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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 15:04

BOUCHE DE ROSE

Version française – BOUCHE DE ROSE – Marco Valdo M.I. – 2008

Chanson italienne – Bocca di Rosa – Fabrizio De André – 1967

 

 

 

Une remarque d'abord avant d'aller plus loin. Donc, une remarque préliminaire. Je n'ai jamais compris pourquoi les CCG n'ont pas mis Bocca di Rosa parmi les Chansons contre la Guerre, alors qu'il existe par exemple, un « parcours » de la « guerre contre les femmes ». Je dis cela, car j'avais envoyé une traduction de Bocca di Rosa – Bouche de Rose, il y a bien longtemps. Je pense même que c'était la première ou une des premières que j'avais faite. Était-elle si mauvaise ? Je ne sais. D'ailleurs, je la représente aujourd'hui « telle quelle ». J'ai tout juste un peu plus nourri notre conversation.

Je le fais car notre bon Ventu vient d'insérer tout un texte de sa main à propos de Bocca di Rosa

dans les commentaires à une chanson de Brassens [http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=43084#agg123852].

 

Cela dit... Je tiens personnellement Bocca di Rosa pour une des plus belles chansons de Fabrizio De André et aussi, comme l'illustration de sa complicité avec Georges Brassens. Tout comme la Chanson de Marinelle – Canzone di Marinella.

Et je ne comprends pas pourquoi elles sont ainsi ostracisées, renvoyées dans les commentaires à une chanson de tonton Georges qui est tout aussi indirectement qu'elles, une chanson contre la guerre. Il me paraît de toute justice et de toute équité de les replacer comme chansons – canzoni à part entière dans cette formidable chantothèque...

 

Et puis, ce portrait d'une femme libre et légère, libertine (Ah ! Voltaire, Ah ! Diderot!) est un fameux pied de nez à toutes les bien-pensantes, à toutes les mégères, Mysogynie à part [http://lymoc.pagesperso-orange.fr/paroles/map_p.html] à toutes les emmerdeuses et aux emmerderesses itou. Cela dit, je ne leur fais pas la guerre à celles-là, je me contente de les écarter, de les ignorer et tout comme toi, de poursuivre mon chemin. Sauf bien évidemment, si comme pour Margoton, elles s'en prennent à mon chat – là, je leur enverrai mon fantôme pour les persécuter dans toute l'éternité.

 

J'insère donc ici la traduction du texte de Riccardo Venturi : BOCCA DI ROSA
di
Riccardo Venturi(2001)

 

BOUCHE DE ROSE


Riccardo Venturi(2001)

(traduit de l'italien : Bocca di Rosa – Riccardo Venturi 2001 – dans [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=43084#agg123852]]


Peut-être, peut-être celle-ci serait la « bonne page» pour mettre cette vieille histoire, écrite en son temps pour une mailing list. Une « Bocca di Rosa » légèrement adaptée aux «temps nouveaux  », mais il y a quand même un peu de « Marinella », surtout à la fin. Je me rappelle qu'à l'époque, quelqu'un l'avait prise pour une vraie nouvelle ; on voit qu'elle était entièrement plausible. Mala tempora currunt. La « Gazette du Levant » et plus exactement, La Gazette du Levant n'existe pas ; ou mieux, elle existe partout. (rv)

 

Ils l'appelaient Bouche de Rose, qui était – ainsi dit la « La Gazette du Levant » la traduction exacte de son nom en langue yoruba ; Okôbwa Gblé. Débarquée clandestinement sur quelque improbable côte italienne, sortie de quelque camion roumain ou ukrainien, arrivée en avion du Nigeria avec quatre autres filles de même pas vingt ans, avec les billets payés par l'habituel « on ne sait pas qui ».

 

Que leurs avaient-ils dit ? Il suffit de dire peu à une fille qui vit dans une baraque de la périphérie de Lagos ; il suffit une promesse vague, un travail, quelque chose à gagner pour une mère et six frères et sœurs, dont quatre malades du SIDA. Une très belle fille, de celles qui font tourner la tête ; violée à onze ans et demi par un oncle petit « ras » (chef) du bidonville. Il n'y a pas pas de quoi s'étonner ; ça se passe aussi chez nous.

 

Et le travail, elle l'a trouvé, Bouche de Rose; accueillie un métis de ses compatriotes et d'« italiens », elle a été affectée à sa zone. Elle lui plaisait même relativement bien : un quartier de l'extrême périphérie du levant génois, de Sant'Ilario, qui un temps était un village et maintenant se confond avec les autres quartiers peuplés d'autoroutes au cinquième étage des maisons, de viaducs et d'anciens clochers coloriés qui paraissent vraiment des diamants dans le fumier.

 

Sur la nouvelle allée d'accès au quartier, obtenu après tant d'années grâce à la bataille de l'habituel comité civique (présidé par le notaire, chevalier. Tiberio Deogratias, et du principal du collège local - je ne se rappelle pas de son nom, mais qui était connu, assez curieusement, comme « Moustache de Suif »), la fille nigériane Okôbwa Gblé – les accents ne sont pas mis là par hasard ; ils indiquent des « tons » précis de sa langue compliquée - semble avoir obtenu immédiatement un grand « succès ». Ensemble à d'autres compagnes de routes - albanaises, roumaines, sénégalaises – elle arrivait lorsque, d'été, il faisait encore jour. Un travail comme un autre, se disait-elle. Mieux que mourir de faim à la maison. Mieux que mourir du SIDA. Ici, tout au moins, tous sont bien propres et mettent le préservatif. Le « Mal d'Afrique » les blancs l'ont inventé, non ?

 

La « Gazette du Levant», comme tous les journaux locaux de ce monde, accorde beaucoup d'importance aux « faits divers» ; on ne sait peut-être pas ceux qui sont authentiques et ceux inventés de toutes pièces, mais il faut faire bouillir la soupe, et faut aussi survivre à la concurrence impitoyable de GQC (Grand Quotidien Citadin, de tendances philogouvernementales indépendamment du Gouvernement). Il semble donc que, pour passer une demie heure avec Bouche de Rose, ils arrivaient même du centre et même de l'extrême ponant. De Voltri et d'Arenzano, en somme ; et, si vous connaissez Gênes, ça fait une belle trotte. Inutile de dire, ensuite, que la population masculine de Sant'Ilario formait souvent, entre onze heures et minuit, un petit engorgement sur le boulevard. Parfois, il y avait la régulière descente de la Police ou des Carabiniers, et puisque la fille était en attente d'un permis de séjour, un commissaire maigre, qui était connu pour séquestrer des valises de pendentifs, avait émises un permis provisoire. Mais Bouche de Rose, ensuite, devait retourner à son boulevard ; ceux de la bande pas étaient tendres avec celle qui traînait.

