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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 14:13

ET MOI, J'Y SUIS

 

 

 

Version française – ET MOI, J'Y SUIS – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – E io ci sto – Rino Gaetano – 1980

Texte et musique de Rino Gaetano
Album: "E io ci sto"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, cette canzone de Rino Gaetano, me plaît vraiment et même, pour plusieurs raisons. Bien évidemment, la canzone elle-même et son auteur, son interprète, bref, son chantauteur, puisqu'il s'agit d'une seule et même personne. Mais il en est d'autres...

 

 

Oh, oh..., dit Lucien l'âne en secouant son encolure comme s'il se mettait subitement à danser le rock... Et tu pourrais m'en dire de ces plusieurs raisons...

 

 

Certainement et je vais le faire à l'instant. Une de ces fortes raisons, c'est que cette chanson est en quelque sorte une d'évocation d'un des aspects de la Guerre de Cent Mille Ans, cette guerre que les riches font aux pauvres afin de maintenir leur domination, d'accroître leurs richesses, d'étendre leurs privilèges... Cette guerre quotidienne où chaque geste compte :

 

« Partout guerre clandestine,

Guerre guère anodine

Où tous les gestes comptent imperceptiblement

Où chacun choisit son camp

Rappelle-toi à tout moment

Si tu n'y prends garde, inconsciemment

À chaque instant, tu choisis ton camp. »

 

Et voici ce que dit Rino Gaetano :

 

« Mais moi, ma guerre, je veux la mener à sa fin 

Et coûte que coûte, il me faut la gagner.
On n'est pas des saints ! »

 

 

C'est d'elle qu'il parle et il a nettement choisi son camp, qui n'est pas celui des puissants...

 

 

 

Voilà bien une forte raison et je la comprends, dit l'âne Lucien en hochant la tête, que les oreilles accompagnent dans un mouvement de balancier. Mais tu en avais plusieurs, disais-tu...

 

 

Mais oui, Lucien l'âne mon ami, et si tu as tendu l'oreille, tu as certainement repéré la deuxième forte raison... C'est qu'il y a là comme de l'obstination de canuts tissant le linceul du vieux monde...

 

 

Évidemment ! Une autre encore... ?

 

 

Oui, bien sûr, en voici une autre... Elle nous touche très profondément... Et elle dit, du moins, dans ma version de langue française... « On n'est pas des saints ! ». C'est ce « On n'est pas des saints ! » qui me rappelle : « noi, non siamo cristiani, siamo somari », qui est une de nos devises. Et pour compléter le tableau, cet « On n'est pas des saints ! » est le titre d'une chanson de Léo Ferré, qu'il faudra bien mettre un de ces prochains jours parmi les Chansons contre la Guerre. Je t'en rappelle un petit morceau :

 

« On foutra tout, lonlaire

Ici, là ou là

On sera tous copains

Et dans le ministère

On fera la java, tiens ! »

 

 

Ce serait une bonne idée, dit Lucien l'âne en raclant le sol de son petit pied noi

 

 

Et puis, dernière raison et encore plus forte celle-là, puis, je m'arrêterai d'en exposer ; donc, Lucien l'âne mon ami, il y a encore une raison à mon con... Oui, mon contentement , comme disait Boby Lapointe dans Comprend qui peut, chanson qu'il faudra bien mettre ici, vu qu'il y est question du légionnaire et du sable chaud. Et la voici cette forte raison, qui nous vient de l'enfance et des lectures passionnées de l'adolescence. Je t'explique : Rino Gaetano a intitulé sa chanson : Io ci sto...

 

 

Et il a bien eu raison, dit Lucien l'âne en riant sous cape...

 

 

 

J'y suis 

Épitaphe de Philippe de Nevers

 

 

 

Lucien l'âne mon ami, il ne faut pas m'interrompre, car après, je ne sais plus où j'en suis et je raconte n'importe quoi. Donc, Rino Gaetano a intitulé sa chanson : Io ci sto... et sans réfléchir, car la chose est évidente, j'ai naturellement traduit ce titre par : « J'y suis ! ». Je t'assure que c'est venu comme ça, tout à trac. Ce n'est qu'en en cherchant la raison, là tout de suite, car on aurait pu traduire différemment : par exemple, Me voilà ou Je suis là ou Pour moi, je suis d'accord... que j'ai soudain compris... « J'y suis ! », c'est la devise du jeune duc de Nevers lâchement assassiné et que Lagardère, un brave Gascon, sous l'apparence du Bossu, va finalement venger ... Ces aventures ont tenu en haleine bien des gens depuis plus d'un siècle et demi. D'ailleurs, il y eut des suites jusqu’à la troisième génération que je me promets de lire in extenso...Cela dit, la chanson qui est pleine d'illusions se termine en reprenant intégralement l'illusion des illusions qui illusionne tant les hommes, celle que Verlaine immortalisa dans son Rêve familier...

Le voici de mémoire :

 

« Mon rêve familier

 

 

 

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime

Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

 

Car elle me comprend, et mon cœur, transparent

Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

 

Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.

Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore

Comme ceux des aimés que la Vie exila.

 

Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L'inflexion des voix chères qui se sont tues. »

 

 

 

Sublime... ce poème de Verlaine..., dit Lucien l'âne encore sous le charme. Mais en attendant, mon bon ami Marco Valdo M.I., recommençons à tisser le linceul de ce monde peuplé de fourbes, de sournois, de lâches, de traîtres et cacochyme.

 

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Je me lève au matin avec une nouvelle illusion
Je prends le 109 pour la révolution,
Et je suis satisfait
Un peu sage un peu distrait
Je pense que dans vingt ans
Finiront mes errements

 

À y repenser, aussitôt
Je regarde là et ici
Et je suis seul dans la vie
Au fond, il est beau
Mon âge à moi et moi, j'y suis

 

On dit qu'en Amérique, tout est riche, tout est neuf
On peut monter en téléphérique
Sur les gratteciels et se faire cuire un œuf
Moi, je cherche du rock, de la musique
Je cherche une bannière différente
Sans sang et toujours pimpante

 

À y repenser, aussitôt
Je regarde là et ici
Et je suis seul dans la vie
Au fond, il est beau
Mon village à moi et moi, j'y suis

 

On dit à la radio, à la télévision
« Soyez calmes et soyez bons
Pas d’histoires, pas de chambard, soyez modérés »
Mais moi, ma guerre, je veux la mener à sa fin
Et coûte que coûte, il me faut la gagner.
On n'est pas des saints !

