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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 08:51

BRIGAND ON MEURT

 

Version française – – Marco Valdo M.I. – 2011 (2013)

Chanson napolitaine – Brigante se more – Musicanova

De Carlo D'Angiò et Eugenio Bennato

 

 

 

Fin d'été au Sud

 

 

 

 

Oh, mais, Marco Valdo M.I. mon ami, tu l'avais déjà publiée cette version, cette version française de la chanson de Bennato... Ce BRIGAND ON MEURT.

 

Certainement. Et si je la republie aujourd'hui, c'est que je voulais la rafraîchir un peu pour l'envoyer à un mien ami d'origine napolitaine qui vit dans ces pays-ci et qui s'intéresse à ses racines et dès lors, au sud et aux brigands. Je ne démêlerai d'ailleurs pas tous les fils qui l'y conduisent. Il vit ici et y a passé toute sa vie (jusqu'à présent...), car c'est un enfant de l'émigration (au départ), de l'immigration (à l'arrivée). Pour le reste, il s'y reconnaîtra, tout comme tu l'as reconnu. J'en reviens au texte de départ...

 

 

 

Être sudiste en d’autres terres.

Voilà les pensées que me suscite cette remarquable chanson.

 

 

Quoi ? Tu es du Sud... ?, toi Marco Valdo M.I. mon ami. Je ne l'aurais jamais cru. Que je sois du Sud, moi, le somaro, l'âne, enfant d'Apulée de Madaure (Tunisie, actuellement), je le comprendrais, mais toi...

 

 

Quoi ? Tu es du Sud... ?, toi Lucien l'âne mon ami. Je ne l'aurais jamais cru. Comment peux-tu prétendre cela, toi qui viens, tu l'avoues à l'instant, du Nord, de l'Afrique du Nord... Tu vois, Lucien l'âne mon ami, tout est relatif pour un enfant ou un âne du Niger ou d'Angola, du Congo ou de la Tanzanie, tu es franchement du Nord. Pareillement, un Padanien (si tant est qu'il en existe...) peut sans doute se targuer d'être du Nord, mais il est franchement du Sud quand on le regarde avec mes yeux ou avec des yeux danois, suisses, autrichiens, luxembourgeois, hollandais, polonais, russes, finnois, suédois, norvégiens... Bref, on est toujours au Nord ou au Sud de quelqu'un ou de quelque part. Il faudrait camper sur le pôle pour échapper à cette dichotomie. Encore qu'au pôle Sud, on soit au Sud de tout le monde et au pôle Nord, au Nord de tout le monde. Ce qui n'est vrai que pour une personne... À ceci près toutefois, que ce sont des endroits inhabitables.

 

 

Marco Valdo M.I., tu es un personnage plein d'humour et j'aime beaucoup cette manière ironique de mettre à mal certaines prétentions fondées sur une boussole folle. Mais cependant que veux-tu dire, toi qui es très largement au Nord de toute l'Italie, quand tu me dis que tu es du Sud ?

 

 

Eh bien, tout remonte à la construction d'un État fantôme, imposé aux peuples par les puissances séculaires, dont certaines ont depuis disparu... L’Empire austro-hongrois, l'Empire russe, la Prusse et toutes les principautés germaniques... Mais l’État qu'ils avaient imposé par peur des Lumières est toujours là et opprime les populations qui y habitent. Cet État, que je me garderai bien de qualifier autrement en tant que tel, n'a – à proprement parler, comme tous les États d'ailleurs, rien fait, rien décidé, rien proposé, rien développé... Il fut et reste l'instrument de certaines personnes, castes, partis, groupes, holdings, gangs... qui ont tout intérêt à le maintenir en place, car en quelque sorte, c'est leur raison d'exister. Il est loisible à chacun de donner à ceux-là le nom qu'ils méritent à ses yeux.

 

 

C'est précisément ce que nous reprochons aux États en général, dit Lucien l'âne. Quand je dis nous, c'est moi, c'est toi, c'est le peuple, ce sont les « somari ». Je te le répète : les États sont les instruments de certaines coteries... C'est bien le sens du Christ s'est arrêté à Eboli, c'est bien le sens de la phrase des paysans sans terre de Lucanie (mais tout autant de ceux de Sicile, de Calabre, de Sardaigne, d'Afrique du Nord, du Sud, d’Amérique du Sud, d'Asie et d’ailleurs...). « Noi, non siamo cristiani, siamo somari ». Jusqu'à présent dans l'histoire des hommes, « L’État, c'est moi, l’État, c'est nous » est une parole de riches, de puissants, de gens du pouvoir. Leur seule légitimité, c'est d'avoir pris le pouvoir... De quelque façon que ce soit... D'ailleurs, crois-moi, on prend toujours le pouvoir par un tour de passe-passe, par force ou en se fondant sur la tromperie (ils appellent ça des promesses électorales)... Le pouvoir, c'est comme la richesse, on le prend toujours au détriment des autres, des plus faibles, des crédules... L’État est un instrument des riches dans la Guerre de Cent Mille Ans qu'ils mènent contre les pauvres pour prendre le pouvoir, pour garder le pouvoir, pour accroître leurs richesses, pour étendre leur domination, pour assurer leurs privilèges, pour exploiter le travail des pauvres, pour prendre la vie des gens et l'obliger à s'épuiser à leurs profits. Par corollaire, toute participation à la machinerie mise en place pour camoufler cette vérité implacable est une pure et simple abdication de sa propre qualité d’être humain, un ralliement au camp et à la société des riches dans la Guerre de Cent Mille Ans et une acceptation de la responsabilité que cette société (qui n'est pas la nôtre et à laquelle nous ne nous rallions pas) endure dans la destruction des espèces vivantes, toutes les espèces, y compris l'espèce humaine. La poursuite de la richesse est la pire ennemie de la vie elle-même.

 

 

D'accord, Lucien l'âne mon ami, mais ce n'était pas la question ici. Quoique... Pour en revenir à mon qualificatif de « sudiste » ou d'habitant du Sud... Il se réfère tout simplement à la Wallonie, qui est une région du Sud, située sur le territoire de l’État Belge... dont plus personne ne sait ce qu'il est, ni sa raison d’être, hormis celle évoquée ci-dessus. Tout ce que je peux en dire, c'est qu'ici aussi, le Sud est exploité par le Nord, que les régions du Sud sont écrasées par la domination du Nord, même si les gens du Nord prétendent à une autre vérité historique, même si leur propagande affirme le contraire. Notre région a subi et subit encore un destin similaire à celui des populations de l'autre côté du mur : chômage, destruction industrielle, misère croissante des services publics, sous-équipement, privatisation accélérée... Bref, un destin de Sud au sens où l'entend la chanson du jour. Il est temps que cela se sache et que la propagande venue de notre Nord ne soit plus prise au sérieux par personne, si tant est qu'il y ait eu un jour quelqu'un pour y croire...

 

 

C'est toujours ainsi avec la propagande, dit Lucien l'âne. Son but principal est de faire prendre le faux pour le vrai, le mensonge pour vérité, d'inverser offenseur et offensé... Et tant plus on en remet, tant plus le mensonge est énorme, tant plus on arrive à y faire croire... Mais nos amis italiens le savent bien eux qui ont subi le fascisme et qui subissent aujourd’hui le bunga-bungisme.

 

 

Pour éclairer ta lanterne, sache, mon ami Lucien l'âne, toi qui viens de si loin, que les gens d'ici (ceux du Sud, ceux de Wallonie) n'ont jamais, au grand jamais attaqué personne, n'ont jamais au grand jamais exploité une population, c'est-à-dire d'autres gens, n'ont jamais – comme tous les somari du monde ni envahi, ni conquis les pays et les régions voisines ; ils n'ont jamais fait que se défendre... Quant à la caste wallonne, cette couche de riches qui exploitait la population wallonne, elle était tellement nulle qu'elle n'aurait pu être conquérante ailleurs et par voie de conséquence, elle n'a jamais pu exploiter... les régions du Nord... Elle a d’ailleurs perdu son propre dominium dans le Sud... Quant à obliger les populations du Nord à parler la langue en usage chez nous (le français, qui est notre italien à nous), jamais au grand jamais, il n'en a été question, jamais au grand jamais, ce ne fut une volonté des populations du Sud – d’ailleurs leurs volontés n'ont jamais été prises en compte... Elles ont même été systématiquement étouffées, contrecarrées, écrasées... Mais l'inverse est vrai... Pour quelque obscure raison que nous n'arrivons pas à entrevoir, on nous impose contre notre volonté la langue des deux tiers de la population de ce pays fantôme, de cet ectoplasme, on l'impose dans l'enseignement, on gaspille des sommes folles à vouloir l'inculquer (enfoncez-vous bien ça dans la tête !) à nos enfants comme on nous l'a fait bouffer à nous-mêmes – sans trop de résultat, je te rassure. On l'impose en matière d'emploi, elle est cause de discrimination, y compris salariale. Comme disait Léo Ferré, Y en a marre !