 

Cette histoire a une allure singulière ; quelqu'un, qui sait, pourrait un jour nous écrire une chanson dessus (même si, franchement, on ne voit pas actuellement qui pourrait). Sant'Ilario, comme nous avons dit (et comme, d'autre part, particulièrement la « Gazette du Levant») est un village pas fort urbanisé ; le résultat est qu'il vit les problèmes de la grande ville et des périphéries dégradées sans avoir perdu les caractères et les défauts du village. Vu que maris, fiancés et amants de vingt à soixante ans démontraient aimer s'entretenir un peu trop avec cette « sale nègre » (ils e faisaient même depuis longtemps avec d'autres, mais on sent bien que Bouche de Rose devait être légèrement plus belle que la moyenne), les commères étaient compréhensiblement et visiblement préoccupées. « Et s'il me revient à la maison avec le SIDA, ce porc ? » « On devrait les rejeter toutes à la mer ! » « Maudites, qu'elles restent chez elles ! » « Mon mari, je ne le touche même plus avec un doigt ! Il est infecté ! » « Mais comment c'est possible que l'État et la Police ne fassent rien ? »

 

Que rapporta la « Gazette du Levant » ; voici un échantillon des phrases plus fréquentes qui s'entendirent à une assemblée publique enflammée convoquée au cinéma « Odéon » (ou « Métropolitan » ? « Gambrinus » ? Bof.). Il fallait faire quelque chose ; en dehors du cinéma, stationnait une petite foule, convoquée par la section de la Ligue d'Action Populaire (un mouvement qui commençait à avoir quelque succès même à niveau national). Il y avait des écriteaux jaunes avec lettres noires (le jaune et noir sont les « couleurs officielles » du mouvement) ; quelqu'un disait « Dehors Bouche de Rose », ou bien « Bocca de Rosa go home » ; quelqu'un plus audacieux que les autres, mais certain d'interpréter correctement les sentiments de la masse, s'était hasardé à écrire « Dehors la sale nègre de Sant'Ilario ».

 

(Bien entendu, diverses personnes qui manifestaient étaient habituellement vues – entre onze heures et minuit sur le boulevard ; mais sur ce détail, la « Gazette du Levant» glisse légèrement).
Comme dans toutes les assemblées du genre, on n'arrivait cependant pas à une conclusion claire. Elle semblait être l'habituelle manifestation de muscles qui se termine en queue de poisson, lorsque, tout à coup, une vieille du quartier prit la parole. Jamais mariée, sans enfant et – de l 'avis unanime, laide comme la faim [laide comme un pou, dit-on usuellement en français], elle parla peu. Il y en avait qui continuaient à invoquer la Police et l'État ; elle, par contre, dit simplement que « nous devons y penser tout seuls, et d'une manière définitive ». On la laissa partir avec des ovations, comme disait Brassens dans le Mécréant.

 

La nuit d'après – et ici la « Gazette du Levant» se fait vague, parce qu'il y a une enquête en cours et le procureur n'admet pas de fuites – il semble qu'une auto avec à bord trois hommes se soit rendue à l'endroit où Bouche de Rose avait coutume stationner en attente des clients. Enlevée avec la promesse d'une substantielle compensation, la fille nigériane Okôbwa Gblé de 19 ans, une clandestine en attente de régulariser son permis de séjour, est emmenée sur un viaduc de l'autre côté de la ville. Peut-être pressentit-elle quelque chose, peut-être non ; à un certain moment, elle sortit un couteau de cuisine. Il y eut, comme on lit toujours dans la gazette, un « bref corps-à-corps » ; et il était forcé qu'il soit bref. Une fille seule contre trois énergumènes. Elle en a même reconnu un ; c'était celui qui demandait toujours un « pissing ».
Ils la prennent de force. Elle est déjà assommée. Il est quatre heures du matin, il n'y a pas une âme alentour. Quatre-vingt mètres de vol; et personne ne l'a vu voler.

 

L'a trouvée, à sept heures et demi du matin, un garçon qui allait à école ; il a tout raconté la police ; mais à la « Gazette du Levant», il ne voulut rien dire. Vous le comprendrez. Avez-vous jamais vu quelqu'un qui est balancé de la moitié ou du tiers de ces (80) mètres ? Moi oui, au moins une dizaine ; et je vous assure que c'est un spectacle auquel on ne s'habitue jamais. Plus on voit la mort, et moins on s'y habitue.

 

Donc, adieu Bouche de Rose. Quelqu'un t'a fait un enterrement de troisième catégorie, sans vierges aux premiers rangs. Tu as fini dans un cimetière quelconque, avec ton nom et ton âge. Pas de photo. La célèbre « pitié anonyme » de temps en temps dépose une fleur sur ta tombe, qui d'ailleurs se fane rapidement. Tu penses quelle affaire : un chanteur d'ici, tant d'années avant, sur un fait du genre, nous avait vraiment écrit une chanson. À propos d'une qui « s'était envolée au ciel sur une étoile ». Malheureusement, ce chanteur est mort, il y a quelques années ; pour toi aucune chanson, aucune étoile. Tu ne t'es pas envolée au ciel, mais seulement d'un viaduc dans une nuit sans lune.

 

 

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami toujours très porté sur les choses de l'amour, tu vas aimer cette chanson. C'est une chanson d'amour, c'est évident, mais une chanson qui relate un épisode de guerre, tout aussi clair. Elle s'intitule Bouche de Rose.

 

 

Oh, oh !, dit Lucien l'âne en rougissant du bout des lèvres, voilà qui me paraît passionnant et tout à fait dans mes préoccupations, moi qui, comme tu le sais, suis ensorcelé et ne pourrai retrouver mon apparence originelle que si j'arrive à manger certaine rose... Peut-être, vais-je enfin la rencontrer.... Mais que raconte au juste cette chanson et de qui est-elle ?

 

 

Dans l'ordre : c'est une chanson de Fabrizio De André, grand auteur-compositeur-interprète italien... On lui connaît plus d'une centaine de chansons. Il est aussi connu comme celui qui a fait connaître Georges Brassens au public italien. Cette chanson-ci, Bouche de Rose est d'ailleurs à mon sens une chanson qui irait très bien dans l'univers de Tonton Georges. Une sorte de variante de Margoton, mais en plus explicite cependant. Je suis même à peu près sûr de la filiation : on y retrouve les gendarmes, tous les hommes de la commune, les femmes coalisées, jalouses et rancunières contre la jeune et jolie bergère, qui plaît tant aux hommes. C'est quasiment un archétype. D'ailleurs, va lire À l'Est d'Eden du bon Steinbeck... Dans un certain sens, c'est une critique féroce du groupisme, du panurgisme et du « Il faut être comme tout le monde », qui est le fondement de tout fascisme. Car à quoi crois-tu que sert la mode ? Bien sûr, à développer le chiffre d'affaires de commerçants, mais aussi et je pense même surtout à tenir le troupeau.

 

 

Nous les ânes, on n'est pas trop portés sur le troupeau et moi qui te parle, Marco Valdo M.I. mon ami, moi qui te parle, je serais plutôt partisan de la mauvaise herbe.

 

 

Je sais, je sais, je te connais assez, Lucien l'âne mon ami, pour savoir que tu as – comme moi d'ailleurs et tonton Georges et Fabrizio et Riccardo et Bouche de Rose et des millions d'autres (heureusement !) « mauvaise réputation ».

 

 

Comme aurait dit Michel Simon à propos de sa gueule et il en avait une fameuse et laide avec ça : « Mieux vaut avoir mauvaise réputation que pas de réputation du tout ».

 

Donc, je te disais une histoire de guerre, une dénonciation d'une forme de guerre sournoise que les femmes de bien mènent contre les femmes qui répandent le bien. Une guerre féroce, parfois même carrément atroce dans laquelle on retrouve les pires coups tordus, jusque et y compris le meurtre. La femme libre – tout comme l'homme libre, d'ailleurs – est souvent mise au ban, reléguée en quarantaine, écartée, puis, poursuivie, chassée – c'est le cas de Bouche de Rose ou franchement poussée à la mort, c'est le cas de Clara la pazza, celle qui ne pouvait dire que Houhou ! (http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=8853&lang=it).

 

Alors, dit Lucien l'âne, il n'y a pas que les hommes à être d'aussi exécrables tueurs...

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

On l'appelait Bouche de Rose

Elle mettait l'amour au dessus de tout

On l'appelait Bouche de rose

Elle mettait l'amour par dessus tout

Dès son arrivée à la gare

Du village de Saint Hilaire

Tous s'aperçurent d'un regard

Qu'elle n'avait rien d'un missionnaire.

