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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 20:17

PARTISAN

Version française – PARTISAN – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne – Partigiano – Alberto Cesa – 2005

 

 

Tu vois, dit Lucien l'âne en se balançant d'un côté et de l'autre en frappant doucement le sol de ses petits sabots, on dirait une chanson de mémoire, une de ces chansons qui racontent l'histoire de ces partisans des montagnes qui surent faire face aux pires armées – les Valdèses et les Dolciniens qui firent face aux troupes de la papauté, les Garibaldiens et ceux de Justice et Liberté qui s'opposèrent aux Noirs de d'Adolf et de Benito.

 

C'est en effet exactement cela, une ode à la résistance. Mais ce n'est pas que cela... Oui, le partisan a vieilli, oui, le temps a passé, plus d'un demi-siècle depuis qu'ils ont chassé Kesselring et ses insectes noirs. Le partisan a fini de prendre l'âge, sa voix et ses souvenances ont pris leur envol dans les vallées et repassent sur les crêtes en chantant comme siffle le vent. Mais comme tu le sais, l'essaim de Benito est resté ; on l'a même préservé. Oh, sur le papier, on les a interdits, on les a sévèrement désapprouvés, mais ce fut tout autre chose sur le territoire. Dans l'ensemble – et c'est bien là le problème – ils se sont réinstallés comme si de rien n'était. Ils ont refait leur nid. Certains d'ailleurs les y ont aidé. Il s'agissait de combattre le communisme... Comme l'on sait, ou comme on a pu le découvrir, tout est mieux que de laisser place à un mouvement profond de réformes sociales, de rééquilibrage de la société, de réforme agraire... Ces résistants, ces partisans étaient de bien gênantes personnes. Ils avaient envie de changer le monde, ils avaient envie de liberté, d’égalité, de justice . Tous des mots, toutes des idées qui dérangent, qui mettent en cause les riches et leur système. Ainsi naquit et s'installa la « désistance » (mot créé pour exprimer cette marche arrière de l'histoire, pour exprimer ce mouvement réactionnaire par Piero Calamandrei). Elle apparut dès janvier 1946, quand « on » mit par terre le gouvernement issu de la Résistance. Ce n'est pas moi qui le dit... Non, c'est un certain Carlo Levi, qui fut à ce moment rédacteur en chef d'Italia Libera, le quotidien du Partito d'Azione, lui-même issu du mouvement Giustizia et Libertà. Il l'a dit dans ses articles, il l'a longuement exposé dans son splendide roman : « L'Orologio » – La Montre. Et Carlo Levi en savait quelque chose, lui qui avait combattu le fascisme depuis l'origine, depuis le début des années 20.

 

J'ai vu ça dans d'autres pays... On a tourné la page, on a voulu oublier, passer l'éponge, on condamnait aux peines les plus lourdes et puis, sous mille prétextes, après quelques années, on finit par libérer. On en paye, je veux dire les peuples en payent encore maintenant – et chèrement – les conséquences. Au fait, en Grèce, la résistance a carrément été massacrée par les « Alliés » et s'il faut en croire la chanson, en Italie, la résistance a été trahie.

 

En effet, Lucien l'âne mon ami, la chanson le dit nettement : « ...criez alors fort à ceux qui n'ont pas encore compris / Que les partisans ont vaincu et que l'Italie les a trahis ! ».

 

Évidemment, la honte est revenue... La honte et le ridicule se sont abattus sur ce peuple... La honte, le ridicule et la misère... sauf pour les affidés du bungabungisme. Les affairistes et les escrocs prospèrent comme le stercoraire d'Aristophane sur sa bouse. C'est une question de salubrité publique, crois-moi Marco Valdo M.I. mon ami... et même, je le pense vraiment, de survie de l'espèce humaine que de mettre fin à ces dérives. Bien sûr, toi, moi et tous ceux qui concluent comme nous, il nous faut sans discontinuer, nous pour notre très modeste part, comme le chantaient nos ancêtres les canuts, tisser le linceul de ce vieux monde affairiste, amoral, absurde, aveuli et cacochyme.

