Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 23:37

 

Chanson française sans paroles – Le Défilé Militaire – Fernand Raynaud – 1960 (circa)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'adresse où on pouvait le voir a été piratée pour empêcher les gens de voir ce très hilarant défilé : voici une adresse où on peut quand même le regarder :

https://www.facebook.com/restaurant.groupe.groups.paris/videos/1726784892460/

 

L'autre conséquence de cette censure absurde est d'empêcher les gens de connaître le formidable travail de cet artiste.

 

Mon ami Lucien l'âne, as-tu déjà assisté à un défilé militaire ? C'est comme un défilé de majorettes, mais en plus habillé et en moins coloré. Finalement, c'est moins dansant.

 

 

Oh que oui, dit Lucien l'âne en riant aux éclats (d'obus). Imagine combien j'ai pu en voir depuis la plus haute Antiquité. J'y ai même été traîné de force avec un bât sur le dos qui contenait une mitrailleuse et tout le fourbi…

 

 

Et alors, qu'est-ce que tu en penses ?

 

 

Ben, qu'il n'y a rien de plus con qu'un défilé militaire… Mais, dis-moi Marco Valdo M.I., pourquoi me demandes-tu ça ? Tu ne vas pas quand même pas me faire entendre une fanfare ou un chant de marche hurlé par un régiment…

 

 

Non, non… pas vraiment, quoique fanfare, il y a. C'est une marche militaire, c'est indispensable à l'exercice. Mais quand même, c'est une chanson – si on veut – une chanson sans paroles, une chanson-mime. Un grand numéro et tout un discours silencieux qui ne peut être qu'anti-militaire, tenu par un fantastique Pierrot , un splendide comédien… le dénommé Fernand Raynaud. Une chanson à voir sur fond de marche militaire… À voir et à entendre, donc. Ce qu'il y a de fantastique ici, c'est que le Fernand arrive à faire un défilé militaire complet tout seul.

 

 

Et bien, voyons ça et tissons en marchant le linceul de ce vieux monde guerrier, militaire, enrégimenté, cadencé et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Description du défilé :

 

Le Tambour-Major, qui marche en tête et manie un grand bâton. C'est lui qui entraîne tout le régiment. Son exploit est de lancer son bâton au plus haut… Évidemment, il finit par le prendre sur la tête.

Ensuite, il y a le trompette.

Puis, le tambour.

Un jeune appelé, qui se trompe de pas.

Un vieux dur à cuire qui le remet au pas et fume en cachette.

Un soldat un peu maniéré

Un rigolo qui s'amuse

Un gradé un peu snob

Et pour finir, celui qui s'y croit et tellement concentré perd le régiment.

 

 

 
Le Défilé Militaire
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 19:22

 

Le Grand Manitou

 

Chanson française – Le Grand Manitou – René Louis Lafforgue – 1962

 

 

 

 


Le Grand Manitou



 

 

 

 

 








Une version dérivée, une parodie, une variante de « L'Auvergnat »… Un Auvergnat revisité par René Louis Lafforgue, qui fleure bon la tolérance, les droits de l'homme, le communautarisme et une sorte de panthéisme conciliateur.

 

 

Moi, d'expérience millénaire, dit Lucien l'âne en souriant de tout son piano, j'aurais fortement tendance à me méfier de ce chèvre-choutisme, sauf évidemment si cette prière au grand manitou se lit et se dit au second degré. Ce dont je ne suis pas certain.

 

 

Allons, allons, Lucien l'âne mon ami, ne va pas ignorer l'humour de notre ami René Louis Lafforgue, ainsi que le titre l'indique. Certes, cette canzone est pleine de déités, remplie de noms de Dieu : Grand Manitou (c'est son titre), Dieu lui-même, le Grand Architecte, le Seigneur, le Chef, Jupin – alias Jupiter, Zeus, Sorcier tout puissant, Jehovah, Divin Bouddha, Patron… Sans omettre le Jugement Dernier, les Cieux et le Ramadan… Un fameux ramassis de bondieuseries, comme tu le vois. Mettez le tout dans un grand sac et secouez… Tu comprends bien qu'en agissant ainsi, il ne pouvait que mécontenter tous les croyants aux dieux uniques… Ce mélange, ce syncrétisme sent l'hérésie à plein nez. Évidemment, il en manque encore beaucoup des dieux de tous les temps et de tous les lieux, des petits, des grands, des moyens, des masculins, des féminins, des asexués aussi. Il faut le pardonner car la chanson est une forme courte et de ce fait, il ne pouvait décemment en mettre tant. Quand même, il y en a un Amérindien, un universel, un maçonnique, un Catholique, un hiérarchique, un Romain, un Grec, un Africain (on suppose!), un Juif, un Asiatique, un capitaliste…

 

 

 

Faisons donc confiance à l'humour… Plaisir d'humour… et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde rempli de dieux et de déesses, de sorciers et de sorcières, de chamans et d'imams, d'abbés et d'abbesses, de papes et de papesses… et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

(Parlé)
Quand je passerai l'arme à gauche
S'il faut me faire pendre ailleurs
Pour le pire et pour le meilleur
Je ne raterai pas le coche

 



Par la route la plus directe
Si Dieu n'est pas un chicanier
J'irai jusqu'au Grand Architecte
Le jour du Jugement Dernier

Le jour du Jugement Dernier 

Si le Seigneur, en tête-à-tête,
Inquiet de mon hérédité
Veut un curriculum vitae
Moi, j'écrirai sur ses tablettes

"Je suis faiseur de ritournelles,
Roturier comme mes aïeux,
Je suis sans parti, sans chapelle
Je ne suis qu'un fesse-mathieu