 

Y en a qui font l'amour par ennui

Y en a qui en font une profession

Bouche de Rose ni l'un ni l'autre

Elle le faisait par passion


Mais la passion souvent conduit

À satisfaire ses propres envies

Sans chercher si le bien-aimé

A le cœur libre ou est marié

Il fallut que cela un jour advienne

Bouche de Rose s'attira

La colère funeste des chiennes

Auxquelles elle avait piqué leur plat.


Mais les commères du village

Ne brillaient pas par l'initiative

Leurs répliques à cet outrage

Se limitèrent à l'invective.

 

On sait que les gens donnent de bons conseils

Discourant comme Jésus au Temple,

On sait que les gens donnent de bons conseils

Quand ils ne peuvent donner le mauvais exemple.

Ainsi une vieille jamais mariée

Sans enfant et sans désir,

S'efforça avec plaisir,

De donner à toutes le conseil approprié.

S'adressant à ces cornues, elle dit

Sur un ton sans réplique :

« Le vol d'amour doit être puni

par les autorités publiques ».

Elles s'en allèrent trouver le commandant

Et lui dirent sans barguigner :

« Cette salope a déjà plus de clients

Que tout un supermarché »

 

On envoya quatre gendarmes

Avec leur plumet, avec leur plumet,

On envoya quatre gendarmes

Avec leurs armes et leur plumet.

Le cœur tendre n'est pas du métier

Que pratiquent les carabiniers

Mais cette fois au train

Ils l'emmenèrent sans trop d'entrain

 

Cette nouvelle originale

N'eut besoin d'aucun journal.

Comme une flèche décochée,

Partout, elle s'est envolée.

A la gare, tous étaient là

Du commandant au sacristain

A la gare, tous étaient là

Les yeux rouges, le chapeau à la main.


Pour saluer celle qui

Sans aucune prétention,

Pour saluer celle qui

Importa l'amour dans le canton.

Sur le quai, on voyait une pancarte jaune

Avec un écrit au mitant

Qui disait : « Adieu Bouche de Rose

Avec toi, s'en va le printemps ».

Et à l'arrêt suivant, dans la gare

L'attendaient plus de gens qu'à son départ

Celui-ci lançait un baiser, celui-là une fleur

Ce dernier la réservait pour deux heures.


Jusqu'au curé qui ne déteste pas

Entre un miserere et un Ave-maria

La beauté sans concession

Qui la voulut dans sa procession.

 

On promena l'un menant l'autre, dans tout le pays,

Les deux amours : le sacré et le mécréant.

Bouche de Rose en surplis

Et la Vierge au premier rang.

 

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 13:15

MONTS DE MOLA

Version française – MONT DE MOLA – Marco Valdo M.I. – 2011

d'après la version italienne MONTI DI MOLA (Bielle)

d'une chanson en sarde – gallurais « Monti di Mola » de Fabrizio De André (1990)

 

 

 

 

Monti di Mola : c'est le nom donné anciennement à ce qui s'appelle aujourd'hui en Sardaigne : « Costa Esmeralda ».

 

+++++

 

 

Oh, Marco Valdo M.I., ne crois-tu pas que nos amis des CCG avaient dans l'idée de se moquer un peu de nous... ?

 

 

Cela se pourrait, Lucien l'âne mon ami, et comme toi, je les soupçonne de nous faire une petite blague avec ce mariage manqué... Mais même si de nos jours, les êtres d'un même sexe peuvent se marier les uns avec les autres – du moins dans nos pays par ici... Même si je n'ai strictement rien contre de telles amours, nous, je veux dire toi et moi, ne sommes ni frère, ni sœur... Et même si Tonton Georges chante : « avoir un bon copain, c'est la meilleure chose au monde, oui car un bon copain, c'est bien meilleur qu'une blonde... », nous en restons à nos relations amicales... D'ailleurs, la chose serait sans aucun doute à envisager d'une autre manière si au lieu de te prénommer Lucien et d'en avoir les attributs, je veux dire de grandes oreilles... Je penserais à toi différemment, si (pour en revenir à Tonton Georges) tu te prénommais Fernande ou Félicie, ou Léonore, mais vois-tu, tu te prénommes Lulu...

 

Certes, Marco Valdo M.I. mon ami, mais qu'importe, puisque en tout état de cause, ce serait pareil pour moi, même si tu ne te prénommes pas Lulu... Et n'étant ni blonde, ni ânesse, je garde avec émotion au sein de mon cœur, certaine jeune pucelle grecque qui m'ensorcela et se trompa, malheureusement, d'onguent... Ce qui me fit, je te le rappelle, âne depuis des millénaires. Je cherche toujours les roses qui me permettront de recouvrer mon apparence humaine et de goûter à nouveau à son miel... Car, vois-tu, elle me refuse certaine ivresse tant que je garderai mon grand corps doux. En attendant, je tisse le linceul de ce vieux monde misogyne, coincé, retardataire et cacochyme... dont la disparition est sans aucun doute la rose que je poursuis depuis tant de temps...

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

Sur les Monts de Mola

Un beau matin

Une ânesse au manteau clair paissait

Sur les Monts de Mola

Un beau matin

Un jeune bellâtre brunet

Débroussaillait

Quand leurs yeux se rencontrèrent alors qu'ils buvaient

Mêlée à la bave, l'eau gouttait de leurs museaux

L'ânesse avait les yeux couleur de l'eau

Et lui, le Mistral lui sortait des naseaux

Enchantée, elle brayait hihan, hihan, hihan

Il répondait en prononçant mal hinan, hinan, hinan

Ô ma belle, mon ânesse-lune

Ma belle, mon coussin duveteux

Ô ma belle, blanche fortune

Ô mon beau, tu me brûles les yeux

Mon beau, cortège de baisers

Ô mon beau, tu me couds le cœur

Mon grand amour, mon premier

L'abeille suce le miel de cette liqueur

Amour enfant de toutes les heures

Battant de mousse de ce cœur

Mais en Gallure, rien de rien ne se peut faire

Que l'on ne vienne à savoir dans l'heure

Et là, sur place, une vieille cachée dans le sous-bois

Pleurant et regardant, la bave à la bouche, disait à part soi

Bienheureuse

Maman, quel bel homme

Bienheureuse

Brun et bien jeune

Bienheureuse

Moi, je meurs seule

Bienheureuse

Je m'en rappelle

Bienheureuse

Plus d'une fois

Bienheureuse

Vieillesse de guingois

Mon grand amour, ma douceur

L'abeille suce le miel de cette liqueur

Amour enfant de toutes les heures

Battant de mousse de ce cœur

Le pays entier s'habille pour les épousailles

Même le prêtre enfile sa chasuble.

Mais on n'arrive pas à marier

L'ânesse et l'homme

Car il résulte des papiers

Qu'ils sont frère et sœur en somme

Désespérée, elle brayait hihan, hihan, hihan

Et il répondait en prononçant mal hinan, hinan, hinan.

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 20:59

SINAN CAPUDAN PACHA

 

Version française – SINAN CAPUDAN PACHA – Marco valdo M.I. – 2010

Chanson italienne (en génois) –Sinàn Capudàn Pascià – Fabrizio De André – 1984, d'après la version italienne.

 


Scipion Cicala, en génois
Scipion Çigä(Genova, 1552 – 1605), connu aussi sous le nom de Cığalazade Yusuf Sinan Paşa ou Cağaloğlu Yusuf Sinan Kapudan Paşa était un marin génois d'origine noble qui assuma d'importantes charges militaires et politiques dans l'Empire Ottoman, œuvrant aussi comme corsaire. Pendant quarante jours , du 27 octobre 1596 au 5 décembre 1596, il fut aussi Grand Vizir sous le règne de Mahomet III.

