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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 21:54

VIE DANS UN NOUVEAU MONDE

 

PACIFIQUE

 

 

 

Version française – VIE DANS UN NOUVEAU MONDE PACIFIQUE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Vita in un pacifico nuovo mondo – Fluxus – 1994

 

On est comme un train qui court fonce et déraille

 

 

 

Toujours rapport à la production et au travail
Il faut produire,
Il faut inventer,
Il faut être social,
Il faut se laisser somnoler parmi les choses,
Rarement sûres

 

Toujours rapport au pain quotidien
Il faut cohabiter,
Il faut anéantir,
Police unique mondiale,
Projet unique global
International
Culture de l'information,
Réalité électronique virtuelle,
Monde civilisé,
Monde bestial,
Monde meilleur

 

Planète individuelle,

Monde total,
Monde racial,
Mode d'un monde du monde qu'on peut refuser, mais pas changer

 

Il faut sauter le mur,
Avoir conscience,
Changer le futur
Il faut anéantir l'État,

Détruire ce monde où tout est contrôlé

 

Toujours rapport à la logique et au pouvoir
Il faut savoir ce qui est bien,
Ce qui est mal,
Que faire
Formel sans substantiel
Dans la logique et les lois pénales,
On est comme un train qui court fonce et déraille
Quand on cherche à changer la direction calculée,
Esprit automatisé,
Variation tolérée,
Bombe non désamorcée,
Masse disciplinée

 

Il faut avoir du courage,
Pour refuser le sens de ton unique voyage
Il faut construire :
Ne pas déléguer à ceux qui jusqu'à présent
Ont mis des bombes pour imposer la réaction
Maigre illusion de liberté,
À mille lieues de la vérité
Conscience du savoir,
Conscience d'agir,

Conscience de la situation
Savoir qu'on ne peut savoir

 

 

Pour eux
Ne pas travailler,
Ne pas obéir,
Ne pas leur laisser les armes de l'information
Ne pas accepter la paix militaire
Déserter,
Et chercher à comprendre que seuls ceux qui ont peur
Ont en main un pistolet
Et tirent toujours plus d'une fois.

VIE DANS UN NOUVEAU MONDE  PACIFIQUE
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Marco Valdo M.I.
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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 09:25

DÉSOLÉ

 

 

Version française – DÉSOLÉ – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Desolato – Enzo Jannacci – 2013

Morceau inédit de l'album posthume : L'artista

Texte : Enzo Jannacci, J-AX
Musique : Paolo Jannacci
En collaboration avec
J-AX

 

 

 

 

 

 

 

Désolé mais plus que désolé
Je suis furieux quand je vois les gens se tuer
Je le disais il y à cinquante ans
Je le répète encore maintenant,
C'est peut-être le bon moment
Où parmi vous celui qui entre un crachat et un sentiment
Trouvera une autre pénicilline, d'autres formes d'amour
Un peu plus de mordant, un nouveau tour
Pour chasser tous
Les râleurs, les chanteurs, c'est-à-dire nous

 

Mais quel est ton problème ?
Mon problème, c'est que le temps ne me suffit jamais
Mais quel est ton problème ?
J'ai un frère en prison et pour lui, il ne passe jamais
Mais quel est ton problème ?
Mon problème est que le temps ne me suffit jamais
Non, non, pour moi, il ne passe jamais, il ne me suffit jamais, il ne passe jamais
Il ne me suffit pas


Qui veut te frapper te demande, quel est ton problème
Problèmes séculaires, populaires dans les quartiers
À tous les niveaux, et au niveau national
Mais pour les Anglais, Italiens ou Albanais : c'est pareil
Des problèmes de retraites et remises
De dettes et histoires finies
Les escortes
L'effondrement des bourses
Les portes ouvertes
La faim qui arrive chez qui ne la connaît pas
Le problème de la cigarette
Le monopole d'État, la dépendance
Le pétrole en Arabie
La servante polonaise
Le gaz de Moscou
Et les pâtes de la mamma.

 

La religion est un problème quand elle nie la science
L'athée quand il n'a pas conscience
Si la drogue en circulation augmente
C'est parce que maintenant, elle coûte moins qu'un litre de benzine

 

Désolé si je ne trouve pas la réponse à tes problèmes
Désolé si ma chanson a des alibis sincères
Désolé si ensuite seulement on ne t'écoute plus autant
Désolé ensuite si la vie à moi, à moi plaît encore tant

 

C'est un problème de comprendre qu'il n'y a pas d'idéal
Un problème total
Mais je suis à la mer
J'ai dit que je suis à la mer

 

Un problème, le fils d'un grand frère
Des problèmes pour ceux qui ont seulement

 

Problèmes de nuit
Du grand amoureux
Problèmes de saleté, ou d'huile
Du seigneur

 

Mais quel est le problème ?

 

Je voudrais assumer, créer du travail
Mais ici le seul bizzness, c'est l'achat d'or
Et les salles de jeu ; moi par contre, je vends du feu
Je porte des tennis et je parle tout seul
Des mots oiseux à 80% pour comprendre certaines choses, il faut l'oreille
Pour voir qui est l'ennemi, il faut un miroir
Pour gouverner mon pays, il nous faut un vieillard

 

J'ai vu un roi, comme Jannacci et Fo
Je lui ai demandé : « Je viens moi aussi ? »; il m'a dit : « Non, toi non ! »
C'est un criminel mais on ne peut pas le punir
Pauvre roi, et même, pauvre vizir
Je n'ai pas de problèmes avec le monde, seulement avec vous qui commandez
Ce serait beau comme du Gaber, si vous vous en alliez.
La vie à moi, elle me plaît... Désolé !


