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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 18:51

DERNIER DES MOHICANS

 

Version française – DERNIER DES MOHICANS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne - Ultimo mohicano - Gianfranco Manfredi – 1977

Paroles et musique de Gianfranco Manfredi
Du disque intitulé “
Zombie di tutto il mondo unitevi” (Zombies de tous les pays, unissez-vous!)

 

 

 

 

 

 

 

Dernier des Mohicans
Un pavé à la main
Seul ici dans la rue
Et la barricade
Où l'ont-ils emmenée ?
Il n'y en a plus.

 

Dernier des Mohicans
Un pavé à la main
Il n'y a plus de police
À qui je le jette, alors ?
Je vais faire un tour,
J'entre au café.

 

Appuyé au comptoir, je bois un thé avec le balayeur
Il me demande si la commune le payera

Je ne sais que dire, mon ami, jouons un peu

Un jour peut-être cette rue

Sera sale comme avant, quand...

 

Dernier des Mohicans
Un verre à la main
Ils m'ont laissé ici

Peut-être qu'ils reviendront

Cette année peut-être ou alors...

Ceux comme moi.

 

Dernier des Mohicans

Je fais un peu de fumée

Le signal monte

Monte dans la nuit

Cherche les marmottes

 

Ici, on ne s'éveille plus.

DERNIER DES MOHICANS
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Marco Valdo M.I.
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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 18:56

MAIS QUI A DIT QU’ELLE

 

N'EXISTE PAS

 

Version française - MAIS QUI A DIT QU’ELLE N'EXISTE PAS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Ma chi ha detto che non c'è – Gianfranco Manfredi – 1976


Texte et musique de Gianfranco Manfredi
Album :Ma non è una malattia (Ce n'est pas une maladie)

 

 

 

 

Cette fois, mais c'est souvent le cas, je t'apporte une chanson à haute teneur poétique, une chanson de haute intensité mentale, une chanson qui parle au cœur et à l'esprit.

 

 

Je me réjouis déjà de te l'entendre dire, Marco Valdo M.I. mon ami, dit l'âne Lucien en souriant. C'est toujours un plaisir de découvrir une nouvelle chanson et ce plaisir se multiplie dans son attente de ce que tu m'annonces là. Mais, dis-moi vite ce qu'elle raconte cette chanson, de quoi elle parle, qui l'a écrite... Enfin, tout ce qu'il te plaira de raconter...

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, j'aime beaucoup que tu aimes ce que je te mitonne et aussi que tu réagisses avec tant enthousiasme à mes annonces. Et puis, tu fais bien de poser toutes ces questions, car en effet, l'intérêt d'une chanson tient à ce qu'elle raconte, à l'auteur, à la façon dont elle raconte les choses, d'où elle vient...

 

 

D'abord l'auteur, si tu veux bien.

 

 

En deux mots, Gianfranco Manfredi est né à la moitié du siècle dernier et avait vingt ans en 1968 – ce qui le situe déjà assez bien. Ses parents enseignaient la musique. Lui a fait des études de philosophie dans des années assez agitées en des temps où les intellectuels ne trahissaient pas tous, ne s'alignaient pas tous systématiquement du côté des riches et des puissants.

 

 

Je vois, je vois, dit Lucien l'âne en avançant un sabot noir comme la nuit sans lune. Par parenthèse, ce mal (la trahison des clercs) a été récemment analysé et dénoncé par Andrea Camilleri qui disait, c'était au début novembre : « La mauvaise santé de l'Italie aujourd'hui est due aussi à cette sorte de mélasse dans laquelle tous se roulent et à la conformisation qui en découle. Un jeune intellectuel qui commence à émerger aujourd'hui, n'émerge pas car il représente une voix hors chœur mais précisément car il sait incarner mieux que tout autre, un désir dominant de non-engagement, de non participation... » et il conclut : « Mais je dois le dire avec beaucoup de déplaisir – les intellectuels d'aujourd'hui n'ont même pas conscience de leur trahison ». Pour le reste, je te renvoie à son récent article « Alla ricerca dell’impegno perduto », titre proustien s'il en est. [http://temi.repubblica.it/micromega-online/camilleri-alla-ricerca-dellimpegno-perduto/]

 

 

De fait, ce mal est pernicieux et frappe de stupeur – à quelques rares exceptions – les intellectuels dans toute l'Europe, sinon dans le monde. La trahison des clercs est universelle. En fait, ce sont les courtisans du système. Ils en recueillent avec componction les prébendes. Mais, assez causé de cela. J'en viens à la chanson... De qui, de quoi parle-t-elle ? Du moins, la version que j'en ai tirée. Mais d'abord, il convient de préciser son titre : « MAIS QUI A DIT QU’ELLE N'EXISTE PAS », qui, tu en conviendras, est assez énigmatique. Laissons de côté tout le reste et voyons l'essentiel, à savoir qui est cette « elle », dont certains disent qu'« elle n'existe pas ». Je vois deux hypothèses... Ce peut être soit la liberté, soit la révolution ; mais j'imagine mieux la chose avec l'une englobant l'autre ou alors, les deux ensemble. Il y a quand même un indice : la taupe.

 

 

Mais que vient donc faire une taupe dans cette histoire ? D'où sort-elle celle-là ? Que peut-elle bien signifier ?, dit Lucien l'âne en fronçant les sourcils et en ramenant ainsi ses oreilles vers l'avant esquissant ainsi une jolie grimace.

 

Je te raconte vite cette histoire de taupe et tu verras en effet qu'elle n'est si anodine. Ainsi, la première apparition de la taupe remonte à Shakespeare et à la réponse qu'Hamlet fait au spectre de son père qui remue la terre de sa tombe...

 

Et rappelle-moi ce que dit Hamlet..., dit l'âne Lucien vivement intéressé.

