriana, de Lorenzo Masetti, de Nicola, de Marcia ... est un horizon que nous espérons toujours clair, pour toujours. [RV]

 

 

K.D. s'éveilla ce matin et regarda les choses à côté d'elle,

Les yeux encore voilés par les miettes de ses rêves

Pendant que le sommeil s'éloignait lentement d'elle,

Le sommeil s'éloignait d'elle...

 

K.D. se mit à la fenêtre, de là, elle vit le monde habituel :

Son horizon s'évanouissait sur la rouille du pont

Là où le fleuve disparaissait et la ville finissait,

Là où le fleuve disparaissait...

 

K.D. ne sut jamais dire ce qui la prit,

Elle sentit son corps s'évanouir, ses bras étaient des ailes figées
Quelqu'un pleura au loin qu'elle ne connaissait sans doute pas

Son pleur doucement défaisait l'horizon...

 

Ensuite, remise de cette ébriété stupide,

Son horizon redevenu réel

Lui rendit son habituelle sûreté,

Habituelle sûreté...

 

Quand nous aussi quelquefois nous nous sentons tristes pour rien

C'est peut-être K.D. qui pleure au loin,

Un fantôme en nous et qui toujours nous accompagne ,

Et qui toujours nous accompagne,

Qui toujours nous accompagne !

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 12:37

DON QUICHOTTE

 

Version française – DON QUICHOTTE – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne – Don Chisciotte – Francesco Guccini - 2000

Texte de Giuseppe Dati et Francesco Guccini
Musique di Giuseppe Dati et Goffredo Orlandi

Don Quichotte est interprété par Guccini, Sancho Pança par Juan Carlos "Flaco" Biondini.

 



Excusez-moi si j'apporte un peu d'eau à mon moulin, mais cette strophe : « Il potere è l'immondizia della storia degli umani e, anche se siamo soltanto due romantici rottami, sputeremo il cuore in faccia all'ingiustizia giorno e notte » (Le « pouvoir » est l'ordure de l'histoire des humains, et, même si nous ne sommes que deux romantiques pantins, nous cracherons à la gueule de l'injustice même le dimanche) place de droit cette chanson parmi les CCG, en plus d'être celle qui il y a longtemps m'inspira mon pseudo informatique DonQuijote82.

 

 

Cher Don Quichotte – DonQuijote82,

 

Il y a ici, dit Marco Valdo M.I., je veux dire dans les CCG, une belle bande de personnages qui se réclament du monde insensé des conteurs d'histoire. Une belle bande de trouvères et de troubadours de nos temps perturbés. Tous peu ou prou, redevables de la vie à Cervantès, Chrétien de Troyes, Laurence Sterne, Homère, Léon Tolstoï, Alexandre Vialatte, Italo Calvino, sans oublier Apulée et Carlo Levi. Il y en a certainement bien d'autres... Il suffit de lire la liste interminable des auteurs des chansons... Et Brel... L'Homme de la Manche [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=39065]], que je placerai ici aussi – et pour les mêmes raisons de droit. Ce sera aussi un peu à ton intention... Strophe pour strophe, voici celle du grand Jacques, devenu pour plus de cent-cinquante soirs Don Quichotte lui aussi : «  Pauvre monde, insupportable monde / C'en est trop, tu es tombé trop bas / Tu es trop gris, tu es trop laid / Abominable monde »...

 

Et puis, moi, Lucien l'âne, je me souviens très bien de Don Quichotte et de l'aventure contre les moulins... Car, l'âne de Sancho, en vérité, c'était moi. Mais personne ne l'a jamais su... J'ai donc vu tout cela de très près... Mais enfin, si on veut connaître le détail de nos aventures, il suffit de lire le grand livre de Miguel de Cervantès...

 

Vois-tu, Lucien l'âne mon ami, je te propose de reprendre parmi nos devises, ces deux vers de la chanson :

« Et, même si nous ne sommes que deux romantiques pantins

Nous cracherons à la gueule de l'injustice même le dimanche »

 

Bonne idée, dit Lucien l'âne, ils viendront s'ajouter à nos autres devises, comme Ora e sempre : Resistenza ! et à notre engagement, directement revendiqué des Canuts, de tisser le linceul de ce vieux monde fleurant bon l'ordure et le gravat, pourrissant, empestant l'acide sueur des pauvres, noyé dans les parfums délétères de la mort et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

[Don Quichotte]

 

J'ai lu mille histoires de chevaliers errants,

D'aventures et de victoires de justes sur les puissants

Pour rester encore enfermé avec mes livres dans cette salle,

Comme un lâche oisif, sourd à toute souffrance.

Dans le monde d'aujourd'hui, plus qu'hier encore, domine l'injustice

Mais des héroïques chevaliers, nous n'avons plus de nouvelles ;

C'est pourquoi, Sancho, on a besoin surtout,

D'un généreux élan et peut-être même d'un rêve fou.