Désolé si je ne trouve pas la réponse à tes problèmes
Désolé si ma chanson a des alibis sincères
Désolé si ensuite seulement on ne t'écoute plus autant
Désolé ensuite si la vie à moi, me plaît encore tant

 

 

Mais quel est ton problème ?
Mon problème est que le temps ne me suffit jamais
Mais quel est ton problème ?
J'ai un frère en prison et pour lui, il ne passe jamais
Mais quel est ton problème ?
Mon problème est que le temps ne me suffit jamais
Non, non, pour moi, il ne passe jamais, il ne me suffit jamais, il ne passe jamais jamais
Il ne me suffit pas

DÉSOLÉ
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Marco Valdo M.I.
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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 10:54

LE TRAIN EN BOIS

 

Version française – LE TRAIN EN BOIS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Ninna nanna – Luf – 2013

 

 

 

 

 

 

 

Quand la lune s'éteint
Et les étoiles ne pleurent plus
Ton train de bois s'en va
Il emporte tes rêves plus loin
Une route embrasse le crépuscule
Ensuite le couchant s'embrasera
Quand la nuit s'éveille
Et que pour elle se réveillent tes rêves
Quand le soldat revient
Ce n'est pas lui ; c'est la guerre qui a perdu.

 

Ninna nanna, ninna oh
Ninna nanna, ninna oh

 

 

 

Là où finit le sable
Il y a l'eau où finit la mer
Quand on éteint la radio
On apprend à voler haut
Un enfant veut espérer
Un père qui sait jouer
Il le verra au loin parti
Dans un train de bois
Sans épée et sans fusil
Un homme, un vrai, alors il verra

 

 

 

Ninna nanna, ninna oh
Ninna nanna, ninna oh
Ninna nanna, ninna oh
Ninna nanna, ninna oh

LE TRAIN EN BOIS
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Marco Valdo M.I.
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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 21:29

NOIX DE COCO

 

 

Version française – NOIX DE COCO – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Noci di cocco – Giorgio GABER – 1972

 

Album: Dialogo Tra Un Impegnato E Un Non So (1972)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec la parodie des naufragés, GABER « vulgarise » sympathiquement la vieille théorie – commencée par Rousseau et ensuite reprise par les pères du socialisme – du « communisme primitif » de la préhistoire fondé hélas sur la pénurie alimentaire, et l'« invention » de l'État qui présenté comme une nécessité d'organisation devient ensuite – en instituant la propriété privée – l'expression et le moyen de la domination des privilégiés au détriment des autres, d'une classe sociale sur une autre.

 

J.J.Rousseau ouvrait la seconde partie de son « Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes » (1754) en disant :

« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables: Gardez-vous d'écouter cet imposteur; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne. ».

 

 

 

Belle chanson que celle-là..., dit Lucien l'âne en riant. Elle me fait beaucoup rire tout en étant fort juste et instructive. Et puis, cette histoire de noix de coco m'en a rappelé immédiatement une autre histoire de noix de coco où Arthur, roi d'Angleterre, entame une discussion hallucinante et nébuleuse à propos d'hirondelles migrantes et de noix de coco, lui au pied du rempart interpellant les sentinelles, silhouettes chinoises déambulant au sommet. (http://www.youtube.com/watch?v=JHFXG3r_0B8 – http://www.dailymotion.com/video/x25er5_monty-python-sacre-graal_fun)

 

 

En effet, elles sont totues deux drôles. Quant à la chanson de Gaber, elle se présente comme une scène du théâtre de la vie primitive dans le décor d'une sorte d'île idyllique, où de « bons sauvages », collectifs en diable et a priori heureux et solidaires, vivant des fruits de la nature – qu'interprète LE CHOEUR, vont se faire avoir par un d'entre eux plus sournois, plus rusé et plus cynique – qu'interprète GABER , qui va les dépouiller de leurs droits naturels à la vie et imposer le principe de propriété et son corollaire qu'est l'État. D'une part donc, cette canzone montre comment on passe d'un monde commun, d'une société collectivement solidaire à un monde divisé : le monde conçu par et pour les riches, dont ma grand-mère énonçait ainsi le principe fondateur: « Rien pour les autres et tout pour moi ». D’autre part, elle indique de façon imagée ce qu'il en est des débuts de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin d'instaurer leur domination, d'imposer leur mainmise sur le monde, de privatiser à leur profit la nourriture, les biens, la Terre, en attendant de s'emparer de l'univers tout entier. C'est un acte de naissance – imprescriptible, du moins à leurs yeux et scellé dans la majesté de l'État, figure publique, sorte de totem de leur puissance, fondement de la spoliation éternisée et de la violence réservée.

 

 

En effet, c'est un joli coup tordu que cet État, seul détenteur de la force armée, seul autorisé à faire usage de la violence – y compris contre ses propres citoyens. Cet État est le moyen par lequel ils (les gens de pouvoir, les tenants et les servants du système) légitiment leur armée d'occupation permanente, chargée du maintien de l'ordre (de leur ordre, évidemment!) ; et son pouvoir intangible est l'instrument de l’iniquité fondamentale de leur société. Car il s'agit bien – dès le départ – de leur société, de leur pouvoir, de leur État, de leur Justice, de leur système où la propriété privatise progressivement tout et où véritable monstre glouton et insatiable, elle avale les biens et les choses et dévore la vie des hommes. Ainsi, il est légitime et il en est plus que temps, comme le chantaient les Canuts, de tisser le linceul de ce vieux monde propriétaire, étatique, inique, violent et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

LE CHOEUR:

 

Quelle faim !
Quelle faim !
Quelle faim !
Quelle faim !
Quelle faim !
Quelle faim !
Quelle faim !
Quelle faim !
Quelle faim !