 

 

Oui, tu as raison, Marco Valdo M.I. C'est là aussi un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour accroître leur richesse, renforcer leur domination, étendre leurs pouvoirs, multiplier leurs profits... Car vois-tu, il en va des régions ou des pays comme des hommes... les régions, les pays eux aussi sont acteurs dans cette terrible guerre. Et pour cela aussi, il nous faut avec « obstination et en sens contraire » tisser le linceul de ce vieux monde mensonger, paré de propagande et cacochyme.

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

 

 

Eugenio Bennato

 

 

 

 

 

Nous avons posé nos guitares et nos tambours

Car cette musique doit changer.

Nous sommes des brigands, nous faisons peur

Avec le fusil, nous voulons chanter.

 

Et maintenant, nous chantons cette chanson nouvelle

Tous les gens doivent l'apprendre

Nous nous foutons du roi Bourbon

Notre terre est nôtre et on n'y touche pas.

Notre terre est nôtre et on n'y touche pas.

 

Tous les villages de la Basilicate

Se sont réveillés et veulent lutter

Même la Calabre est en révolte

Et nous faisons trembler cet ennemi

Et nous faisons trembler cet ennemi

 

Celui qui a vu le loup et s'est épouvanté

Ne connaît pas encore la vérité.

Le vrai loup qui mange les enfants

C'est le Piémontais que nous devons chasser

C'est le Piémontais que nous devons chasser

 

Belles femmes qui donnez votre cœur,

Si vous voulez sauver le brigand

Ne le cherchez pas, oubliez jusqu'à son nom,

Qui nous fait la guerre est sans pitié

Qui nous fait la guerre est sans pitié.

 

Homme on naît, brigand on meurt

Mais jusqu'au dernier, nous devons tirer

Et si nous mourons, apportez une fleur

Et malédiction pour cette liberté.

Et malédiction pour cette liberté.

BRIGAND ON MEURT (2013)
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Marco Valdo M.I.
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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 21:32

OESTERHELD

 

 

Version française – OESTERHELD – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Oesterheld – Rocco Rosignoli – 2013


Texte et musique de Rocco Rosignoli

 

 


 

Une des plus belles œuvres dédiées à la liberté et à la résistance est une bande dessinée : l'Eternauta (L'Éternaute). Ce n'est pas un hasard s'il sortit dans les années 1950 en se fondant sur l'expérience européenne de résistance au nazisme. La science-fiction de matrice américaine a été identifiée comme une sublimation de la paranoïa collective des États-Unis, dans lesquels Alieno était un alias du communiste. L'Eternauta, oeuvre argentine, se place par contre sur un autre versant ; l'invasion « aliène » est seulement un scénario, dans lequel les hommes sont les protagonistes. L'humanité, au bord du désastre, réussit à donner le meilleur d'elle-même dans la tentative de résister à l'envahisseur.

Cette histoire de science-fiction a été vue comme une sorte de prophétie, dans laquelle le scénariste Héctor Oesterheld pressentait ce qui sera le triste destin de son pays : la dictature autoritaire de Jorge Videla, les stades employés comme camps de concentration, les trente mille « desaparecidos » (disparus). C'est sans doute précisément en raison de sa clairvoyance qu'Oesterheld fut un de ces trente mille. Et à lui, et au concept de liberté, Rocco Rosignoli a dédié cette chanson, contenue dans les cd Testuggini.(Tortues)


 

 


Héctor Germán Oesterheld (Buenos Aires, 23 Juillet 1919 – 21 avril 1977) était un auteur de bandes dessinées argentin.

Il naquit en 1919 d'une famille d'origine allemande. Malgré une licence en géologie, sa passion resta pour toute sa vie la littérature, en particulier celle pour l'enfance (grâce à sa profession de géologue, et à son activité parallèle de correcteur pour des éditions, en commençant à écrire ses premières œuvres, pour un public enfantin, il eut la possibilité de traverser l'Argentine pour des recherches pétrolifères pour le compte de la société YPF, alors d'État).
Il commença à travailler comme correcteur d'épreuves auprès d'une imprimerie, puis à écrire des récits pour enfants et en suite, à partir de 1949, à adapter ses premières histoires à des bandes dessinées pour l'Editorial Abril, propriété de Cesare Civita, d'un juif italien réfugié en Argentine pour éviter les persécutions raciales. Auprès de cet éditeur, il travailla à des séries telle que Ray Kitt, Sergento Kirk, Bull Rockett, Uma-Uma, Alan y Grazy, Lord Commando.


 

En 1957, il fonda avec son frère Jorge l'Editorial Frontera ; avec ces nouvelles éditions, il publia des titres fondamentaux pour l'histoire de la bande dessinée argentine comme Hora Cero et Frontera, qui virent vraiment dans les scénarios d'Oesterheld une des raisons principales de leur succès. En 1957, l'auteur argentin écrivit la première histoire d'Ernie Pike sur le premier numéro du mensuel argentin Hora Cero ; ce premier épisode est dessiné par le déjà célèbre Hugo Pratt, qui en tout en réalisera 34. Pour créer le protagoniste de cette série, Oesterheld a pris la figure d'un reporter américain connu, Ernie Pyle qui fut tué des Japonais en 1945 à Okinawa. Pyle fut correspondant de guerre de 1941 à 1945 à la suite des troupes américaines en Afrique du nord, en Italie, en Angleterre et ensuite en France.

 

Toujours pour l'Editorial Frontera , il écrivit d'autres séries fameuses comme Ticonderoga ( elle aussi dessinée par Pratt, tout comm la nouvelle version du Sgt. Kirk), Randall (avec les dessins d'Arturo de Castillo), Sherlock Time et Dottor Morgue, ces derniers ont comme dessinateur Alberto Breccia, avec lequel il collaborerait aussi en 1968 à la réalisation d'une biographie d'Ernesto Guevara, publiée posthume en Espagne en 1987 à cause de l’ostracisme du gouvernement dictatorial argentin ; au projet, a collaboré aussi Enrique, fils d'Alberto (Breccia).

 

Pour la même maison d'éditions, il publia aussi celle qui reste une des plus belles et importantes oeuvres de la bande dessinée mondiale et du genre science-fiction en particulier : L'Eternauta [http://www.eternauta.com/indexframe.htm]. La saga, publiée en feuilleton sur Hora Cero Semanal et dessinée par Francisco Solano López, à beaucoup a semblé un métaphore annonciatrice de la dictature qui pau après avait bouleversé l'Argentine.

 

Oesterheld disparut le 21 avril 1977 à la Plata, enlevé par une bande armée. De ce moment, il a fait partie de la nombreuse cohorte des desaparecidos argentins. En juin de l'année précédente avaient disparu deux de ses filles, Beatriz Marta et Diana Irene, cette dernière enceinte de six mois. En novembre 1977 à disparaître, ce fut une troisième de ses filles, Marine (enceinte de huit mois), dont le mari était déjà disparu. Le mois après fut tuée, avec son mari, Estrela Inés, la dernière de ses filles, qui jusqu'alors avait survécu à la sale Guerre de la junte militaire argentine.

 

Selon les registres récoltés par la CONADEP, il fut détenu dans la caserne Campo de Mayo et dans les centres de détention clandestine connus comme El Vesubio et El Sheraton et il fut même vu dans le Batallón de Arsenales 601 Domingo Viejobueno ; il fut assassiné, on croit, à Mercedes, en province de Buenos Aires, en 1978.