Va me chercher ma selle, car mon engagement ardent

Je l'ai promis à ma belle, Dulcinée du Toboso,

À toi, Sancho, je te promets de te gagner un château,

Et je n'accepterai pas un refus. Selle mon étalon, en avant !

Tu seras mon écuyer, mon ombre réconfortante

Avec ce cœur pur, avec mon bouclier et avec Rossinante,

De ma lance, je frapperai l'injustice même le dimanche

Car je suis Don Quichotte de la Manche.

 

 

[ Sancho Pança ]

 

Ce fou n'est pas bien, il a besoin d'un docteur

On ne peut pas le contredire, il n'est jamais de bonne humeur.

C'est la plus triste figure qui soit apparue sur la Terre

Un chevalier sans peur d'une guerre solitaire

Commencée par amour d'une femme connue

Dans une chambre de passe où elle se prostitue

Mais en croyant voir une vraie princesse

Il a voulu à toutes forces faire cette promesse.

Et ainsi, depuis des jours, nous recevons des coups de pied au cul,

Nous ne savons pas où nous sommes, sans manger et sans avoir bu.

Ce fou déchaîné est le plus ingénu des enfants

Et pas plus tard qu'hier, il s'est embroché aux ailes de moulins.

C'est un têtu, un idéaliste, il a trop de songes dans son cerveau,

Moi, qui suis réaliste, je me contenterais d'un château.

J'aurai des terres en abondance quand il me fera gouverneur

Je m'appelle Sancho Pança tant il est vrai que moi aussi, j'ai un cœur.

 

 

[Don Quichotte]

 

Debout, Sancho, il est tard, je ne veux plus dormir encore,

Seuls les cyniques et les couards ne se lèvent pas à l'aurore.

Pour les premiers, ce n'est qu'indifférence et mépris des valeurs

Et pour les autres, c'est une réticence aux devoirs de l'honneur !

L'injustice n'est pas le seul mal qui dévore le monde

La maladie de l'âme de l'homme est bien profonde

Et nous devons faire vite, car plus le temps passe

Et plus l'ennemi se cache et plus la clarté s'efface.

 

 

[ Sancho Pança ]

 

À propos de cet obscurcissement des choses,

L'autre jour quand il a vu ces brebis sans défense,

Il les a attaquées comme si c'était une armée maure

Et à la fin outre les chiens, les bergers le mordirent.

C'était clair comme le jour, n'est-il pas vrai, mon maître ?

Je suis peut-être un couard et je dors, mais je ne suis pas un traître ;

Je crois seulement ce que je vois et pour moi, la réalité reste à la fin

Le seul critère que je possède, comme il est vrai... que j'ai faim !

 

 

[Don Quichotte]

 

Sancho écoute-moi, je te prie, moi aussi j'ai été un réaliste

Mais aujourd'hui désormais je m'en fous et, même si j'ai une bonne vue,

L'apparence des choses, comme tu le vois, m'escroque

Je préfère les surprises de cette âme tyrannique

Qui transforme avec ses trucs la réalité que tu as là devant

Mais t'ouvre de nouveaux yeux et attise tes sentiments.

Avant ce jourd'hui, je m'ennuyais et même, je voulais mourir

Mais à présent, je suis un homme neuf qui ne craint pas de souffrir...

 

 

[ Sancho Pança ]

Monsieur, moi, pour mon malheur, je suis un pauvre ignorant

Et de votre discours abstrait, j'ai compris un grand néant

Mais même si j'admets que votre courage efface ma paresse,

Est-ce que nous réussirons seuls à ramener la justice ?

Dans ce monde où le mal est chez lui et a toujours vaincu,

Où règne le « capital » aujourd'hui plus encor sans pitié

Réussira-t-il avec cette rosse et cet inutile écu

À mettre mat le pouvoir et à sauver le monde entier ?

 

 

[Don Quichotte]

Veux-tu me dire, Sancho, que je devrais faire marche arrière

Car le « mal » et le pouvoir ont un aspect si dégénéré ?

Devrais-je renoncer à un peu de dignité

Me faire humble et accepter leur réalité mercenaire ?

 

 

[Ensemble]

Le « pouvoir » est l'ordure de l'histoire des humains

Et, même si nous ne sommes que deux romantiques pantins

Nous cracherons à la gueule de l'injustice même le dimanche :

Nous sommes les « Grands de la Manche »

Sancho Pança... et Don Quichotte.

