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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 19:18

L'INTIMITÉ

 

Version française – L'INTIMITÉ – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne – L'intimità - Marco Rovelli

 

Texte de Erri De Luca et Marco Rovelli
Musique de Marco Rovelli

 

 

L'intimité est le résultat de la réécriture d'un texte qu'Erri De Luca avait écrit pour moi il y a quelques années pour être mis en musique ; la chanson s'intitulait « Il maggio di Belgrado » (Le Mai de Belgrade) et racontait la communauté des Belgradois sous les bombardements de l'OTAN en 1999.

« Quand s'accroît le péril, croît aussi ce qui sauve » chante la ritournelle, qui est un vers d'Hölderlin, traduit par Erri. Je me suis demandé quel avait été mon moment de risque maximum et de fuite.. Et je me suis répondu : Gênes 2001, les jours de juillet.

Comme il était naturel de le faire, pour Erri aussi, il a écrit longuement.

L'intimité, ou les corps dans la rue, exposés au risque et à la fuite.

 

 

Au mois de juillet de l'année dernière

Dans les rues devant la mer, les corps étaient en alerte

En file de la mer, on voyait monter les âmes noires

Les yeux tombaient du ciel

Les fumées asséchaient le chemin

Mais ces grands cris n'effaçaient pas une intimité.

 

Quand s'accroît le péril, croît aussi ce qui sauve

Quand s'accroît le péril, croît aussi tout ce qui sauve

Parmi ceux qui servent les âmes viles, il en est toujours qui déserte

Quand s'accroît le péril, croît aussi tout ce qui sauve

 

Ainsi écrivait un poète qui n'était pas à Gênes

Au mois de juillet de l'année passée

Il était mort depuis un siècle et demi

Mais était avec nous dans la tempête.

 

Et je me suis sauvé avec l'antiaérienne des poètes

Et nous nous sommes sauvés avec l'antiaérienne des poètes

Et je me suis sauvé avec le regard tendu des poètes

Et nous nous sommes sauvés avec le regard tendu des poètes

 

Les poètes chantent l'oubli

Ils chantent le sang, ils chantent l'errance

Ils chantent les poètes et ils n'ont pas de mémoire

D'une quelconque utilité et du mal de l'histoire.

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Marco Valdo M.I. - dans Erri de Luca
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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 20:19

 

 

 

 

 

 

 

 

LE PROPRIÉTAIRE DES CHAUSSURES POINTURE 43 EN TRAIN DE REGARDER LES SANDALES D'ENFANT EXPOSÉES AU MUSÉE D'AUSCHWITZ

Version française - LE PROPRIÉTAIRE DES CHAUSSURES POINTURE 43 EN TRAIN DE REGARDER LES SANDALES D'ENFANT EXPOSÉES AU MUSÉE D'AUSCHWITZ – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Il proprietario delle scarpe numero 43 contempla i sandali da bambino esposti nel museo di Auschwitz – Erri De Luca – 2010 sur une poésie d' Izet Sarajlić.

 

À Treiso, le 25 avril 2010, Erri De Luca avec ses amis Gianmaria Testa et Gabriele Mirabassi a remémoré le poète Izet Sarajlić au travers d'une Classification du Feu, décrivant sa résistance dans Sarajevo assiégée et en chantant une chanson composée de ses vers au tiret : « LE PROPRIÉTAIRE DES CHAUSSURES QUARANTE-QUATRE EN TRAIN DE REGARDER UNE PAIRE DE SANDALES EXPOSÉES AU MUSÉE D'AUSCHWITZ ».

 

Oh la la, quel titre encore une fois... Oh, mais ce n'est nullement une critique, c'est plutôt un compliment... J'aime bien les titres longs et qui en eux-mêmes racontent déjà une histoire. Rien que ce titre et déjà on distingue mille faits, mille frémissements du temps, mille reflets de réalités et comme une vague d'humour. Un titre comme un tableau et avec quelqu'un qui a pris la pose et quelqu'un d'important, c'est un propriétaire.

Mais enfin qui irait s'imaginer propriétaire de ses chaussures. On a des chaussures, on porte des chaussures, mais de là à s'imaginer en être propriétaire.