 

À y repenser, aussitôt
Je regarde là et ici
Et je suis seul dans la vie
Au fond, il est beau
Mon combat à moi et moi, j'y suis

 

Je cherche une femme qui m'émerveille
Qui me sourie à mon réveil

Qui soit belle comme le jour
Intelligente et folle d'amour.

 

Au fond, elle est belle
Ma femme à moi et moi, j'y suis !

 

Au fond, elle est belle
Ma femme à moi et moi, j'y suis !

ET MOI, J'Y SUIS
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Marco Valdo M.I.
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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 21:27

MURS SECS

 

 

Version française – MURS SECS – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Muri a secco – Riccardo Venturi – 2009

Texte de Riccardo Venturi
Paroles et musique du prolétariat, quand il y en aura.

 

 

 

Mon bisaïeul maternel, Menotti Dini, était né le jour où était mort Giuseppe Garibaldi : le 2 juin 1882. Son père était expert dans l'art de fabriquer les murs à sec pour les vignes en terrasse où on faisait le vin aleatico [http://fr.wikipedia.org/wiki/Aleatico] ; et ces vignes veulent un terrain sec comme les murs, pietraie (cailloutis), et de l'air. Les meilleurs étaient sur le Seccheto, qui le nom dit déjà tout, sur le Cavoli, sur le Pomonte et le Chiessi ; et ceux encore meilleurs étaient les plus en hauteur. Il fallait prendre des sentiers raides à pic et monter jusqu'à six ou sept cents mètres.

 

Les enfants étaient précieux pour ce travail. Agiles, petits, avec les doigts qui s'enfilaient dans les crevasses. Quand il eut cinq ans et demi, mon aïeul dut aller travailler avec son père, à faire les murs secs. Nous sommes à l'Île d'Elbe autour de 1888, l'année où naquit celle qui ensuite serait sa femme, mon aïeule Giuseppa Dini. À Marina di Campo, ils s'appelaient presque tous Dini. Ou bien Danesi, ou bien Ditel. Un ancien nom français qui était resté peut-être comme empêtré dans ce coin. Pas d'école pour mon aïeul. Il apprit à lire et à écrire durant les trois ans qu'il passat sous les armes, à dix-huit ans.

 

Une vie d'enfant passée à se tuer de fatigue, et sans le sou. Les sous, seul le père en ramenait et ils devaient suffire pour toute la famille. Peu. Moins que rien. Dans les bonnes périodes pour faire les murs, il n'existait même pas de dimanches, ni de repos. Les bonnes périodes étaient celles où il faisait le plus chaud et il ne pleuvait pas ; il devait pleuvoir après, car les murs secs tiennent ensemble par l'encastrement parfait des pierres et de la terre qui se met entre. Lorsqu'il pleut, dans la terre croissent les plantes qui cimentent le mur. Maintenant, je crois, plus personne ne sait les faire ; mais bien faits, ils durent des siècles.

 

Ils partaient à l'aube, et ce n'était pas un réveil avec des mots gentils et des caresses. En bas du lit ; et pour se donner de la force, le petit déjeuner des hommes. Du pain trempé dans le vin fort. À six ans. Le mulet chargé de pierres et eux à pied, l'homme de trente ans et l'homme de six. Des kilomètres, dont les derniers à grimper une côte raide à faire peur.

 

Rater un encastrement voulait dire démolir le mur et le recommencer du début. C'était le désespoir. Si l'enfant se trompait, la leçon était donnée à coups de pied dans le cul et des coups sauvages ; ainsi il ne se trompait plus. Si le père se trompait, les coups sauvages, il se les donnait tout seul, à lui-même. Il prenait un caillou et il se tapait sur la tête, et l'enfant regardait.

 

Arrivaient les dix-huit ans et le moment d'aller au service militaire ; pour tous, c'était un soulagement. La période durait trois ans, mais la fatigue et la discipline du service n'étaient probablement rien en comparaison de ce qu'ils avaient connu enfants. Pour cela, ils étaient contents. Ils allaient voir le monde au-delà de l'île. Ils mangeraient. Il y en avait qui y voyaient un morceau de viande pour la première fois de leur vie. Ils apprenaient à lire et à écrire, s'ils le voulaient. Il y avait, certes, l'inconvénient de devoir aller mourir à la guerre, mais à mon bisaïeul, ça n'arriva pas pour des raisons que j'ignore. Cela arriva ensuite à un de ses fils, qui s'appelaient Mamiliano, lors d'une autre guerre. Mamiliano ne savait même pas comment on faisait les murs secs, et mon bisaieul ne voulut ensuite plus le voir. Durant toute la vie, il fut pêcheur. Je ne l'ai jamais connu ; il est mort l'année avant que je naisse.

 

On l'appelle « mémoire d'homme ». Ça veut dire avoir entendu raconter des histoires de la voix de celui qui les a vécues, ou qui les a à son tour entendues directement. Ma bisaïeule, Dini Giuseppa, née en 1888 comme j'ai dit, les avait entendues de son mari. Son mari était cet enfant qui faisait les murs secs. Elle la racontait toujours cette histoire des murs à sec, du réveil à l'aube, du petit déjeuner au pain et au vin, du mulet et des coups de pied. J'ai eu le temps de l'écouter, avant qu'elle ne meure d'un coup le 4 Juillet 1968. J'avais cinq ans. Personne ne me réveillait pour me dire d'aller travailler. Le petit déjeuner, je le faisais avec le lait et les biscuits. Moi, je recevais une claque si je faisais des espiègleries, mais pas car je me trompais quand j'insérais une pierre dans le mur

 

Je ne sais pas si je serai la dernière partie de la mémoire d'homme, pour cette histoire-là. N'ayant pas d'enfant, c'est probable. La mémoire faut se la dire, pas l'écrire ; ce que je fais est un artifice qui ne vaut pas tant. Je n'aurais sûrement pas été un bon père. Je n'ai pas de grands instincts paternels. Cependant, une chose pour laquelle il me déplaît de ne pas avoir d'enfant, c'est de ne pas pouvoir les lui passer oralement, ces histoires. Mais peut-être, ça ne l'aurait pas du tout intéressé.

 

Il y a eu des enfants qui ne l'ont jamais été. La pauvreté les réveillait à l'aube, hurlait et mettait le vin dans la tasse. Il y en a encore, dans mille parties du monde, et sans même le vin. [R.V.]