 

Je te cite la traduction française : « Bien dit, vieille taupe ! Peux-tu donc travailler si vite sous terre ?. L'excellent pionnier ! ». Et bien des années plus tard, nouvelle apparition de la même taupe chez le philosophe allemand Hegel, que je te cite :

e te cite la traduction française : « Bien dit, vieille taupe ! Peux-tu donc travailler si vite sous terre ?. L'excellent pionnier ! ». Et bien des années plus tard, nouvelle apparition de la même taupe chez le philosophe allemand Hegel, que je te cite : « Il arrive souvent que l'esprit s'oublie, se perde... comme dit Hamlet de l'esprit de son père : "Bien travaillé, vieille taupe !" - jusqu'à ce qu'il trovue en lui-même assez de force pour soulever la croûte terrestre qui le sépare du soleil...L'édifice sans âme, vermoulu, s'écroule et l'esprit se montre sous la forme d'une nouvelle jeunesse."

 

 

Ah, dit Lucien l'âne, voilà qui est intéressant. Mais ce serait donc l'esprit et non la liberté ou la révolution...

 

 

Attends la suite avant de te prononcer, car la voici revenue notre taupe dans le discours de Karl Marx et là, il s'agit de la révolution : « Nous reconnaissons notre vieille amie, notre vieille taupe qui sait si bien travailler sous terre pour apparaître brusquement… » et enfin, j'ai encore repéré sa trace chez Rosa Luxemburg, qui disait : « vieille taupe, tu as fait du bon travail ! ... Impérialisme ou socialisme. Guerre ou révolution, il n'y a pas d'autre alternative ! »
Dès lors, la présence de la taupe, comme tu le vois, impose inévitablement l'idée de révolution. Enfin, liberté ou révolution se confondent finalement, vues de ce côté-ci de la barrière – je veux dire du côté où se situent la chanson, Gianfranco Manfredi, Andrea Camilleri et toi et moi et des millions d'autres... dans cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin d'accroître leur domination, de renforcer l'exploitation, d'étendre leurs possessions, de multiplier leurs profits, de protéger leurs privilèges, de magnifier leurs richesses.

 

Alors, bienvenue à cette chanson, un « poing levé » (en italien : « pugno chiuso ») à son auteur et à tous ceux de ce côté de la barrière et reprenons notre tâche de « taupes », creusons le tombeau de ce vieux système (comme disait Hamlet : « Notre époque est détraquée. Maudite fatalité... ») et tissons le linceul de ce vieux monde marchand, étouffant, conformiste, ennuyeux, mensonger et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

On la trouve dans le fond de tes yeux

À la pointe de tes lèvres

On la trouve dans ton corps réveillé

La fin du péché

La courbe de tes flancs

La chaleur de ton sein

Au plus profond de ton ventre

Dans l'attente du matin

 

On la trouve dans le rêve réalisé

On la trouve dans le pistolet-mitrailleur poli

Dans la joie, dans la rage

La destruction de la cage

La mort de l'école

Le refus du travail

L'usine déserte

Ta maison sans porte

 

On la trouve dans l'imagination

La musique sur l'herbe

On la trouve dans la provocation

Le travail de la taupe

L'histoire du futur

Le présent sans histoire

Les moments d'ivresse

Les instants de mémoire

 

On la trouve dans le noir de la peau

Dans la fête collective

Elle emporte la marchandise

Elle te prend la main

Elle incendie Milan

Elle lance les pavés

Les pierres sur les blindés

Elle cogne sur les fascistes

On la trouve dans les rêves des voyous

Dans les jeux des enfants

La connaissance du corps

L'orgasme de l'esprit

L'envie dévorante

Le discours transparent.

 

Qui a dit qu'elle n'existe pas

Qui a dit qu'elle n'existe pas

 

On la trouve dans le fond de tes yeux

À la pointe des lèvres

On la trouve dans le pistolet-mitrailleur poli

Dans la fin de l'État

 

Elle existe, elle existe. Oui qu’elle existe.

 

Mais qui a dit qu'elle n'existe pas...

MAIS QUI A DIT QU’ELLE  N'EXISTE PAS
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Marco Valdo M.I.
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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 18:32

QUE SONT LES OUVRIERS

 

DEVENUS ?

 

 

Version française - QUE SONT LES OUVRIERS DEVENUS ? – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne - Che fine han fatto gli operai? - Gianfranco Manfredi – 1993


Texte et Musique de Gianfranco Manfredi
Album: In paradiso fa troppo caldo (Il fait trop chaud au paradis)

 

 

 

 

 

 

Maintenant, on en vient à se demander, comme le faisait déjà il y a vingt ans Gianfranco Manfredi, que sont devenus les ouvriers ?

 

 

 

Que sont les ouvriers devenus ? Depuis peu, on n'en parle presque plus

Il reste un petit souvenir, si, si, ils étaient habillés de bleu...

Qui a jamais vu les ouvriers à la Fininvest, à la Rai...

 

Que sont les ouvriers devenus ? Ont-ils jamais existé pour de vrai ?

Quelqu'un dit qu'il les a vus dans les usines du ciel

Walesa y a foutu le bordel et le Pape se demande quoi

 

Que sont-ils devenus ?

Que sont-ils devenus ?

Que sont les ouvriers devenus ? Et toi, tu ne vas pas me dire que tu le sais...

 

Que sont les ouvriers devenus ? Ceux qui y ont vraiment cru.

À présent, les héros sont les bandits des marchés

Que sont les ouvriers devenus ? Courage, Eltsine, dis-le nous si tu le sais !

 

Que sont-ils devenus ?

Que sont-ils devenus ?

Que sont les ouvriers devenus ? Et toi, tu ne vas pas me dire que tu le sais...

 

Que sont les ouvriers devenus ? On devenait riches grâce à eux

Ils étaient la « force de travail », à présent, c'est le « coût du travail »

Que sont les ouvriers devenus ? Giovanni Agnelli, peut-être le sais-tu ?

 

Que sont-ils devenus ?