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

Il était une fois un pont difficile à traverser

Un pont qui séparait l’amour de l'assassinat

Les hommes qui ont conquis de force le bon côté

Sont à présent, des sons inutiles, une musique qui ne fonctionne pas.

 

Il était une autre fois un temps, un temps moins demeuré

Où les jeunes cherchaient, je n'étais pas le dernier

Auprès des vieux à comprendre ce qui n'allait pas

Ce qui dans les livres et le cœur le dévorait comme le feu le bois.

 

C'est ainsi que je partis un jour comme tant d'autres

Avec les yeux ouverts et attentifs et à l’épaule, ma guitare

Pour rechercher les sons et les rythmes du passé

De ce que, enfants, nous avions bien étudié.

 

Ainsi je me retrouvai en montagne avec un vieux partisan

Devant du bon vin et les souvenances du temps

De ses plus belles années, de sa grande occasion

De ses jours de lutte devenus une chanson.

 

Et son chant s'élança fier comme les chants de sa terre

D'une voix forte et décidée comme ses pas de guerre

Et son chant s'élança fier comme les chants de sa terre

D'une voix forte et décidée comme ses pas de guerre

 

Chaque note était douceur mélancolie rage et rancœur

De ses vingt ans rebelles par amour et rancœur

Jetés tête baissée dans le feu d'outre pont

Pour colorer en vain de rouge l'horizon.

 

Mon chant le suivait, mais timide comme un enfant

Il me sortait de la gorge étranglé et dansant

Lors même que son regard allègre peu à peu s'attristait

Retraversant le rêve qui à peine né mourait.

 

Il chante avec tant de force pour ne plus devoir penser

Avec la guitare à la main on a tant à crier

Et alors, crie fort pour ceux qui n'ont pas encore compris

Que le partisan a vaincu et que l'Italie l'a trahi

 

Déjà, il fait nuit pleine et le vin s'échauffait

C'était la première fois que ma voix s'en allait

Décidée accompagner le chant rageur et populaire

De ceux qui sans avoir rien cherchent à changer ce monde.

 

Et puis, après vingt ans de métier

J'ai voulu le revoir et là-haut, je suis retourné

J'allai à l'auberge des jours lointains

Mais c'était devenu un bar américain.

 

Les tables, les bancs, les chaises et les verres

Les jeans et les blouses les clients et les serveurs

Les visages les sandwichs les sourires les discours

Étaient griffés, crétins et un peu courts.

 

Autour dans la vallée, rôdait un silence désespéré

Il n'y avait plus l'ombre de son grand passé

Et sa vieille voix, elle aussi s'en était allée

Morte d'un an, de mille désormais oubliée

 

Et alors m'a explosé dans le cœur et le cerveau

Le souvenir de ce chant à présent encore plus beau

Avec mes quatre camarades comme un chœur de Martiens

Nous avons dépoussiéré ces vers un peu anciens.

 

Et les montagnes à nouveau après ce coup de main

Se reprirent à scander comme aux temps anciens

Des crêtes aux falaises des cimes aux champs

Le pas dur et cadencé de ce vieux partisan.

 

Chaque note était un fusil pointé sans détour

Sur le cœur de cette insupportable indifférence sans amour

Pointé sur le grognement de cette imbécillité

Laquée, qualunquiste et télécommandée.

 

Et son chant s'élança fier comme les chants de sa terre

D'une voix forte et décidée comme ses pas de guerre

Je le sais que ça ne sert à rien, mais il sera dur à mourir

L'écho de la montagne pour celui qui ne peut pas le sentir

 

Et alors chantez encore , ne vous attardez pas à penser

Avec la guitare à la main, il y a tant à crier

Et criez alors fort à ceux qui n'ont pas encore compris

Que les partisans ont vaincu et que l'Italie les a trahis !