Scipion Cicala était né à Gênes dans une ancienne famille noble en 1552. Selon d'autres sources, il serait né à Messine ou en Calabre toujours d'une famille génoise et son année de naissance devrait se situer en 1545. La Calabre le retrouvera à la tête d'une de ses aventures corsaires.

Son père, le vicomte Cicala (ou Cigala) avait été un corsaire au service de l'Espagne, tandis que sa mère serait une turque monténégrine de Castelnuovo (l'actuelle Herceg Novi). Le vicomte et son fils furent fait prisonniers de la marine ottomane en 1560 ou 1561 durant la bataille de Djerba et ils furent emmenés à Tripoli et ensuite, à Istanboul. Le père put payer la rançon et fut libéré après avoir vécu quelques temps à Beyoğlu (Pera); revenu à Messine, il y mourut en 1564. Scipion, par contre, ne fut pas libéré et fut mis devant l'alternative d'être mis à mort ou d'enter dans le corps des Janissaires (du turc: yeni çeri "nouveau soldat"). Scorpion Cicala n'eut naturellement aucune hésitation : il abjura le christianisme, embrassa l'islam (comme on lui suggérait) et il entra dans le fameux corps militaire ottoman.

 

Après une formation au service de l'Empire, Scipion Cicala fut affecté au Palais Impérial, atteignant rapidement le rang de silahtar. Pendant quelques temps, on répandit le bruit que la rapide promotion du converti italien n'était aps étrangère à son extraordinaire beauté, qui avait frappé l'empereur Soliman le Magnifique (ou Soliman II) ; la chose resta cependant au stade de la rumeur. Il est certain que Soliman l'eut en grâce, lui concédant comme épouses deux de ses nièces (la première en 1573 et la seconde en 1576) ; il jouit d'une grande richesse, d'une charge de prestige et de la protection de la Porte Sublime.

En 1575, il devînt ağades Janissaires, conservant cette charge jusqu'en 1578. Ensuite, il reprit du service actif dans la longue guerre ente l'Empire Ottoman et la Perse (1578-1590). Il fut nommé beylerbey(gouverneur général) de Van en 1583 et, la même année, il assuma le commandement de la grande forteresse stratégique d'Erevan, en Arménie, qui lui apporta la nomination de Vizir. Toujours comme beylerbeyde Van, il joua un rôle de premier plan dans la campagne militaire contre la ville de Tabriz (1585). En 1586, il fut nommé beylerbeydi Bayazıt et combattit avec succès en Perse occidentale , conquérant les villes de Nihavand et Hamadan et les annexant à l'Empire ottoman.

Après la paix de 1590, il fut nommé beylerbeyde Erzürüm. En 1591, il reçut le titre de Kapudan Paşa, Grand Amiral de la Flotte ottomane... Et à ce moment, il ajouta à son titre la dénomination de Sinan, c'est-à-dire « génois ». … En 1595, il fut nommé Quatrième Vizir.

etc.

Il mourut en 1605.

Cağaloğlu, un des noms turcs de Scipion Cicala, est le nom d'un quartier d'Istanboul encore de nos jours.

 

 

 

 

Têtes enturbannées sur la galère

Les sabres reflètent la lune

Où il était, j'ai laissé mon fer

Pour ne pas tenter la fortune

 

Au milieu de la mer, il y a un poisson rond

Qui quand il voit les laides va au fond

Au milieu de la mer, il y a un poisson-ballon

Qui quand il voit les belles vient au balcon.

 

Et au jour de mes dix-neuf ans

Ils m'ont pris mes jambes et mes bras

Depuis lors le tambour chante pour moi

Et le travail me pèse tant.

 

Vogue où doit voguer le prisonnier

Et pousse pousse la rame jusqu'au pied

Vogue tu dois voguer bâfreur

Et tire tire la rame jusqu'à ton cœur.

 

Et voici mon histoire

Je veux te la raconter

Un peu avant que la dame noire

Ne m'écrase au mortier.

 

Voici donc la mémoire

La mémoire de Cicala

Mais dans les livres d'histoire

Sinàn Capudan Pacha.

 

Et sous le timon du grand char

Avec la face dans un bouillon de far (ou épeautre, semen, zea, olyre, blé Emmer.)

Une nuit où le froid te mord

Te mastique, te crache et te remord.

 

Et le Bey assis pense à La Mecque

Et voit les houris sur un haut-fond

Je tourne au sud-ouest le timon

Sauvant sa vie et son chébec

 

Mon amour, mon bel amour

L'infortune est un vautour

Qui tourne autour de la tête des balourds

Mon amour, mon bel amour

L'infortune est une épine

Qui pique les fesses les plus voisines

 

Telle est mon histoire

Je veux te la conter là

Voici donc la mémoire

La mémoire de Cicala

Mais dans les livres d'histoire

Sinàn Capudan Pacha.

Et dis à qui m'appelle renégat

Qu'avec toutes les richesses, l'or et le vermeil

Sinàn a accepté de briller au soleil

Blasphémant Mahomet à la place du Seigneur

 

Au milieu de la mer, il y a un poisson rond

Qui quand il voit les laides plonge tout au fond

Au milieu de la mer, il y a un poisson-ballon

Qui quand il voit les belles se montre en grand seigneur.

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 21:11

 

UN CHIMISTE

 

Version française – UN CHIMISTE – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Un Chimico – Fabrizio De André – 1971

 

Seule la mort m’a emmené dans la colline

Un corps parmi tant d'autres qui rend le phosphore à l'air

Par des feux de bivouac qu'on dit follets

Qui ne laissent pas de cendres et ne fondent pas le givre.

La mort seule m'a porté dans la colline.

 

Comme chimiste, un jour, j'eus le pouvoir

De marier les éléments et les faire interagir,

Mais les hommes, jamais je ne réussis à percevoir

Pourquoi ils se combinaient au travers de l'amour

Confiant à un jeu, la joie et la douleur.

 

Regardez le sourire, regardez la couleur

Qui jouent sur le visage de celui qui cherche l'amour ;

Le même sourire, la même couleur

Où sont-ils sur le visage de celui qui a connu l’amour ?

Où sont-ils sur le visage de celui qui a connu l’amour ?

 

Il est étrange de s'en aller sans souffrir

Sans un vœu de femme en souvenir obligé

Mais votre mort sera peut-être différente

Vous qui sortez de l'amour, qui cédez à l'avril

Qu'y a-t-il de différent dans votre mort.

 

Printemps, tu ne frappes pas, tu entres sûr de toi

Comme la fumée pénètre par toute fissure

Tu as les lèvres de chair et des cheveux de blé

Quelle peur, quel vouloir te prend par la main,

Quel peur, quel vouloir t'emporte au loin.

 

Regardez l’hydrogène se tait dans la mer

Regardez l’oxygène dormir à son côté ;

Seule une loi que j'arrive à comprendre

A pu les marier sans les faire exploser.

Seule la loi que j'arrive à comprendre.

 

Je fus chimiste et, non, je n'ai pas voulu me marier

Je ne savais pas avec qui et qui j'aurais engendré.

Je suis mort dans une expérience manquée

Comme le font les idiots qui meurent d'amour.

Et il y a aura bien quelqu'un pour dire que c'est mieux.

 

 

Trainor, the Druggist

From the Anthology of Spoon River of Edgar Lee Masters

 

 

Only the chemist can tell, and not always the chemist,
What will result from compounding
Fluids or solids.
And who can tell
How men and women will interact
On each other, or what children will result?
There were Benjamin Pantier and his wife,
Good in themselves, but evil toward each other;
He oxygen, she hydrogen,
Their son, a devastating fire.
I Trainor, the druggist, a miser of chemicals,
Killed while making an experiment,
Lived unwedded.