Que sont-ils devenus ?

Que sont les ouvriers devenus ? Et toi, tu ne vas pas me dire que tu le sais...

 

Il y a encore des ouvriers dans les rues, plus de cent mille

Ils s'en tapent du moteur de Deux Mille

Que sont les ouvriers devenus ? ... de quel côté es-tu Lucio Dalla, ?

 

Que sont-ils devenus ?

Que sont-ils devenus ?

 

Que sont les ouvriers devenus ? Il y en a encore même si tu ne le sais pas !

QUE SONT LES OUVRIERS  DEVENUS ?
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Marco Valdo M.I.
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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 09:32

LA GUERRE DES HACHES

ou Les horreurs des hostilités.

 

Chanson française – Marco Valdo M.I. – 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voilà, je viens de terminer « La Guerre des Haches », une canzone qui m'était venue comme la courante ; d'un coup, au moment où on s'y attend le moins...

 

 

Ben voyons, ce sont des choses qui arrivent... Pour la courante, en tous cas, j'en sais quelque chose. Je ne te dis pas...

 

 

Ce n'est pas nécessaire. Cependant, pour la canzone, c'est quand même différent. Certaines d'entre elles arrivent comme des illuminations sur un chemin de Damas. On ne sait trop d'où vient cette lueur, cette subite clarté. Mais enfin, l'idée est là, intangible et il faut la prospecter, la nourrir, la mûrir et la fleurir. Tout ça pour te dire comment m'est venue la dernière canzone en date. Elle est née d'une lente rumination à propos des haches et des difficultés de prononciation qu'ils ou elles entraînent pour le locuteur de langue française ; une rumination qui soudain a débondé. Évidemment, le titre de la canzone est lui-même à double sens et quelque peu calembourdesque. Oh, je vois ton œil droit qui cille et j'entends ton reproche silencieux... Je sais, tu le sais, que de calembour, on aurait pu faire calembouresque, calemboureux ou calembourin... Mais lointainement, je veux dire à son origine, « calembour » est un motvalise, en quelque sorte le fruit du croisement entre calembredaine et bourde... D'où la réapparition du « d » dans calembourdesque.

 

 

Je me demande s'il n'y aurait pas là une hypothèse intéressante à trouver du côté du « hasch »... Quand même, après une telle démonstration, dit Lucien l'âne en hochant la tête et en secouant conséquemment les oreilles, j'incline le chef et avant de tourner la page, je te fais remarquer que de là, on eût pu tout aussi logiquement, tirer calembourdeux et calembourdin. Mais restons-en là ; sinon, on n'en sortira pas. Ainsi, je t'en prie, continue...

 

 

Donc, foin de bourdes et de calembredaines, comme nous sommes ici dans l'univers des Chansons contre la Guerre, il convient de souligner qu'il s'agit d'une chanson sur la Guerre et même, d'une chanson qui au-delà de la Guerre générique, la Guerre en général, se réfère à une série d'autres guerres que l'on y trouve au détour d'un vers – ce qui, en soi, est un jeu historique auquel je te convie. Et en premier lieu, la Guerre de la Vache qui entre 1275 et 1278 fit quand même environ quinze mille morts aux confins du Condroz et ce fut une très belle guerre, qui démarra sur une peccadille – le vol d'une vache, d'où son nom. C'est devenu une curiosité et même, une attraction touristique. Bref, un joli massacre bien de chez nous et comme il est souligné dans le site qui s'y rapporte : une « guere des Walons inte zels » (une guerre des Wallons entre eux) [http://wa.wikipedia.org/wiki/Guere_del_vatche] et si tu n'as pas compris, il y a même une version en français de la Guerre de la Vache. [http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_la_Vache].

 

 

D'accord, mais pourquoi la Guerre des Haches, alors ?, dit Lucien l'âne quelque peu éberlué.

 

 

D'abord, Lucien l'âne mon ami, tu auras remarqué la similitude et l'homophonie presque parfaite des deux mots : vache et hache. Il y a là un incontestable lien. Mais aussi, et c'est – comme tu le verras à la lire et mieux encore, à la dire – une sorte d'exercice de style oulipien sur la lettre « ache ». Il te souviendra sans doute que le « ache » ou la « ache » est une lettre particulière, avec une variation entre deux types de « aches ». Voici ce qu'en dit wiki : « En français, h peut être muet ou aspiré ; son type dépend de son étymologie. Le h muet ne représente pas un son. Le h aspiré représente un coup de glotte[réf. nécessaire]. Le h aspiré ne se trouve qu'au début d'un mot et empêche la liaison et l'élision. Le h muet n'a quant à lui aucune valeur phonétique. »

 

 

Je t'arrête là, dit Lucien l'âne avec vigueur. Si j'en crois Grevisse, un grammairien qui mit une vie entière à boucler un « Bon Usage » de la langue française, une brique énorme, soit dit en passant. Donc, le dénommé Grevisse indiquait dans son vénérable ouvrage que et je cite : «  Cet « h », dit aspiré, s'est effacé, dès le XVIième siècle, dans le français de Paris et du Centre (de la France). Toutefois, ajoute-t-il en note, l'h aspiré s'entend encore dans certaines régions (Normandie, Bretagne, Gascogne, Lorraine, Wallonie). Et meiux encore, il ajoute, et en somme, conclut : « Ainsi la lettre « h », dans honte, héros, etc., est improprement appelée « h aspiré » : elle a simplement pour effet d'empêcher l'élision et la liaison : la / Honte, les / Héros.

 

 

Certes, certes... J'ai le plus grand respect pour Grevisse et je m'en réfère assez volontiers à son Bon Usage, mais selon moi, la gageure était de faire un texte en regroupant un maximum de mots commençant par « ache » et de raconter une histoire, celle de la Guerre. On en a donc plusieurs lectures possibles : soit en ne faisant aucune liaison – ce qui donne un récit haché et extrêmement fatigant pour le diseur ou le chanteur ; soit en faisant toutes les liaisons, c'est-à-dire en prononçant - par exemple : les humains, de la manière qu'on entende : les zumains. Un peu comme pour les Zétazunis.