 

Dédié à Lucien Lane, à Marco Valdo et à tous les ânes de ce site

 

 

 

Il m'est arrivé, dans ce site, de raconter parfois des histoires de ma famille, ou bien entendues raconter par ma mère et par ma tante. Les ânes n'y sont pas rares.

 

Un soir, il y a peu, ma mère a eu l'envie de tirer une vieille photographie d'un tiroir ; et elle est apparue celle qu'on voit ci-dessus.

 

Île d'Elbe, année 1948. En plein été sur un sentier très raide quelque part au-dessus d'une plage déserte. Il faut tous se couvrir la tête, le soleil n'est pas une petite plaisanterie dans des caillasses.

 

À gauche : ma grand-mère, Maria, née le 19 avril 1911 à Marina di Campo. Auprès d'elle, une enfant dont ma mère ne se rappelle pas qui c'est. L'enfant a la tête découverte.

 

Ensuite ma tante Clara, née le 14 août 1927 Marina di Campo. Auprès d'elle, très grande, ma mère Luciana, née à Portoferraio le 16 octobre 1933. Sur la photo, elle a 15 ans

 

À droite, l'âne de famille, nommé Gustavo. Toutes les familles avaient un ou plusieurs ânes ; même lui, à juste titre, porte son bon canotier. Et malgré la montée, personne ne le monte. Même pas l'enfant. Elles l'avaient emmené avec elles pour prendre un bain, comme membre de la famille.

 

Je suis très fier de venir de ce monde disparu.

Salut.

 

 

Riccardo Venturi

 

 

 

 

 

Il y a déjà un bon bout de temps que j'avais mis de côté cette canzone de Riccardo Venturi, dans ma grande armoire électronique appelée « À faire »... Car comme tu le sais, comme tu le vois, en ne tenant compte que des Chansons contre la Guerre, il y en a des choses à faire, à traduire. Et une chose entraînant l'autre, un jour prenant la place de l'autre, tout s'éloigne doucement dans le temps et l'armoire se remplit de ce qui n'a pas pu être fait et qu'on fera demain, plus tard, quand il n'y aura rien d'autre en cours. Donc, j'avais envoyé, plein de bonne volonté, cette chanson sur une voie de garage. Elle attendait son tour dans un brouillard de plus en plus profond. Mais heureusement, Riccardo l'a relancée dans le jeu infini des CCG, grâce à un commentaire d'une très intéressante photo où l'on découvre une partie de sa famille, avant même sa naissance. Une photo historique, en quelque sorte. Tu imagines : sa grand-mère, sa tante, sa mère, une enfant et Gustavo... Mais ce n'est pas tout, il nous la dédie cette chanson... Oui, à toi et à moi...

 

 

Mais c'est superbe... Une chanson pour nous..., dit Lucien l'âne en agitant les oreilles tout réjoui. Il te faut donc la traduire et de plus, le faire bien...

 

 

Mais, Lucien l'âne mon ami, tu as parfaitement compris... Cependant, il y a une chose que je voudrais dire, c'est que je n'aurai aucune difficulté à en faire une bonne traduction, car le texte de Riccardo est vraiment très réussi... Enfin, je suis un peu optimiste, car rien ne dit que je réussirai à faire aussi bien qu'il pourrait le souhaiter... Et sans vouloir lui lancer des fleurs, autrement dit en disant exactement ce que j'en pense, c'est une excellente canzone... Tiens, elle m'a fait penser à certains textes de Rocco Scotellaro, pour lequel tu sais que j'entretiens une certaine admiration et je ne suis pas le seul. D'ailleurs, cela me fait penser qu'il faudrait aussi en faire connaître plus ici dans les CCG des poèmes de Rocco.

 

 

Houla, tu places la barre bien haut. Moi, je serais Riccardo, je ne saurais plus trop comment me mettre. Si, si, ce n'est pas rien et moi, en tous cas, j'en serais fort aise... Mais parle-moi un peu de la canzone elle-même.

 

 

Tu vois, Lucien l'âne mon ami, cette canzone dit combien les ânes et les hommes (les pauvres, bien entendu – Noi, non siamo cristiani, siamo somari) ont des destins semblables et des œuvres communes. Ce peut être de mouliner le blé ou n'importe quoi, de porter de lourdes charges, de faire de périlleux transports. Et elle dit aussi combien ils sont mêlés dans leur existence ; du moins, dans les civilisations paysannes. Et tu apprendras – mais c'est dans ses commentaires Riccardo l'évoque – que dans sa famille, l' âne – en l'occurrence, Gustavo – était considéré comme un membre à part entière ; au point de l'emmener à la plage pour prendre un bain avec les dames..C'est la photo du commentaire...

 

 

Alors, ça, c'était une belle vie d'âne, dit Lucien.

 

 

Pour revenir un instant à la canzone, elle évoque la dureté des conditions de vie sur l'île d'Elbe, il y a un demi-siècle et plus et de ce difficile et éreintant métier de ceux qui faisaient les murs à sec ou murs secs, comme on dit en France. Ce mur sec, c'est celui qui est façonné de pierres encastrées, qui tiennent les unes sur les autres ; ce genre de murs qui bordent les champs en terrasse ou qui soutiennent les vignes sur les versants pentus. Ils ont servi aussi à faire bien d'autres choses, évidemment. Le principe consiste pour ces murs secs à les mouiller après les avoir farcis de terre. Autrement dit, le mur sec a besoin d'eau... Il faut le tremper, tout entier. Pour que s'y glissent mille racines, ce qui est le secret de leur résistance aux intempéries et à l'usure du temps.

 

 

Si tu crois que je ne le sais pas... J'en ai fait de ces murs-là... Je suis un âne quand même et puis, j'en ai vus tellement. Il y en a partout dans le monde. Mais assurément, c'est du solide. Enfin, car il faut bien conclure, nous qui ne connaissons plus pareilles conditions, il nous revient de tisser le linceul de ce vieux monde encore rongé par l'avidité, l'ambition, l'argent, l'ardeur guerrière et en bref, borné, brutal et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

À l'aube, aucun coq ne chantait
Il n'y avait ni caresses ni lait.
Juste un hurlement, un commandement :
Au travail, en avant !

 

Au matin, pas d'école
Il fallait grimper
Le mulet portait les pierres
Les hommes allaient à pied.

 

Debout, réveille-toi, faut y aller,
La tasse, le pain et le vin.
Sur le chemin escarpé
On ne disait rien.