 

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 13:19

TA LIBERTÉ

 

Version française - TA LIBERTÉ – Marco Valdo M.I.– 2011

Chanson italienne – La tua libertà – Francesco Guccini – 1971

 

 

 

Je reviens sur ce site après une absence (ou une escapade) assez longue cette fois. De quelques mois, précisément. À un certain moment, après des années et des années de militance quotidienne (car s'occuper des CCG est, au moins pour moi, une forme bien précise de militance, dans laquelle j'ai jeté tout ce que j'ai de capacités et de connaissances), s'est comme brisée mon échine; je ne suis pas loin des cinquante ans, et – que je le veuille ou non – je l'ai sur le dos. Mais ce sont là choses de peu d'importance, ou qui importent seulement à l'intéressé; donc, me revoici et cela me fait un grand plaisir de me retrouver parmi vous tous ( de façon politiquement correcte, il me faudrait écrire vous tou(te)s, mais je n'aime pas ces complications...)

 

Pour revenir (autant dire créer une page originale), j'ai choisi cette vieille chanson, à peu près inconnue et extraordinaire, du vieux Guccio de Modène, ou de Pàvana, ou d'où il veut; ubi bene, ibi patria. Extraordinaire, et aussi un peu insolite quant à son environnement. Allez voir la vidéo; pour chanter ce très bel hymne à la liberté individuelle et collective, Guccini choisit un environnement tout à fait différent de « ses » montagnes de l'Appenin toscano-émilien, et également de « sa » plaine. Il choisit la mer. Il choisit un τόπος méditerranéen , calciné par le soleil et par le vent, un lieu qui me rappelle tellement l'Île d'Elbe, qu'il me fait penser y être. À la vieille route blanche qui descend à Nisporto e Nisportino (aujourd'hui, malheureusement asphaltée). Ou à une Grèce qui aurait surgi à l'improviste d'Elytis dans les bras de Gian piero Testa.

 

En somme, le montagnard Guccini (qui dans un cadrage de la vidéo est pratiquement identique au soussigné, avec ses cheveux comme il les portait à seize ou dix-sept ans) , dans cet hymne à la liberté, aux espaces, à ne pas avoir de patrons et à l'absence de toute barrière, s'est tourné vers la mer; et dans sa chanson semble résonner L'Homme et la mer de Baudelaire : Homme libre, toujours tu chériras la mer!. La mer comme destructrice de prisons (les « prisons de notre société »), comme arracheuse de racines (ριζοσπάστης; vous verrez que je vais me remettre au grec). On en vient à se demander si Guccini, comment Guccini n'a jamais donné de suite à cette chanson, mais c'est sans doute une question oiseuse. Que ce lui soit louange ! J'ai une amie qui a fait la lutte armée, la clandestinité, l'exil, la prison; elle est passionnée de Guccini. Elle m'a dit une chose importante, il y a quelques temps. « Au milieu de tant d'autres, Guccini est toujours lui; les choses importantes, il ne les perd pas de vue. » Et alors, il est bien de le voir il y a quarante ans, avec ses cheveux au vent et sa guitare chantant la liberté devant l'infinitude de la mer et les méandres d'une vieille route qui descend.[R.V.]

 

 

 

C'est assez insolite ce que je vais te raconter à présent, mon ami Lucien l'âne. Mais il le faut...

 

Que vas-tu donc me dire de si inhabituel, mon ami Marco Valdo M.I., à propos de cette chanson du jour ?

 

Et bien, voilà, l'insolite, c'est tout d'abord, que je ne vais pas parler de la chanson elle-même, ni même de son auteur, ni même de son interprète. Cela, je le ferai plus tard.

 

Et alors, de quoi tu vas causer ?, dit Lucien l'âne, un peu interloqué quand même et en pointant ses oreilles de stupéfaction... Tu vas me parler du temps qu'il fait, de la guerre dans le désert, de la fin de l'hiver, du retour du printemps...

 

Eh bien, vois-tu Lucien l'âne mon ami, c'est presque ça. Pour un peu, je te chanterais : « Y a la nature qu'est toute en sueur, dans les hectares, y a du bonheur... C'est le printemps... Y a le vent du Nord (le nôtre) qui a pris l'accent, avec Mistral , il passe son temps... », comme le chantait Léo. Ou alors, à la Brel... « Ventu est revenu... ». Tel est mon propos : saluer le retour de Ventu, alias [R.V.]. On le baptisera pour la circonstance : Ventu d'Elba. Sans doute, comme moi, avais-tu remarqué son absence et si elle t'inquiétait, tout comme moi, tu avais trop le sens de la liberté (précisément la liberté) pour ne pas aller poser d'indiscrètes questions. Et puis, aussi, comme moi, tu pressentais bien – à te voir aussi traverser clopin-clopant la morte saison – de quoi il pouvait s'agir. Mais enfin, en effet, Mimi se prend pour Carmen et C'est le printemps.

 

Oui, mais la chanson du jour ?

 

En fait, elle parle de la même chose. De cette liberté d'aller et d'être, de la nécessaire liberté à toujours défendre, du refus des patrons... D'un autre monde possible seulement et seulement si, dit la canzone de Guccini, seulement si tu le veux et tu t'obstines à le vouloir. Et puis, elle chante au vent du large et la mer du coup, la mer, Lucien l'âne mon ami...Y a la mer qui s'prend pour Monet ou pour Gauguin ou pour Manet... C'est l'printemps, je te le dis...