 

 

 

 

 

Ora e sempre : Resistenza !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I et Lucien Lane

(reprenant en chœur leur sentence favorite, tirée de l'Ode à Kesselring de Piero Calamandrei)


 


 


 


 

Je voudrais raconter ton histoire,
Mais je ne sais si je saurai le faire :
Il est des lieux communs et des pièges
Difficiles à éviter.

 

Tu as saisi la meilleure part de l'homme,
Montré les miracles qu'il fait
Quand il affronte qui ne montre pas son visage
Et veut lui ôter la liberté,

 

C'est un petit mot,
Employé trop,
N'importe qui s'en emplit la bouche,
Qui parle de communisme ou d'économie.

 

C'est un mot bien joli
Qui vide ne veut rien dire .
Mais ce que tu racontes
Ce sont les miracles de l'esprit.

 

Quand aujourd'hui, il neige à Buenos Aires
Tout le monde se souvient de ton histoire ,
Car résister est plus que nécessaire,
C'est une exigence de la nature.

 

L'histoire éternelle ne peut s'interrompre
Même si qui l'écrit vient à disparaître,
Tes étincelles dans la pénombre
Nulle horreur ne pourra les éteindre.

 

Alors qu'à l'appel tu manques encore
Comme les trente mille après l'ouragan
Sur Buenos Aires tombe la neige :
On ne l'avait pas vue depuis nonante ans.


 

OESTERHELD
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Marco Valdo M.I.
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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 23:13

À BAS LES ARMES !

 

 

Version française - À BAS LES ARMES ! - Marco Valdo M.I. – 2013

à partir de la version italienne – GIU' LE ARMI! de Riccardo Venturi – 2008

d'une chanson allemande – Die Waffen nieder! – Reinhard Mey – 2004


 

 

 

 

Dresde 1945

 

 

Né dans une ville ravagée et détruite par la guerre ,
Dès que j'ai pu entendre, j'ai entendu : « Jamais plus la guerre ! »
J'ai si bien appris ma leçon et j'ai vu
La guerre de si près, que même l'enfant a compris, ce qui arrivait là.
Cette angoisse, je le sais, ne me quitte plus
Et les images dans ma tête ne s'effacent pas.
La guerre est un crime, aucune guerre n'est juste
Et, vous qui en parlez si bien et méprisez votre serment
Je vous entends zélés battre le tambour, vous les pieux en prière
Et envoyer à vos massacres les enfants d'autres gens
Rappelez-vous, vous ne vouliez plus jamais, jamais la guerre
À bas les armes !

 

Certes, vous faites votre travail, vous accomplissez votre devoir.
Vous avez beau minimiser, nous tromper, c'est sans espoir.
L'emploi s'appelle poser des mines, le devoir s'appelle bombarder,
Détruire et mutiler, effacer et liquider,
S'appelle piller, conduire des hommes à la mort,
Perdre pour toujours votre âme sans remords.
Parfois, je vois un visage d'enfant sous son grand casque
Dans son épouvante aveugle, parle le désespoir pur,
Quand ébranlé, il lui faut voir à quel acte infâme,
À quel crime honteux, il s'est prêté et augure
Que jamais la faute ne s'effacera, jamais. Plus jamais la guerre,
À bas les armes !

 

 

 

 

Croyez-vous, vous, dans vos trous perdus dans le sable du désert
Défendre vos enfants, votre pays ou votre village?
Croyez-vous, vous qui venez avec vos grandes ailes,
Bombarder un village et le renvoyer à l'âge de la pierre ,
Que vous pourriez par une effusion de sang libérer les hommes,
Mettre la paix dans le cœur des femmes ?
Non, à nouveau ils vous ont abusé en effet :
Pour le pouvoir, pour l'huile, pour l'acier, pour nourrir leur machine de guerre,
Ces grands conglomérats, qui quand il leur plaît,
À la fin, font de vous aussi des cibles vivantes.
Refusez d'obéir, refusez de la faire, dites : Plus jamais la guerre,
Et à bas les armes !

À BAS LES ARMES !
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Marco Valdo M.I.
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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 15:26

TOUT EST LA FAUTE DES JUIFS

 

Version française - TOUT EST LA FAUTE DES JUIFS – Marco Valdo M.I. – 2013

d'après la version italienne de Riccardo Venturi

Chanson allemande - An allem sind die Juden schuld - Friedrich Hollaender – 1931

]
Texte: Friedrich Hollaender
Musique: Georges Bizet (dalla Carmen)
Première interprète: Annemarie Haase
De la revue
Spuk in der Villa Stern ("Fantômes à la Villa Stern")

 

 

 

 

 

Dans cette page, nous nous occupons d'une chanson satirique, probablement une des plus célèbres en langue allemande : An allem sind die Juden schuld (« TOUT EST LA FAUTE DES JUIFS»). Pas seulement célèbre, mais aussi réellement particulière sous chaque chacun de ses aspects ; à commencer par son auteur, Friedrich Hollaender (1896-1976). Il n'arrive pas souvent que celui qui est connu (et il l'est resté) pour être un musicien de valeur soit connu pour avoir écrit le texte d'une chanson dont la musique est reprise en réalité d'un opéra, dans ce cas-ci, Carmen de Georges Bizet ; mais c'est le cas précisément de cette chanson, qu'Hollaender inséra dans la revue musicale Spuk en der Villa Stern (des « Fantômes à la Villa Stern »), représentée pour la première fois au cabaret qu'il gérait à Berlin, le Tingel-Tangel-Theater, en septembre 1931 (la chanson fut interprétée pour la première fois par Annemarie Haase).

 

Friedrich Hollaender était né à Londres de parents Juifs allemands, et appartenait à une famille de musiciens ; mais de musiciens « sui generis ». Le père, Victor Hollaender, était directeur de l'orchestre du célèbre cirque Barnum ; l'oncle, Gustav Hollaender, était par contre directeur du Conservatoire Stern de Berlin. Rentré en Allemagne à l'âge de trois ans, Friedrich Hollaender devint lui-même musicien, et il atteint la notoriété internationale en composant, en 1930, la musique du film L'Ange bleu, avec ses chansons chantées par Marlène Dietrich. Le film est le symbole de la République de Weimar, il est interprété par une fière antinazista et mis en musique par un juif ( à noter que par contre, le protagoniste masculin ainsi que le premier Oscar de l'histoire, Emil Jannings, flirta ensuite avec le nazisme). 1930, 1931 : les dernières années de Weimar, unique et très libre atmosphère de cette Allemagne qui glissait à grands pas vers le gouffre sur un pas de danse et dans les fumées des cabarets. Puisque juif, Friedrich Hollaender vivait dans sa chair cette atmosphère où Hitler s'apprêtait à prendre le pouvoir avec le but précis de balayer la « corrompue et infernale » République de Weimar. L'antisémitisme allemand, du reste, marchait à plein régime, et l'intérêt historique de cette chanson satirique réside aussi et surtout dans sa valeur de témoignage d'une période où, en Allemagne, quand même il était encore permis de s'exprimer librement pour des Juifs qui voyaient monter la marée irrépressible.

 

Hollaender écrivit donc cette chanson en employant une arme particulièrement haïe par les nazis et tous les antisémites allemands : le ridicule. Il choisit, en la caricaturant, une musique très célèbre (celle de Carmen de Bizet, et en particulier son air le plus connu, la Habanera), en y installant un texte où l'image antisémite du juif, considéré comme à la base de tout le mal, de tous les malveillances et malheurs du monde, est mise au pilori par le biais de toutes sortes d'exagérations et en élevant ainsi à l'absurde les plus typiques argumentations antisémites. Les antisémites, et pas seulement les militants nazis, donnaient la « faute aux Juifs » pour chaque chose, sans donne de raison ou en justifiant le tout avec des arguments impossibles à prouver jusqu'à arriver à la simple faute tautologique : « C'est la faute des Juifs car c'est leur faute ».