Je ne suis qu'un fesse-mathieu"

Si le Chef venait à m'absoudre
Je lui dirai "Mon vieux Jupin
Chapeau bas, t'es un vrai copain
Nom de Zeus, tu es un bon bougre

Tu n'as rien de croque-mitaine
Voilà pourquoi, avec ferveur
De tes qualités magiciennes,
Je te demande la faveur
Je te demande la faveur"


Pour la négresse, ma nourrice
Qui m'a donné son lait tout blanc
Permettez, Sorcier tout puissant
Que je ne sois pas un jocrisse

Je dois le jour à ses mamelles
Et c'est pourquoi je fais le vœu
Par ma négresse maternelle
Faites-moi négro dans les Cieux

Faites-moi négro dans les Cieux



Pour le Juif errant sur ma route
L'amour n'était pas de l'hébreu
Quand ma bourse sonna le creux
Il m'épargna la banqueroute

Ma bonne étoile fraternelle
Jéhovah, exaucez ce vœu
Par mon Juif et son escarcelle
Faites moi youpin dans les Cieux
Faites moi youpin dans les Cieux


Pour l'Indien qui s'ouvrit les veines
Quand mon corps se vidait de sang
Pour le Chinois qui, souriant
Sauva ma vie, perdant la sienne
Grand Manitou, si ton doigt bouge
Divin Bouddha, si tu le veux
Par mon Chinetoque, par mon Peau-rouge
Faites-moi comme eux dans les Cieux
Faites-moi comme eux dans les Cieux

Patron, pour suivre cet oracle
Qui paie ses dettes s'enrichit
Faites de moi un mal blanchi
Si vous n'y voyez pas d'obstacle

Que je sois les uns et les autres
Et Rouges et Jaunes et Noirs et Blancs
Je vous dirai des patenôtres
Dans un éternel Ramadan

 

Dans un éternel Ramadan.

 Le Grand Manitou
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 14:30

Tyrolienne haineuse

 

Chanson française - Tyrolienne haineuse – Pierre Dac – 1956

 

Paroles : Pierre Dac – 1956 

 

Pierre Dac – Francis Blanche : http://www.youtube.com/watch?v=4XZbUbI_724


 
 
 
 

 

La Haine
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voilà une chanson que d'une certaine manière, on pourrait définir comme un chanson de notre région et même, « la » chanson. On pourrait même, si tant est qu'on en ait jamais l'envie, en faire un hymne national. Cette chanson, c'est bien cette Tyrolienne haineuse…

 

 

Que je sache, nous ne sommes pas au Tyrol et nous en sommes bien loin. De mon pas d'âne, il me faudrait des jours pour y arriver et tu me racontes qu'une tyrolienne pourrait être une chanson de notre région, au point d'en faire un hymne national. Quelle est donc cette aberration ?

 

 

Mais, Lucien l'âne mon ami, je ne me permettrais pas pareille ineptie et je m'en vais de mon pas d'homme te montrer en quoi cette chanson nous concerne tant et si bien. Quoique, bien sûr, il ne te faut pas t'inquiéter, je ne suis pas subitement devenu nationaliste, ni même régionaliste, ni rien de ce genre. Voici donc de quoi il s'agit, je m'envais te citer une partie des paroles de la chanson et tu pourras par toi-même constater combien ce que je t'annonçais est exact et pertinent. Alors, voilà :

« Nous vivons à présent
Sous le signe affligeant
De la haine et de ses affluents.

C'est triste et déprimant !

Il y a de la haine partout.
Il y a de la haine tout autour de nous... »

 

Évidemment, vu comme ça… Je commence à comprendre pourquoi tu as tant voulu me faire écouter cette chanson…

Pour la gouverne de ceux qui ne nous situent pas très bien, je vais quand même donner une petite explication. Primo, nous vivons dans le Hainaut… Et pour tout dire, dans le Centre, qui est une région dont finalement, je me demande si sa caractéristique d'être au centre de deux bassins hydrographiques celui de la Meuse et celui de l'Escaut. Secundo : Nous sommes très riverains de l'affluent de l'Escaut qui a donné son nom à la région : la Haine. Les communes voisines sont respectivement : Haine-Saint-Pierre et Haine-Saint-Paul… On parle d'ailleurs des deux Haines. Tertio : Une série de Rieux sont les affluents de la dite-Haine et l'un deux doit bien passer sous notre jardin. Un peu plus loin, la Trouille se jette dans la Haine…

 

 

Ton explication est presque parfaite… Et fait bien comprendre combien cette chanson peut – d'une certaine façon – correspondre à mes propos un peu farceurs du début. Mais venons-en, car je te sens impatient, à la canzone. Quand je t'aurai précisé que son auteur est Pierre Dac et qu'elle a fait l'objet d'une interprétation du-dit Pierre Dac et de son comparse, Francis Blanche (une version courte) et qu'en outre, elle a fait les beaux soirs des récitals des Quatre Barbus (version longue), on comprendra aisément qu'il s'agit d'un des tout grands moments de la chanson française. Elle est drôle, tant mieux ! Elle fait dans la dérision , c'est merveilleux ! Elle ne sacrifie pas aux exigences des tartufes de l'édition musicale et des médias, c'est tout son charme ! Et puis, en ce qui concerne sa présence ici, la question ne me paraît ne pas devoir se poser… C'est une énorme dénonciation de l'anti-fraternité, de cette haine qui anime certains et qui est un des moteurs de toutes les guerres… Bref, une dénonciation de cette partie de l'humanité capable de détruire ses congénères ou de les réduire à de simples objets d'exploitation…