 

Oh, tu sais, Marco Valdo M.I. mon ami, pour moi l'âne venu du fond de l'antique Ionie (et tu verras qu'on va se remettre au grec, nous aussi), en passant par la Lorraine avec mes sabots... la liberté d'aller et venir, les routes blanches pentues et sinueuses, la mer... Tout cela a toujours jalonné mon chemin à la poursuite des roses trémières, qui changeraient le monde. Je suis un vieux conte grec... entre autres choses. Et puis, tu pourrais, oui toi, Marco Valdo M.I., proposer comme suite à cette chanson de Guccini, les 104 chansons du Cahier à grilles, cette geste du prisonnier... tirée directement des mémoires (on peut le dire ainsi) ou de la mémoire (et c'est encore plus juste) d'un homme qui comme l'amie de Ventu « a fait la lutte armée, la clandestinité, l'exil, la prison », un certain Carlo Levi. Auquel Carlo Levi, on doit d'avoir entendu la voix des paysans pauvres de Lucanie qui disaient « Noi, non siamo cristiani, siamo somari », qui est en somme notre devise. Quant à Guccini, on doit dire que lui aussi, il tisse depuis le début de sa vie de chanteur, de poète, de musicien, de chantauteur et tout simplement aussi, d'homme, à sa manière, il tisse le linceul de ce vieux monde concentrationnaire, libéral et cacochyme.

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

Au-delà des murs

De la ville

L'horizon poursuit l'horizon;

Une autostrade suivra une autostrade,

Les espaces sont faits pour aller;

Ta liberté,

Si tu le veux, tu peux l'éprouver.

 

Et un homme sage

Fera des règles,

Une prison faite de mots;

Les gardiens

D'une société

T'empêcheront de chercher le soleil;

Ta liberté,

Si tu le veux, tu peux l'avoir.

 

Si j'étais un oiseau

Haut dans le ciel

Je pourrais voler sans avoir de patrons;

Si j'étais un fleuve

Je pourrais aller

Rompant les digues dans mes alluvions.

 

Et des bois et des bois

Je cherche autour de moi

Où est la terre sans barrières ?

Où est ce vent

Qui nous emportera

Comme les voiles et les drapeaux;

Ta liberté,

Si tu veux, tu peux l'avoir.

 

Si j'étais un oiseau

Haut dans le ciel

Je pourrais voler sans avoir de patrons;

Si j'étais un fleuve

Je pourrais aller

Rompant les digues dans mes alluvions.

Mais je suis un homme

Un parmi des millions

Et comme les autres, je porte le poids de la vie

Et ma route

Au long des saisons

Elles peuvent être brèves, elles peuvent être infinies;

ta liberté

Cherche-la, qu'elle ne s'évanouisse.

Cherche-la, qu'elle ne s'évanouisse.

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 15:49

 

TOMBÉ

Version française – TOMBÉ – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Il Caduto – Francesco Guccini – 1996

 

 

Moi, l'aîné de cinq frères, je m'appelle Primo,

Homme de fleuve et de forêt, du travail et de pauvreté

Serein au-dedans, comme le poisson ou l'oiseau

Qui partageaient avec moi le ciel, l'eau et la liberté.

Je suis à présent en prison, sous cette plaine nue

Où l'horizon depuis toujours appelle un même horizon,

Où un vent incessant souffle une peur continue,

Où on ne peut percevoir le profil d'un mont.

 

Et si à l'hiver, je me couvre de neige gelée

Elle n'est pas celle où s'enfonçait mon pas

Fort et sûr qui suivait la trace allégée

Du renard ou l'empreinte plus grave du putois.

 

Comme je suis tombé, j'ai effacé mon souvenir

J'égrène les saisons où derrière un soleil peu clair

Venait subit ce froid absolu, totalitaire,

Lamentations, cris, jurons et pour finir, un tir.

 

Regarde la guerre : quel jeu puéril, quelle connerie,

Moi qui ne m'en étais jamais allé bien loin

J'ai vu ce peu de monde de derrière un fusil

De derrière un viseur, j'ai vu d'autres humains

 

Et nous sommes tant, de neige gelée recouverts

Il n'y a plus ni race ni uniforme, seulement l'hiver

Et cet été bâtard balayé par le vent,

Et nous seuls qui sommes morts éternellement.

 

Moi qui contemplais ma vie avec courage et peinard

Que donnerais-je pour retrouver les odeurs de ma montagne,

Voir les feuilles de l'yeuse, les lacis du fayard,

Découvrir à nouveau la bogue et le miracle de la châtaigne.