 

GABER :

Quelle faim ! Quelle faim !
Et ici, dans cette île déserte, il n'y a rien à manger !

 

LE CHOEUR:

Quelle faim !

 

GABER :

Quelle faim !

 

LE CHOEUR:

Quelle faim !

 

GABER :

 

Quelle faim !
Pauvres de nous. Si unis, si solidaires, tous égaux sans rien à manger !

LE CHOEUR:

Quelle faim !

 

GABER :

Quelle faim !

 

LE CHOEUR:

Quelle faim !

 

GABER :

Quelle faim !

 

GABER :

Hè ! Hè ! Je vois des noix de coco. Oui, il y a plein de noix de coco !

 

LE CHOEUR:

Bien ! Hourra ! Nous avons trouvé les noix de coco !
Nous avons trouvé les noix de coco !
Nous avons trouvé les noix de coco !
Nous avons trouvé les noix de coco !

 

GABER :

Non ! Non. J'ai trouvé les noix de coco !
Ah oui, les noix de coco je les ai trouvées, donc je me les garde !

 

LE CHOEUR:

Mais nous aussi nous avons faim !

 

GABER :

Vous ne comprenez pas les gars... Faisons un raisonnement. Dans la vie, tous les hommes ne sont pas égaux : il y a des hommes normaux et des hommes de talent. Ce n'est pas par hasard que j'ai trouvé les noix de coco !

 

 

 

LE CHOEUR:

Mais qu'est-ce que tu en fais de tant de noix de coco ? Tu es seul et nous sommes nombreux !

 

 

 

GABER :

Ce n'est pas le nombre qui compte ; c'est l’intelligence de l'individu !

 

 

 

LE CHOEUR:

Tu es seul et nous sommes nombreux !

 

 

 

GABER :

Vous ne pensez pas me faire de la peur avec des menaces ?

 

 

 

LE CHOEUR:

NOIX DE COCO
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Marco Valdo M.I.
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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 23:37

LES ANCIENS COMBATTANTS

 

 

Version française – LES ANCIENS COMBATTANTS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – I reduci – Giorgio Gaber – 1976

 

 

 

 

 

 

 

 

En voilà encore une fois, un de ces titres de chanson qui évoque mille choses, dit Lucien l'âne en râpant d'un sabot rugueux le sol de gravillons qui s'étale jaunâtre devant lui. Les anciens combattants... depuis le temps que je cours le monde, j'en ai rencontrés de toutes les sortes et revenant de toutes sortes de guerre. Je me souviens assez bien de ceux qui revenaient de la guerre de Troie, par exemple, de la guerre des Gaules ou des guerres d'Espagne. Ceux qui s'en étaient allés avec Roland et bien entendu étaient revenus... Don Quichotte et Sancho... Ceux qui avaient fait les campagnes de Russie... Là d'ailleurs, il y en eut bien des vagues et de toutes les couleurs. Sans compter ceux qui s'en étaient allés à la croisade ou au Tonkin ou même en Chine ; ceux de Carthage ou de Rome, ceux qui avaient été dans les bataillons d'Afrique ou dans les légions...

 

 

Oh, moi, c'étaient plutôt mes grands-pères... Mais, je ne sais ce que tu en sais, ces anciens combattants se divisent en deux groupes : ceux qui racontent et même souvent, radotent leur guerre et ceux qui font silence sur le sujet ou s'en tiennent à de sobres évocations. Mais, pour en venir à la chanson elle-même, tout en étant spécifiquement italienne, elle ne parle ni de ceux qui revenaient du Carso ou du Piave, ni de ceux qui sont revenus plus tard d’Éthiopie ou du Don, ni de Grèce, ni d'Albanie, ni, ni. En fait d'anciens combattants, elle fait allusion aux combattants de la guerre civile qui est toujours en cours, la Guerre de Cent Mille Ans, cette Guerre que les riches font aux pauvres afin de maintenir leur système de domination, de maintenir leur système d'exploitation, de maintenir leurs privilèges, d'accroître leurs richesses, de décupler leurs profits... Elle est l'évocation par un d'entre eux des combats des années récentes... et comme elle date de 1976, il faut bien situer ces combats autour de 1970... Un peu avant, un peu après... Un récit, comment dire, un peu amer, un peu – pour user d'un mot de ce temps-là – autocritique, d'une ironie rétrospective... Mais finalement, peu importe de quelle guerre ils étaient issus, ces anciens combattants, l'important ici, c'est qu'ils sont en quelque sorte des archétypes, comment dire, des « anciens combattants » racontant leurs « anciens combats »... et c'est parfois dérisoire quand certains se roulent dans la gloire... et d'autant plus quand la guerre est la Guerre de Cent Mille Ans et qu'on est dans le camp des pauvres. Il n'y a aucune gloire à revendiquer, aucun bénéfice à en tirer à titre individuel... d'être un « ancien combattant ». Ce n'est pas le but du jeu ; du moins, ce ne devrait pas l'être.

 

 

Je le crois aussi, dit Lucien l'âne en secouant ses oreilles en signe d'approbation et il me semble que la chanson de Gaber va dans le même sens. Mais foin de ces dissertations et retournons à notre tâche... Tissons le linceul de ce vieux monde, le suaire de ce système guerrier, radoteur, dérisoire et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Et alors est venue l'envie de casser tout
Nos familles, les armoires, les églises, les notaires
Les bancs d'école, les parents, les « Cent vingt-huit »
De transformer en courage la rage qui est en nous.

 

Tout sautait en l'air
Et on avait un sentiment de victoire
Comme si l'histoire.

Tenait compte du courage

 

Et alors est venu le moment de s'organiser
D'avoir d'une ligne et de s'unir autour d'une idée
Des écoles et des quartiers aux usines pour se confronter
Et ensemble décider la lutte en assemblée.