 

 

je suis vraiment très impatient de connaître cette Tyrolienne et de la chanter en duo avec toi… Même si la chose ne doit pas être facile. Je nous vois d'ici nous embrouiller dans ces mots-là (à propos de haineux…). Ceci dit, reprenons notre tâche et tissons, avec les Quatre Barbus, Pierre Dac, Francis Blanche et tous les autres qui voudront nous accompagner, tissons le linceul de ce monde haineux, haïssable, haï, haïssant et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Lorsque sans parti pris
On établit

Le bilan de l'humanité d'aujourd'hui

Bien limpide comme
Un clair de lune et lumineux comme

Un clerc de notaire
C'est pas d
e sitôt que les hommes seront frères
Et qu
e malheureusement au contraire

Nous vivons à présent
Sous le signe affligeant
De la haine et d
e ses affluents.

C'est triste et déprimant !

Il y a de la haine partout.
Il y a d
e la haine tout autour de nous,
Surtout partout où
Tout se passe par en d
essous.

De mémoire de grincheux,
Jamais dans les yeux,
On n
e vit tant de regards haineux.

Ah y en a t-y, y en a-t-y
De cette haine qui
Sous les esprits qui
Perdent le sens d
e la fraternité et ainsi
Suit l'altruisme aussi

Hélas hélas, l'altruisme est foutu
Et c'est couru

Il n'y a pas plus d'altruiste
Que de beurre au
cru

Il n'y a plus que de la haine
Si bien que dans l
e pays
Bientôt tout le monde sera haï

L'haï l'haï l'haï ti
L'haï l'haï l'haï ho
L'haï l'haï l'haï ti
L'haï l'haï l'haï ti

Mais là où la chose se complique
Et d
evient tragique
C'est qu
e la haine devient pour chacun
Une espèce de besoin
Que d'authentiques sagouins
Entretiennent de près comme de loin


Il y a de la haine de toutes les nuances
D
e la haine standard ou de circonstances
Il y a de la haine de mouton pour les haineux de salon
Et de la grosse laine de confection

Mais de toutes les façons :


Il y a trop de haine ; oui, il y a trop de haine
Et
il y a trop de haineux
Ça tourne au scabreux
Et au scandaleux
Car certains haineux
En arrivent même entre eux

À se traiter de tête de haineux

C'est un cercle vicieux
Car quand un haineux
Hait un autre haineux
Celui qui hait est aussi
Par l'autre haï
De même que celui
Qui est haï haïssant
Celui dont il est haï
Chaque haï donc est
Un haï qui hait
Ce qui fait qu'en fin d
e compte
On peut voir comm
e ça
L'haï ici et l'haï là.

L'haï l'haï l'haï ti
L'haï l'haï l'haï ho
L'haï l'haï l'haï ti
L'haï l'haï l'haï ti

Et voilà, c'est comme ça !
Oh bien sûr,
il n'y a pas
Non,
il n'y a pas de quoi
En signe de joie
Se passer les paupières à la crème de chester
Avec une tringle à rideau d
e fer.

Il ne reste plus qu'une seule chose à faire
C'est d
e rassembler par toute la terre
Tous les hommes généreux
Qui d'un
cœur valeureux
Haïssent la haine et les haineux

C'est ce qu'il y a de mieux !

Hardi donc allons-y
Roulez tambours
Et sonnez trom-
-pettes et hélicons
Sus à ceux qui suent
La haine par tous les pores
Et qui s
e font un sport
D
e haïr de plus en plus fort.

À bas la haine et les haineux ! 
Ainsi qu
e ceux
Qui hurlent avec eux
Assez de haine, assez d
e gens
Qui passent leur temps

À haïr bêtement.

Si nous tenons, bientôt nous
En viendrons sûrement à bout.
La confiance alors
Mettra l
e monde d'accord
Et l'on s
era content

De voir alors
Les hommes d'à présent
Dev
enir de plus en plus confiants.

Haine par ci,
Haine par là.
Ah !, y en a-t-y

De la haine ici-
Bas.

Tyrolienne haineuse
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 17:44

Sept Ans de Malheur

 

Chanson française – Sept Ans de Malheur - Léo Campion – 195 ?

 

 

Interprètes : Boris Vian, Les 4 Barbus, Mouloudji et d'autres.

Texte : Léo Campion
Musique : Boris Vian & Alain Goraguer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici donc une chanson de Léo Campion... Elle s'intitule Sept ans de malheur... Une chanson nettement antimilitaire....

 

Moi, dit Lucien l'âne en riant comme seul peut le faire un âne venu d'orient (du Moyen-Orient), j'avais toujours cru que cette chanson était de Boris Vian. Voilà que tu me dis qu'elle est de Léo Campion... Je le croyais objecteur de conscience, anarchiste, barbu et tout et tout... Il était vraiment drôle.