 

Le père a les souliers foutus

Le fils va pieds nus

Le soleil monte implacable

L'âne avance imperturbable.

 

On croise des autres qui marchent,
Un signe, un salut en silence.
Et puis, on commence à monter,
Au sommet, à peine arrivés.

 

Il faut encastrer les pierres
Y mettre aussi la terre.
Le mur sec, il faut bien le tremper
Les plantes doivent s'y attacher.

 

Les plantes cimentent le mur
Le mur dur toujours dure.
Les pierres ne sont pas égales,
On les gratte aux autres pierres.

 

La terre doit être trempée
Et il y a peu d'eau à boire.
Le soleil est déjà haut, faut manger
En silence, un bout de pain noir.

 

On ne peut se reposer
La vigne s'impatiente.
Une pierre mal posée
Il faut tout refaire.

 

Si le père se trompe, jurons,
Il se tape la pierre sur la tête.
Si le fils se trompe, jurons,
Il lui tape la pierre sur la tête.

 

Et vient le soir et on rentre,
Fatigue, et puis faim, et fatigue
À la maison, les femmes attendent la fin
D'un jour de faim, de fatigue, et de faim.

 

On mange la soupe, la même
Et le lit pas la peine de le faire.

Le sommeil est sans rêve

À l'aube, un cri, un ordre .

 

Debout, il faut y aller, c'est le matin
La tasse avec le pain et le vin.

On grimpe le chemin
Et on ne dit rien.

 

 

 

 

 

 

MURS SECS
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Marco Valdo M.I.
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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 21:58

DISQUE ROUGE

 

Version française – DISQUE ROUGE – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Disco rosso – Insalata Sbagliata – 2012

 

 

 

D'un texte de Gianni Rodari de 1952… Un petit chef de gare avec son disque rouge réussit à arrêter le méchant Train Guerre !

 

 

Un petit chef d’œuvre de littérature enfantine... Mais petit enfant deviendra grand ; et enfant, il restera … tel qu'en lui-même. Car les racines descendent quelquefois bien loin dans la terre...., dit sentencieusement Lucien l'âne.

 

 

 

 

Disque rouge !

On ne passe pas !

 

 

 




Disque rouge !
On ne passe pas !
Le direct est pressé :
« Je ne peux pas attendre, je vais m'énerver.
Et puis, je suis un train très spécial,
Changez vite ce signal ! »

Sans parler, le disque rouge
Continue à scruter la nuit noire.
« J'ai à bord un duc et une excellence ;
Me faire attendre est une impertinence ».
Mais le disque rouge, l’œil sévère,
Fixe et fixe le trou noir.

« Je protesterai auprès du chef de gare,
Je ferai une réclamation à la direction :
Me bloquer est certainement une erreur,
J'ai à bord un amiral et un ministre! »
Et il siffle, et crie à pleins poumons
Mais le disque rouge ne lui donne pas raison.

 

Ainsi si un jour sur terre ou sur mer
Veut passer le train Guerre,

Tous unis, nous on criera :
« Disque rouge ! Halte-là! » 

DISQUE ROUGE
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Marco Valdo M.I.
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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 14:39

UN PAREIL À MOI

 

Version française – UN PAREIL À MOI – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Uno uguale a me – Mario Pogliotti – 1961

 

Paroles et musique de Mario Pogliotti

 

 

Chaque jour dix heures à creuser dans la terre 

Pour des conduites d'égouts et d'eau

 

 

 

 

Chanson sur l'aliénation par le travail…

 

 

 

Il y a dans les rues un pareil à moi
Mais il ne vient pas vers moi
Il reste contre le mur, collé.
Riviera dei fiori est-il indiqué

C'est un homme dessiné par la publicité
Pour ceux qui viennent là l'été .

Sûr qu'il me ressemble avec ce visage carré
Et son filet à la main pour pêcher
Et derrière lui, il y a la mer et l'été.

Il me ressemble mais pour être sincère
Je ne suis pas pêcheur, ni matelot
Chaque jour dix heures à creuser dans la terre
Pour des conduites d'égouts et d'eau
De je ne sais quels immeubles ou quels restos

 

Moi, je la vois seulement le dimanche la mer
J'y vais avec Elvire, mais je ne sais qu'y faire
Car à creuser toujours tout au long du jour
Il arrive qu'on oublie qu'autour
Il y a la mer, la mer… la mer…

UN PAREIL À MOI
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Marco Valdo M.I.
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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 14:06

 

LE CHAMEAU

 

 

Chanson enfantine

Interprétation : Les Quatre Barbus – 1956

Les petits chanteurs de l'Ile de France (1966) http://www.youtube.com/watch?v=7nJ2tN1KmeA

 

 

 

Et vive le chameau

Voyez comme il est beau !

 

 

 

 

Ah, « Le Chameau »... Voilà bien un quadrupède utile...

 

 

Attention, dit Lucien l'âne, quadrupède et de plus, c'est un ongulé et de surcroît, tout comme son compère le dromadaire, il est très costaud et certains sont très rapides à la course et peuvent courir jusqu’à 65 km/h en pointe. Ce sont de lointains cousins...

 

 

Ah, l'esprit de famille... Ne fais pas la grimace, Lucien l'âne mon ami. C'était juste une petite plaisanterie. Mais notre « Chameau » d'aujourd'hui est une chanson, sans doute anonyme, qui fut sauvée des eaux par les colonies de vacances, les soirées dans les auberges de jeunesse et les Quatre Barbus qui en 1956, en firent une version qui fit les bonnes heures de leurs tours de France... Mais ce n'est pas la seule et il existe aussi des variantes dans le texte... J'ai un souvenir de « Ce vaisseau du désert, c'est le … Chameau ». J'en ai même repéré une interprétation chorale avec orchestre... Ce sont « Les petits chanteurs de l’Île de France », une version de 1966.

 

 

Houlalala, en voilà une histoire... Ce chameau mérite bien des égards..., dit Lucien l'âne en entamant une étrange danse, tapant alternativement, en cadence et léger, léger comme un daim qui s'élance, ses petits pieds menus, menus, menus... Mais, se gondolant plus encore, Lucien l'âne dit : « Il ne faudrait quand même pas oublier le dromadaire, cet autre vaisseau du désert, un cousin lui aussi. »

 

 

Certes..., on ne peut l'ignorer... D'ailleurs, au moment d'insérer cette chanson qui a bercé bien des enfances – sages ou moins sages, à propos de l'impérissable Chameau et de son comparse le Dromadaire, il m'est revenu en mémoire un conte pour enfants pas sages de Monsieur Prévert... intitulé « Le Dromadaire mécontent ». Comme c'est toujours un plaisir de rire, je m'en vais te refaire voir et entendre cette délicieuse histoire, qui me paraît devoir figurer auprès des camélidés de Rodari et Savona.