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Marco Valdo M.I. - dans Alberto Cesa
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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 21:48

 

BASTA


Version française – BASTA – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Appello – Alberto Cesa


La direction du Livingsong Folk Power International invite les personnes

bombardées, désintégrées, humiliées, abandonnées, exploitées, expulsées, chômeuses, licenciées, recyclées, intégrées, globalisées, malheureuses, trompées, exténuées, déstabilisées, infantilisées, paumées, affamées, repoussées, malades, droguées, cyniques, ivrognes, déséquilibrées, enrôlées, rançonnées, bouleversées, volées, marginalisées, suspectées, contrôlées, censurées, réprimées, déprimées, muselées, embrouillées, illusionnées, désillusionnées, affolées, désenchantées, enchantées, impatientes, désobéissantes, mendiantes, impertinentes, libertaires, anarchistes, communistes, pessimistes, probabilistes, émigrées, déportées, réfugiées, incarcérées, damnées...



À CRIER … BASTA !!!



Aux murs déloyaux, aux prisons virtuelles, au plomb recyclé, à l’uranium appauvri, au désert converti, au temps dérobé, à l'air encrassé, à l'illusion détournée, au bonheur refusé, à l'âme assommée, à la rage étouffée, à l'exploitation des enfants, à l'arrogance des crétins, à la paix bombardée, à l'espérance massacrée, à l'écoute homologuée, au cerveau intérimaire, à la domination des cochons, à l'histoire mal barrée, à la croix obligatoire, à la greffe de mémoire, au fantasme du péché, aux carnages d’État, au parapluie de l'OTAN, à l'information censurée, au mensonge réitéré, à la calomnie programmée, aux fils barbelés, aux yeux épouvantés, aux hommes encensés, aux nez opérés, aux cheveux transplantés, aux puissants culturistes, à l'allégresse stupide, aux régimes pharmaceutiques, au terrorisme de la CIA, à la dictature de l'argent, à l'assassinat de la pensée, à la pensée sur le divan, au regard lointain, aux « gauchistes » recyclés, aux camarades manipulés, aux hyènes riantes, aux rêveurs perdants...

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Marco Valdo M.I. - dans Alberto Cesa
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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 17:37

 

TANGO DE LA PLACE DE MAI

Inspirée d'un tango de Carlos Cano.

Version française - TANGO DE LA PLACE DE MAI – Marco valdo M.I. - a – 2010

Chanson italienne – Tango della Plaza de Mayo – Alberto Cesa -

 

 

Tout le monde... Tout le monde connaît, tout le monde sait l’histoire de la Place de Mai et de ces femmes qui viennent tous les jeudis à Buenos Aires, depuis une trentaine d'années, circuler (injonction policière : Circulez ! Y a rien à voir ! Et de fait, elles tournent en rond dans le sens anti-horaire, question de rappeler le passé) devant la Casa Rosada (qui est le siège du gouvernement – une sorte de Maison Blanche argentine, sauf qu'elle est rose...) pour réclamer leurs enfants et les enfants de leurs enfants, que les sbires du régime militaire avaient enlevés.(wikipedia). S'élever de toute leur taille contre le génocide; un génocide politique – digne de la Guerre de Cent Mille Ans – dans lequel il s'agissait de liquider les militants venus du peuple, mais aussi, leur descendance.

Tout le monde sait? La chose n'est pas certaine. Et puis, tout le monde ne sait pas tout... Moi, par exemple, j'aimerais, Marco Valdo M.I. mon ami, que tu me précises un peu les choses.

Et bien, Lucien l'âne mon ami, je te rappelle que la Place de Mai en question se situe à Buenos-Aires, capitale de l'Argentine. Que cette place est en somme la scène symbolique de l'histoire locale, le lieu où s'incarne le pouvoir, où – comme dans tous les autres pays, il entend se montrer et montrer son autorité. Donc, manifester sur cette place est tout aussi hautement symbolique : c’est une interpellation directe du pouvoir. Il va évidemment de soi qu'il n'est pas certain que le-dit pouvoir vous écoute quand bien même il ne réprime pas directement cette insolente présence. Bien sûr depuis ce temps-là, le pouvoir a changé en Argentine et la dictature de l'époque a été balayée par les vents populaires...