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11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 13:13

CHANSON DE NUIT

 

Version française - CHANSON DE NUIT – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Canzone di notte – Francesco Guccini – 1970


Je les connais bien, les heures confuses de la nuit. Ou, peut-être, je ne peux me permettre d'être confus même s'il m'est arrivé souvent, cependant, de l'être. Mais peut-être qu'il y a à l'instant quelqu'un qui meurt et peut-être, il y a à l'instant quelqu'un qui naît , et je dois être prêt. De nuit, j'ai vu tant de fois mourir, et tant de fois naître, la dernière fois il y a quelques jours, une petite vieille de presque cent ans qui s'en est allée dans une nuit torride de juillet. Et les pensées, il y en a toujours, toujours. Il a toujours eu raison Guccini, avec cette chanson qui a, en même temps, l'exactitude d'une chronique descriptive et l'inquiétude de l'accumulation des confusions que la tournée nocturne aiguise. Nuits d'été et d'hiver, nuits avec leur désert peuplé d'étrangetés, d'aventures et de joies impensées, nuits des inconnus qui parlent.

Quand, dans ce lointain 1970, Guccini écrivit cette chanson, c'était un jeune homme de trente ans qui, avec Guido Gozzano, croyait peut-être être déjà vieux à vingt-cinq ans. Il écrivit ensuite, être nocturne qu'il est, d'autres chansons dédiées à la nuit; une constante de son œuvre. Mais celle-ci reste sans doute la plus belle et la plus complexe. Francesco Guccini a atteint septante ans le 14 juin, durant un concert dans sa « petite ville, coin pourri » (Modène) et l'oubli de Bologne. [R.V.]

 

 

Ah, dit Lucien l'âne , j'aime beaucoup cette chanson de Guccini. Elle me fait penser à bien des nuits que j'ai vécues du temps où j'étais encore un jeune homme fêtard, où je me traînais paumé jusqu'au petit matin. Depuis, comme tu le sais Marco Valdo M.I. mon ami, des siècles sont passés et même à la nuit tombante, pour moi, le jour est désormais si proche. Au fait, avec le temps, avec le temps, le temps change de forme, de dimensions et sans doute aussi, de nature. Le temps est devenu lui-même, la matière-même de la vie. Je le mange à pleines dents, de jour, de nuit, sous le soleil, sous la pluie, le temps, c'est mon temps et j'en suis devenu très avare... Je le garde précieusement pour le partager sans limites avec ceux que j'aime. Mais qu'est-ce que je raconte là... Ce Guccini, il me fait dire des choses...

 

Des choses, des choses... Moi, je suis très content qu'il te fasse dire de telles choses, car sans rien sembler, te voilà au cœur du drame humain. Avec le temps, avec le temps... passent les jours, passent les nuits, passent les semaines... Le temps, c'est la seule vraie possession de l'homme; l'homme est possédé par le temps, l'homme possède le temps. Et, regarde, Lucien l'âne mon ami, regarde bien que la seule vraie valeur est le temps. Et c'est elle qu’on perd dans le travail, quand on vend son temps, on vend sa vie, on se vend soi-même. C'est lui qui est au cœur de la grande lutte de l'homme pour disposer de sa vie et de son temps. En somme, il est cœur du combat social. Tityre, tu... Mais tu as raison, qu'est-ce qu'on raconte-là ? Ce Guccini nous fait dire des choses. Mais il a raison, il fait bon de se laisser couler ainsi au travers des nuits...

 

Écoute, Marco Valdo M.I. mon ami, je crois bien que tu dérives. N'as-tu pas vu qu'il vaguait dans une nuit glauque, une nuit bleue, une nuit sans lune pleine de mélancolie et qui ne ressemble pas à ce que tu as en tête ?

 

Oui, oui, je le vois bien, mais quand il s'agit de voyager au bout de la nuit, on vit, on meurt et c'est charmant... tous les parfums du monde te remontent à la tête et bien sûr, il y a des nuits qui sentent la mélancolie – un étrange parfum, et d’autres, moins confuses, des nuits jaunes, qui sentent le plaisir de prolonger le temps et cette obstination de partager la vie. Les nuits du vagabond solitaire et celles des groupes dont on ne veut pas se départir. Moi, je les aime toutes, comme il me plaît aussi d'honorer les jours. Comme j'aimerai le dernier ou la dernière, quand tiré par sa locomotive, le train entrera en gare...

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Heures confuses de la nuit, la mélancolie n'est pas un état d'âme

Les vies des autres ont rompu et il semble que ton prochain n'existe plus

Habillé d'un peu de silence, tu as la douce illusion d'être seul,

Des voitures passent ou le vent, ou tes propres pensées s'envolent

 

Tes pensées un peu ivres, en dansant par les rues s'en vont,

Elles t'ont échappé de la main et le jour semble désormais si lointain

Et le jour semble désormais si lointain...