 

C'est bien de lui qu'il s'agit. Et à mon sens, il ne détonne pas avec Boris Vian... Il ne détonnait pas plus auprès de Pierre Dac... Cela dit, il a découvert l'anarchie à Bruxelles, chez un libraire appelé très opportunément Dieu. Car, à Bruxelles, Dieu était non seulement libraire, mais aussi anarchiste. Et Dieu fut d'ailleurs poursuivi comme objecteur de conscience en un temps où non seulement le service militaire était des plus obligatoires (dans les années 30 du siècle dernier), mais en outre fort long : on préparait la guerre... C'est ainsi que Dieu fit de la prison.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Il avait tout pour être heureux
Un cœur en fête et les yeux bleus
Joyeux fétiche !
Il était jeune, il était beau
Avec de faux airs de barbeau
Un peu godiche
Les filles le trouvaient gentil
Il leur plaisait, il était riche
Tout allait bien quand un jour il
Lut cette affiche :

 

Engagez-vous
Rengagez-vous
Dedans les troupes coloniales
Vous apprendrez
Z'un beau métier
Dans l'honneur et dans l'intervalle
Rapla rapla raplapla
Rata rata ratata
Et puis
Vous verrez du pays
Dedans les troupes coloniales

 

Notre héros se prit au jeu
Pilla, vola et mit à feu
La Terre entière
Il extermina les garçons
Viola les filles sans façons
Ou le contraire
Il attrapa, suprême honneur
Médaille et goutte militaires
Consacrant sept ans de malheur
Jolie carrière !

 

Engagez-vous
Rengagez-vous
Dedans les troupes coloniales
Vous apprendrez
Z'un beau métier
Dans l'honneur et dans l'intervalle
Rapla rapla raplapla
Rata rata ratata
Et puis
Vous verrez du pays
Dedans les troupes coloniales

Jamais il n'a été vaincu
Il est mort comme il a vécu
En vrai Bat d'Af
N'ayant connu que le drapeau
Sans joie, sans honneur, sans repos
Sans orthographe
C'est aussi triste que c'est beau
C'est comme au cinématographe
On inscrivit sur son tombeau
Cette épitaphe

 

 

Engagez-vous
Rengagez-vous
Dedans les troupes coloniales
Vous apprendrez
Z'un beau métier
Dans l'honneur et dans l'intervalle
Rapla rapla raplapla
Rata rata ratata
Et puis
Vous verrez du pays
Dedans les troupes coloniales

 Sept Ans de Malheur
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 16:21

Jeunesse

 

Chanson française – Jeunesse – René Louis Lafforgue – 1966

Paroles de Paul Vaillant-Couturier
Musique d'Arthur Honegger - 1937

 

 

 

1936, chansons de 1936… C'est ancien et c'est un genre qu'il vaudrait mieux définir comme Chansons du Front Populaire. Car des chansons françaises à cette époque-là, il y en avait beaucoup et de bonnes (Tout va très bien, Madame la marquise date de 1935 et Je Chante ou Y a de la Joie ! de 1937, toutes bien plus explosives que cette solennelle sonnerie.) et pour l'essentiel, elles seront très éloignées du « style » de celle-ci, qui reflète parfaitement la conception culturelle issue d'une mentalité de parti – en l'occurrence, le PCF – le parti communiste français : volontariste, patriotarde, magnifiant le travail… En un mot : pompiérisme.

 

 

Il y a là, en effet, un petit côté scout… Cette manière de circonvenir les enfants, de'embrigader la jeunesse… Le beau mythe… C'est pour mieux te policer, mon enfant ! Moi, je les vois, je les ai vus, défiler au pas, bannière au vent, petits soldats en herbe se préparant à d'autres guerres. Oh, ils portaient de jolies chemises des brunes, des noires… Méfiez-vous des chemises ! Et j'ai vu des comme ça bien souvent et sous de multiples latitudes. Mais l'attitude est la même partout. On est très loin de Zéro de Conduite ou de La Guerre des Gosses .

 

 

On devrait rassembler des chansons de jeunesse des différents régimes ou des différentes confessions ou églises et les chances sont grandes qu'elles se ressemblent toutes. Ce même ton d'exaltation, cette même ferveur, cette même conviction forcée.

 

 

Certes, dit Lucien l'âne en souriant, rien ne ressemble plus à un drapeau qu'un autre drapeau… Rien n'est plus conformiste que la chanson conformée. Et il ne t'aura pas échappé que la chanson est le reflet exact de la mentalité et de l'état dans lequel se trouvent ceux qui l'inspirent. Le ciel est bleu, réveille-toi… L'enfer est pavé de bonnes intentions… Trompettes… vous êtes bien mal embouchées ! Engagez-vous, rengagez-vous… qu'ils disaient ! [[40570]]. Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde conformiste, organisé, endoctriné et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Nous sommes la jeunesse ardente
Qui vient escalader le ciel
Dans un cortège fraternel
Unissons nos mains frémissantes
Sachons protéger notre pain
Nous bâtirons un lendemain qui chante 

En avant ! Jeunesse de France !
Faisons se lever le jour,
La victoire avec nous s'avance !
Fils et filles de l'espérance,
Nous ferons se lever le jour.
À nous la joie !
À nous l'amour !

Comme un torrent qui se déploie
Courons, dansons, rions, luttons
Avec tous ceux que nous gagnons
Brisons la chaîne qui nous broie
Vivent la paix, la liberté !
Notre printemps veut un été de joie

En avant ! Jeunesse de France !
Faisons se lever le jour,
La victoire avec nous s'avance !
Fils et filles de l'espérance,
Nous ferons se lever le jour.
À nous la joie !
À nous l'amour !

Un ciel rayonnant nous convie
A la conquête du bonheur
Avec nos vingt ans d'un seul cœur
Le monde entier se lève et crie
Place, place au travail vainqueur
Chantons, amis, chantons en chœur
En avant ! Jeunesse de France !
Faisons se lever le jour,
La victoire avec nous s'avance !
Fils et filles de l'espérance,
Nous ferons se lever le jour.
À nous la joie !
À nous l'amour !

 

Allons les filles, plus de larmes
Nous construirons notre foyer
Pour la lutte, il faut vous lier
À de braves compagnons d'armes
Par nos efforts, les temps nouveaux
Nous donneront sur les berceaux
Leurs charmes !