 

TRAINOR, LE DROGUISTE

Version française de Trainor, the druggist

Poème de Edgar Lee Master
Anthologie de Spoon River.

 

Seul un chimiste peut dire, et pas toujours, même le chimiste,

Ce qui sortira de la combinaison

de fluides et de solides.

Et qui peut dire comment les hommes et les femmes interagissent

Les uns avec les autres, ou quelle sorte d'enfants il y aura ?

Il y avait Walter Pantier et sa femme

Bons en eux-mêmes, mais des diables l'un contre l'autre;

Lui oxygène, elle hydrogène

Leur fils, un feu dévastateur.

Moi, Trainor, pharmacien, avare de produits,

Tué en faisant une expérience,

Je vécus sans me marier.

 

 

Trainor, il farmacista

La versione italiana di Fernanda Pivano della poesia di Edgar Lee Masters



Soltanto un chimico può dire, e non sempre,
che cosa uscirà dalla combinazione
di fluidi o di solidi.
E chi può dire
come uomini e donne reagiranno
fra loro, e quali bambini nasceranno?
C'erano Benjamin Pantier e sua moglie,
buoni in se stessi, ma cattivi l'un l'altro:
ossigeno lui, lei idrogeno,
il figlio un fuoco devastatore.
Io, Trainor, il farmacista, mescolatore di elementi chimici,
morto mentre facevo un esperimento,
vissi senza sposarmi

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 20:56

 

UN BLASPHÉMATEUR

(derrière chaque blasphème, il y a un jardin enchanté)

Version française - UN BLASPHÉMATEUR (derrière chaque blasphème, il y a un jardin enchanté) – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Un Balsfemo (dietro ogni blasfemo c’è un giardino incantato) – Fabrizio de André – 1971


Cette chanson du grand Fabrizio De André parle d'un blasphémateur, une personne convaincue que Dieu, s'il existe, non seulement n'est pas bon comme on croit communément, mais, au contraire, il s'est comporté de manière inique et mauvaise contre l'être humain, sa créature : il l'a en fait condamné à vivre dans l'inconscience (« comme un idiot ») en le privant de la connaissance du bien et du mal; s'apercevant ensuite que l'homme avait mangé justement le fruit de l'arbre de la connaissance, préoccupé de ce qu'il avait inventé le Temps (les saisons) et la Mort pour le limiter. Les hommes qui pensaient et soutenaient de telles choses n'avaient pas une vie facile... Le blasphémateur meurt en fait sous les coups de deux gardiens – dans l’original de Edgar Lee Masters, il y avait un seul gardien (un infirmier traduit Pivano), mais la substance ne change pas – dans l'asile où il était interné.



Plus jamais je ne m'inclinai, même sur une fleur

Je ne rougis plus à voler l'amour

Dès le moment où l'Hiver me convainquit que Dieu

N'aurait pas rougi de me voler le mien.

Ils m'arrêtèrent un jour à cause des femmes et du vin,

Ils n'avaient pas de loi pour punir un blasphémateur,

Ce n'est pas la Mort qui me tua, mais deux gardiens bigots

M'arrachèrent l'âme à force de coups.

 

Car je dis que Dieu embrouilla le premier homme,

Le contraint à mener une vie d'idiot,

Dans le jardin enchanté il le contraint à rêver,

à ignorer que dans le monde, il y a le bien, il y a le mal.

Quand il vit que l'homme allongeait la main

Pour lui voler le mystère d'une pomme interdit

Par peur que désormais il n'eut plus de maîtres

Il l'arrêta par la mort, il inventa les saisons.

 

Et s'il y eut deux gardiens pour lui stopper la vie,

C'est justement ici sur terre, la pomme interdite,

Quelqu'un ici pour nous l'a inventée, et pas Dieu

Elle nous contraint à songer à un jardin enchanté,

Elle nous contraint à songer à un jardin enchanté.

 

 


 

WENDELL P. BLOYD
Poème de Edgar Lee Masters

 

Version française - WENDELL P. BLOYD – Marco Valdo M.I. – 2010

 

 

Ils me traitèrent d'abord de délinquant

Ils n'avaient pas de loi contre le blasphème.

Plus tard, ils m'internèrent comme insensé.

Là, je fus battu à mort par un gardien catholique

Mon crime était le suivant :

Je disais que Dieu mentait à Adam et le destina

À une vie de fou.

En ignorant que le mal était dans le monde autant que le bien.

Et quand Adam couillonna Dieu en mangeant la pomme

Et vit clair dans son mensonge,

Dieu le vira de l’Éden pour l'empêcher de cueillir

le fruit de l'immortalité.

Par le Christ, gens sensibles,

Voici ce que dit Dieu lui-même à ce propos dans le livre de la Genèse :

« Et le Seigneur Dieu dit ; voyez l'homme

Est devenu un d'entre nous. » (Un peu d'envie, voyez-vous)

« Pour connaître le bien et le mal » (le mensonge du « Tout le monde il est bon » exposé au jour )

« Et maintenant de peur qu'il avance sa main et prenne

Aussi le fruit de l'arbre de la vie et mange et vive pour toujours.

Voilà pourquoi le Seigneur Dieu le chassa du jardin d’Éden »

(la raison pour laquelle Dieu crucifia Son Propre Fils

Est je crois de rejeter ce maudit pastis car il Lui ressemble trop.)

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 20:51

 

UN JUGE

 

Version française - UN JUGE – Marco Valdo M.I. a – 2010

Chanson italienne – Un Giudice - Fabrizio De André – 1976

 

 

 

À un moment donné, les auteurs de chansons, les poètes eux-mêmes, du moins certains d'entre eux à l'esprit un peu systématique en viennent à vouloir passer à un travail plus ample, à une création multiple et à développer – tels des musiciens – un thème en plusieurs œuvres qu'il relie. Ce fut le cas d'Edgar Lee Masters avec son « anthologie », ce qui exprime clairement le but, l'objectif du poète. Je m’explique : anthologie est un mot d'origine grecque dont le sens est des plus éclairants, puisqu'il dit tout simplement : anthos - fleur et legein – lier, rassembler... en franco-latin : florilège. Somme toute, un bouquet, un bouquet de poésies, que peut-il y avoir de mieux ? Il rassembla tout le village sous la colline; cela donna l'anthologie de Spoon River.

 

Moi, dit Lucien l'âne en grattant son sabot sur un caillou plus rugueux, moi, dit Lucien l'âne, je la connais cette colline comme bien d'autres semblables. C'est un lieu où les humains ont pris l'habitude de poursuivre leur vie éternelle.

Donc, vois-bien la chose Lucien l'âne mon ami, Fabrizio De André qui passait par là – du côté de Spoon River, y a trouvé matière à chansons, à un florilège... Il fit donc une série de chansons à partir des poèmes d'Edgar Lee Masters et traça ainsi à son tour une sorte d'anthologie. Ce qui est en jeu, c'est précisément ce souhait, cette volonté, cette œuvre liée. Alors que L'Odyssée ou la Chanson de Roland sont des chansons et elles ont de l'ampleur, la chanson, vois-tu Lucien l'âne mon ami, a vu ses particularités progressivement et fortement perturbées par l'évolution désastreuse de la radio, du disque... et bien évidemment, du commerce qui s'ensuivit ou qui en fut le moteur. Pauvre chanson : on l'a raccourcie, on l'a fait naine. On l'a en quelque sorte châtrée. En fait, la chanson et avec elle la poésie, ont subi le même destin que la peinture quand au cours des ans et des siècles, cette belle représentation en pleine lumière, largement établée sur les murs... fut réduite, mise en prison dans le cadre de plus en plus restreint de l'habitat privé, fermé. C'est tout le phénomène de la « privatisation »... Détestable manie ! On a ainsi atrophié, puis étouffé carrément la peinture, on lui a enlevé ses couleurs, ses formes tumultueuses, ses grandes respirations, pour finir par la mécaniser, par l'automatiser, au travers de l'appareillage photographique. Depuis, la photo s'est libérée, la créature a échappé à son destin réducteur... La liberté, le besoin d'espace finit toujours par trouver sa voie.