 

Aux débuts des années 1930, du reste, dans ses revues musicales, Hollaender y allait assez fort ; dans la même revue satirique « Fantômes à la Villa Stern », dont cette chanson fait partie, il fait dire par exemple au Fantôme, à l'instant de son apparition : « Houhou ! Tutu ! Je suis un petit Hitler et je mords sans préavis ! Je vous mettrai tous dans ce damné sac ! Houhou ! Hihi ! Haha ! Wawa ! » Au Baron de Münchhausen, qui paraît aussi parmi les personnages, Hollaender fait dire : « Mensonges ! Mensonges ! Mensonges ! Mensonges ! Mensonges ! Tout ce que l'homme a vu, ce sont des mensonges ; cependant il les raconte tellement bien ! , et ainsi de suite. La chanson comporte des strophes contenant toutes les principales accusations contre les « Juifs », coupables, par exemple, de toutes les catastrophes mondiales (la guerre mondiale, la révolution russe de 1917 et les crises économiques de l'après-guerre). De ces accusations, qui étaient formulées authentiquement et quotidiennement, on passe à celles-là totalement des ridicules qui forment, inutile le dire, la vraie force ravageuse de la chanson. Est faute des Juifs, par exemple, que Greta Garbo ait une dent cariée, ou bien que la neige soit Que la neige soit terriblement blanche
Et de là, dit-on, froide », ou bien que le feu flambe, que les arbres soient dans le bois ou qu'un oignon ne soit pas une rose. On comprend ainsi que des accusations du genre n'ont pas certes pas moins de fondement que les plus « sérieuses », comme du reste cela se produit de nos jours (« les immigrés volent le travail aux Italiens », « les Gitans enlèvent les enfants », « les Roumains viole les femmes car c'est dans leur culture »). La chanson, donc, est un parfait symbole de la stupidité universelle de masse, principal bouillon de culture de tous les fascismes, les racismes et combien d'autres.

 

La chanson fait partie de cette douzaine de chansons, publiées entre 1930 et 1936, où est mentionnée l'homosexualité ; dans une des strophes, elle est donc faute des Juifs si le Prince du Pays de Galles est un « fenouil » [ NDT : en italien finocchio – fenouil est un des termes communs pour désigner un homosexuel : on peut le traduire par tante, tantouse, tapette, pédé, etc ] : ( j'emploie ici le terme politiquement incorrect en traduisant à la lettre l'allemand « schwul »). Hollaender se référait à Édouard VIII d'Angleterre, dont était connue l'homosexualité dès 1926 lorsque l'avait révélée la revue allemande Freundschaftblatt (« Revue de l'Amitié »). La chose à noter est que la revue en question était une revue gay ; dans l'Allemagne de Weimar, la publication (d'une revue homo) était libre. Il va de soi que la chanson de Hollaender obtint un succès sensationnel, et même une sorte d'hymne antinazi au moment où, avec les élections de 1930, l'insignifiant petit parti de Hitler était devenu la seconde force du Parlement. L'interprétation fut confiée à Annemarie Haase, elle aussi d'origine juive, qui, étant donnée la mélodie, pour la rendre encore plus satirique l'interpréta avec un accent « espagnol ». Bien qu'à l'évidence, le texte de Hollaender diverge totalement du livret de Carmen, la relation entre les deux textes est plus étroite que ce qui semble ; dans le texte de l'air lyrique, en effet, on affirme que « tout l'amour provient des gitans », cependant que dans la chanson tout le mal provient des Juifs.

 

Selon le musicologue Dietmar Klenke, la chanson de Hollaender est un parfait exemple du mécanisme de la soi-disant « projection du bouc émissaire » ; en parlant de l'effet que fit la satire de Hollaender, le même Klenke affirme que « les contemporains, pendant l'époque de Weimar, associaient la mélodie au monde des gitans avec un texte dans lequel une jeune gitane s'exprime en termes amoraux sur le thème de la sexualité. En mettant la chanson dans la bouche d'un nazi, le compositeur le ridiculise aux yeux des contemporains cultivés. La mélodie non appropriée aide à considérer les opinions nazies comme immatures et infondées. La force provocatrice de la chanson peut être encore mieux comprise en tenant compte du climat de heurts et d'hostilité parmi les diverses composantes de la population allemande durant la Grande Dépression ». [RV]

 

 

 

 

Qu'il pleuve, qu'il grêle,
Qu'il neige ou qu'il éclaire
Qu'il s'assombrisse, qu'il tonne,
Qu'il gèle ou qu'on sue,
Qu'il fasse beau, qu'il se couvre,
Qu'il dégèle ou qu'il verse,
Qu'il bruine, qu'il ruisselle,
Qu'on tousse, qu'on éternue :

 

De tout cela, les Juifs sont coupables !
Les Juifs de tout sont coupables !
Pourquoi, pourquoi sont-ils coupables ?
Enfant, tu ne peux pas comprendre, ils sont coupables !
Ils sont coupables ! C'est ce qu'on dit !

Les Juifs sont, sont et sont coupables !
Et même si tu ne le crois pas, ils sont coupables,
De tout, de tout les Juifs sont coupables !
C'est ainsi !

 

Si le téléphone est occupé,
Si la baignoire coule,
Si tes impôts sont augmentés,
Si ta saucisse goûte le savon,
Si le pain du dimanche n'est pas bon,
Si le prince de Galles est pédé,
Si la nuit les meubles grincent,
Si le chien gronde :

 

De tout cela, les Juifs sont coupables !
Les Juifs de tout sont coupables !
Pourquoi, pourquoi sont-ils coupables ?
Enfant, tu ne peux pas comprendre, ils sont coupables !
Ils sont coupables ! C'est ce qu'on dit !

Les Juifs sont, sont et sont coupables !
Et même si tu ne le crois pas, ils sont coupables,
De tout, de tout les Juifs sont coupables !
C'est ainsi !

 

Si le ministre Dietrich paye tes impôts,
Si la Dietrich de la tête au pied te sourit,
Si l'Okasa se renchérit,
Si une vierge dit : « Moi, je le fais, chéri ! » ,

Si les banques sont en crise,
Si la radio radote de vieilles histoires ,
Si la Garbo a une carie,
Si au cinéma, la jeune première pète :

 

De tout cela, les Juifs sont coupables !
Les Juifs de tout sont coupables !
Pourquoi, pourquoi sont-ils coupables ?
Enfant, tu ne peux pas comprendre, ils sont coupables !
Ils sont coupables ! C'est ce qu'on dit !

Les Juifs sont, sont et sont coupables !
Et même si tu ne le crois pas, ils sont coupables,
De tout, de tout les Juifs sont coupables !
C'est ainsi !

 

Que la neige soit terriblement blanche
Et de là, dit-on, froide,
Qu'en revanche le feu chauffe
Et qu'en forêt, du bois, on fagotte,
Que la rose ne soit pas l’échalote
Et que le cafard cafarde
Que Heine soit plein de santé
Et qu'Einstein soit surdoué :

 

De tout cela, les Juifs sont coupables !
Les Juifs de tout sont coupables !
Pourquoi, pourquoi sont-ils coupables ?
Enfant, tu ne peux pas comprendre, ils sont coupables !
Ils sont coupables ! C'est ce qu'on dit !

Les Juifs sont, sont et sont coupables !
Et même si tu ne le crois pas, ils sont coupables,
De tout, de tout les Juifs sont coupables !
C'est ainsi !

 

 
TOUT EST LA FAUTE DES JUIFS
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Marco Valdo M.I.
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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 22:38

FERME LA PORTE, PETIT

 

 

 

Version française – FERME LA PORTE, PETIT – Marco Valdo M.I. – 2013

d'après la version italienne FRATELLINO, CHIUDI LA PORTA de Stanislava

d'une chanson tchèque de Karel Kryl : Bratříčku, zavírej vrátka – 1968

 

 

 

 

Exil

(ici, celui des Républicains espagnols...)

 

 

 

 

 

Le répertoire de Karel Kryl n'est pas encore épuisé. Je voudrais ajouter aussi cette chanson qui à mon avis, est parmi ses chansons les plus touchantes. Le contexte est toujours celui de l'invasion de (la Tchécoslovaquie par les troupes « amies » du pacte de Varsovie) 1968. ...

 

 

 

Est-ce le chant d'exil ? Le chemin tortueux de la longue nuit de l'exil de nombre de jeunes (et moins jeunes) Tchécoslovaques... Te souviens-tu de Miluška ? Et pour la quantième fois dans le siècle, la quantième fois dans leur histoire ?