En avant ! Jeunesse de France !
Faisons se lever le jour,
La victoire avec nous s'avance !
Fils et filles de l'espérance,
Nous ferons se lever le jour.
À nous la joie !
À nous l'amour !

 

Nous les fils de quatre-vingt-treize,
De la Commune aux noirs charniers
Et des héros de février
Pour que la haine enfin s'apaise
Sur nos champs
Et sur nos cités
Nous vous apportons l'unité
Française !

En avant ! Jeunesse de France !
Faisons se lever le jour,
La victoire avec nous s'avance !
Fils et filles de l'espérance,
Nous ferons se lever le jour.
À nous la joie !
À nous l'amour !

 

 
Jeunesse
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 16:01

La Religion 

Chanson française – La Religion – Jacques Debronckart – 1967

 

 

 

 

 


NI DIEU, NI MAÎTRE

 


Lucien l'âne mon ami, voici une bien intéressante chanson. Une chanson athée, c'est déjà quelque chose, mais une chanson contre la religion, contre toute religion, contre les religions, les religieux, c'est encore plus rare. Car elle va au-delà de l'anticléricalisme, elle va au-delà des déismes en tous genres ; c'est la religion comme telle qui est visée. La religion comme rassemblement sous une bannière ; en fait, cette chanson ne serait pas nécessairement athée ; en ce sens, elle rejoint Épicure pour qui les Dieux pouvaient bien exister vu qu'ils n'avaient aucun lien quelconque avec l'humanité et que dès lors les dieux ne souciaient pas de ce que peuvent bien faire les humains et les humains n'auraient aucune raison de se soucier des dieux, de tous les dieux ou d'un dieu singulier. Mais elle peut tout aussi bien l'être ; car, vois-tu, Lucien l'âne mon ami, il existe des religieux athées, des athées religieux, des athéismes religieux et des religions athées et tous sont explicitement rejetés par Debronckart :

 

« Tu sais tous les prêtres ne donnent pas le baptême
Il y en a qui hurlent : garde à vous !
D’autres : prolétaires unissez-vous !
Mais regarde-les de près ce sont tous les mêmes... 

Des gens qui veulent t’apprendre à penser 
Rien que par réflexe conditionné

À marcher au pas en brandissant des emblèmes
Méfie-toi des rouges, des blancs et des noirs… » 

 

 

On finira par penser que ce Debronckart est lui aussi un fameux Jacques, un libertaire, pour tout dire, un anarchiste. J'ai comme l'impression, et même la certitude, qu'il était assez rétif à l'embrigadement, à l’enrégimentement, à l'enrôlement sous quelque bannière que ce soit. Si tu veux mon avis, ce devait être un de ceux-là auxquels les rites donnent des urticaires, rien que d'y penser. En somme, le gauche-droite, une-deux, le mettait hors de lui.

 

 

Certes, Lucien l'âne mon ami, mais tu verras dans la chanson que cette position est le fruit d'une conviction lentement et progressivement formée en dépit des usages, en dépit d'un environnement acquis aux turpitudes religieuses et sociales. Il n’est pas donné à tout le monde – la société tout entière s'efforce-même de l'empêcher – de se vouloir ni Dieu, ni Maître, de penser librement, d'avoir comme motto, comme devise – ainsi que tu l'as comme moi : ne jamais se soumettre et de l'appliquer, ou autrement dit de se tenir au « ora e sempre : resistenza ! » de nos amis italiens.

 

 

Voici encore une chanson qui nous fait chaud au coeur et qui comme nous tisse le linceul de ce vieux monde religieux, caporalisant, oppressant, rituel, crédule, soumis, confiné et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !Vis ta vie tout seul, écris ton histoire toi-même !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I.et Lucien Lane

 

 

 

[Parlé]
Il m’a fallu des années et c’est long
Pour ôter de moi toute religion.
Ce que c’est quand même que les habitudes et la trouille,
Peur de déplaire à sa famille, peur déjà de supporter sa dernière heure, 
Sans qu’aucun espoir d’un monde meilleur

Ne gazouille.


Enfin j’en suis sorti et c’est tant mieux

Mais voilà que mon fils ouvre les yeux

Ne demandant qu’à croire aux merveilleux Évangiles.
Qu’il me pardonne de lui dégonfler

Son Superman pour bande dessinée ;
Faudra vivre sans lui, tant pis si c’est moins facile.


Des Jésus depuis le début des temps 
Il y en eut plus d’un – heureusement, 
À vouloir nous sortir de notre banc de galère,
À prêcher l’amour, à prêcher la foi,
Par des miracles épater le bourgeois
Et alors, je ne vois là rien d’extraordinaire.


Il guérissait les malades et puis quoi 
Des guérisseurs, j’en connais deux ou trois
Dont la mère n’était pourtant pas immaculée
Ton Jésus, range-le chez les héros ,
Admire-le sans chanter de credo,
Et des Églises, ne va pas croire aux contes de fée.


Et puis quand tu seras sorti de là, 
Ne tombe pas de Charybde en Scylla.
Tu sais, tous les prêtres ne donnent pas le baptême :
Il y en a qui hurlent : garde à vous ! 
D’autres : prolétaires unissez-vous !
Mais regarde-les de près, ce sont tous les mêmes.


Des gens qui veulent t’apprendre à penser 
Rien que par réflexe conditionné,
À marcher au pas en brandissant des emblèmes.
Méfie-toi des rouges, des blancs et des noirs ! 
Ne cotise pas chez les marchands d’espoir !
Vis ta vie tout seul, écris ton histoire toi-même !