 

Et tout semblait prêt
Pour faire la révolution…
Mais c'était seulement une illusion

Ou une belle intention.

 

Et alors est venu le moment des longs discours
De repartir de zéro et s'occuper un moment de nous
D'affronter la crise, de parler, parler et s'épancher
De s'introspecter pour savoir qui on est.

 

Et il y avait l’orgueil de comprendre
Et puis la certitude d'un virage
Comme si comprendre la crise voulait dire
Que la crise était révolue.

 

Et alors revient l'envie de faire une action
Mais chaque geste échappe de la main et s'enlise
La seule certitude qui reste est la confusion,
Le privilège d'avoir conscience qu'on existe

 

Mais le fait d'avoir la conscience
Que l'on est dans la merde plus totale
Est l'unique différence substantielle
Vis-à-vis du bourgeois normal.

 

Et alors nous nous sommes sentis incertains et dépassés
Rescapés déchirés et fatigués, inutiles héros,
Avec nos pansements perdus et les écharpes sur nos visages
À vingt ans déjà nous sommes ici à raconter aux petits-enfants que nous

Nous, nous avions tout fait sauter
Et on avait un sentiment de victoire
Comme si l'histoire.

Tenait compte du courage.

LES ANCIENS COMBATTANTS
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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 22:06

LES MONSTRES DU DEDANS

 

 

Version française - LES MONSTRES DU DEDANS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – I mostri che abbiamo dentro – Giorgio Gaber – 2002

 

 

 

 

Les Monstres du dedans

Peinture de Jérôme Bosch

 

 

 

Ça fait un certain effet si nous ne comprenons

Pas d'où viennent nos réactions.
Et on vit sans savoir jamais
Celui qu'on est, au fond
Celui qu'on est.

 

Les monstres du dedans
Qui vivent dans chaque homme
Cachés dans l'inconscient
Sont une réminiscence atavique.

 

Les monstres du dedans
Vaguent dans chaque esprit
Ce sont nos instincts obscurs
Et inévitablement
Il faut en tenir compte.

 

Les monstres du dedans
Silencieux et insinuants
Sont les gènes égoïstes
Sans ménagement
Dominateurs et conquérants.

 

Les monstres du dedans
Nous poussent à la violence
Qui presque par symbiose
S'est accolée
À notre existence.

 

Notre vie civilisée
Notre idée de justice et d'égalité
La société
Sont menacées
Par ces monstres qui sont notre substance.

 

Nos monstres du dedans
Nos monstres du dedans.

 

Les monstres du dedans
Nous alanguissent
Face à cette chose
Qu'avec impudeur
Nous appelons amour.

 

Les monstres du dedans
Sont insatiables et funestes
Veulent le pouvoir à tout prix
Même celui qui le hait
Le hait par envie.

 

Les monstres du dedans
Nous inspirent le grand rêve
D'un Dieu juste et sévère
Avec le besoin sans répit
D'un Allah ou d'un Jésus Christ.

 

Les monstres du dedans
Nous inculquent des idées tordues
Et le goût sadique et morbide
Face aux images de mort.

 

Notre vie consciente
Notre foi dans le juste et dans le beau
Est un équilibre apparent
Qui est menacé
Par les monstres au dedans
De notre cerveau.

 

Les monstres du dedans
Croissent dans le monde entier
Les monstres du dedans
Sont en train de nous ravager.

 

 

Les monstres du dedans
Vivent dans chaque esprit
Naissent dans chaque terroir
Inévitablement.

LES MONSTRES DU DEDANS
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Marco Valdo M.I.
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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 21:58

Les Pragois étaient allés

 

à Sankt Pauli

 

 

Canzone française – Les Pragois étaient allés à Sankt Pauli – Marco Valdo M.I. – 2013

Histoires d'Allemagne 100

An de Grass 03

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.

 

 

 

Soirée à Sankt Pauli

Vergnuegen auf St. Pauli, 1930. - Elfriede Lohse-Waechtler 

      

Comme celle de 1901, celle d'Else du Mont des Oliviers, cette Histoire d'Allemagne n'est pas à sa place chronologique. Et comme je l'ai déjà expliqué, si elle vient si tard, c'est qu'il y a presque trois ans maintenant, je ne savais pas trop comment l'assaisonner, comment faire une chanson avec une histoire comme celle-là. Mais avec le temps, finalement, je comprends mieux les choses ; surtout, celles qui ne sont pas explicitement dites.

 

 

Aide-moi un peu..., dit Lucien l'âne un peu éberlué. De quelles choses parles-tu ? Donne-moi un exemple...

 

 

Les Pragois, par exemple. Que viendraient faire des Pragois dans un match qui doit désigner le champion d'Allemagne ? La réponse est simple... Ce sont les Allemands de Prague. Les Allemands de Prague, tu imagines... On est en 1901... Prague dans le championnat d'Allemagne... On sait ce que ça donnera en 1939, cette idée de Prague en Allemagne... Encore une chance que ce soit Leipzig qui ait gagné... Imagine un instant... Prague, champion d'Allemagne... Quelle ironie ! Une autre indication concernant l'équipe de Leipzig, cette fois... C'est un joueur Polonais naturalisé allemand, le dénommé Stany – dans la chanson et sur le terrain et de son nom civil : Bruno Stanischewski... qui va conduire l'équipe à la victoire. On en verra aussi bien d'autres des Polonais d'origine être naturalisés après 1939... Ainsi, tu peux voir que les phrases et les histoires ne sont pas aussi innocentes qu'elles en ont l'air.

 

 

On dirait même parfois qu'elles font de la prémonition, dit Lucien Lane en clignant malignement de l’œil gauche.