 

C'est une nécessité absolue, rétorque Lucien l'âne. Par parenthèse, tu remarqueras aussi qu'en français curieusement, le chameau n'a qu'un "m", alors qu'en italien, il en a deux. Alors, je t'écoute ...

 

Il te faudra attendre un peu, car je vais l'insérer en tant que canzone à part entière dans les CCG...

 

 

Alors, patientons...

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Perdu dans le désert immense
L'infortuné bédouin – douin douin douin douin
N'irait pas loin – loin loin loin loin
Si la divine Providence
N'allégeait son fardeau – deau deau deau deau
Par un cadeau – deau deau deau deau
Ce cadeau précieux
De la bonté des Cieux
Ce précieux cadeau
C'est le chameau !
Halli ! Hallo !

 

 

Halli ! Hallo !
Et vive le chameau
Voyez comme il trotte
Halli ! Hallo !
Et vive le chameau
Voyez comme il est beau !
Himalaya, Java, Calcutta, Sidiborina
Himalaya, Java, Calcutta, Sidiborina
Aléa léa léa ! Ohé ! Aléa ! Ohé ! Ohé !
Aléa léa léa ! Ohé ! Aléa ! Ohé ! Ohé !

 

 

Il sait faire la révérence
Et se mettre à genoux – noux noux noux noux
Sur les cailloux – youx youx youx youx
Et sur son dos quand on s'élance
Aussi léger qu'un daim – daim daim daim daim
Il part soudain – dain dain dain dain
Yeux fermés, nez ouvert
Des sables du désert
Il soulève les flots
De ses sabots !
Halli ! Hallo !

 

Halli ! Hallo !
Et vive le chameau
Voyez comme il trotte
Halli ! Hallo !
Et vive le chameau
Voyez comme il est beau !
Himalaya, Java, Calcutta, Sidiborina
Himalaya, Java, Calcutta, Sidiborina
Aléa léa léa ! Ohé ! Aléa ! Ohé ! Ohé !
Aléa léa léa ! Ohé ! Aléa ! Ohé ! Ohé !

 

 

Grâce à cet animal utile
Vrai chemin de fer vivant - vant vant vant vant
De l'Hindoustan - tan tan tan tan
On transporte d'un pas agile
Cachemire et rubis – bis bis bis bis
Et des tapis – pis pis pis pis
De la gomme et du thé
Du sucre et du café
Du riz, du cacao
De l'indigo !
Halli ! Hallo !

 

Halli ! Hallo !
Et vive le chameau
Voyez comme il trotte
Halli ! Hallo !
Et vive le chameau
Voyez comme il est beau !
Himalaya, Java, Calcutta, Sidiborina
Himalaya, Java, Calcutta, Sidiborina
Aléa léa léa ! Ohé ! Aléa ! Ohé ! Ohé !
Aléa léa léa ! Ohé ! Aléa ! Ohé ! Ohé !

 
 
LE CHAMEAU
LE CHAMEAU
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Marco Valdo M.I.
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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 13:53

LE DROMADAIRE

 

ET

 

LE CHAMEAU

 

 

Version française - LE DROMADAIRE ET LE CHAMEAU – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne - Il dromedario e il cammello – Gianni Rodari – 1964

 

 

 

Il y avait un vieux bédouin 

Qui se disait en lui-même : 

 

 

 

 

 

 

 

Un jour, un dromadaire
Rencontrant un chameau
Dit : « Je te plains, mon beau
Mon très cher frère :
Tu serais un dromadaire
Proprement extraordinaire
Si seulement tu n'avais plus
Cette vilaine bosse de plus. »

 

 

Le chameau lui répond :
« Tu te trompes, mon bon.
C'est une malchance
De n'avoir qu'une seule bosse.
Il te manque peu pour être
Un chameau parfait.
Avec toi la nature
A manqué son effet.

 

 

La dispute allait de plus belle
Et dura tout le matin.
À écouter cette querelle
Il y avait un vieux bédouin
Qui se disait en lui-même :
« C'est bien malheureux
Voilà-t-il pas que ces deux
N'admirent qu'eux-mêmes
Ainsi dans le monde souvent
Raisonnent tant de gens
Qui rejettent sans autre jugement
Ce qui est seulement différent ! »

LE DROMADAIRE  ET  LE CHAMEAU
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Marco Valdo M.I.
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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 13:04

LE CHAMEAU

 

ET

 

LE DROMADAIRE

 

Version française - LE CHAMEAU ET LE DROMADAIRE – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Il cammello e il dromedario – Quartetto Cetra – 1963

 

Paroles et musique d'Antonio Virgilio Savona

 

 

Et le chameau, être bienveillant

 

 

 

 

Chanson emblématique du génie que fut Anton Virgilio Savona, un artiste capable de vivre sur le double mode de la chanson légère et de la chanson radicale et iconoclaste, parcours qui souvent se recoupaient, comme dans cette comptine au goût rodarien…

 

 

 

 

Un jour dans un désert se rencontrèrent
Sans le vouloir et par hasard se regardèrent
Un chameau pauvre et un riche dromadaire

Ils se saluèrent
Ils se dépassèrent
Puis, ils s'arrêtèrent
Ils se retournèrent
Et firent marche arrière
Puis, ils se regardèrent
Et le dromadaire dit très fier:

 

Bè, pourquoi
Toi, tu as deux bosses et moi, seulement une ?
Pourquoi
Me regardes-tu hébété de la dune ?
Pourquoi
Continues-tu à mâcher et tu ne réponds pas ?
Donne m'en une !
Si tu me la vends, je te donnerai une fortune ! »

 

Et le chameau, être bienveillant
Pour un instant, se montra conciliant
Puis, il regarda ses bosses d'un œil aimant.
Et alors, il y repensa
Et il les contempla
La tête, il balança
Et ensuite, il la releva
Son regard brillait
Sa poitrine gonflait
Et au dromadaire, il dit cela :

 

« Sais-tu ce qu'il y a ?
Je garde mes deux bosses et toi reste avec une
À moi
Que m'importe ta fortune
À moi
Qui suis pauvre, beau et charnu
Et moi

Je te dis salut
J'ai deux bosses et toi, une ! »

 

 

La, la, la...
Ainsi il se confirma
Que le chameau est bossu deux fois
Et que le dromadaire à une bosse restera !