 

 

Houla là, là, ça doit être bien étrange...

 

 

En effet... et bien entendu, on peut aussi prononcer le texte comme il faut – avec parfois la liaison – en cas de « ache » muette et parfois, la césure en cas de « ache »aspiré. Car petite modulation complémentaire : le mot « ache » est normalement un mot féminin, assimilé ici à l'outil ou l'arme – la « hache », mais il a de plus en plus tendance à être « masculinisé ».

 

 

Rendons-lui des hormones, dit Lucien l'âne en hoquetant hystériquement. Reprenons nos activités et recommençons à tisser le linceul de ce vieux monde hyperréaliste, hanté, halophile, hétérogène, hargneux, hémorragique et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

La guerre des haches ne date pas d'hier

Déjà, dans les halliers sous les halos houlants

Des Hellènes hirsutes, hoplites haletants

Halaient des hallebardes et des hastes austères

 

Dans les haloirs, des Helvètes hémophiles

Mangeaient des haricots halophiles

Tels des handballeurs, des héros hagards

Levaient des haltères, des haches, des hachoirs et des hansarts.

 

Derrière des haies, les hôtes escaladaient les hunes

Dans leurs grandes halles, des Hollandais habiles

Dévoraient des haddocks et des huîtres

En hachant des hominidés hitlériens et des humains hispides.

 

En réponse aux homélies des hannetons hoquetants,

Les haleines des Hindous heurtaient les harengs

Par leurs harangues hypocrites. Sous les hyptères héliocentriques,

Des Hélènes hydrophobes lançaient des harpons halieutiques.

 

Dans les harams harmonieux, telles des harpistes hués

Des houris honteuses hurlaient des haros, des holà

Hypocondriaques, les hulottes hululaient d'hystériques hourras.

Des homosexuels homozygotes hibernaient dans des hêtres hospitaliers.

 

Les holothuries hispaniques humaient les humeurs humaines

Les hoirs honorables honnissaient les horlogers hiératiques

Les hiérarques hébétés houspillaient leurs habituelles hyènes

Leurs hordes hongrées harcelaient des Hongrois herpétiques

 

Les hérons hautains herchaient des hématites

Et les haquenées et les hermines habilitaient

Les hécatombes, ces habitudes des Hittites

Et des heiduques hypostatiques.

 

Les Honduriens hésitants faisaient des histoires

Humiliant les hérétiques hétérophiles

Hérissant ces herculéens haltérophiles

Comme des hétaïres humiliant des hussards.

 

D'horribles holocaustes hantaient les heures des Hébreux

Les haruspices hédonistes hébraïsaient des horoscopes heureux

Les hommes-orchestres haletaient dans les hélicons

Et engloutissaient des hectolitres d'halbis hesbignons.

 

Les houaches hypnotisaient les halbrans

Les Hutois hilares huaient les humanoïdes hésitants 

Dans les hectares, les huttes des Huns homériques

Horrifiaient les herboristes hépatiques

 

Les huguenots en houppelande sur les hourds hélaient les harangueurs

Et des homéopathes héliocentriques heurtaient les huches d'heure en heure.

Par les hublots, les harengères humectaient les huarts avec leurs houpettes

Les hostilités hémorragiques hypothéquaient les herbettes.

 

Les hérauts hurons huchaient les histrions hanséatiques.

Dans leurs homes et leurs hospices, habitaient les hommes – des hordes

Ces hobbits en habits hétérogènes – des hardes

Homologuaient des horodateurs hippiques.

 

Les héritiers homicides humblement honnissaient ces hideux hochets

Les hongres et les haquenées harnachés hennissaient

Les homoncules hermaphrodites hissaient haut les haubans

Les huîtriers halitueux huilaient les hypsomètres des homards hoquetants

 

Dans les hortillons horizontaux, les horticulteurs héliciculteurs

Aux honnêtes habitudes et pour l'honneur,

Hâtaient les hélianthes et les héliotropes.

Haut au-dessus des hysopes, les hirondelles harcelaient les hooligans hyménoptères

 

L'Harmattan soufflait sans cesse sur les hennins hétéroclites

Dans les haras, les haridelles herbivores – hourra !

Humectaient leurs humeurs hircines

Les harkis suçant leurs harissas haletaient dans leurs houkas

 

Sur leurs hourques, les humanistes heimatlos hellénisaient des hurluberlus

Dans les hibiscus, les harets hargneux harcelaient les hochequeues

Durant leurs hiemals, les hipparques et les hobereaux hivernaient en himation

Dans les hinterlands, les hippopotames histaminiques humaient leurs hémorroides

 

 

D'un hydravion, des humoristes hélitreuillaient des hommes-grenouilles

Sur leurs hémiones, les hetmans héroïnomanes hersaient les hévéas

Les hégéliens hawaïens hébergeaient dans leurs havres

Des hommes-sandwichs hybrides et d'hâtifs hautboïstes et de leurs hautbois.

 

Le long des hippodromes herbus, telles les harpies

Hallucinent des Hottentotes hippies

Harassant leurs hanches, leurs harmoniums et leurs harmonicas,

 

Dans des habaneras horrifiantes en criant Hosanna !