 

Si je te suis bien, dit Lucien l'âne en souriant, tu vas ainsi doucement vers une conception de la chanson multiple, de la chanson comme une œuvre intégrant un monde complexe, de la chanson élément d'une plus grande chanson, englobant plusieurs, voire un grand nombre de chansons qui entretiendraient entre elles des liens de parenté, de familiarité de sorte à reconstituer un monde entre elles. À retrouver le temps de raconter, le temps du conteur qui prend ses aises, qui prend les aises de la vie... Passant, sembles-tu me dire, arrête-toi, prends le temps de t'arrêter, laisse courir le temps, tu le rattraperas toujours assez tôt et écoute ma chanson.

 

Oui, c'est exactement ça. Le temps du conte ne peut être compté; que ce soit le temps du conteur ou le temps du vent.... C'est un temps entre parenthèses... mais, sais-tu Lucien l'âne mon ami, ce que signifie cette parenthèse, ces parenthèses auxquelles je te convie, à la manière de Sterne... Ces parenthèses sont des excursions en dehors de la route droite, de la route efficace et rectiligne, de cet autoroute qui conduit si vite à la mort. Prendre le temps du conte, c'est en fin de conte, suivre sa ligne de vie, laquelle par essence, est sinueuse et imprévisible.

 

Je vois bien ce que tu me dis. Prendre le temps du conte, c'est échapper à la logique de la rentabilité, c'est sortir du carcan de l'argent et de la misère mentale imposée par les riches dans la guerre de Cent Mille Ans. Car, vois-tu Marco Valdo M.I. mon ami, je crois bien que les riches ne supportent pas l'idée qu'on puisse vivre la pauvreté comme l'état idéal pour une plénitude du monde. Dès lors, étendre la chanson, prendre le temps du conte, c'est comme tisser le linceul de ce vieux monde pressé, stressé, ennuyeux et cacochyme. C'est à mon sens aussi, le sens profond des Canzoni Contro la Guerra (de Cent Mille Ans que le riches mènent contre les pauvres afin de les dominer, de les réduite en esclavage, de leur prendre leur temps....)

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Ce que veut dire avoir

Un mètre cinquante de taille

Ce sont les yeux qui vous le révèlent

Et les réflexions des gens

Ou la curiosité

D'une fille irrévérencieuse

Qui s'approche seulement

En raison d'un doute impertinent

Elle veut découvrir si c'est vrai

Ce qu'on dit des nains

Qu'ils sont fourni de la vertu

La moins apparente

Entre toutes les vertus

La plus indécente.

 

Passent les ans, passent les mois,

Et si on compte aussi les minutes,

Il est triste de se retrouver adultes

sans avoir grandi;

La médisance insiste

Elle bat sa langue sur un tambour,

jusqu'à dire qu'un nain

Est une charogne pour sûr

Car il a le cœur trop

Trop proche du trou de son cul.

 

Et alors, ma taille

Ne dispensa plus la bonne humeur

À celui qui debout à la barre

Me disait : « Votre Honneur »,

Et de le confier au bourreau

Fut pour moi un vrai plaisir

Avant de m'agenouiller

À l'heure de l’adieu

En ne connaissant pas du tout

La taille de Dieu.

 

LE JUGE SELAH LIVELY

 

Version française – LE JUGE SELAH LIVELY – Marco Valdo M.I. – 2010

Poème – « Judge Selah Lively »

de Edgar Lee Masters

tiré de l'Anthologie de Spoon River

 

Supposez que vous ayez tout juste cinq pieds deux pouces

Et que vous ayez commencé comme employé à l'épicerie

Étudiant le droit à la chandelle

Jusqu'à devenir un juge.

Et supposez que par votre vigilance

Et votre assidue présence à l'église

Vous deveniez juge au Tribunal Collectionnant les documents et les hypothèques

Et représentant toutes les veuves

Face à la Cour des Successions et des Tutelles.

Et que malgré tout

Ils se moquent de votre taille

Et rient de vos habits de vos chaussures vernies
Et alors supposez

Que vous deveniez Juge du Comté

Et que Jefferson Howard et Kinsey Keene,
Et Harmon Whitney, et tous les géants

Qui ont ricané de vous, soient forcés de se tenir

devant vous au bar et dire : « Votre Honneur »...

Eh bien, ne pensez-vous pas qu'il

soit naturel

Que je le leur fasse durement sentir ?

 

 

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 20:18

 

UN MÉDECIN

Version française - UN MÉDECIN – Marco valdo M.I. a – 2010

Chanson italienne – Un Medico – Fabrizio De André

Salut, salve, salut à toi, ô Lucien l'âne, mon ami venu de la nuit des temps, du fond de cette civilisation anhistorique où l'âne vit en frère avec le paysan. J'ai l'immense plaisir de te faire entendre une chanson de Fabrizio De André, une chanson qui raconte une histoire qui doit t'être bien familière, toi qui côtoya à Gagliano le docteur Levi, les somari et la mule de l'archiprêtre.

 

Salve et vale, Marco Valdo M.I. mon ami, je me souviens très bien des argiles de Lucanie, des crépuscules rouges, des vents d'hiver et de la sorcière. Je me souviens très bien de ces enfants que peignait le peintre turinois confiné en haut de ces collines frileuses.

 

Je te disais que la chanson de De André te rappellera ce temps-là, mais elle ne raconte pas directement l'histoire du « Cristò si è fermato a Eboli » (Le Christ s'est arrêté à Eboli), même si elle porte en substance le même argument. Je m'explique. Tu te souviendras que Carlo Levi était médecin et peut-être même, médecin malgré lui, même s'il avait une sœur qui fut une grande psychiatre, même s'il eut pu devenir un grand praticien lui aussi... Il en avait et l'envergure et les connaissances. Mais voilà, il choisit d'être peintre et fut ensuite, mais ensuite seulement, écrivain.

 

Oui, tout cela, je le sais. Je sais aussi qu'on l'envoya – pour cause de résistance au régime – après un séjour en prison à Turin et à Rome en confinement en Lucanie. Mais quel rapport avec la chanson ?

 

Tout simplement ceci, Lucien l'âne mon ami, que dès que les paysans, les contadini, les braccianti et les somari surent que Carlo Levi était médecin, ils vinrent requérir son aide pour sauver un des leurs qui était mourant, pour soigner leurs femmes et leurs enfants... Dottore, dottore... Et Levi, bien malgré lui, se mit à soigner, se mit à faire le docteur. Mais les autres docteurs de la commune privés de leurs malades, de leurs patients, accumulèrent la rancune rapidement, puis un jour, ivres de colère, ils s'armèrent de leurs relations et par le préfet fasciste firent interdire à Carlo Levi d'encore soigner la population. Faut dire, faut dire qu'il soignait gratuitement... Et voilà, le voilà le lien avec la chanson de De André. Soigner gratuitement ses « frères humains... ». La médecine tarifée n'aime pas ça et la société établie non plus, d'ailleurs.

 

Et pourquoi ?, dit Lucien l'âne. En quoi ça les dérange?