 

Matin ou nuit, tu as perdu le fil du temps, tu crois toucher ta mélancolie,

Mais peut-être est-ce déjà l'heure et tu appelles l'ironie pour l'aider

Et à ce moment, peut-être quelqu'un meurt et peut-être quelqu'un naît,

Quelqu'un commet un crime d'honneur; dans les allées passent les putains

 

Ces putains que sont tes souvenirs qui entre les chansons et le vin te troublent,

Qui t'importunent quelque peu et le jour semble désormais si lointain

Et le jour semble désormais si lointain...

 

Matin ou nuit, qu’importe ? Les jours sont des nuages distraits

Sonne l'heure à ta porte et l'horloge est ton sang qui bat.

Quand viendra le temps de partir, l'heure aura la même couleur :

Elle semble toujours un peu mourir au moment héroïque de l’amour.

 

Que tu ries ou pleures, c'est toujours égal, les choses dans le souvenir s’effacent

Le sacré s'unira au profane et le jour semble désormais si lointain

Et le jour semble désormais si lointain...

 

Matin ou nuit, dedans ou dehors, es-tu sûr ou cherches-tu la consolation ?

Blanc et noir sont-ils les seules couleurs, ou les visages ambigus de ta prison ?

Tu cherches toujours ce qui est loin de toi, après tu dis : « Tout est relatif »,

Mais l'ironie et la douleur disent en vain que tu es certain seulement d'être en vie.

 

Mais il y a encore du temps pour penser, pour maudire et pour verser le vin,

Pour pleurer, rire et jouer et le jour semble désormais si proche,

Et le jour semble désormais si proche,

Et le jour semble désormais si proche,

Et le jour semble désormais si proche...

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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 18:25

PRINTEMPS DE PRAGUE

 

Version française – PRINTEMPS DE PRAGUE – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Primavera di Praga – Francesco Guccini – 1970


PRINTEMPS DE PRAGUE est une chanson de Francesco Guccini qui fut écrite et chantée deux ans après l'événement qu'elle rapporte. Une chanson en mémoire du jeune militant communiste tchèque Jan Palach. Oui, mon ami Lucien l'âne, et sans doute pourras-tu le confirmer, toi qui passes les frontières humaines sans que nul ne s'en aperçoive et qui fut à Prague en ces temps-là... Oui, on peut être communiste et partisan de la liberté, oui, on pouvait être communiste et résistant à l'intérieur de l'URSS, de la Chine (et aujourd'hui encore), de la Yougoslavie, de Cuba... On peut être communiste et pour cette raison précisément, être désespéré par le régime imposé par le Parti Communiste, par un État communiste, par un régime communiste et être désespéré car ce régime est purement et simplement un régime capitaliste d’État et n'a donc rien de communiste, sauf l'étiquette. Tu sais comme moi que dans les camps sibériens du temps où le PCUS (Parti Communiste d'Union Soviétique) était au pouvoir, la plus grande partie des prisonniers politiques étaient des communistes, des communistes qui résistaient au nom même du communisme [de l'idéal communiste]. Tu te souviens comme moi du massacre des marins de Cronstadt par l'armée rouge. Ces communistes résistant au régime, certains les ont appelés dissidents, mais dissidents de quoi ? Je ne l'ai jamais vraiment compris... En vérité, les dissidents étaient les gens au pouvoir, ces apparatchiks, ces gens d'appareil, ces arrivistes, ces bureaucrates et autres technocrates qui avaient dévié (je choisis le mot à dessein) les désirs et les exigences de la révolution des Soviets, comme dans d'autres pays, leurs homologues dévièrent les désirs et les exigences des peuples révolutionnaires... En fait, ces hommes de pouvoir agissaient exactement comme les capitalistes et les libéraux qui ont inventé un régime qu'ils ont baptisé eux-mêmes de « démocratique » pour piper les dés et pour conserver leur emprise sur la société. En somme, sur le chapitre du pouvoir, ce sont les mêmes gens, ce sont des pratiques semblables, car dans un cas comme dans l'autre, le seul but est de tenir le pouvoir afin de protéger et de développer les privilèges des castes et des coteries au pouvoir. Peu importe le régime pourvu qu'on aie la richesse... et le pouvoir. L'une ne va pas sans l'autre.

 

Comment te donner tort, Marco Valdo M.I. mon ami ? Il suffit de regarder un peu le monde, même par le biais des téléviseurs et on découvre tous ces caïmans batifolant dans leur aquarium, on les voit tous là avec leur sourire de carnassiers, dégoulinant d'ambition et d'avidité. Rien qu'à les voir, j'en ai mal au ventre... et je ne te parle pas de la nausée que j'en ressens... Tu sais, nous les ânes, on n'a pas à cacher nos sentiments, nos idées (puisqu'officiellement, on n'en a pas)...