LA GUERRE DES HACHES
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Marco Valdo M.I.
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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 13:43

RÉVOLUTION

 

Version française – RÉVOLUTION – Marco Valdo M.I. – 2013

d'après la version italienne de Riccardo Venturi d'une

Chanson corse – Revoluzione – L'Arcusgi – 1995


Paroles et Musique: L'Arcusgi
Album: Scrittori di a storia

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Arcusgi

(Riccardo Venturi)

 

 

 

 

« À toi, la parole enracinée

Née dans ce vent qui secoue

Tu te diffuses dans chaque pensée

Sans que personne ne t'entende. » peut-être que les vers initiaux de cette chanson de 1995 (tirée de l'album Scrittori di a storia) sont, en même temps, parmi les plus belles définitions de la Révolution et pas proprement « pacifiste » ou, de toute façon, inoffensive ou bonne pour tous. Les chansons des Arcusgi sont des chansons de lutte et je le sais mieux que personne, les ayant connus dans une de leurs apparitions lors des « Trois Jours de Musique Populaire » du CPA Firenze Sud. Chansons de lutte de peuples opprimés, car il est inutile de faire comme si de rien n'était et tourner la tête de l'autre côté ; les peuples opprimés existent de la même manière là où existent les États oppresseurs, lesquels d'autre part, sont souvent même faits pour opprimer leurs propres peuples. Il n'est pas donc « étrange » que, dans une chanson du genre, il y ait ensuite des références précises et claires à la disparition de la guerre et à la paix ; mais certainement pas la « pacetta » (petite paix) faite d'acceptation du statu quo, et même pas la « paix » personnelle ou « intérieure » – qu'on fait souvent sournoisement passer pour « nécessaire » pour atteindre une « paix universelle » sous l'égide d'une fausse puissance surnaturelle de contrôle. Ce que disent les Arcusgi n'est en rien étrange et entièrement conséquent ces « Basques corses » irréductibles, encore convaincus d'un indépendantisme qui n'est pas une fin en soi, mais inséré dans une rébellion universelle (autrement dit un internationalisme, qui est l'exact contraire de nationalisme). [RV]

 

Ce sera un « principe inspirateur » de toutes les « traductions du corse » que je ferai dans les temps prochains ; dans un premier temps, il avait été tacitement décidé qu'il n'y en avait pas besoin, vu que les Corses eux-mêmes, sans pour ceci mettre en doute, le moins du monde, la nature et l'usage du corse comme langue à part entière, savent très bien qu'il s'agit d'un langage appartenant au système italien et, en particulier, toscan. Pour le soussigné, retrouver par exemple dans le corse « trinnicà » (ébranler, déplacer, branler) l'elbano occidental « trenicà » entendu et utilisé depuis la petite enfance, fait toujours un grand plaisir comme pour des dizaines d'autres mots. Cependant, ce qui peut être naturel pour moi, peut ne pas l'être pour d'autres ; suivre un texte écrit en corse peut parfois réserver des « moments d'obscurité », et la langue parlée est beaucoup moins simple que celle écrite. Donc on réécrira les textes en italien, avec la perspicacité de coller autant que possible au texte original. [RV]

 

 

 

À toi, la parole enracinée
Née dans ce vent qui secoue
Tu te diffuses dans chaque pensée
Sans que personne ne t'entende.

 

Avec toi, c'est le baiser volé
D'un avenir plus coloré
Qui au loin se répand
Comme un parfum de printemps.

 

Révolution appelle des voix rebelles
Révolution veut des voix fraternelles
Révolution appelle des voix rebelles

 

À toi ce regard bleu foncé
De souffle marin baigné
Qui pour l'avenir rêve

D'une vie sans chaînes.

 

Par toi sont baignés la prière
Et les larmes d'une mère
Pour ce père qui est tombé
Pour ce fils incarcéré.

 

Révolution appelle des voix rebelles
Révolution veut des voix fraternelles
Révolution appelle des voix rebelles

 

Par toi renaîtra le germe
D'une conscience qui se resserre
Pour faire disparaître la guerre
Des confins de la terre.

 

Cette colombe blanche, en effet
Qui avance à ton flanc
Porte un rameau de paix
Pour cette humanité qui vient là devant

 

En nous toujours courra
Un fleuve fou qui avalera
Les idées faites de pauvreté
Pour faire renaître la vérité

 

Révolution appelle des voix rebelles
Révolution veut des voix fraternelles
Révolution appelle des voix rebelles

 

En nous toujours courra
Un fleuve fou qui détruira
Les digues fondées

De mensonges pétrifiés
 

Révolution appelle des voix rebelles
Révolution veut des voix fraternelles
Révolution appelle des voix rebelles

 

Révolution appelle des voix rebelles
Révolution veut des voix fraternelles
Révolution appelle des voix rebelles

 

RÉVOLUTION
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Marco Valdo M.I.
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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 19:50

LE CHANT DES AFFAMÉS

 

 

Version française – LE CHANT DES AFFAMÉS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne (Laziale Romanesco) - Il canto degli affamati – Il muro del canto – 2013

Paroles : Daniele Coccia
Musique : Il Muro del Canto



Nous avons déjà un Canto degli affamati (CHANT DES AFFAMÉS) du dix-neuvième... celui-ci est « LE NOUVEAU CHANT DES AFFAMÉS » contemporain... J'espère l'avoir transcrit assez bien à l'audition (même si je suis de Turin). Bienvenue aux corrections.

 

 

 


Toits de Rome - Carlo Levi

 

 

 

 

 

J'ai bossé tout l'été

Et soif et faim me sont restées

Ma femme est blanche comme la cire

Et pour la soirée rien à cuire

 

À contrejour, on dirait deux fantômes

Il ne nous reste que la voix qui proteste

Cette guitare qui n'a qu'une seule corde

Et à minuit, le cœur qui se restaure

 

Cette chanson le vent l'emporte

Plus haut que Saint Pierre et le Parlement

Cette Rome miséreuse, acide

Une main derrière, une main devant.

 

Celui qui a quelque chose le garde serré

Près du lit, il tient son fusil chargé

Il se lève toutes les demi-heures et contrôle

S'il n'y a pas quelqu'un qui mange

 

Celui qui n'a rien vit au jour le jour

Il vend ses habits et mange la salade

Il compte ses os tout au long du jour

Sa faim, sa faiblesse le rendent malade

 

Cette chanson le vent l'emporte

Plus haut que le Parlement et Saint Pierre

Cette voix s'est élevée de bonne heure

La Rome des pauvres dort encore

 

Je ne mange rien depuis trop de temps

Je mangerais une ceinture de serpent

Je n'y rêve même pas, tant elle est chère

Je mangerai la selle de l'âne.