 

 

J'irais jusqu'à dire de la prédiction créatrice. Et dans le fond, ce n'est pas si faux... Les mots, les histoires construisent le monde ou en tous cas, participent de la création du monde ou autrement dit, interfèrent dans l'histoire. D'ailleurs, le mot histoire lui-même, tel que je viens de l'utiliser, est actuellement un mot suspect ; c'est un mot qui déplaît, c'est un mot tabou. Car en parlant d'histoire, je fais deux choses : j'inscris ma chanson dans un monde de la durée, un monde qui s'échappe de l’instantané, de l'événementiel, de l'immédiateté, du superficiel et j'entame une réflexion, je remets en action la pensée comme mode d'organisation du monde – la pensée et pas la hasardeuse main invisible si chère aux économistes. Le mot « histoire » est aussi suspect car il a un sens et ce sens de l'histoire – à la fois, direction et signification, ce sens de l'histoire renvoie à ce qui se passe dans la durée, à voir ce qui déchire le monde dans la durée, à voir que la guerre n'est pas un processus accidentel, mais un élément constitutif de notre monde, de celui dans lequel actuellement nous vivons ; en bref, il renvoie à la Guerre de Cent Mille Ans, cette guerre que les riches font aux pauvres pour imposer leur pouvoir, pour instaurer leur domination, pour assurer leurs privilèges, pour accroître encore et toujours leurs richesses. Et à partir de là, la pensée se met à gamberger, elle gagne sa liberté, elle échappe aux contrôles, elle se refuse à la domestication et elle se met à penser le monde, à y introduire de la conscience, à y voir ce qui s'y fait et à dire ce qui ne se fait pas. À partir de là, elle entre en résistance...

 

 

Ora e sempre : Resistenza ! , dit Lucien l'âne. Mais pour en revenir à la canzone, il me semble que tu avais déjà raconté des matchs de football...

 

 

En effet et si je me souviens bien, il y en a déjà eu trois... Il y eut dans l'ordre chronologique : Bottines et gros souliers (vers 1912) [[11143]], Le Pied d'Ivan (1942) [[40978]] et Le Miracle de Berne (1954) [[39654]].

 

 

Alors, si tu le veux bien, passons à la chanson et puis, nous reprendrons notre tâche et ensemble, tels des canuts d'aujourd'hui, nous tisserons le linceul de ce vieux monde volatil, superficiel, concurrentiel, hasardeux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Après notre sept à deux, on a dit

Les Pragois étaient allés à Sankt Pauli

La veille du match, tard dans la nuit

Passer du bon temps avec les filles

C'est une légende, c'est un bruit

 

Ce qui est sûr, c'est que nous

À dix-sept, dans le train de nuit

Depuis Leipzig et pas en wagon-lits,

Tous en troisième classe, qu'on était nous.

 

Pour la finale, sur le terrain d'Altona

Nos onze joueurs étaient là en rang d'oignon

Et même l'arbitre et les onze Pragois,

Deux mille spectateurs et pas de ballon.

 

Les Pragois ne rigolaient pas

Le public et nous, on riait gaiement

L'arbitre, un joueur d'Altona

Regardait sa montre pour passer le temps

 

Enfin, le ballon arriva

Le soleil et le vent du côté des Pragois

Grâce à quoi, Meyer mit le premier but

Friedrich mit, pour nous, le deuxième but

 

À la mi-temps, on en était toujours là.

Ensuite, le vent changea

Bref, avec Stany et Riso, le festival

Nous mena au premier titre national

 

L’arbitre qui s'y connaissait

Impartial concluait

Par écrit et de sa main
Les meilleurs ont gagné, à la fin.

 

Après notre sept à deux, on a dit

Les Pragois étaient allés à Sankt Pauli

La veille du match, tard dans la nuit

Passer du bon temps avec les filles

C'est une légende, c'est un bruit

 

L’arbitre qui s'y connaissait

Impartial concluait

Par écrit et de sa main
Les meilleurs ont gagné, à la fin.

 

 
Les Pragois étaient allés  à Sankt Pauli
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Marco Valdo M.I.
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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 18:16

ILS TE VOLERONT À NOUS COMME UN ÉPI

 

 

 

 

Version française – ILS TE VOLERONT À NOUS COMME UN ÉPI – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne - Ti rubarono a noi come una spiga – Rocco Scotellaro – 1945 (?)

Poème de Rocco Scotellaro, du recueil de poésie “È fatto giorno. 1940-1953” publié juste après sa disparition prématurée.
Musique d'Ambrogio Sparagna, de son disque intitulé « Passaggio alla città. » « Musique et chants pour Rocco Scotellaro »

 

 

Veillée de Rocco Scotellaro - Tableau de Carlo Levi

 

 

 

 

Poésie écrite par le grand poète de la Basilicate pour la mort d'un ami tué pendant des mouvements des paysans pour l'occupation de terres. Malheureusement je n'ai pas trouvé de repères historiques plus précis.

 

 

 

Mon cher ami Lucien l'âne, je te suggère d'aller regarder le petit film sur Rocco Scotellaro, dont voici l'adresse : http://www.youtube.com/watch?v=XV5aCE98a34 .

 

 

Par ailleurs, j'en suis à me demander si ce n'est pas toi l'âne qu'on voit sur certaine photo de Rocco en grande conversation avec lui , qui illustrait la chanson que tu avais traduite sous le titre : « Nous ne nous baignerons pas » .


 

 

Lucien et Rocco

 

Mais bien évidemment que si... Et pour une fois qu'on a une photo qui prouve mes assertions, il me plaît bien qu'on la publie ici. D'ailleurs, tu connais ma proximité mentale avec lui – siamo tutti i due somari. Voilà qui est dit, mais parle-moi de la canzone...