Mais, dit Lucien l'âne en rigolant, dans tous les pays du monde, tu le sais aussi bien que moi, de nos manifestations à nous les ânes, à nous les somari, à nous les pauvres, le pouvoir s'en fout.

Et bien, mon ami Lucien l'âne, tu dis là une vérité essentielle. Et les femmes de la Place de Mai savaient très bien cela, mais elles connaissaient aussi leur propre obstination, leur volonté, leur courage et comme la petite rivière sait qu'elle finira par creuser le grand rocher, elles savaient qu'elles finiraient par se faire entendre. Oh, il en a fallu bien du temps... Mais que faire d'autre quand on n'a pas d'autre arme que soi-même ? Et encore, leur force venait de ce qu'elles étaient en nombre suffisant... Sinon …

Sinon, quoi ?, dit Lucien l'âne comme halluciné...

Sinon, elles auraient, tout comme leurs enfants et leurs petits-enfants, tout simplement disparu; ce fut d'ailleurs le cas pour certaines d'entre elles, pour les premières; depuis, on a retrouvé traces de leurs corps. Mais là, il en venait toujours et toutes s'épaulaient, se tenaient et n'avaient aucune intention de lâcher prise.
« Tous les jeudis de l'an à onze heures du matin/Sur la place de Mai dans le froid, la pluie et le soleil/Je t'attendrai ma vie devant la Casa Rosada », ainsi commence très justement la chanson. Une chanson sous forme de tango, musique populaire d’Argentine, tirée d'une autre qui s'intitule «Tango de las madres locas» (Tango des mères folles). Cependant, tu imagines bien cela : chaque jeudi porter en son cœur l'angoisse immense de la disparition et quand même, malgré cela et à cause de cela, manifester cette exigence d'amour et faire qu'une force morale – je sais Lucien l'âne mon ami, l'idée de morale est rejetée par les riches et les puissants de ce monde, ils en rient, mais ils en rient jaune – qu'une force morale finisse par triompher de l'oubli. C'est la dignité qui se dresse contre la vilenie. Là aussi, Lucien l'âne mon ami, ils vont rire (et rire jaune) car les riches et les puissants se moquent de nos mots qui les indiffèrent , et même, ils vont rire et pourtant, dans leur rire, ils vont sentir des grincements, les parfums amers de la trahison, car – c'est cela qui leur colle la nausée d'eux-mêmes : ils ont trahi leur humanité, ils l'ont trahie et en la trahissant, ils l'ont rendue si bancale qu'elle a la nausée d'elle-même. Et cette nausée d'eux-mêmes va les poursuivre pour toujours.

Moi, dit Lucien l'âne, je ne voudrais pas être à leur place.

 

Moi non plus, dit Marco Valdo M.I. Je préfère – et de loin – être là avec toi, mon ami Lucien l'âne, – en m'efforçant d'être aussi patient et obstiné que ces femmes – à tisser le linceul de ce vieux monde nauséeux et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 


Tous les jeudis de l'an à onze heures du matin

Sur la place de Mai dans le froid, la pluie et le soleil

Je t'attendrai ma vie devant la Casa Rosada

L'épine de ton regard plantée dans mon cœur.

 

On m'a dit que tu n'étais pas partie, mon amour

Qu'ils t'ont fait disparaître

Qu'on t'a vue marcher dans la rue

Chantant un chant de joie populaire
Et puis ils t'ont emmenée et ils t'ont effacée de la terre

Toi qui n'es même pas encore née , ils disent

Qu'une mère folle t'a inventée.

 

Avec le feu au cœur, ma douleur, je crie ton nom

Pendant que ces messieurs et généraux dansent le tango comme des bêtes

Le tango des mères folles, de couplets d'amour et de silence

Ils ont emporté nos enfants vivants et vivants nous les revoulons.

Vous qui avez sali notre belle terre Argentine

Regardez le visage de Juanita et expliquez au monde

Où elle a fini.