 

J'ai tellement faim que sommeil je n'ai plus

Ça fait des jours que de faim, je ne dors plus

Un autre système, il faudrait inventer

Pour ne plus aller dormir sans manger

 

Cette chanson le vent l'emporte

Plus haut que Saint Pierre et le Parlement

Cette Rome miséreuse, acide

 

Une main derrière, une main devant.

LE CHANT DES AFFAMÉS
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Marco Valdo M.I.
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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 21:31

AIDA

 

 

 

Version française – AIDA – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Aida - Rino Gaetano – 1978

 

 

 

 

 

 

 

 

Tiens, Lucien l'âne mon ami, encore une chanson qui raconte l'Italie.

 

 

Ça me rappelle cette vieille chanson française de Mireille et Jean Nohain qui disait à peu près ceci et j'en profite pour paraphraser directement: « Quand un chanteur d'Italie rencontre un autre chanteur d'Italie, qu'est-ce qu'ils se racontent des histoires d'Italie... »...

 

 

Mais, Lucien l'âne mon ami, soudain, j'y pense, elle n'est pas si anodine ta réminiscence et cette chanson d'une autre époque ; elle date de 1935 et elle pourrait bien s'appliquer à ce qui se passe aujourd'hui...

 

 

Bon, Marco Valdo M.I. mon ami, je t'arrête tout de suite, on n'est pas ici pour parler de Mireille, Jean Nohain, le Vicomte et Tonton Georges... Tu le feras une autre fois. Et puis si j'ai fait allusion à cette chanson, c'est pour dire que ce n'est pas la première chanson italienne sur l'Italie ou dont l'Italie est un des personnages dont on rapporte l'histoire. Il y a eu … Cinquante-deux chansons recensées, ici dans les CCG... y compris, celle de Gaber [[39805]], que tu avais insérée et traduite sous le titre « Je ne me sens pas Italien ». Voilà tout. Alors, raconte-nous... Elle dit quoi la canzone de Gaetano ?

 

 

 

Pour ça, je te renvoie à la longue introduction de Riccardo Venturi que je t'ai spécialement traduite. Et à ces cinquante-deux chansons sur l'Italie déjà recensées ici, j'ajouterais volontiers un de ces jours les « Huit jours en Italie » de Boris Vian, version carte postale de l'Italie vue d'ailleurs en Europe ou dans le monde ; chanson où par contraste, en quelque sorte, on découvrira la portée et le sens de cette « Histoire d'Italie », vue par Rino Gaetano. Septante ans d'Histoire d'Italie... S'il n'avait bêtement perdu la vie, que n'aurait-il pu en raconter des cent ans d'Aida ? Et c'était à cela que je voulais en venir, à cette Italie contemporaine en proie aux mêmes maux et peut-être en pire état encore que celle évoquée par la chanson. Même si les mêmes maux malmènent le reste de l'Europe, en Italie, les effets néfastes sont plus nets et les décrépitudes plus marquées. De ce point de vue, l'Italie est en avance. On disait l’autre jour, « Regardez ce qu'ils font aux Grecs... » ; ici, on dira « Regardez ce que fait l'Italie... »

 

 

Je regarde et je comprends à quoi tu fais allusion... C'est en effet caricatural et partant, on peut s'imaginer ce qu'en aurait dit Rino Gaetano ou ce qu'il en aurait fait dire à une Aida centenaire... Mais laissons courir l’imagination et reprenons notre tâche qui consiste très précisément à tisser le linceul de ce vieux monde caricatural, obscène, décrépit, autodestructeur, suicidaire et cacochyme.

 

 

 

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aida est l’Italie
de Riccardo Venturi

 

 

 

 

« Aida » est l'Italie. Dans cette chanson, difficile et splendide, Rino Gaetano a su tracer de son style inimitable et lié à la symbologie, une fresque de toute l'Italie contemporaine, du fascisme à la guerre, de l'après-guerre aux scandales et aux difficultés énormes des années '70.

 

 

Pour le faire, Rino choisit pour titre un nom symbolique. Aida. L’œuvre de Giuseppe Verdi écrite pour célébrer l'ouverture du canal de Suez (et lorsqu'on dit canal de Suez, la mémoire pense stratégies, guerres, affaires planétaires). Mais c'est aussi, dans le sillage de l’œuvre de Verdi et d'une présupposée glorification du « génie italien », un nom porté par des centaines de petites vieilles. Bien que le canal de Suez ait été réalisé par le Français Ferdinand De Lesseps, les projets originaux semblent devoir être attribués à l'ingénieur italien Luigi Negrelli, qui ne reçut jamais aucune reconnaissance officielle, mais qui en Italie fut à la longue considéré comme le « vrai réalisateur » du canal. Dès lors, on doit parler d'authentique coup de génie de Rino Gaetano pour le choix de ce nom.

 

 

Et ça commence avec les brefs vers de la chanson, étalés l'un derrière l'autre, rauquement hurlés, entrecoupés de quelques phrases musicales. Aida, c'est-à-dire l'Italie, feuillette son album de photographies. Ses souvenirs. Et ce ne sont pas de doux souvenirs. Ce sont des souvenirs de tabous, qui vont de pair avec les « madones » et avec les « rosaires » d'une tradition catholique qui représentent une partie décisive de son histoire et même une partie décisive de sa tragédie.