 

 

 

 
 
La Religion
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 23:27

Le Poseur de Rails

 

Chanson française – Le Poseur de rails – René-Louis Lafforgue – 1956

 

 

Je suis un poseur de rails

Comme l'était mon père.

 

 

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, j'avais inséré l'autre jour une chanson de René-Louis Lafforgue, chanteur libertaire, surtout connu pour ses chansons gouailleuses et dansantes. Cette chanson – Les Enfants d'Auschwitz  – reflétait cependant l'autre versant de René-Louis, celui d'un fils de réfugiés espagnols, venus d'Euzkadi (qu'on nomme souvent par ici, le Pays Basque), fuyant la dictature franquiste et les massacres qu'elle perpétra avec l'appui armé (Guernica est en Euzkadi) des fascistes italiens et des nazis allemands. Derrière le chanteur de musette, on découvrait un artiste militant anarchiste – comme Maurice Fanon, Henri Tachan, Léo Ferré, Georges Brassens...

 

 

Je m'en souviens très bien de cette chanson assez bouleversante et qui mérite bien sa place près de celle de Guccini, par exemple. Et celle d'aujourd'hui, de quoi elle parle ?

 

 

Je la qualifierais volontiers de chanson de travail et même, aussi, de chanson d'émigration, de chanson du rail… Elle pourrait très bien se trouver auprès du Train du Nord de Félix Leclerc ou des Routiers d'Yves Montand. En fait, c'est un de ces poseurs de rails, fils de poseur de rails, la reproduction sociale, tu connais ça… Maintenant, elle se pratique le plus souvent entre chômeurs. Cette chanson raconte une histoire… C'est tout, rien de plus qu'une vie. Le Poseur de rails, en fait, ne le dit pas, mais il évoque combien le développement du réseau ferré a tué d'hommes – par centaines de milliers… pour le plus grand profit d'anonymes actionnaires. L'extension du rail, c'est un des épisodes terribles de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour étendre leur domination, accroître leurs richesses…

Par exemple, dit Lucien l'âne, je me souviens des massacres des Indiens lors de la construction du chemin de fer aux Zétazunis :

« Mais dans la vallée de la Platte, l'Union Pacific est confronté aux Sioux et aux Cheyennes. La situation s'aggrave lorsque la ligne pénètre dans l'ouest du Nebraska et le sud-est du Wyoming, grands territoires de chasse des indiens. Ils attaquent peu les trains mais s'en prennent essentiellement aux lignes télégraphiques, et aux équipes isolées de topographes, de constructeurs de ponts et autres débiteurs de traverses. Le massacre des bisons unifia Sioux, Cheyennes et Arapahos contre les hommes du chemin de fer. À partir de fin 1866, ils incendient les dépôts de ravitaillement, scalpent les arpenteurs et massacrent les soldats. En 1867, Dodge et ses 800 éclaireurs Pawnees se lancent dans une guerre d'extermination des Sioux et des Cheyennes. En 1868, 5000 soldats patrouillent autour du chantier. » [http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_chemins_de_fer_am%C3%A9ricains#Les_.C3.A9preuves_et_dangers]

 

 

 

On peut aussi évoquer les dizaines de milliers de morts du chemin de fer de la mort qui franchit la rivière Kwai :

« La ligne Siam-Birmanie, aussi appelée voie ferrée de la mort, est un chemin de fer de 415 kilomètres entre Bangkok et Rangoun construit par l'Empire du japon (Ah, les ambitions, les idées de grandeur, les Empires, les Imperi, les Reichs et toutes ces sortes de choses !!!) pendant la Seconde Guerre mondiale pour consolider la sphère de coprospérité de la grande Asie orientale. C'est sur son tracé que le pont de la rivière Kwaï a été construit.

Environ 180 000 civils autochtones et 60 000 prisonniers de guerre ont travaillé à la construction du chemin de fer. De ce nombre, environ 90 000 civils et 16 000 prisonniers de guerre sont morts lors des travaux. »

D'ailleurs, le principe général est que le chemin de fer doit se faire – envers et contre tous. Ces épisodes de la Guerre de Cent Mille Ans continuent dans le Valsusa, par exemple ; une vallée en Italie occupée militairement pour imposer aux gens les bienfaits de la civilisation et de l'exploitation financière des espaces naturels. Et puis, il y a qu'elle réserve cette chanson une fameuse surprise …

 

 

Une surprise ? Quel genre de surprise peut bien réserver une chanson ?, dit Lucien l'âne tout subitement redressé des oreilles à la queue.

 

 

Eh bien, libertaire, René-Louis Lafforgue l'était au fond de l'âme et il avait un ami, dont il fit un temps les premières parties de récital, et cet ami est un autre libertaire venu du Sud-Ouest de la France, le guitariste Georges Brassens. La surprise est que l'accompagnateur de René-Louis Lafforgue est tout simplement Brassens lui-même. Je ne connais pas d'autres exemples de pareille prestation de Tonton Georges…

 

 

Oufti, ça vaut la peine de regarder la vidéo… Pour le reste, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde maillé de fer, ferré de rails, enserré dans un filet d'acier et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

Je suis un poseur de rails
Comme l'était mon père.
Je me suis mis au travail
Quand la mort lui dit "Vieux frère"
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop


J'ai hérité du chemin

Que mon bonhomme de père
Avait suivi comme un chien
Jusqu'à son heure dernière.
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

Au boulot vaille que vaille,
On creuse, on pioche et l'on taille,
Par les champs et la rocaille,
L'immense route du rail.
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