 

Quand ces messieurs parlent de patrie

Je pense à nos camarades et je commence à trembler

Pour la misère qui vient avec les fantômes de la douleur

Ma Juanita, où t'ont-ils emmenée ?

Toi qui étais encore une enfant

Quand les généraux t'ont enlevée dans cette nuit assassine.

Avec le feu au cœur, ma douleur, je crie ton nom

Pendant que ces messieurs et généraux dansent le tango comme des bêtes

Le tango des mères folles, de couplets d'amour et de silence

Ils ont emporté nos enfants vivants et vivants nous les revoulons.

Comment pouvez-vous appeler patrie notre belle terre Argentine

Vous qui cachez au monde votre main

Noire et … assassine.

 

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Marco Valdo M.I. - dans Alberto Cesa
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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 19:40

VICTOR JARA


Chanson italienne - Victor Jara – Alberto Cesa

Version française - Victor Jara – Marco Valdo M.I. – 2008


Victor Jara est un des plus importants auteurs de chansons de protestation chilien.

Avant le gouvernement d'Allende, Victor Jara écrivit beaucoup de chansons contre la pauvreté et la répression politique qui s'étendait à toute l'Amérique latine.

Il s'inspirait souvent des révolutionnaires latins comme Camillo Torres, Ernesto « Che » Guevara, Pancho Villa... pour ses chansons.

Des fois, il réarrangeait simplement des chansons populaires chiliennes et les gravait sur ses disques de façon à les rendre les plus connues possible.

Il grava en quelques années huit disques, jusqu'au coup d'état du général Pinochet.

Le 10 septembre 1973, Victor Jara fut arrêté et conduit au stade de Santiago où il fut torturé et tué le 11 septembre 1973.


Septembre 1973.

Un soleil petit sur l'horizon

Un soleil à peine né s'éteint

Et dans cette obscurité pas naturelle

Partit le hurlement épouvantable de la mort

qui ouvrait d'un coup tout grand les portes

du stade de Santiago.

Les meilleurs hommes

Pourchassés par les pires

Serpents, chacals, rats

qui dévoraient le son populaire

de la “nueva canción” qui traversait les mers

Parmi les prisonniers, il y avait un musicien,

Un chanteur joyeux et souriant,

armé seulement de sa guitare et de chansons,

de fables anciennes et nouvelles et d'illusions,

d'histoires où les riches sont des mendiants

où un beau jour vainquent les perdants.

Victor Jara était un homme comme tant d'autres,

Même cœur que les pauvres, mêmes sourires, mêmes plaintes,

mais son chant était vraiment un peu spécial,

comme un rayon de soleil qui traverse l'orage.

Pour cela, ils l'ont pris cette nuit atroce

pour lui tailler les mains et lui ôter la voix,

mais cela n'a pas encore suffit,

ils lui ôtèrent même la vie

pour que sa chanson meure

comme une histoire finie.

Victor Jara disait

Que le chant prolétaire

Avance dans l'espace

et le temps planétaire.

Qu'il n'y a ni torture ni prison,

Ni l'étouffement,

ni aucun fusil capables

de tuer une chanson.

Si une voix vient à s'éteindre,

Mille voix recommencent à chanter

et son chant partit libre dans cette nuit,

défiant tout contrôle, démolissant toute frontière,

volant par dessus tous les villages, tous les coins de terre

des forêts vietnamiennes aux montagnes de la Sierra

pour tout ceux qui sont exploités et opprimés, mais savent

qu'un jour, ils gagneront la guerre.

Victor Jara était un homme comme tant d'autres,

Même cœur que les pauvres, mêmes sourires, mêmes plaintes,

mais son chant était vraiment un peu spécial,

comme un rayon de soleil qui traverse l'orage.


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Marco Valdo M.I. - dans Alberto Cesa
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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 16:36

TURIN LA ROUGE



Chanson italienne – Torinorossa – Alberto Cesa – 1999

Version française – Turin la rouge – Marco Valdo M.I. – 2008

La chanson « Torinorossa » d'Alberto Cesa passe splendidement l'épreuve de la traduction. L'épreuve de la traduction est évidemment celle que le traducteur s'efforce de surmonter en faisant le passeur, parfois le contrebandier des mots d'une langue dans une autre. Cette forme de l'épreuve est celle que suppose tout qui réfléchit à la traduction.