 

C'est évidemment une chance... Mais pour en revenir à la chanson de Francesco Guccini et à celui et même ceux qu'elle célèbre, je voudrais t'apporter deux trois précisions qui évidemment ne sont pas dans la chanson – si ce n'est de façon implicite. D'abord, qu'il n'y ait pas d'équivoque : c'est bien pour sauver le communisme de ses fossoyeurs que Jan Palach et ses amis se sont immolés par le feu. Comme en Hongrie, en Allemagne et en Pologne, comme en Russie et en Ukraine, des années avant, d'autres militants se rebellèrent... J'insiste, leur but n'était certainement pas de favoriser le retour des tenants du capitalisme. Pour dire les choses autrement, ils ne souhaitaient pas moins de communisme, bien au contraire; ils voulaient plus de communisme et un communisme vrai et débarrassé des manies et des oripeaux du pouvoir. Ensuite, sur la place Wenceslas, Jan Palach, qui avait tiré au sort le n°1, fut le premier des immolés, mais en fait, il y en eut sept autres encore (au moins) – tous issus de ce groupe d'étudiants, qui avaient décidé de mettre leur vie en jeu pour changer les choses... Dans leur geste désespéré, il y avait tout l'espoir d'un autre monde possible.

 

Comme je vois ce qui se passe aujourd'hui, dit Lucien l'âne en dressant les oreilles, ce monde n'est pas encore advenu, bien au contraire... Les choses ont encore empiré sous l'empire de l'Empire. Crois-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, en mémoire de Jan Palach et de tous les autres qui portaient l'espoir d'un autre monde – Salvador Allende, Che Guevara, Puig Antich, Carlo Giuliani par exemple – tissons, comme le chantaient les Canuts de Lyon, le linceul de ce vieux monde avide et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

Revêtue de ses vieux atours, la place grise

Regardait sa nouvelle vie

Comme chaque jour, la nuit arrivait

Phrases coutumières des murs de Prague.

 

Mais ensuite la place stoppa sa vie

Et un instant, il y eut un cri de la foule troublée

Quand la flamme violente et atroce

En criant éteignit tout son de voix.

 

Comme des faucons, les chars sont postés

Volent les paroles sur les visages rougis

Vole la douleur brûlant chaque rue

Et chaque mur de Prague pousse ses cris .

 

Quand la place stoppa sa vie

La foule blessée suait le sang,

Quand la flamme de sa fumée noire

Quitta la terre et s'éleva vers le ciel,

 

Quand chacun eut la main teintée

Quand cette fumée se dispersa au loin

Jean Huss de retour sur son bûcher brûlait

L'horizon du ciel de Prague

 

Dis-moi qui sont ces hommes lents

Aux poings serrés et avec la haine entre les dents

Dis-moi qui sont ces hommes fatigués

De baisser la tête et d'avancer,

 

Dis-moi de qui portait-on le corps,

Que la ville entière accompagnait;

La ville entière muette criait

Son espoir dans le ciel de Prague.

 

Dis-moi de qui portait-on le corps,

Que la ville entière accompagnait;

La ville entière muette lançait

Son espoir dans le ciel de Prague.

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 21:38

LA LOCOMOTIVE

Version française – LA LOCOMOTIVE – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – La Locomotiva – Francesco Guccini – 1972

 

 

La Locomotive... Enfin ! Je me demandais quand tu allais la traduire, celle-là. Tu avais déjà repris la parodie de Riccardo Venturi, La Testarossa et la chose te démangeait... Tu n'as pas pu te retenir...

 

Tu te trompes assez bien, Lucien l'âne mon ami et je vais t'expliquer le pourquoi du comment. Je n'avais absolument pas l'intention (en tous cas jusqu'à aujourd'hui, jusqu'à l'instant où j'ai dû me résoudre à traduire cette locomotive) d'aller traduire cette chanson historique que Ventu précisément avait déjà francisée, il y a bien longtemps. Je n'en avais absolument pas l’intention et même, tu me l'aurais dit il y a à peine une heure que je ne t'aurais pas cru. Et pourtant, la voilà faite, me diras-tu. En effet. Et laisse-moi te dire que j'en suis bien content.

 

Toutes tes dénégations ne tiennent à rien, tu ne dis pas le pourquoi du comment que tu m'annonçais, mon bon Marco Valdo M.I.

 

Laisse-moi terminer ce que je voulais te dire, précisément. Je t'ai dit que je devais le faire... Et c'est vraiment une obligation soudaine qui s'est imposée à moi, comme un détour du chemin, car j'ai eu besoin de cette traduction pour une chanson, une canzone que j'avais écrite cet après-midi et que j'insèrerai ici dès demain ou ce soir encore, je ne sais. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il me fallait cette Locomotive et tu verras pourquoi quand tu connaîtras la canzone... En somme, elle la prolonge, elle l'actualise, elle donne un certain visage à un train tout aussi destructeur et sans doute, pire encore dans la destruction. Mais elle parle du même côté de la barrière, elle est aussi la voix sur la voie, elle conte aussi un train « mythe du progrès », elle parle aussi le langage des pauvres dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches mènent contre eux et contre la planète. Enfin, tu pourras juger par toi-même. Elle accuse comme peuvent seuls accuser ceux qui s'élèvent contre l'ordre ( le désordre ?) établi (et comme bien tu sais : y en a pas un sur cent, et pourtant ils existent, la plupart fils de rien ou bien fils de si peu, qu'on ne les voit jamais que lorsqu'on a peur d'eux...). Elle a des accents venus de Rutebeuf : Frères humains, qui après nous vivez...