 

Fort bien, dit Marco Valdo M.I., mais on n'est pas ici pour faire de l'analyse de titres. Disons qu'il retient l'attention, qu'il attire le regard, qu'il ouvre la pensée, qu'il crée comme une vallée de perplexité... Moi, ce que je dis, c'est qu'en effet, tout est déjà évoqué dans le titre jusqu'à la pointure du-dit propriétaire. Justement la pointure. Pourquoi n'est-elle pas la même que celle qui se trouve en tête de la poésie originelle du poète Izet Sarajlić, indiquait du 44. Pourquoi du 43 ? Il y a là derrière un mystère ou simplement un erreur de transcription ? Ou alors, comme l'affaire se passe à Auschwitz, il y aurait une référence à certain événement d'une certaine année ? 1943, précisément. Mais alors, pourquoi pas 1944, pointure 44, en ce cas comme dans le texte de la poésie ? Ou alors, 1941 (année citée dans la chanson), et en ce cas, pointure 41... Quant à l'histoire elle-même, laissons les gens la découvrir et en percevoir le sens tragique... immensément tragique.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

Quel amour

Mit, avant la guerre

Un cordonnier de la périphérie de Lvov

À faire ces sandales

Pour qu'un garçon puisse

les porter

Et sauter au long du mai de sa vie

 

Et voici

Que maintenant ces sandales

Sont exposées au musée d'Auschwitz

 

L'homme se sent

Presque en faute

L'homme dont le pied

A pu croître jusqu'à la pointure 43.

 

C'était lui qui

En 1941

Sautait

En portant ces mêmes sandales.

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Marco Valdo M.I. - dans Erri de Luca
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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 21:20

LE MAI DE BELGRADE



Chanson italienne – Il maggio di Belgrado - Erri de Luca et Marco Rovelli – 2005

Version française – Le mai de Belgrade – Marco Valdo M.I. a – 2008



« J'ai connu Erri de Luca il y a des années, en me présentant à lui à la fin d'un débat dans une petite librairie de Rome. J'avais lu ses livres et ils m'avaient foudroyé. En particulier « Aceto, arcobaleno ». Ce fut l'éclair qui me réveilla ». Il m'invita chez lui...

Au cours des années, j'ai maintenu les contacts avec Erri De Luca, surtout par lettre, avec « mes invasions de champ » (pour lui voler une expression) à la recherche de critiques de mes écrits. Puis sont venus Les Anarchistes et j'ai pensé qu'il serait bien d'avoir des mots d'Erri à mettre en musique. Il m'a donné un texte sur le moment où il s'était fat citoyen de Belgrade en partageant les bombes de l'OTAN (nos bombes) avec ceux qui habitaient là avant lui.

Comme refrain à la chanson, il y a la traduction faite par Erri du troisième et quatrième vers de la poésie de Hölderlin PATMOS :

« Proche est

le dieu difficile à saisir... »


Puis nous avons mis en musique ce texte. Je me suis permis l'une ou l'autre petite interpolation. J'ai ajouté une coda qui est une citation (en marge de la dialectique entre mémoire et oubli de l'histoire, à partir de Nietzsche) et comme refrain à la chanson s'est imposé le vers de Hölderlin. Le tire est venu tout seul : Le mai de Belgrade.

Une note encore: et ceci, qu'est-ce que ça a à voir avec le camp ? Évidemment, et voici... Comme on aura compris, la forme du camp est un état d'exception permanente. Cet état d'exception permanente se déploie avec une évidence totale dans la suspension de tout droit pour les émigrants enfermés dans les camps ( mais aussi, de façon différente dans la progressive précarisation des rapports de travail, dans le renforcement totalitaire de la bioéconomie) à l'intérieur et la suspension de tout droit international à l'extérieur. La « guerre sur la Serbie » a été l'ouverture intégrale de ce camp global ».

Marco Rovelli






Au mois de mai 1999

Les citoyens de Belgrade

étaient tous des astronomes.

Ils regardaient en l'air

Ils regardaient en l'air

l'arrivée des avions de l'Occident.

La terre tremblait

Les pierres tremblaient

Les vieux, les chiens et les enfants tremblaient.

Les bombes au graphite coupaient

L'électricité, pas la fraternité.


Quand croît le péril

s'accroît aussi tout ce qui sauve


Ainsi écrivait un poète

qui n'était pas à Belgrade

au mois de mai 1999.

Il était mort depuis un siècle et demi:

Mais il était avec moi, dans ma poche

et je me suis sauvé

par l'antiaérienne des poètes.


Quand croît le péril

s'accroît aussi tout ce qui sauve


Les poètes chantent l'oubliance (1)

Ils chantent le sang, ils chantent l'errance

Ils chantent les poètes et ils se font la mémoire

de l'inutilité et des dégâts de l'histoire.



(1) Petit hommage rimbaldien par un antonyme néologique des remembrances.


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Marco Valdo M.I. - dans Erri de Luca
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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 11:44

Ballade pour une prisonnière

Texte d'Erri De Luca – Ballata per una prigioniera

version française : Ballade pour une prisonnière – Marco Valdo M.I. – 2008

La scène est sobre : fond noir et, au milieu sur l'estrade, une table de bois avec quatre chaises. Au dessus de la table, une lampe, qui selon qu'elle est allumée ou éteinte, dira ensuite l'auteur, représentent les passages entre les différentes stances où s'articule la très belle et très sensible chanson qui va être présentée. Une chanson avec un titre suspendu entre Cervantès et Balestrini, Donquichotte et les invisibles.