 

 

Les « mille mers » de la « mare nostrum », des Républiques Marines dont les drapeaux campent sur le drapeau de la marine militaire, de la rhétorique du pays des saints et des navigateurs. Une rhétorique nationaliste qui a son prolongement naturel dans l'« alalà » du fascisme. Les symboles de la chanson procèdent en un enchaînement historique parfait et ils n'épargnent pas le costume (les « vêtements de lin et soie » est, peu le savent, une citation des actualités de l'Istituto Luce sur le mariage d'Edda Mussolini et Galeazzo Ciano : « vêtus de lin et de soie, après la cérémonie, ils s'avancent vers leur radieux futur de nouveaux époux ».) Il y elle a Marlène (Marlène Dietrich ou Lilì Marlene, peu importe), il y a les Temps Modernes de Charlot et avec eux, la période d'entre deux guerres.

 

 

Et « après juin », c'est-à-dire après le 10 juin 1940, date où Benito Mussolini plastrona au balconnet du Palazzo Venezia pour annoncer aux « Italiens du ciel, de terre et de mer » que « l'heure sonnée par le destin » était arrivée, voilà le « grand conflit », voilà l'« Égypte » d'autres rhétoriques guerrières (El Alamein, Giarabub…). Voilà les « marches et croix gammées », voilà les « fédéraux » fascistes (comme ne pas penser au film avec Ugo Tognazzi ?). Sous les lanternes, qui pourraient être précisément celles de Lilì Marlene, il y a seulement obscurité. Il y a l’obscurcissement des nuits de guerre. Il y a le noir d'un futur qui n'apparaît pas possible. Le « retour dans un pays divisé », dans un après-guerre « plus noir sur le visage » dans lequel l'amour cependant a une couleur bien précise : le rouge.

 

 

Le premier refrain : « Aida, comme tu es belle ». Le premier cri, à la fois ironique et terriblement sincère, d'amour à ce pays de merde, finit la première partie de l'histoire et commence la deuxième.

 

 

La seconde partie, celle de l'après-guerre. Batailles et compromis, un pays en proie à la pauvreté la plus noire, aux travailleurs qui ont faim, au spectre de la « terreur russe » agitée à partir de 1947. Le plan Marshall, l'exclusion des communistes du gouvernement, le 18 avril. Avec un seul très bref vers, l'histoire est transplantée dans ses mille ruisselets. Ceci suffirait seulement pour faire définir Rino Gaetano un « très grand », et sa chanson un chef-d’œuvre absolu.

 

 

Christ et Staline.

Avec ce « Stalìn » prononcé à la façon populaire (parfois on disait même « Stalino »). Le chef de l'Union soviétique, le phare des travailleurs mis comme un paysan vénétien. L'excommunication des communistes par Pie XII en 1949. La célèbre affiche électorale du DC (« Voulez-vous qu'arrive ceci… ? ») avec les chars russes sur la place Saint-Pierre.

 

 

L'assemblée Constituante. La démocratie, suivie ce désespéré « et c'est qui qui l'a », c'est presque dire que la démocratie en Italie n'a été qu'une illusion, une façade derrière laquelle on cachait l'éternel fascisme qui remonte toujours à la surface. Et c'est l'histoire de ces jours-ci. C'est une histoire qui ne finit pas. Qui semble ne devoir finir jamais.

 

 

« Trente ans de safari », de chasse au gros gibier. La déprédation. On ne peut pas ne pas penser ici à Pasolini. Les scandales, des « antilopes » de Lockheed aux « peaux de lapin » de certaines dames, toutes en fourrure, qui faisaient le pendant aux détenteurs du pouvoir et qui parfois en étaient les victimes (qui me vient à esprit ? peut-être la patronne Maria Pia Fanfani, peut-être Wilma Montesi… ou peut-être un mélange des deux).

 

 

Aida, comme tu es belle. Voilà. Dommage que maintenant tu te sois encore si décidément enlaidie, cassée, abrutie. Qui sait ce qu'aurait écrit Rino Gaetano si une maudite nuit de juin, il ne s'en était pas allé ; d'autre part, il fut aidé à s'en aller précisément par ce foutoir spécifiquement italien de ne pas trouver une place aux urgences. Qui sait ce qu'aurait été la suite d'« Aida ». Mais il est inutile de lui demander. Rino Gaetano a été mis à l'écart. De temps en temps, on entend « Gianna Gianna ». Pour situer finalement « Mon frère est fils unique » à la place où il doit être, il y a fallu un film sur une radio réprimée. Le reste ? On ne sait pas.

 

 

 

 

 

 

Elle feuilletait
Ses souvenirs
Ses instantanés
Ses tabous
Ses madones
Ses rosaires
Et mille mers
Et alalà
Ses vêtements
De lin et de soie
Ses bas résille
Marlène et Charlot
Et après juin
Le grand conflit
Et ensuite l’Égypte
Et un autre âge
Marches et croix gammées
Et les fédéraux
Sous les flambeaux
L'obscurité
Et ensuite le retour
Dans un pays divisé
Plus noir sur le visage
Plus rouge d'amour

 

Aida
Comme tu es belle

 

Aida
Tes batailles
Tes compromis
Ta pauvreté
Tes salaires bas
La faim frappe
La terreur russe
Christ et Staline

 

Aida
Ta Constituante
Ta démocratie
Et c'est qui qui l'a
Et ensuite trente ans
De safari
Aux antilopes et jaguars
Aux chacals et lapins

 

Aida
Comme tu es belle

 

 
AIDA
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Marco Valdo M.I.
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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 21:52

NU

NU

 

 

 

Version française – NU – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Nudo – Banco Del Mutuo Soccorso – 1997

Texte : F. Di Giacomo,

Musique : V. Nocenzi

 

 

 

 

Les athlètes - Carlo Levi

 

 

 

Avez-vous jamais vu un homme de dos ?

Un homme de dos ?

Avez-vous jamais vu un homme de dos ?

Il suffit de rien pour en faire une cible

Le frapper

Et

Le liquider

Il suffit rien pour en faire une cible

 

Juger comment il est en mesurant son pas

Juger comment il est, ce qu'il fera

As-tu jamais vu un homme de face

Le regard qu'il a

L'as-tu jamais vu cet homme de face

Vois le regard qu'il y a dans les hommes !