 

 

Oh, dit Lucien l'âne, on ne les compte plus ces envahisseurs et ces touristes d'un temps ou d'un autre. Les derniers en date étaient les Autrichiens, les Allemands, les Russes... Et à présent, les touristes et les investisseurs... Je me demande d'ailleurs si ce ne sont pas les pires... je veux dire, si on n'assiste pas là et ailleurs à une colonisation d'un nouveau genre (le genre « européen » et « libéral »), à cette domination par la paix et la « liberté obligatoire » dont on parlait l'autre jour. D'ailleurs, les Tchèques, les Slovaques comme les Allemands, les Polonais, les Hongrois, les Grecs, les Bulgares, les Roumains, les Espagnols, les Portugais, les Italiens, etc (je parle des pauvres évidemment) commencent à subir les effets de cette nouvelle forme de servage salarié, instauré au nom de et au profit de la « paix ».

 

 

Tu as touché juste... Je me souviens du temps où on marchait dans les rues en criant « Guerre à la guerre ! » . C'était limpide, c'était clair. Mais comment faire quand il faut faire la guerre à la paix, sans faire la guerre... ?

 

 

Comment combattre la paix ? En fait, il faut replacer cette idée dans le contexte de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres où la paix n'est qu'une des phases de la guerre toujours en cours, une sorte de temps mort dans le grand combat du temps... Un temps mort où se taisent les armes, où les armées fonctionnelles rentrent dans leurs casernes et n'encombrent plus les routes et les rues, où provisoirement les uniformes ne servent qu'à la parade. C'est une sorte de mirage et comme tu peux le constater, la guerre militaire n'est jamais bien loin ; elle rampe sur la surface de la terre depuis si longtemps et dans un certain sens, elle est consubstantielle à la richesse. De toute façon, si les armées sont dans leurs casernes, les forces de maintien de l'ordre sont toujours actives. J'arrête ici pour aujourd'hui. Nous y reviendrons.

 

 

Je le pense bien. En attendant reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde malade de la paix, empêtré dans son gigantesque mensonge pacifique, malade de son avidité, épuisé par ses ambitions, rongé par sa recherche frénétique du profit, pourri par ses richesses et dès lors, cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Petit, ne pleure pas !
Ce ne sont pas des monstres effrayants
Maintenant tu es grand…
Ce sont seulement des soldats.
Ils sont arrivés dans leurs mécaniques
Aux formes cubiques.

 

Avec une larme à la paupière
Nous nous regardons mutuellement.
Petit, reste près de moi
Je suis préoccupé pour toi.
Sur les sentiers tortueux,
Petit avec tes petites chaussures…

 

Il pleut ; dehors, le soir tombe.
Cette nuit ne sera pas brève.
Au loup, l'envie d'un agneau est venue
Petit, as-tu fermé la porte ?

 

Petit, ne pleure pas,
Ne gâche pas tes larmes.
Repousse les outrages
Épargne tes forces.
Et ne me jette pas la pierre
Si nous n'arrivons pas.

 

Apprends la chanson,
Ce n'est pas si difficile.
Appuie-toi, petit,
Le sentier est détruit.
C'est très dangereux
Mais nous ne pouvons plus retourner.

 

 

Il pleut ; dehors, le soir tombe.
Cette nuit ne sera pas brève.
Au loup l'envie d'un agneau est venue
Petit, ferme la porte !
Ferme bien la porte !

FERME LA PORTE, PETIT
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Marco Valdo M.I.
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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 21:59

LA PENDUE

 

Version française – LA PENDUE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – L'impiccata – Cesare Basile – 2011

 

 

Stigma Diaboli - Clovis Trouille

 

 

 

 

 

Folles, pendues, brûlées [[8853]], âmes simples, hérétiques en tous genres... Toutes au gibet, toutes au bûcher, car ce sont des possédées, des filles de Satan...

 

 

Mais que racontes-tu comme imbécillités , Marco Valdo M.I. mon ami ?

 

 

Des imbécillités ? Mais ce sont des imbécillités assassines et massacrantes prêchées par les moines, les missionnaires, les prêtres et bien des représentants des autorités constituées séculières ou célestes. Leurs inquisiteurs et leurs tribunaux allaient jusqu'à chercher sur le corps de ces dames la « marque » de Satan... M'est avis que tout cela se faisait car ils craignaient grandement la popularité et les réels pouvoirs de ces femmes – connaissance des simples et dans les deux sens du mot: hommes ou plantes. Et puis, elles étaient les filles de Cro-Magnon... les filles et les porteuses d'une civilisation ancienne et à éradiquer, elles maintenaient les valeurs d'un autre monde, d'un monde où femmes libres, elles vivaient parmi les hommes libres... Un monde où le Dieu des puissants, leur Dieu, leurs prêchi-prêchas, leur Pontifex maximus, leurs croisades et leur puissance temporelle n'existait pas. Bref, elles venaient tout droit du monde qu'ils avaient mis tant de temps et tant d'efforts à détruire... Sans jamais y arriver. Elles en viennent encore aujourd'hui.

 

 

Aujourd'hui encore, c'est leur ambition à ces dominateurs d'asservir tout le monde. Ce sont des impérialistes, des catholiques comme ils se nomment ; ils veulent dominer ( Domine?) le monde. Au nom de Dieu, qu'ils disent... Mais personne n'a jamais pu le vérifier... Et pour cause.

 

 

Bien, je te rappelle quand même qu'ils ont fait école et qu'ils ont de redoutables concurrents en ce domaine. Mais pour en revenir plus précisément à la chanson, la pendue (le pendu...) a souvent été une victime expiatoire, un bouc émissaire, en quelque sorte. Une rassurance... Holà, j'aime bien ce mot, même s'il ne figure dans aucun de nos dictionnaires contemporains … Sauf le DVLF (Dictionnaire vivant de la langue française, publié sur Internet par l'Université de …. Chicago), qui l'a repris de Littré, lequel avait trouvé ce mot de « rassurance » chez Mirabeau.

 

 

Belle référence !, dit l'âne Lucien en pliant le genou.

 

 

Certes, mais revenons à notre rassurance... Pendre cette femme libre d'esprit, c'est pendre la liberté de pensée, la liberté d'être. Car si la liberté fait peur aux puissants et aux riches (j'entends bien la liberté des autres, celle des pauvres...), il importe que tout le monde ait peur de la liberté. Paura della libertà est le fondement de tout pouvoir [[11043]]. Pour instiller cette peur, les dieux, leurs histoires à dormir debout et leurs laudateurs [[7796]] sont les marionnettes qui projettent des ombres sur les murs... Pendre cette femme, c'est montrer à tous où mène la liberté, du moins, quand les puissants n'en veulent pas, quand ils la répriment... Par tous les moyens... Essayez un peu de critiquer, de mettre en cause, de dénoncer, de ridiculiser... mettons un roi, un président de République ou quelque chose d'approchant... Ou le Pape aux grandes heures de la chrétienté ou que sais-je Allah en Iran ou en Arabie... Tout cela se tient.

 

 

Raison, raison, raison... Raison de plus pour reprendre notre tâche et tisser sans relâche le linceul de ce vieux monde de religions, de dieux, de fantômes, d'oppresseurs, de bûchers, de lapidations, d'assassinats, de pendaisons et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

L'hiver est arrivé, la glace est venue
La nuit m'a faite horreur
Les fleurs ont pris mes odeurs
Je suis celle qui reste, je suis la pendue

Pendue par les pieds et les seins
Car j'étais la pire des chiennes
Qui se moquait de la joie
Montrant mon visage, me frottant à tous, me mariant à tous les coins.

Sans vous déranger.
Exposée par les pieds et pour la sagesse
De sorte que je rende à la loi ce que je n'ai pas donné à ma race
Je suis la pendue, je suis celle que vous regardez.