 

 

Comme tu le verras, elle s'inscrit, cette canzone dans la longue et douloureuse tradition paysanne des lamentations, qui sont des monologues « in memoriam » d'un disparu. Le but étant de fixer en quelque sorte sa mémoire et souvent de raconter son agonie. C'est, je te l'accorde, aussi un peu de la conjuration ; manière de faire le deuil. Car, vous les ânes, de la mort, vous vous en moquez bien. Et singulièrement toi qui est là depuis plusieurs milliers (nul, à part toi, ne sait combien d'ailleurs) d'années. Mais les humains sont d'une espèce plus sensible et plus craintive ; non seulement, ils craignent la mort – la leur, mais en outre, ils se lamentent de la mort de leurs proches. Ce n'est évidemment pas mon cas, car comme toi, je sais que la mort n'est rien qui puisse m'importuner, une fois accomplie ; et elle n'est rien non plus avant de s'accomplir. La seule chose qui existe réellement, c'est la vie. Ceci est rationnel et vaut pour tout un chacun, les autres ânes compris. De cela, il découle aussi qu'il n'y a pas lieu de craindre la mort ; ni la sienne, ni celle d'autrui... Sauf peut-être pour ce qui est des complications terrestres qui vont en découler, mais ce sont des difficultés ordinaires de l'existence qui ne lui sont pas spécifiques. Quant à se lamenter pour le mort... Pratiquement, cela n'a aucun sens pour lui ; c'est pourtant le sens apparent de la chanson, de celle-ci comme de beaucoup d'autres... Mais comme pour toutes ces chansons, le mort, la mort parle de la vie et s'adresse aux vivants.

 

 

 

À qui d'autre, pourrait-elle bien le faire ?, demande Lucien l'âne en ouvrant des yeux pleins d'étoiles et grands comme une galaxie.

 

 

 

 

 

 

Et donc, le sens réel de la chanson, c'est bien le message aux autres vivants. On raconte le mort, comme on raconterait d'un vivant ; d'ailleurs, il faut bien le faire revivre (c'est le cas ici) afin qu'il puisse dire ce qu'il aurait – imaginairement – dit, s'il avait pu... Le mort se soucie du vivant. Comme le gendarme de Vialatte ; celui-là même qui s'était pendu dans sa cuisine et avait laissé un mot sur la table dans lequel il disait : « Il y a de la soupe dans l'armoire ; ne la jetez pas ; elle est encore bonne. »

 

 

 

 

 

 

Oui, je me souviens du gendarme de Vialatte et de sa soupe. Cela dit, reprenons notre tâche et tissons ensemble, avec Rocco et ses frères, le linceul de ce vieux monde mortifère, lamentable, irrationnel, superstitieux, crédule, croyant et cacochyme.

 

 

 

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour un jeune ami assassiné

 

 

 

Il vit la mort des yeux et dit :
Ne me laissez pas mourir
La tête sur la rive
De la digue blanche.
Il n'y passe que des cars rapides
Des trains lents et longs
Et des camions pleins de charbon.

Ne me laissez pas avec ma tête posée
Sur la digue à la faux taillée.
Ne m'abandonnez pas la nuit
Avec une couverture sur les yeux
Entre deux carabiniers
Qui montent la garde.

 

Je ne sais qui m'a tué
Ramenez-moi chez moi,
Les paysans comme moi
Se fondent dans le tas
Portez-moi sur le lit
Où est morte ma mère.

 

Ou venez ici danser autour de moi
Et sucer une goutte de mon sang
Il vous fera m'oublier.
C'est long d'attendre l'aube et la loi
Demain même le troupeau
Fuira ce pré détrempé.

 

Et ma tête vous la verrez, pierre,
Rouler dans les nuits
Là-bas dans les maquis.
Ainsi la mort nous fait ennemis !
Comme une faux fauche net !
(Quel mal vous ai-je fait ?)
Nous nous échangerons nos peurs.

 

 

Dans le temps où le grain mûrit
Au bruissement de ces branches
Nous aurions chanté ensemble mes amis.
Et mon vieux père
Ne va-t-il pas se tailler les veines
À faucher tout seul
Les champs d'avoine ?

ILS TE VOLERONT À NOUS COMME UN ÉPI
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Marco Valdo M.I.
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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 15:08

LA BALLADE DU FACTEUR WILLIAM L. MOORE DE BALTIMORE, QUI EN 1963 S'EN ALLA SEUL DANS LES ÉTATS DU SUD. IL PROTESTAIT CONTRE LA PERSÉCUTION DES NOIRS. IL FUT TUÉ AU BOUT D'UNE SEMAINE. TROIS BALLES AVAIENT TROUVÉ SON FRONT.

 

 

 

Version française – LA BALLADE DU FACTEUR WILLIAM L. MOORE DE BALTIMORE, QUI EN 1963 S'EN ALLA SEUL DANS LES ÉTATS DU SUD. IL PROTESTAIT CONTRE LA PERSÉCUTION DES NOIRS. IL FUT TUÉ AU BOUT D'UNE SEMAINE. TROIS BALLES AVAIENT TROUVÉ SON FRONT – Marco Valdo M.I. – 2013

d'après la version italienne « BALLATA DEL POSTINO WILLIAM L. MOORE DI BALTIMORA, CHE NELL'ANNO '63 GIRAVA DA SOLO PER GLI STATI DEL SUDO. PROTESTAVA CONTRO LA PERSECUZIONE RAZZIALE. FU AMMAZZATO DOPO UNA SETTIMANA CON DUE PALLOTTOLE IN FRONTE. » de Riccardo Venturi

d'une chanson allemande – Die Ballade von dem Briefträger William L. Moore aus Baltimore, der im Jahre 63 allein in die Südstaaten wanderte. Er protestierte gegen die Verfolgung der Neger. Er wurde erschossen nach einer Woche. Drei Kugeln trafen seine Stirn. – Wolf Biermann – 1965