Trois personnes sur la scène, un habile clarinettiste, un chanteur ferroviaire et un écrivain, qui ensuite serrait le principal auteur du tout. Trois personnes, quatre sièges, car la dernière chaise, celle qui est restée vide est un appel de coresponsabilité pour ceux qui entendent encore vivre des moments plus ou moins longs de leur propre vie comme réponse à une série de questions, cette génération capturée...


Et alors, les Donquichottes peuvent être les Valsusains en lutte, les migrants incarcérés dans les lagers appelés par euphémisme « centres de permanence temporaire », mais aussi le poète bosniaque Izet Sarajlic, citoyen d'entre les citoyens d'une ville martyrisée par des bombes humanitaires, et Nazim Hikmet, dont les vers servent de prologue au voyage en forme de chanson, parti à la recherche de Dulcinée, passé par guerres et morts pour s'arrêter, à la fin, parmi les invisibles.

Les invisibles, décrits d'abord à travers leurs pieds entravés ( « ils sont la part la plus prisonnière d'un corps incarcéré. Et celui qui sort après des années doit apprendre à nouveau à marcher en ligne droite ») et puis, à travers la dédicace à une amie chère, sur la feuille de laquelle il est écrit : fin de peine, jamais. Une dédicace, qui au début allait trop souvent à la ligne, où pour l'occasion ont été ajoutés trois accords d'accompagnement.

Federico Marini, dalla mailing list "Brigatalolli".



Information complémentaire ajoutée par Marco Valdo M.I.: la version belge des « centres de permanence temporaire »,

« On les appelle Centres Fermés mais il serait plus juste de les nommer centres d’incarcération ou prisons. Ce sont des zones de non-droit, des espaces clos, clôturés par des hauts murs et des barbelés. C’est dans ces « centres » que l’on enferme les candidats réfugiés auxquels l'État belge refuse un titre de séjour. Ces personnes devenues « sans papiers » seront expulsées, de gré ou de force par la police fédérale qui saura « calmer » les plus combatifs, quitte à assassiner des Sémiras au nom de la sûreté de l’État. »





Deux pensées de Marco Valdo M.I. en forme de clins d'œil pour la « prisonnière », tous les prisonniers politiques :



« À la chasse aux sorcières, je prends toujours le parti des sorcières »

« Ô mânes d'Orwell... Nous vivons dans la ferme des animaux et les cochons sont au pouvoir. » (Marco Valdo M.I.)

et une de Charles De Gaulle (1940) : « Nous avons perdu une bataille, mais nous n'avons pas perdu la guerre... Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !  »

et Marco Valdo M.I. ajoute pour tous les camarades : à méditer.





Il était dangereux

de lui laisser les mains libres

sans fers enfilés autour des poignets

quand elle revit de l'espace, des arbres, des routes,

au cimetière où

on portait son père.

Dix ans déjà écoulés,

Mais les compter ne sert à rien,

la perpétuité ne finit jamais,

Plus tu vis, plus tu y restes.

Il était dangereux

de lui permettre des embrassades,

et le règlement

exclut tout contact.

Il était dangereux

ce deuil des parents

devant le père mort

Ils pouvaient tenter

qui sait de la libérer

la fille rigidifiée,

seulement pour compenser

la mort par la vie.


Spectacle manqué

La guerrière en sanglots,

mais qui est lié aux poignets

ne peut laisser couler ses yeux.

Pour se faire jour, larmes et sourires,

doivent avoir un peu d'intimité

car ils sont sauvages, ils ne peuvent

naître en état de captivité.


“On n'a plus été ensemble, vrai, papa ?
D'abord la lutte, les années clandestines,

même pas une téléphonade à Noël,

puis la prison spéciale, ton visage,

revu derrière la vitre séparative,

d'abord intimidé, puis effrayé

et avec un haussement d'épaules

tu disais : “murs, vitres, barreaux, gardes,

n'arrivent pas à nous séparer,

je suis de ton côté

même si je ne peux pas te toucher,

au contraire, regarde ce que je fais,

je mets les mains en poches”.

Sois patient, papa, même cette fois-ci

je ne peux pas te caresser

entre mes gardiens et mes fers.

Cependant merci: de m'avoir fait sortir

ce matin, d'une paire d'heures

de peine à passer à l'air libre”.


Maintenant tu peux la rencontrer

le soir quand elle rentre

à la via Bartolo Longo,

prison di Rebibbia,

domicile des vaincus

d'une guerre finie,

résidence perpétuelle

des défaits à vie.

Traverse la rue, ne te retourne pas,

Camarade Lune, vieille prisonnière

qui s'accroche aux barres de la nuit.


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Marco Valdo M.I. - dans Erri de Luca
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