 

Vous crachez à présent sur mon ventre renversé
Sur ce sacré cœur en émoi
Car je suis la dérision, pas la joie
Montrant mon visage, me frottant à tous, me mariant à tous les coins sans vous déranger 

LA PENDUE
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Marco Valdo M.I.
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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 22:31

L'HOMME, LA FEMME ET LA

 

FLEUR

 

 

Version française – L'HOMME, LA FEMME ET LA FLEUR – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – L'uomo, la donna e il fiore – Quartetto Cetra – 1968


Texte et musique d' Anton Virgilio Savona et "Tata" Giacobetti
Récit : Anton Virgilio Savona
Du spectacle: "Non cantare, spara!"
Transcrite à l'oreille (merci à Giorgio pour ses opportunes corrections)



 

 

 

 

L'importance du Quartetto Cetra. Ils faisaient, à quatre, des chansons d'« amusement » ; mais ils le faisaient avec un style inimitable, humoristique et souvent plein d'humour noir. Entre les lignes, ensuite, ils étaient capables de dire beaucoup de choses. Ainsi dans cette « chansonnette », inspirée explicitement d'une « parabole » de l'écrivain et du journaliste américain James Thurber (1894-1961). Nous avons cherché un peu, et nous avons découvert que la « parabole » est en réalité un récit intitulé The Last Flower ; il l'écrivit en 1939. Exactement l'année où éclata la II guerre mondiale dont ... et nous ne croyons pas que ce soit un hasard. Une « canzoncina » dans laquelle est décrite, avec des mots très simples, la tendance éternelle de l'humanité à s'étriper ; et nous craignons que, tôt ou tard, ne resteront même pas cet homme, cette femme et cette fleur pour recommencer. Dans la chanson, avec les chiens et avec les lapins, ils semblent presque s'avertir des échos même d'un chef-d'oeuvre de la science-fiction, City de Clifford D. Simak (traduit en français sous le titre « Demain les chiens »).

 

 

 

 

Voilà donc un commentaire très informé et diablement utile. Je l'ai traduit pour ces raisons et aussi, pour en corriger un peu la perspective. Cependant, une petite remarque d'ordre littéraire... Il me semble que le roman de Simak reprend assez bien un roman français peu connu (du moins maintenant) d'Ernest Pérochon, publié en 1925 et intitulé « Les Hommes Frénétiques ». Il y était question de l'auto-massacre de l'humaine nation et d'un recommencement par deux jeunes gens avec l'aide des chiens. Et tout à trac, Lucien l'âne mon ami, toi qui as mille fois plus d'expérience que je ne pourrai jamais en avoir et un avis nettement plus fondé que le mien, penses-tu qu'on puisse ranger cette chanson dans les « chansonnettes », dans les « canzoncine »...

 

 

Ah, dit Lucien l'âne en ouvrant des yeux galactiques, laisse-moi le temps de l'entendre et je te dirai...

 

 

Et alors, tu l'as entendue, tu l'as même lue, qu'en penses-tu ?

 

 

D'abord, dit Lucien l'âne en s'ébrouant comme Modestine au sortir d'un gué profond des Cévennes, j’insiste pour que l'on ne me prenne pas pour un vieux barbon, ni pour une autorité en quelque matière que ce soit. Certes, j'affirme cependant que mon avis est mon avis, que j'y tiens et que je le partage... De plus, très volontiers avec toi. Bref, je ne suis pas, non, certes non... un âne normand qui dodeline de la tête (et au demeurant, de quoi d’autre pourrait-il dodeliner ?) pour dire un coup oui, un coup non et te regarder d'un air effaré pour signifier ni oui, ni non.

 

 

Oui, mais la chanson ? Car Lucien l'âne mon ami, tu t'égares, tu vas là vaguant on ne sait où, dodelinant, si, si, dodelinant tel un âne normand de ton crâne si large et si noir et balançant les oreilles dans la perplexité du monde. Tu t'égares, tu t'égares et je ne te suis plus. Reviens si tu le peux à ton sentiment à propos de cette chansonnette, de cet homme, de cette femme et de cette fleur.

 

 

Et bien, ça tombe bien que tu me pousses dans ce sens ; il y a longtemps que je voulais dire certaine chose et je vais la dire ; d'autant qu'elle répond à ta question. Mais dès lors, garde à l’esprit que ce qui sera dit ici a valeur exemplative et somme toute, générale. Si l'on veut avoir un avis à propos d'une chanson, on peut l'écouter, mais l'écoute est trompeuse. Dans le cas qui nous occupe, si l'on s'en tient à une écoute superficielle, qui est celle qu'on a « en passant », elle a bien l'air d'une « canzoncina », telle qu'on la faisait à son époque – avant 1970. Mais ensuite, il faut se demander qui chante... Par exemple. Et là, s'agissant du Quartetto Cetra, il convient de se demander si cette apparente « canzoncina » ne serait pas dotée d'un accompagnement musical à l'acide parodique. En fait, elle l'est. Elle ressemble à s'y méprendre à la production de chansons légères de l'époque, à ce qui dégoulinait de toutes les radios, à la purée et au brouet que servaient les télévisions, aux prestations lamentables qui s'affrontaient dans les concours. Et si de plus, on lit le texte – et c'est là l'essentiel, on découvre qu'il s'agit là d'une grande chanson camouflée en « canzoncina ».

 

 

C'était bien mon idée et la raison pour laquelle je t'avais posé la question. Pour le reste, je veux dire sur le fond, on était au temps de la confrontation atomique et la disparition de l'humaine nation paraissait plausible et devoir résulter d'une explosion ou d'une série d'icelles. Il n'en a rien été, car dans la Guerre de Cent Mille Ans, il n'est nullement question de détruire l'humanité entière, il faut juste s'en assurer le contrôle et l'exploitation. Dès lors, la guerre est plus rusée et plus complexe qu'il n'y paraît et elle n'est pas pressée d'atteindre la fin de ses Cent Mille Ans. Prenons les conflits en cours, ceux qui font la une des journaux, ceux où on s'étripe, on s'empoisonne, on s'incendie, on se bombarde... Ce sont des événements périphériques qui détournent l'attention de la vraie dimension du massacre. Certes, ils sont épouvantables et désolants, mais ils font tous comptes faits peu de victimes. Leurs ravages sont limités si on les compare à la faim, à la soif, par exemple ou à la maladie ou à la misère ou aux guerres locales et occultes ou en tous cas, occultées. Là, peu de matamores, peu de roulements de tambours médiatiques... Juste la mort ou l'horreur au quotidien. Dans le silence des nations et même, ces ravages sont couverts par le voile pudique de la paix. Dans ce que j'ai appelé les « conflits en cours » se pose la question « faut-il combattre la guerre par la guerre ? ».... Oh, je vois ton regard... Ce n'est pas moi qui pose cette question... Elle est dans tous les journaux, dans tous les discours... Question rhétorique, s'il en est. Mais, la vraie question paradoxale seulement en apparence, c'est « Peut-on combattre la paix ? ». Dans la Guerre de Cent Mille Ans, la paix et la guerre sont des états d'un même processus et de surcroît des états intermédiaires, secondaires, anecdotiques par rapport à cette Guerre que les riches font aux pauvres afin d'asseoir leur domination, d'étendre leur dominium, de renforcer leur pouvoir, de multiplier leurs profits, de... Regarde ce qu'ils font aux Grecs... Ils sont en train de les détruire, de les réduire en esclavage par la paix. Orwell avait bien vu : « La Guerre, c'est la Paix »

 

 

Et inversement, dit Lucien l'âne avec une gravité de circonstance. Et puis, quand tu dis « regardez ce qu'ils font aux Grecs », il faut évidemment comprendre aussitôt : « Ils vous le feront bientôt ». On annonce des dizaines de millions de miséreux en Europe – en plus des existants et dans le même temps, on se félicite de l'accroissement des richesses des riches et on répète à l'infini que l'Europe est en paix. Quant à la disparition de l'espèce humaine, de l'humaine nation... Elle est probable ou disons que la probabilité qu'elle se perpétue éternellement est faible, ne fût-ce que parce que le système solaire et donc, la Terre, sont périssables.

 

 

Sauf peut-être, et on retrouve ici la morale de la chansonnette,

 

« La destruction fut ainsi complète et dans ce malheur

De flammes et de ruines, se sauvèrent par bonheur :

Un homme, une femme et une fleur. »

 

sauf peut-être donc si un petit groupe arrive à sortir de notre espace clos et à recommencer l'aventure quelque part dans un lointain lontanissime.