 

Vois-tu, Lucien l'âne mon ami, au pays des hommes, tout doit être tarifé, tout doit être payant... De façon à assurer la richesse aux riches et à écraser les pauvres. C'est tout simplement la règle de base du système d'exploitation des pauvres par les riches. Dans le réel, la richesse n'existe pas. C'est une invention des riches, destinée à casser le mécanisme fondamental de l'humanité qui est la solidarité entre les gens et même, rassure-toi avec les animaux. On est tous, somme toute, sur le même vaisseau appelé Terre. « Terre, terre, oui, c'est toi, terre, terre, qui donne la joie... ». Une vision futuriste en quelque sorte. Dans notre temps, c'est plutôt la Guerre de Cent Mille Ans des riches contre les pauvres pour asseoir et développer leurs richesses, leurs dominations, leurs privilèges et leurs pouvoirs. Imagine, si le médecin soigne gratuitement, pourquoi l'hôpital ne serait pas gratuit, ou la nourriture elle-même, ou l'enseignement, ou le chauffage, le transport... Tout, quoi. Tout deviendrait gratuit... C'est le grand combat de notre temps, de tous les temps... Faire disparaître la richesse et les riches pour que tous les êtres soient heureux et égaux... autant que faire se peut. Mais voilà, vu du côté de ceux qui aiment être plus que les autres, ceux qui vivent d'arrogance et d'avidité, la question se poserait : comment être riche dans un monde où tout est gratuit... et dès lors, être plus que les autres ? Ce serait impossible et leurs égos, leurs égos, les pauvres, ils en souffriraient tellement. C'est bien là le hic, c'est bien là le nœud de la Guerre de Cent Mille Ans. Tout le gratuit doit disparaître, même dans la relation entre les êtres, même dans l'amour... Tout doit devenir payant. Et c'est le sens de l'antienne ecclésiale : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front »... C'est ce qu'on dit aux paysans, pas aux riches bien sûr, pour eux, c'est « Tu gagneras ton pain à la sueur du front des autres. » D'ailleurs, dans la chanson de Fabrizio de André, tu verras la vendetta que les riches exercent sur le médecin qui soigne gratuitement, et sur sa famille, sur sa femme et ses enfants... Ils finissent même par le faire enfermer. D'ailleurs, chez nous aussi, dans ma ville hier encore, aujourd'hui toujours, l'establishment, les riches font la guerre aux médecins du peuple, qui soignent gracieusement.

 

Raison de plus, dit Lucien l'âne en se dressant de tout son poil noir et luisant comme la plume de la corneille, raison de plus pour tisser, encore et toujours le linceul de ce monde décidément vieux, sordide et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Maroc Valdo M.I. et Lucien l'âne.

 

 

 

Enfant , je voulais guérir les cerises déjà

Quand fruits rouges, je les croyais blessées

La santé, pour moi, les avait laissées

Quand leurs fleurs de neige étaient tombées à bas.

 

Un rêve, ce fut un rêve mais il dura peu

Je jurai pour cela d'être docteur

Et non pour un dieu, même pas par jeu

Pour que les cerises revinssent en fleurs

Pour que les cerises revinssent en fleurs.

 

Et quand je fus docteur, finalement

Je ne voulus pas que l'homme trahisse le garçon

Et il en vint tellement qui se disaient des gens

De ces cerises malades à chaque saison.

 

Et mes collègues d'accord, mes collègues contents

À voir en mon cœur tant d'envie d'aimer

Les meilleurs de leur clients m'ont expédiés

Avec le diagnostic sur le visage de tous ces gens

Malade de faim, incapable de payer.


Et alors je compris, je fus contraint d'accepter

Que faire le docteur est seulement un métier

Qu'on ne peut offrir la science aux gens qui vont mal

Si on ne veut pas souffrir du même mal

Si tu ne veux pas que le système ne te mette à mal.

 

Et c'est sûr, le système de la faim te frappera

Dans tes enfants, dans ta femme qui alors te méprisera

Et ces fleurs de neige dans la bouteille, il enfermera

Élixir de jeunesse., l'étiquette ainsi dira.

 

Et un juge, un juge à tête d'homme m'envoya

En prison, effeuiller la tramontane et moi

Inutile au monde et à mes doigts

Marqué pour toujours escroc emberlificoteur

Docteur professeur escroc mystificateur.

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 10:19

 

DES MONTS DE MA SAVOIE

 

 

Version française – DES MONTS DE MA SAVOIE – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Dei monti della Savoia – Fabrizio De André

 

Avec cette chanson DES MONTS DE MA SAVOIE (fin des années 50), Fabrizio De André retrouve les accents des chansons populaires... En tous cas, elle raconte l'histoire d'un montagnard, un Savoyard, comme il y en eut des milliers et des milliers, contraint de quitter ses montagnes pour le monde des plaines... L'exil savoyard, l'exil des pays de montagne est toujours très important... les gens s'en vont encore dans les villes. Ce n'est pas qu'ils aiment çà, mais la montagne est rude et rugueuse... et elle ne peut entretenir tant de gens et y rester demande une aptitude à la solitude et à la sérénité ; à la lenteur aussi...

 

Oh, dit Lucien l'âne, cette chanson me va droit au cœur, moi qui comme la plupart des ânes, suis un montagnard exilé dans le monde des gens de plaine. Et je la connais, je l'ai beaucoup parcourue de ce petit pas que tu connais bien et qui nous mène partout, nous les ânes.

 

 

Cette Savoie, cette région qui fut une partie centrale de la Lotharingie, qui fut, avant d'être écrasée entre les nationalismes, il y a plus de mille ans, notre grand pays qui allait de la Frise en passant par le Rhijnmond (Bouches du Rhin), la Wallonie, la Bourgogne, Lyon, les Bouches-du-Rhône, la Corse, la Toscane, jusqu'à Rome, cette Savoie à cheval maintenant sur trois pays, est un lieu où chante le vent... Les pays vont et viennent, les frontières ne résistent pas au vent... Elles n'ont d'ailleurs qu'un sens très relatif et éphémère... Le vent nous dit qu'en fait, on est tous enfants de la même terre et qu'avec un peu de souffle on peut porter nos voix, on peut aussi recevoir des voix de partout. Les vents passent, les générations passent, les États passent... Seul reste le temps qui accueille de façon égale chacun et tous les autres en son cours obstiné et contraire aux ambitions absurdes qu'ont certains de vouloir figer les choses, les gens et les frontières.

 

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, comme le vent de cet organino me creuse l'âme d'une nostalgie éperdue... Je me demande, s'il n'est pas, en quelque manière, l'ancêtre ou le cousin de ce bandonéon qui me chavire tout autant.

 

Au fait, Lucien l'âne mon ami, tu connais certainement les noms des vents...

 

Il y en a tellement... Tu veux vraiment que je te les raconte... Ici et maintenant...

 

Non, je te le demande seulement comme çà.... Car je voudrais bien en faire une chanson...

 

J'aimerais aussi, car le vent est comme l' âne... Il s'en va partout.

 

Pour en revenir à l'exil savoyard, c'est véritablement un désert qui se crée dans certaines zones de montagne..., et pas seulement en Savoie d'ailleurs. On y accède difficilement, on y tient difficilement dans ces pays où les enfants de Valdo, qui créa la Fraternité des Pauvres, durent se réfugier à force de reculer devant les forces répressives et mortifères de la catholicité. Tel est aussi un de ces épisodes de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches (et ceux qui les exaltent et les défendent) mènent contre les pauvres tout au travers de l'histoire universelle afin d'accroître leurs pouvoirs, leurs privilèges et leurs richesses.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Du jour où je laissai en pleurant

Dernier adieu, les monts de ma Savoie

Il n'y a plus de joie

Il n'y a plus de joie

Dans mon cœur

Dans mon cœur

Fidèle compagnon de mon errance

Par vaux et monts au milieu de gens étranges

Seul, seul

Cet organino

Cet organino

Me donnait le pain

Dans le sein creux de mon instrument

Enfermées au secret il y a deux chansons

L'une est sauvage

Comme le vent

Comme le vent

De mes abîmes

 


L'autre chanson murmure

Emplie de joies occultes et d'occultes dyspnées

Elle ressemble au chant

De ma Lena

De ma Lena

Morte à vingt ans

 

Nananaina...