On construit un éventail
Qui, par Rome ou par Nanterre,
Grandit comme la semaille
Sur tous les coins de la Terre.
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

Dès que paraît le matin
Les sirènes nous rappellent.
On oublie le mal de reins,
On n'est pas des demoiselles.
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

Chaque jour, maille après maille,
Grandit le chemin du rail.
Attachés à la ferraille,
En chœur tout le monde gouaille.
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

Je vais le long du chemin
La musette en bandoulière.
Je repars toujours plus loin
Jusqu'à mon heure dernière.
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

Quand trop vieux pour le turbin,
Je ne pourrai plus rien faire,
En voyant passer les trains,
J
e viderai quand même quelques verres.
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

 

Le Poseur de Rails
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 22:07

 

Les Enfants d'Auschwitz

 

Chanson française – Les Enfants d'Auschwitz - René-Louis Lafforgue - 1966

 

 

 

 

René-Louis Lafforgue

(1928-1967) - Auteur, Compositeur, Interprète

 

Né à Donostia – Saint Sébastien (Euzkadi). À la fin de la Guerre Civile espagnole ses parents doivent se réfugier en France. Auteur et chanteur libertaire, au début des années 1950 il interprète ses compositions dans les cabarets.

En 1956, il se fait connaître du grand public avec "Le Poseur de rails", et surtout avec "Julie la rousse", chanson pour laquelle il obtient le Grand Prix du Disque. Il poursuit dans cette veine, sans trouver le même écho auprès du public avec ses titres suivant : "Ça c'est chouette" (1958), "Grand Manitou" (1961), "L’École buissonnière" (1963), "Les Enfants d'Auschwitz" (1966).

Il ouvre un cabaret rue de l'Arbalète à Paris, L’École Buissonnière, du nom d'une de ses chansons. Sa femme continue un temps de le diriger après sa disparition dans un accident de voiture.

 

 

Quand le matin mon fils, mon gars,

Je te vois haut comme trois pommes

Me tendre les bras, mon bonhomme,

En riant pour rien aux éclats.

En te voyant mon gars, mon fils,

Je revois les enfants d'Auschwitz.

 

Toi mon garçon, sang de mon sang,

Chaque instant, chaque heure qui sonne,

Tu en uses mieux que personne

En mille et un jeux innocents.

Lorsque tu joues mon gars, mon fils,

Je repense aux enfants d'Auschwitz.

 

Pierrot gourmand, cuiller en main,

Croisant un pot de confiture,

Tête à tête avec l'aventure

Tu n'attends jamais à demain.

Quand tu manges mon gars, mon fils,

Je pleure les enfants d'Auschwitz.

 

Capitaine, si ton bateau

Fait naufrage dans la baignoire,

Ce n'est jamais la mer à boire

Je mets toujours le nez dans l'eau.

En te lavant mon gars, mon fils,

Je lave les enfants d'Auschwitz.

 

Marchand de sable quand tu dors,

Le rêve est toujours au bout de ton pouce ;

La Grande Ourse sur ta frimousse

Tisse pour toi la Toison d'Or.

En te berçant mon gars, mon fils,

Je berce les enfants d'Auschwitz.

 

Un million trois cent mille morts,

Cent soixante heures sur le qui-vive.

J'ai parfois le cœur qui s'enjuive

Quand j'entends ce confiteor.

En toi mon gars, par toi mon fils,

J'embrasse les enfants d'Auschwitz.

 

 

 

 

 
 
 Les Enfants d'Auschwitz
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 18:43

HÉROS !


Version française – HÉROS ! – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande - Helden!  – Erich Kästner – 1928

 

 

 Et merci pour la cédille…

 

 

 

 

 

 

Héros ! L'histoire humaine ne manque pas de héros, dit Marco Valdo M.I. et Lucien l'âne mon ami, ne va pas confondre ce mot plein d'orgueil et de sonnerie (comme disait Boby Lapointe : pour une belle sonnerie, c'est une belle sonnerie ! [[http://www.youtube.com/watch?v=aJksApHi9bU]] Et merci pour la cédille…) avec ce gentil dieu grec qui titille les êtres en toutes saisons.

 

Je ne peux mal de le faire, dit Lucien l'âne en se gondolant. Vu d'où et de quand je viens et partout par où je suis passé à la recherche des roses, Éros n'a pour moi plus aucun secret. Cela dit, des héros, j'en ai vu des cent et des mille, à toutes les époques, un peu partout et tous finalement, assez cadavériques.

 

 

En général, c'est le cas ! Et, je dirais même pour les héros, c'est la meilleure des positions. Être mort est un avantage : on les honore, on les décore ; puis, on ne sait plus quoi faire. Alors, être un héros vivant… C'est encombrant. En résumé, des héros, on a toujours trop.

 

 

Héros, ah, qui dira les torts des héros et leur fâcheuse propension à mourir vivants. Nous, nos vie et nos mœurs n'avons rien d'héroïque ; nous n'avons même pas le désir et l'espoir de le devenir dans cette Guerre de Cent Mille Ans[[7951] que les riches font aux hommes depuis tant et tant de temps… Notre seule ambition, c'est de faire ce que notre conscience et notre cœur nous commandent... Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, reprenons en douce notre tâche discrète et peu vantée et tissons d'une humeur égale et joyeuse le suaire de ce vieux monde héroïque, militaire, guerrier et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 


C'est un mot qui impose.
Celui qui l'entend se redresse 

Tellement il est énorme ;
Il retentit si fort, si magnifique :
Héros !