 

 

Admettons, dit l'âne Lucien en rejetant d'un joli mouvement du menton son oreille gauche vers le soleil, mais que deviendront les ânes ? Et puis, il ne faudrait pas que ce soit là le début de l'éternel retour...

 

 

On divague, on divague..., Lucien l'âne mon ami.

 

 

Moi, ça me plaît assez de divaguer ainsi, mais en attendant la fin de l'espèce, de la planète, du système et de la galaxie, quand ce ne serait pas de l’univers entier... Que sais-je ? Et puis, la guerre, la guerre, on n'a pas que ça à faire... Abrégeons, coupons court et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, belliqueux, pacifique, mortel, avide, assassin, autodestructeur et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Récité :

 

En promenant le regard sur les étagères d'une bibliothèque,
Nous avons trouvé un livre de James Thurber ;
Et parmi tant de paraboles de cet écrivain américain,
Nous avons voulu en mettre une en musique.
Pour mieux la comprendre, vous devez supposer
Qu'elle n'a pas été composée aujourd'hui, mais dans un
Futur fort lointain, c'est-à-dire environ, en l'an 5000.

 

 

L'histoire conte qu'en Cinq mille toute la civilisation
Fut détruite par une grande guerre : pauvre humaine nation !
Chaque ville disparut de la Terre, tout s'effaça,
Bois et villages furent incendiés, les cendres seules il resta.

 

Hommes et femmes, jeunes et vieux, êtres de toutes conditions
Étaient diminués, débiles : pauvre humaine nation !
Les chiens voulurent se débarrasser de leurs maîtres,
Et les lapins, devenus audacieux, commandèrent.

 

De la peinture, il ne resta rien ; de la poésie, rien ne resta
On ne put rien sauver, et l'homme s'ennuya.
Les adolescents et les jeunettes ne se regardaient plus,
L'amour sur la Terre n'existait plus !

 

 

 

Récité :

 

Et ensuite qu'advint-il ? Il advint qu'une fillette trouva
Une chose qu'elle n'avait jamais vue : une fleur.
La dernière fleur. Et s'aperçut qu'elle était en train de mourir.
Elle le dit à tout le monde, mais l'unique qui l'écouta
Fut un jeune homme qu'elle rencontra par hasard.

 

 

Les deux jeunes, instinctivement, ranimèrent la fleur
De cette fleur naquit une autre fleur, naquirent milles fleurs !
Abeilles et papillons sur les corolles recommencèrent à voler,
Les campagnes de chaque continent se mirent à bourgeonner.

 

Vint la pluie, et la fillette dans l'eau se mira

Elle se vit très belle, il la regarda, et doucement l'embrassa…
Naquit l'amour, dans le monde entier, tout se réveilla,
Et les enfants coururent heureux, riant insouciants ici et là

 

 

 

Récité :

 

 

Et les chiens retournèrent chez leurs maîtres,

Le jeune mit une pierre sur l'autre.
Et tous mirent une pierre sur l'autre !
Naquirent des maisons ; naquirent des villages ; naquirent des villes !

 

Musiques et chants, mille jongleurs, chimistes et inventeurs
Couturiers et drapeaux, médecins et avocats prirent place encore !
Gardes, soldats, caporaux, majors et grades supérieurs
Grands généraux, grands maréchaux et le grand Libérator

 

Ils choisirent la place où habiter, sur la colline, sur le bord de la mer
Chaque région se peupla, et on dressa les bannières...

 

 

 

Sur un rythme de marche militaire :

 

Ceux qui vivaient sur les collines 

Descendirent vers la mer
[bruits de guerre et de bataille]

 

Ceux de la mer, pour changer d'air,

S'en allèrent occuper les collines …

 

Ainsi après tant de temps, tant de paix sereine,
Ils reprirent le jeu de la guerre entre les collines et les plaines !
La destruction fut ainsi complète et dans ce malheur
De flammes et de ruines, se sauvèrent par bonheur :

 

 

Un homme, une femme et une fleur.

L'HOMME, LA FEMME ET LA  FLEUR
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Marco Valdo M.I.
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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 21:19

LES CHEMINANTS

Version française – LES CHEMINANTS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Caminanti – Cesare Basile – 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

Un à un, ils se suivent

Jamais trop près de l'asile
En files décousues
Sur les chemins des conformes
Comme des notes égarées
D'autres chefs-d’œuvre
Mâchés dans la touffeur d'août
À petits pas doux.

 

Ils sont les fous mais libres
De sortir fumer
De porter sur leur dos la douleur
Intermittente et atténuée
Qui ne les laisse pas
Le devoir ne s'y perd pas
Ils sont libres de fumer
Fous et solitaires.

 

Ils ont des voix perdues
Dans un corps occupé
Les paroles claires et corrompues
De qui raisonne la maladie
Sont seulement des clepsydres
Pour les gardes de nuit, où
On n'écoute pas les fous
Pour ce qu'ils disent
Vouloir dire

 

Un regard de temps en temps
Se lève et se rappelle
Que nous étions des enfants

 

Qu'on pouvait devenir fou de jeu
Que quelqu'un finalement
A réussi vraiment à rire
Un autre en faisant semblant
Et difficilement
A appris à dormir

LES CHEMINANTS
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Marco Valdo M.I.
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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 20:41

AUCUN HOMME N'EST UN

 

HOMME QUELCONQUE

 

Version française - AUCUN HOMME N'EST UN HOMME QUELCONQUE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Nessun uomo è un uomo qualunque – Claudio Lolli – 2000

Texte de Claudio Lolli
Musique de Claudio Lolli et Paolo Capodacqua

 

 

 

 

 

Aucun homme n'est un homme quelconque
Sa valise peut contenir
Un cadeau volé en vitesse
Une rose à porter pour fleurir
Une femme, une femme toute de tendresse

 

Aucun homme n'est un homme quelconque
Sa valise peut contenir

Un pyjama porté en cellule
Une veste prête à finir
Liberté et pauvreté en soirée

 

Aucun homme n'est un homme quelconque
Sa vie peut receler

Une douleur qui brûle sa poitrine
Et le dos lui donne à le plier
Une douleur qui force à le respecter.

 

Aucun homme n'est un homme quelconque
Sa tête peut entretenir
Le souvenir d'un songe qui rêve
Ces pensées qui jamais ne servent
Mais qui rêvent si bien l'avenir.

 

Aucun homme n'est un homme quelconque
Sa vie peut souffrir
D'un souffle qui lui mord la poitrine
Et lui tord le dos à l'endolorir
Dans le silence du monde où s'accomplit un délit parfait.

 

Aucun homme n'est un homme quelconque
Son corps peut se complaire
D'un amour cherché sans trêve
D'un amour découvert soudain
D'un amour qui ne manque pas le train.

 

Aucun homme n'est un homme quelconque
Sa vie peut s'enrichir
D'un amour qui lui brûle le sexe
Qui lui fait cambrer l'échine
D'un amour que tour à tour, nous lui devons offrir.

 

 
AUCUN HOMME N'EST UN  HOMME QUELCONQUE
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Marco Valdo M.I.
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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 20:32

EAU DOUCE

 

Version française – EAU DOUCE – Marco Valdo M.I. – 2013

d'après la version italienne d'une chanson en « laghee » (Lombard)

Akuaduulza – Davide van de Sfroos – 2005

Texte et musique de Davide Bernasconi, alias Davide van de Sfroos.

 

 

 

 

 






Dans quelques jours, exactement le samedi 9 septembre 2006, je quitterai la Suisse où j'ai vécu pendant quelques années. C'est en Suisse, de Suisse, que ce site s'est définitivement formé, structuré et développé ; et il continuera en partie à le faire, vu qu'en Suisse reste notre webmaster, Lorenzo Masetti. Riccardo Venturi, par contre, s'offre le dix-neuvième déménagement de sa vie et s'en retourne, cette fois, à Florence. Au moins jusqu'à la prochainefois où il repartira qui sait où, évidemment fêtant de bonne façon le total de ses vingt déménagements de par le monde.