LE CHAMEAU  ET  LE DROMADAIRE
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Marco Valdo M.I.
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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 20:25

L'HOMME À L'OREILLE VERTE

 

 

Version française – L'HOMME À L'OREILLE VERTE – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Un signore maturo con un orecchio acerbo (L’orecchio verde) – Gianni Rodari – 1979

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, il me semble que dès le titre, tu en prends à l’aise avec la traduction... Explique-moi le pourquoi et le comment de cet étrange phénomène qui a raccourci le titre italien au point de ne plus le reconnaître...

 

 

Ah, salut à toi, ô Lucien l'âne à l’œil si ouvert et aux oreille si noires, salut à toi, Seigneur, Salut à vous notre Seigneur venu des temps si anciens et pourtant aux yeux et aux oreilles plus jeunes que l'enfant naissant et plus aigus que le diamant. Oh, je ne dirai pas de toi, ni de tes oreilles, ni de tes sabots, ni de ta queue, ni de rien de ce qui te constitue que l'âge, oui, l'âge ait pu un instant vous entamer... Eh oui, Lucien l'âne mon ami, tu es encore tel qu'en toi-même l'éternité te connaîtra et cela du début à la fin des temps, tu incarnes l'immortalité de l'âne. Donc, je te salue. Maintenant pour ta question concernant le titre de la traduction de la canzone ou la traduction du titre de la canzone, ce qui est la même chose, je m'en vais te répondre.

 

 

Il est temps... J'ai cru que tu n'y arriverais jamais...

 

 

 

 

 

 

 

 

Voyons, Lucien l'âne mon ami, ne relance pas si imprudemment mon discours... et laisse-moi aller mon train. Donc, j'y reviens à cette affaire de traduction. Certes, tu avais raison, le titre italien est bien long et pour te satisfaire, je m'en vais te le traduire littéralement. Que dit-il finalement ? Ceci : « Un signore maturo con un orecchio acerbo (L’orecchio verde) » : « Un homme mûr avec une oreille acerbe (L'oreille verte) ». Et moi, j'ai traduit : « L'homme à l'oreille verte ». Était-ce par souci de simplification ? Par goût de la compacité ? Peut-être, mais pas seulement. C'était certes un chemin qui m'y menait, mais vraiment, il y a autre chose, plus exactement encore d'autres choses, sans doute liées à des souvenirs d'enfance ou à des pensées d'un autre temps, à des réminiscences, des remembrances comme disait Rimbaud. Je m'explique en mettant tout sur la table :

L'homme à l'oreille cassée – L'homme à l'oreille coupée – L'Oreille cassée.

Pour faire court : l'Homme à l'oreille cassée, c'est le plus ancien... C'est le héros d'un roman d'Edmond About, vers 1860 – par parenthèse, un jeune homme ressuscité lui aussi ; L'Homme à l'oreille coupée, c'est évidemment, Vincent
Van Gogh ; quant à l'Oreille cassée... C'est une aventure de Tintin...

 

 

 

 

 

 

 

On ne peut être plus enfantin..., éclate l'âne Lucien dans un rire qui tonitrue encore. Tu m'as l'air bien acerbe, toi aussi. Va donc pour ton homme à l'oreille verte. Mais au fait, qu'est-ce donc qu'une oreille acerbe ou une oreille verte ?

 

 

À vrai dire, l'expression n'existe pas véritablement en français et je comprends ton ébahissement. Mais voilà, tu auras vu comme moi que le titre utilise deux façons, deux mots pour qualifier l'oreille : il la dit verte et il la dit acerbe. En italien, ils peuvent être synonymes et assez directement. En français, il y faut un (léger) détour... Mais dans les deux langues, il y a vert et vert. Vert étant une couleur, mais vert est aussi une manière de dire « encore jeune », « acide », « pas mûr ». Et là, dans les deux langues, nous y sommes. Je t'indique aussi qu'acide peut se dire acéré, aiguisé, aigu, précis, exact... Et donc, cette oreille verte est à la fois, et c'est dit dans la chanson, verte, jeune, aiguë, précise... On peut aussi pour être complet ajouter que par exemple, le raisin vert – celui qui n'est pas mûr – est tout petit... Donc, la signification est aussi celle-là : petite oreille. En somme, on nage en pleine amphibologie ; on est en Polysaimie, ce continent étrange entièrement peuplé de mots exilés de la terne platitude des mondes mûrs.

 

 

Je te propose d'arrêter là tes élucubrations et de passer à la chanson de l'homme dans le train avec une oreille verte. Sans toutefois oublier de reprendre notre tâche qui nous entraîne, tels des canuts à durée indéterminée, à tisser le linceul ou le suaire, ce qui est la même chose, de ce vieux monde trop mûr, carrément blet, pourrissant, pour tout dire en décomposition et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Un jour sur le direct Capranica-Viterbe
Je vis monter un homme à l'oreille verte.

 

 

Il n'était pas si jeune, tout en lui avait mûri
Tout, sauf l'oreille, qui était restée verte.
Je changeai vite de place pour être près de lui
et voir cette oreille si experte.

 

« Monsieur – dis-je donc – vous avez un certain âge
Que faites-vous de cette oreille verte ? »
Il répondit gentiment : « En effet, j'ai de l'âge
De ma jeunesse, seule cette oreille me reste.
C'est une oreille-enfant, elle me sert à comprendre
Les voix que les grands ne peuvent entendre.
J'écoute ce que disent les arbres, les oiseaux,
Les nuages qui passent, les cailloux, les ruisseaux.
Je comprends même les enfants lorsque ils disent des choses
Qui à une oreille mûre, paraissent mystérieuses. »

 

 

 

Voilà ce que dit le monsieur à l'oreille verte
Ce jour-là sur le direct Capranica-Viterbe.

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Marco Valdo M.I.
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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 21:37

COMPTINE BOUFFONNE

 

 

Version française – COMPTINE BOUFFONNE – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Filastrocca burlona – Gianni Rodari – 1981

 

 

 

Et moi, je veux noyer maintenant

Toutes les larmes dans l'océan...