Le regard qu'il y a dans les hommes

Suis le regard qu'il y a dans les hommes

Tôt ou tard une pensée arrivera pour m'emmener,

Comme un ange noir me confessera que le ciel est une pierre.

Dans le battement du cœur, nous avons été et nous serons des mots et des gestes.

 

Le vrai jour n'arrive jamais,

Mais il arrivera, il arrivera comme une feuille

Qui ne tombe pas, qui ne se repent pas,

Mais monte et troue le ciel,

Chaque histoire est à soi, Dieu le sait

Si Dieu croyait en moi,

Si Dieu croyait en moi.

 

L'ange noir est en dedans, c'est ta liberté

Qui ne finit jamais, c'est la liberté.

Libérons-nous pour une fois tous du trop d'ingénuité,

Du vide lumineux de la stupidité, c'est un baiser empoisonné.

 

Si Dieu croyait en moi,

Si Dieu croyait en moi.

 

Il y a celui qui inventera la compréhension, la tendresse,

La fin de la douleur, pour moi et pour toi, pour qui sera,

Mais comme il manque.

Et le vrai jour quel est-il, que sera-ce, il n'arrive jamais

Mais il arrivera pour qui y sera, et sera comme une pluie qui

Ne tombe pas, qui ne se perd pas, mais monte et inonde le ciel.

Chaque histoire est à soi, Dieu le sait :

Si Dieu croyait en moi, peut-être un instant,

Je serais très saint, si Dieu croyait en moi.

Je serais très fort, si Dieu croyait en moi !

 

Le jour est toujours plein, il est encore trop plein,

Le jour est plein de feux rouges.

Il y a celui dont l'enfer s'est déjà fait, il y a celui qui se sauve comme il peut,

Mais comme il manque !

Nous donnons une paire d'ailes aux laids car les beaux volent déjà,

Ta justice est un doute, c'est une probabilité, c'est du pain quotidien.

Si Dieu croyait en moi peut-être un instant

Je serais très saint, si Dieu croyait en moi.

S'il était comme moi, peut-être un instant

 

Je serais très grand, si Dieu croyait en moi 

NU
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Marco Valdo M.I.
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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 22:07

VELDT




Version française – VELDT – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Veldt – Fluxus – 1996

 


Paroles de Luca Pastore, le bassiste du groupe ainsi qu'imperturbable documentariste depuis les années 80 et un réalisateur italien des plus intéressants de cette première partie du troisième millénaire.
Musique de Fluxus
Tiré de l'album intitulé « ne pas exister »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VELDT est l’interminable et uniforme savane sudafricaine...

 

 

 

Veldt
Ce désert d'émotions
Un vide plus total que toute charge morale
Un caporal sans espérances ni passions
Grand projet guide post industriel
C'est la démence
Nouvelle frontière de la science perverse
Jamais si diverse
Dans les modalités et dans les formes de la manipulation
Des faits
De l'histoire
De ta mémoire

 

Veldt
La vie coule toujours égale
Dans le désert de sable de l'orgueil national
Insectes de gomme
Blagues de carnaval
Malade en phase terminale
Dernière scène dans le splendide désert
Qui brille maussade comme un égout à ciel ouvert
Pour ainsi dire
En parlant avec respect
De la vie dure qu'ils nous offrent

 

 

Chariots de métal dans le supermarché
Personne ne les pousse
Tout est consommé
Par un vent froid
Vent de renouvellement
Lente érosion de l'instinct
Doux cafard
Écrasé par une brique d'argent
Qui n'est pas moins létale
Que le plomb gris de la voix du patron
De la qualité totale de millions de personnes.

VELDT
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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 21:05

CANTACRONACHE : TOUTE UNE AVENTURE

 

 

 

Version française – CANTACRONACHE : TOUTE UNE AVENTURE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Cantacronache, che fu?‎ – Fausto Amodei – 2013

 

 

 

 

 

 

 

Une récente poésie sous forme de chanson avec laquelle Amodei offre un bilan de l'expérience fondamentale des « Cantacronache »…

 

‎‎

 

 

 

 

 

 

 

« Cantacronache », toute une aventure
Qui a cherché à répondre par la rime
À ceux qui alors usaient des strophes et partitions
Pour imposer une chanson dans la ligne.

 

 

 

On était peu, mais on voulut donner l'exemple,
Bien décidés à faire triompher notre intention
De chasser tous les marchands du temple,
Du temple dédié à la chanson.

 

 

 

Nous composions des vers, des musiques, des chansons
Dans le but un peu blasphématoire,
De donner voix à des personnages et des situations
Qui jamais à Sanremo n'étaient au répertoire.

 

 

 

Ce fut ainsi que, peu à peu, à nos alentours
Se forma une galerie de types étranges,
D'ouvriers, de pêcheurs et de vautours,
De soldats, de partisans et de petites vieilles.

 

 

 

Ce fut ainsi que nous donnâmes mélodie et voix
Aux privations des mineurs de Sicile
Et aux cinq que tua la police
En soixante, sur une place à Reggio Emilia.

 

 

 

On était peu, moins encore étaient les lires ;
Il arriva cependant, à force de chanter,
Que ceux qui venaient nous entendre,
Restaient presque tous à nous écouter.

 

 

 

Et il arrive qu'on nous demande encore maintenant,
Si nous avons été les pères spirituels
De certains chantauteurs importants
Qui s'inspirent d'idéaux aux nôtres tout pareils.

 

 

 

Je ne sais pas s'il en est ainsi, mais il me plaît,
Tout en courant le risque de me tromper,
D'affirmer que, grâce à nous, la glace s'est brisée
Et qu'on est très contents de l'avoir fait.

 

 

CANTACRONACHE : TOUTE UNE AVENTURE
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Marco Valdo M.I.
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