La Suisse est un étrange pays. Si près de l'Italie et de l'Europe, et si loin en même temps. Tous y ont été. Beaucoup y sont allés pour travailler, pas toujours bien traités. D'autres s'y sont réfugiés en fuyant des horreurs de chez nous. D'autres y ont porté leur argent, propre ou sale. Un pays étrange et méconnu, peut-être aux Suisses eux-mêmes. Le pays neutre. Le pays qui ne fait pas la guerre. Le pays où j'aurais pensé le moins du monde à aller vivre ; et j'y suis allé par amour. Sans y réfléchir un instant. Par amour, mais avec en main, un livre d'histoire de la Suisse. Je ne vais jamais dans un pays sans en étudier l'histoire.

 

Aussi tant que nous y sommes, je voudrais raconter un petit épisode de l'histoire suisse. Nous sommes en 1529. En Suisse, la Réforme luthérienne est arrivée, et ont commencé les luttes intestines, les guerres de religion qui persisteront entre les divers cantons jusqu'à la moitié du XIXième siècle. Confédérés réformés et catholiques s'affrontent sur le terrain, et se préparent livrer bataille dans la localité de Kappel, dans le canton de Glaris. Les deux armées sont déjà rangées, lorsque de Glaris arrive l'huissier et landaman, Hans Aebli, courant, haletant. Il a adhéré à la Réforme, mais il tente tenir son petit canton hors des guerres qui flambent ailleurs. Il se met au milieu des deux rangs, tient un discours et convainc les antagonistes de renoncer à se massacrer entre frères. Sur le champ de bataille, au lieu de la mêlée, on allume un feu ; et on y place un énorme chaudron plein de soupe au fromage. Tous se mettent à la manger, ensemble : protestants, catholiques, commandants, simples soldats. Depuis lors on appelle cette soupe : « Soupe de Kappel ». Au lieu de se faire de la guerre, on mange une soupe.

 

Ensuite, je voudrais vous en raconter une autre histoire, toujours sans façon. Nous sommes, cette fois, en 1625. Les habitants de Wyl, village sur le Lac des Quatre Cantons (je défie n'importe qui d'en prononcer correctement le nom allemand : Vierwaldstättersee), sont en dispute avec les Lucernois pour des questions de taxes et de gabelles. Et que font-ils ? Ils créent un canton pour eux seuls. Ils déclarent l'indépendance vis-à-vis de Lucerne et mettent sur pied en dix minutes un mignon petit canton tout organisé, de deux kilomètres carrés. De Lucerne, à la nouvelle, est envoyée une puissante armée pour dompter les rebelles : deux canots à rames remplis de soldats désarmés. Ils arrivent à Wyl et reconquièrent le petit canton manu militari ; ensuite les Lucernois abolissent les taxes et les gabelles, la révolte se calme et tous se mettent table.

 

 

Vous vous demandez arrivés à ce point : mais qu'est-ce que tout ceci a à voir avec « Akuaduulza » (EAU DOUCE) ? Eh bien, la Suisse est un pays de montagnes. De hauts plateaux. Et aussi de lacs. Il y en a beaucoup. Nous en avons vu une fois, un étrange lac morainique d'une forme fantasmagorique, amiboïde, indéfinissable. Une espèce de matelot comme moi peut aimer la montagne, comme plus que digne de se comparer à de la mer ; sauf le lac. Le lac est un univers qui lui est inconnu. Une flaque d'eau douce pour lequel il nourrit au maximum quelques mots de bienveillance ironique. Avec le sel dans les narines, il pense : « Le lac ne sent rien. Il ne pue pas. » Comme il se trompe. Et combien il flaire un lac ; et chaque lac a son parfum. Et cette flaque d'eau douce sait être une mer. Elle sait être, surtout, un monde infini. Je le dis à la personne que j'aime, qui est née sur le rivage d'un lac (de Lugano); et même à une des piles des CCG, Adriana, qui est née elle aussi sur la rive d'un lac à moitié suisse, à demi italien (le Majeur) et y habite toujours. Douce ou salé, mer ou lac, les CCG sont un site d'eau.

Un petit grand monde infini. Je m'en suis aperçu pas très il y a longtemps, sur un lac même pas grand. À quelques kilomètres de Fribourg. On appelle lac de Morat, ou de Murtensee. J'avais déjà navigué sur un lac, par exemple sur le lac de Trasimène, en Ombrie. Mais il m'est arrivé, sur le lac de Morat, d'appareiller du rivage sur un bateau de la Navigation Marchande suisse pour faire un tour d'une heure qui touche toutes les localités côtières, et d'éprouver une sensation spécifique : me détacher de la terre. Jusqu'à présent, elle avait été réservée seulement à la mer. Je flairais l'odeur du lac. Il peut se faire qu'il ne me soit jamais habituel. Il peut se faire que je ne le reconnaisse jamais comme mien. Mais, sûrement, dans le reste de ma vie, lorsque je me trouverai devant un lac, j'aurai une sensation fort différente de celle que j'avais au début.

 

 

 

Et ainsi, comme dédicace à la Suisse, à ses soupes de Kappel, à ses minicantoni, à son histoire bizarre et à son histoire méconnue, et même à ses gens et surtout leurs« grains de folie », desquels je vais toujours à la recherche par habitude et par nature, j'ai voulu dédier comme hommage d'adieu une chanson qui parle d'un lac. Ce n'est pas un lac suisse, même s'il en est très voisin. Écrit par quelqu'un des « laghee » dont on peut tout dire sauf qu'il ne fait pas la musique avec le son coeur. Ensuite, on peut l'aimer, le détester, on peut y être indifférent, comme on veut. Moi-même, j'aime seulement certaines chansons, de Bernasconi David, alias Davide Van de Sfroos ; parfois, j'éprouve le désir d'aller l’entendre, jouer, et dix minutes après j'irais plutôt à un concert d'Orietta Berti (une chanteuse italienne à succès ; quelque part entre Mireille Mathieu, Carla Bruni et Chantal Goya ou entre Line Renaud et Dalida. [http://www.oriettaberti.it/home.htm]). Cependant, je repense au « Genesio », à « Polenta e galina frègia”», et à cette « Akuaduulza » (EAU DOUCE). Ce sera , pour moi, la chanson du lac. C'est avec cette chanson que je salue lacs et montagnes, et je retourne à ma mer, à cette flaque un peu plus grande et un peu plus salée.

Riccardo Venturi – 2006

 

 

 

 

 

 

Histoire suisse pour histoire suisse, dit Lucien l'âne, en voici une pour compléter celles de notre ami Ventu et confirmer sa définition de la Suisse comme « petit grand monde infini ». Les Suisses disent que la Suisse est le plus grand pays du monde quand on la déplie...

 

 

 

Eau douce, eau douce mais d'une douceur que personne ne veut boire

Eau fatiguée, eau bouffie, elle aspire les jambes des enfants et les rames

Lavandière sur le rivage avec sa planche pour appuyer les genoux

Le savon et la chemise, frotte les tissus et le reflet des montagnes

Cette vague vagabonde est une langue qui baigne les paroles

Langue qui coupe et langue ronde d'abord timide et puis, qui asperge tout.

 

Eau douce, eau douce trop haute pour se faire caresser

Eau claire ou sale, trop vieille pour remonter

Sous le ventre de chaque barque et sur la tête de chaque pierre

Au-dessus du rosaire de chaque mémoire, mais sur toi pas même un pas ne peut rester

Ni le soleil qui te fouette le dos, ni la lune qui se baigne les pieds,

Ni l'épée de chaque tempête n'arriveront à te laisser même une griffure.

 

Eau douce, eau douce, eau qui s'enfuit puis revient

Eau verre, eau perle prête pour tous et qui n'attend personne

Face de tortue et face de poisson en carpione

Face qui semble t'appartenir et alors nous te voyons sans te regarder

Quelqu'un fuit la puanteur de l'algue, puis revient se laver

Quelqu'un crache sur ta vague, puis en larmes revient

 

Eau douce, eau douce : de combien d'eau ces yeux sont remplis

Eau noire et immaculée, eau bénie sans raison

Passe un bateau, passe un hiver, passe une guerre, passent les poissons

Passe le vent qui vole ton manteau et passe le brouillard qui éteint les étoiles

Dans la breva qui mord les vêtements, un pêcheur quitte le rivage

Il rame debout sur cette feuille qui balance avec ma chanson qui jamais ne finit. 

EAU DOUCE
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Marco Valdo M.I.
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