 

 

 

Comptine un peu bouffonne

Pour divertir certaine personne :

 

Si la montée descendait,
Si la montagne s'étalait,
Si tous les escaliers étaient perdus,
Si les fleuves coulaient vers l'inconnu,
Si tous les jours, c'était fête,
Si le vent sucrait la tempête,
Si les plantes donnaient le pain,
Comme les pêches et les raisins,
Si on m'élevait un monument…
Moi, je ne serais toujours pas content.

 

Car, moi, je veux noyer avant
Toutes les armes au fond de l'océan

 

Et moi, je veux noyer maintenant
Toutes les larmes dans l'océan...

COMPTINE BOUFFONNE
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Marco Valdo M.I.
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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 16:14

NOUS DE LA VALSUSA

 

 

Version française - NOUS DE LA VALSUSA – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Quelli della Valsusa – Mariano Goitre – 2006

 

 

 

NOUS SOMMES TOUS DE LA VALSUSA

 

 

 

 

 

 

 

Tu vois, Lucien l'âne mon ami, j'ai traduit cette canzone en priorité afin de pouvoir insérer la traduction de la lettre de ces gens prisonniers pour avoir voulu sauver leur montagne. Et puis, comme tu le sais, dans la chasse aux sorcières, je suis toujours du côté des sorcières.

 

 

Moi aussi, dit Lucien l'âne en tapant de son sabot noir la pierre bleue. Moi aussi, je suis du côté des sorcières. Tu as bien fait de la traduire cette canzone et surtout aussi, la lettre de ces camarades emprisonnés... et je me souviens bien que tu avais fait pareil pour le livre « Achtung Banditen ! » qui racontait l'histoire de Marco Camenisch lequel menait un combat analogue, il y a déjà bien longtemps. Un livre que tu avais traduit et que tu avais inséré dans un de tes blogs [http://marcovaldo.over-blog.com/]. Combat analogue contre les pénétrations destructives des montagnes, mais aussi un combat pour les conditions dans lesquelles on détient les prisonniers et spécialement, ceux qui osent affronter à visage découvert l'ordre établi. Tu avais même traduit un deuxième livre au titre similaire, le « Achtung Banditen ! », qui racontait lui l'histoire de ces résistants qui avaient fait sauter à la nitro un régiment SS à la via Rasella en plein milieu de Rome. Comme tu avais fait ici-même avec le cycle du Cahier Ligné et les 104 chansons racontant l'histoire de ce blessé-prisonnier...tiré du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi, qui vers 1935 – sous le fascisme – fut lui aussi prisonnier dans les prisons de Turin. À mon sens, il y a un lien entre tous ces événements...

 

 

C'est exact sur toute la ligne. Carlo Levi a en effet fait deux séjours dans les prisons de Turin, mais aussi de Rome et de Florence en raison de sa résistance au fascisme. Je suggère que certains relisent son livre : « Paura della libertà »... Pour Marco Camenisch, je te signale qu'à ma connaissance, il est toujours en prison en Suisse ; vingt-cinq ans de prison et c'est pas fini ; on rejette tous ses recours, même quand il démontre que les balles de la Justice ne peuvent avoir été tirées par son arme. Quant au lien, c'est celui de la résistance à la domestication de l'humaine nation – Ora e sempre : Resistenza ! Enfin, le combat des NO Tav nous concerne aussi... D'autant plus que la ligne Tav contre laquelle ils se battent ne circule pas qu'en Italie, tout comme la montagne ne s'arrête pas à la frontière... Ce combat intéresse les deux côtés de la montagne et bien au-delà, toute l'Europe. Dès lors, leur combat – à ceux de la Valsusa, est celui tous ceux qui refusent que l'on fasse des travaux et des constructions pharaoniques et dispendieuses au détriment de l'avenir-même de nos régions... et aux frais des populations. Que l'on réduise toutes les lignes dites « secondaires » si utiles aux gens ou qu'on ne les entretienne plus afin de créer les lignes ultra-rapides et ultra-chères pour le confort des riches...

 

 

Tu as raison, c'est encore une fois un épisode de la guerre que les riches font aux pauvres, cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants imposent aux pauvres afin d'accroître leurs richesses (qui va gagner à ces chantiers mirobolants ? Qui gagne sur la fabrication et l'exploitation de ces trains dispendieux?), de multiplier leurs privilèges (à qui vont servir ces trains de luxe?), d'étendre leur imperium et leur domination, d'imposer leurs lois... Alors, nous avons encore pas mal de travail devant nous à tisser le linceul de ce vieux monde égocentrique, privilégié, richissime, destructeur, inconscient, malhonnête et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

PRISONNIERS No Tav

 

Lettre de Niccolò, Claudio e Mattia de la prison de Turin

tirée du blog des Anarchistes de Pistoie.

 

 

 

Le texte qui suit a été écrit par Niccolò, Mattia et Claudio, arrêtés le 9 décembre dernier, en même temps que Chiara. Les trois camarades, bien qu'isolés du reste des détenus, ont la possibilité de se rencontrer quotidiennement (Claudio et Niccolò partagent la même cellule et ils se voient avec Mattia pendant les heures d'air et de socialité). Par contre, Chiara est dans un isolement presque absolu depuis maintenant plus d'un mois, vu que dans la section où elle se trouve, il n'y a pas d'autres prisonnières en régime de Haute Surveillance. La censure à laquelle est subordonnée toute leur correspondance provoque de considérables retards à la poste en entrée et en sortie et ainsi c'est seulement maintenant qu'il est possible rendre public ce texte écrit il y a presque un mois.


C'est hier que la nouvelle selon laquelle le Tribunal du Réexamen a rejeté toutes les requêtes de la défense, y compris celle de déclasser les faits de terrorisme. En séance, les Pm Padalino et Rinaudo ont réexigé que le caractère terroriste des délits contestés aux camarades ne soit réduit, pas plus que les modalités plus ou moins violentes de l'action contre le chantier du mai passé, étant donné le contexte global à l'intérieur duquel elle s'insère : l'opposition à la réalisation de la ligne Turin-Lyon. Ce qui préoccupe réellement le procureur turinois et tout le Parti du Tav (Train à Grande Vitesse), c'est la lutte qui dure maintenant depuis vingt ans contre le train rapide, la tentative de donner réalité à ce Non autour duquel le mouvement s'est développé.