 

 

 

 

 

 

 

http://www.baltimoresun.com/news/maryland/bal-slaying-of-baltimore-civil-rights-protestor-still-unsolved-20130531,0,4593462.htmlstory

 

 

Dimanche

Ce dimanche-là, William L. Moore
Se reposait de son labeur.
C'était un pauvre facteur
Il habitait à Baltimore

 

 

Lundi

 

Le lundi, c'était à Baltimore,
Bill dit à sa femme :
« Je ne veux plus être facteur encore,
Je m'en vais dans le Sud – faire un voyage.
Noirs et blancs, unis ! Unis !
Il avait écrit sur sa pancarte
Blancs et noirs, bas les barrières !
Et tout seul, il partit.

 

 

Mardi

 

Le mardi, dans le train

Plus d'un demanda à William L. Moore
Ce que signifiait l'écriteau qu'il portait à la main,
Et chacun lui donnait la bonne chance pour son parcours.
Noirs et blancs, unis ! Unis !
Il avait écrit sur sa pancarte
Blancs et noirs, bas les barrières !
Et tout seul, il était parti.

 

 

Mercredi

 

Le mercredi en Alabama
Il marcha sur le macadam

Longue était la route de Birmingham,

Et ses pieds entravaient son pas
Noirs et blancs, unis ! Unis !
Il avait écrit sur sa pancarte
Blancs et noirs, barrières bas!
Et tout seul, il était parti.

 

 

Jeudi

 

Le jeudi, un shérif l'arrêta sur le trottoir
Il lui dit : « Mais tu es un blanc ! »
Et dit encore « Qu'as-tu à faire des Noirs ?
Mon gars, réfléchis convenablement ! »
Noirs et blancs, unis ! Unis !
Il avait écrit sur sa pancarte
Blancs et noirs, bas les barrières !
Et tout seul, il partit.

 

 

Vendredi

 

Le vendredi, un chien, courut après lui
Il devint son meilleur ami.
Mais dès le soir, on jeta des pierres sur eux
Alors, ils sont partis plus loin, à deux.
Noirs et blancs, unis ! Unis !
Il avait écrit sur sa pancarte
Blancs et noirs, bas les barrières !
Et tout seul, il était parti.

 

 

Samedi

 

Le samedi fut chaud à mourir,
Une femme blanche est venue
Lui donner à boire, et en secret lui dire :
« Vous m'avez convaincue ! »
Noirs et blancs, unis ! Unis !
Il avait écrit sur sa pancarte
Blancs et noirs, bas les barrières !
Et tout seul, il partit.

 

 

Dernier jour

 

Le dimanche, un beau jour d'été bleu,
On l'a trouvé dans l'herbe verte -
Trois œillets rouge sang avaient mis le feu
À son front soudain livide.
Noirs et blancs, unis ! Unis !
Il avait écrit sur sa pancarte
Blancs et noirs, bas les barrières !
Et tout seul, il partit.

 

Mort tout seul
Il n'est plus seul.

LA BALLADE DU FACTEUR WILLIAM L. MOORE DE BALTIMORE
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Marco Valdo M.I.
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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 22:38

Else du Mont des Oliviers

 

 

Canzone française – Else du Mont des Oliviers – Marco Valdo M.I. – 2013

Histoires d'Allemagne 99

An de Grass 01

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.

 

 

 

 

 

 

 

Cette Histoire d'Allemagne n'est pas à sa place chronologique ; d'ailleurs, elle n'est pas la seule. Et ceci tient au fait que mon inexpérience et mon ignorance des débuts se sont progressivement estompées au fur et à mesure que j'actionnais le kaléidoscope de Günter Grass et que je découvrais les Histoires d'Allemagne. J'en ai appris des choses et j'en ai croisé des narrateurs et des narratrices. En voici une encore... Et comme je te l'ai dit, j'aurais dû la faire paraître bien plus tôt... Mais avec elle – je veux dire Else Lasker-Schüler, il y a de quoi s'y perdre dans les méandres des calendriers. Car la chose est sûre et éclatante, cette femme est un phénomène, à elle seule, un personnage des plus surprenants. Née il y a presque cent cinquante ans le long de la Wupper, ce qui en soi n'est pas un exploit, certes, l'enfant prodige qu'elle fut grandit à Wuppertal – la chose a son importance, vu que la canzone a comme un de ses points de repère, l'inauguration du train suspendu de Wuppertal en 1901.

 

« À la naissance du monstre de la Wupper

Quand le dragon courut sur le fer

Dans les fracas du tonnerre ».

 

Else Lasker-Schüler fit sa renommée comme poétesse dès le début du siècle ; elle dut fuir l'Allemagne dès avril 1933 et elle finit sa vie en Palestine au début 1945. C'est elle qui envoie des cartes postales de Jérusalem à un de ses anciens amants, le poète Gottfried Benn, qui réside à ce moment, croit-elle, dans ce qui reste de Berlin ; elles ne le joindront jamais.

 

 

C'est assez étrange, je trouve, ce nom d'« Else du Mont des Oliviers » que tu lui as donné...