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 23:58

LA MORT

 

Version française - LA MORT – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – La Morte – Fabrizio De André (Musique de Georges Brassens) – 1967

 

Pour cette chanson, un classique de De André, il choisit d'utiliser la musique écrite par Georges Brassens pour Le verger du Roi Louisde Théodore de Banville, en y proposant un texte tout-à-fait original. Dans le texte, il est possible de pressentir une influence de Verrà la morte e avrà i tuoi occhide Cesare Pavese.

 

 

Pour cette chanson, un classique de De André, il choisit d'utiliser la musique écrite par Georges Brassens pour Le Verger du Roi Louis de Théodore de Banville, en y proposant un texte tout-à-fait original. Dans le texte, il est possible de pressentir une influence de Verrà la morte e avrà i tuoi occhi de Cesare Pavese.

 

 

Comme tu le verras, mon ami Lucien l'âne, pour cette chanson aussi Riccardo Venturi a proposé une « réécriture », une « réinterprétation »... C'était une excellente idée et elle nous – en vérité, elle me laissait l'opportunité d'en proposer une autre version, plus proche de la chanson de De André. Comme tu le verras, on se trouve toujours devant les mêmes dilemmes : du littéral à l'évocation lointaine... entre les deux, mille façons s'offrent à l'envi. Cela dit, cette chanson sur la mort rejoint toutes celles dont Brassens parsema son répertoire : depuis Oncle Archibald aux Funérailles d'antan en passant par Le Testament, Le Codicille, le Fossoyeur et le Vieux Léon... On ne saurait les citer toutes ici...

 

Je te crois..., dit Lucien l'âne en hochant son grand front d'âne stirnérien.

 

Donc, ici, j'ai essayé de rester au plus près du texte de Fabrizio De André, tout en tentant une versification assez serrée pour rendre à mon tour un petit hommage latéral au grand Théodore de Banville, lequel est bien oublié de ces temps-ci où l'on marmonne à peu près n'importe quoi, n’importe comment du moment où l'allitération s'en va vaguer vaguement de vagissements et vagissements telles des vagues molles divaguant aux rives d'un étang moussu, du moment où elle s'en vient frapper les oreilles qui n'en peuvent, mais... Cela dit, voici juste un souvenir de Paul Verlaine et de son Art Poétique – dont Léo Ferré fit une des plus merveilleuses chansons qui soit (comme d'habitude, je cite de mémoire): « Mais qui dira les torts de la rime / quel enfant sourd ou quel nègre fou / nous a forgé ce bijou d'un sou / qui sonne creux et faux sous la lime... »

Et puis, tant qu'à faire, le voici tout entier cet Art Poétique :

 

« De la musique avant toute chose,

Et pour cela préfère l'Impair

Plus vague et plus soluble dans l'air,

Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

 

Il faut aussi que tu n'ailles point

Choisir tes mots sans quelque méprise

Rien de plus cher que la chanson grise

Où l'Indécis au Précis se joint.

 

C'est des beaux yeux derrière des voiles

C'est le grand jour tremblant de midi,

C'est par un ciel d'automne attiédi

Le bleu fouillis des claires étoiles!

 

Car nous voulons la Nuance encor,

Pas la Couleur, rien que la nuance!

Oh! la nuance seule fiance

Le rêve au rêve et la flûte au cor !

 

Fuis du plus loin la Pointe assassine,

L'Esprit cruel et le Rire impur,

Qui font pleurer les yeux de l'Azur

Et tout cet ail de basse cuisine !

 

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !

Tu feras bien, en train d'énergie,

De rendre un peu la Rime assagie.

Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

 

Ô qui dira les torts de la Rime ?

Quel enfant sourd ou quel nègre fou

Nous a forgé ce bijou d'un sou

Qui sonne creux et faux sous la lime ?

 

De la musique encore et toujours !

Que ton vers soit la chose envolée

Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée

Vers d'autres cieux à d'autres amours.

 

Que ton vers soit la bonne aventure

Eparse au vent crispé du matin

Qui va fleurant la menthe et le thym...

Et tout le reste est littérature. »

 

 

Oh oui, dit Lucien l'âne en tendant ses oreilles comme de noirs héliotropes au cœur de l'été, c'est une bonne idée de me le déclamer ainsi tout entier... je le connais bien cet Art-là, mais j'aime aussi le retrouver qui sonne à mes oreilles d'âne.

 

Quant à la Camarde, nous l'attendons de pied ferme... et elle sera, à son heure, la bienvenue pour mettre un point final à cette belle aventure de la vie. En attendant Sauve qui peut, le vin et le pastis d'abord !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Ta mort à l'improviste viendra

Tes yeux et tes lèvres, elle prendra

Elle te couvrira d'un voile blanc

Et s'endormira à ton flanc.

 

À la bataille, pendant ton sommeil, dans ton congé

Elle viendra sans s'annoncer

La mort va et vient sans détour

Elle ne sonne ni du cor, ni du tambour

 

Madone qui dans les sources magiques

Raffermit tes membres magnifiques

Tu ne verras pas quand ta mort viendra

Elle prendra ton sein et tes bras.

 

Prélats, notables et marquis

Sur le seuil pleurez bien fort;

Celui qui mène bien sa vie,

Supportera mal sa mort.

 

Loqueteux qui sans honte

Portez le cilice ou la honte

Vous en aller ne fut pas un effort,

Car toujours vous fut amie la mort.

 

Guerrier qui au bout de ta lance

Du sol d'Orient à la France

Mena les massacres à grand bruit
Et sema le deuil et le pleur parmi tant d'ennemis

 

Face à une ennemie si fatale

Ni courage ni force ne valent

Il ne sert à rien de la frapper au cœur

Car la mort jamais ne meurt.

 

Il ne sert à rien de la frapper au cœur

Car la mort jamais ne meurt.

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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 16:08

 

Voici l'histoire réelle de la belle Marinelle

Qui bascula dans le fleuve au printemps

Le vent qui la vit si belle à l'instant

Du fleuve l'emporta dans le ciel.

 

Tu vivais seule sans la moindre douleur

Sans rêve d'amour dans ton cœur
Mais un roi sans couronne et sans escorte

Frappa trois fois à ta porte

 

Blanc comme le jour

Rouge comme l'amour

Tu le suivis sans réfléchir

Comme un enfant suit son désir

 

Il y avait le soleil, tu avais de beaux yeux
Il te baisa les lèvres, il te baisa les cheveux

Il y avait la lune et tes joues blanches

Il posa la main sur tes hanches

 

Vinrent les baisers, vinrent les sourires

Puis les fleurs de lys s'ouvrirent.

Et les yeux des étoiles virent

Sous ses baisers, ta peau frémir.

 

Ils disent qu'en retournant

Tu tombas dans le fleuve, on ne sait comment.

Et lui qui ne voulut pas te croire morte

Frappa cent ans encore à ta porte.

 

Voilà l'histoire de Marinelle

Sur une étoile, partie dans le ciel

Et comme toutes les belles choses

Tu vécus un seul jour, comme les roses.

Et comme toutes les belles choses

Tu vécus un seul jour, comme les roses.

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