 

 

La lettre sortie de prison

 

« Il est à peine quatre heures de l'après-midi et le soleil tombe derrière l'imposante chaufferie métallique, pendant dans le lointain, on entrevoit les premières montagnes de la vallée et l'imagination complète les contours du Musiné. Nous sommes enfermés ici depuis 10 jours, mais notre pensée voyage encore loin…

 

Que le procureur de Turin préparait quelque chose de gros, même les pierres le savaient. On le comprenait en raison du crescendo des dénonciations contre le mouvement, mais en raison surtout de cet intense travail de propagande par lequel les enquêteurs, les mass media et les politiciens ont cherché de briser la résistance Non tav sous ce mot magique qui permet tout : « terrorisme ». Pendant des mois entiers, ils n'ont rien dit d'autre, dans une mantra répétée de façon obsédante destiné à appeler une répression féroce

 

Finalement, ils ont pris certains des nombreux épisodes de lutte de cet été sur lesquels cette suggestion imaginaire pouvait trouver prise et ils les ont faussés et pliés à leur vision du monde faite de militaires et de paramilitaires, de hiérarchies, de contrôle et de violence aveugle.
Ils ont fait ainsi pour justifier les perquisitions de fin juillet, ainsi ils font maintenant pour justifier nos arrestations.

 

Mais il y a un abîme entre ce qu'ils prétendent voir en nous et ce que réellement nous sommes.
Il ne nous intéresse pas de savoir qui dans cette nuit de mai s'est effectivement aventuré parmi les bois de la Clarea pour saboter le chantier – cela n'intéresse probablement même pas les enquêteurs. Ce qu'ils veulent est avoir aujourd'hui quelqu'un entre leurs mains pour faire peser la menace d'années de prison sur le mouvement et sur la résistance active, pour arriver tranquilles et sans plus être dérangés à l’ouverture du chantier de Susa.

 

Ils veulent que les personnes restent chez elles à regarder du balcon le projet qui avance.
Pourtant ces personnes ont déjà les moyens pour se interposer ; nous avons appris à bloquer lorsque tous ensemble on criait « Non pasaran » et à passer à coups de masse lorsque le ciment du jersey nous barrait la route ; nous avons appris à regarder loin lorsque l'horizon se remplissait de gaz et à relever la tête quand tout semblait perdu.

 

Ce n'est pas la terreur qu'ils sèment à des pleines mains qui ruinera les récoltes futures de cette longue lutte. Il faudra continuer à construire des lieux et des moments de rencontre pour s'échanger des idées et des informations, pour lancer des propositions et pour être prêts à retourner sur les routes et au milieu des bois.
Le soir tombe aux Vallette, mais à part l'obscurité, il n'y a pas de grande différence avec le matin, vu que le blindage de la cellule reste fermé jour et nuit sans arrêt : haute sécurité !

 

Par rapport aux Nuovi Giunti, c'est beaucoup de plus calme et plus propre, mais l'absence de contact humain nous affaiblit.
La pagaille des blocs B, C ou F (à part l'isolement auquel est forcée Chiara) est pleine des histoires et des expériences de vie avec lesquelles se pétrir, dans lesquelles trouver de complicité et solidarité. Déjà le mois passé, Niccolò, arrêté fin octobre pour une autre procédure, a pu constater comme l'écho de la lutte contre le Tav est parvenu jusque dans les prisons et représente pour beaucoup le courage de ceux qui ont cessé de subir les décisions d'un état accablant.

 

Pour nous, forcés à l'isolement dans une section aseptique, il est vital de refuser la ségrégation et la séparation des détenus : nous sommes tous des « communs ».
Pour ces raisons aussi, ce serait bien si à l'intérieur du mouvement on développait un raisonnement et une réflexion sur et contre la prison.
La plupart des gardes des Vallette vivent ici, dans de grands immeubles à l'intérieur des murs ; eux, ils ne se libéreront jamais de la prison.

 

Pour cela dans cette section, ils nous traitent poliment, ils ne s'abaisseront pas pour faire rapport sur ordre d'un supérieur lorsque nous déciderons de lutter pour quelque motif.
Alors, avec les souvenirs que nous gardons fermement, nous ferons faisons prendre conscience à ces « porte-clés » de la limitation de leurs horizons.
« Avez-vous jamais vu la mer s'étendre au milieu des bois dans un bel après-midi de juillet, et se lancer contre les clôtures d'un chantier ? »
« Vous avez jamais senti la chaleur humaine de tout âge se serrer épaule à épaule pendant que les boucliers avancent, l'asphalte de l'autoroute se liquéfie et les petits chemins se remplissent de fumée ? »
« Vous avez jamais vu un serpent sans tête ni queue ou une pluie d'étoiles au cœur d'une nuit de milieu de l'été ? »

Nous si, et on n'en est pas encore rassasiés.
La route est longue, il y aura des instants exaltants et des raclées sensationnelles, on fera des pas en avant et d'autres en arrière, nous apprendrons de nos erreurs.
Pour l'instant nous regardons notre prison et ce n'est pas facile, mais si « la Valsusa n'a pas peur », nous ne pouvons certes pas faire moins.

 

 

 

 

 

Nous sommes les gens de cette région
Nous sommes des frères sur le sol libre
Nous sommes de la Valsusa et nous avons un beau rêve au coeur
Nous sommes de la Valsusa et ce rêve nous parle d'amour.
De la Sacra aux Rocciamelone
De la plaine aux pentes escarpées
Nous, nous sommes gens sans prétentions
Mais personne ne devra nous trahir !

 

Nous voulons que tous les gens
Soient libérés des puissants
Nous sommes de la Valsusa, nous luttons avec honneur
Nous sommes de la Valsusa, ici éclot une très belle fleur.
Dans les étés ensoleillés aux rencontres
Dans les nuits gelées à Venaus
À tous nous avons montré

 

 

Qu'on peut encore espérer, Putain con !
Dans la lutte nous nous sommes trouvés
Plus frères et plus unis que jamais
Nous sommes de la Valsusa, sur nous on pourra compter
Nous sommes de la Valsusa, nous ne trahirons jamais
Nous ferons de cette vallée
Un jardin pour qui le voudra
Dans le respect de la création
Ici n'importe qui pourra venir !
Il n'y a pas seulement le profit
Sans scrupules et sans pitié
Et les gens de la Valsusa sauront le montrer au monde
Nous sommes de la Valsusa, notre rêve est la LIBERTÉ !

 

NOUS DE LA VALSUSA
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