 

Je suis tout impatient dès lors, dit Lucien l'âne et se redressant de tous ses poils.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Je ne sais quel visage il avait, ni comment il s'appelait

Avec quelle voix il parlait, avec quelle voix il chantait

Combien d'années alors il avait vues, la couleur de ses cheveux

Mais dans mon imagination, j'ai son visage,

Les héros sont tous jeunes et beaux

Les héros sont tous jeunes et beaux

Les héros sont tous jeunes et beaux

 

Je connais par contre l'époque des faits, quel était son boulot

Les premières années du siècle, machiniste, cheminot

Les temps où commençait la guerre sainte des miséreux

Le train incarnait lui aussi le mythe du progrès

Lancé à travers les continents

Lancé à travers les continents

Lancé à travers les continents

 

Et la locomotive paraissait un monstre étrange

Que l'homme dominait par la pensée et de la main

Tout en rugissant, elle laissait des distances infinies derrière elle

Elle cachait en son sein un pouvoir démentiel

La force-même de la dynamite

La force-même de la dynamite

La force-même de la dynamite

 

Mais une autre grande force alors déployait ses drapeaux

Des mots qui disaient : « Les hommes sont tous égaux »

Et contre les rois et les tyrans éclatait dans l'air

La bombe prolétaire qui illuminait l'atmosphère

Le flambeau de l'anarchie

Le flambeau de l'anarchie

Le flambeau de l'anarchie

 

Un train tous les jours passait dans sa station

Un train de luxe, à la lointaine destination

Il voyait des gens respectés, il pensait, à ces ors, à ces velours

Il pensait au jour maigre du peuple à l'entour

Il pensait au train empli de messieurs

Il pensait au train empli de messieurs

Il pensait au train empli de messieurs

 

Je ne sais ce qui se passa,pour qu'il prit la décision

Peut-être une ancienne rage, de générations sans nom,

Qui hurlaient vengeance, lui creva le cœur

Il oublia la pitié, il perdit sa douceur,

Sa bombe, la machine à vapeur

Sa bombe, la machine à vapeur

Sa bombe, la machine à vapeur

 

Et sur la voie se tenait sa locomotive

Sa machine haletante semblait une chose vivante

On aurait dit un jeune poulain qui à peine libéré

Mordit le rail de ses muscles d'acier

Avec la force aveugle d'un bélier

Avec la force aveugle d'un bélier

Avec la force aveugle d'un bélier

 

Et un jour comme les autres, mais avec plus de rage au corps

Il pensa qu'il devait réparer quelque tort

Il monta sur son monstre qui dormait encore, il chassa sa peur

Et sans qu'il ait pu trop penser, à toute vapeur

Le monstre dévorait la plaine

Le monstre dévorait la plaine

Le monstre dévorait la plaine

 

L'autre train filait inconscient, sans trop s'en faire

Personne n'imaginait d'aller vers la vengeance

À la gare de Bologne, arriva la nouvelle à la vitesse de l'éclair

« Avis de détresse, agissez en urgence

Un fou est lancé contre le train

Un fou est lancé contre le train

Un fou est lancé contre le train

 

Mais entretemps fonce fonce fonce la locomotive

Et siffle sa vapeur, on dirait une force vive

Et aux paysans courbés sur la terre, le sifflet criait dans les airs

Frères ne craignez rien, je cours là-bas faire

Triompher la justice prolétaire

Triompher la justice prolétaire

Triompher la justice prolétaire

 

Et le train fonce, fonce, fonce toujours plus fort

Et fonce, fonce, fonce, fonce vers la mort

Et rien désormais ne peut retenir l'immense force destructrice

Il n'attend plus que le fracas et que s'étende le manteau

De la grande consolatrice

De la grande consolatrice

De la grande consolatrice

 

L'histoire nous conte comment elle finit en épave

La machine déviée sur une voie de garage

Dans un ultime cri d'animal, la machine éructa lapillis et lave

explose contre le ciel, puis la fumée répandit son nuage

On le recueillit qu'il respirait encore

On le recueillit qu'il respirait encore

On le recueillit qu'il respirait encore

 

Mais il nous plaît de le penser encore debout derrière son moteur

Tandis qu'il relance sa machine à vapeur

Et que nous parvienne un jour à nouveau la nouvelle

D'une locomotive , une vraie force rebelle

Lancée comme une bombe contre l’injustice

Lancée comme une bombe contre l’injustice

Lancée comme une bombe contre l’injustice

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