Il parle de danger, d'agonies
De marches jour et nuit éprouvantes
Il évoque aussi les morts sanglantes,
Les batailles et les stratagèmes ennemis :
Héros ! 


Et tous ceux qui reposent là morts,
Profondément sous la terre ou la mer,
Ont gagné des médailles d'argent et d'or
Et la plus belle nécrologie militaire :
Héros ! 

 

 
HÉROS !
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 20:47

CLASSE 1899

Version française – CLASSE 1899 – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande - Jahrgang 1899 - Erich Kästner – 1928

 

 

 

 

Ensuite, on nous prit pour faire des militaires,

Comme chairs à canon.

 

 

 

 

Donc, Lucien l'âne mon ami, quand j'indique, comme ici, « version française », il faut comprendre très exactement : « Ceci n'est pas une traduction ». Ce qui a l'avantage de ne pas tromper les gens sur ce qu'ils peuvent lire.

 

 

De toute façon, dit Lucien l'âne en riant de toutes ses dents, il suffit d'aller voir ce que font les traducteurs patentés pour comprendre combien tu as raison de désigner ainsi ton travail.

 

 

Cela dit, j'en viens à cette histoire d'Erich Kästner qui est remarquable en ce qu'elle exprime le destin de toute une génération : celle dont la vie a commencé la dernière année du siècle précédent, celle qui vivra son adolescence dans la guerre 14-18 et passera finalement du banc de l'école au casse-pipe ; c'était aussi celle d'Erich Maria Remarque (né en juin 1898). Une génération entière qui est passée du catéchisme aux joies du sexe… De la confirmation aux multiples éjaculations. Ainsi, j'y ai retrouvé ce mot quasiment disparu du vocabulaire de notre époque et certainement de la majorité écrasante de nos contemporains, le mot « confirmand » qui désigne chez les catholiques et les protestants les gens qui reçoivent la confirmation de leur engagement religieux ; il s'agit d'une cérémonie qui se fait à l'adolescence. C'est le début de l'histoire. La fin est tout aussi étonnante. Quand je dis que cette canzone, publiée en 1928, exprime le destin de ces hommes, elle le fait aussi pour le futur et combien :

« Les vieux disent, il serait temps
Pour vous de semer et de récolter maintenant.
Nous serons bientôt prêts. Encore un moment.
Encore un moment. On a presque fini !
Puis, nous vous montrerons, ce que nous avons appris !».

 

 

En somme, dit Lucien l'âne , mon ami Marco Valdo M.I., tu es en train de me dire que Kästner prophétisait que 14-18 engendrerait 39-45.

 

 

C'est bien l'impression que l'on a avec le recul. Qui sème le vent, récolte la tempête, dirait-on presque. Je t'ai déjà parlé de cet effet second de l'art poétique, de tisser les trames invisibles du futur. Cependant, je ne pense pas un seul instant qu'Erich Kästner fût devin, ni qu'il imaginait ce qui allait suivre, même s'il savait à quoi s'en tenir avec cette bande de crapules nazies. Pour le reste, tout est dit par la chanson. Il y a seulement ces étranges flocons de pommes de terre qui se mettent à neiger. Tout s'explique par le fait que d'un côté, il y avait ces années-là un excédent de patates et de l'autre, simultanément, on assistait à un manque de céréales… Alors, il a fallu sécher les pommes de terre – ce sont ainsi que sont fait les flocons : par séchage – pour que la fécule ne pourrisse pas et combler la pénurie des céréales en mêlant les flocons de patates aux farines pour faire le pain – mieux connu sous le nom de K-Brot (pain de guerre)… qui manifestement a laissé de mauvais souvenirs. Et puis, il y a ce « craché par terre » qui est un geste de conjuration de la jettatura...

 

 

Chez les ânes aussi, on crache par terre pour conjurer et même, pour jurer. Le mieux est donc à présent de regarder ce texte et puis, de reprendre notre tâche et nous remettre à tisser le linceul de ce vieux monde polysémique, polémophère, polymorphe, politiquement bancal et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Nous avons couché avec les femmes,
Tandis que les hommes étaient en France.
Nous nous sommes pris pour des amants ;
Nous étions à peine des confirmands.


Ensuite, on nous prit pour faire des militaires,
Comme chairs à canon.
À l'école, les bancs se vidèrent,
Les mères pleuraient à la maison.

 

Ensuite, il y eut un peu de révolution
La pomme de terre neigea en flocons ;
Puis, les femmes revinrent,
Et vinrent les gonocoques.

 

Entre-temps, les vieux ont été ruinés,
Il nous resta la nuit pour étudier ;
Le jour, nous étions employés 
Et nous comptions les billets.

 

Alors, elle a presque eu un enfant
De toi ou de moi – on ne sait !
Un de nos amis l'a cureté.
Et bientôt nous aurons trente ans.


Nous avons passé nos examens finalement
Et nous avons déjà tout oublié.
Nous sommes seuls jour et nuit maintenant
Et nous n'avons juste rien à manger !


Nous avons vu le monde en face,
Au lieu de jouer avec des poupées.
Nous avons craché par terre,
Pour ne pas tomber devant Ypres.


Notre corps et notre esprit progressivement
Se sont durcis et renforcés.
On nous avait trop longtemps, trop tôt et trop intensément
Dans l'histoire mondiale projetés!


Les vieux dirent, il serait temps
Pour vous de semer et de récolter maintenant.
Nous, nous serons bientôt prêts. Encore un moment.
Encore un moment. On a presque fini !
Puis, nous vous montrerons, ce que nous avons appris !

 

 
CLASSE 1899
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article