 

 

Mais, Lucien l'âne mon ami, c'est tout simplement là qu'elle est enterrée et, là qu'elle se trouve après avoir franchi la Wupper, alias le Styx des anciens. Par parenthèse, son premier recueil de poésie est précisément intitulé « Styx ». Mais pour en revenir à la canzone, je te signale que le serment auquel il est fait allusion est doublement significatif, amphibologique, en quelque sorte, puisqu'il s'agit venant de ce Doktor Benn, lui-même poète allemand renommé, en raison même du fait qu'il a signé le Gelöbnis treuester Gefolgschaft – serment de très fidèle obédience au führer – dès mai 1933, a ipso facto rompu l'amoureux serment. En clair, Benn en devenant nazi trahi en même temps son amie juive déjà exilée...

 

 

Et cette histoire de barbichette ? De quoi s'agit-il ? Que vient-elle faire là ? Car moi, je la connais bien cette comptine..., dit Lucien l'âne en la fredonnant.

Je te tiens,

Tu me tiens

Par la barbichette

Le premier qui rira

Aura une tapette

Au bout de trois

Un, deux, trois.

 

 

Mais, Lucien l'âne mon ami, c'est tout simple. C'est en effet une vieille comptine enfantine française (et tu sais combien j'aime les comptines et surtout aussi, combien les comptines ou d'autres chansons qui me trottent en tête me sont de précieux auxiliaires et m'aident à trouver un rythme, une manière d'amorcer... Bref, elles mettent en branle mon imagination), et c'en est le texte d'origine, mais tu vois bien qu'elle est précédée d'un distique que tu n'as pas chanté :

 

« Celui qui cherche trouvera

Celui qui trouve rira. »

Il s'agit de savoir qui rira le dernier... Maintenant les cartes postales de Jérusalem viennent après bien longtemps et même si elles avaient retrouvé leur destinataire dans les ruines du nazisme, bien longtemps aussi après la séparation et la trahison, elles l'auraient – et c'était leur but – mis face à sa conscience, elles l'auraient mis en accusation face à lui-même.

 

 

Mais, dit Lucien l'âne en redressant ses oreilles pour attirer l'attention, celui qu'on met ainsi face à son propre arbitre, face à sa « décence commune », s'il a vraiment trahi, s'il a donc eu une attitude indécente, que peut-il bien avoir à faire de ce rappel des faits et de cette interpellation... Il ne faut pas en attendre quelque regret, quelqu'embarras que ce soit... Un escroc, un tricheur, un menteur, un traître ne peut exister s'il s'arrête à des considérations éthiques ou morales.

 

 

Tu as raison, Lucien l'âne mon ami, il peut s'en taper complètement, il peut même réfuter les faits qu'il a vécus et même, contre l'évidence de sa propre mémoire, il peut aussi réécrire l'histoire. Mais le but n'est pas qu'il s'amende, ni même de l'effrayer... En fait, cela n'a aucune importance ; en fait, il n'a aucune importance. Ce qui compte, c'est que cela soit dit et qu'il sache que cela est dit, finalement, là aussi, peu importe. Et dans le cas qui nous occupe, que cela soit dit pour l'éternité. Je te précise qu'Else envoie ces cartes en 1945 et qu'elle meurt le 22 janvier de cette année-là. Donc, Else, juste avant d'aller se réfugier dans le Mont des Oliviers, de devenir Else du Mont des Oliviers, envoie les trois cartes au Doktor Benn. C'est en quelque sorte, le mot de la fin ; sans doute, voulait-elle avoir le dernier mot. J'arrête ici, sinon le rébus ne sera plus un rébus et la canzone perdra de son mystère et de sa capacité à faire gambader l'esprit.

 

 

Ainsi donc, nous n'irons pas plus loin et je chercherai à élucider ce qui est caché. En attendant, il nous faut reprendre notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde empli de trahisons, de fureurs, de terreurs et de bruits et décidément, cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Un, deux, trois

Celui qui cherche trouvera

Celui qui trouve rira

Je te tiens,

Tu me tiens

Par la barbichette

Le premier qui rira

Aura une tapette

Au bout de trois

Un, deux, trois.

 

Une, deux, trois

Moi, Else du Mont des Oliviers

Trois cartes j'envoie

Un ensemble bien ficelé

Saint Sépulcre, Mosquée et Lamentations

En 1945, de Jérusalem

À Berlin, au Docteur Benn

Dans les décombres et lamentations

Elles ne le trouvent pas

Le Docteur Benn n'est plus là

Plus tard, il mourra

 

Un, deux, trois

Celui qui cherche trouvera

Celui qui trouve rira

Je te tiens,

Tu me tiens

Par la barbichette

Le premier qui rira

Aura une tapette

Au bout de trois

Un, deux, trois.

 

Tu as signé le serment

Tu m'as trahie,

Moi, ton Else, ta grande amie

Ah ! Tu m'aimais si délicieusement

À la naissance du monstre de la Wupper

Quand le dragon courut sur le fer

Dans les fracas du tonnerre

Écoute mon piano bleu désespéré

Ce cygne noir sur la Wupper vient te chercher

 

Un, deux, trois

Celui qui cherche trouvera

Celui qui trouve rira

Je te tiens,

Tu me tiens

Par la barbichette

Le premier qui rira

Aura une tapette

Au bout de trois

Un, deux, trois.

 

Quand même, tu n'aurais pas dû

Oh ! Spécialiste des maladies vénériennes

T'acoquiner aux gloires hitlériennes

Ces gens-là t'ont fait cocu

Comme ensuite, tu l'as vu

Ah, Aimé de Dieu et de ton Else in illo tempore

Ah, Gottfried, viens m'embrasser !

Ah ! Je t'attends ! Mon Giselher !

De l'autre côté de la noire Wupper.

 

Un, deux, trois

Celui qui cherche trouvera

Celui qui trouve rira

Je te tiens,

Tu me tiens

Par la barbichette

Le premier qui rira

Aura une tapette

Au bout de trois

 

Un, deux, trois.

Else du Mont des Oliviers
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Marco Valdo M.I.
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