Mais voilà, il est une autre version de cette épreuve de la traduction, qui tiendrait plus du sens du mot « épreuve » en photographie ou en imprimerie : reproduction d'un image ou d'un texte en vue de sa correction éventuelle et en tous cas, en vue de voir ce que cela donne.

J'en arrive ainsi au troisième sens qui m'a sauté aux yeux à l'occasion de la traduction de Torinorossa. C'est la mise à l'épreuve au travers de la traduction du texte original; cette façon de voir, de comprendre la traduction, on ne l'atteint qu'au bout d'un certain temps, par l'expérience et la réflexion sur l'expérience que se doit d'avoir tout traducteur.

Disons qu'après avoir traduit des pages – littéraires ou poétiques, s'entend, on se rend compte que la traduction est un filtre implacable, une école de lecture, un critère presque absolu pour attester de la qualité du texte d'origine, de sa qualité intrinsèque en tant que texte, en tant qu'objet artistique, en tant que matière littéraire, matière que transforment le travail et le talent de l'auteur. Ceci met de côté – du moins partiellement ou provisoirement – la question du contenu ou du sens.

Je dis çà car ce qui m'a stupéfié en traduisant Torinorossa, c'est précisément la capacité de ce texte à garder au travers de la traduction une fraîcheur, une dimension artistique, poétique et littéraire exceptionnelles.

Pour ce qui est de ce qui est raconté, c'est la Turin révolutionnaire dont le coeur bat à partir de ses usines et des hommes, ces ouvriers qui y travaillent et parfois, y laissent leur peau. La vague révolutionnaire va et revient à Turin. La grande vague de 1919 et, malgré le « ventennio » fasciste, elle ressurgit dans la résistance puis, à nouveau périodiquement.



Le coeur battait fort au cœur de ma cité

Notre printemps était un chant à la liberté

La liberté de faire voler nos rêves et notre futur

au-delà du crépuscule rouge d'un ciel encore pur.



Turin prussienne et noire, Turin bourgeoise et étrange

Turin qui a taché de rouge sa soutane blanche

Turin qui criait au ciel descendu entre ses murs

D'allumer une étoile dans toutes ses peurs.



Turin ouvrière et fière, Turin partisane

Turin qui brûle les bordels de la fête courtisane

Turin qui danse autour des feux allumés entre ses murs

Pour reconquérir le jour après la longue nuit obscure

Et le vent dessinait une mer de drapeaux

Et les vagues des rues étaient de vrais visages

Les visages anciens et nouveaux de ceux qui ne restent pas à regarder

De ceux qui ont les chaussures cassées, mais savent qu'ils doivent avancer.



Je ne vous chante pas la fin de la dernière guerre mondiale (1)

Mais d'un temps plus voisin, d'un temps plus normal

D'un jour pris en main par des gens qui ont comme destin

De vaincre la nuit et de perdre le jour.



Et puis, cette nuit, je veux la raconter

Et puis, cette nuit, je veux la rappeler.

À qui a cru et croit qu'effacer la mémoire

Serait juste, serait moderne, serait le cours de l'histoire.



Des nuits comme celle-là, l'histoire en a vu des millions

Et toutes ou presque toutes sont des strophes de chansons

Mais cette nuit fut peut-être la dernière

De l'ancienne ronde

Des enragés qui chantent

Leur volonté de changer le monde.


Et la place était un volcan de chants populaires

D'un chant exubérant, terrible et naturel

Dansé au rythme allègre

des bals du passé

D'un bal désormais envolé

Désormais oublié.



  1. Turin était déjà rouge vers 1919, une Turin insurrectionnelle et révolutionnaire avec ses conseils ouvriers


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Marco Valdo M.I. - dans Alberto Cesa
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